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2010
Mois de
fevrier
Les
Echos du 16 fevrier
AGRESSIONS,
PRISES D’OTAGES,
SOUPÇONS DIVERS
Quand sonnera le réveil ?
Le Mali est franchement un drôle de pays : un procureur agressé,
pas une seule réaction officielle… et Bernard Kouchner qui arrive
en territoire conquis, se permet de "savonner" ATT avant de repartir
peinard.
L’histoire a d’abord commencé comme une folle rumeur dans
les salons feutrés de Bamako la semaine passée : le procureur du
Tribunal de première instance de la Commune III, Sombé Théra,
par ailleurs magistrat en charge du pool anti-corruption, a été tabassé par
des malfrats.
Selon les versions, il aurait été cerné par des voyous au
niveau du stade du 26-Mars et sévèrement battu. La nouvelle a finalement été publiée
dans les journaux et reprise par des radios de la place. Puisqu’elle n’a
jamais été démentie, elle est donc fondée et devient
une information d’intérêt public.
Au-delà de la sympathie pour mon cousin, une question se pose, une seule
: dans quel pays sommes-nous ? Que devient le Mali pour que des fripouilles osent
attaquer et battre un procureur sans aucune réaction officielle ? Sombé Théra
n’est pas le premier plouc venu des rues malfamées de Bamako, c’est
un procureur de la République, bon sang ! Comment peut-on permettre qu’une
telle personnalité soit agressée sur la place publique ? En tant
que fonctionnaire chargé de la lutte contre la corruption, il devrait
avoir des gardes du corps nuit et jour, c’est le minimum !
Mais non, le procureur est agressé et personne ne s’émeut.
Il paraît pourtant qu’il y a dans ce pays, un ministre de la Justice
qui répond à l’appellation Maharafa Traoré. Il paraît
qu’il était prompt à phosphorer sur tout et rien à la
télévision et que depuis l’affaire du code de la famille,
il est devenu aphone.
Il paraît également qu’il y a une charmante dame dans le gouvernement
de la République et elle a le titre de porte-parole. Elle est muette en
ce moment. Probablement sourde également puisqu’elle ne doit pas être
au courant de toutes les interrogations des Maliennes et Maliens. Si quelqu’un
connaît Mme Fatouamta Guindo, prière de lui demander de brancher
sa radio ou de lire les journaux, il y a des choses importantes qui se passent
dans son patelin.
Au-delà du silence entretenu par le gouvernement autour de l’agression
de Sombé Théra, il y a lieu, par extension, de poser la question
plus vaste de la gestion même de l’information et de l’intérêt
public par nos autorités. La démocratie est un exercice qui exige
de nos gouvernants transparence et vérité. Or, il se trouve que
tous les sujets brûlants de l’heure, dans le domaine de la sécurité,
sont entourés de mystère. Personne n’est sûr de savoir
ce qui se passe.
Il y a deux semaines, des journaux maliens ou étrangers, des agences de
presse, ont relaté la visite éclair de Bernard Kouchner à Bamako
(il serait revenu encore dans la nuit du dimanche 14 février). Le ministre
français des Affaires étrangères, ancien (pseudo) agitateur
gauchiste, apprenti humanisant qui volait au secours de la Somalie avec ses sacs
de riz et ses caméras, spécialiste des retournements de veste (griffée)
et des changements d’allégeance politique serait venu "tancer" ATT
et exiger la libération de l’otage Pierre Camatte, quitte à contraindre
Bamako à élargir quatre terroristes embastillés sur notre
territoire. Avant tout commentaire sur les demandes de l’ancien French
Doctor, il convient de déplorer une chose : la faute d’ATT.
La moutarde monte au nez de voisins
Le président de la République est seul coupable de cette arrogance
de Kouchner puisque c’est lui qui a cédé au chantage et à l’injonction
de recevoir illico presto un simple ministre. Pensez seulement à l’inverse
: Moctar Ouane débarquant en catastrophe à Paris, reçu prestement
par Sarkozy qu’il se permet de passer au tordeur de boyaux. C’est
un rêve que Moctar Ouane, même sans lunettes, ne caressera jamais.
Paris est le bailleur de fonds de Bamako n’est pas excuse pour piétiner
les règles élémentaires de la convenance diplomatique. Pense-t-on
sérieusement que Kouchner aurait pu avoir pareil aplomb en Guinée
ou au Sénégal ? La seule fois qu’il s’est essayé avec
Gbagbo en Côte d’Ivoire, il en a eu pour son matricule. Il n’aurait
pas osé avec Blaise Compaoré ou Mamadou Tandja. Il se souvient
sûrement d’IBK qui lui avait fermé la valve dans une histoire
différente.
Maintenant, accessoirement, peut-on avoir une information du gouvernement malien
sur le cas Pierre Camatte et sur la situation sécuritaire en général
dans le Septentrion ? Y a-t-il eu oui ou non demande de la France de libérer
des terroristes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique en échange
d’un seul Français ? Quelle est la réaction du gouvernement
du Mali face aux accusations de plus en plus insupportables de laxisme et de
tolérance inexplicable face au banditisme à Tombouctou, Kidal et
Gao ?
L’ancien otage canadien Robert Fowler, dans une interview au quotidien
Globe & Mail de Toronto, a clairement dit que de hautes autorités
maliennes sont en contact permanent et surtout par téléphone avec
les ravisseurs du désert ; selon lui, le magot récolté lors
des remises de rançons prend des directions bizarres qu’il s’appliquera à trouver
un jour.
Nous pouvons mettre la montée de moutarde de nos voisins algériens
sur le compte de la colère de dirigeants qui font face quotidiennement à des
criminels et se sentent seuls, mais quand des pays comme le Canada, les Etats-Unis,
la Grande-Bretagne, les Pays-Bas… commencent à soupçonner
le Mali d’indulgence, voire de complicité passive dans la détérioration
de la situation sécuritaire au Sahara, le moment devient crucial pour
l’avenir de notre démocratie.
Il semble qu’au Mali, plus personne ne prend ses responsabilités.
De manière plus directe, on ne sait plus qui s’occupe de quoi. Chacun
fait ce qui lui plait, en toute impunité, l’Etat ne communique pas,
ne sanctionne pas et laisse-aller.
Au bout, on se retrouve avec un assaut violent contre un procureur, précédée
par celle d’un animateur de radio, dont les agresseurs n’ont jamais été inquiétés.
On capture des otages, on les libère contre de fortes sommes et personne
ne sait quelque chose. Pourtant, Baba Ould Cheikh, Malien bon teint et maire
d’une localité proche de la Mauritanie donne des entrevues et se
proclame "négociateur". Personne, dans les services de renseignements,
n’a envie de le faire causer, un peu seulement. Histoire d’en savoir
plus sur lui.
Au fait, petite parenthèse pour finir : où sont les défenseurs
des droits de l’Homme ? Depuis des mois, des bandits sans foi ni loi sèment
la terreur à Bamako et ailleurs au Mali. Ils agressent, pillent, volent,
violent et tuent des citoyens. Alors que ces associations de droits de l’Homme
sont toujours promptes à s’émouvoir du sort des bandits,
elles ne pipent mot du calvaire des honnêtes citoyens.
Manifestement, défendre les droits des honnêtes citoyens n’est
pas rentable. Ou ne permet pas d’obtenir des fonds pour organiser des séminaires
ou des colloques gnangnan.
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
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ABDEL
KADER SIDIBE, PRESIDENT DE L’AMM
" Les partis ne peuvent pas choisir le président de l’AMM"
Candidat à sa propre succession à la tête de l’Association
des municipalités du Mali (AMM), Abdel Kader Sidibé critique la
démarche de son parti à proposer un candidat. Une démarche,
selon lui, contraire aux textes de l’AMM, qui est apolitique. Une interview
exclusive accordée à notre reporter à Kayes au festival
de Médine.
Les Echos : Vous êtes le maire de la Commune III et président sortant
de l’AMM dont le renouvellement de mandat défraie la chronique.
Comment devient-on président de l'AMM ?
Abdel Kader Sidibé : Je vous rectifie, je ne suis pas encore sorti et
je ne suis pas un président sortant, je suis toujours président
de l’AMM (rires). L’Association, de par son statut, est une organisation
de la société civile, apolitique et laïque. Le statuts et
règlement disent que ce sont les municipalités qui sont membres
de l’association. Celles-ci sont représentées par leurs maires.
La nuance est importante. La municipalité est composée de plusieurs
sensibilités et l’individu qui est le maire représente toutes
ces sensibilités.
En me fondant sur les textes relatifs à la mise en place du bureau de
l’AMM, le congrès met en place une commission d’investiture.
Cette commission recueille toutes les candidatures à différents
postes et propose un projet de bureau. Ce projet de bureau peut être approuvé,
amendé ou rejeté par le congrès
En ce qui concerne le bureau que je préside, la commission d’investiture était
composée de deux représentants maires de chaque cercle. Ils se
sont réunis et ont recueilli toutes les candidatures en fixant un certain
nombre de critères : l’opérationnalité du bureau,
la représentation des différentes sensibilités et régions,
etc.
Les Echos : Votre parti, l’Adéma/PASJ, table sur une candidature
unique. Qu'en pensez-vous ?
A. K. S. : Les partis politiques ne peuvent pas choisir un candidat parce qu’ils
ne sont pas membres de l’Association. Ce sont les adhérents de l’AMM
qui choisissent les membres de leur bureau. Les partis peuvent avoir des ambitions
et s’arrêtent à niveau. Un maire n’est pas le maire
d’un parti.
Le parti peut demander à un de ses militants de proposer sa candidature
et mener des discussions pour le soutenir. Ce n’est pas normal que le CE
du parti se mette derrière une candidature. Mais quand les partis se réunissent
pour dire que nous allons relire les textes de l’Association, lui donner
une vision partagée, mettre en place un bureau consensuel, je pense que
c’est trop osé.
Les Echos : Il y a d’un côté une candidature initiée
par des communes de la 3e région en faveur d’un candidat, la vôtre
et celle proposée par votre parti. Cela ne fait-il pas un cocktail explosif
?
A. K. S. : Nous sommes en démocratie et heureusement qu’il y a des
règle définies par les statuts et règlement intérieur.
Je l’ai dit, les municipalités sont représentées par
leurs maires au congrès et au congrès tout représentant
est libre de proposer sa candidature. Tout revient à la commission d’investiture
et au congrès qui fait son choix.
Les Echos : Le militant qui va à l’encontre de la ligne de conduite
de son parti ne s'expose-t-il pas à des sanctions ?
A. K. S. : Cela peut se faire mais ce serait dommage. L’AMM est apolitique
et est membre du Haut conseil national de la société civile. Le
fait politique ne doit pas en imposer à l’Association bien qu’elle
soit formée des militants des partis. Mais, il n’y a pas une seule
association en République du Mali où il n’y a pas de militants
de partis.
Les Echos : A quand finalement le fameux congrès de l’AMM ?
A. K. S. : Le congrès va se situer dans la deuxième quinzaine de
mars 2010. L’AMM propose une date au ministère de l’Administration
territoriale et des Collectivités locales qui se conforme à l’emploi
du temps du président de la République pour fixer une date. Mais
au moment où je vous parle, nous n’avons pas encore reçu
de date exacte.
Les Echos : Seriez-vous candidat contre vents et marées à votre
propre succession ?
A. K. S. : Vraiment à cette question-là, je ne réponds pas
(rires).
Propos recueillis, à Kayes, par
Abdrahamane Dicko
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C'EST
ARRIVE HIER EN
COMMUNE IV
Des pro-Mara ont pris la mairie en otage
Pour empêcher l’installation de la délégation spéciale
en Commune IV, des partisans de l’ancien maire Moussa Mara ont pris d’assaut
hier la mairie. La manifestation a dégénéré. Et la
police a dû intervenir avec des jets de gaz lacrymogène. Des manifestants
ont été traqués jusque dans des familles de Lafiabougou.
Les partisans de Moussa Mara étaient sortis nombreux. Ils avaient occupé pendant
de longues heures le goudron qui passe devant la mairie. Ils ont été dégagés
par la police qui les a pourchassés jusque dans leurs derniers retranchements.
De simples passants, des élèves et des paisibles résidents
ont essuyé des coups de pierre et inhalé des gaz lacrymogène.
Mécontents de l’annulation des élections communales en Commune
IV qui a vu la dissolution de l’équipe municipale, les partisans
de Moussa Mara ne décolèrent plus. Ils se disent déterminés à donner
le tournis aux pouvoirs publics, rendus responsables du limogeage de leur maire.
Ils ont déjà mené plusieurs manifestations de protestation
et celle d’hier entrait dans le cadre normal de leurs actons visant à empêcher
la délégation spéciale à prendre fonction. Jusqu’à quand
cela va-t-il durer ?
Sidiki Doumbia
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