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Les tontines renaissent à Koutiala dans le sud du Mali

Face aux difficultés d’accès au crédit des caisses d’épargne et de crédit, les femmes de Koutiala réinventent le ‘’pari’’ pour s’entraider et fructifier leurs activités génératrices de revenus.

Nos pays sont réduits à mener des politiques de lutte contre la pauvreté. Les institutions de Bretton Woods (FMI et Banque Mondiale) ont alors imposé des mesures drastiques et impopulaires. C’est au nom de cette lutte contre la pauvreté que des caisses d’épargne et de crédits ont poussé comme des champignons dans nos villes et campagnes avec comme slogan l’accès des femmes aux crédits pour la relance des activités génératrices de revenus. A Koutiala, on en compte une dizaine. Selon les statistiques disponibles au Mali, les femmes qui constituent 52 % de la population n’ont pratiquement pas accès à ces structures et elles ne bénéficient que de 0,6 % des montants alloués par ces caisses au titre de crédits. Pourquoi donc les femmes n’ont pas accès aux crédits ?

Censées aider les femmes, les caisses sont aujourd’hui en passe de passer à côté de l’une de leurs missions. Les femmes qui accèdent aux crédits franchissent plusieurs barrières. A l’issue d’un véritable parcours de combattant, ces crédits leurs reviennent cher. Fatoumata Diawara qui est savonneuse à Koutiala – Hamdallaye témoigne  : «  J’ai bénéficié d’un crédit au niveau de la principale caisse d’épargne de Koutiala, d’abord on m’a fait subir des va et vient incessants, on m’a exigé une garantie et un témoin. Finalement pour avoir le prêt, la caisse m’a emmené chez un notaire pour signer des papiers dont j’ignore le contenu. A l’époque je voulais juste 250.000FCFA. Sur ce taux, la caisse n’a accordé que 200.000FCFA. Le notaire m’a dit ensuite que je devrais payer à la caisse par mois 18.885FCFA au titre de remboursement  pendant douze mois. Quand je suis arrivée à la maison, j’ai constaté que 18.885FCFA x 12 mois donnaient 226.620FCFA soit 26.620FCFA de perte pour moi. Vraiment c’est trop pour nous ! » . Pour M.D, agent de crédit dans cette même institution de micro finance, « il est évident que la plupart des femmes qui viennent chercher du crédit chez nous projettent de préparer un mariage, un baptême, etc.   C’est pourquoi, très souvent, certains dossiers sont purement et simplement mis en souffrance» Pour ce qui est du taux d’intérêt pratiqué, M.D est évasif et parle souvent de 12 % généralement appliqué. Pour contourner ces difficultés, les femmes après l’échec de leur « Pari » traditionnel sont entrain de se regrouper sous forme d’association soit par groupe d’amies sincères, de lien de parenté directe souvent régional. Ces associations qui portent presque toutes des noms du terroir, sont gérées par une Présidente et une Trésorière. La force de ces associations réside d’abord et surtout dans leur capacité de solidarité et d’entraide efficace. Les fonds sont récoltés généralement par un système de cotisation mensuelle. A la différence des « Pari » traditionnels, l’argent n’est plus distribué à tour de rôle comme couramment pratiqué dans les milieux féminins, mais soigneusement gardés pour parer aux éventualités. Elles s’accordent des prêts sans intérêt et sans deadline. L’honneur, la dignité et le respect de la parole donnée en sont les garanties. Car pour accéder aux fonds, c’est un véritable serment qui est prononcé. Les   prêts accordés varient entre 15.000FCFA et 50.000FCFA. Les plus âgées de ces associations ont plus de 5 ans de vie et le phénomène ne fait que se renforcer dans plusieurs quartiers de Koutiala.



Mohamed Lamine SYLLA
Jamana Koutiala

 

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