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2010
Mois de
mars
Les
Echos du 17 mars
17
MARS 1989-17 MARS 2010
" Les Echos", 21 ans après
Il y a 21 ans naissait, contre vents et marées, le journal "Les Echos".
Réconforté par le succès de la revue culturelle Jamana,
créée 5 ans plus tôt, Alpha Oumar Konaré décidait
d’aller plus loin : en créant un journal d’informations générales.
L’enjeu était de taille, car il y avait péril en la matière à cause
du régime dictatorial.
Soutenu par son épouse et quelques amis, celui qui sera plus tard le premier
président, élu démocratiquement de la IIIe République,
parvient à créer le premier véritable journal indépendant
sous le régime tyrannique du général Moussa Traoré,
car, pour lui, seule la presse pouvait désormais servir de catalyseur à une
prise de conscience réelle.
Référence et repères du Mouvement démocratique, "Les
Echos" a joué un rôle déterminant dans le combat pour
l’avènement de la démocratie dans notre pays. Bimensuel,
hebdomadaire puis quotidien, il a été de tous les nobles combats
du Mali ces dernières années.
Créé dans les conditions difficiles, se maintenir dans les kiosques,
n’était pas pourtant un combat gagné d’avance. En effet,
ils n’étaient pas nombreux ceux qui pouvaient croire à une
telle longévité du fleuron des publications Jamana dans un contexte
politique où le moindre écart de liberté était considéré comme
un crime de lèse-majesté. Mais les initiateurs ont pris le risque
de le lancer dans le strict respect de la loi.
Conçu depuis janvier 1989, il a fallu attendre le 17 mars de la même
année pour sa parution afin de rendre hommage à Abdoul Karim Camara,
assassiné sous la dictature de Moussa Traoré. Ainsi le vendredi
17 mars, au petit matin, les Bamakois ont eu l’agréable surprise
de voir partout des jeunes revendeurs leur tendre le premier numéro des
Echos.
Tiré initialement à 2000 exemplaires en mars 1989, le journal "Les
Echos" est devenu hebdomadaire, tiré à 30 000 exemplaires
(un taux jamais égalé encore) en mars 1991 avant de devenir en
février 1994 quotidien tout en gardant sa parution hebdomadaire.
Après les élections de 1992 qui ont vu la victoire d’Alpha
Oumar Konaré à la présidentielle, les ennemis de la démocratie
s'en sont pris au siège de Jamana le 5 avril 1993 dans le seul but d’anéantir "Les
Echos" et à d’autres institutions de la République comme
l’Assemblée nationale et aux sièges des partis politiques… La
surprise fut grande de voir le journal paraître le lendemain.
Une dédicace à Cabral
Le journal "Les Echos" fait partie du patrimoine national. Après
sa contribution à l’avènement de la démocratie et
sa participation à son ancrage, le journal est devenu une véritable
entreprise : une rédaction dynamique avec des journalistes professionnels,
un service commercial performant, une équipe de PAO compétente.
Lieu d’apprentissage, l’encadrement des jeunes et la rigueur dans
le travail priment sur les intérêts personnels. L’implication
effective de tous et les conseils ne manquent pas. Ce qui fait que le journal
reste dans le cadre déontologique du métier.
" Les Echos", c’est la mise en valeur du journaliste à travers
des enquêtes ciblés et des témoignages, ce qui permet de
forger la personnalité à travers des analyses éclairées.
" Les Echos" reste le journal le mieux distribué au Mali, l’un
des journaux les plus crédibles de la place. "Les Echos" a contribué à immortaliser
Cabral en lui dédiant son 1er numéro le 17 mars 1989. Cabral restera
un héros aux vertus morales et sociales inestimables.
En effet, le 17 mars 1980, le peuple malien stupéfait apprenait la mort
d’Abdoul Karim Camara dit Cabral, leader estudiantin. Cet assassinat allait
sonner le glas du régime antidémocratique de l’UDPM. Onze
ans après les actes barbares actes commis par Moussa et ses complices,
son régime va lamentablement chuter sous les coups de boutoir de l’Association
des élèves et étudiants du Mali (AEEM) et du Mouvement démocratique
malien le 26 mars 1991.
En raison de l’engagement de l’illustre disparu de son vivant, chaque
17 mars depuis l’avènement de la démocratie, le Mali tout
entier salue son combat à travers des manifestations comme le dépôt
de gerbe de fleurs au monument à son effigie à Lafiabougou en Commune
IV.
Anne-Marie Kéita
TEMOIGNAGES
Des journalistes témoignent
Abdou Karim Arby (cofondateur "Le Scorpion")
:
" Si je ne lis pas le journal Les Echos le matin, je me sens pas bien. C’est
mon journal de référence. L’histoire des idées et
de la démocratie au Mali est liée à ce journal. Le pouls
du Mali, c’est Les Echos. Quelqu’un a dit que si un journal avait
le droit de siéger au Comité de transition pour le salut du peuple
(CTSP), Les Echos pouvait revendiquer cette place au même titre que l’AMDH,
l’AEEM, l’UNTM… Ce qui est tout à fait juste vu tout
ce qu’il a fait pour l’avènement de la démocratie au
Mali. Les Echos a concouru à libérer les esprits, la pensée
et la parole. Il a joué un rôle très important dans la libération
de la pensée et de la liberté d’expression au Mali. Je n’ai
vraiment pas grand-chose à reprocher au journal. Il progresse beaucoup,
de bimensuel à sa création, il est devenu hebdomadaire par la suite,
et quotidien depuis quelques années maintenant. La seule critique que
j’ai à faire, c’est qu’avec son réseau de correspondants,
il ne puisse dire beaucoup plus sur ce qui se passe dans le Mali profond".
Bruno
Segbedji (journaliste "L’Indépendant")
:
" Les Echos est un journal que j’apprécie beaucoup, notamment
pour les articles qui s’y trouvent. Il ne s’intéresse pas
trop aux détails. J’apprécie ces papiers très courts
qui donnent l'essentiel. Or ce n’est pas facile de faire la synthèse
et de dire beaucoup de choses en peu de mots. Les Echos est un journal qui a
le mérite de réussir cela. C’est un journal bien monté.
Bref un journal fait par les professionnels. Pour les améliorations, je
soughaite que le nombre de page soit augmenté avec des pages centrales
en couleur. Avec ces changements, je pense que ça serait encore mieux".
Boukari
Daou (rédacteur en chef "Le Républicain")
:
" Je commencerai d’abord par souhaiter un joyeux anniversaire au journal
et lui souhaiter longue vie pour qu’il puisse continuer à informer,
sensibiliser et éduquer les Maliens. Les Echos a permis au peuple malien
de savoir qu’il est possible de critiquer et que cette possibilité est
même un droit pour l’individu, pour les associations et pour les
communautés. Je retiens de ce journal et de cet autre journal appelé "La
Roue" qu’il a permis l’éveil de la classe intellectuelle
pour organiser la population à la lutte historique qui a abouti au changement
du 26 mars 1991. Chaque fois que je vois Les Echos, c’est ce regard d’admirateur
que je lui porte. Il doit continuer à porter le flambeau et je suis très
heureux de constater que le flambeau est très bien porté par l’équipe
actuelle. Je n’ai pas de critique à porter sur le journal. Je trouve
le nombre de page acceptable compte tenu de l’environnement médiatique,
du lectorat et du marché malien"
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APRES
UN MEURTRE A YANFOLILA
Quatre douaniers devant le procureur
Les auteurs (agents de la douane de Yanfolila) du tir à bout portant sur
Lassine Sidibé qui a rendu l’âme sont devant le procureur
près le Tribunal de Sikasso pour répondre de leur acte.
Les douaniers de Yanfolila n’ont pas bonne presse. Ils sont décriés
par les populations pour ne pas dire qu’ils constituent même une
source d’insécurité pour celles-ci. Prétextant d’une
mission de chasse contre les trafiquants à Tiemba dans la Commune de Yalankoro
Soloba à une cinquantaine de kilomètres de Yanfolila, des éléments
de la douane de cette localité se sont rendus coupables de l’assassinat
de Lassine Sidibé.
Quelques jours après le crime, des langues se délient. De sources
dignes de foi, l’on apprend que les douaniers étaient en mission
traditionnelle de traque des trafiquants. C’est au cours de cette mission
qu’ils ont découvert une moto neuve dans un site d’orpaillage.
Mais quand ils ont voulu enlever l’engin, des femmes se seraient opposées.
Et c’est dans cette atmosphère qu’un certain Bah, agent de
saisi, a froidement tiré, selon nos informations, sur la foule. Lassine
Sidibé est touché et rend l’âme sur place.
Mais nos sources rapportent que contrairement à une idée répandue,
la victime n’était ni trafiquant ni propriétaire de moto
comme avancé par la douane. L’autre hic tient au fait que sur les
cinq éléments qui étaient de la mission, seulement deux étaient
des agents de la douane et les trois autres des manœuvres communément
appelés "indicateurs".
L’on apprend aussi que les deux douaniers en question n’ont suivi
aucune formation et n’ont pas été recrutés par voie
de concours mais sur recommandation. Il nous est également revenu que
l’auteur du crime n’est pas à son premier dérapage.
Il est connu dans le milieu de la douane comme un agent particulièrement "arrogant
et fougueux".
Le quidam se serait sorti de la prison pour vol de 4 millions de F CFA sur des
marchandises en provenance de la Côte d’Ivoire avant d'être
muté à Yanfolila. Mais puisque dit-on, il a des soutiens hauts
placés, le douanier qui a tiré est même craint par sa hiérarchie.
Après leur forfait, il a été demandé à Mamadou
Bah alias Madoufin et son collègue Souleymane Traoré de transporter
la victime au centre de santé le plus proche. Sans autre forme de procès,
ils ont pris la tangente. Et l’engin qu’ils ont emprunté pour
regagner Yanfolila, ils l’ont saisi. De même que la moto de ceux
qui sont partis annoncer la mort de Lassine, un jumeau.
Sur les cinq éléments, quatre ont été présentés
au procureur près le tribunal de Sikasso. Le cinquième a disparu
dans la nature. Affaire à suivre
Mohamed Daou
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ECONOMIE
NATIONALE
Quelle agriculture pour le Mali ?
Dans un pays comme le Mali, cette question est plutôt énigmatique
au regard d’une population majoritairement rurale et les immenses potentialités
agro-sylvo-pastorales.
Vue à travers les lunettes d’un observateur averti, l’agriculture
malienne connaît une stagnation à long terme de la productivité et
subit des chocs extérieurs induisant une forte instabilité.
Bien que l’agriculture au Mali bénéficie des investissements
importants à travers les offices de développement rural et les
projets, il est impératif de nuancer l’effet de ces aménagements
et autres prestations en tenant compte du fait que leur impact dépend
de nombreux facteurs liés entre eux.
Plusieurs projets de développement agricole dans un pays comme le Mali,
touché par la pauvreté, la crise alimentaire et la dégradation
des ressources naturelles ont tout misé sur l’aménagement
de terres, l’introduction de nouveaux paquets techniques avec de nouvelles
spéculations. Comparées à l’émergence de système
de production agricole, économiquement rentable ces grandes réalisations
aux ressources importantes n’ont pas à long terme apporté les
résultats souhaités.
Le temps de la mise en œuvre du type d’agriculture souhaitée
selon le rôle assigné à l’agriculture dans la société peut
s’étendre sur une longue période. Outre les facteurs écologiques
qui peuvent influencer la fonction d’un écosystème agropastoral
par rapport à l’eau ; il est également primordial d’intégrer
le rôle de la paysannerie et sa multifonctionnalité d’un point
de vue socioculturel et économique.
Dans le paysage malien, les politiques agricoles sont en pleine mutation, comme
en témoigne la Loi d’orientation agricole, récemment promulguée.
En fonction des circonstances, la base des politiques est d’ordre alimentaire.
Au cours des années, la dimension alimentaire a varié. De l’autosuffisance
alimentaire, on est passé à la sécurité alimentaire
(avec la possibilité de s’approvisionner à l’extérieur).
Maintenant on nous parle de souveraineté alimentaire.
Comme fonction sociale, à quoi ressemble l’agriculture aujourd’hui
au Mali ? Pour mieux s’en apercevoir, un coup d’œil rétrospectif
serait plus édifiant.
Avant l’arrivée du colonisateur, il y avait une agriculture de subsistance
essentiellement basée sur les activités de cueillette, chasse et
la culture de quelques spéculations qui répondaient proportionnellement
aux besoins alimentaires d’une population presque totalement rurale.
Durant la colonisation, on a fait la part belle à quelques cultures de
rente et de nouveaux produits alimentaires firent leur entrée sur le marché avec
l’avènement de quelques centres urbains. La sécurité alimentaire
est prônée pour satisfaire les besoins des populations locales et
les industries métropolitaines.
Tout juste à l’indépendance accordée, la politique
fut axée sur l’autosuffisance alimentaire pour offrir à une
population, en progression une alimentation en abondance. Le plan quinquennal
fait appel à l’introduction de nouveaux paquets techniques et l’organisation
du monde rural sous une forme socialisante. Les différents régimes
qui se sont succédé ont mis en œuvre, chacun en ce qui le
concerne des actions qui permettent de faire le constat suivant.
Plusieurs offices de développement rural (ODR) voient le jour avec l’arrivée
sur le terrain de techniciens nationaux venus de grandes écoles nationales
et internationales. Malgré les nombreuses réalisations et d’actions
expérimentales enregistrées, le Mali reste, en termes de sécurité alimentaire,
dans une situation de précarité. Le risque devient élevé quand
on sait que la tendance actuelle est au peuplement rapide des centres urbains
aux détriments des zones rurales.
Le climat politique et l’évolution des rapports de force, depuis
une cinquantaine d’années, ont rendu le travail normatif et réglementaire
de plus en plus difficile. Dans une certaine mesure, on tend même à justifier
l’inaction de l’Etat par le pouvoir excessif de la coopération
bilatérale et multilatérale.
Dans la mouvance de notre démocratie naissante, il n’est plus permis
d’accepter béatement les déclarations de bonne volonté des
pouvoirs publics. Le moment est venu d’évaluer si la responsabilité sociale
affichée est traduite dans les faits.
Comment faire évoluer la situation si encore des techniciens véreux
d’un autre genre, disqualifiés sur tous les plans, continuent avec
les complicités politiques à faire tout sauf ce pour quoi ils occupent
des postes clés dans la chaîne de production de données et
d’informations sur le niveau de disponibilité alimentaire. De nos
jours, les attitudes et les comportements résiduels ne présagent
point d’un changement positif.
Je ne sais plus à qui profite ce jeu de la désinformation. Ce qui
est saisissant, c’est le peuple qui fait les frais (producteurs et consommateurs
même si un certain mépris fait dire à quelques dirigeants
qu’ils font eux aussi la queue. A titre d’illustration, citons le
cas de ce directeur d’un office qui dans le cadre de l’Initiative
riz a prévu et réalisé plus de 5 tonnes/ha, le tout dans
un tapage médiatique à nulle pareille. Une assertion qui fait amuser
le vrai technicien qui sait que dans une zone à submersion contrôlée
les variétés utilisées ne dépassent pas pratiquement
en moyenne les 2 tonnes/ha.
Pourquoi donc faire espérer les consommateurs sur d’abondantes récoltes
quand, au finish, ils doivent manger du riz importé. Ce qui fait encore
blaser, c’est que ce directeur reçoit comme sanction pour avoir
porté le discrédit sur l’Etat, une promotion avec sa nomination
au poste de PDG d’un autre office.
" Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il
va", un adage de Sénèque. L’agriculture au Mali est
demeurée une production de rente où le processus d’accumulation
n’a pu être réellement enclenché.
Je n’ai l’ambition d’aucune solution. Je ne sais où nous
allons mais je sais qu'il faut faire quelque chose. Il faut libérer le
paysan du Mali, il faut aussi libérer le libérateur. Il y a un
problème en profondeur, un problème du paysan avec lui-même.
Je me propose de vous faire réagir sur l’esprit de la dernière
campagne à travers le prisme des ressources mobilisées par rapport
aux réalisations, aux résultats.
Pour ce faire il est temps maintenant qu’une vraie société civile
autonome prenne forme pour demander des comptes à qui de droit. Sans doute
un travail titanesque quand on sait que les autorités publiques mettront
tout en œuvre pour contrôler sinon museler ces instances citoyennes.
Economie de prédation quand tu nous tiens !
Sébastien Sangaré
Acceuil
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