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2010
Mois de
mai
Les
Echos du 31 mai
IL
FAUT LE DIRE
Hors sujets
Réalistes pour certains, salutaires selon d’autres, les propositions
du Premier ministre pour sortir de la grève illimitée des enseignants
du supérieur ressemblent pourtant, à s’y méprendre,
au médecin après la mort. C’est que le mal de l’école
malienne est trop profond, tellement difficile à diagnostiquer que le
Forum sur l’éducation nationale, censé être une panacée,
a lui-même fait hors sujet. Sinon normalement, les grèves perlées
auraient dû cesser à défaut d’être des souvenirs
oubliables… après cette palabre nationale.
Supposons même que les syndicats acceptent les solutions du chef du gouvernement,
on ne serait pas pour autant sortis de l’auberge parce qu’on ignore
le prix à payer de la fin de la colère des enseignants ? Ou s’agit-il
simplement d’un déplacement du problème pour le rencontrer
plus tard à un autre tournant ?
Nous plaignons pour notre part ceux qui louent déjà l’opération
sauvetage. Ils risquent de vite déchanter. D’ailleurs quelle est
l’année académique qu’on tente de raccommoder ainsi
? Est-ce 2009-2010 ou 2004-2005, 2005-2006, 2006-2007…, car nous connaissons
des étudiants qui sont complètement noyés dès lors
qu’on les interroge sur leur appartenance à telle ou telle promotion.
Ils ne le savent pas ou plutôt il n’y a plus de promotion au sein
de l’école publique.
Des solutions réalistes ou opportunes ? Alors pourquoi seulement maintenant
si la clé était à portée de main ? Si non, faut-il
croire que des citoyens inconsciemment ou sciemment tirent profit du désordre à l’école
pour longtemps maintenir le statu quo ? Il est évident qu’au Mali à cause
de toutes les sautes d’humeur, une nouvelle profession bien rétribuée
est en train de voir le jour : celui de conciliateur. Mais enfin qui est fou
pour boucher l’horizon qui lui permet d’assurer sur son gagne-pain
dans notre monde devenu égocentrique ?
Toutefois regardons-nous dans les yeux et reconnaissons que l’école
n’est pas en réalité notre seul corps malade. Lorgnons un
peu du côté de la Bourse du travail où d’ex-travailleurs
d’une société, naguère prospère, végètent
après avoir été licenciés par le repreneur en violation
de clauses du contrat de cession. N’oublions pas que nous allions frôler
le pire si le Syndicat national de la construction, des mines et de l’énergie
(Synacome) avait maintenu sa grève de 72 h.
Qui ne sait plus que certains de ceux qui sont chargés de veiller sur
nous ont la gâchette tellement facile qu’ils nous zigouillent peinards
pour un oui ou un non ? Qu’en est-il des syndicats de magistrats, de greffiers,
de médecins, de routiers ? Ici, chaque fois quelqu’un, souvent sans
crier gare, se lève pour prendre à la gorge l’Etat jusqu’à obtenir
la satisfaction de ses doléances. L’école n’est que
l’expression la plus achevée de ce désordre.
Il risque d’en être longtemps ainsi dans un pays où chacun
ne voit que ses droits et balance ses devoirs par la fenêtre à commencer
par l’Etat, qui pouvait être éventuellement coercitif, mais
qui se refuse à assumer ses responsabilités. Nous sommes peut-être
dans une crise généralisée qui nécessite un remède
de cheval au lieu de solutions à la va-vite. Il s’agira donc d’appliquer
objectivement à la lettre les textes, à commencer par la Loi fondamentale.
Quoi ??! Que l’on me pardonne mon ignorance : j’avais oublié que
la Constitution est en passe d’être toilettée. En attendant,
au pays des rois, chacun est roi.
A. M. T.
Acceuil
INDUSTRIES
LOURDES AU MALI
La BDM prend en otage le projet de cimenterie
Le premier sac de ciment made in Mali devrait sortir des usines locales début
janvier 2010, mais la BDM-SA ne l’entend pas de cette oreille.
La cimenterie du Mali, longtemps rêvée, semblait proche de sa réalisation
grâce à Wacem, une société indienne qui intervient
déjà dans la sous-région. Mais, au niveau des banques, dont
la BDM, on se plait à prendre le projet en otage.
Dans la convention d'établissement signée le 23 décembre
2009 entre le gouvernement et Wacem-SA, une société déjà implantée
au Burkina, au Togo et au Ghana, on promettait une production de 800 000 tonnes
la première année, 900 000 tonnes la deuxième année
et 1 million de tonnes à partir de la troisième année. Le
besoin national annuel est de 1,5 million de tonnes.
Lors de sa visite à Dio, la semaine dernière, Rohi Motaparti, le
directeur de Wacem, avait promis pour janvier le premier sac de ciment made in
Mali. L’industrie du ciment est un espoir de création d’emplois
et de plus-value pour l’économie malienne. En effet, la cimenterie
de Wacem est un investissement de 66 milliards de F CFA.
Partout où Wacem a construit des cimenteries, elle a bénéficié de
l’accompagnement de la Société financière internationale
(SFI, une filiale de la Banque mondiale) qui a mis le crédit nécessaire à sa
disposition. Cependant, dans le cas du Mali, les promoteurs ont voulu faire profiter
nos banques de cette aubaine. Dans ce cadre, Ecobank, la Bank of Africa, la BIM
et la BDM avaient manifesté leur volonté de participer à la
mise en place des crédits nécessaires à la réalisation
du projet.
La BDM-SA, du fait qu’elle a son siège social au Mali, a été choisie
pour conduire la syndication. La société Diamond Cement Mali est
la filiale malienne de Wacem-SA, la société mère déjà implantée
au Togo, au Burkina Faso et au Ghana. Il est à noter d’ailleurs
que le projet burkinabé a débuté bien après le nôtre.
La société est déjà une réalité au
Burkina, qui produit et commercialise son ciment. Le gouvernement malien a signé le
23 décembre 2008 la convention d’établissement avec Wacem.
Mais, c’est seulement le 24 mai dernier que l’Assemblée nationale
a reçu et ratifié la convention portant participation de l’Etat
au capital social de la société d’économie mixte,
Diamond Cement Mali.
Cette lourdeur est accentuée par le pool bancaire conduit par la BDM-SA.
Sur les 66 milliards F CFA du projet, Wacem cherche auprès des banques
44 milliards de F CFA. Mais, tout se passe comme si la BDM a pris le projet juste
pour ne pas le faire bouger. En effet, d’après les clauses du protocole
préliminaire qui a été signé, la BDM qui a obligé Wacem à domicilier
chez elle tous les payements et toutes ses transactions, n’a pas débloqué à ce
jour un seul F CFA, alors que DCM, sur les chantiers, est à près
de 10 milliards F CFA d’investissement, des milliards qui ont tous transité par
la BDM.
Des ennemis du peuple
Cet état de fait menace sérieusement les délais contractuels,
car tout se passe comme si la BDM veut se rétracter ou jouer la montre
pour bloquer le projet. Au profit de qui ? Surtout à un moment où les
oppositions intérieures et extérieures au projet sont nombreuses.
En effet, ni le Sénégal, qui produit plus que la demande intérieure,
ni les importateurs locaux ne voient d’un bon œil ce projet qui va
pourtant faire passer le prix de la tonne de 115 000 F CFA actuel à 80
000 F CFA !
Car, en sus de la BDM-SA, la Banque ouest africaine de développement,
(BOAD) qui était très enthousiaste et qui a promis d’y injecter
plus de 14 milliards de F CFA commence aussi à traîner les pieds.
La BOAD a dépêché au Mali une mission qui s’est entretenue
avec les autorités maliennes, les responsables de DCM, a visité les
sites de Dio et Astro.
La mission est rentrée très satisfaite, "avec un projet bancable",
de l’avis même de ceux qui sont venus sur le terrain. Mais, subitement,
la BOAD semble se rétracter également. La raison la plus plausible à ce
jour est que la Sococim, détenue par le Français Vicat, et qui
s’est juste installée à la frontière, mais qui a bénéficié du
financement de la BOAD, ferait des pressions sur la Banque ouest-africaine pour
que le projet malien ne voie pas le jour de sorte que l’on puisse continuer à dépendre
du marché sénégalais. Car, bon an mal an, c’est une
ardoise salée de 120 milliards de F CFA que l’Etat paie pour se
procurer sa consommation de ciment.
Le Sénégal est le pays qui produit plus que son besoin annuel.
Les deux cimenteries qui sont opérationnelles projettent de porter à l’horizon
2011, leur capacité de production à 5,5 millions de tonnes de ciment.
Le groupe nigérian Dangote, s’intéresse aussi au marché sénégalais.
Dans une analyse récente, la SFI, qui investit depuis plus de 25 ans dans
le secteur du ciment en Afrique de l’Ouest, a estimé à 40
%, la surproduction du Sénégal, avec une production de 2,9 millions
de tonnes et des exportations de 600 000 tonnes vers le Mali.
Selon la clef de répartition du capital, Wacem, l’investisseur de
référence a les 70 % de la société DCM. L’Etat
malien doit payer 2,2 milliards F CFA, soit 10 %. Les privés maliens pourraient également
souscrire pour 10 % et les autres 10 % iraient à l’actionnariat
populaire. Les blocages et les peaux de bananes sous ce projet ne sont pas à ce
seul niveau.
Nous y reviendrons.
Alexis Kalambry
Des expériences malheureuses
La première expérience malienne dans le domaine de la production
de ciment date de 1969, avec la Société des ciments du Mali (Socima),
devenue Imaco-SA qui a fermé en 1997. Depuis, le Mali est ravitaillé en
ciment par les pays voisins pour près de 120 milliards de F CFA par an,
alors que notre pays dispose de réserves avérées de matière
première pour produire son ciment, créer des emplois sur son territoire
et arrêter une hémorragie financière.
A. K.
Acceuil
SYCEF
A l’heure de la division
Le Syndicat des contractuels de l’enseignement fondamental (Sycef) traverse
une crise sans précédent. Son secrétaire général
Abdoulaye Koné, suspendu pour 3 mois par certains membres de son bureau,
a animé un point de presse vendredi dernier pour dire sa légitimité et évoquer
la crise qui secoue son syndicat.
La crise du Sycef tire ses origines de la gestion de sa revendication relative à l’intégration
des enseignants contractuels dans la fonction publique (FP) de l’Etat.
En effet, le clan qui a suspendu le secrétaire général Abdoulaye
Koné est réfractaire à toute idée d’intégration à la
FP des collectivités alors que M. Koné rappelle que cette intégration était
une des doléances majeures de son syndicat.
Le conférencier s’est interrogé sur la brusque opposition
de ses camarades à leur intégration à la FP des collectivités.
Selon Abdoulaye Koné, lors de la présentation des vœux le
22 janvier 2009 à leur ministre de tutelle, tous les syndicats avaient
reconnu que l’intégration à la FP des collectivités
est une avancée remarquable.
D’ailleurs la Fédération de l’éducation nationale
(Fen) dont est membre le Sycef, s’était engagée dans un moratoire
avec le ministère de l’Education, de l’Alphabétisation
et des Langues nationales pour une intégration des enseignants contractuels
aux FP de l’Etat et des collectivités. L’Assemblée
nationale a voté le 30 juillet 2009 la loi n°09-035 du 10 août
2009 déterminant les conditions d’intégration.
A en croire le secrétaire général, son syndicat, pour faire
aboutir ses revendications, avait pour seul argument les insuffisances constatées
dans le statut de la FP des Collectivités territoriales. "Quand l’Etat
s’est engagé à corriger les disparités, le Sycef,
dépossédé de son unique argument, a signé un accord
partiel qui sous-entendait qu’il était d’accord avec le principe
d’intégration à la FP des collectivités si les insuffisances
constatées étaient corrigées", a-t-il révélé.
Abdoulaye Koné a fait une révélation sur ses détracteurs.
En effet, le Sycef avait observé en 2009 plusieurs jours de grève
pour exiger la satisfaction des doléances dont leur intégration à la
FP de l’Etat. Mais, ses coordinations régionales de Gao, Mopti,
Tombouctou, Ségou, Kayes et celle de Bamako avaient demandé à l’époque
de lever le mot d’ordre de grève à la suite d’un arrêt
de travail le 10 décembre 2009.
En cédant à cette volonté de la majorité des membres
du bureau exécutif national du Sycef favorable à une levée
du mot d’ordre de grève, M. Koné a révélé que
le secrétaire général de la coordination du Sycef de Bamako
lui avait suggéré de demander à l’Etat, avant de suspendre
la grève, d’intégrer à la PF de l’Etat tous
les membres du BEN.
" Cette dissonance au sein du BEN a créé des divergences qui
ont abouti à un divorce total entre mon adjoint et moi, qui s’est
précipité pour mettre en place un clan contre ma personne",
a avoué le secrétaire général du Sycef.
Le malaise est profond et cette crise au sein du Sycef ne contribue pas à l’aboutissement
des revendications des enseignants contractuels qui, comparés à leurs
collègues de la FP de l’Etat, constituent le maillon vulnérable
du corps enseignant au Mali.
Amadou Waïgalo
Acceuil
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