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2010
Mois de
mars
Les
Echos du 12 mars
POLITIQUE
MALIENNE
De la réécriture de l’histoire
Comme disent les penseurs, les histoires de chasse seraient moins héroïques
pour les dozos si les lions avaient leurs historiens.
Dans le Mali d’aujourd’hui, il y a comme un relent de réécriture,
une tentative de nous faire prendre les vessies pour des lanternes. Tout se passe
comme si l’histoire du Mali n’a commencé qu’en 2002.
Le régime actuel s’est installé sur un terrain vierge ou
en friche.
Tout se passe comme si l’on veut nier le combat millénaire mené par
des démocrates maliens pour bâtir une nation digne de ce nom. Tout
se passe comme si avant 2002, aucun patriote n’a songé à poser
une brique sur une autre pour faire du Mali un pays comme on peut s’en
enorgueillir aujourd’hui.
La réécriture, ou du moins la tentative de réécriture
est devenue un système depuis 2002. Des intellectuels aux politiques,
des soudards aux truffions, chacun s’ingénie à faire croire
que l’histoire du Mali a débuté il y a seulement 10 ans.
En effet, depuis bientôt 10 ans, le discours, à chaque petit événement,
consiste à dire que "depuis l’indépendance du Mali,
c’est la première fois". Discours certes simpliste, mais, qui,
si au départ arrache des sourires, finit toujours par mettre en colère.
En effet, il aurait été loisible, à celui qui a construit
le Palais du peuple, de dire que c’est la première fois !
Il a fallu une "première fois" pour faire une route, un dispensaire,
une école, agrandir un champ… Autant à chaque jour suffit
sa peine, autant à chaque régime suffit sa mission. L’Etat
est une continuité, et celui qui a fait l’Office du Niger n’a
pas moins démérité que celui qui l’a agrandi. Celui
qui a fait le premier échangeur a-t-il moins de mérite que celui
qui se vante de faire "le plus long, le plus beau ?" Et quel complexe
d’Œdipe peut pousser à toujours vouloir comparer ?
L’inexcusable, dans cet exercice, c’est le fait que le discours est
vraiment dans l’air du temps. Tout le monde, à commencer par ceux
qu’on prenait individuellement pour des repères et des remparts,
pour continuer avec les formations politiques ; tous rivalisent d’ingéniosité pour
inventer des formules à l’emporte-pièce, pour tresser des
lauriers aux princes du jour, pour les suivre et les soutenir dans les ronces.
" L’heure est grave", auraient dit les héros, s’il
en subsistait. Il est vrai que le temps des héros est révolu, mais,
certainement pas celui des démocrates et des intellectuels, qui, à défaut
de prendre position, peuvent sonner l’alerte. Qu’est devenu notre
Mali ? Un pays qui défraie de plus en plus la chronique, non pas pour
son combat quotidien pour devenir une nation enviée, mais pour son enlisement
dans le trafic de drogues, d’armes, d’enlèvements, de mal
gouvernance, de détournement… tous les maux qui ne sont pas ceux
d’un pays sous-développé comme le Mali, ayant eu des ancêtres
comme les nôtres : des gens qui se battent et meurent pour l’honneur,
qui préfèrent "dire la vérité et passer la nuit à jeun".
Scepticisme
Revenons au président ATT. Est-il exempt de reproches ? Oui ! Il est connu
: ATT n’est pas universitaire. Il n’est même pas politique.
Mais, pour compenser, il a certainement des gens de ces trempes, à qui
il fait confiance et qui l’entourent. A-t-on vu quelqu’un démissionner
pour désavouer ? A-t-on vu quelqu’un se plaindre à haute
et intelligible voix ? Si le général a commis des erreurs, et Dieu
sait qu’il en a fait, il les partage à part égale avec son
armée de conseillers qui ont trompé sa confiance.
ATT est-il candidat en 2012 ? L’homme s’offusque que "les Maliens
ne le croient pas", même s’il scande à longueur de journées
qu’il ne le sera pas. Les Maliens ont-il des raisons de douter de sa parole
? Y a-t-il eu au Mali des antécédents avec ATT ? Déjà,
le fait que, au Mali, bientôt 20 ans après l’avènement
de la démocratie, on en soit à se poser des questions sur le respect
des institutions de la République, qu’un débat nourri et
passionné traverse à ce sujet toutes les sphères sociopolitiques
dénote de l’échec de l’ancrage démocratique.
Le Dr. Ousmane Sy répète à souhait que nous avons pris les
instruments sans le contenu. Cela est valable à tous les niveaux, à commencer
par le manque de confiance et le peu d’égard que nos dirigeants
ont pour notre opinion nationale. En 50 ans, quel est le président de
la République du Mali qui a réservé la primeur de ses déclarations à l’opinion
malienne ? Quel est le dirigeant malien qui a accordé un entretien à la
presse malienne ?
Et pourtant, le premier blanc-bec qui débarque de la France est reçu
selon ses disponibilités, roule carrosse aux frais de notre République
et a droit à tout. Et ce sont les mêmes qui ne se gênent aucunement
pour casser du sucre sur le dos des "locaux" ! C’est impressionnant
de voir combien, pour notre opinion, on reprend in extenso des déclarations
faites par nos dirigeants à des milliers de kilomètres d’ici,
alors qu’à côté, l’opinion n’en sait rien.
Ils sont plus soucieux de savoir ce que pensent d’eux les descendants de "nos
ancêtres les Gaulois", plutôt que le ressortissant de Sokoura
qui est pourtant celui qui a glissé son bulletin dans l’urne et
qui, certainement, ne se parle plus avec son frère qui soutenait quelqu’un
d’autre !
C’est vrai : depuis 2002, au Mali, les lions ont leurs historiens. Et depuis
cette date, grâce à Dieu, nous avons notre histoire à l’endroit.
Le Mali a commencé en 2002. Un autre verra le jour en 2012. Vivement celui-là !
Alexis Kalambry
Acceuil
AMM
Le double langage de Kader
Abdel Kader Sidibé, le président sortant de l’Association
des municipalités du Mali (AMM), qui ne cesse de dire que l’AMM
est un mouvement apolitique, avait pourtant adressé, le 22 juin 2009,
une lettre à l’Adéma/PASJ pour lui demander de soutenir sa
candidature au poste de président de l’Association.
Après les élections communales, il est procédé au
renouvellement du bureau de l’AMM dont Abdel Kader Sidibé assure
la présidence depuis 2004. Cette année, l’AMM devra renouveler
son instance dirigeante. Dans sa correspondance, M. Sidibé sollicite clairement
le soutien de son parti. Il ne s'est rendu compte de l'apolitisme de l'AMM qu'après
que le parti eut porté son choix sur Boubacar Bah dit Bill.
Depuis lors, le maire de la Commune III ne cesse de crier haro sur le baudet
et de se présenter comme la victime expiatoire d'un comité exécutif
de l'Adéma/PASJ qui fait de la discrimination.
A noter qu'en 2004, Abdel Kader Sidibé avait été préféré à Moussa
Badoulaye Traoré (paix à son âme) alors maire du district
de Bamako qui était candidat à la présidence de l'AMM et
qui avait finalement fait preuve de fair-play en s'alignant sur la décision
du CE de l'Adéma.
Sidiki Doumbia
Acceuil
L'USINE
DE MUNITIONS REDEMARRE
Quand des ministres jouent avec le feu
La réouverture de l’unité de cartouches de fusil au milieu
des habitations à Niamakoro/Cité Unicef avec le soutien des autorités
démontre que la sécurité des populations n’est pas
une préoccupation partagée.
Carma-SARL est une unité de production de cartouches de fusil de chasse
de calibre et de vente d’armes appartenant à Abdoul Aziz Mangané.
En 2008, elle avait pris feu. La cause de l’incendie, de sources policières,
est due à l’explosion d’une amorce de cartouche par un employé et
qui avait fait plusieurs blessés.
Ce jour-là, les autorités administratives et municipales (ministres,
gouverneur, maire de la Commune VI) avaient passé une bonne partie de
la nuit aux côtés des soldats du feu, appuyés par les services
de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne
en Afrique et à Madagascar (Asecna), qui ont usé leur savoir-faire
pour maîtriser le sinistre, le lendemain vers 12 h. N’eut été l'aide
précieuse de l'Asecna, le pire se serait produit, puisque selon les experts, "une
unité de production de cartouches de fusil en pleine ville est une bombe
prête à exploser".
Au lendemain du sinistre, des voix s'étaient élevées contre
l’implantation de l’usine en ville. Certains avaient même accusé le
maire de la Commune VI, Souleymane Dagnon, de complicité. Mais, ce dernier
s’était défendu en ces termes : "J’ai écrit à qui
de droit pour demander d’éloigner l’usine du centre ville.
Mais depuis, c’est le silence radio. Le propriétaire continue d’exercer
en dépit de nos injonctions".
Pour M. Dagnon, l’usine ne fait pas partie des sources de revenu de la
Commune. "Nous l’avons boudée par souci de sécuriser
la population". Le désaveu venant du premier responsable de la Commune
VI, cette "bombe à retardement" devait être éloignée
des habitations, car la ville a grandi depuis 2002 (Ndlr : date de la création
de Carma quand le secteur n’était pas habité).
Les normes de l'insécurité
Mais curieusement, voilà que l’usine renaît de ses "centres" avec
la bénédiction des autorités du pays, toujours sur le même
site. Le fait est grave pour certains, car le mardi 9 mars, le ministre de l'Industrie,
des Investissements et du Commerce, de la Sécurité intérieure
et de la Protection civile, accompagnés du gouverneur du district, du
directeur général de la police ont visité l'usine. Ils se
sont félicités du fait qu'elle rédemarre.
Dans un pays soucieux de la sécurité des populations, on n’admet
pas l’idée d’une telle unité en ville au milieu d'habitations
même si elle permet de lutter un tant soit peu contre le chômage.
Certains excuseraient volontiers le ministre Ahmadou Abdoulaye Diallo, mais qu’un
spécialiste des armes et de surcroît un général, il
y a quoi s’inquiéter pour la sécurité des populations
et sur le devenir de ce pays.
Nous ne sommes point contre la multiplication d’unité de production à travers
le pays, d’ailleurs cette tendance doit être saluée et soutenue,
mais encore fraudait-il qu’elle se fasse dans les conditions de sécurité et
en respectant les normes en la matière. Nos deux ministres ont-ils pensé à cela
?
De la même manière que les dépôts de munitions sont
sécurisés dans les garnisons, le ministre Sadio Gassama devra aussi
songer à sécuriser les populations des dangers de Carma. Un expert
américain en balistique n’avait-il pas soutenu lors de son passage à Bamako
de la nécessité d’évacuer l’usine de munitions
et d’armes du centre ville "parce qu’elle ne respecte pas les
normes internationales".
Un autre technicien malien ajoute qu'à défaut de délocalisation, "une
unité contre les incendies doit nécessairement exister à côté d’une
telle fabrique qui peut occasionner des dégâts irréparables à tout
moment".
Il n’est jamais trop tard pour corriger les erreurs.
Amadou Sidibé
Acceuil
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