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2010
Mois de
juillet
Les
Echos du 29 juillet
PARTI
PRESIDENTIEL
Les hommes modèles du PDES
Le parti présidentiel, PDES, créé pour veiller sur les acquis
de l’ère ATT, a pris comme présidents d’honneur des
hommes qui peuvent être difficilement des références en termes
de probité et d’intégrité.
Ce choix témoigne certainement de la notion d’honneur qu’on
a dans ce parti. Une connexion dangereuse d’agents de l’Etat et la
partie la plus corrompue du milieu des affaires au Mali. On a vu des moyens de
l’Etat déployés sans gêne pour transporter les "militants".
Le président ATT se reconnaît-il dans ce parti ?
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BOUBACAR
TOURE RPM A PROPOS DU PDES
" Nous observons et restons vigilants"
Dans un entretien qu’il a nous a accordé, le secrétaire chargé à la
communication du Rassemblement pour le Mali (RPM), Boubacar Touré, ancien
député, évoque le sentiment du parti du Tisserand après
la création du Parti pour le développement économique et
la solidarité (PDES).
Les Echos : Quel sentiment a-t-on au RPM avec la création du Parti pour
le développement et la solidarité qui se réclame du président
Amadou Toumani Touré ?
Boubacar Touré : Je tiens à préciser que nous avons accueilli
sincèrement et avec joie l’invitation pour être à la
création du parti déjà annoncé par le président
de la République lors de son "baro", le 8 juin. C’est
pourquoi Nancouma Kéita nous y a représentés. Par rapport à la
création du parti, je pense que mieux vaut tard que jamais. Ce parti est
venu trop tard à mon avis, parce qu’on est resté longtemps
dans l’intrusion. Parce que la notion d’indépendance ne devrait
pas avoir de place si ce n’est pas pour un peu trahir ou ne pas respecter
l’esprit et les propositions retenues lors de la conférence nationale,
le multipartisme intégral, dès qu’on parle de l’intégralité pour
le multipartisme.
Donc, sans limites, tout citoyen quelles que soient sa pensée philosophique,
sa perception de la vie, son programme de société, doit pouvoir
créer l’instrument de conquête du pouvoir qu’est le
parti politique dans le principe républicain et démocratique. Mais,
durant des années, on a assisté à une intrusion puis à cette
création du parti appelé PDES, le Parti pour le développement
mais pas le programme de développement. Sa création met fin à l’intrusion, à la
violation de l’esprit de la Conférence nationale.
Les Echos : C’est un parti que se réclame du président de
la République et réclame également plusieurs députés.
En tant qu’ancien député, est-ce le PDES ne va pas changer
la donne au sein de l’hémicycle ?
B. T. : Non ! Le Parti pour le développement et la solidarité n’a
pas de député. Il n’y a aucun député élu
sous le label PDES. Aucun ! Si la question du nomadisme était tranchée,
il n’aurait aucun député. C’est un nouveau parti qui,
peut-être, va débaucher. Un débauchage qui n’est pas
forcément à l’honneur et à la promotion du multipartisme
et de la démocratie parce que nous savons tous aujourd’hui que le
nomadisme est comme un couteau planté dans le tendon. On est élu
sous un label. Non, c’est un parti qui débauche et qui va débaucher.
Si le nomadisme avait sa solution de manière réglementaire, ce
parti se préparerait plutôt pour les échéances à venir
afin d’avoir ses conseillers, députés. Sinon, les députés
ou les conseillers se trouvant là-bas aujourd’hui, c’est sous
un autre label.
Les Echos : C’est un parti qui compte également plusieurs ministres,
plus que les partis politiques qui forment l’ADP. Bien que vous soyez de
l’opposition est ce que cela ne viole-t-il pas le consensus au sein de
cette entité ?
B. T. : Est ce que c’est beaucoup de ministres dans le parti ? Ou beaucoup
de militants de ce parti qui sont ministres ? Parce que quant le président
de la République leur accordait sa confiance ce n’était pas
sous le maillot du parti pour le développement et la solidarité !.
Mais la personne la mieux indiquée pour répondre à cette
question, c’est certainement l’ADP, pas nous de l’Opposition.
Nous observons, et nous restons vigilants.
Les Echos : Selon vous, le PDES n’empiète-t-il pas sur le Programme
de développement social et économique.
B. T. : Je souhaite que les animateurs aident les Maliens à ne pas faire
la confusion entre le PDES parti politique et le PDES programme de développement
initié par le président de la République et les partis politiques
et amis qui ont décidé de l’accompagner.
Même si certains animateurs du parti PDES soutiennent que c’est pour
accompagner le PDES-programme j’espère qu’ils aideront les
citoyens à ne pas faire la confusion parce que le résultat de ce
programme rentre aujourd’hui dans le patrimoine national. Donc, pas d’amalgame.
Et je pense aussi qu’il y aura moins de trafic d’influence, que le
président a le souci de son image d’homme d’Etat, et qu’il
fera tout pour qu’il n y ait pas un Mali du PDES parti et l’autre
Mali, le Mali des non-militants PDES.
Propos recueillis par
Denis Koné
Acceuil
SOUMEYLOU
BOUBEYE MAIGA
" La situation interpelle avant tout notre responsabilité et notre
degré d’engagement contre les réseaux terroristes"
La situation au nord est inédite et grosse de toutes les incertitudes.
A nous de trouver les leviers pour passer ce cap. C’est du moins ce qui
ressort de l’interview que nous a accordée Soumeylou Boubèye
Maïga, et dont nous vous proposons la première partie.
Les Echos : Quelles lectures faites-vous de l’assassinat au Mali d’un
otage enlevé au Niger par AQMI ? Le droit de poursuite que le Mali a accordé à ses
voisins inclut-il ce genre d’opération ? Qu’est-ce que cette
notion de droit de poursuite contient ?
Soumeylou B. Maïga : De prime abord, l’on peut considérer que
c’est une entorse à notre souveraineté, quand bien même
c’est de la part de pays amis, puisque nous sommes en présence d’une
action planifiée qui ne me semble pas entrer dans le champ d’application
du droit de poursuite. Même si je ne suis pas sûr qu’elle ait
pu se dérouler dans la profondeur mentionnée par les médias
?
En même temps, c’est une action qui intervient dans un contexte marqué par
un engagement inégal des Etats de la région face à une menace
transnationale, dont l’évolution devient chaque jour plus dangereuse
pour la sécurité et la stabilité régionale et internationale.
De ce point de vue, ces groupes vont au moins intégrer qu’ils peuvent être
désormais attaqués de la part de plusieurs protagonistes et qu’ils
ne demeureront plus impunis.
Toutefois, je pense qu’en dépit de la nature de la menace, chaque
Etat est le premier et principal responsable de la sécurité sur
son territoire et c’est cet engagement qui le rend apte à être
partie prenante dans le nécessaire partenariat multilatéral. Dans
cet ordre d’idée, aucun Etat ne peut déléguer à d’autres
la tâche de faire le ménage chez lui, en l’occurrence de mener
une action de guerre, surtout préventive, sur son territoire.
C’est donc une situation qui interpelle avant tout notre responsabilité et
notre degré d’engagement contre les réseaux terroristes.
Et nous ne devons pas développer de discours pouvant faire croire que
c’est l’engagement international qui est prioritaire et fondamental.
Les Echos : Et maintenant ? Qu’est-ce qui peut se passer ?
S. B. M. : Le premier risque, si on ne fait rien et qu’on accepte le fait
accompli, est de conforter objectivement la volonté de AQMI de nous projeter
dans le champ de sa confrontation globale et de transformer ainsi cette partie
de notre territoire en un point de ralliement de différents groupes djihadistes,
qui trouveraient là un nouveau front contre les apostats et autres mécréants,
comme ils disent.
Avec une extension possible sous différentes formes, à l’ensemble
de nos territoires. A l’évidence, l’incrustation de AQMI sur
une partie de notre territoire, à partir duquel il y a un corridor qui
ouvre jusqu’au Nigeria ainsi que vers l’océan Indien, constitue
une menace stratégique grave pour la stabilité de nos Etats mais
aussi pour la cohésion de nos sociétés, majoritairement
musulmanes, au sein desquelles il y a de grosses franges de la population, jeunes
surtout, en forte quête identitaire et d’engagement qui sont des
cibles idéales de recrutement.
En observant ce qui se passe vers la partie orientale du continent à partir
du foyer somalien, on peut craindre à terme une jonction des fronts comme
c’est déjà le cas pour les flux de la drogue (la cocaïne
venant de l’Ouest, l’héroïne de l’Est).
Le deuxième risque, c’est une sanctuarisation qui consacrerait une érosion
de la souveraineté de l’Etat et qui prendrait les populations en
otage, rendant impossible tout l’effort de développement parce qu’en
même temps que le retrait des intervenants étrangers, les programmes
nationaux, eux-mêmes, seront difficilement exécutés.
C’est pourquoi, l’instauration et le maintien de la sécurité demeurent,
pour nous, le premier enjeu de gouvernance et de développement dans cette
zone. Ceci suppose, outre un engagement militaire tangible, la mobilisation de
tous les démembrements de l’appareil sécuritaire et judiciaire à travers
notamment la poursuite, l’instruction et le jugement des actes terroristes,
la détection et la répression des transactions financières
suspectes en vue d’assécher les ressources illicites qui contribuent à accroître
les capacités des terroristes, à alimenter leurs activités
et dont on observe le recyclage ici et là.
Je pense modestement que c’est une telle posture qui pourrait faciliter
la concrétisation de notre proposition d’un sommet sur la sécurité,
la paix et le développement dans la bande sahélo-saharienne.
Les Echos : La situation ne désavantage-t-elle pas ATT ?
S. B. M. : Le président ATT a raison dans l’analyse qu’il
fait du caractère incontournable de la coopération multinationale
et de la chronologie que devrait observer la mise en œuvre de la démarche
régionale.
A savoir tenir d’abord une conférence des chefs d’Etat qui
donnera les orientations et directives aux différents échelons.
En effet, même si on doit saluer la tenue de différentes réunions
au niveau des ministres et des structures sécuritaires et militaires ainsi
que l’installation d’un état-major conjoint à Tamanrasset,
dont on n’a d’ailleurs pas mention du rôle qu’il a pu
jouer dans les opérations des 22-23 juillet, je pense qu’il s’agit-là d’instances
et d’outils qui ne pourront être pleinement efficaces et opérationnels
qu’à partir d’un partenariat stratégique fondé sur
une unité de doctrine, que seuls les chefs d’Etat peuvent décider.
C’est une étape essentielle pour la confiance mutuelle indispensable
dans une telle coopération qui doit porter sur des domaines de souveraineté par
excellence comme la mutualisation de la collecte, de l’analyse et de l’évaluation
du renseignement, la mise en place de modules d’instruction communs aux
unités dédiées au sein de nos forces armées respectives
en vue d’obtenir une plus grande cohérence dans les modes opératoires,
la mise sur pied d’opérations conjointes et coordonnées,
etc.
C’est à cette condition que nous pourrions aussi avoir la maîtrise
de la riposte au terrorisme et développer dans une démarche commune
une meilleure articulation avec les partenariats mis en place par des pays extra-africains
dont la sécurité et les intérêts peuvent être
menacés chez nous. Parce qu’il faut bien réaliser que l’espace
sahélo-saharien est une réalité géopolitique et géostratégique
nouvelle qui nous impose une démarche totalement novatrice en matière
de sécurité collective.
Propos recueillis par
Alexis Kalambry
Acceuil
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