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2010
Mois de
mai
Les
Echos du 10 mai
IL
FAUT LE DIRE
Fausse route
Si le Sénégal a son monument de la Renaissance africaine, le Mali
pourra bientôt aussi se vanter de son autoroute Bamako-Ségou. Sur
ce plan, on va sur un match nul entre deux présidents qui se veulent des
bâtisseurs à l’image des Pharaons d’Egypte.
Fort de son amitié avec la Chine, notre président, qui entend finir
son règne dans l’apothéose le 8 juin 2012, a décidé de
faire la plus longue autoroute (240 km) du pays, voire de la sous-région.
Coup de l’opération : plus de 182 milliards de F CFA, 2 milliards
de plus que la recette issue de la cession de 51 % de la Sotelma. C’est "maousse",
comme l’aurait dit un de ses prédécesseurs.
On pouvait a priori penser à une saine émulation entre Dakar et
Bamako. Mais à voir la chose de plus près, on se croit sorti d’un
rêve cauchemardesque aux prises avec des loups-garous, car au moment où les
doléances s’amoncellent sur la table du gouvernement, mettre 182
milliards de F CFA dans le bitume, même si c’est à crédit,
n’est pas forcément un gage de… prévoyance.
Admettons que les revendications enseignantes sont perpétuelles, c’est-à-dire
qu’elles n’émeuvent plus que ceux qui s’échinent à trouver
des poux sur le crâne rasé des autorités, convenons-en cependant
: la manne financière pouvait servir à mieux.
Et donc, pour marquer pour l’éternité son passage à la
tête de l’Etat, le président aurait pu promouvoir des actions
de salubrité publique comme le dragage du fleuve Niger, la reconstruction
du tissu industriel… Toutes actions profitables au plus grand nombre à court,
long et moyen terme.
En plus de la création d’emplois (port de plaisance, tourisme fluvial,
pisciculture), la réhabilitation du fleuve Niger sur son parcours au Mali
aurait été une contribution vitale du Mali à la sauvegarde
de cette mamelle nourricière de l’Afrique de l’Ouest, qui
se meurt chaque jour un peu plus.
Ressusciter le fleuve Niger au Mali, aurait été une bien belle
façon de redonner l’espoir à tout un peuple. Non seulement
les échanges avec un pays comme la Guinée-Conakry, dotée
d’une façade maritime, auraient été davantage aisés,
mais aussi le désenclavement des régions du Nord aurait été ainsi
possible avec des bateaux assurant la liaison toute l’année. Des
villes comme Koulikoro, qui se meurent, assurément allaient renaître.
A défaut de satisfaire les demandes des enseignants ou d’être
investi dans l’aménagement du Djoliba, cet argent ne pouvait-il
pas être investi ans dans la reprise d’Huicoma et sa réhabilitation
dans l’intérêt de la nation ; à la création
d’unités de production viables et pourvoyeuses d’emplois ?
Hélas, les locataires d’Huicomabougou devront attendre encore belle
lurette avant de voir leur rêve se concrétiser.
Qui donc profitera de l’autoroute Bamako-Ségou ? Les preneurs de
10 % ou la libre circulation des biens dans l’espace Cédéao
pour nous obliger à consommer "étranger" ? Peu importe
! Mais le bitume, on le voit, ne rapporte pas beaucoup en l’occurrence
; il nous fait faire fausse route.
A. M. T.
Acceuil
IBRAHIM
BOCAR BAH, AMBASSADEUR DU MALI A
BRUXELLES
" L’APE ne sera signé que si nous avons des garanties"
Présent à la réunion ministérielle de suivi des négociations
de l’Accord de partenariat économique (APE) entre l’Afrique
de l’Ouest et l’Union européenne, S. E. Ibrahim Bocar Bah,
l’ambassadeur du Mali à Bruxelles, nous a accordé une interview.
Dans l’entretien qui suit, il parle de l’objectif de la rencontre
de Bamako et fait le point de négociation de l’APE…
Les Echos : Sur quoi ont porté vos discussions à Bamako ?
Ibrahim Bocar Bah : Il faut savoir que cette réunion est une réunion
du comité ministériel de suivi de l’Accord de partenariat économique
(APE) qui se tient pour la première fois au Mali. Le comité ministériel
de suivi des accords de partenariat économique est l’organisme qui
a été mis en place pour donner des orientations aux négociateurs,
c'est-à-dire aux différentes étapes des négociations.
Nous faisons les points des travaux au comité ministériel de suivi
de l’APE et ce comité donne des orientations en fonction de l’évolution
de la négociation.
Les Echos : Vous allez donc signer les accords de partenariat ?
I. B. B. : C’est bon d’abord d’indiquer un peu le travail qui
a été fait hier (Ndr : jeudi) par ce comité ministériel.
Vous savez que les Accords de partenariat économique, qui sont prévus
par l’Accord de Cotonou, signés en 2002 par nos chefs d’Etat,
avaient prévu que les négociations se dérouleraient de 2000 à 2007
et ses suites devaient être bouclées au 31 décembre 2007.
Malheureusement, en raison de plusieurs circonstances, parfois imputables à la
partie européenne et parfois imputables à nous-mêmes, les
discussions n’ont pas permis d’aboutir. De sorte que les chefs d’Etat
se sont réunis en janvier 2008 à Ouagadougou pour en faire le constat.
Il est important de signaler que c’est l’Afrique de l’Ouest
qui négocie à travers la Cédéao, c'est-à-dire
les 15 Etats de la Cédéao plus la Mauritanie, qui sont concernés.
Donc, dans ce contexte-là, il faut dire que la Côte d’Ivoire
a signé l’Accord après les paraphes et le Ghana est resté au
stade de paraphe de l’Accord. Ce qui fait que nous avons une situation
assez particulière puisque nous avons une région avec plusieurs
régimes commerciaux : la Côte d’Ivoire et le Ghana qui ont
signé ou paraphé l’Accord ; nous avons le Nigeria qui n’a
pas signé l’Accord et qui se trouve être un pays en non payement,
et nous les 12 pays en payement nous n’avons pas encore signé l’Accord.
Evidemment, cette situation à la longue peut être préjudiciable
puisque la Côte d’Ivoire et le Ghana ayant signé, si les produits
entrent au Ghana et en Côte d’Ivoire nécessairement ils rentreront
au Mali avec le démantèlement tarifaire, ce qui aura des effets
nuisibles sur le processus d’intégration. Les chefs d’Etat
nous ont demandé de négocier un accord avec une dimension développement
fort.
C’est dans ce contexte-là que nous poursuivons les discussions avec
l’Union européenne. Cette réunion du comité ministériel était
l’occasion de faire le point des négociations. Nous avons élaboré un
programme qu’on appelle le Programme APE pour le développement (Paped)
qui est l’instrument pour donner à l’APE une dimension développement
fort parce que l’APE a deux types de conséquences sur nos économies.
La première conséquence, c’est qu’on procédera
au démantèlement tarifaire, c'est-à-dire à la suppression
des droits de douanes. Cette mesure aura des conséquences en termes de
perte de recettes budgétaires. Chaque pays a évalué ses
pertes. Au Mali, nous avons évalué les pertes entre 12 et 27 milliards
de F CFA.
C’est par rapport à l’ensemble de ces problèmes que
nous avons mis en place des mesures d’accompagnement dans le cadre d’un
programme qu’on a appelé Paped qui pourra être financé par
l’Union européenne et ses Etats membres ainsi que d’autres
bailleurs. Nous sommes à ce stade-là. Ce Paped est un instrument
très important pour nous. Nous avons également le problème
de taux d’ouverture au stade actuel des discussions. Nous sommes en train
d’examiner un taux d’ouverture entre 65 et 70 %. Chaque pays testera
ce taux d’ouverture, réfléchira si ce taux d’ouverture
convient à son économie.
Les Echos : A quoi devrons-nous nous attendre après la rencontre de Bamako
?
I. B. B. : Il faut savoir très clairement que nous avons reçu des
instructions impératives de nos ministres et des chefs d’Etat de
la Cédéao, de négocier dans un contexte où les intérêts
de nos économies seront sauvegardés. Donc, il n’y a aucune
crainte, l’APE ne sera pas signé actuellement tant que les conditions
exigées ne sont pas réunies ; à savoir que les pertes de
recettes éventuelles seraient couvertes, que nos entreprises qui pourraient être
pénalisées par la signature que nous aurons toutes les mesures
d’accompagnement nécessaires non seulement pour sauver ce qui peut être
sauvé mais aussi faire en sorte que les secteurs productifs du Mali puissent être
relancés.
Le Mali a une position très forte au niveau du commerce de la sous-région à travers
son élevage, son agriculture, le riz notamment et aussi les autres produits.
Donc il peut parfaitement se positionner dans la sous-région. C’est
dans ce contexte que nous voulons nous assurer que les investissements seront
financés pour promouvoir les productions dans lesquelles le Mali pourrait
bien se positionner. Donc, il n’y a aucune crainte, on ne conclura jamais
un accord qui ne sauvegardera pas les intérêts du Mali et les intérêts
d’une manière général de la sous-région.
Les Echos : Qu’est-ce que le Mali va tirer de tout cela comme profit ?
I. B. B. : Chaque pays dans un contexte de ce genre regarde un peu les domaines
où il dispose d’avantages comparatifs. Le premier profit c’est
qu’il s’engagera à un taux d’ouverture qui ne nuise
pas à son secteur industriel et à son agriculture et également
il a proposé un volume d’investissement à financer qui lui
permette de bien se positionner. Il s’agira concrètement pour notre
pays de positionner ses productions au niveau de la sous-région et d’exporter
au niveau de l’Union européenne. Si ces conditions sont réunies,
alors il n’y aura pas de difficulté à proposer à nos
dirigeants la signature de l’Accord. Mais si ces conditions ne sont pas
réunies, en aucune manière, on ne pourra conclure l’Accord
de partenariat économique.
Les Echos : Quelles sont vos relations avec l’Union européenne en
tant qu’ambassadeur du Mali à Bruxelles ?
I. B. B. : Mes relations avec l’Union européenne c’est d’abord
que je suis ambassadeur du Mali auprès de l’Union européenne
et je suis ambassadeur du Mali aussi dans le cadre de la coopération bilatérale
auprès du Benelux, du Royaume-Uni. Le Benelux, c’est la Belgique,
c’est les Pays-Bas, c’est le Luxembourg. Le lien c’est que
je m’investit pour que le Mali puisse être parmi les pays qui bénéficient
des financements les plus importants. Et c’est bien le cas à l’heure
actuelle : le Mali bénéficie du financement le plus important de
l’Union européenne au niveau de la sous-région. Le financement,
c’est la résultante d’abord de travail intérieur qui
est fait au Mali par les services techniques, c’est aussi la résultante
du suivi par l’ambassadeur et aussi du ministère, c'est-à-dire
le ministère des Affaires étrangères auquel il faut rendre
hommage par rapport à tout ceci. Il nous a instruit de travailler dans
ce sens et honnêtement les services techniques du Mali travaillent d’arrache-pied
pour que le Mali bénéficie de financements les plus importants.
Les Echos : Avez-vous quelque chose d’autre à ajouter ?
I. B. B. : Le Mali à l’heure actuel, honnêtement, a une image
forte, très importante en ce qui concerne sa démocratie et l’image
de son président Amadou Toumani Touré. Cette image se caractérise
par la stabilité politique. Vous ne pouvez pas savoir le prix que représente
la stabilité politique d’un pays. La plupart de pays de la sous-région
connaissent des secousses. Le Mali, c’est vrai, a quelques petits problèmes
parfois, de petites secousses vers le Nord mais la réalité est
que le Mali est perçu comme un pays stable, un pays qu’il faut aider.
Je suis à Bruxelles, je connais le cas de pays qui ont des difficultés,
qui ont de problème de stabilité. A tout moment ces pays sont interrogés,
on leur pose des conditions, on suspend les financements. Ce n’est pas
le cas du Mali depuis maintenant plusieurs années. Et d’un autre
côté aussi, le Mali fait beaucoup d’efforts par rapport à son
taux d’absorption des ressources mises à sa disposition. Les fonds
qui lui sont alloués par l’Union européenne sont pratiquement
consommés. Personnellement je suis fier d’être ambassadeur
du Mali à Bruxelles, fier de notre démocratie et fier aussi de
l’image que projette notre président.
Propos recueillis par
Sidiki Doumbia
Acceuil
BAMAKO-TRIPOLI
" La Libye n’est pas l’amie du Mali"
La Libye est-elle une amie du Mali ? La question mérite d’être
posée au regard de ce dont souffrent nos compatriotes dans ce pays.
Fousseyni Bathily, un des 149 refoulés récents, a décrit
le calvaire que vivent des Maliens en Libye. Cela dans l’indifférence
des autorités consulaires qui seraient pourtant bien au parfum de ces
maltraitances infligées aux Maliens, particulièrement dans la prison.
D’ailleurs les raisons pour lesquelles, ils sont emprisonnés restent
floues.
Présentement, il y a 173 prisonniers maliens en Libye, révèle
M. Bathily. Lui-même, a-t-il témoigné, a vu ses documents
officiels déchirés par les gardes-frontières puis dépouillé de
tous ses biens à la frontière entre l’Algérie et la
Libye. A ses dires, il rentrait au bercail après 6 années de séjour
dans le pays du Guide.
Ce n’est pas la première fois que la Libye renvoie manu militari
des Maliens dans leur bercail. Et cela ne semble outré nullement nos autorités.
Certes, la Libye, à travers beaucoup de projets, d’aides, participe
au développement du Mali. Et est un partenaire économique du Mali.
Pourtant, cela ne devrait lui conférer le droit de vie et de mort sur
de pauvres Maliens qui se sont retrouvés sur son sol à leur corps
défendant. En tous les cas, l’Etat malien se doit de faire quelque
chose. Pourquoi ne pas organiser un retour volontaire par exemple comme le font
certains pays pour extraire Ses compatriotes des mains de ces "vampires" ?
La sonnette d’alarme est tirée par la récente expulsion.
L’Etat doit agir vite au risque de voir la coopération entre les
deux pays prendre un sacré coup suite à des attaques d’intérêt
libyien au Mali.
Denis Koné
Acceuil
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