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2010
Mois de
fevrier
Les
Echos du 22 fevrier
KADER
TRAORE, PROFESSEUR A LA
FSJP
" Le coup d’Etat au Niger est un signal fort"
Le coup d’Etat intervenu au Niger est pour Kader Traoré, professeur
de droit public à la Faculté des sciences juridiques et politiques
(FSJP), la suite logique des dérives de Mamadou Tandja. Il indique, dans
l’interview ci-dessous, que le renversement de Tandja est un signal aux
chefs d’Etat africains. Entretien !
Les Echos : Quel commentaire faites-vous du coup d’Etat militaire du jeudi
18 février 2010 au Niger ?
Kader Traoré : La Constitution est la norme suprême d’un Etat,
c’est elle qui organise la transmission du pouvoir, détermine le
fonctionnement des institutions et toutes les autres normes dans un Etat lui
doivent être également conformes. Donc, si je dois faire un commentaire
constitutionnel sur les événements au Niger, je dirai d’abord
que le coup d’Etat était prévisible. Tout observateur de
la scène politique nigérienne savait qu’il y avait l’éminence
d’un putsch, d’un changement de régime.
Il faut rappeler que les institutions sont avant tout ce que nous avons voulu
mettre en place pour un fonctionnement harmonieux de nos sociétés.
Tandja a d’abord violé la Constitution, c’est pour cela précisément
que certains Etats l’avaient condamné ; mais en plus de la violation
de la Constitution à travers laquelle il a trahi tout un peuple M. Tandja
a trahi aussi son propre serment. En violant le verrou qui limite à deux
mandats de cinq ans à la tête de la présidence, le désormais
ex-président du Niger a renié son serment qui, il faut noter, avait
un caractère divin et une responsabilité du dirigeant face au peuple.
Même si quelque part, Tandja a usé de la voie légale, c’est-à-dire,
d’un référendum pour déverrouiller la limite, il faut
reconnaître qu’il avait obtenu la prolongation de son mandat sur
une controverse à partir du moment où il a dissous le Parlement
et la Cour constitutionnelle, cette dernière l’avait ouvertement
débouté.
Les
Echos : Croyez-vous que
les constitutions prévoient suffisamment de
garde-fous pour contrer les chefs d’Etat qui souhaitent se maintenir éternellement
au pouvoir ?
K. T. : Oui ! Dans presque toutes les constitutions, il existe la Haute cour
de justice (HCJ) qui doit traduire devant elle les dirigeants pour des raisons
de violation de la Constitution. Même si expressément il n’est
pas clair, il est cependant bien précis que le président peut être
traduit devant la HCJ pour haute trahison. Ce garde-fou peut paraître flou,
mais il interdit quand même à tout chef d’Etat de violer la
Constitution au risque de s’exposer à la sanction constitutionnelle.
Il faut signaler également que toute sanction n’est pas constitutionnelle,
l’exemple c’est le coup d’Etat qui viole aussi la Constitution.
L’équation nigérienne est qu’on n’a pas accepté que
Tandja viole la Constitution, mais on ne va pas accepter non plus que les militaires
s’emparent du pouvoir sans broncher.
Les Echos : Vous approuvez donc la position de l’Union africaine et la
Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
(Cédéao) qui ont condamné le coup d’Etat et qui précédemment
avaient aussi condamné le coup de force de Tandja ?
K. T : Oui, je comprends parfaitement la position de la communauté internationale,
mais ce qu’il y a lieu de dire c’est que le coup d’Etat qui
vient de renverser Tandja est un signal fort pour ses anciens pairs d’Afrique
qui veulent opter pour leur maintien éternel au pouvoir et trahir la confiance
de leur peuple. La problématique de l’alternance reste malheureusement
une réalité dans nos Etats.
Les Echos : Vu la mode du tripatouillage constitutionnel, est-ce que vous ne
pensez pas qu’il y a des vices rédhibitoires dans nos constitutions
?
K. T. : Les dispositions existent déjà, mais les hommes politiques
qui accèdent au pouvoir n’en font qu'à leur tête. C’est
leur respect qui pose problème. Dans certains Etats, je crois qu’au
Bénin il est clairement inscrit dans la Constitution qu’"en
aucun cas, nul ne peut dépasser deux mandats". Il est vrai qu’ici
c’est plus précis et c’est mieux ainsi, car souvent le droit
est élastique.
Propos recueillis par
Amadou Waïgalo
Acceuil
Ode à la
République
Le Niger vient de s’assumer. Notre position pourrait surprendre ceux qui
se limitent au fait qu’il s’agit d’un coup d’Etat. Certes,
de principe, nous sommes opposés au coup d’Etat, mais le président
Tandja, du fait de sa violation de la Constitution et du tripatouillage dont
il s’était rendu responsable, a été le premier à violer
les règles du jeu.
Quelles leçons tirer du Niger ?
Tandja, dont somme toute, le bilan n’était pas mauvais, a écouté le
chant des sirènes. Il n’a pas voulu comprendre que la République
est une succession dans laquelle les hommes se relaient à la tâche.
Il a entendu les flagorneurs et tous ceux qui, accrochés ou voyant plus
leurs intérêts personnels et bassement matériels plutôt
que le Niger, lui disaient qu’il est le bâtisseur, que s’il
partait ses grands chantiers s’arrêteront, que le Niger ne lui survivrait
pas, qu’il a un destin de leader ad vitam aeternam et tutti quanti…
La première leçon à tirer du renversement du régime
nigérien, c’est que, nos dirigeants africains doivent comprendre
que nous ne sommes plus à l’époque des pères fondateurs
que l’on bénissait tous les matins pour l’air que l’on
respire. A ce propos, il est loisible de constater que si certains ont condamné le
principe du putsch pour rester dans leur logique, personne n’a appelé "au
rétablissement du pouvoir déchu", comme cela aurait été le
cas dans un coup d’Etat non légitime.
Mais, la grande leçon est le réveil de l’esprit républicain.
Tandja a été respecté dans son rôle et des excès,
tant qu’il avait le sceau officiel, tant qu’il avait avec lui la
légalité. L’armée a su démontrer qu’elle
a en son sein des hommes qui connaissent encore la valeur d’un serment,
la force d’un engagement. La bonne lecture à faire de ce renversement
de régime au Niger est à ce niveau. 50 ans après les indépendances,
l’Afrique se débarrasse peu à peu de son image de "républiques
bananières" pour revêtir des valeurs républicaines universellement
partagées.
Triste sort que celui de ces "chefs" qui oublient que l’Etat
est une continuité, qu’il leur survivra quoi qu’ils fassent.
Triste sort que celui de ces chefs élus sur la base de règles qu’ils
veulent violer ou qui pensent que sans eux ce sera le chaos. Ils ne peuvent que
finir comme Tandja : dans la honte et le déshonneur.
Le chemin de l’enfer
" C’est bien fait pour lui", "il fallait s’y attendre", "il
ne pouvait que terminer comme ça"… Voilà les commentaires
dans les grins ou autres lieux de regroupement temporel à travers Bamako
après l’annonce du coup d’Etat survenu au Niger le week-end
dernier. Et oui ! Le Niger n'a plus de président, mais un nouveau chef
: le commandant Salou Djibo, est désormais le nouveau dirigeant du Conseil
suprême pour la restauration de la démocratie.
La suspension de la Constitution et la dissolution de toutes les institutions étaient
les maîtres mots de la déclaration lue à la télévision
nationale par le porte-parole du CSRD, formé par les putschistes. Ce n'est
pas un président très démocrate qui vient d'être renversé.
A tel point que les événements du 18 janvier ne sont ni une surprise,
ni une véritable source de mécontentement dans le pays.
Alors qu'approchait l'échéance de son second mandat présidentiel
l'été dernier, Tandja, 71 ans, s'était maintenu au pouvoir
en organisant, en août, présidentielle de cette même année
et remodelant la Constitution en sa faveur.
Ce coup d’Etat n’est nullement une surprise, car, il était
attendu par les opposants et redouté par Tandja lui-même. Ce n’est
pas sans raison que ces derniers mois, en bon militaire, le colonel Tandja a
pratiqué la méthode du camouflage auquel il a adjoint des cadeaux
(villas et voitures) et espèces sonnantes et trébuchantes aux gradés
de la Grande muette au cas où elle aurait des velléités
putschistes. Ce qui, à l’évidence, ne l’a pas sauvé.
Comme le dit un adage populaire, quand on trébuche et l’on tombe,
il ne faut point regarder le lieu où on a chuté mais sur quoi on
a buté. La situation que l’on vit actuellement au Niger est partie
de la volonté de l’homme du "tazarché" de négocier
3 ans pour terminer ses grands chantiers au grand dam des institutions, de la
communauté internationale qui s’y sont mises toutes pour le décourager.
Le soldat bon teint qui s’est déguisé en civil, engoncé dans
son bazin et ses certitudes politiques, a passé outre et a poursuivi sa
marche forcée en multipliant les actes de forfaiture : dissolution de
l’Assemblée nationale le 26 mai 2009, dissolution de la Cour constitutionnelle
; référendum le 4 août 2009 qui fait passer le Niger d’une
Ve à une VIe République, législatives le 20 octobre qui
accoucheront d’une Assemblée nationale monocolore, inodore et sans
saveur.
Même si le président de la Commission de l'Union africaine, le président
de la Commission de la Cédéao, ainsi que d’autres acteurs
internationaux ont condamné la prise du pouvoir par la force au Niger
et demandé un retour rapide à l'ordre constitutionnel, il est à signaler
que la mise à l’écart du président Tandja est saluée
par tous.
Ne s’agit-il pas là d’un avertissement à tous les chefs
d’Etat africains qui ne pansent qu’à s’éterniser
au pouvoir ? Et comme Tandja, ils finiront par emprunter le chemin de l’enfer.
Dans tous les cas, les meilleurs exemples de la bonne gouvernance et de l’alternance
ne sont pas nombreux. Saluons ici, les présidents Rawlings, Kérékou,
et Konaré.
Idrissa Sako
Acceuil
SUR
LE COUP D’ETAT
DU NIGER
Des hommes politiques maliens se prononcent
Survenu le 18 février 2010, moins d'un an après que le président
Mamadou Tandja eut changé la Constitution en prolongeant son 2e mandat
de 3 ans, le coup d’Etat a fait une dizaine de morts à Niamey. Quelques
hommes politiques donnent leur avis sur cet événement qui n’était
pas inattendu.
Pr.
Marimantia Diarra (secrétaire général de l’Adéma/PASJ)
:
" Notre parti n’a pas accepté l’intransigeance de Mamadou
Tandja, président déchu du Niger. Le parti avait fait part de son
inquiétude en son temps et avait souhaité que la Constitution soit
respectée et que le peuple nigérien puisse rester dans la démocratie
et garantir les libertés collectives et individuelles. Nous comprenons
ce qui vient de se passer à Niamey. Toutefois, nous souhaitons que cela
soit une ère de transition la plus brève possible pour que le peuple
nigérien puisse aller aux élections et choisir librement ses dirigeants
dans le cadre d'une Constitution qu’il va choisir de mettre en place".
Bocar
M. Diarra (secrétaire politique de l’US-RDA)
:
" Par principe, le parti est contre la prise du pouvoir par la force. On
condamne le coup d'Etat et toutes les formes de tripotages de constitution. Il
faut que les Nigériens se parlent et renouent avec les voies qui les mènent à la
vie constitutionnelle normale, à la démocratie et au développement
de leur pays".
Amadou dit Papa Diallo (secrétaire politique du Cnid/Fyt) :
" Le coup d’Etat est arrivé à un moment où l’on
pouvait s’y attendre. J’espère que la junte militaire n’imitera
pas le cas de Dadis Camara en Guinée mais celui d'Amadou Toumani Touré au
Mali".
Djiguiba
Kéita (secrétaire général
du Parena) :
" Le comité directeur du Parena salue la fin de l’autocratie
naissante au Niger et la lutte héroïque des partis, syndicats et
ONG de défense des droits de l’Homme, de l’Assemblée
nationale, de la Cour constitutionnelle et de toutes les forces vives du Niger
ont mené contre Mamadou Tandja. Le Parena souhaite que les Forces de défense
et de sécurité qui, dans un sursaut patriotique, ont mis fin au
régime de Tandja confirment, dans les plus brefs délais, leur engagement
démocratique. Le Parena exhorte les forces démocratiques du Niger à la
plus grande vigilance pour le retour rapide à la démocratie, voire
la restauration de la Ve République".
Harouna
Sissoko (président du Font pour le développement
du Mali) :
" Le mutisme, voire le silence assourdissant des fervents défenseurs
du président renversé est assez révélateur du malaise
social et de la non-adhésion du peuple nigérien à son projet
anticonstitutionnel de prolongation de son mandat. Le parti salue la fin de la
dictature suicidaire, voulue par le président déchu Mamadou Tandja,
invite l’armée républicaine du Niger à travers la
Cour suprême pour la restauration de la démocratie, à joindre
l’acte à la parole, par l’organisation des élections
libres et transparentes pour un retour du pays à l’ordre constitutionnel
normal".
Aminata Traoré
(stagiaire)
Acceuil
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