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2010

Mois de septembre

Les Echos du 21 septembre

 

CIRCULATION A BAMAKO
L’échangeur multiple inauguré
L’échangeur multiple inauguré hier par le chef de l’Etat va contribuer à rendre fluide la circulation, mais il va falloir que les usagers fassent d’abord preuve de civisme.

" On ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs", c’est ce proverbe que le président de la République Amadou Toumani Touré avait usé pour attirer l’attention sur les désagréments que les travaux de réalisation de l’échangeur multiple allaient engendrer. C’était au cours de la pose de première pierre de l’édifice qu’il a inauguré lundi 20 septembre 2010 au grand bonheur des usagers.
Selon un ingénieur de l’entreprise Covec qui a exécuté les travaux, le chantier a comporté trois phases. La construction de l’échangeur multiple et ses bretelles constitue la première phase. La 2e a concerné l’élargissement à deux voies du tronçon du monument de la Colombe au pont du Woyowayanko sur la route Bamako-Kourémalé sur une distance de 4,3 km et de l’avenue Kwamé Nkrumah sur 1,7 km.
La 3e phase a consisté, précise-t-il, à élargir en 2x2 voies, le tronçon de la route allant du pont de Woyowayanko à la sortie de Sébénicoro, y compris la construction du pont de Woyowayanko. Autrement dit, l'échangeur a permis la construction de deux autoroutes. Une qui va de l'échangeur au monument Kwame NKrumah et l'autre de la Cité administrative vers la sortie de Sébénicoro.
Le technicien ajoute que l’édifice comprend également 4 ouvrages d'art de 4,26 km de voies et bretelles de raccordement, des murs de soutènement de la bretelle d'accès à la Cité administrative (côté station de traitement des eaux de l'EDM), de la voie d'accès à la Primature (Cité administrative, côté sud-est) et de l'éclairage public.
Embellissement et mobilité
Son coût global est estimé à 20,6 milliards de F CFA hors taxes. Le financement a été assuré à hauteur de 49 % par le budget national, 34 % par la BOAD et le reste par la BIDC de la Cédéao.
En procédant hier à son inauguration en présence de plusieurs personnalités, le chef de l’Etat a insisté sur la vision du projet qui vise à rendre plus fluide la circulation à Bamako.
Les témoignages que nous avons recueillis sur place ont majoritairement rappelé la croissance du parc automobile et d’engins à deux roues imposant la nécessité d’améliorer les infrastructures routières de la capitale. Les ingénieurs parlent de mobilité urbaine qui, selon eux, permet au citadin de vaguer tranquillement à ses affaires, ce qui a, dit-on, a un impact réel sur l’activité économique.
Cependant, pour certains policiers, l’échangeur à lui seul ne va pas résoudre tous les problèmes de circulation à Bamako.
Pour l’adjudant Mamadou Tangara de la Compagnie de circulation routière (CCR) tant que les usagers ne respectent pas le code de la route et se plier aux consignes des agents de circulation, les accidents et des bouchons vont toujours demeurer.
M. Tangara croit même qu’il va falloir accentuer les campagnes de sensibilisation à l’intention des populations qui, au-delà du respect du code de la route, doivent participer à l’entretien du réseau routier.
Amadou Waïgalo

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22 SEPTEMBRE 1960
Les zones d’ombres
Le dimanche 19 septembre 2010, la Réflexion "Djoliba" et l’association Repères ont suscité de débats sur le contenu et la signification du 22 septembre.
Aminée par Amadou Seydou Traoré, chercheur, ancien dirigeant politique, Pr. Issa Ndiaye, ancien ministre, professeur d’enseignement supérieur et homme politique, et Pr. Modibo Diakité, chercheur, ancien ministre et homme politique, la conférence débats portait sur le thème : "22 septembre 1960 : Quel contenu ? Quelle signification aujourd’hui ?"
D’entrée de jeu, Amadou Seydou Traoré indiquera qu’on parle de l’indépendance parce qu’il y a eu la dépendance. Retraçant l’histoire de l’installation du Fort de Médine en 1855 et l’envahissement de la sous-région par les Français, le conférencier dira le Mali a changé de frontière au moins 6 fois avant l’indépendance.
Créés en janvier 1959, le Dahomey et la Haute-Volta se retirent de la Fédération du Mali en mars. Modibo Kéita prend la présidence du gouvernement et Léopold Sédar Senghor celle de l’Assemblée fédérale. En mai 1959, De Gaulle reçoit Modibo Kéita et reconnaît l’indépendance de la Fédération du Mali, qui sera proclamée le 20 juin 1960. Quelques mois plus tard, les dissensions entre Sénégalais et Soudanais sur leurs conceptions politiques entraînent l’éclatement de la Fédération du Mali. Le 20 août 1960, le Sénégal proclame son indépendance.
Pour Amadou Seydou Traoré alias Amadou Djicoroni, l’éclatement de la Fédération du Mali fut un coup d’Etat. A ses dires, malgré ce coup d’Etat, nos dirigeants n’ont pas perdu la tête. Le 22 septembre 1960, Modibo Kéita proclame l’indépendance du Soudan français, qui devient la République du Mali.
" Le 22 septembre a été préparé. Il n’a pas été improvisé", a dit le conférencier ajoutant que Modibo Kéita n’a pas mis les pieds en France durant les 8 ans de son pouvoir parce qu’ il n’arrivait pas à digérer certains propos de De Gaulle.
Aux dires de M. Traoré, à part le Mali et la Guinée, tous les Etats qui ont accédé à l’indépendance à l’époque ont signé des accords avec la France, qui mettent leur souveraineté monétaire et défensive à la France.
Le 19 novembre, selon M. Traoré, a mis tous les efforts des pères de l’indépendance à l’eau. "Le 26 mars nous a permis de voir un peu l’horizon. Mais, aujourd’hui nous sommes loin de l’inspiration du 26 mars. Nous sommes dans une situation dramatique".
Pr. Modibo Diakité a approfondi les raisons qui ont prévalu à la chute de Modibo. Précisant que le 22 septembre a ouvert une voie, Pr. Issa Ndiaye a regretté que le cinquantenaire soit une occasion pour honorer un Moussa Traoré qui ne représente rien dans cette date.
Pour Pr. Ndiaye, la fête du cinquantenaire est une ironie de l’Histoire, car nous avons cessé d’être indépendants. Des débats houleux ont suivi les différentes interventions des conférenciers. La conférence a eu pour cadre le Centre Djoliba.
Sidiki Doumbia

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COMMEMORATION DU CINQUANTENAIRE
M’Bolon Event met 50 journalistes sur les rails
Pour marquer sa participation à la célébration du cinquantenaire, M’Bolon Event, une agence événementielle composée de journalistes et de communicateurs, organise du 21 au 26 septembre, en partenariat avec Transrail-SA, une caravane composée de 50 journalistes qui sillonneront les lieux historiques de la région de Kayes.
Le lancement de la caravane "50 journalistes sur les rails" a eu lieu samedi dernier à la gare ferroviaire de Bamako. Cette caravane, composée de journalistes maliens et sénégalais, quittera Bamako le 21 septembre par la voie ferroviaire pour Kayes. Le long des rails, les caravaniers visiteront le cachot d’Almamy Samory Touré à Djoubéba. Ils feront la découverte de Toukoto qui a servi de lieu de formation des premiers cheminots et de Mahina, la porte d’entrée du premier cercle du soudan.
Au cours de ce périple, les journalistes procéderont à des œuvres humanitaires et sociales dans les différentes localités.
" A chaque étape, il y aura de conférences débats. Les journalistes vont poser des actes concrets", a dit Djibril Sacko, le directeur de M’Bolon Event, ajoutant que les 50 journalistes ont été choisis parce que c’est le cinquantenaire.
Le choix est tombé sur Kayes parce que cette région a été la porte d’entrée du colonisateur français et première cité administrative du pays, justifient les organisateurs.
Sidiki Doumbia

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MODIBO KEITA
Le chef de l’Etat rappelle le 20 août 1961
Extrait du discours prononce à Bamako au meeting de masse a l'occasion du 1er anniversaire de l'éclatement de la Fédération du Mali, le 20 août 1961.
... Dans la nuit du 19 au 20 août 1960 a été consacrée la rupture de la Fédération du Mali, consécutive aux contradictions inconciliables qui existaient entre les responsables des deux Etats.
En outre, l'activité politique du Mali, donc celle de l'Union soudanaise-RDA est basée sur la démocratie et l'usage intégral en toutes occasions et à tous les niveaux, des méthodes démocratiques, alors qu'au Sénégal, n'existaient et n'existent encore que des cliques électorales.
Nous étions obligés de travailler contre notre conscience et nos convictions. Nous avions pensé que le peuple du Sénégal allait pouvoir liquider Senghor, qui, comme chacun le sait, est plus Français que le plus Français des Français.
L'élaboration d'une politique internationale, économique et sociale en Fédération du Mali allait être la source de l'aggravation des divergences déjà existantes.
- Les responsables de la République soudanaise étaient convaincus que le "non-alignement" constituait une des meilleures garanties de survie et de développement harmonieux pour des pays jeunes. Ils pensaient aussi qu'il était nécessaire de liquider les excroissances nocives, les survivances du régime colonial dans le domaine économique et que par conséquent, à la formule d'exploitation étrangère jusqu'ici en vigueur, il fallait substituer l'exploitation par le peuple et au seul bénéfice du peuple !
La tâche consistait de ce fait à attaquer et à détruire toutes les séquelles du régime défunt : gabegie, contrebande, usure, mercantilisme, et toutes les tares d'un régime dont le pourrissement n'était pas notre œuvre, et que nous ne pouvions laisser persister. Il fallait que l'économie de la Fédération fût orientée vers le socialisme, ce qui ne convenait point à Senghor qui est d'essence occidentaliste et capitaliste.
La tâche pour nous était difficile, et seule notre volonté et nos convictions nous permettaient de la poursuivre. Mais c'est bien au cours du séminaire des jeunes et du congrès de l'UPS., section du Parti de la Fédération africaine d'alors, que la tension fut accentuée et que nos adversaires rassemblèrent en hâte tous les matériaux qui leur semblaient nécessaires pour attenter mortellement à la vie de la Fédération du Mali.
Au cours de ces réunions des cadres d'un parti dont j'étais le secrétaire général, j'ai eu à développer devant les militants les positions du parti face à l'indépendance, à l'africanisation des postes qui est une des garanties de l'indépendance réelle, face aussi à plusieurs autres problèmes communs dont une solution objective doit être la préoccupation de tous les Etats vraiment libres.
Cette mise au point devait accélérer le processus d'éclatement de la Fédération déjà préparé par la France parce que notre soutien à l'Algérie combattante était ferme ; notre orientation vers une économie socialiste, n'était plus un secret, de même que notre vœu de créer une zone monétaire africaine.
Vous connaissez tous, aujourd'hui, le "secret" de l'éclatement de la Fédération du Mali, de même que vous savez tous que cette Fédération n'a été qu'une union contre nature. Vous savez, de ce fait, pourquoi nous avons tous retenu la date du 19 août 1960, parce que c'est à partir d'elle que nous sommes devenus nous-mêmes.
A présent, la République du Mali mène une politique conçue par notre parti, l'Union soudanaise-RDA, qui est l'expression de notre peuple
Tout le monde sait que le Mali est indépendant, même ceux qui sont contre nous !
Nous continuerons d'aller de l'avant.
Il y en a qui vous ont dit, qui vous diront encore en cachette et avec un ton paternaliste :
- Vous ne pouvez pas vivre sans le Dakar-Niger, vous ne résisterez plus longtemps à ceci ou à cela, etc.
Répondez-leur en leur démontrant (les faits sont là) que c'est bien le Sénégal qui ne peut pas vivre sans le Dakar-Niger.
La preuve a toujours été faite que notre pays se suffit à lui-même en matière de subsistance, mais on refusait délibérément d'y croire !
Que nous reste-t-il à faire ? C'est d'être vigilants ! Et ce, tant qu'il y aura des bases françaises à nos portes et notamment au Sénégal.
En effet, vous savez tous que la "mode est venue pour les capitaines, les colonels d'occasionner des incidents regrettables" qu'un gouvernement faible ne peut désavouer… Si vous tenez compte du fait que dans les bases françaises au Sénégal se trouvent des militaires évacués de la République du Mali, auprès d'un gouvernement dirigé par Dia-Senghor se débattant au milieu d'agents du 2e Bureau, vous vous ferez aussitôt une idée de l'importance de ce que je viens de vous dire.
II découle de ce qui s'est passé et de ce qui est présentement, que nous maintenons la rupture des relations économiques en souhaitant toutefois que le peuple du Sénégal, auquel nous n'en voulons pas, parvienne un jour à liquider ceux qui le persécutent et restent responsables de son isolement.
Ceci étant dit, cette conférence ayant été située dans le cadre qui lui est dû, voyons ensemble la situation au Mali depuis que nous sommes devenus nous-mêmes. Voyons ce que nous avons fait, comment nous l'avons réalisé ; voyons quels sont nos options et nos moyens, notre programme et nos potentialités militantes et morales. Voyons ce que nous sommes, ce que nous voulons être, ce que l'Afrique et les forces vives du monde attendent de nous.
Nos options, quel que soit le domaine considéré, sont claires, et depuis le Congrès du 22 septembre 1960, elles n'ont cessé de prouver au peuple du Mali et aux peuples du monde entier combien est forte l'Union soudanaise et à quelle source intarissable elle puise son dynamisme.
Notre souci majeur a toujours été le renforcement de notre unité nationale, et la voie que nous avons choisie pour arriver à ce résultat est incontestablement la meilleure : elle est garantie par notre patriotisme et par notre ambition collective de bâtir et de consolider les structures de notre Etat, de satisfaire les aspirations de notre peuple.
Nous sommes partis du fait authentique qui veut que point n'est nécessaire de disposer d'une armée, d'une police, pour mater le peuple et en faire ce qu'on veut ! Au contraire, le Mali dans ce domaine, se distingue par le fait que, son peuple a appris à adhérer à la politique de son parti national et à se mobiliser vite et bien, en tout temps et en tout lieu à ses mots d'ordre.
Notre option de politique générale, que notre peuple approuve, est le moyen qui permet au gouvernement d'aller toujours de l'avant ; elle est l'arme efficace qui lui a permis de mettre en place les structures de décolonisation dont les résultats font aujourd'hui la fierté de chaque militant de l'Union soudanaise.
Camarades, notre survie dépend de notre fidélité à nos principes qui ont donné en toute occasion, la preuve de leur solidité.
Aujourd'hui, plus qu'hier, et demain davantage qu'aujourd'hui, chaque militante, chaque militant, selon la conception que nous avons de notre indépendance, devra s'ériger en soldat.
Soyons toujours vigilants et disons-nous sans cesse qu'il est possible que parmi nous, il y ait des camarades qui "subissent nos méthodes" au lieu de reconnaître leur efficacité prouvée ; il est possible aussi qu'il en existe qui soient mécontents parce qu'ils n'ont pas obtenu telle ou telle place. Il est donc nécessaire que nous les décelions, pour les convaincre d'abord par la force de notre mansuétude et le cas échéant, par des mesures appropriées.
Camarades, notre survie dépend aussi du souci que nous aurons de la défense de notre intégrité territoriale. Dans ce domaine, la lutte du peuple algérien que nous soutenons est un exemple typique, un symbole vivant de patriotisme. Le peuple algérien vaincra, en dépit de la campagne d'atrocités et de diversions qui y est menée depuis plusieurs années.
Le Sahara algérien reviendra à l'Algérie, quoi qu'en veuillent décider les réactionnaires à partir de l'Algérie et aussi du Niger où des tribus touareg sont "poussées" à opter pour une République autonome !
La tactique est d'autant plus grossière et stérile qu'il n'y avait pas de territoire saharien autonome. L'Algérie ne se laissera pas amputer d'une partie de son sol, pas plus que le Mali n'acceptera de l'être lui aussi : nous défendrons notre territoire par tous les moyens.
Camarades, j'aborde maintenant le problème de l'Unité africaine. L'expérience du Rassemblement démocratique africain, celle du Parti de la Fédération africaine sont des exemples qui nous indiquent de ne plus accepter d'initiatives vers l'Unité, sans preuves irréfutables d'identité de vues avec des Etats qui en manifestent le désir (options politiques, économiques, culturelles et sociales). Nous acceptons la coopération avec tous, nous la pousserons avec tous jusqu'au niveau de la coordination entre nos organismes et ceux des Etats bien disposés à le faire.
Il est bon de rappeler que dans ce domaine précis, l'exemple de l'Union des Etats africains, celui des Etats de la Charte de Casablanca, constituent une preuve tangible de la volonté de nos peuples de s'unir et de poursuivre ensemble la lutte.
Concernant notre politique internationale, nous sommes farouchement anticolonialistes, ce qui explique et détermine notre solidarité à l'égard du peuple algérien et de son digne représentant le GPRA qu'on refuse de reconnaître et que l'on voudrait quand même obliger à parler au nom de l'Algérie, pour décider des statuts qu'on voudrait imposer à celle-ci ou trancher le problème du Sahara !
Devant de telles contradictions, on se demande si l'Afrique ne devient pas le dernier refuge de la morale universelle !
En effet, pourquoi "le monde libre" laisse-t-il massacrer les Algériens, les Angolais, les Congolais luttant au nom de la liberté ?
Quant à nous, nous ne jugerons pas les puissances en fonction du rapport de leurs forces, mais seulement - et seulement - selon la signification qu'elles donnent à la liberté. Nos amis seront ceux-là qui s'opposeront à la domination d'un peuple par un autre peuple ; nos amis seront ceux-là qui apporteront leur appui inconditionnel à la lutte de libération menée par les peuples opprimés ; nos amis seront ceux qui n'exigeront de nous aucune condition, qui ne nous demanderont pas de nous aligner sur telle ou telle position.
Nous coopérerons avec tous les peuples, mais surtout ave ceux qui nous reconnaîtront des droits et qui les reconnaîtront à tous les hommes dans tous les domaines.
A ceux qui prétendent que nous pencherons vers le communisme, vers le capitalisme, nous répondrons que nous ne considérons pas ces "mots en tant que mots simplement ", mais que nous jugerons et capitalistes et communistes en fonction strictement du comportement de chacun de ces tenants, envers nous, envers nos problèmes, envers nos aspirations.
Nous dénonçons, et combattrons à outrance le néo-colonialisme.
Le néo-colonialisme ? C'est pour un pays "indépendant" de se voir administrer indirectement par son ex-puissance colonisatrice, par l'intermédiaire des traîtres qu'elle a aidés à se hisser au pouvoir, et qui constituent désormais des remparts entre ce pays et l'extérieur.
Nous dénonçons non seulement le néo-colonialisme, mais nous dénonçons et condamnons aussi la tendance des puissances qui manifestent leur volonté de dominer politiquement et économiquement les Etats en voie de développement.
Nous dénonçons et condamnons l'impérialisme, pour le mépris qu'il éprouve à l'égard des hommes et des institutions qui se refusent à épouser son point de vue.
Camarades, en votre nom, j'affirme que notre neutralité n'est pas celle de l'homme qui regarde brûler la case de son voisin sans se déranger ; elle n'est pas celle du pays qui en laisse détruire un autre par un puissant du jour, sous prétexte que cela ne le regarde nullement. Notre neutralité n'est pas celle des "sans avis" sur le problème crucial du désarmement.
Pour nous, militants de l'Union soudanaise-RDA, la neutralité c'est avant tout la possibilité de prendre position devant n'importe quel problème. Pour nous, aucun pays africain ne saurait être neutre à l'égard du problème algérien aucun pays africain ne saurait être neutre devant les drames tunisien et angolais.
Nous, de l'Union soudanaise-RDA, nous sommes avec les peuples algérien et tunisien, contre la France ; nous sommes avec le peuple angolais contre le Portugal,- nous sommes avec le peuple congolais contre la Belgique.
En ce qui concerne le désarmement, nous serons d'accord avec la morale et la sécurité internationales. Notre accord sur un point quelconque avec un bloc quelconque, ne signifiera pas alignement sur ce bloc ; il sera plutôt l'effet d'un hasard qui concrétise une identité de vue sur un problème précis.
Notre neutralisme imprimera le cachet de notre appréciation même sur l'aide étrangère dirigée vers nous.
En tous cas, nous ne serons jamais neutres devant la lutte anticolonialiste. En tout état de cause, nous rappelons bien fort et bien clairement que nos options sont nettes. Elles nous ont valu des ennemis… Des pays voudront notre voix et tant d'autres choses encore !
D'aucunes puissances vont jusqu'à affirmer que notre pays, par sa position centrale, est devenu comme une "pomme de terre pourrie dans un sac", et songent dès lors à concevoir comment elles devront agir pour préserver ce qu'elles appellent des "esprits encore sains" contre le danger que nous représentons.
Tout cela, camarades, nous incite à la vigilance.
Notre point de vue est sans équivoque. Nous aiderons tous les peuples qui luttent pour leur liberté. C'est notre devoir, mais ce devoir comporte des risques et certains camarades ne réalisent pas encore suffisamment la gravité de la situation résultant de nos options.
Je dis même qu'il ne faut pas écarter la possibilité des attentats politiques ! C'est pourquoi en ce moment, vigilance est synonyme de premier mot d'ordre du parti et du peuple.
Le mot socialisme effraie certaines conceptions. Il ne nous effraie pas, nous, car, nous savons que même en pays capitalistes, l'on ne saurait se passer de ce mot. Notre socialisme ne sera pas pour nous la manifestation d'une tendance à copier servilement ce qui se fait ailleurs. Ensuite, nous aurons toujours en tête la notion de nos réalités vivantes. Pour nous, une économie socialiste doit répondre d'abord à certains critères principaux ;
- Contrôle efficace de l'Etat au niveau de la production et des échanges ;
- Suppression de l'anomalie que constitue l'importation de produits dont les homologues se trouvent chez nous ;
- Etatisation des secteurs vitaux ;
- Mouvement coopératif au niveau des secteurs de production et de consommation ;
- Etre maîtres du choix de nos investissements, de nos crédits d'investissement.
Nous imposerons des conditions à l'installation des industries chez nous, c'est pourquoi nous disons que nous devons être maîtres des crédits d'investissement. Cela nécessite évidemment bien du courage et de la fermeté.
D'ailleurs, penserons-nous un seul instant que les privés accepteront, dans les conditions que nous exigerons, l'installation d'industries ? Penserons-nous un seul instant que leurs gouvernements vont nous accorder des capitaux qui serviront à leur liquidation ?
Ne nous faisons pas d'illusion ! Nous serons aidés certes, mais disons-nous qu'un pays ne se construit jamais rien qu'avec l'aide extérieure, et soyons convaincus qu'un tel pays n'est jamais indépendant !
L'Union soudanaise et ses militants savent depuis longtemps qu'un pays qui veut se construire affronte les difficultés, accepte les sacrifices, sinon il ne sera rien. Ces vérités sont bonnes à connaître, car jusqu'ici, nous n'avons pas encore pris toutes les mesures nécessaires au succès. Mais nous affirmons qu'elles seront prises, à l'heure convenue ! Elles le seront même à l'encontre de certains militants.
Nous avons un Plan qui vient d'être approuvé par l'Assemblée nationale ; sa réussite dépendra de ce que nous serons maîtres de nos investissements. Pour sa réussite, des mesures ont été déjà prises ; d'autres le seront. Il nous faut gagner la bataille et nous la gagnerons.
Indépendamment de nos potentialités propres qui sont nos meilleurs atouts, nous avons envoyé des missions partout, sans distinction et, à ceux qui pourraient en cachette nous le reprocher, nous disons que dans le domaine des échanges économiques au moins, le principe de la "coexistence pacifique" a donné des preuves de sa réalité.
Nous ajoutons que pour nous, pays en voie de développement, il faut recourir à tous les moyens. Nous voulons faire comme les autres. Nous voulons nous développer et nous accepterions même l'aide du diable, à condition qu'elle respecte rigoureusement nos options
Pour nous, il n'est pas question de revenir en arrière, un seul instant en arrière sur notre option. Au contraire, il faut accélérer la marche, vite atteindre l'objectif dans le minimum de temps et avec le minimum de garantie.
Notre Assemblée a voté le Plan Quinquennal du Mali qui prévoit la mise en place d'industries de consommations (alimentaires, textiles, cuir, production de matériaux de construction, etc.)
Nous produirons tout ce que nous sommes en mesure de produire. Cependant, nous n'avons pas négligé le sous-sol ; mais il faut que vous sachiez tous qu'il est avant tout indispensable de faire vivre et d'habiller l'homme et trouver sur place certaines matières premières susceptibles d'occuper les industries que nous allons installer, avant de songer aux projets ambitieux d'industrialisation lourde.
Le Mali est indépendant, non seulement depuis un an, mais il le sera davantage encore dans les années à venir. Il a donné des preuves irréfutables de son indépendance et continuera à en donner. C'est ainsi que notre peuple et notre parti en ont décidé. Dans quelques jours, se tiendra la Conférence des pays non alignés à Belgrade. Beaucoup de bruits circulent déjà autour de cette conférence. Ce que nous pouvons vous affirmer dès maintenant, c'est que la délégation malienne à cette conférence se déterminera clairement en votre nom sur tous les problèmes vitaux, à savoir :
- L'anticolonialisme ;
- Le désarmement ;
- Les essais nucléaires ;
- La paix mondiale ;
- La coexistence pacifique ;
- Le problème de Berlin.
Il ne s'agira pas pour nous de la création d'un troisième bloc, il s'agira pour nous d'affirmer en toute lucidité qu'aucun régime ne saurait être imposé au monde. Nous ferons remarquer que le Tiers Monde peut et doit apporter sa contribution impartiale, dans la stricte objectivité, à la recherche des solutions aux problèmes qui concernent l'humanité entière.
Pour nous, il est clair que la paix internationale est la meilleure garantie de notre développement et nous ne manquerons pas de souligner notre déception de voir le désaccord grave existant entre deux blocs qui, hier seulement, étaient d'accord pour combattre le fascisme et l'hitlérisme.
Nous savons que ceux qui ont souffert de la guerre ne veulent jamais de la guerre ; nous savons aussi que ceux qui s'enrichissent de la guerre sont les seuls à vouloir de la guerre. La position du Mali sera nettement définie, à l'occasion de la Conférence de Belgrade. Cela lui permettra alors de voir avec qui la coopération sera encore possible.
Le Mali, territoire intérieur, avec ses positions objectives se créera fatalement des ennemis. Ces derniers feront tout pour que nous échouions, car ils savent que cet éventuel échec pourra être exploité. Nous en sommes conscients, c'est pourquoi nous disons qu'il n'est pas question pour nous d'échouer, car ce serait l'échec de toute l'Afrique et un soufflet à la morale universelle.
C'est pourquoi, camarades, nous ne devons plus raisonner en ramenant la situation à nous-mêmes, à l'échelle individuelle
II y a trop à faire et il est nécessaire d'intensifier encore davantage le travail de masse. Les responsables devront multiplier les relations avec les masses, et en retour, celles-ci devront voir davantage mieux en eux des guides, des conseillers. C'est plus que jamais une impérieuse nécessité, qui permettra à tous d'apporter une contribution efficace à la construction nationale. Dans cette œuvre gigantesque et exaltante, chacun de nous a sa part.
Les agents de l'Administration à tous les échelons, doivent être des éducateurs s'ils ont conscience de leur double rôle de militants et de responsables.
Il n'est pas dit que le Mali deviendra un jour, à la fois paradis et enfer pour des catégories de citoyens ! Nous nous souviendrons toujours que nous sommes les cadres d'un Parti dont les responsables ont été brimés par le régime colonial, ont couché par terre, circulé dans la boue, à pied, à vélo, pour apporter la bonne parole et donner le bon exemple dans les coins les plus difficilement accessibles du pays.
" De tels responsables ne devront jamais se trahir :
Avant de terminer, je salue
- Les femmes auxquelles je demande de rester toujours les amazones vigilantes, gardiennes incorruptibles des vertus du parti et du peuple.
- Les jeunes respectueux des mots d'ordre du parti que j'exhorte à ne jamais se laisser gagner par le régime des facilités. Mes salutations vont également aux brigades de vigilance, aux milices populaires, au service civique rural, bref, à toutes ces organisations de jeunesse qui ont toujours accepté les sacrifices, dont les cadres sont appelés à assumer demain
- les responsabilités qui incombent aujourd'hui aux aînés.
Agissez bien, vous jeunes, afin que demain le pays ne fasse pas appel à des cadres précocement pourris. Ne soyez pas brigadiers, seulement la nuit, soyez-le dans les bureaux, dans les ateliers. Exercez sans défaillance la mission qui vous est confiée. Dénoncez objectivement tout ce qui est suspect et antiparti, anti-peuple, anti-malien, anti-africain.
Sachez que nous avons des adversaires parmi les Maliens et non Maliens.
" Et si jamais vous avez le sentiment que vous êtes contrés dans votre tâche, adressez-vous au secrétaire général et président du gouvernement".
M'adressant aux vieux, partout sages en Afrique, je dis :
- Vos fils et votre peuple vous saluent, ils vous respectent et vous vénèrent parce que vous auriez pu vous désintéresser de l'avenir du pays en disant : "Ce n'est plus de notre âge ; nous nous tenons à l'écart..."
- Sachez que notre reconnaissance va vers vous et nous vous demandons de continuer à prier pour nous, à nous aider par vos conseils éclairés.
- A vous, travailleurs, j'adresse le salut du parti. Vous avez déjà fourni les preuves de votre fidélité à notre idéal et à notre peuple. Faites en sorte que cessent les calomnies que certains lancent à l'adresse du camarade fidèle au parti et au gouvernement. Ce camarade fidèle ne mérite pas qu'on le traite de "suiviste" ou de "conformiste".
N'écoutez pas ceux qui vous disent qu'il "n'y a plus de syndicat" ou qui vous tiennent des propos antipatriotiques. Ce qui est vrai, c'est que nous ne sommes plus à l'ère des revendications stériles.
La seule revendication valable aujourd'hui c'est l'aspiration pour chacun de nous à être le meilleur commis, le meilleur instituteur, le meilleur ouvrier, enfin, le meilleur bâtisseur de la nation malienne.
Ceux qui diffusent des idées subversives doivent être décelés et balayés du parti.
Travailleurs, votre rôle est de dire votre point de vue partout où vous êtes, partout où vous serez ; cela est d'autant plus facile que vous êtes présents dans tous les organismes de l'Etat.
Vous, militaires, qui avez été comme nous à notre niveau, victimes de la dépersonnalisation, je suis certain que vous faites de notre armée une armée du peuple, qui sera toujours à côté du peuple.
A vous, anciens combattants qui avez libéré des peuples, aidé à libérer les peuples de ceux qui opprimaient votre pays, le parti et le gouvernement vous adressent leur salut ! Nous vous félicitons de votre contribution : faites tout pour que vive et prospère ce Mali que vous avez libéré, créé, qui est soumis aux regards amis et ennemis.
Militantes et militants, de toutes régions, anciens et nouveaux, continuez à ne voir que le peuple et le Mali ; travaillez pour la construction nationale et la coopération pacifique de notre peuple avec tous les autres peuples. Sachez que celui qui ne fait rien ne risque pas de se tromper.
Ce qui compte, c'est le dévouement inlassable au peuple, au parti, pour la garantie de notre succès.

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ASSEMBLEE NATIONALE
Modibo Kéita parle du franc malien
Discours prononcé à l'Assemblée nationale à l'occasion de l'émission d'une monnaie nationale 30 juin 1962.
Monsieur le président de l'Assemblée nationale
Madame,
Messieurs les députés,
Depuis la proclamation de l'Indépendance nationale, le 22 septembre 1960, la nation, tendue dans un élan d'enthousiasme a rassemblé ses énergies et mobilisé ses forces vives pour consolider et renforcer cette indépendance. Ensemble, avec courage et détermination, nous avons déjà parcouru un long et dur chemin, franchi de grandes étapes et posé les jalons du succès.
C'est avec une légitime fierté que nous pouvons rappeler ces réalisations positives que sont : l'évacuation des bases militaires étrangères, l'organisation du pays en régions administratives et économiques constituant des ensembles homogènes, la création des sociétés et entreprises d'Etat, appelées à assurer la relève des établissements étrangers et à donner un sang nouveau à la vie économique de la nation épuisée par des années de domination coloniale et, pour couronner ces réalisations, le lancement du Plan quinquennal, clé de voûte du développement économique de la nation orientée résolument vers le socialisme.
Si nous remontons ce soir le chemin parcouru, ce n'est pas seulement pour trouver dans l'évocation du passé des motifs de satisfaction, c'est aussi pour puiser dans l'effort accompli, des raisons de croire et d'espérer, et surtout faire en sorte que le passé nous serve de tremplin pour le grand bond en avant auquel le parti vous convie ce soir afin de franchir une nouvelle étape qui devra marquer un tournant décisif dans la vie économique de la nation.
Dans quelques heures, exactement à zéro heure du 1er juillet 1962, la République du Mali disposera de sa monnaie nationale, le franc malien, ayant seul, désormais, cours légal et pouvoir libératoire illimité sur l'étendue du territoire national.
A cet effet, le privilège de l'émission sera exercé par un Institut d'émission national, la Banque de la République du Mali, qui détiendra l'ensemble des pouvoirs monétaires exercés auparavant par la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest.
Voilà annoncé dans ses grandes lignes l'essentiel de la réforme monétaire, qui sera soumise ce soir à votre sanction, et que tout à l'heure, M. le ministre des Finances exposera en détail devant votre Commission des finances, puis devant votre Assemblée en séance publique.
Je voudrais maintenant en dégager le sens et la signification profonde, en analysant devant vous les raisons de notre option, les conditions de son succès, pour tirer ensuite les conséquences qui en découleront sur le plan de nos relations extérieures.
Mes Chers collègues, aussi loin que nous remontons dans le temps, l'histoire nous enseigne que le pouvoir politique s'accompagne toujours et nécessairement du droit régalien de battre monnaie, que le pouvoir monétaire est inséparable de la souveraineté nationale, qu'il en est le complément indispensable, l'attribut essentiel.
Pouvoir politique et pouvoir monétaire ne sont donc, à dire vrai, que les aspects complémentaires d'une seule et même réalité : la souveraineté nationale.
Or, vous savez comme moi que malgré son accession à l'indépendance, le Mali se trouve encore dans une position d'étroite dépendance économique vis-à-vis de l'ex-puissance coloniale.
Faut-il rappeler que nos importations en provenance de la France représentent encore 80 % de l'ensemble ? Faut-il rappeler aussi que le solde de notre balance commerciale reste très largement débiteur sur la France ?
Cette situation résulte en effet des contraintes que fait peser sur nous l'appartenance à la zone d'émission ouest-africaine, commune à l'ensemble des Etats de l'ancienne AOF - Guinée exceptée - et au sein de laquelle la France dispose de la réalité des pouvoirs monétaires. Car l'institut d'émission de cette zone monétaire, la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest échappe presque totalement au contrôle des gouvernements africains.
Tout se passe dans la pratique comme si la structure et l'activité de la Banque centrale ne semblaient avoir été conçues que pour favoriser uniquement le commerce de traite et d'importations de biens de consommation grâce aux larges facilités des crédits commerciaux qu'elle continue d'accorder aux sociétés commerciales traditionnelles, au détriment des crédits destinés à l'équipement et à l'investissement.
Mais surtout, ces facilités de crédit à court terme ont imprimé à nos courants d'échanges, une direction unilatérale et rigide qui n'a que trop contribué à figer dans leur aspect rudimentaire nos structures économiques internes, empêchant cette diversification nécessaire et vivifiante de l'économie, soit par l'atrophie des secteurs vitaux et moteurs de l'activité économique, soit au contraire par l'hypertrophie de certaines forces productives moins essentielles au développement économique, singulièrement le secteur tertiaire du commerce et des services.
Certes, le souffle de la décolonisation a passé sur le vieil édifice mais sans trop l'ébranler. En effet, la réorganisation en cours de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest aura pour effet d'introduire quelques réformes audacieuses, mais qui n'en seront pas moins en retard de quelques années encore sur nos jeunes indépendances.
Ainsi, l'organisation de la monnaie et du crédit ne relève pas des gouvernements africains. Tous les pouvoirs de décision dans ce domaine sont concentrés au sommet, c'est-à-dire à Paris.
Comment promouvoir dès lors le développement économique harmonieux de la nation si l'on ne dispose pas de moyens nécessaires, du puissant levier de commande que constitue la monnaie ?
Point n'est besoin d'être économiste pour savoir que la monnaie, au niveau national, est à la fois une garantie de liberté et, mieux encore, un instrument de puissance.
Garantie de liberté, parce qu'elle nous permet, non pas de faire ce que l'on veut, mais bien plutôt d'agir dans le sens de l'intérêt national.
Instrument de puissance - dans la mesure où elle nous donne la possibilité de contraindre les féodalités économiques et les groupes de pression qui veulent ignorer l'intérêt national pour ne défendre que les privilèges exorbitants hérités du régime colonial moribond.
Enfin, et surtout, par ce choix qui balaie une des survivances, une des séquelles les plus vivaces de l'ordre colonial, nous entendons demeurer résolument fidèles à l'esprit de décolonisation totale qui a animé le congrès historique du 22 septembre 1960 et qui a déterminé l'option socialiste de notre politique.
Car ce serait singulièrement en limiter la portée, en dénaturer le sens profond que de croire un instant que la décision de créer notre monnaie n'a d'autre ambition que de flatter l'orgueil national.
Par-delà cette légitime fierté, apparaît surtout notre volonté inébranlable d'atteindre l'objectif essentiel que nous nous sommes fixé, je veux dire la réussite du Plan quinquennal qui commande le développement économique harmonieux du pays, la promotion sociale de nos masses laborieuses, en un mot, le devenir même de la nation.
La monnaie nationale, c'est d'abord l'instrument nécessaire d'un développement économique réel, c'est-à-dire axé sur la planification socialiste. Or, l'expérience le prouve, la planification du développement ne peut être réalisée par un gouvernement dépourvu de pouvoirs monétaires.
Avoir son autonomie monétaire, disposer des pouvoirs monétaires, c'est, sur le plan interne, pouvoir régler et contrôler comme on l'entend l'émission de la monnaie métallique et fiduciaire, la direction du crédit, aussi bien aux entreprises, privées ou publiques, qu'à l'Etat.
Mais, c'est aussi et surtout, sur le plan externe, avoir la possibilité de contrôler la validité des paiements extérieurs conformément au plan du commerce extérieur, d'assurer le rapatriement de la contre-valeur des exportations, d'empêcher les transferts spéculatifs.
Il est clair que la détention de tels pouvoirs est absolument nécessaire à un Etat qui veut promouvoir le développement harmonieux et planifié de son économie.
Et le Mali, en raison même de sa situation géographique et de l'importance de ses courants d'échanges avec les autres Etats de l'Afrique de l'Ouest, ne peut logiquement faire abandon de sa souveraineté monétaire.
L'Etat, en recouvrant son autonomie monétaire, sera mieux armé pour orienter la vie économique de la Nation en fonction de l'intérêt général, en exerçant, au niveau de la distribution du crédit, un double contrôle quantitatif et qualitatif.
Un contrôle quantitatif tout d'abord qui permet à l'Institut d'émission de proportionner les concours bancaires qui sont la contrepartie naturelle de l'émission monétaire, aux besoins réels de l'économie.
Mais surtout, par ce biais, l'Etat peut, grâce à un réglage convenable de l'émission et des flux monétaires, favoriser et accélérer l'accumulation monétaire interne sans laquelle le Plan quinquennal n'est plus qu'une affiche de propagande électorale, un immense trompe-l'œil, et sa réalisation, une chimère.
Un contrôle qualitatif ensuite, à la fois discriminatoire et sélectif qui permettra à notre Institut d'émission, de refuser certains concours considérés comme nuisibles à l'économie, et de mesurer les crédits en fonction des objectifs prioritaires du plan.
Cette politique sélective du crédit permettra tout d'abord de renverser les priorités artificielles imposées par l'ordre économique colonial et qui n'avaient d'autres objectifs que de favoriser le commerce de traite d'importation qui constitue encore la source essentielle des profits du grand capital.
Dans le même temps, l'Etat donnera la primauté aux investissements de base sacrifiés sous le régime colonial parce que, non immédiatement rentables et selon un ordre d'urgence fixé par les autorités du plan, donc conforme aux aspirations de nos masses.
Parallèlement, nous n'assisterons plus à la prolifération anarchique d'entreprises parasitaires, ou d'opérations spectaculaires à caractère de propagande, sans intérêt pour le pays et trop souvent financées au détriment de réalisations sans doute plus discrètes mais aussi plus décisives pour le développement de la Nation, telles que les routes, les écoles, les dispensaires de brousse, etc.
Voilà, mes chers Collègues, ramassées en quelques mots, les raisons profondes, politiques et économiques qui ont guidé notre choix, qui ont présidé à la création de notre monnaie nationale, le franc malien.
Mais, en hommes d'expérience avertis des problèmes économiques de notre temps et de notre pays, vous savez que pour être efficace, le maniement de l'instrument monétaire exige de la prudence.
Nous disposons de moyens puissants mais qui ne vaudront que par l'usage que nous en ferons.
La monnaie, c'est d'abord un outil, mais un outil, si parfait soit-il, ne vaut que pour la main qui s'en sert. C'est pourquoi, vous comprendrez que notre entreprise, pour réussir, doit être conduite avec précaution et sagesse, en un mot, que notre succès dépendra tout d'abord de la réalisation d'un certain nombre de conditions objectives et impératives dont je voudrais maintenant vous entretenir.
L'instrument monétaire, nous le savons, peut agir comme un boomerang si l'on s'en sert maladroitement, mais rassurez-vous, nous ne jouerons pas les apprentis sorciers.
Disciplines internes rigoureuses, confiance en la monnaie nationale, telle me paraissent être les conditions objectives de notre réussite, la clé de notre succès.
Disciplines rigoureuses, tout d'abord, qui se traduiront avant tout par l'austérité budgétaire et financière. A cet égard, un certain nombre de mesures d'austérité vont être incessamment promulguées.
Le gouvernement n'épargnera aucun effort pour assurer l'équilibre budgétaire. Toutes les dépenses ont été passées au crible, et partout où des économies sont apparues possibles, elles ont été réalisées, que la dépense soit grande ou minime. C'est ainsi qu'une commission de contrôle et de répartition des effectifs du personnel a été mise sur pied afin de vérifier l'exactitude des emplois, la capacité des agents, leur répartition rationnelle en fonction des besoins réels des services.
D'autre part, seront considérablement réduits le nombre de missions à l'étranger, les frais de mission et le nombre de véhicules mis à la disposition des fonctionnaires. Le parc automobile sera ramené à des proportions compatibles avec la dignité nationale et les besoins réels des administrations.
Les commandes de matériel et de biens d'équipement autrefois réalisées sans coordination entre les services et dans un désordre préjudiciable à l'intérêt général seront désormais regroupées au Service du Plan et le matériel réparti de manière plus rationnelle entre les différentes administrations pour éviter le gaspillage, aussi bien que pour obtenir les prix les plus favorables, les conditions d'achat les moins onéreuses.
Par ailleurs, la monnaie nationale, tout en étant un levier important pour le développement économique, recèle aussi des dangers que je me dois de vous exposer en toute franchise.
La tentation est en effet grande, pour les pays en voie de développement, dont la situation est caractérisée par la disproportion entre leurs besoins énormes et les moyens limités dont ils disposent, de suppléer à l'insuffisance des capitaux par des moyens monétaires. Mais que les bons apôtres, champions de l'orthodoxie monétaire, que les esprits chagrins professionnels de la catastrophe se rassurent : le Mali n'aura pas recours à la planche à billets.
Nous savons qu'en matière monétaire, il n'y a pas de miracle, et c'est pour cette raison qui résolument, nous nous détournons des chemins de la facilité et de l'aventure. La monnaie nationale n'est pas une panacée à nos difficiles problèmes de financement. Un pays ne vit que de ce qu'il produit, de ce qu'il gagne, de ce qu'on lui apporte.
Le déficit budgétaire ne sera pas financé par les moyens monétaires puisque le Trésor public s'adressera à la Banque de la République du Mali dans les mêmes conditions qu'un particulier, c'est-à-dire qu'il ne pourra en retirer des fonds que dans la mesure où son compte est alimenté ou dans la limite des crédits qui lui seront consentis.
Parallèlement, l'austérité budgétaire et financière doit être assortie d'un contrôle planifié du commerce extérieur qui seul peut nous permettre d'assurer l'équilibre de notre balance des paiements. Car si, à l'extrême limite, on peut combler un déficit budgétaire en créant sa propre monnaie, on ne peut en revanche fabriquer la monnaie des autres pour combler un déficit extérieur.
Le contrôle planifié du commerce à l'extérieur devra tendre à la suppression radicale des importations de luxe ou de biens de consommation superflus, qui font très souvent concurrence à nos propres produits. La consommation des produits du crû doit donc être très largement intensifiée. Par ailleurs, la raison essentielle de ce contrôle planifié, ce sera de donner la priorité à l'importation des biens d'investissement, sans quoi une nation ne peut se bâtir, ni renforcer son potentiel économique.
Mais, il ne suffit pas de s'imposer des disciplines rigoureuses afin d'échapper au cycle infernal de l'inflation, ce grand fléau des économies modernes qui menace en permanence la stabilité monétaire, donc le pouvoir d'achat des masses laborieuses. Ces disciplines ne suffisent pas à garantir cette stabilité, si par ailleurs elles ne se renforcent d'une confiance en sa propre monnaie.
Je le déclare sans ambages, vous devez faire confiance au franc malien qui n'a certes pas la prétention d'être une devise forte, mais qui se veut être d'abord un instrument au service de la promotion économique et sociale de la nation. Le franc malien sera une monnaie instrumentale solide, gagé par une couverture d'un milliard de francs CFA, en or et en devises.
Défini par rapport à l'or, le franc malien aura la même valeur que le franc CFA actuel, c'est-à-dire qu'un franc malien sera échangé contre un franc CFA. Toutes les mesures seront prises pour sauvegarder la valeur de notre monnaie tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, de manière qu'aucune transaction ne puisse se réaliser à une valeur autre que celle légalement fixée.
Mais surtout, je voudrais dissiper ici une opinion couramment répandue et selon laquelle une monnaie solide doit être nécessairement rattachée à une monnaie directrice, de plus grande envergure. La garantie qu'un Etat peut accorder à une monnaie étrangère n'est trop souvent qu'une garantie illusoire, plus psychologique que réelle. L'expérience quotidienne nous prouve que l'on ne donne sa caution à une personne que lorsqu'on est sûr que cette caution ne sera pas utilisée ou que lorsqu'on a pris toutes les précautions nécessaires pour qu'elle ne le soit pas effectivement.
Ce qui est vrai au niveau des individus l'est davantage à l'échelle des relations monétaires entre Etats. La France ne garantit le franc CFA que parce qu'elle sait que cette garantie ne jouera pas effectivement. Faut-il rappeler par exemple que les Etats africains membre de l'actuelle zone d'émission ouest-africaine, disposent d'une créance de 30 milliards environ sur la France ? Cela signifie paradoxalement qu'au cours des dernières années le franc CFA n'avait pas besoin de la garantie du franc français.
Les récentes discussions monétaires ont encore vérifié l'intangibilité de cet axiome : la France n'a accepté de garantir le nouveau franc CFA - franc de la Communauté financière africaine - qu'après s'être assurée de la mise en place des mécanismes automatiques efficaces permettant d'éviter la dégringolade du franc CFA.
C'est donc vous dire, Messieurs, que la solidité d'une monnaie ne dépend réellement ni d'une couverture en métal précieux ni de la garantie d'une autre monnaie plus forte. La force d'une monnaie dépend avant tout de l'équilibre économique interne du pays et des ressources en devises étrangères qu'il tire de ses exportations et d'aides extérieures.
Or, à cet égard, le Mali a réalisé son équilibre alimentaire, notamment vivrier et cet atout lui donne de larges possibilités d'expansion et de grandes ouvertures sur l'extérieur, de telle sorte que toutes les conditions semblent réunies pour assurer à la monnaie nationale sa stabilité, et faciliter les règlements extérieurs, ce qui nous conduit tout naturellement à envisager avec vous les conséquences de notre choix sur nos relations avec l'extérieur.
Ces conséquences doivent être examinées sur deux plans : sur le plan de nos relations avec la France, d'une part, et sur celui de nos rapports avec les Etats de l'Union monétaire ouest-africaine, d'autre part
En ce qui concerne nos relations avec la France, tout d'abord, je tiens à dire que nous n'avons pas agi par surprise. Un message a en effet été envoyé au gouvernement français, accompagné de tous les documents se rapportant à notre réforme monétaire. Au surplus, notre décision était attendue dans la mesure où elle reste conforme à l'esprit de l'accord franco-malien de coopération en matière économique, monétaire et financière ratifié par votre assemblée le 24 avril dernier.
Aux termes des dispositions des articles 8 et 9 de cet accord "la République du Mali se réserve le droit de créer sa monnaie nationale et un Institut d'émission qui lui soit propre", et "la République française prend acte de cette déclaration".
Dans le message adressé au gouvernement français nous avons tout d'abord souligné que le choix du Mali ne devrait pas être interprété comme un geste de défiance et encore moins d'hostilité à l'égard de quiconque.
Nous avons d'autre part tenu à affirmer que notre décision ne saurait remettre en cause le principe même de notre appartenance à la zone franc, tout en reconnaissant par ailleurs la nécessité d'un réaménagement indispensable de nos rapports avec l'ensemble de cette zone pour les adapter à la situation nouvelle créée.
Je voudrais faire remarquer en passant que notre maintien dans la zone franc, sous réserve de ces adaptations, n'est pas incompatible avec notre souveraineté monétaire. Vous savez aussi bien que moi qu'il existe des Etats se trouvant dans une situation semblable.
C'est donc dans cet esprit que nous avons proposé à la République française l'ouverture des négociations en vue de réexaminer sur des bases nouvelles les conditions et les modalités de notre coopération au sein de la zone franc, conformément aux dispositions des articles 8 et 9 de l'accord de coopération en matière économique, monétaire et financière signé à Bamako le 9 mars 1962 et ratifié par votre Assemblée.
Quant aux rapports avec les Etats de l'Union monétaire ouest-africaine, je puis vous donner l'assurance qu'ils seront maintenus et même renforcés. Certes, la conséquence immédiate du choix que nous avons fait est la sortie du Mali de cette Union monétaire ouest-africaine, récemment mise sur pied à Paris. Mais ce départ ne saurait constituer une surprise pour ceux qui ont suivi les discussions relatives à la constitution de cette Union monétaire, et qui savent que celle-ci a été le fruit de compromis laborieux.
Car au sein de la Nouvelle Union monétaire il existe en effet trop de contradictions internes et d'éléments centrifuges qui laissaient présager sa dislocation à terme. Déjà deux des anciens Etats de la zone d'émission ouest-africaine ne font pratiquement plus partie de la nouvelle Union monétaire.
Tous les pays africains voisins, et notamment ceux de la zone d'émission CFA ont été avisés par message personnel du chef de l'Etat, de notre décision. Des pourparlers vont être engagés pour résoudre les différents problèmes qui pourraient surgir éventuellement.
En tout état de cause, le Mali se déclare disposé à respecter scrupuleusement ses engagements financiers, mais il réclamera aussi avec autant de fermeté sa quote-part des réserves de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest.
Ainsi, notre départ de l'ancienne zone d'émission-je tiens à l'affirmer ici hautement - ne saurait signifier pour autant le relâchement des courants d'échanges traditionnels entre le Mali et les pays frères de l'Ouest Africain, auxquels nous lient des solidarités multiples, économiques et culturelles forgées au cours de longues années de luttes et de sacrifices communs que l'histoire, tout comme la géographie, et mieux encore - une grande et commune espérance : l'Unité africaine - nous commande de préserver et de consolider, dans l'intérêt même de nos peuples.
C'est dans cette perspective que la République du Mali, toujours animée de cette volonté ardente de parvenir à l'Unité africaine, souhaiterait voir se réaliser dans les meilleurs délais une rencontre entre les Etats de l'Ouest en vue de trouver dans une confrontation amicale et fraternelle les solutions les mieux appropriées aux problèmes immédiats nés de la situation nouvelle ainsi créée et surtout d'étudier en commun les modalités d'une coopération indispensable, mais rénovée et féconde.
Pour notre part, nous souhaiterions que ces rencontres se situent sur un plan bilatéral, permettant d'arriver à la conclusion rapide d'accords de compensations bilatérales. Ceux-ci pourraient ensuite se transformer progressivement en accords de compensations multilatérales, préfiguration d'une Union africaine de paiements, qui constituerait le premier jalon solide vers la voie de l'Unité africaine.
Cette unité ne se fera que par les Africains, pour les Africains, et donc par des voies proprement africaines, qu'ensemble il nous faut patiemment rechercher. Les problèmes monétaires à eux seuls ne sauraient en tous cas servir de prétexte ni d'occasion pour autoriser un Etat extérieur à l'Afrique à rassembler sous sa houlette l'ensemble des Etats de l'ex-AOF et de se présenter ainsi devant l'opinion publique internationale comme le sauveur et le restaurateur de l'Unité africaine.
Une telle entreprise qui n'est qu'une des manifestations les plus séduisantes du néo-colonialisme, serait immanquablement vouée à l'échec. L'expérience la plus récente est là pour nous rappeler que l'Afrique ne peut se construire à partir d'ensembles préfabriqués ou sur des modèles d'importation.
Voilà, Messieurs, les explications que j'ai tenu à vous donner ainsi qu'à tous nos amis de l'extérieur. Elles nous ont permis de dégager le sens et la signification profonde de notre réforme monétaire et du même coup de situer vos responsabilités, en tant qu'émanation de la souveraineté populaire, dans la réussite de cette grande entreprise qu'ils détiennent.
A partir de zéro heure, chaque député devra se considérer comme mobilisé au service de notre monnaie nationale. Dans les meilleurs délais, vous devez regagner vos circonscriptions et organiser une vaste campagne d'explications sur la portée de notre réforme monétaire, de telle sorte que chaque Malien se sente directement concerné par l'événement.
Et c'est pourquoi vous me permettrez, vous les représentants élus du peuple, de m'adresser à travers vos personnes à la nation toute entière pour inviter instamment chaque Malienne et chaque Malien à échanger le plus rapidement possible les francs CFA.
Maliennes et Maliens, votre collaboration, votre coopération, votre enthousiasme seront décisifs dans la réussite de cette entreprise qui constituera un tournant important de la vie économique et politique de notre patrie. Dans les négociations qui vont s'ouvrir prochainement avec tous les Etats intéressés par notre réforme monétaire, la position de votre Gouvernement se trouvera d'autant plus renforcée que vous ferez preuve de civisme et de discipline pendant les opérations d'échanges de billets. Chaque franc CFA qui ne sera pas échangé dans les délais et selon la procédure fixée, sera une perte sèche pour le Mali.
En négligeant vos obligations de citoyens, vous agirez non seulement contre les intérêts de l'Etat, mais aussi contre votre propre intérêt. Votre responsabilité individuelle est engagée au même titre que la responsabilité collective de la nation. Du succès de la réforme monétaire dépendent en effet l'avenir économique de la nation, la promotion sociale de nos masses laborieuses et l'audience internationale de notre jeune République.
Alors, nous ne pouvons pas échouer, nous sommes condamnés à réussir.

[haut]

Acceuil


 

8 JUIN 1992
Discours d’investiture d’Alpha Oumar Konaré
Elu démocratiquement, le président Alpha Oumar Konaré a prononcé un discours mémorable sur la reconstruction du Mali et de l’homme malien, tout en réaffirmant l’option de l’unité malienne prônée depuis la Première République.
Aujourd’hui, grâce à Dieu, au sacrifice de nos martyrs, aux bénédictions de nos anciens dont celles d’un vieux maître d’école et d’une ménagère, le peuple souverain du Mali m’a investi de la lourde mais exaltante mission de conduire les destinées de notre pays.
Je suis prêt à assumer ce redoutable honneur.
En ces instants où s’ouvre pour notre peuple une page d’espoir dans son histoire glorieuse, je voudrais saluer et remercier les peuples frères et amis qui nous ont apporté leur aide et leur solidarité et qui ont permis que ce jour se lève.
Je voudrais m’acquitter de l’agréable devoir de remercier leurs Excellences les chefs d’Etat, les ministres, les envoyés spéciaux, les personnalités étrangères qui nous font l’insigne honneur de venir en ce jour nous témoigner de leur fraternité, de leur estime et de leur solidarité. Le peuple malien saura se souvenir.
Ce jour est pour nous une étape dans la longue lutte que, depuis plus d’un siècle, notre peuple mène pour une plus grande maîtrise de son propre devenir, pour plus de bonheur et de prospérité, pour échapper à la sombre spirale de la misère, du désespoir, de l’exclusion, de la fatalité.
Ce jour s’est construit en échos des journées sanglantes des mois de janvier et mars 1991, des grandes journées de meetings et de marches qui les ont précédées, où le Mouvement démocratique uni déroulait son humaine revendication dans les rues de nos villes.
Il s’est construit en échos du combat de l’ombre que beaucoup ont mené pendant 23 ans durant lesquels certains sont morts.
Ce jour est le fruit de douleurs transfigurées. Cela nous crée une obligation de mémoire, mais également une ardente obligation de changement pour que s’améliorer la vie du plus grand nombre.
Pour ma part, président élu d’un peuple qui a souffert, qui est depuis plusieurs décennies dans l’attente d’un mieux être, je veux être celui qui apporte l’espérance, pas un marchand d’illusions, mais celui avec qui commence à croire que les choses peuvent changer, que les actes vont enfin suivre les paroles.
Je ne suis pas un père de la nation.
Hommage aux pères de notre nation qui ont contribué à l’éveil de la conscience politique, et qui nous ont conduit à l’indépendance.
Je ne suis qu’un fils parmi les fils, appelé à jouer aujourd’hui un rôle d’aîné sans être le plus âgé.
J’ai besoin de l’aide de tous, pères, mères, frères et sœurs, fils et filles, puisque rien ne pourra réduire tous ces liens sociaux qui devront fonctionner à côté des responsabilités nouvelles.
Je sais notre peuple capable de grandes choses, pour autant qu’il vive réconcilié avec le tissu de valeur qui a sa trace dans l’histoire.
Ce sont le travail et la solidarité, une certaine créativité sociale qui nous permettaient de produire des équilibres actifs entre les perspectives individuelles et les destinées collectives.
Ce sont la dignité, le sens des engagements passés et de la responsabilité.
Je veux être l’opérateur de cette réconciliation.
Elle a besoin pour se faire, et je m’y emploierai résolument, que se renforcent les institutions démocratiques qui garantiront la participation de tous à l’élaboration de la loi, qu’un Etat de droit assure. Que cette loi vienne à s’appliquer à tous, et que se forme une active politique d’intégration sociale et nationale.
Une de nos priorités sera d’assurer la paix sociale et de garantir la stabilité. Il est indispensable que l’autorité de l’Etat soit affirmée, contrôlée et acceptée par tous.
Nous veillerons à ce que les lois soient connues de tous et que nul ne soit au-dessus des lois.
Je veillerai scrupuleusement au respect de la Constitution, à la séparation des pouvoirs, à la liberté indispensable des moyens de communication.
Les moyens de cette réconciliation seront aussi la relance de notre économie rendue possible par la libération et l’appui aux initiatives économiques individuelles et collectives. La justice et la solidarité qui se doivent dans la répartition des richesses produites, la lutte contre la corruption et le gaspillage, la décentralisation des pouvoirs qui formera les cadres vivants de la participation du plus nombre aux affaires de la cité, enfin le souci constant et la réalisation effective de l’intégration africaine.
La disponibilité exprimée dès 1960 par notre peuple de céder tout ou partie de souveraineté en faveur de l’Unité africaine est irréversible.
Ce sont là les termes du contrat que j’ai passé avec le peuple malien pour 5 ans, un contrat d’efforts partagés dans la rigueur et la transparence, je le voudrais un contrat qui définit les collaborations nécessaires, les synergies souhaitables, les fertilisations réciproques indispensables au développement harmonieux de notre pays.
Pour l’heure, l’unité de la nation se décide dans l’application heureuse et résolue des dispositions du Pacte national signé le 11 avril. Le Pacte ne peut pas consacrer la victoire d’un groupe sur un autre. Il offre une chance d’approfondissement du processus démocratique.
Mes compatriotes des régions du Nord du Mali peuvent croire en mon engagement pour que perdurent et la paix et l’unité. Les moyens en seront le développement, la solidarité et la justice.
L’unité de la nation se décide aussi dans la réconciliation achevée du peuple malien et de son armée. Beaucoup a été fait dans ce sens et beaucoup reste à faire. Aucune démocratie ne saurait être avec une armée inquiète, culpabilisée. Je voudrais assurer les officiers, sous-officiers, caporaux et soldats de toute notre sollicitude. Ensemble nous renforcerons les vertus républicaines de notre Armée.
La réconciliation se décide enfin dans une justice indépendante et équitable. La chose jugée y gagnera en crédibilité. La justice a besoin aussi de s’exercer dans un climat de sérénité.
Dans les jours à venir, je nommerai un Premier ministre. Ensemble nous procéderons à la formation d’un gouvernement composé d’hommes et de femmes de formations politiques différentes, mais tous décidés à apporter des changements pour l’amélioration des conditions de vie des populations.
Cette démarche nous paraît indispensable aujourd’hui pour créer les conditions d’une véritable éducation à la démocratie qui seule garantira la pérennité de notre expérience.
Le Premier ministre aura la tâche de négocier avec les organisations syndicales et scolaires, les organisations professionnelles, tous les autres partenaires sociaux, tous les acteurs du développement de ce pays, les contrats spécifiques d’excellence, de solidarité et de développement qui découlent de celui que les urnes ont noué.
La concertation sera le maître mot de notre politique. Je ne doute pas que tous les démocrates qui se sont battus pour l’avènement d’une ère nouvelle qui verrait l’amélioration des conditions de vie des populations comprendront que le plus grave danger qui pourrait menacer le processus démocratique serait d’exiger de l’Etat ce qu’on sait qu’il n’a pas.
Le gouvernement de la République n’a pas le droit de tricher avec notre peuple en s’engageant sur la voie des promesses faciles qu’il ne pourra pas tenir. Il devra cependant jouer les règles de la rigueur, de la bonne gestion, de la transparence, de la solidarité.
Nul n’ignore l’héritage catastrophique de l’ancien régime. Nul n’ignore avec quel courage le Comité de transition pour le salut du peuple dirigé par Amadou Toumani Touré et le gouvernement dirigé par Soumana Sako se sont attelés à la tâche de redonner vie et santé à notre pays. Qu’ils en soient pour toujours remerciés.
Que soit remercié particulièrement le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré pour qui l’honneur de notre pays et l’honneur de sa parole d’officier ont servi de credo politique et de guide d’action, tout au long des quatorze mois pendant lesquels beaucoup de difficultés ont surgi. Beaucoup de difficultés que son courage militant, son patriotisme ont réussi à affronter et à vaincre.
Vous engagez ainsi les conditions d’une transition d’alternance, condition sine qua non de toute démocratie. Cette leçon que vous donnez à tous et cette autre leçon donnée le 4 juin dernier dans cette même salle du Palais de la culture nous guideront. Je souhaite pour moi-même qu’au bout du parcours, le militant et le croyant n’ait jamais vacillé.
Je vous souhaite une très longue vie et beaucoup de satisfactions à toute votre équipe et à vous-même. Je suis convaincu qu’ensemble nous renforcerons toujours les bases d’un Mali démocratique. Je suis convaincu que demain vous serez un des meilleurs médiateurs pour le pays et un des grands messagers de la nation.
Excellences, mesdames, mesdemoiselles, messieurs,
J’ai convié hier les Maliennes et les Maliens de l’intérieur et de l’extérieur, plus que jamais solidaires, à construire un avenir d’espérance.
J’en appelle aux hommes et aux femmes de notre pays de notre pays, aux vieux et aux jeunes.
Oui, aux jeunes pour toujours défendre les idéaux de mars 1991,et parmi les idéaux l’acceptation de l’effort, le travail, le respect de l’autre, le respect de l’aîné et des parents.
J’en appelle à toutes les forces du changement à plus d’union, et à ne se tromper ni de combat, ni d’adversaire.
J’en appelle à Almamy Sylla, Amadou Ali Niangado, Baba Akhib Haïdara, Demba Diallo, Idrissa Traoré, Mamadou Batrou Diaby, Mountaga Tall, Tiéoulé Mamadou Konaté et à tous les autres responsables politiques, dignes représentants de notre peuple, pour qu’ensemble nous élevions le Mali.
Ce temps d’apprentissage à la démocratie doit être le temps de tolérance.
Notre pays est aujourd’hui secoué de convulsions, ceci est normal pour un grand malade, mais ceci est encore signe de vie.
Le Mali est une grande pirogue. Aucun de ses occupants ne devrait souhaiter qu’elle chavire. "Le Mali peut tanguer mais le Mali ne chavirera pas", dit le légendaire dicton.
De grandes difficultés nous assaillent aujourd’hui. Des épreuves plus grandes pourront surgir.
Je suis persuadé que nous avons les moyens de les transcender. C’est un immense honneur pour nous que d’être appelés à les affronter. Nous y ferons face avec tout notre peuple mobilisé de façon sereine et déterminée.
Personne le fera le Mali à la place des Maliens.
L’avenir, mes chers compatriotes, est aujourd’hui relancé de plus belle pour le Mali, pour le Mali et l’Afrique. Je l’espère, j’y œuvrerai.
Vive la République !
Vive le Mali démocratique dans une Afrique unie !

 



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CMLN
Le temps des cow-boys
Le CMLN eut deux périodes : une autoritaire (1968-1978) et une libérale de 1978 à 1991 sous la forme du parti unique constitutionnel.
Dès 1969, il apparut que la junte était divisée en deux clans presque antagoniques représentant les capitaines ayant pris conscience de l’ampleur de leurs responsabilités et désireux de ce fait de remettre le pouvoir aux civils et les lieutenants, avides de pouvoir et opposés à toute idée de retour en arrière.
Les premières années du régime furent consacrées à maintenir l’équilibre entre ces deux tendances et c’est ce qui explique que le président du CMLN, durant cette période, ne joua pas un grand rôle ni à l’intérieur ni à l’extérieur du pays. Au tout début et comme pour annoncer les couleurs de la gabegie qui s’annonçait, le CMLN commença par s’offrir (vers 1969) ce qu’on a appelé la prime d’installation et qui représentait plusieurs millions de francs maliens par membre parce que ses membres étaient devenus les personnages officiels du pays et que ceux-ci ne devaient pas apparaître n’importe comment.
Il semble que les débats lors des réunions de la junte étaient dominés par les questions politiques liées à la gestion du pouvoir et que les lieutenants à court d’arguments employaient souvent la manière forte pour se faire entendre. S’étant rendus compte que l’entente était impossible sur ces chapitres, ceux-ci prirent leur parti d’affronter les hauts gradés, quitte à occasionner l’éclatement de la junte. Ceci explique les complots ourdis contre les capitaines entre 1969 et 1973 et leur mise à l’écart pour tentative de complot contre la sécurité intérieure de l’Etat avant d’être expédiés dans les bagnes du Nord.
L’attitude du président du CMLN à cette époque-là fut ambiguë dans la mesure où il fit semblant de ne soutenir aucun clan alors qu’en réalité, il était de mèche avec les lieutenants qui avaient le même grade que lui et aussi par crainte des capitaines. Tous les capitaines qui pouvaient gêner, Yoro Diakité, Malick Diallo, Mamadou Sissoko (bizarrement tué dans un accident de la circulation sur la route de Ségou dès 1969) furent chassés du pouvoir entre 1969 et 1973, de façon à faire de la place aux lieutenants.
On peut considérer que c’est entre 1973 et 1978 la période dure, voire héroïque du régime militaire, celle où il n’y eut pas de loi dans ce pays, où les militaires pouvaient faire ce qu’ils voulaient en toute impunité et sans rendre compte à qui que ce fût. Moussa Traoré apparaît comme un personnage effacé dans cette période parce qu’il ne contrôlait rien ou du moins était débordé par l’aile droite de la junte qui voulait jouir à tout prix des avantages matériels et financiers du coup d’Etat.
Les 3 animateurs de cette aile, les lieutenants Tiécoro Bagayogo (il exigea que son nom de famille s’écrivît aussi avec un K et non un G comme cela se doit), Kissima Doukara et Karim Dembélé disaient eux-mêmes qu’ils avaient fait leur coup pour sortir de la misère de la caserne et s’enrichir aux dépens de l’Etat. Ils savaient d’ailleurs vaguement ce qui était un Etat, moins encore ce qu'était une responsabilité d’Etat et se comportaient comme des cow-boys aussi bien en public qu’en privé.
Moussa Traoré comprit à temps qu’ils n’avaient pas un sens de l’Etat et se tint à bonne distance d’eux, de façon à ne pas être éclaboussé par les scandales récurrents qu’ils ne cessaient de provoquer. Tous les 3 occupaient de hautes fonctions au sommet de l’Etat. Tiécoro Bagayoko était le directeur des services de sécurité avec rang et prérogatives de ministre alors que Kissima Doukara était le ministre de la Défense, de l'Intérieur et de la Sécurité et Karim Dembélé, ministre des Transports et des Travaux publics ; Charles Samba Sissoko, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.
Chacun de ces hommes gérait son département et sa zone de compétence comme bon lui semblait, comme s’il s’agissait de leur famille et le président du CMLN n’en pouvait rien dire. Cependant, il devenait de plus en plus clair, vu les exactions et les abus de pouvoir auxquels se livraient ces 3 hommes appelés désormais la "Bande des trois", que la situation ne pouvait plus continuer parce que le trio discréditait le régime militaire. Celui-ci de façon officielle était venu pour une période de 6 mois jugée suffisante pour assainir la situation économique et renouer avec la légalité constitutionnelle.
En dépit de l’hostilité quasi-bestiale de la "Bande des trois" et de sa suite à toute idée de retour des civils au pouvoir, sous les pressions de la communauté internationale qui comprenait de moins en moins les errements du régime, une Constitution fut votée en 1974 qui prévoyait la création d’un parti politique constitutionnel dirigé à la fois par des civils et des militaires. Cette dernière perspective fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase parce que l’aile droite du CMLN n’entendait pas se faire déposséder du pouvoir si facilement au profit des civils. Elle fit de la résistance entre 1974 et 1978, empêchant par divers moyens la mise en place des structures du parti et l’application de la Constitution de 1974.
Le président du CMLN (en fait celui-ci n’existait plus après la création du parti unique) était dans un embarras terrible parce qu’il ne savait pas comment se débarrasser de ses éléments impopulaires et décriés de son pouvoir. Mais entre-temps la contestation populaire gagnait du terrain, aggravée par les révoltes des étudiants, contraignant Moussa Traoré à agir.
L’opération du 28 février 1978, qui permit d’arrêter la "Bande des trois" et leurs copains, intervint dans ce contexte. Elle nécessita toutefois le soutien d’officiers qui n’étaient pas membres du CMLN et qui, avec certains intellectuels de la société civile, aidèrent Moussa Traoré à mettre en place l’UDPM avec sa théorie fumeuse de l’économie nationale, indépendante et planifiée.
Facoh Donki Diarra

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