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2010

Mois de mars

Les Echos du 19 mars

 

POLITIQUE MALIENNE
L'improbable remise en scelle de l’UDD
Initialement prévu pour les 27 et 28 février 2010, c’est finalement le week-end dernier qu’a eu lieu le 5e congrès ordinaire de l’Union pour la démocratie et le développement (UDD), avec la mise en place d’un bureau digne du PCUS et avec des missions impossibles pour ce parti.
L’UDD se positionne très tôt dans l’opposition au président Alpha Oumar Konaré et revendique l’héritage de GMT. Elle est le premier parti politique à le faire. Mais, finalement, au vu de l’évolution du parti, on se rend compte que cette revendication était plus par bravade que par conviction. Très tôt, tous les vrais "héritiers" sont partis du parti, laissant une coquille vide.
Lors des élections communales de 2004, le parti de la Colombe a obtenu 337 conseillers municipaux sur toute l’étendue du territoire national. C’est dans la région de Sikasso qu’il a eu presque la moitié de ses élus en 2004, soit 116 conseillers contre 59 à Mopti, 57 conseillers communaux dans les régions de Kayes et Koulikoro, 31 dans la 4e région (Ségou), 16 dans le district de Bamako et 1 à Gao. Lors des communales du 26 avril 2009, l’UDD a obtenu 181 élus municipaux, dont 11 femmes.
En 2007, à l’issue de son 4e congrès, l’UDD a décidé de soutenir la candidature du président Amadou Toumani Touré à l’élection présidentielle, comme tous les partis d’ailleurs, mais contre toute logique politique, puisque, normalement, elle ne devrait rien partager avec celui-là qui est un des acteurs du changement.
19 ans après sa fondation, l’UDD peine à se trouver une marque de fabrique. Comme toutes nos formations politiques, elle a fait face à des schismes qui ont donné naissance à au moins deux autres partis politiques, avec des objectifs plus ou moins illisibles.
Les premières dissidences ont donné naissance, en 1995, à l’issue déjà de la première conférence nationale, au Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) en 1995. La deuxième conférence évitera de justesse quelque clash, mais, après le 3e congrès ordinaire du parti en 2003, le Rassemblement pour la démocratie et la solidarité (RDS) a vu le jour, créé par le secrétaire général sortant, le Pr. Younouss Hamèye Dicko.
En 19 ans, le parti n’a connu que deux présidents : Moussa Balla Coulibaly et Me Hassane Barry. Il est également troublant de constater qu’au congrès, aucune délégation n’est venue de la Guinée, le pays de résidence du président sortant, qui, visiblement, n’a plus l’âme à la tâche et préfère de loin sa nouvelle mission à un hypothétique engagement politique. La nomination de Me Barry comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Mali au Liberia, en Sierra Léone et en Guinée, avec résidence à Conakry en fin 2008 a complètement émoussé ses convictions "uddistes".
Et cette année, les divergences ne sont pas encore sublimées, et le parti n’a pas fait l’économie d’une possible scission. Il revient à la nouvelle direction de montrer sa capacité de manœuvrage pour ne pas en arriver-là, et pour montrer le nouveau virage qui se démarque de la gestion quelque peu trotskiste des pères fondateurs.
Le nouveau président du parti, Tiéman Coulibaly, est un jeune qui a certes fait ses preuves dans le business, mais, qui paraît néophyte sur le terrain politique. Il a certes la bonne procédure : celui qui fait ses preuves dans les affaires est plus fondé à aller en politique et a plus de légitimité, car, cela obéit à "un ordre normal".
A Singapour par exemple, on ne peut prétendre à aucun mandat, ni être nommé ministre sans avoir fait ses preuves dans les affaires. Mais, pour le cas de Tiéman, il y a de gros handicaps : il donne l’air d’être parachuté, et son jeune âge ne milite pas en sa faveur dans un environnement où la gérontocratie a encore (malheureusement), droit de cité.
En tous les cas, l’UDD convaincra difficilement sur une volonté de relance. Le parti s’est mis en hibernation volontaire depuis des lustres, laissant les militants à eux-mêmes. Les plus orthodoxes sont allés au MPR ou dans des formations d’extrême droite. D’autres ont mis en veilleuse leur engagement politique, attendant de voir "de quoi demain sera fait".
Alexis Kalambry

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CRISE ALIMENTAIRE
Il y a famine au Mali
Face aux signes alarmants, Oxfam International demande une réponse urgente, rappelant les retards qui ont eu des coûts humains lors de la dernière grave crise alimentaire qui a frappé la région en 2005
L’agence Oxfam International affirme que près de 10 millions de personnes de la région sahélienne sont menacées par une crise alimentaire aiguë. Le pays le plus affecté est le Niger où 8 millions de personnes sont en danger.
Au Tchad, environ 2 millions de personnes sont menacées, et on estime que certaines régions du Mali seront également touchées par cette crise dans les mois à venir, tout comme plusieurs régions du Nigeria et du Burkina Faso.
L’agence appelle les pays développés à réagir le plus vite possible face aux premiers signes d’un désastre imminent, et rappelle les retards qui ont coûté des vies inutilement lors de la crise alimentaire de 2005 au Niger.
" Nous sommes témoins d’un désastre qui se déroule sous nos yeux, mais nous pouvons l’éviter, si le monde agit rapidement. Il y a 5 ans, les signaux alarmants en provenance du Niger avaient été ignorés, entraînant la perte de nombreuses vies humaines. La communauté internationale ne peut faire les mêmes erreurs, et laisser condamner de nombreux enfants à une mort prématurée", déclare Mamadou Biteye, le directeur régional d’Oxfam pour l’Afrique de l’Ouest.
Les pluies irrégulières de l’année dernière ont entraîné un manque d’eau et un déficit fourrager important, entraînant de mauvaises récoltes. Au Niger, les récoltes ont chuté de 26 %, par rapport à l’année dernière et dans certaines régions, particulièrement à Diffa dans l’Est et à Tillabéry dans l’Ouest, les récoltes ont été quasi inexistantes.
Au Tchad, les récoltes ont chuté de 34 %. Les zones de Hadjer Lamis, Batha, et Kanem, ainsi que les régions de Guéra et de l’Est du Tchad devraient être sérieusement touchées, particulièrement à partir du mois de juin prochain. Au Sahel, les récoltes ont dans l’ensemble baissé de 9 % avec de grandes disparités entre l’Est et l’Ouest de cette région.
Selon Oxfam, les prix des céréales sont élevés et en constante augmentation, Au Niger, les prix du mil ont augmenté de 25 %, et ceux du sorgho de 50 % en comparaison avec 2009. Les pluies ne sont pas attendues avant juin et l'on s’attend à une augmentation constante des prix jusqu'à la prochaine récolte en septembre.
Les éleveurs sont particulièrement vulnérables, car ils dépendent de leur bétail pour leur alimentation et leur revenu. Selon Hassan Baka, représentant d’Aren, une organisation partenaire d’Oxfam au Niger : "Sans fourrage suffisant, les éleveurs feront tout pour vendre leurs bétails, entraînant une baisse le prix des animaux. Cela signifie que pour chaque animal vendu sur le marché, les éleveurs auront moins de céréales pour nourrir leurs familles".
Oxfam appelle les pays donateurs à répondre à l’appel à l’aide internationale humanitaire lancé par le gouvernement du Niger. Même si les autorités locales ont des réserves alimentaires, elles ne sont pas suffisantes. Jusqu'à 123 millions de dollars sont nécessaires pour financer le plan d’urgence préparé par le Niger, et le Tchad et le Mali ont également besoin de soutien. L’organisation internationale appelle les pays de la région à ne pas fermer leurs frontières.
En 2005, la situation s'était aggravée lorsque les pays frontaliers avaient fermé leurs frontières avec le Niger. Cela avait limité la disponibilité des vivres, entraînant une plus forte inflation Oxfam souligne la nécessité, d’une meilleure coordination entre les gouvernements, les agences des Nations unies, les ONG internationales et locales pour assurer une distribution plus efficace de l’aide.
Oxfam, avec les organisations partenaires locales et nationales, a débuté des activités humanitaires dans les régions les plus vulnérables du Niger, plus particulièrement à Maradi, Tahoua, Tillabéry et Zinder.
Ils distribuent des vivres et autres biens aux familles et aux élèves les plus démunis, et soutiennent les prix du bétail en achetant les animaux les plus faibles au-dessus du prix du marché. Le système d’alerte rapide mis au point par les partenaires d’Oxfam au Niger et diffusé sur les radios rurales est particulièrement important dans la crise actuelle. Cela fournit aux éleveurs les informations dont ils ont besoin pour agir rapidement.
Au Tchad, Oxfam aide les populations de la région de Sila et de l’Ouaddaï en distribuant des vivres et en développant des projets d’appui à l’agriculture. L'agence internationale enverra bientôt une équipe d’évaluation dans les régions affectées. Au Mali l’organisation distribuera des vivres et du fourrage à environ 100 000 personnes.
(source : Oxfam UK)

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PISE
La phase III lancée
Politique éducative fondée sur la démocratisation de l’école, le Programme d’investissement sectoriel de l’éducation (Pise) est entré dans sa phase III jeudi 18 mars 2010 au cours d’une cérémonie de lancement au CICB.
La cérémonie de lancement du Pise III marque le démarrage de la refondation de notre système éducatif en référence à la lettre de politique éducative du gouvernement et aux recommandations du Forum national de l’éducation.
Placée sous la présidence du ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Iba Ndiaye, représentant le Premier ministre, deux temps forts ont marqué la cérémonie de lancement du Pise III. Il s’agit des adresses des ministres de l’Education, de l’Alphabétisation et des Langues nationales, Pr. Salikou Sanogo, et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Mme Siby Ginette Bellegarde, qui ont évoqué les priorités du gouvernement pour la phase III du Pise.
Parmi les priorités, ils ont rappelé qu’un accent particulier est accordé à la qualité de l’enseignement et à l'éducation de base. Ceci se traduit, selon eux, par la réduction du ratio élève-maître, l’amélioration de la formation initiale et continue des enseignants, la mise à disposition de l’utilisation des manuels scolaires, la mise en œuvre du curriculum dans toutes les écoles du pays…
Comme autre priorité, il y a la formation professionnelle, technique, universitaire. A ce niveau, le ministre Salikou Sanogo dira qu’il s’agit de régler les flux, diversifier les offres, les méthodes et permettre une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi.
Amadou Waïgalo

La mise en garde des PTF
Les partenaires techniques et financiers (PTF), acteurs incontournables de la mise en œuvre des différentes phases du Pise ont insisté, par la voix de leur chef de file Hervé Bougault, sur l’atteinte des objectifs du Pise III et les difficultés qui pourraient s’ériger. "Le chemin ne sera pas sans épreuve", a-t-il averti. Et de rappeler que les PTF resteront "vigilants, parfois irritants" dans l’accompagnement de la mise en œuvre du Pise III.
A. W.

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GOUVERNANCE DEMOCRATIQUE
La citoyenneté à Sikasso
Le thème de la citoyenneté est souvent associé à "l'éducation à la citoyenneté" ou à "l'éducation civique" à l'école, présenté par les pouvoirs publics comme solutions à la montée des incivilités dans les villes ou en milieu rural.
Le manque de civisme est source d'un sentiment croissant d'insécurité et de désintégration sociale et constitue une question centrale dans la société d’aujourd’hui. D'où la tentation de relier directement les deux : citoyenneté et incivilité, et ou de se limiter à un seul aspect. Mais, qu'en est-il réellement ?
La réponse n'est pas simple parce que le diagnostic dépend en partie de ce que l'on met exactement dans le terme citoyenneté, concept riche mais complexe, que l'on confond trop souvent avec celui de civilité, ce qui peut être source de désillusions.
Sans vouloir analyser les manifestations et les causes d'une crise de la citoyenneté, il s'agira plus simplement de rappeler tout d'abord les définitions des deux réalités, et notamment les diverses dimensions de la culture citoyenne. On analysera ensuite combien ce principe régulateur apparaît plus que jamais nécessaire dans les systèmes de collectivités.
Selon Amadou Diarra, (enseignant), la citoyenneté ce n’est pas uniquement le fait de posséder la nationalité d’un pays ou d’être en possession de ses droits civils et politiques. Il faut également participer à la vie de la cité. Cependant chaque citoyen est libre. "Un citoyen peu choisir de participer (citoyen actif) ou non (citoyen passif). Celui qui décide de s’impliquer, apporte tout de même une chose importante en exerçant son droit de vote. En votant ou en se faisant élire, il donne son opinion, décide de changer ou garder un gouvernement. En dehors des élections, le citoyen joue un rôle important dans la société, en adhérant à une association, à un parti politique ou autre. Il peut ainsi aider les autres, changer la société dans laquelle il vit, d’où la notion de citoyen décideur et contrôleur, les deux vont de pair dans l’exercice de la citoyenneté, mais être citoyen c’est également être respectueux d’autrui et des biens publics, être poli et honnête, contribue à avoir pour tous une bonne vie en société, dans un pays calme".
Pour cet interlocuteur, le citoyen doit aussi s’acquitter de ses obligations en respectant les lois, en payant ses impôts et taxes et en participant à la défense de son pays. Il existe, dit-il, trois valeurs fondamentales liées à la citoyenneté : la civilité qui consiste à respecter les autres, ainsi que les lieux et bâtiments publics ; le civisme qui consiste, à titre individuel, à respecter les lois, mais aussi à être conscient des devoirs envers la société, à ne pas penser qu’à soi mais penser également au bien de la société ; la solidarité qui consiste à aider son prochain.
Bréhima Sangaré, agronome, indique que cette question devient primordiale pour les pays émergents. L'expression démocratique "citoyen décideur ou actif", dans une conception large, peut signifier, selon lui, toute forme de contribution active à la société. Il s'agit, poursuit-il, de la capacité de chacun à participer activement aux affaires publiques, que ce soit au travers de structures démocratiques officielles, de la presse, de débats publics, d'associations, de partis politiques, de syndicats, de clubs locaux et d'associations ou encore par le biais de réseaux non officiels et d'une entraide mutuelle entre voisins, amis et membres d'une même famille. "Ceci est très fréquent dans nos collectivités où des personnes contribuent volontairement et ou dans un cadre devoir au développement de leur collectivité. L’exercice de la citoyenneté s'articule aussi autour d'une question : comment renforcer et améliorer la participation de la collectivité à un programme local de développement ou à des programmes de revitalisation, notamment dans des localités défavorisées, à ce niveau le citoyen doit travailler ou apporter des idées novatrices pour la collectivité en informant les décideurs à tous les niveaux, les responsables de la planification, les praticiens, les partenaires locaux, de même que les associations locales".
En tout état de cause, le citoyen doit être réaliste, il sait qu'après avoir voté son travail n'est pas fini. Il a intérêt à être électeur et contrôleur. Il faut muscler les formes d’appréhension positive, civique, associative, voire les institutionnaliser. La démocratie ne peut pas être intermittente. L'établissement de jurys citoyens, afin de connaître l'avis de la population sur le pouvoir tel qu'il est exercé est une piste.
Il existe deux types de crainte pour le citoyen électeur. La première, libérale, consiste à se méfier d'un pouvoir trop fort qui peut abuser de son pouvoir tout en se disant démocratique. La seconde est une forme de crainte démocratique basée sur les médias, les associations, les ONG et les groupes de citoyens. Ces voix passives construisent une attention démocratique et un pouvoir d'alerte. L’exercice de la citoyenneté englobe beaucoup de chose mais, l’un des premiers droits que donne la citoyenneté dans n'importe quel pays du monde est celui au travail. C'est un droit qui, d'une certaine manière, est aussi un avantage pour l'Etat.
B. Y. Cissé
(correspondant régional)

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GAO
L’AEEM lance la semaine des martyrs
La cérémonie de la Semaine des martyrs à Gao a été présidée le 17 mars par Georges Togo, représentant le gouverneur. Il avait à ses côtés les autorités des services techniques et certains anciens de l'UNEEM notamment Baba Dicko, coordinateur du Sead, Salihou Maïga, professeur à l'IFM.
Le mois de mars et surtout les 17, 22, 25 et 26 mars constituent des dates écrites en lettres de sang dans les annales de l'histoire du Mali. C'est chaque année, l'occasion toute trouvée pour rendre hommage au sacrifice de ceux qui ont payé de leur vie le Mali nouveau.
Aux dires du secrétaire général de la section AEEM, Ibrahim Seydou Maïga, la section AEEM de Gao observe que malgré les différentes tentatives de réformes pour construire une école de qualité répondant au besoin socio-économique et politique, force est de constater que notre école connaît des difficultés parmi lesquelles : les effectifs pléthoriques, le manque d'infrastructure, les conditions difficiles que vivent les élèves.
En outre, la section AEEM de Gao attend des réponses à son cahier de doléances 2009.
Ramata Diarra

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DOSSIER

EPILOGUE
La marche vers la démocratie
Les années 1960-1980 et même au-delà jusqu’en 1990, année de la conférence de La Baule, furent celles des dictatures militaires et civiles installées et entretenues par la France et ses alliés occidentaux dans les anciennes colonies françaises d’Afrique pour préserver leurs intérêts. Dans ce laps de temps, périodiquement il y eut des complots contre les dirigeants pour modifier la situation politique et la rendre favorable aux intérêts occidentaux.
Ces interventions, souvent violentes et accompagnées de mort d’homme étaient faites à la fois pour des raisons économiques et idéologiques (la haine du communisme par exemple) mais toujours dans le dos des dirigeants des pays dits progressistes qui avaient des velléités de rompre avec le système capitaliste au profit du bloc communiste.
A cet égard, la période gaulliste (1958-1969) fut la plus impitoyable, suivie de celle de Pompidou et de Valery Giscard d’Estaing. Les spécialistes des relations internationales en France même ont donné à ces rapport politiques, économiques et culturels très ambigus que la France imposa aux pays africains de sa sphère d’influence le nom pittoresque de Françafrique qui, même après l’avènement de la démocratie dans les années 1990-1991, continue de régenter les relations entre l’Occident et beaucoup de pays africains.
Après le coup d’Etat de novembre 1968, le Mali entra presque officiellement dans la Françafrique et se comporta en élève docile et discipliné du système pendant de nombreuses années (jusqu’à la conférence de La Baule en 1990). De 1968 à 1991, par l’entremise du CMLN et de l’UDPM, l’impérialisme international parvint à y implanter l’une des dictatures les plus autoritaires et les plus répressives d’Afrique occidentale.
Le régime, de nature autocratique, connut deux évolutions : une phase dure et barbare (1968-1978) et une autre un peu plus civilisée, marquée par l’adoption d’un parti politique unique et une Constitution. Dans les deux phases, le résultat fut à peu près le même : confiscation des libertés individuelles et collectives, interdiction des partis politiques et ouverture des ressources du pays aux puissances industrielles occidentales.
Face à cette situation fermée et même bloquée, le peuple malien chercha, dès 1968, les voies et moyens d’en sortir et de mettre fin au despotisme. Les partis politiques étant officiellement interdits, la lutte commença dans la clandestinité aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. L’US-RDA, le parti de la lutte pour l’indépendance défait en 1968 par le CMLN n’admit jamais le pouvoir de ce dernier. Il forma avec ses alliés, le PMT et le PAI, un front de lutte qui fut de tous les combats contre le totalitarisme militaire.
Sur le plan syndical, la centrale unique, l’UNTM, après une période de collaboration (participation responsable), se rendant compte de l’impossibilité de faire changer le régime, s’éloigna peu à peu de lui et se prononça le 28 mai 1990 en faveur du multipartisme alors même que l’UDPM, le parti unique, ne voulait pas en entendre parler. La situation économique ne s’améliorant pas, le Trésor public se montra incapable de payer les salaires et les pensions des travailleurs qui, de ce fait, allèrent grossir les rangs des mécontents déjà nombreux.
Pendant ce temps, la France, à la faveur de l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1980-1981, avaient décidé de revoir l’état de sa coopération avec les anciennes colonies d’Afrique. Partant du constat que les années gaullistes avaient surtout érigé des dictateurs militaires un peu partout en Afrique pour la préservation des intérêt du capitalisme monopolistique français, les gouvernements socialistes décidèrent de revoir ces vieux rapports, ce qui aboutit à la conférence de La Baule tenue les 20-22 juin 1990 à l’occasion du 16e sommet des chefs d’Etat de France et d’Afrique.
La conférence constata l’échec cuisant de la décolonisation (surtout économique) et le détournement massif de l’aide au développement par les dirigeants africains eux-mêmes. Elle décida de lier l’aide à la démocratisation des régimes en place, ce qui suscita l’indignation de certains chefs d’Etat africains comme le général Moussa Traoré qui déclara pour sa part que le Mali n’avait pas de leçon de démocratie à recevoir de personne (Il le dit avec Hissène Habré du Tchad).
Le Mouvement démocratique, formé des forces d’opposition de l’intérieur et de l’extérieur déterra une vieille loi de 1959 sur la liberté d’association et exploita cette aubaine. Le général Moussa Traoré ayant eu une consécration continentale le 26 mai 1988 avec sa nomination (élection à la tête de l’OUA à Addis-Abeba (il avait succédé au Zambien Kenneth Kwanda au 24e sommet de cette organisation) et comme co-président à New York du Sommet mondial de l’enfance les 29 et 30 septembre 1990, ne pouvait plus brutalement s’opposer aux revendications fondamentales de travailleurs maliens.
Ainsi pris par le contexte international, il assista, impuissant le 17 mars 1989 à la sortie du 1er bimensuel privé du pays, "Les Echos" en l’occurrence, vite suivi le 22 février 1990 par celle de "Aurore". La liberté d’association reconnue par le régime par manque de vigilance et aussi sous la pression de la communauté internationale, des associations naquirent en masse entre 1990 et 1991 : Cnid, Adéma, Adide, etc. Toutes ces associations militaient pour l’instauration de la démocratie et du multipartisme auxquels était opposée l’UDPM, du moins avant son congrès prévu pour mars 1991.
Le refus systématique d’écouter le Mouvement démocratique et de satisfaire les revendications salariales des travailleurs conduisit aux violents événements de mars 1991 qui débarrassèrent le pays du pouvoir personnel de Moussa Traoré et de ses amis.
Facoh Donki Diarra

26-MARS
Entre espoirs et déceptions
Les revendications du Mouvement démocratique tournaient essentiellement autour de l’instauration du multipartisme et de plus de libertés dans un contexte de parti unique omnipotent.
Toutes choses censées permettre à d’autres organisations comme l’AEEM (scolaires et universitaires), la JLD, l’AJDP, le Barreau, l’AMDH mais aussi et surtout l’Adide (jeunes diplômés sans emploi), fers de lance des associations politiques (Adéma et Cnid), d’entrevoir l’avenir avec sérénité dans la mesure où elles pouvaient espérer un mieux-être avec la fin du monolithisme, synonyme de tous les obstacles au développement.
Alors que la mode était aux conférences nationales souveraines - qui étaient en réalité des procès en bonne et due forme des régimes uniques en place -, le parti dominant à l’époque au Mali entendait aller à son rythme et laisser le soin aux délégués à son congrès programmé à la fin du mois de mars 1991 de décréter éventuellement le multipartisme. Mal lui en prit. Le 26 mars, l’armée, sous la poussée de la rue, se chargera de parachever la lutte des associations démocratiques.
Aujourd’hui, le multipartisme et les libertés individuelles et collectives sont des acquis. Même si de plus en plus les acteurs politiques et des composantes de la société civile déplorent la fraude massive et l’achat des consciences aux élections, force est de reconnaître que celles-ci se tiennent régulièrement et les contentieux post-électoraux minimisés. La liberté de la presse, malgré un grave dérapage et quelques couacs, est aussi assurément une réalité incontestable.
Mais puisque l’homme ne vit pas que de liberté de parole et d’eau fraîche, il faut aussi admettre que la fleur tarde à porter ses fruits. Comme de vieux chevaux de retour, la misère et la désolation sont bien souvent au rendez-vous. L’école, qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans les difficultés, la justice sélective qui prévaut dans certains cas, la corruption endémique et surtout l’effritement de l’autorité de l’Etat… démontrent qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.
Toutefois, aujourd’hui vaut mieux qu’hier où il fallait s’épier soi-même, remuer la langue sept fois dans la bouche avant de parler pour ne pas être envoyé six pieds sous terre.
Et comme l’a conseillé Me Demba Diallo (paix à son âme), il faut bien se garder de jeter le bébé et l’eau du bain. Autrement dit, notre démocratie est en construction. Elle n’en a pas fini avec ses balbutiements et n’atteindra sa vitesse de croisière que lorsque chacun comprendra une bonne fois pour toutes "qu’il ne peut pas être heureux seul", pour paraphraser le "Vagabond de la charité".
Nous avons tout d’abord besoin d’un Etat fort, qui oblige, mais aussi qui garantit les droits de chaque citoyen. Tout autre comportement et surtout notre soif de réussite illicite aux détriments de l’intérêt général nous conduiront forcément à la case départ, pis dans l’impasse.
Flash-back sur les tenants et les aboutissants du 26-Mars.
A. M. T.

CHUTE DE MOUSSA TRAORE
Une œuvre populaire
La révolte populaire résultant de 23 ans de régime sans partage a engendré un sentiment de révolte généralisée. Un mouvement social est né et c’est lui qui a eu raison du régime de l’UDPM le 26 mars 1991.
Le climat social est à son comble dès 1990. La pauvreté accentuée par l’injustice et la corruption, l’enrichissement sans vergogne d’une oligarchie créée par le pouvoir en place ont fini par créer au niveau du peuple un sentiment de haine. Le régime se trouvait ainsi entre deux feux : le feu allumé par les mouvements sociaux et celui provoqué par la rébellion au nord dont la solution était loin d’être trouvée.
Les associations politiques, estudiantines et de la société civile, qui ont émergé, ont choisi ce moment d’embrasement pour exploiter en leur faveur un article de la Constitution qui reconnaissait la liberté d’association.
Le Cnid et l’Adéma seront aux côtés des populations et masses laborieuses plongées dans des revendications catégorielles pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Beaucoup de gens gardent encore en mémoire la grande marche organisée par le Cnid association pour commémorer le 10 décembre 1990 la date de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Cette grande manifestation pacifique qui a battu tous les records de mobilisation en la matière au Mali a été le premier grand défi grandeur nature pour le régime de Moussa Traoré.
Au moment où l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) revendiquait de meilleures conditions d’études, les associations à caractère politique (Cnid association et Adéma association) luttaient pour l’ouverture démocratique et le multipartisme intégral dans notre pays. L’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), qui a rejoint le combat plus tard, était motivée par l’amélioration des conditions de vie des travailleurs, confrontés au retard et au bas niveau de salaire ainsi qu’à la vie chère.
Une nouvelle marche est organisée le 24 janvier 1991 pour faire plier le régime aux exigences de la démocratie. Le pouvoir qui n’entendait céder sous aucune pression de la rue, a répondu par des répressions sauvages avec le déploiement des chars et tanks dans les rues de Bamako. Les premières victimes de la révolution ont commencé à tomber ce jour-là.
Les manifestants n’ont plus jamais baissé les bras jusqu’à la chute de Moussa Traoré par un groupe d’officiers se réclamant du Conseil de transition pour le salut du peuple (CTSP), présidé à l’époque par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré et ayant en son sein des membres de la société civile.
Abdrahamane Dicko

CHUTE DE MOUSSA TRAORE EN 1991
La lutte héroïque des associations démocratiques
L’AJDP, le Cnid, l’Adéma, la JLD, l’UNTM, l’AMDH, l’AEEM et le Barreau, réunis au sein du Comité de coordination des associations et des organisations démocratiques, appelé Mouvement démocratique, ont joué un rôle de premier plan dans la chute du général Moussa Traoré, alors président de la République du Mali.
En 1990, personne ne pouvait imaginer que le départ de Moussa Traoré du pouvoir pouvait découler des revendications des associations qui venaient d'être créées. Pourtant, c’est ce qui s’est passé le 26 mars 1991. Quelle a donc été la lutte menée de 1990 à 1991 ?
Cette lutte a connu plusieurs phases de contestations. Tout d’abord, elle a été marquée par la contestation du parti unique et les revendications pour le multipartisme et la démocratie au Mali. Puis le peuple a exigé la démission du président de la République.
Les 28 et 29 mai, l’UNTM tient son conseil central extraordinaire et déclare que "le parti unique constitutionnel et institutionnel ne répond plus aux aspirations démocratiques du peuple malien", il rejette en bloc le dirigisme politique qui entrave la démocratie au Mali et opte pour l’instauration du multipartisme et du pluralisme démocratique.
Alors que les partis politiques sont toujours interdits, plusieurs associations vont être créées. Il s'agit tout d'abord de l’Association des jeunes pour la démocratie et le progrès (AJDP), mise en place le 15 octobre 1990, sous la présidence de Moussa Kéita. Le Congrès national d’initiative démocratique est créé trois jours après l’AJDP, c'est-à-dire le 18 octobre. Une semaine après, le 25 octobre 1990, l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma) voit le jour. L’Adéma association regroupe des militants de plusieurs partis clandestins (US-RDA, PMDR, PMT, FDPM) opposés au régime autoritaire de Moussa Traoré. Elle est placée sous la houlette d'Abderrahmane Baba Touré (paix à son âme).
A partir de décembre 1990, les associations qui avaient pour slogan dans un premier temps la restauration du multipartisme intégral mobilisent la population à travers les villes du pays.
Le ton de la marche a été donné par une quinzaine de jeunes de l’AJDP dans les rues de Bamako. Moussa Kéita et ses camarades expliquent leur attitude par la soif "de démocratie" d’où l’appellation "les fous de la démocratie" qui leur a été collée.
Cette marche des "fous de la démocratie" a représenté le déclic pour les autres et le compte à rebours du régime. Quelques jours plus tard, exactement le 10 décembre 1990, le Cnid emboîte le pas avec une seconde marche suivie de celle de l’Adéma le 20 décembre de la même année.
L’enfer sur la tête des "manifestants"
Après les trois marches dites historiques, les langues se délient et les manifestations se poursuivent au début de l’année 1991. Entre janvier et mars 1991, en plus de Bamako, Ségou entre dans la danse des manifestations.
Devant l’inertie et le bâton promis par GMT, les positions se durcissent et les revendications changent du côté des associations. Au lieu de l’instauration du multipartisme, elles exigent le départ de GMT de la tête du pays. La Jeunesse libre et démocratique (JLD) s'en mêle. A la mémoire de Cabral, assassiné le 17 mars 1980, l’Adéma, le Cnid et l’AEEM organisent une marche pacifique.
Les forces vives commencent à sentir la nécessité de se rassembler. C’est ainsi que le Comité de coordination des associations et des organisations démocratiques, appelé Mouvement démocratique, est mis en place. Il rassemble le Cnid l’Adéma, l’AJDP, la Jeunesse libre et démocratique (JLD), l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), l'Association malienne des droits de l'Homme (AMDH), l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) et le Barreau.
Le vendredi 22 mars 1991, après plusieurs journées "chaudes" à l’appel des associations et organisations démocratiques, des milliers de Maliens envahissent les rues de la capitale et de l’intérieur du pays pour réclamer le départ de Moussa Traoré. Ne l'entendant pas de cette oreille, GMT promet une couronne d’enfer sur la tête de ses opposants. Comme pour lier l'acte à la parole des dizaines de manifestants sont tués à l'arme lourde.
Dès lors, des manifestations généralisées sont organisées et le pays ingouvernable. Le pouvoir était à la rue. C’est dans ce contexte que le 26 mars 1991, le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré et ses camarades interviennent et ouvrent la voie à la réconciliation des fils du pays.
Amadou Sidibé

EVENEMENTS DE MARS 91
Sikasso comme tout le Mali
Une vingtaine de manifestants blessés et trois morts sont enregistrés au cours des affrontements qui se sont déroulés en mars 1991 opposant à Sikasso les élèves et forces de l’ordre. Les morts sont Mariam Bengaly (Médine second cycle), Abdramane Konaté (Mancourani second cycle) et Amadou Ouologuem du lycée de Sikasso.
La Capitale du Kénédougou tout comme plusieurs villes du Mali a connu quatre jours de situation insurrectionnelle. Certains se rappellent encore de ce mois de mars qui a coïncidé avec le ramadan. Témoignages.

Amadou Traoré (notable) :
" Le lundi 25 mars, après un week-end très agité, très tôt le matin, les élèves ont pris d’assaut les établissements scolaires scandant des slogans hostiles à l’UDPM. Les populations, toutes sensibilités confondues (syndicats, associations etc.) se sont mêlées à la marche spontanée qui a atteint toutes les grandes artères de la ville. Il y a eu des accrochages avec les forces de l’ordre. Il y a eu des blessés et des morts. La tension est devenue vive et a gagné certains cercles comme Koutiala et Kadiolo où également il y a eu des victimes.
Le lendemain du 26 mars 1991, ce fut la mobilisation totale ponctuée d’actes de vandalisme et de déchaînement des populations. Les édifices publics ont été saccagés tous les symboles de l’UDPM détruits. Les manifestants ont pris d’assaut le gouvernorat de Sikasso. Là-bas, le gouverneur les a reçus à bras ouverts. Il a appelé la population au calme, lui qui a su garder son sang froid en toute responsabilité car il a instruit aux forces de sécurité de ne jamais tirer sur les manifestants. Malheureusement, il n'a pas été entendu".

Hamidou Diallo (ancien de l'Adéma/Association) :
" Au moment des faits, j’étais membre de l’Adéma/Association. A l’époque, il y avait une effervescence pour la démocratie. Face à la situation, les associations avaient un rôle à jouer. A ma connaissance, le Mouvement démocratique est venu de façon spontanée au regard de l'enchaînement des événements sur le terrain. Je pense que le multipartisme est une réalité dans notre pays, la liberté d’expression également, les gens se sont libérés. Mais, là où c’est frustrant, c’est bien l’école, nous avons honte du niveau de nos élèves. Autres déceptions, ce sont la cherté de la vie, la pauvreté grandissante des populations laissées à elles-mêmes. Après les événements de mars 1991, on a parlé de "kokadjé", cela n’a pas été fait. C’était un souhait du peuple à l’issue de la Conférence nationale, mais on est loin aujourd’hui du compte. Chacun sait honnêtement ce qui se passe aujourd’hui au Mali alors que la révolution de mars 1991, c’était pour le changement et dans le bonheur du peuple".

Adramane Traoré (commerçant détaillant) :
" Tout mon respect pour les autorités du pays. La vérité est très amère, il n'y a pas de révolution sans héros, combien de pays avaient connu le cas similaire à travers le monde ? Les martyrs de la révolution malienne resteront dans notre mémoire à jamais. Cependant, il faut reconnaître que l'effort reste inachevé. On ne veut pas de cette gouvernance sur le dos des victimes de mars 1991. Mais la vérité triomphera".

Bakary Koné (enseignant) :
" Notre histoire récente a été grossièrement déformée. Nous refusons cette insulte aux faits. ATT n'a pas été l'acteur principal de l'avènement de la démocratie au Mali. C'est une stupidité. Il ne peut lui-même l'affirmer que parce que tous ceux qui ont défendu ce pays en leurs âmes et consciences ont pris le risque d'être compromis dans la grande magouille, la falsification. Nous avons encore en mémoire les déclarations de celui que l'on présente aujourd'hui comme acteur principal à la Bourse du travail. En gros, il disait c'est notre pierre que nous apportons à la construction de l'édifice. Le centre de pouvoir était bien à la Bourse du travail où Me Demba Diallo et les autres avaient installé leur QG".
Aïssata Famori Diarra (fonctionnaire à la retraite) :
" Je parle précisément du Malien d’aujourd’hui qui, à bien des égards s’est départi des qualités de ses pères pour ne conserver que les insuffisances de ceux-ci. Les carences de ces derniers peuvent s’expliquer par leur manque d’"éducation et d’exposition" au sens anglo-saxon du terme. C’est vrai que la génération précédente a toujours taxé la suivante de tous les maux et c’est aussi vrai que l’on est plus le fils ou la fille de son temps que de son père mais à la lumière de critiques raisonnées et raisonnables, force est de constater que les dernières générations au Mali n’inspirent pas un lendemain meilleur, peut être faut-il envisager un autre 26 mars, c'est-à-dire une révolution bis. Il y a tellement de pistes, de l’éducation à la religion, des faits de société en général jusqu'à l’inconscient collectif, tout mérite d’être morcelé, questionné et remis en contexte".
Propos recueillis par
B. Y. Cissé

7 AOUT 1990
L'histoire de la lettre ouverte
Selon le Pr. Mohamedoun Dicko, président d’honneur de l’Adéma/PASJ, les initiateurs de la lettre ouverte du 7 août 1990 sont les dirigeants du Parti malien de révolution et de la démocratie (PMRD), le Front national démocratique et populaire (FMDP), le Parti malien du travail (PMT), le Front démocratique des patriotes maliens (FDPM). Ils se rencontreront à Thiaroye (Sénégal) en 1986 pour former le Front national démocratique et populaire (FNDP) qui a enregistré l’adhésion de l’US-RDA en 1989.
Aux dires de Pr. Dicko, le contexte politique et social de l’époque en Afrique et au Mali avec le développement des luttes démocratiques africaines et la convocation de la conférence nationale au Bénin plus la situation qui prévalait au Mali évoluait rapidement en faveur du mouvement démocratique clandestin.
" Les militants du Mouvement démocratique toutes tendances confondues ont pris d’assaut la conférence du 31 mars 1990 du parti au pouvoir (UDPM) présidée par Djibril Diallo. Cette conférence nous a renforcés dans nos analyses sur la situation au Mali".
En mai 1990 l’UNTM prenait officiellement position pour le pluralisme politique. Au FNDP la question (que faire ?) pour continuer la lutte avec plus d’ardeur se posait et celle d’une lettre ouverte adressée au président de la République également. "C’est ainsi que la composante PMDR a pris l’initiative d’écrire la lettre dont le projet initial a été entériné par la direction du FNDP", rappelle M Dicko. Et d’ajouter : "il a été décidé de la déposer au secrétariat de la présidence de la République par notre camarade feu Mohamed Lamine Traoré et de la faire publier dans les colonnes du journal “Les Echos“ dont le directeur de publication était Abdoulaye Barry".
Selon le Pr. Dicko, la lettre demandait au président de la République Moussa Traoré d’accepter le multipartisme en signifiant que toutes les conditions étaient réunies pour cela. Les militants et dirigeants du FNDP, décidés de mener le combat pour la démocratie, ne voulaient pas d’affrontement. "Nous croyons fermement que le président allait accepter de rencontrer le mouvement démocratique", indique-t-il.
La lettre, pour le Pr. Dicko, bien qu’elle n’a pas répondu aux attentes et n’ayant pas été comprise par le parti au pouvoir, a enregistré une centaine de signatures de tous les représentants des différentes couches de la société (artisans, ouvriers, paysans, intellectuels, opérateurs économiques, artistes de tout bord…)
A la suite des incompréhensions, des associations voient le jour, comme l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma), créée le 24 octobre 1990 quelques jours après la naissance du Congrès national d’initiative démocratique (Cnid). "Le Comité de défense des droits de l’Homme va mandater certains membres du PMRD, du PMT et du Groupe Tiémoko Garan Kouyaté (une organisation politique clandestine) pour créer l’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH)" . D’autres associations de jeunesse comme l’AEEM, créée le 26 octobre 1990, l’Association des diplômés demandeurs d’emploi (Adide), la Jeunesse libre et démocratique (JLD), l’Association des jeunes pour la démocratie et le progrès (AJDP) verront le jour dans les milieux scolaires et estudiantins.
La soif de la liberté, la détermination du peuple à aller au multipartisme, la lutte pour la légalité des associations et du Mouvement démocratique aboutiront aux sanglantes émeutes de janvier, février et mars 1991 qui seront couronnées par le renversement du pouvoir.
Aminata Traoré
(stagiaire)

REPRESSIONS DE MARS 1991
Des femmes maudissent le pouvoir
Faisant une analyse des événements du 26 mars 1991, un sociologue admet que la malédiction du régime militaire par des femmes nues a conduit à l’échec de Moussa Traoré et ses complices.
Le peuple malien, comme un seul homme, s’est levé, il y a 19 ans, pour renverser le régime de l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), parti unique resté sourd à la misère et aux conditions sociales difficiles du peuple.
Fatigués d’être les victimes perpétuelles de l’arbitraire, de la corruption, du détournement des biens publics, du népotisme et de la répression, les Maliens (jeunes, femmes et hommes), aspirant à un mieux-être, n’ont pas hésité à affronter les balles et canons du régime de Moussa Traoré.
Pour El hadj Mahamane Touré, sociologue et professeur au lycée La Lanterne, la révolution de mars 1991 sous la houlette du Mouvement démocratique (Adéma, Cnid, UNTM, AMDH, Barreau, JLD, Adide, AJDP, AEEM) a abouti à cause de la situation économique difficile, des sécheresses, des grèves estudiantines et syndicales qui ont secoué le pays.
Mais, s’est-il empressé de préciser, la victoire a été possible grâce aux femmes et aux enfants qui, dit-il, dans toute société doivent être des alliés et non des adversaires.
Pour notre sociologue, l’opinion publique malienne est convaincue qu’un fait social a fait croire à tous que le glas, pour le régime du général Moussa Traoré, avait sonné. Il s’agissait surtout de la malédiction du pouvoir militaire par des femmes nues au cours des manifestations de protestation.
" Dans l’entendement des personnes âgées, aucun pouvoir ne peut résister à la malédiction de la femme nue. Dans notre société, la femme incarne ce qu’on appelle en bambara le sutura, et voir une femme qui n’est pas votre épouse nue est porteur de malheur", a expliqué M. Touré.
La suite de l’histoire on la connaît : la répression brutale, créant un climat d'instabilité a conduit des militaires à renverser Moussa Traoré le 26 mars 1991.
Selon El hadj Mahamane Touré, en parachevant l’œuvre déjà conçue et conduite par les étudiants, des hommes politiques et des femmes…, les militaires n’ont fait que suivre la raison, c’est-à-dire, le vrai pouvoir, celui des femmes et des enfants.
Amadou Waïgalo
REPRESSIONS DE MARS 1991
De mauvais souvenirs en mémoire

Les 19, 21, 22 et 26 mars 1991, les jours de répression acharnée, sont des dates clefs dans l’avènement de la démocratie au Mali. Elles sont ancrées dans la mémoire des Maliens.

La répression de 1991 a commencé le 19 mars 1991 à Dioïla où il y a eu plusieurs victimes. Ayant appris cette nouvelle, le bureau de coordination de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) décide alors d’organiser une marche avec barricades le vendredi 22 mars pour protester contre ce qui s’est passé à Dioïla.
Contrairement au mot d’ordre du bureau de coordination de l’AEEM, le comité directeur de l’AEEM met Bamako à feu et à sang. Averti, le pouvoir en place met des dispositions visant à réprimer avec la dernière rigueur les manifestants.
Le 22 mars, la jeunesse malienne se révolte un peu plus contre le régime. Cette manifestation se transforme en journée noire pour la plupart d'entre eux. Beaucoup de familles perdent leurs enfants.
" Ce jour-là, les forces de l’ordre ont fait usage de leurs armes faisant plusieurs victimes et de nombreux blessés. C’est ainsi que les étudiants ont réclamé haut et fort le départ de Moussa Traoré", se rappelle Moussa Kéita, ancien membre de l’AEEM, secrétaire à l’organisation de l’Association des victimes de la répression (ADVR).
Le 23 mars 1991, une vingtaine de manifestants sont tués au cours des affrontements qui opposent à Bamako étudiants et forces de l’ordre. La capitale connaît alors quatre jours de situation insurrectionnelle.
Le 26 mars 1991, au terme de plusieurs jours de manifestations acharnées des étudiants puis de toute la population, fatiguée des vingt-trois ans du régime autoritaire dictatorial, le général Moussa Traoré est déposé par un groupe de militaires, qui mettent en place le Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) avec à leur tête le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré.
Selon Moussa Kéita, au total il y a eu 125 morts et 714 blessés au cours des répressions sanglantes de mars 1991.
La majeure partie des victimes ont été indemnisées par l’Etat. La prise en charge de leurs soins médicaux a été assurée par l’Etat jusqu’en octobre 2009. Amadou Diawara, le président de l’ADVR, explique qu’"on a arrêté la prise en charge à cause de la crise économique. Mais, poursuit-il, les blessés souffrent parce qu’ils ne sont pas soignés. Le ministère du Développement social, de la Solidarité et des Personnes âgées nous a promis que la situation va se décanter en avril. Il faut qu’il fasse vite".
Les répressions de mars 1991 restent mémorables. Aujourd’hui de nombreux monuments sont consacrés aux Martyrs : la stèle du cimetière de Niaréla, le monument des Martyrs à l'entrée du pont, le stade du 26-Mars, la Pyramide du souvenir…
Thierno Diallo, le directeur de la Pyramide du souvenir, ajoute que sa structure est un symbole fort des événements de mars 1991.
" Il faut voir le 26 mars comme une date symbolique. Les événements de mars 1991 sont des évènement à ne jamais revivre et à ne jamais oublier", témoigne-t-il.
Sidiki Doumbia

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CHAMPIONNAT NATIONAL
Fin de saison pour des clubs ?
Le Cadre de concertation des présidents du Collectif des clubs de Ligue 1 a mis à exécution sa décision de suspendre sa participation au championnat national de Ligue 1/Orange.
Le premier acte de cette décision du Collectif des clubs de Ligue 1, a été posé afin d'amener la Fédération à reporter la 11e journée du championnat pour permettre la tenue d’une réunion pour aplanir les difficultés.
Devant l’échec de toutes ces démarches et la volonté de Malifoot d’honorer ses engagements envers son sponsor, le Collectif a le dos au mur pour non-respect de son contrat avec la Sotelma. "Nous sommes bloqués dans l’exécution de notre contrat", souligne Seydina Oumar Sow, membre du Collectif.
Mardi dernier, à l’issue d’une rencontre des clubs, exceptée l'Usfas, il a été notifié de suspendre la participation des clubs au championnat national, jusqu’à la mise en place de conditions leur permettant de tenir leurs obligations contractuelles.
La Sotelma exige des clubs, l’application du contrat. "Nous ne cèderons en rien et les banderoles ne seront pas affichées", confie une source fédérale.
Ce mot d'ordre du Collectif amputera-t-il la 14e journée ? De source informée, la FMF précise déjà que les clubs réfractaires seront rétrogradés en division inférieure pour la saison prochaine, tout en écopant d'une amende selon le règlement après une absence constatée par la commission de discipline.
Affaire à suivre.
Boubacar Diakité Sarr

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