|
|
| |
| |
2010
Mois de
mars
Les
Echos du 1er mars
LE
MAOULOUD ENDEUILLE A TOMBOUCTOU
Ils meurent sur le chemin du prophète
Une bousculade meurtrière a fait 46 morts et 54 blessés, le jeudi
26 février aux environs de 22h 30 près de la Grande mosquée
de Tombouctou où étaient réunis des milliers de fidèles
pour célébrer le Maouloud marquant la naissance du prophète
Mohamed (PSL).
A l’instar de la umma islamique, la population de Tombouctou a commémoré la
fête anniversaire de la naissance du prophète Mohamed (PSL) communément
appelée Maouloud. Cette fête est l’un des événements
les plus importants pour la communauté musulmane de Tombouctou depuis
plusieurs siècles.
Le prophète Mohamed (PSL) est né le 12 du mois lunaire qu’on
appelle rabbi walawal. Chaque douze du mois, les musulmans célèbrent
cette date. Cette fête a été introduite à Tombouctou
vers le XVIe siècle et le premier qui a institué le Maouloud dans
la ville sainte est un saint du nom d’Abul Qassim Al Touati, originaire
de Touat en Algérie.
Comme ce fut une tradition, les fidèles de Tombouctou, à chaque
Maouloud, convergent des quatre coins du monde, des quartiers, de toutes les
ruelles de la ville pour accomplir leur rite religieux. Le rituel consiste, pour
les fidèles, de faire le tour de Djingareïber, la grande mosquée
de la ville, qui date de 1325. Au cours du rituel, les musulmans formulent des
vœux, demandent pardon à Dieu et implorent le Tout-Puissant pour
que leurs vœux soient exaucés.
Les festivités du Maouloud, du jeudi 26 février 2010 ont malheureusement
tourné au drame. La ville a été endeuillée par une
bousculade meurtrière survenue aux environs de 22 h 30, à côté de
la mosquée où étaient rassemblés des milliers de
fidèles. Des travaux autour de l’édifice religieux ont empêché les
fidèles de faire le tour complet. Ils ont été bloqués
dans une ruelle exiguë qui a provoqué un mouvement de panique.
Mosquée en restauration
Selon un premier bilan provisoire, le mouvement de panique a fait 16 morts dont
13 femmes et 2 garçons et 41 blessés. La mosquée de Tombouctou était
en restauration depuis quatre années avec le soutien du prince Agha Khan.
Les travaux doivent prendre fin en principe cette année. Une des ruelles
principales, à cause de la restauration, était barricadée.
Les fidèles ont changé d’itinéraire. Ils ont emprunté une
ruelle située à côté de la mosquée, très
sombre et remplie d’obstacles (pneus, bois, élévations) pour
empêcher le passage des motocyclistes. Ces obstacles ont été installés
devant les familles par leurs propriétaires servant de garde-fou. Les
fidèles sont habitués à faire le tour dans les deux sens.
Chacun voulait passer. Malheureusement il y a eu croisement, la foule a paniqué.
La plupart des victimes sont décédées par suite de piétinements
et d’étouffements.
Le bilan s’est alourdi par suite de décès de blessés
et faisait état de 46 morts deux jours après le drame. Le jour
de l’incident, les autorités n’ont pu enregistrer à l’hôpital
régional que 16 corps. Certains corps ont été enlevés
sur les lieux par les familles des victimes avant même l’arrivée
des secouristes.
Les dégâts ont pu être limités grâce à la
promptitude de bonnes volontés et de la protection civile. Des corps coincés
ont été extraits par la foule et des blessés transportés
d’urgence à l’hôpital sur des motos pour les premiers
soins avant l’arrivée des secouristes. La protection civile, le
corps médical, les forces de l’ordre, les militaires, sous la supervision
du gouverneur se sont beaucoup impliqués.
Le déploiement des forces de l’ordre pour sécuriser l’hôpital
a évité l’attroupement de la population devant l’hôpital.
Chacun y allait pour voir s’il n’avait pas de parent parmi les victimes.
Abdou Maïga
(correspondant régional)
Ils
ont dit…
Colonel Mamadou Mangara
(gouverneur de Tombouctou)
: "C’est un drame à prendre
avec philosophie"
" Je m’incline devant la mémoire des morts et souhaite prompt
rétablissement aux blessés. C’est un drame qu’il faudrait
prendre avec philosophie. Depuis longtemps, les fidèles accomplissent
ce rite en faisant le tour de la mosquée. Il n’a jamais posé de
problème. Si c’est arrivé cette année, il faudrait
aussi compter avec des incidents de parcours. Mais cela ne nous démoralise
pas jusqu'à dire que tous est à reprendre ou à abandonner.
Non ce ne sera pas le cas ! Vous savez, la mosquée de Djingareïber
est en construction avec la bénédiction du prince Agha Khan, qui
a bien voulu nous assister. Chaque année, il est de coutume que les gens
se retrouvent ici, amènent du banco pour soutenir la restauration de la
mosquée qui a été construite depuis 1325. Les travaux de
restauration nécessitaient les barricades par endroits pour permettre
de faire le travail en toute tranquillité. Mais alors avec l’insécurité signalée çà et
là par les autorités françaises, Agha Khan avait stoppé les
travaux au profit des travaux de restauration de la mosquée de Djenné.
Entre-temps, les voies sont restées obstruées alors que les gens
sont habitués à faire le tour dans les deux sens. Avec la réduction
des passages, les fidèles ne savaient pas qu’il y avait toutes ces
restrictions".
Abdrahamane
Ben Essayouti : (Imam de
Djingareiber) : "Nous n’avons
jamais connu un drame de ce genre"
" Au moment où le drame se produisait, je n’étais pas
présent. Mais quand je suis arrivé sur les lieux j’ai compris
automatiquement ce qui explique cette bousculade. Le Maouloud est célébré à Tombouctou
depuis le XVIe siècle. Nous n’avions jamais connu un drame de ce
genre. Chaque fête anniversaire de la naissance du prophète, les
gens font le tour de la mosquée. Bien que religieusement ça ne
s’explique pas en dehors de la Kaaba, on ne doit pas tourner autour de
n’importe quel édifice. Mais, par tradition, les gens le font. Une
des ruelles principales à cause de la restauration était barricadée.
Les gens ont changé d’itinéraire. Ils ont emprunté une
autre ruelle pleine d’embûches. Non seulement la ruelle était
obscure, il y avait également des pneus devant les portes, des briques,
des bois et une petite élévation de mur en béton. Cette
nuit il y avait une grande affluence, dans l’obscurité tous ceux
qui arrivaient étaient butés à ces obstacles. Ce sont les
plus faibles, les enfants, qui tombaient et ils étaient au milieu de
la foule.
Nous remercions les autorités administratives, la protection civile, le
corps médical, les services de l’ordre, les militaires surtout le
gouverneur de région qui a fait acte de présence et de solidarité tout
au long de l’événement. Le dispositif sécuritaire
a permis de circonscrire les dégâts. Nous remercions le chef de
l’Etat, qui s’est rendu au chevet des blessés sur place à Tombouctou
et présenté ses condoléances aux parents des victimes avec
une enveloppe de 30 millions de F CFA. Il a ordonné d’évacuer
les blessés à Bamako".
Liste de quelques victimes connues
1. Achida Maïga
(16 ans)
2. Mahamane Ben Cissé (2
ans)
3. Lalla Diabaté (22
ans)
4. Ousmane Maïga
(7 ans)
5. Halimatou Cissé (18
ans)
6. Konimba Niaré (14
ans)
7. Iknede Wallet Misseytanate (54 ans)
8. Lalla Abass Haïdara (56 ans)
9. Hadidiatou Cissé (12 ans)
10. Rachida Youssouf (11 ans)
11. Fatoumata Mint Ibrahim (12 ans)
12. Aïssa Dédéou (17 ans)
13. Azahara Wallet Baiya (24 ans)
14. Aichata Diallo (24 ans)
15. Fadimata Wallet Amga (8 ans)
16. Kadiatou Ouattara (8 ans)
Acceuil
IL
FAUT LE DIRE
Ils ont pris le Mali en otage
" Le Mali est aussi victime et otage de cette situation [Ndlr, l’insécurité dans
la zone du Sahara qu’on partage avec l’Algérie et la Mauritanie,
entre autres]. Nous sommes des otages lorsque des otages sont pris".
Voilà ce qu’a déclaré le chef de l’Etat Amadou
Toumani Touré, le président de tous les Maliens, à la presse
en recevant nuitamment son homologue français Nicolas Sarkozy mercredi
dernier. Il s’expliquait sur la décision de libérer quatre
membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) contre le Français
Pierre Camatte que détenait l’organisation classée parmi
les organisations terroristes par les USA, la Grande-Bretagne, mais aussi l’Union
européenne, la France y compris.
Pierre Camatte était l’otage de "fanatiques" comme il
qualifiait lui-même ses ravisseurs à sa descente d’avion,
jeudi matin, sur l’aéroport de Villacoublay près de Paris.
Et ces "fanatiques" ne semblent pas avoir de pays ou tout au plus ne
s’attachent à un pays que lorsqu’ils y trouvent la tranquillité et
où on obéit à… leur Kalachnikov. Le Nord-Mali, "Sud
d’un pays, Nord d’un autre pays et Ouest d’un troisième" est
donc ce lieu où ces "fanatiques" se sentent bien chez eux en
sécurité. Mais n’allez pas dire que "cette histoire
ne nous regarde pas" !
" Nous sommes des otages lorsque des otages sont pris". ATT ne croit
pas si bien dire. Mais, en cédant à AQMI "dans une histoire
qui ne nous regarde pas", pour quelque raison que ce soit (raison humanitaire
ou raison d’Etat), le président de la République du Mali
s’est lui-même livré pieds et mains liés et avec lui
tout un pays, c’est-à-dire moi, mes ascendants et mes descendants,
vous, vos ascendants et vos descendants. Etonnant non ? Voilà donc le
Mali otage et d’AQMI et d’ATT et de nos voisins et de nos "pays
frères et amis".
La faute à qui ? "L’histoire ne nous regarde pas" ? Pourquoi
voulez-vous donc que j’applaudisse "l’acte" posé par
le grand patron, "qui aurait sauvé la vie" de M. Camatte dont
j’ignore réellement ce qu’il faisait au nord ? "L’histoire
ne nous regarde pas" ? Et pourtant, c’est la toute première
fois, en cinquante ans d’indépendance, que des ambassadeurs sont
rappelés par leurs gouvernements pour consultation.
" L’histoire ne nous regarde pas" ? Je ne le crois vraiment pas
si l'on a la même compréhension de l’adage qui dit qu’"il
vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints". Sans être
exempte de reproche (qui l’est du reste dans ce bas monde ?), l'Algérie
au moins participe à la formation des ressources humaines du pays en offrant
plus de bourses d’études que l’Hexagone (spécialiste
des reconduites de Maliens à ses frontières). Alger participe aussi
au maintien de l’activité économique dans les régions
du Nord-Mali. "L’histoire ne nous regarde pas" ? Tant pis !
A. M. T.
Acceuil
PIERRE
CAMATTE
Humanitaire ou espion ?
L’affaire Camatte, comme il convient désormais de l’appeler,
n’a pas fini de dévoiler tous ses secrets.
Au lendemain de son retour chez lui après être libéré par
ses ravisseurs islamistes d’AQMI au Nord-Mali contre quatre membres qui étaient
détenus dans les geôles de Bamako, on apprend que l’homme
qui s’était donné des allures d’humanitaire, n’en
n’était pas vraiment un.
Le site Internet Bakchich affirme en se référant aux déclarations
le 27 janvier dernier du coordonnateur national du renseignement à la
présidence de la République française. Bernard Bajolet,
le M. Espionnage de l’Elysée, himself, l’aurait déclaré devant
l’Assemblée nationale française.
" Ce jour-là, rapporte Bakchich, en fin d’audition, Bajolet
est en effet interrogé très timidement par le député socialiste
Guillaume Garot sur les informations qu’il pouvait transmettre sur les
agents des services retenus en otage". Et M. Espionnage, tout à sa
tâche d’information des parlementaires d’annoncer que huit
français étaient alors prisonniers à l’étranger
: "Quatre au Soudan, un en Somalie, deux en Afghanistan", énumère-t-il
et de préciser "un au Mali, Pierre Camatte".
C’était le 27 janvier dernier lors d’une très officielle
audition à la Commission de la défense nationale et des forces
armées de l’Assemblée nationale. Et à Bakchich de
se moquer "un agent secret carbonisé par son propre patron ? Depuis
l’affaire de la divulgation publique des carnets du général
Rondot dans l’affaire Clearstream, on n’avait pas connu plus grosse
bourde dans les services depuis des années".
L’Elysée a beau démentir en affirmant que "c’est
une fausse information, Pierre Camatte n’est pas agent de la DGSE",
le sexagénaire français originaire des Vosges, intrigue surtout
avec, le changement de nom adopté à Tidarmené dans le Nord-Mali.
Pierre Karmat, écrivait même, avec surprise la presse officielle
malienne. Une nuance qui intrigue aujourd’hui et surtout que "Camatte" paraît
donc doté, comme l’on dit dans les services, d’une "légende" très
crédible, justifiant ses allers-retours incessants entre la France et
le Mali, souligne-t-on.
L’homme pourrait donc du fait de son profil, retraité paisible,
président d’une association luttant contre le paludisme dûment
enregistré à la mairie de son domicile, président du comité de
jumelage Gérardmer-Tidarmené, "travailler sous couverture,
pour mieux surveiller les mouvements dans ce qui est devenu l’une des bases
arrières des terroristes algériens de l’ex-GIA enrôlés
aujourd’hui sous la bannière de Ben Laden".
Mais apparemment, Bernard Bajolet, ancien ambassadeur en Algérie et en
Irak notamment, chargé depuis juillet 2008 d’harmoniser la collaboration
entre la DGSE (espionnage) et la DCRI (contre-espionnage), aurait confondu "dans
une réponse confuse, le cas de Pierre Camatte, qui d’après
les informations de Bakchich, était au Mali, un correspondant des services
et celui d’autres otages, qui n’ont rien à voir avec les missions
de renseignement de l’Etat français", précisait Bakchich
plus tard.
Oussouf Diagola
(correspondant permanent à Paris)
Acceuil
| | |