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2010
Mois de
mars
Les
Echos du 25 mars
POLITIQUE
MALIENNE
Le nécessaire rappel
Il est devenu un gagne-pain aujourd’hui d’opposer les acteurs de
notre jeu politique. Cependant, le discernement réel revient à ceux
qui en savent les motivations profondes.
" L’avenir de notre pays n’est pas dans son passé",
affirmaient les évêques du Mali, dans leur Lettre épiscopale
de 1990. Cette même déclaration disait que "chez nous, la vie
politique semble se ramener, pour beaucoup, à des luttes et à des
courses pour le pouvoir. Les rivalités de personnes l’emportent
sur des débats de choix de société…"
Ces déclarations sont d’une cuisante actualité, quand on
constate la panne de projets de sociétés qui poussent les princes
du jour à des dilatoires et à des attaques contre des personnes
qui, au moins, dorment tranquilles pour avoir rempli leur devoir de génération
et s’être retiré, "sans avoir enfreint des us et coutumes
et avec le respect de tous", comme auraient dit les Bambara. En des occasions
pareilles, des rappels s’imposent, qui permettent, de façon pédagogique, à ranimer
le débat et recadrer les plumitifs de missions.
Le 26 mars, cela a été dit et redit sous toutes les coutures, a
certainement été l’aboutissement d’un combat qui a
débuté le 19 novembre 1968, avec l’arrestation de Modibo
Kéita. On se souvient que les étudiants de l’Ecole normale
supérieure avec à leur tête Alpha Oumar Konaré ont
déclenché très tôt une grève, et que beaucoup
ont été emprisonnés et traînent ou ont traîné à vie
les séquelles de sévices.
Modibo Kéita, comme le rappellent tous les sorciers qui se mettent d’un
coup à parler, n’a pas eu les égards dus à un chef
d’Etat quand il était en prison, tout comme on n’a pas eu
de respect pour son testament dont l’évocation semble dire peu de
chose aujourd’hui encore, jusque dans les rangs du RDA (pour ce qui en
reste)…
Les partis ont évolué dans la clandestinité. Les sciences
politiques nous enseignent que, si pour un homme politique, il n’y a pas
de génération spontanée, l’histoire retient quand
même des cas d’irruption. Nous avons connu les deux.
Alpha Konaré a évolué dans les partis clandestins, a été un
acteur de la création des premières associations, de Jamana, de
la Mutec, des associations culturelles, de la Lettre ouverte… L’aboutissement
de la lutte n’a pas surpris les patriotes vivants, qui s’étaient
investis sur des générations. D’ailleurs, à l’époque,
il n’y avait aucun doute pour qui que ce soit au Mali.
Le fait que les militaires se soient directement rendus à la Bourse du
travail d’ailleurs explique leur état d’âme. Les déclarations
faites sur place sont encore dans les esprits de tous. La confusion vient du
fait que, pour certains, les militaires sont ceux à qui l’on doit
notre démocratie, les politiciens n’étant que des opportunistes.
Cette thèse est loin de la réalité et, pour dire les choses
comme elles se présentent, personne, "personnellement", ne peut
prendre le mérite de la transition "réussie au Mali".
Le Mouvement démocratique, à l’époque, était
une force organisée et cohérente, ayant une vision et croyant à quelque
chose, mais surtout prêt à remettre ça. La Transition devait
s’arrêter. Il n’y avait aucune autre alternative. Les militaires
n’ont aucun mérite à cela. Ce n’est d’ailleurs
pas fortuit s’ils ont demandé pardon au peuple !
Maintenant, l’Adéma a dirigé 10 ans. Sans vouloir faire un
bilan à la place de ce parti, sur les 10 ans, combien peut-on réellement
compter de calme ? Tout a été mis en œuvre pour stopper notre
processus démocratique : les casses de domiciles, des institutions de
la République… Lors d’un "think tank" du Club perspectives
et développement, il a été dit ouvertement et publiquement
que "le 5 avril" était un putsch, que ATT a été consulté pour
prendre le pouvoir, qu’il a refusé. Mais a-t-il pour autant dénoncé ?
A-t-il pour autant pris ses distances vis-à-vis de ces gens qui constituent
son premier cercle ?
Après l’Adéma, ATT est de retour et s’apprête à boucler
ses dix ans de bons et loyaux services à la tête du Mali. C’est
la preuve que l’Etat est une continuité et que le processus démocratique
se consolide. Il a eu la chance d’avoir un climat apaisé. En effet,
tout son premier mandat, "sa gestion concertée" a pris. Personne
n’a été concerté, certes, mais tout le monde y a cru.
Et, la preuve a été la mise en berne des fougues revendicatrices,
des velléités de brûler dès lors qu’on n’est
pas satisfait.
" Nouveaux problèmes"
Tous, jusqu’aux étudiants ont bu à la source et ont dit leur
volonté de "revendiquer autrement". Le miracle (mirage ?) a
fonctionné un mandat, 5 ans. Résultat, du surplace politique, des
partis politiques affaiblis, mais, avec la sensation d’un réveil
douloureux, et aussi l’arrière-goût d’un ciblage de
personnes décrétées à abattre. Aujourd’hui,
le Mali se définit par les pires maux : déni de justice, déficit
démocratique, corruption, trafic de drogues, d’armes…
Notre pays serait-il, en plus, devenu intolérant en plus de tous les "nouveaux
problèmes" que nous connaissons ? En effet, Adame Ba Konaré,
féministe connue et reconnue, anime avec des femmes engagées, un
panel à la veille du 8 mars, Journée internationale de la femme.
Du coup, elle s’est attirée toutes les foudres de ceux qui se sont
sentis visés. Son engagement, ses engagements ne datent pas d’aujourd’hui,
et visiblement, il faudrait plus qu’un article pour y mettre fin !
Sinon, comment comprendre autrement les "sorties" contre Adame Ba Konaré ?
Elle est encore là, les générations d’étudiants
qu’elle a formées sont encore fières de cette dame, rigide,
mais, tellement engagée et compétente, ne faisant aucun compromis
avec les principes ! Toutes les femmes militantes de la Cafo des origines sont
encore là pour témoigner de son engagement féministe, dont
elle n’a jamais fait mystère et qu’aucune position sociale
ou fonction personnelle n’ont jamais altéré !
Quid de son engagement politique ? Relisez la déclaration de lancement
de la campagne d’ATT à Sikasso ! Pour ceux qui ont été aux
différentes marches, quand personne ne militait encore par calcul, elle était
là, a été gazée le 20 janvier 1991.
Et puis, que veut-on ? Depuis leur retour au pays, les Konaré se sont
terrés, écrasés pour ne pas faire d’ombrage. Par éducation,
par culture, par élégance politique, ils n’ont prétendu à rien,
ce qui ne les épargne pas pour autant.
Adame Ba est une pasionaria. Elle a théorisé la solidarité dans
ses écrits et l’a pratiquée et continue de la pratiquer dans
différents domaines. Pour mémo, l’on retiendra au tout début
du 1er mandat de son époux, cette action à la symbolique forte,
qui a été de sillonner les rues de Bamako en pleine nuit pour distribuer
des couvertures aux sans abris dormant dans les caniveaux. Elle a envoyé des
médecins au Rwanda pour secourir les enfants et les femmes victimes des
conflits et faits de guerre, elle se mobilise aujourd’hui pour construire
une école à Haïti. Son engagement est sacerdotal, aurait dit
un autre.
Aujourd’hui, le champ politique malien est malheureusement devenu un terrain
d’attaques personnelles. C’est vrai que cela obéit en des
points à une théorie de Machiavel, mais, finalement, le Mali y
gagne quoi ?
" L’avenir de notre pays n’est pas dans son passé".
Alexis Kalambry
Acceuil
MANDAT
PRESIDENTIEL
La limitation inspire les sensés et non les assoiffés
Il est plus qu’étonnant de voir surgir des "maîtres penseurs" sortis
de la singulière école de "mangercratie" s’insurger
contre cette limitation, belle caractéristique de la gouvernance.
Comme je l’écrivais dans mes six premiers articles sur le même
thème, la limitation de mandat est un pan majeur dans la gouvernance démocratique
et le développement durable. C’est à ce titre que les peuples
africains, tirant les leçons des désastres causés par les
gouvernances forcées et illimitées (civiles et militaires), ont
jugé capital d’inscrire en lettres d’or cette exigence de
bonne gouvernance dans les lois fondamentales lors des conférences nationales
dites souveraines.
De ce fait, il est plus qu’étonnant de voir surgir des "maîtres
penseurs" sortis de la singulière école de ‘mangercratie’ s’insurger
contre cette limitation, belle caractéristique de la gouvernance. Les
partisans de la non limitation de mandat ont l’esprit ‘selfish’ c’est-à-dire
sont des personnages égocentriques qui veulent tout pour soi et rien pour
les autres. Une telle pensée est contraire au bon sens, contraire à l’islam
dont la majorité des Maliens se réclament.
Les dirigeants adeptes de telle pensée ne peuvent pas imaginer quelqu’un
d’autre à leur place. Ils veulent des gens à leur ordre,
mais pas eux aux ordres un seul moment de leur vie une fois élu président.
Ils étouffent les personnalités des autres au profit des leurs.
Ils se moquent du fait que le pays regorge d’innombrables valeurs ou talents
capables de faire mieux qu’eux comme l’a si bien dit le 42e US président
Bill Clinton dans son Livre au titre assez révélateur ‘Comme
chacun de nous peut changer le monde’ pour affirmer sa foi profonde en
la capacité de chaque homme de faire le bien de façon générale
et de bien gouverner particulièrement si on lui offre l’occasion.
D’où l’intérêt de la limitation de mandat pour
susciter le changement et permettre une diversité d’hommes et par
conséquent d’opinions au sommet de l’Etat avec son corollaire
d’édification et de consolidation des sentiments d’appartenance à l’identité nationale
du fait de l’effet inclusif de la limitation de mandat.
La démocratie mondiale se porte bien avec heureusement, outre le démocrate
Bill Clinton, la socialiste Michelle Bachelet, présidente sortante du
Chili qui, limitée par le mandat, vient de céder le palais au milliardaire
Sébastien Pinera du centre droit alors que sa côte de popularité est à 84
% ; je fais économie de mots sur les 43 présidents américains
qui se sont succédé en 220 ans (1779-2009) dans la diversité d’opinions,
d’origines et de classes sociales avant l’arrivée de Obama
auréolant ainsi les multiples vertus de la limitation de mandat (fils
d’un noir africain succédant au fils d’un ancien président
blanc américain), laquelle limitation est d’ailleurs pour quelque
chose dans le classement des USA comme 1re puissance mondiale. Que dire de plus à ce
sujet ?
Pour ceux qui s’amusent à tripatouiller les constitutions relativement à la
limitation de mandat, l’on sait qu’ils sont "soutenus" par
2 types de partisans fabriqués pour la cause : ceux qui sont associés à la
gestion du pouvoir ; ceux qui sont temporairement payés pour parler, insulter,
manifester et menacer les opposants à leur maintien indéfini au
pouvoir.
Tel a été le cas du Niger où les manifestants ont avalé leur
langue après le coup de rétablissement de l’ordre constitutionnel
par des hommes qui se sont souvenus de la valeur du képi hissé sur
leurs têtes par l’effort de la patrie et non du pouvoir en place
(que je salue à l’occasion mais avec un bémol jusqu’à ce
que je vois les élections organisées et gagnées par un civil,
car depuis ma majorité civique, je me suis interdis d’applaudir
des deux mains un porteur de tenue même déguisé en civil
au pouvoir et mes chers lecteurs ne m’en voudront certainement pas).
La 2e catégorie de partisans ne pouvait manifester parce qu’elle
a rempli son contrat de manifester pour la continuité du mandat contre
espèces sonnantes et trébuchantes et point barre. La méthode
est connue, car aussi vieille que gouverner est possible.
Parlant de quelques bels exemples sur le continent, il y a lieu de citer Léopold
Sédar Senghor qui a démissionné en 1980 au profit de son
Premier ministre d’alors ; Ahmadou Ahidjo du Cameroun a démissionné en
1982 au profit de l’actuel président, Nelson Madiba Mandela qui
a renoncé à solliciter un second mandat après 27 ans de
prison sinon de bagne et Alpha O. Konaré qui a respecté la limitation
en s’en allant en 2002.
Quelle humilité de l’Homme noir à l’image de ces cas
rarissimes qui sont une fierté de gouvernance démocratique, en
tout cas en matière de renonciation au pouvoir qui est loin d’être
la finalité des dirigeants sensés mais juste une passerelle pour
la mise en œuvre des politiques propices au bien-être général.
Voilà une trempe de valeurs humaines dignes d’être chefs du
fait de leur conviction qu’une seule hirondelle ne peut faire le printemps,
autrement dit qui ne voient que du bien dans la limitation de mandat permettant
aux gouvernants de sortir par la grande porte en dépit d’ailleurs
de leurs méfaits lors de l’exercice du pouvoir.
Bon sang pourquoi s’accrocher au pouvoir indéfini sachant qu’on
est mortel et nul sur terre ne peut achever tous ses projets jusqu’au dernier
soupir ? O pouvoir ! Quand tu nous enivres, c’est pire que l’alcool
et la drogue. Soyons rationnels et prenons comme exemples ceux qui ont quitté le
pouvoir par la grande porte. Ils ne sont pas morts pour cela. Ils ne sont pas
non plus dans l’oubli, loin s’en faut, la plupart sont des icônes,
des prix Nobel, de nobles conférenciers aux signatures à prix d’or… loin
des hauts et des bas du pouvoir, endroit à la fois paradisiaque et maléfique
où le pire et le meilleur se côtoient assez aisément.
Mamadou Fadiala Kéita
(expert consultant en démocratie et droits humains)
Suggestions et observations à : ajcad@voila.fr
A suivre…
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SITUATION
DES ELEVEURS
Pas de changement après la 25e réunion
A la 25e réunion annuelle du Réseau de prévention des crises
alimentaires, qui s’est tenue à Bamako début décembre
2009, les éleveurs et pasteurs représentés par le Réseau
Billital Maroobé ont lancé un cri d’alarme aux décideurs
politiques et aux partenaires techniques et financiers pour apporter des réponses
adéquates aux effets d’une crise alimentaire précoce qui
touche avec acuité les éleveurs et pasteurs ouest-africains.
En dépit de cet appel, force est de constater que la situation demeure
inchangée et caractérisée par une inertie générale
des Etats. Au Niger, les autorités ont reconnu que la situation de famine
est inévitable. Les communautés d’éleveurs et pasteurs
sont d’ores et déjà fortement affectées et reconnues
comme les plus vulnérables avec un taux prévisionnel de malnutrition
aiguë de 29,9 %, le double du seuil d’urgence fixé à 15
%.
Au Tchad, le gouvernement a reconnu la gravité de la situation. Par contre,
au nord-est du Mali dans la région de Gao ou encore dans le Sahel burkinabé,
on constate un mutisme et une forme de désintérêt des Etats
qui se manifeste par une absence d’action urgente en milieu pastoral. Les
risques liés à cette situation de crise qui prévaut au Niger
semblent être ignorées, alors que des pasteurs traversent déjà les
frontières pour trouver des pâturages et de l’eau pour leurs
troupeaux.
Selon Dodo Boureima, président du Réseau Bilital Maroobé, "nous
sommes passé d’une situation d’alerte précoce à celle
de crise. La disponibilité et l’accessibilité aux principaux
aliments pour le bétail sont limitées dans la zone pastorale et
agropastorale. Le prix des animaux sur les marchés se détériore
rapidement, pendant qu’au même moment le prix des fourrages et des
céréales augmente. Nous n’arrivons plus à nourrir
nos troupeaux, ce qui nous pousse à les vendre à vil prix".
Cette situation fragilise le pouvoir d’achat des éleveurs et limitera
leur accès aux produits alimentaires dans les prochains mois. En somme,
les éleveurs s’enfoncent de manière progressive et irréversible
dans la pauvreté absolue.
Compte tenu du caractère transfrontalier de l’élevage ouest-africain,
cette situation, jadis locale et maîtrisable est en train de s’exporter
dans toute la bande sahélo sahélienne. Cette crise a un caractère
sous-régional, qui ne peut aller qu’en s’amplifiant si des
mesures urgentes à moyen et long terme ne sont pas prises.
Au vu de tous ces éléments, le Réseau Billital Maroobé interpelle
solennellement les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres du
Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS),
réunis à N’djamena du 24 au 25 mars 2010 sur ces différents
points.
Anne-Marie Kéita
(avec Oxfam)
Acceuil
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