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2010

Mois de novembre

Les Echos du 05 novembre

 

PROCES DE LA MORT DE MODIBO KEITA
La stratégie d’Amadou Djicoroni dévoilée
Quatre membres du collectif des avocats (16 défenseurs), qui s’est proposé pour défendre Amadou Djicoroni, accusé par deux héritiers de Faran Samaké de délit diffamatoire de leur père sur la responsabilité de la mort du premier président du Mali indépendant, ont animé mercredi dernier une conférence de presse à la Maison de la presse.
Compte tenu de la sensibilité de l’affaire qui est désormais entrée dans une procédure judiciaire réelle depuis l’audience de consignation qui a lieu le lundi 1er novembre 2010 au Tribunal de la Commune III, et compte tenu de l’attention particulière que beaucoup de nos concitoyens accordent au procès susceptible de jeter toute la lumière sur la mort controversée du père de l’indépendance du Mali, le collectif a jugé nécessaire d’informer, à travers la presse, l’opinion nationale et internationale de leur stratégie et de la suite qui va être donnée au procès.
Maîtres Mohamed Bathily, Harouna Touré, Yacouba Koné et Mariam Diawara ont, au nom du collectif, exprimé leur détermination à tout mettre en œuvre pour que le procès se déroule dans les règles de l’art. Ils ont dévoilé des vices de forme dans la procédure qui relève, selon eux, du délit de presse, régit par une loi.
Ainsi, pour Me Mohamed Bathily, les directeurs de publication des journaux qui ont rapporté les propos d’Amadou Djicoroni, qui ont servi de support aux plaignants de porter plainte devant le juge, doivent comparaître au cours du procès. Ce scénario n’est pas encore prévu, ce qui fait croire aux hommes en robe noire que leur client n’est qu’un bouc émissaire qui subit une accusation "gratuite". Me Bathily a noté que leur client se retrouve entièrement dans les citations que les journaux lui ont attribuées.
Il a donc levé toute équivoque au sujet de la position d’Amadou Djicoroni qui ne renie ni les propos à lui attribués ni sa thèse sur la mort de Modibo Kéita. Cette thèse, faut-il le rappeler, veut que le père de l’indépendance ait été assassiné par empoisonnement à la suite d’une injection prescrite par feu Dr. Faran Samaké, psychiatre, alors médecin traitant du défunt président qui serait officiellement mort d’un œdème des poumons. Aussi, les conférenciers ont tenu à préciser que les plaignants sont au nombre de trois dont deux des dix héritiers de Faran Samaké.
GMT en témoin ?
Pour ce qui concerne la troisième personne, en la personne de Tiécoro Diakité, ancien ministre de la Tutelle des Sociétés et entreprises d’Etat sous le régime militaire, le collectif des avocats d’Amadou Djicoroni pense qu’il n’a aucune qualité à ester en l’occurrence en justice. Ils pensent que M. Diakité n’a aucun lien avec l’accusé. Selon eux, tout ce que celui-ci recherche à travers ce procès est une notoriété publique.
" Ce n’est pas que nous craignons Tiécoro Diakité. Seulement nous n’allons pas le suivre dans sa démarche de recherche de notoriété", a commenté l’un des avocats. Et de dévoiler que son collectif a fourni toutes les pièces, conformément aux principes de la procédure pénale, à la partie civile.
Des pièces à partir desquelles les conférenciers vont avancer des arguments pour défendre leur client, sont constituées d’ouvrages dont celui du colonel à la retraite Assimy Dembélé, intitulé "Transferts définitifs", et de l’ex-capitaine Soungalo Samaké, "Ma vie de soldat". Les avocats ont également dévoilé la liste des personnes qui seront appelées à témoigner et qui a été transmise en même temps que les pièces, à la partie civile.
Parmi ces témoins figure l’ex-président dictateur Moussa Traoré, considéré comme un témoin "précieux" dans la mesure où c’est lui qui a fait arrêter et emprisonner Modibo Kéita. Pour les défenseurs de l’accusé, le chef de la junte du 19 novembre 1968 devra témoigner surtout en sa qualité de chef de l’Etat au moment des faits, donc comptable à part entière de la mort non encore élucidée du père de l’indépendance nationale.
Amadou Waïgalo


Mort d’un œdème des poumons
En réplique à l’interview que Moussa Traoré avait accordée à Ibrahim Baba Kaké (paix à son âme), chroniqueur de l’émission "Mémoire d’un continent" de RFI, Youssouf Traoré, membre du Comité militaire de libération nationale (CMLN) a fait une mise au point démontrant tout le contraire de la thèse de l’ex-chef du CMLN. En effet, Moussa Traore a soutenu dans cette interview que son prédécesseur est décédé par suite d’un œdème des poumons, ce que Youssouf Traoré a nié en bloc. Ce document témoin de M. Traore figure également dans les pièces fournies par les avocats de l’accusé.
A. W.

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ENVIRONNEMENT DES AFFAIRES AU MALI
Des efforts reconnus
La Banque mondiale a procédé hier, en présence du ministre des Finances, au lancement du rapport 2011 du Doing Business. Le constat, c’est que notre pays fait partie des 30 économies qui se sont le plus améliorées au cours de ces cinq années, grâce aux efforts consentis pour faciliter l’obtention des permis de construire, du transfert de propriété et de l’élimination des contrôles redondants des marchandises à l’import.

Au cours des 12 derniers mois, le Mali a facilité l’obtention du permis de construire en mettant en place une étude d’impact environnementale simplifiée pour les bâtiments commerciaux non complexes, dans le cadre des réformes réglementaires visant à améliorer le climat des affaires, indique le rapport Doing Business 2011 : Making a Difference for Entrepreneurs (Agir pour les entrepreneurs) lancé hier.
Le taux des transferts de propriété pour les entreprises a été réduit de 15 % de la valeur de la propriété à 7 %, les inspections redondantes des marchandises importées ont été éliminées, ce qui a réduit les délais pour le commerce transfrontalier, ajoute ce 8e rapport d’une série annuelle publiée par l’IFC et la Banque mondiale.
Doing Business analyse les réglementations qui s’appliquent aux entreprises d’une économie au cours de leur cycle de vie, notamment leur phase de démarrage et d’exploitation, leurs échanges commerciaux transfrontaliers, le paiement de leurs impôts et taxes et leur fermeture. Doing Business ne mesure pas tous les aspects de l’environnement des affaires qui concernent les entreprises et les investisseurs.
Ainsi, à titre d’exemple, il ne mesure pas la sécurité, la stabilité macroéconomique, la corruption, le niveau de compétences de la main-d’œuvre ni la solidité du système financier d’une économie.
Les conclusions du rapport ont stimulé des débats sur les politiques publiques dans plus de 80 économies. Elles ont permis le développement d’un nombre toujours plus grand d’études analysant l’impact des réglementations qui affectent les entreprises sur les résultats économiques obtenus par les différentes économies.
Sur la même période des 12 derniers mois, 27 économies d’Afrique subsaharienne ont mis en œuvre 49 réformes réglementaires pour améliorer leur climat des affaires, conclut Doing Business 2011. De nombreuses économies d’Afrique ont amélioré leurs procédures relatives au commerce transfrontalier, une tendance en partie attribuable aux efforts d’intégration du commerce régional.
Depuis 2005, près de 85 % des économies du monde ont facilité la pratique des affaires pour les entrepreneurs locaux en apportant 1511 améliorations aux réglementations des activités commerciales. Parmi les 30 économies s’étant le plus améliorées au cours de ces cinq années, un tiers se situe en Afrique subsaharienne. C’est le cas du Burkina Faso, du Ghana, de Madagascar, du Mali, de Maurice, du Mozambique, du Nigeria, du Rwanda, du Sénégal et de la Sierra Leone.
Depuis 2005, le Rwanda a mis en œuvre 22 réformes de la réglementation des affaires dans les thèmes mesurés par Doing Business. En 2005, créer une entreprise au Rwanda nécessitait neuf procédures et coûtait 232 % du revenu par habitant. Aujourd’hui, deux procédures et trois jours suffisent, et les frais officiels ne représentent plus que 8,9 % du revenu par habitant.
Le Mali est 153e derrière le Burkina Faso (151) et le Sénégal (152). Au niveau du classement africain, le Mali est 24e.
Alexis Kalambry

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ASSAINISSEMENT
Un projet abandonné en Commune III

Le projet de quête initié par la commission domaniale, foncière assainissement, cadre de vie et grands travaux pour assainir la Commune III du district de Bamako, a été abandonné à l’injonction du maire Abdel Kader Sidibé.

La rude gestion des ordures ménagères, déchets solides et liquides n’est un secret pour personne dans la Commune III. Aujourd'hui, dans les quartiers de cette Commune du district, elle compromet toutes les initiatives d’amélioration du cadre de vie entreprises par les acteurs du développement de notre capitale. Conscients de cet état de fait, trois conseillers de cette Commune avaient pris l’initiative de faire face à ce problème qui, à leurs dires, a été étouffée dans l’œuf.
Dans une correspondance datée du 27 octobre, les quatre signataires que sont Tidiane Kéita, 4e adjoint, Broulaye Sangaré, président de la Commission et Ousmane Camara, rapporteur de la Commission ont de nouveau saisi le maire, lui signifiant leur volonté de rechercher de fonds auprès des structures résidentes (cadres et personnes de bonne volonté) pour le ramassage des ordures. Car pour que leur projet soit concrétisé, la mention du maire au bas du document est une exigence.
Quelle ne fut leur surprise de voir leur demande rejetée ! Le 29 octobre soit 48 h après l’envoi de la correspondance, Kader a réagi négativement aux souhaits des trois conseillers au motif qu’ils n’ont aucun mandat pour collecter de l’argent pour le compte de la mairie. Et d’ajouter que les commissions ont un rôle purement consultatif "et ne sauraient en aucun cas se substituer à l’organe exécutif".
C’est ainsi que le projet a été abandonné par les élus au grand dam des populations, qui, pourtant, sont dans la nécessité d’un assainissement. C’est parce que depuis quelque moment, la Commune III est laissée à elle-même en raison du bras de fer entre le maire et la majorité des conseillers que les conseillers ont cru bon d’initier le projet. Des statistiques révèlent que la Commune III du district de Bamako reste parmi les communes du district de Bamako qui méritent l’attention des élus communaux sur le plan de l’assainissement.
Amadou Sidibé

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RETOUR EN GRACE DU PARTI REPUBLICAIN
Obama pris en otage !
Selon un sondage, environ 75 % des Américains sont mécontents de la gestion de leur pays. Ils viennent de donner de la voix en faisant confiance au Parti républicain, auteur d’un raz-de-marée aux niveaux étatique et fédéral lors des élections de mi-mandat du 2 novembre 2010. Barack Obama devra assumer judicieusement les conséquences de la débâcle électorale démocrate s’il veut prolonger son séjour à la Maison Blanche en 2012.
Comme prévu, le verdict des élections de mi-mandat aux Etats-Unis est incontestablement à la faveur du Parti républicain. Celui-ci, minoré aux deux niveaux du Congrès avant ces consultations électorales, a signé son retour en force. Il enlève la majorité à la Chambre des représentants avec au moins 239 postes contre 185 pour son rival démocrate. Au Sénat, c’est la même dynamique de succès pour les républicains, qui réduisent significativement le nombre de sénateurs entre eux et les démocrates, toujours majoritaires dans cette institution.
Au nombre de 57 auparavant, les sénateurs démocrates ne sont plus que 49, car les républicains, représentés par 41 sénateurs durant les deux dernières années, se hissent maintenant à 46 sénateurs. Une différence petite certes, mais précieuse pour un Parti démocrate, presque au bord du naufrage. Et pour couronner le tout, dix sièges de gouverneur passent dans le camp républicain.
Le peuple américain a donc envoyé un message de frustration à l’administration Obama. Les citoyens du pays de l’Oncle Sam ne sont pas satisfaits de la gestion de divers dossiers, de la récession économique au plan de santé, en passant par l’éducation et la guerre contre le terrorisme. Une situation bénéfique aux républicains qui disposent désormais de plus de cartes à travers leurs votes. Le président Barack Obama en est lui-même conscient et ne s’attend pas du tout à une tâche aisée.
C’est pourquoi, juste après l’annonce de quelques résultats clés consacrant le retour en grâce des républicains à la Chambre des représentants, l’homme hybride a appelé le futur président de la Chambre, Joe Boehner (il succédera à la démocrate Nancy Pelosi) pour lui réitérer toute sa disponibilité à coopérer avec les républicains dans l’objectif ultime de servir le peuple américain. Une position encore défendue par un Obama moins vigoureux, plus souple et enclin à accepter la défaite lors de sa conférence de presse d’après élection de mercredi dernier.
" J’avoue que les Américains ne sont pas satisfaits de tout ce que nous avons fait, notamment par rapport à l’économie où le taux de chômage est à environ 10 %. Nous devons faire un meilleur job en dépit du fait que c’est une situation que nous avons héritée. Je suis prêt à travailler avec le Parti républicain dans l’intérêt du peuple américain. Aucun parti ne peut rien faire seul ; nous ne pourrons rien faire sans les républicains", a admis Obama sur une note de déception.
En retour, les républicains ont commencé à lancer des flèches dès l’annonce des premières tendances dans la soirée de mardi. "L’Amérique a voté pour un gouvernement moins coûteux et plus responsable. Cela sera notre principale position", avait affirmé le futur président de la Chambre des représentants, le républicain Joe Boehner de l’Ohio. Ce qui présage déjà que ce dernier parti ne laissera passer aucune législation de la présente administration ne cadrant pas avec sa vision des choses.
Réélection en jeu
Tout en fixant les conditions d’une probable collaboration entre les élus des deux parties, le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, très critique du président Obama, a déjà planté le décor en référant également Obama aux résultats des urnes : "Il me semble que la meilleure stratégie pour les démocrates serait d’écouter les électeurs. Ces derniers ont clairement fait savoir ce qu’ils veulent voir. Si le président regarde dans la même direction que nous, nous aimerons certainement faire avancer les choses dans ce pays".
Le sort du futur plan de santé aux Etats-Unis dépendra indéniablement d’un mariage de vue entre les deux parties. Et à peine la fin de l’annonce de tous les résultats que les républicains ont commencé à avertir Obama sur ce dossier combien sensible dans le pays.
Ils soutiennent que "les Américains sont inquiets de l’intrusion du gouvernement dans le système de santé. Il est important, pour nous, de jeter les fondations de l’abrogation de cette monstruosité et le remplacer par des réformes dictées par le bon sens et qui réduiront le prix de l’assurance maladie aux Etats-Unis".
Cette déclaration prouve si besoin encore est, qu’une conciliation de positions entre républicains et démocrates est extrêmement difficile. Surtout que des considérations telles les valeurs cardinales des deux formations politiques, prennent généralement le dessus sur l’essentiel.
L’influence des républicains ne sera pas seulement ressentie au niveau fédéral. Dans beaucoup d’Etats, les démocrates ont baissé pavillon devant eux dans les élections de gouverneurs. Obama et ses camarades politiques sont conséquemment muselés dans divers Etats. Et cela comptera aussi dans la perspective de l’élection présidentielle américaine de 2012. C’est à ce niveau d’ailleurs que les observateurs politiques se projettent.
De la gestion du pays par Obama pendant les deux prochaines années dépendra sa réélection. Or, il n’a plus les clés de son succès, car lié de force à des législateurs du camp adverse. Il faudra toutefois compter avec l’éloquent président qui semble ne pas abdiquer malgré ce coup de massue.
Obama a en tout cas intérêt à revoir sa copie après une élection dont sa gestion a scellé le sort. Au risque de céder plus de terrain à ses détracteurs et d’hypothéquer ainsi ses chances de réélection en 2012.
Ogopémo Ouologuem
(correspondant aux USA)

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MINES ET PETROLES
Abou-Bakar veut se sortir des agendas
Depuis plus d’une décennie, les mines prennent le devant de l’économie malienne. Cependant, le Mali pourrait engranger plus de bénéfice s’il prenait les initiatives en matière de prospection, d’extraction. D’où la rencontre initiée par le ministre des Mines, Abou-Bakar, pour lier mines et économie.
La semaine prochaine, notre pays abritera un forum sur l’intégration de la mine à l’économie. Le Mali est très rapidement devenu le 3e producteur d’or, les recherches sur le pétrole devraient aboutir depuis longtemps, mais, malgré les promesses, les sociétés détentrices des permis traînent le pas pour l’exploitation, ce qui fait dire aux spécialistes que ces sociétés mettent notre pays dans leur agenda personnel. Pour se sortir de cette situation, le ministère des Mines a initié un "Forum pour l’intégration de la mine à l’économie".
Pour ce faire, le ministère des Mines dispose de 6 projets qui, selon les responsables du département, "présupposent un soutien substantiel aux plans financier et des ressources humaines". Ainsi, le Mali compte cartographier et inventorier toutes les mines de Mali-Sud ; améliorer la gestion des titres miniers ; créer une banque nationale de données pétrolières ; explorer le pétrole dans le sous-bassin du Gourma et renforcer les capacités des acteurs du département.
Pour le ministère des Mines, la maîtrise par nous-mêmes de notre sous-sol, la fixation à l’interne des règles du jeu passent par ce dispositif qui devrait permettre de donner plus de visibilité aux politiques en matière de gestion des ressources du sous-sol.
A. Kalambry

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DOSSIER
L’artisanat au Mali
Le Mali est considéré par plusieurs sources comme un pays d’agriculture, d’élevage et de pêche. Autrement dit, ces trois activités constituent les piliers de son économie nationale. Mais d’autres secteurs dont on n’entendait pas trop souvent parler jusqu’à une date récente, jouent aussi un rôle non négligeable dans son essor économique.
L’agriculture est pratiquée dans presque toutes les zones rurales avec cependant une nette prédominance dans le Mandé, les pays bamanan (Ségou, Bélédougou, Kaarta et Baninko) et Dogon alors que l’élevage est la spécialité des régions du Nord : Mopti, Gao, Tombouctou et Kidal. Mais tout comme dans le cas de l’agriculture, l’élevage n’est pas l’apanage des seules régions désertiques du Nord puisque celui des petits ruminants est massivement pratiqué dans les autres régions à la fois par les hommes et les femmes.
La pêche, elle, est pratiquée le long du fleuve Niger par les populations riveraines même si des groupes spécialisés comme les Somonos et les Bozos dominent dans ce secteur. A côté de cette pêche fluviale, qui rapporte une quantité importante de poissons, existe une autre qui se fait dans les cours d’eau, mais de façon saisonnière par les communautés villageoises pour leur propre consommation.
Les produits de l’agriculture sortent rarement des frontières du territoire national tandis que ceux de l’élevage et de la pêche le sont à la fois pour les besoins intérieurs et pour l’exploitation dans les pays limitrophes : Côte d’Ivoire, Ghana, Burkina Faso, etc. De manière générale, si l’agriculture, l’élevage et la pêche occupent une part importante dans l’économie nationale, l’artisanat n’est pas en reste dans la mesure où des régions entières vivent de ses revenus.
De ce fait, ce secteur est aussi considéré par certains comme l’un des piliers de l’économie de ce pays, au même titre que l’élevage et la pêche. Le fait est que depuis le Moyen âge - peut-être même l’Antiquité - l’artisanat de ce pays est cité en exemple de réussite dans la sous-région. Toutes les régions du Mali le pratiquent, mais de plus en plus avec une nette spécialisation des régions du Nord et des grandes destinations touristiques.
Il y a dans ce domaine ce qu’on appelle l’artisanat traditionnel constitué par les forgerons, les cordonniers, les tanneurs, etc. et l’artisanat moderne représenté par les bijoutiers, les sculpteurs, les menuisiers, etc. L’artisanat traditionnel est visible dans toutes les régions et vient en complément aux activités agricoles, d’élevage et de pêche.
Dans les faits, ce sont ces artisans qui confectionnent le matériel nécessaire aux agriculteurs, aux éleveurs et aux pêcheurs. C’est l’artisanat le plus ancien métier dans ce pays, qui fait vivre, directement ou indirectement, une partie importante de la population aussi bien en ville qu’à la campagne.
Le forgeron par exemple est une figure ancienne de nos communautés villageoises, il est si enraciné dans le paysage que certains hésitent à faire de lui, non un artisan, mais un travailleur professionnel. Il en est de même, à peu de choses près, du cordonnier éternellement présent dans les zones d’élevage, surtout de chevaux comme le Wagadou, le Fadougou et les régions du Nord. Cet artisanat se porte bien parce que ses produits sont consommés par les populations locales qui les demandent.
L’artisanat moderne est plus récent et l’on peut même dire qu’il a été introduit par la colonisation ou dans le cours de celle-ci. C’est l’artisanat des grandes villes qui consomment toute sa production, mais il est surtout développé dans les régions du Nord et dans le pays Dogon qui vit en partie du tourisme européen grand amateur des produits de cet artisanat.
Alors que l’artisanat traditionnel est une affaire de famille qui se transmet pratiquement de père en fils, de façon presque héréditaire, l’artisanat moderne peut s’apprendre à l’école et est à la portée de n’importe quel apprenant. C’est pourquoi il a beaucoup prospéré dans les régions du Nord où le chômage des jeunes sévit durement. En ce sens, il apparaît comme une alternative au chômage des jeunes diplômés et mérite d’être soutenu par l’Etat.
Facoh Donki Diarra

 

ARTISANAT MALIEN
La France, une destination privilégiée
Plus que des événements commerciaux, les foires artisanales et culturelles du Mali en Europe particulièrement en France, sont aujourd’hui un creuset de rencontres entre les peuples du Mali et de la France, un partenariat fécond, un brassage culturel, un pèlerinage pour les Maliens vivant en France...

Avec un apport de près de 12 % au PIB, employant 40 % de la population active et avec au moins un ressortissant dans chaque famille, l’artisanat est assurément un outil puissant de développement et de lutte contre la pauvreté au Mali. Il est un tremplin pour la mise en valeur des productions locales.
Toutefois, pour se développer, l’artisanat a besoin de conquérir sa part de marché national, sous-régional, régional et mondial. Comment y parvenir ? Une des étapes les plus importantes est l’échange d'expériences, de savoirs et de savoir-faire. C’est pourquoi, le département de l’Artisanat a privilégié la France pour faire valoir ses compétences en matière d’artisanat en vue de lancer le secteur, faire sa promotion, l'intégrer dans le circuit commercial international et surtout mettre nos artisans en rapport avec les grands acheteurs internationaux.
Depuis une dizaine d’années, le département de l’Artisanat a entrepris une série de promotions actives des produits artisanaux de notre pays. Un mois durant, les artisans maliens inondent ainsi des villes françaises avec des produits artisanaux : Clermont-Ferrand, Montreuil, Paris avec le Salon de la Bourse du commerce, la foire d’Evry, Creil et Caen, Sevran, Sergy… Depuis quelques années, l’offensive du département de Ndiaye Bah a permis aux artisans d’exposer sur le marché allemand, espagnol, américain…
Les retombées économiques sont visibles, avec un chiffre d’affaires de plusieurs milliards de F CFA. Et la destination Mali se vend plus. Le premier responsable du département de l’Artisanat, dans une sortie, affirmait que grâce aux foires et salons artisanaux, "le Mali est devenu visible sur le marché français. De plus en plus de tours operators affluent vers le Mali". Conséquence : des infrastructures d’accueil se sont multipliées à travers le pays, notamment à Bamako.
Au Mali et dans la sous-région, le département n’est pas resté les bras croisés. Des foires et semaines (semaine sénégalo-malienne) artisanales, touristiques… sont organisées chaque année.
A travers ces événements, le Mali exporte sa culture et le savoir-faire de son artisanat, véhicule son image touristique en France et va à la rencontre du peuple français, une rencontre des valeurs.
Amadou Sidibé
Encadré
Plus de 24 000 artisans répertoriés
Aujourd’hui plus de 24 000 artisans sont inscrits dans les répertoires des 20 chambres de métiers du Mali. A Bamako dans les six chambres, on dénombre plus de 9000 artisans inscrits. La Chambre de métiers de Cologne fait de son mieux pour répertorier ses artisans maliens à travers l’APCMM. Le répertoire des métiers est une grande base de données intéressante.
La personne répertoriée peut bénéficier de multiples services du réseau des chambres de métiers : la reconnaissance de son statut professionnel par sa carte professionnelle, la représentation forte de ses intérêts envers le publique et la politique, l’accès aux formations et perfectionnements, souvent organisés en collaboration avec les différents partenaires techniques et financiers, l'accès aux centres de ressources des artisans pour des conseils et prestations, la participation aux manifestations commerciales et foires, la consultation directe avec les experts des services techniques des chambres de métiers.
A. S.

MAMADOU M. TRAORE, PRESIDENT DE L’APCM
" Nous sommes les plus nombreux et les mieux occupés"
Menuisier bois de profession nanti d’un diplôme de dessin-bâtiment, obtenu à l’Ecica, le président de l’Assemblée permanente des chambres de métiers du Mali (APCM), Mamadou Minkoro Traoré, nous parle du secteur.

Les Echos : Qu’est-ce qu’on entend par APCM ?

Mamadou Minkoro Traoré : L’Assemblée permanente des chambres de métiers du Mali (APCM) est un établissement public à caractère professionnel. Elle est dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière. L’APCM est composée de 11 corps de métiers regroupés en 7 catégories et de 20 chambres de métiers. Elle est repartie entre les 6 communes du district de Bamako, les régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Gao et les cercles de Tombouctou et de Kidal. Les régions forment avec les cercles les assemblées régionales.

Les Echos : Quelles sont les missions de votre Assemblée, ses attributions et objectifs ?

M. M. T. : L’APCM a pour mission de répertorier les artisans et de les organiser en corps de métiers. Il nous revient aussi de les former, de faire la promotion des produits artisanaux au Mali et à l’extérieur. L’une de ses missions les plus importantes est d’aider les artisans à accéder au financement.

Les Echos : Avez-vous des problèmes ou pensez-vous que tout marche comme sur des roulettes ?

M. M. T. : Bien sûr que nous avons des problèmes. Le problème le plus crucial pour nous est le manque de ressources financières. Pour cela, notre combat est de compter sur nos propres ressources : en incitant nos adhérents à payer régulièrement leurs cotisations. Nous avons aussi des problèmes de ressources humaines qualifiées. Des chambres de métiers n’ont pas de secrétaires généraux ou de techniciens qualifiés. Nous n’avons pas de sites conformes pour l’exercice de nos professions.
Vous savez, Bamako connaît une urbanisation galopante à l’image de toutes les capitales africaines. Un atelier de menuiserie métallique, de mécanique auto, auront du mal à exercer dans des vieux quartiers comme Bagadadji, Niaréla, Bozolo, Médina-Coura, Bamako-Coura, entre autres. Nous n’avons pas d’espaces réservés à Bamako comme zone ou village artisanal. L’Etat doit penser à résorber ce problème en créant une zone artisanale digne de ce nom. Les artisans participent au développement économique de la ville. Ils se trouvent au début et à la fin de tous les travaux de main d’œuvre comme dans le BTP, l’électricité, la petite et moyenne industrie, etc.

Les Echos : Pensez-vous que l’artisan malien peut bien vivre de son travail ? Vos produits sont-ils compétitifs ?

M. M. T. : Je dis non malheureusement. Nous sommes confrontés à la contrefaçon et à la concurrence déloyale. Si nous prenons des produits comme la teinture, la bijouterie, qui marchent bien à l’extérieur, rares sont les artisans qui ont des moyens d’exposer ces produits à des foires à l’extérieur à cause du coût du billet d’avion, des hôtels.
D’autres arrivent à vendre par Internet mais c’est une minorité de gens. Je propose qu’on crée et pérennise un centre d’expression au Mali comme le Siagri pour les paysans pourquoi pas le Siama (Salon international de l’artisanat du Mali) pour les artisans. La contrefaçon est une réalité. Les Maliens aiment le Bazin brodé. Les Chinois en font avec une grande ingéniosité. Il en est de même pour le bogolan dont notre pays est l’inventeur.
Aujourd’hui, le Mali et beaucoup de pays africains sont devenus un vaste marché pour des pays asiatiques. Certains d’entre eux ou leurs représentants qui sont des Maliens font des études de notre marché pour voir ce qui marche dans le domaine de l’artisanat. Ils font la copie des œuvres d’art, des produits de l’ameublement ou de la teinture. La durée de vie de certains secteurs ne dépasse pas une année. Des entreprises chinoises fabriquent même des escabeaux.

Les Echos : Quelle alternative trouvez-vous à cela ?

M. M. T. : La solution, pour nous, consiste de nous regrouper par secteur. Il nous revient aussi de sensibiliser nos clients à acheter les produits de bonne qualité. C’est vrai, les meubles et autres œuvres d’art fabriqués dans les pays asiatiques sont bien faits, mais ils n’ont pas de résistance. Ils sont pour la plupart faits avec des matériaux de récupération qui ne durent pas deux ou trois saisons. C’est différent du bois massif que les menuisiers maliens et africains font modeler en fauteuil, lits, etc.
Je parle d’un secteur qui est la menuiserie que je connais, un regroupement par corporation dans ce domaine peut permettre de réunir les moyens techniques et financiers d’acheter des machines performantes pour faire face à la concurrence asiatique. Il en est de même pour les bouchers qui peuvent se regrouper pour acheter un abattoir complet et amoindrir les charges auxquelles ils font face auprès des abattoirs privés de la capitale.
Les teinturières peuvent aussi faire autant pour acheter un Spiros qui peut faire la vidange de leurs puisards sans difficulté. L’Etat a fait de son mieux pour nous. Nous devons, à notre tour, être imaginatifs. Je ne suis pas politique, mais comme le dit le chef de l’Etat, le Mali est entouré par 7 frontières. Sept frontières, c’est aussi 7 opportunités que nous pouvons saisir pour nous valoriser.
Les Echos : Que représente l’artisanat malien en termes de présence dans le secteur de l’emploi ?

M. M. T. : Des études avaient montré que l’artisanat occupe 42 % de la population malienne. Des études récentes indiquent que 62 % des Maliens sont occupés par l’artisanat. Nous sommes les plus nombreux et les mieux occupés que les paysans qui chôment pendant 3 mois de l’année. En fermant pendant un seul jour dans une Commune donnée l’ensemble des ateliers, tout le monde le ressentira. L’artisanat joue son rôle dans l’économie en termes de création d’emplois et de richesses, malgré les écueils.
Propos recueillis par
Abdrahamane Dicko

 

PRESERVATION DES RICHESSES CULTURELLES
Le Musée national en sentinelle de l’artisanat
Le Musée national du Mali a pour vocation de collecter et de conserver le patrimoine immatériel et matériel. Son directeur Samuel Sidibé est convaincu que le Mali a intérêt à renforcer le droit d’auteur pour protéger ses richesses culturelles exposées au trafic et à la contrefaçon.
Le Musée national développe présentement des programmes sur le patrimoine immatériel à travers la collecte d’images, la réalisation de films et l’enregistrement sonore. Pour Samuel Sidibé, un objet comme un masque est forcément lié à des traditions culturelles qui constituent, dit-il, l’essence de tout objet.
L’autre mission capitale du Musée, selon son directeur, est de faire en sorte que le patrimoine collecté et conservé soit mis à la disposition du public, à travers des expositions et des publications.
Pour Samuel Sidibé, les gens ont tendance à croire que le Musée à vocation à ne s’occuper que de choses anciennes, croyant que le Musée fonctionne uniquement sur le passé. "Cela est une notion à abandonner, parce qu’il ne faut pas donner le sentiment aux gens que le Musée est un endroit du passé", qui a poussé son service à développer une approche sur la création contemporaine relative à l’art contemporain et à l’artisanat.
Il s’agira, pour le Musée, de trouver une place pour la culture et les créations d’aujourd’hui et aller au-delà de la présentation du passé et donner le sens d’une continuité au Musée.
Les aspects techniques liés à l’environnement et sa capacité de restauration sont des difficultés auxquelles le Musée national est confronté. Mais M. Sidibé est convaincu que le plus gros souci de sa structure est comment faire en sorte que le patrimoine ne soit pas volé et exporté illicitement.
Contrefaçon
" Je reviens de Mopti où je me suis rendu compte que les sites archéologiques sont encore pillés. Enormément d’objets archéologiques sont sur les étals dans les marchés de la Venise malienne. Cela n’est pas normal !", dénonce le patron du Musée qui pense que ce phénomène contribue à dépouiller nos sites archéologiques et doit être stoppé.
Aussi, il y a une difficulté à sécuriser les "objets importants pour le patrimoine" encore conservés par des communautés dans certaines localités du Mali. Au-delà du trafic établi autour des objets d’art, le phénomène nouveau qui menace notre patrimoine est la contrefaçon. Les informations indiquent qu’on retrouverait sur le marché du bogolan made in Chine.
A ce propos, notre interlocuteur croit qu’il n’y a pas eu au Mali, une réflexion suffisante sur la propriété intellectuelle. Il se dit convaincu que notre pays n’a pas travaillé pour que, sur le plan du dépôt légal et du droit d’auteur, certaines marques soient protégées.
" Par exemple le Mali devrait réfléchir pour déposer des noms comme Tombouctou pour que ce nom ne soit pas utilisé n’importe comment et cela est valable pour les motifs textiles", propose-t-il.
M. Sidibé se félicite de la numérisation et la gestion informatisée de sa base de données ce qui va conduire, selon lui, à la formation et à l’adaptation de son personnel.
Amadou Waïgalo

 

ARTISANAT MALIEN
La richesse inexploitée
L’artisanat malien présente un paradoxe, le même depuis l’indépendance : des artisans doués, créatifs, imaginatifs mais incapables de vivre décemment de leur métier.
Selon les narrations des maîtres de la parole, dans la période pré-coloniale, trois artisans tenaient une place centrale dans la vie quotidienne : le forgeron, qui fabriquait les outils indispensables à l’agriculture, à la chasse et à la pêche (au harpon), le tisserand, qui offrait les tissus pour l’habillement, et le bijoutier qui, de sa main experte, travaillait l’or et l’argent.
L’artisanat malien a une touche particulière : chaque ethnie, chaque région naturelle à ses experts. C’est un pays qui offre une variété extraordinaire de création. Citons, entre autres, les "kassa" et les perles de coiffure chez les Peuls, les sabres gravés des Tamashek, les calebasses peintes des Sonrhaïs et des Soninkés, les tailleurs de pierre dogons, le "Bougouni" disséminés un peu partout. Chaque région, chaque ethnie a une signature unique, un style de fabrication qui le distingue des autres, souvent des voisins immédiats.
Dès l’indépendance, les nouvelles autorités avaient la certitude que l’artisanat malien pouvait nous offrir un label sur le plan international, contribuer efficacement au développement socio-économique du pays et apporter aux artisans des revenus substantiels leur permettant de sortir de l’extrême pauvreté. Mais cette politique n’a pas fonctionné.
Tous les régimes qui ont suivi ont connu le même échec. Le constat est toujours là : nous avons des artisans capables de créer des chefs d’œuvre ; des hommes et femmes passionnés capables d’émerveiller le monde entier, mais l’artisanat ne sort pas de l’informel. Il y a un blocage au niveau marketing et promotion que personne n’arrive à identifier clairement. Ce ne sont surtout pas les colloques, séminaires et autres qui y arriveront.
Le gouvernement proclame, sans arrêt, sa volonté de booster le secteur et d’en faire un moteur du développement. Toutefois, les faits sont têtus et démontrent une toute autre réalité : le Chambre des métiers, supposée fédérer l’ensemble des artisans maliens, ne reçoit que… 600 000 F CFA par an pour son fonctionnement alors qu’à la Chambre de commerce dirigée par Jeamille Bittar, le Vérificateur général a constaté un vol de 1,3 milliard de F CFA ! Cette seule comparaison suffit à comprendre le sens des priorités de nos gouvernants, de l’indépendance à nos jours.
Certes, de temps à autre, pour justifier des dépenses exorbitantes, on organise à Paris ou à Washington de prétendues foires ou expositions d’artisanat malien. Des artisans parmi les rares qui arrivent à vivre confortablement de leur métier s’y rendent, d’autres qui sont en bons termes avec le ministère sont aidés mais, au finish, le résultat est immuable : ça ne fonctionne pas.
L’urgence, pour le moment, est de doter la Chambre des métiers de moyens financiers et humains, de vrais experts capables de les aider à formuler une autre politique. Les villages des artisans sont, sûrement, de bonnes initiatives, mais déjà, celui de Bamako est dans un état d’insalubrité tel qu’il ne donne point envie d’y faire du shopping.
Vivement, une autre politique pour qu’enfin ce trésor sorte de l’ombre et apporte une plus-value à l’économie nationale et aux acteurs.
Ousmane Sow

 

LAMINE COUMARE
Artisan de père à fils
Lamine est un artisan installé au marché de Kalabancoro. Il réalise des bijoux traditionnels et des créations, en argent, en or et en zinc. Portrait.
Lamine Coumaré alias Yaressi fait partie de la grande communauté des artisans maliens qui évoluent dans l’informel. D’un commerce agréable, l’éternel sourire aux lèvres, il connaît la valeur de son travail et sait écouter les clients.
A 38 ans, il a déjà 12 ans d’expérience dans la bijouterie. Cet artisan, passionné par les matières et plus particulièrement par l’argent, l’or, le cuivre, le zinc… n’a pas un parcours banal. Au gré des rencontres, il a développé de réelles qualités créatives et manuelles.
Son domaine de prédilection reste essentiellement l’argent : colliers, bracelets, bagues, boucles d’oreilles et autres objets (cuillers, marque-pages, etc.) "Les bijoux peuvent être ornés de pierres. Je ne suis pas très doué dans ce domaine, mais avec le temps, je pense compléter cette ébauche par plus de précisions techniques", avoue celui qu’on appelle affectueusement "Tagué Toubabou".
Lamine s’approvisionne en pierres et en argent dans la région de Sikasso, mais c’est à Bamako qu’il fabrique les bijoux qu’il écoule sur le marché. "Il a parfois des commandes importantes pour des Français ou des Américains qui ramènent beaucoup de pièces pour les vendre chez eux", témoigne un de ses amis. Réputé, il est héritier d’un savoir-faire ancestral reconnu dans tout le Khasso (Kayes), sa région natale.
Pour lui, l’artisanat malien mérite une meilleure place sur le marché national et mondial. "Il a besoin d’être professionnel à travers un design aux normes modernes", concède-t-il. Pour ce jeune artisan, plein d’ambitions, il est important d’aider les Maliens à vivre dans leurs traditions afin d’éviter une immigration non gérée, source de conflits dans les pays occidentaux et synonyme de situations désespérées pour ceux qui la tentent.
En l’écoutant, on se rend compte que l’artisanat malien à des beaux jours devant lui. Les voies de circulation bamakoise sont littéralement prises d’assaut chaque matin par une nuée d’étals de tout acabit proposant des articles divers aux plus offrants.
Idrissa Sako

 

" ARTISANAT"
Un lieu touristique par excellence
Le marché de l’artisanat en plein cœur du "Sougouba" (Grand marché) est devenu au fil du temps un haut lieu touristique de la cité bamakoise. Clients et touristes côtoient les vendeurs d’instruments, de maroquinerie et de bijoux qui fabriquent leurs marchandises sur place.
Copeaux de bois, couleurs vives, bijoux, étals remplis d’objets en tout genre. Nous sommes aux marchés de l’artisanat en plein cœur de Bamako. Les différentes cours de ce lieu sont pleines d’artisans travaillant le bois, le cuir et les métaux. Les produits finis qu’ils proposent sont de tous types : masques, bijoux, instruments de musique, maroquinerie, etc.
Chacun à sa spécialité apprise de manière ancestrale de maîtres à apprentis dans le respect et la tolérance. Yaya Coulibaly en fait partie. Il travaille ici depuis plus de 10 ans dans la fabrication de djembé et de ngoni. Pour lui, l’artisanat est le reflet de la société malienne, le respect des coutumes dans ce domaine caractérise la singularité de la culture malienne : volonté de modernisme dans la tradition.
L’atelier B42 en face duquel il travaille regorge de tam-tam, de ngoni, de kora, de tamani et de djembé. Mamadou Konaté qui y travaille parle de son métier avec joie. Le maniement du bois et la musique sont ses passions. Il dit avoir de la chance, car tous les instruments traditionnels sont fabriqués en bois, bois de toguna, bois d’acacia, de langui et de djola.
Il fabrique des djembé et des koras et se retrouve régulièrement "sur scène" le temps d’un mariage ou d’une cérémonie. Financièrement, il s’en sort "petit à petit" et avoue qu’"il y a des jours où l’on peut gagner 100 000 F CFA et d’autres où l’on ne gagne même pas 100 F CFA". Cet écart se traduit par le fait que la fabrication d’un instrument dure en moyenne 5 jours. Par exemple le bois utilisé dans la fabrication de la kora doit être mis au four, séché avant d’en attacher les lames.
Pour Ousmane Cissé, l’un des artisans rencontrés, ce travail n’est pas de tout repos. Son problème repose sur la présence de guides qui " font baisser les prix lorsqu’ils viennent avec des touristes. Ils se mêlent de nos affaires et disent à leurs clients que nos marchandises valent moins chers que les prix qu’on leur proposent. Ils nous fatiguent surtout que la plupart des touristes sont accompagnés de guides".
Lorsqu’on lui demande pourquoi ne pas directement afficher les prix, il répond que la concurrence ne le permet pas. "Certains vendeurs sont égoïstes et préfèrent dès fois vendre pratiquement à perte plutôt que de regarder le prix de revient. Du coup, chacun vend à sa guise et compte sur sa chance".
La chance n’est pas le seul facteur à compter. Les vendeurs sont aussi et surtout très dépendants de la clientèle, notamment étrangère. Les prix réservés aux touristes diffèrent de ceux des locaux. Certains artisans n’hésitent pas à vendre les instruments de musique et autres bijoux à prix d’or aux "toubabs".
Les touristes se plaignent de ces manières. Ils comprennent que le marchandage fait partie de la culture malienne, mais préfèrent ne pas acheter lorsque le marchand insiste sur un prix jugé exorbitant. "Un marchand n’a pas voulu me vendre un collier à moins de 3500 F CFA alors que j’en ai acheté un similaire à 500 F CFA à Ségou. J’ai donc décidé d’aller ailleurs".
Les étrangers jugent souvent la vente d’objets artisanaux désorganisée. Il n’est pas rare de voir sur des forums Internet des commentaires tels que : "Je vais au Mali dans quelques jours et j’aimerais avoir des conseils pour ne pas me faire escroquer à chaque coin de rue".
Mais aujourd’hui, l’artisanat, qui bénéficie d’un formidable potentiel de développement industriel, à des productions exclusivement individuelles où "les gens se débrouillent comme ils peuvent".
Kaourou Magassa

 

L’ARTISANAT MALIEN
Un secteur en floraison
Selon la loi n°95-029 portant code de l'artisanat du Mali, l'activité artisanale consiste en l'extraction, la production, la transformation des biens et/ou prestations de service grâce à des procédés techniques dont la maîtrise requiert une formation, notamment par la pratique. Elle peut être exercée par des personnes physiques ou morales.
Pays connu par sa continentalité, car n'ayant aucun débouché sur la mer, le Mali se caractérise néanmoins par son savoir-faire séculaire dans le domaine de l'artisanat. L’artisanat, de manière générale, est une tradition et qui se transmettait de père en fils surtout en Afrique. Par exemple, le forgeron transmettait ses connaissances à son fils.
Au contact de l’Occident et des Arabes, il y a eu de nouvelles filières dans le secteur de l’artisanat comme la maroquinerie, qui a pris son autonomie vis-à-vis de la structure. Aussi il y a eu la nécessité de développer l’artisanat en Afrique occidentale, d’où la création de la Maison des artisans soudanais en 1932 et qui avait pour vocation la formation des jeunes dans le secteur artisanal.
Le Mali, après son accession à l’indépendance, transforme, en 1963, cet établissement en Institut national des arts (INA) avec quatre sections (section métiers d’art, section art dramatique, section plastique et la section musique). La section animation vient compléter les sections à cinq.
Aujourd’hui, l’INA compte cinq sections : la section artisanale ou en encore la section des métiers d’art qui est composée de six spécialités : la bijouterie, la sculpture, la minuterie, construction métallique, le tissage, les peaux et cuirs.
Pour le surveillant général de l’INA, Komokodjan Samaké, "l’artisanat malien a un défaut d’insertion sur le marché mondial, faute de formation. Aussi la plupart des artisans sont des illettrés, car jusqu'à présent l’idée traditionnelle domine".
Or, à l’entendre, l’artisanat est le soubassement de l’industrie et qu’aucun pays ne peut se développer sans les métiers d’art et doit être perçu comme un enjeu de développement économique et social.
Le gouvernement a donné une certaine ouverture aux artisans qui leur a permis de participer à de grandes rencontres internationales (exposition, et foire). La diversité des produits et le savoir-faire légendaire des hommes et des femmes ont permis d'imposer sur le marché sous-régional et international le label Mali. Mais, il faut encore de gros moyens en termes de formation des artisans.
Le secteur artisanal est important de par ses implications sociales, culturelles et surtout économiques. De plus en plus, le Mali prévoit dans les différents plans d'urbanisation des zones pour l'artisanat. Ces zones concernent aussi bien l'artisanat d'art que l'artisanat de production et de service qui sera concrétisée par les futurs villages artisanaux et autres.
Conscient du rôle prépondérant de l'artisanat dans les stratégies nationales de réduction de la pauvreté et de promotion de l'emploi, le gouvernement a assigné au secteur des objectifs généraux permettant d'exploiter le potentiel de l'artisanat malien à la dimension de la diversité du patrimoine culturel national.
En vue d'opérationnaliser les grandes orientations définies par le gouvernement, sous les auspices du ministère de tutelle avec l'appui technique et financier du Bureau international du travail (BIT), a été élaboré le Schéma directeur de développement de l'artisanat, seul cadre de référence visant à favoriser une meilleure synergie des interventions et des activités de promotion du secteur de l'artisanat.
Anne-Marie Keita

 

MICRO TROTTOIR
Des Bamakois à propos de l’artisanat
Dans le micro trottoir ci-dessous, il ressort que malgré le talent de nos artisans, les populations accordent peu d’importance aux œuvres artisanales locales.
Yaya Diarra (enseignant à la retraite) :
" Notre artisanat s’est beaucoup développé ces dernières années. Nos artisans ont un flair de créativité très développé. J’invite les populations à accorder plus d’importance à nos produits artisanaux. C’est ça aussi notre problème. On accorde peu d’importance aux produits locaux".
Aminata Diallo (comptable) :
" Notre artisanat mérite une meilleure place sur le marché national et mondial. Il a besoin d'être peu valorisé. Pour cela, il doit sortir du cadre informel".
Daniel Coulibaly (ingénieur) :
" L’artisanat de notre pays est très riche. Il varie d'une région à une autre. Le problème, c’est que le secteur manque de professionnalisme".
Fatoumata Traoré (ménagère) :
" Nos artisans ont du talent. Mais, il est déplorable de constater que nos œuvres artisanales soient plus aimées par des étrangers que par nous-mêmes. Cela freine le développement du secteur".
Propos recueillis par
Sidiki Doumbia


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TOURNOI UEMOA
Le Mali à la quête d’un premier sacre
Les Aigles locaux s’envolent aujourd’hui pour Niamey (Niger) où ils prendront part à la 4e édition du tournoi de football de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, dénommé Coupe de l’intégration (Uémoa), prévu du 7 au 14 novembre 2010. La conquête d’un premier trophée est de mise.
Après le stage d’Alger, ponctué d’un nul et une défaite, le sélectionneur des Aigles locaux, Mory Goïta, et sa bande ont entamé un stage interne à Bamako, qui a pris fin mercredi dernier. A l’issue de ce stage, sanctionné par deux rencontres amicales contre l’ASB (0-1) et le COB, (2-1), le patron du banc des locaux maliens, Mory a retenu 20 joueurs.
S’entretenant avec un confrère de la place, le patron du banc des Aigles locaux, affirme que ses joueurs seront confrontés à des problèmes. "Nous sommes en début de saison, les joueurs vont certainement avoir des problèmes avant d’atteindre le niveau escompté". Il ajoute que ce tournoi va servir de véritable test pour le Championnat d’Afrique des nations (Chan).
Le Mali, finaliste malheureux de la 2e édition, entre en lice ce lundi face aux Eléphants ivoiriens, double détenteurs du trophée. Il devra ensuite en découdre avec les Gaïndés du Sénégal, autre ancien tenant du titre, le mercredi et boucler la phase de groupe contre les Ecureuils béninois. Dans l’autre poule, il y aura le pays organisateur, le Niger, le Togo, le Burkina et la Guinée-Bissau.
A noter que sur la liste, on constate l’absence du capitaine et portier Abdoulaye Diakité, qui a dû quitter le groupe depuis un certain temps selon nos informations pour indiscipline. "Il a décidé de décliner sa sélection en équipe nationale", explique-t-on du côté du staff technique.
Boubacar Diakité Sarr

 

Liste des 20 retenus
Soumbeyla Diakité (Stade malien de Bamako), Adama Kéita (COB), Abdoulaye Youssouf Maïga (SMB), Mohamed Oumar Konaté (DAC), Amara Konaté (capitaine, ASB), Mohamed Camara (Réal) Youssouf Doumbia (SMB), Modibo Mariko (CSK), Issa Traoré (DAC), Mahamadou Mariko (SMB), Soumaïla Sidibé, Lamine Diawara (DAC), Idrissa Traoré (DAC), Hamidou Dégoga (Usfas), Morimakan Koïta (SMB), Guimballa Oulé Tounkara (DAC), Kalifa Coulibaly (Réal), Cheick Fantamady Diarra (SMB), Amadou Diamouténé (SMB) et Moustapha Kondé (CSK).
Entraîneurs : Mory Goïta et Fagneri Diarra.EPILOGUE


 

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