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2010
Mois de
fevrier
Les
Echos du 10 fevrier
BARRAGE
DE TAOUSSA
Les zones d’ombre
Tout le Mali a applaudi des deux mains le lancement des travaux de Taoussa. Mais,
il n’en demeure pas moins que les zones d’ombre sont nombreuses.
Le 6 février dernier, notre bon président, qui ne fait que des
choses qui "n’ont jamais été faites depuis l'indépendance",
a posé la première pierre du futur barrage de Taoussa, dans la
région de Gao. Les travaux de ce barrage ont été lancés à grands
renforts de publicités sur le PDES et la personne du président
de la République lui-même. Mais, concernant le projet, on sait juste
que c’est un financement de la Banque islamique de développement
(Bid).
Cependant, ce que cette banque met dedans n’a jamais été précisé.
De plus, il semble que c’est une syndication conduite par la Bid, plutôt
que les billets de la Bid elle seule. De ce côté, le montant n’est
ressorti dans aucune intervention. Ni le président ATT, ni son ministre
de l’Energie et de l’Eau, encore moins le PDG de la BID n'a dit combien
on aura à payer pour avoir la "production fourragère, accompagnée
des mesures prophylactiques adéquates, permettant une croissance de 3
% par an du troupeau et un doublement des exportations".
En tout cas, les chiffres avancés semaient la confusion : tantôt
un coût de réalisation de 130 milliards de F CFA (ministre Diarra),
tantôt 195 milliards de F CFA (autres sources). Contrairement aux procédures
en la matière, personne ne se souvient d’un appel d’offres
pour les travaux de Taoussa, ni dans la presse, encore moins en conseil des ministres.
Ce qui a fait que beaucoup étaient surpris de voir sur place l’entreprise
ECCCG, présentée comme adjudicatrice du marché. Les surprises
ne s’arrêtent pas à ce niveau. Malgré les multiples
explications sur place, personne n’a évoqué les délais
(tantôt 4 ans, tantôt plus), surtout que, également, aucun
bureau de contrôle technique n’a été présenté.
Il n’en existerait d’ailleurs pas ! Tout ça aussi c'est de
l'inédit depuis l'accession de notre pays à la souveraineté.
Alexis Kalambry
Acceuil
BARRAGE
DE TAOUSSA
Socle de l'essor du Nord
En donnant le coup d’envoi des travaux d’aménagement du barrage
de Taoussa, le président de la République a suscité l’espoir
et réalisé un rêve vieux de 50 ans des populations du Nord
et du Mali entier.
" Le bassin du fleuve du Niger, avec ses potentialités d’irrigation
et le fonctionnement des écosystèmes constitue un enjeu majeur
pour le développement socio-économique de notre pays en général
et de la boucle du Niger en particulier ; la lutte contre sa désertification
est une question de survie pour le Mali à la fois sur le plan écologique
et économique". Cette assertion du ministre de l’Energie et
de l’Eau Mamadou Diarra en dit long sur l’importance que les plus
hautes autorités accordent à la réalisation du projet d’aménagement
du barrage de Taoussa, un projet qui, dit-on, est vital et pouvant assumer le
rôle similaire du Nil pour l'Egypte.
Le président de la République accompagné d’une dizaine
de ministres, des autorités administratives et politiques des régions
nord a, en présence d’une population particulièrement réjouie,
procédé le samedi 6 février 2010 à la pose de la
première pierre du barrage que certains considèrent comme un outil
de développement agro-sylvo-pastoral.
Considérant la cérémonie de lancement du projet de réalisation
du barrage de Taoussa comme la fin d’une aventure d’un demi-siècle
d’attente, le ministre de l’Energie et de l’Eau a souligné les
caractéristiques et l’impact positif que le barrage pourrait avoir
sur l’économie du Nord et du pays tout entier.
D’abord il a tenu à rappeler que le choix du projet entre dans le
cadre d’une vision de développement de nos régions septentrionales
autour, dit-il, d’un projet structurant basé sur la maîtrise
de l’eau.
D’un coût de réalisation de 130 milliards de F CFA, outre
le doublement des terres à mettre à la disposition de chaque famille,
les aménagements de Taoussa, selon Mamadou Diarra, vont absorber la quasi-totalité de
la main d’œuvre locale et assumer l’autosuffisance alimentaire
de la zone.
" La production fourragère, accompagnée des mesures prophylactiques
adéquates, permettra une croissance de 3 % par an du troupeau et un doublement
des exportations", a assuré M. Diarra tout en révélant
que la production de poissons progresserait du coup de plus 60 % et sa part de
commercialisation passera, d’après lui, de 4000 à 7800 tonnes
par an.
Hymne à la paix
Sur le plan énergétique, la centrale du barrage fournira toujours
selon le ministre 118 GW par an, avec une puissance installée de 25 MW.
Et au directeur du projet d’aménagement de Taoussa Karim Dembélé d’ajouter
qu’en aval, le barrage permettra le maintien d’un débit minimal
garanti de 75 m3 par seconde jusqu’à la frontière ainsi qu’une
régularisation des crues.
Le président de la République tout comme le président du
Groupe de la Banque islamique de développement (Bid), Ahmed Mohamed Ali,
ont orienté leurs interventions sur la nécessité de réaliser
des projets d’envergure permettant le maintien de la paix et de la sécurité dans
les régions du Nord.
" L’évènement que nous vivons est d’abord un hymne à la
paix, cette paix que nous tenons à maintenir à tout prix partout
au Mali et singulièrement, dans les régions du nord de notre pays",
a plaidé ATT qui pense que la paix devient une simple profession de foi
lorsqu’elle n’est "adossée" à un processus
de développement pouvant atténuer les facteurs de conflits et offrir
de réelles perspectives aux communautés.
Il faut noter qu’en plus des autorités maliennes et la Bid, chef
de fil des bailleurs de fonds, plusieurs autres partenaires financiers qui ont
contribué au financement du projet croient au caractère vital de
l’aménagement de Taoussa. Il s’agit des Fonds saoudiens de
développement et koweïtien pour le développement économique
arabe, la Banque ouest-africaine de développement(Boad), la Banque arabe
pour le développement économique en Afrique, le Fonds de l’Opep,
la Banque d’investissement et de développement (BIDC) de la BCEAO.
Aussi, faut-il signaler l’intérêt manifesté par le
Fonds d’Abu Dhabi, la Banque mondiale, la China Eximbank et la Banque import-export
de la Chine.
Amadou Waïgalo
Le Mali, un géant de l’hydroélectrique
Après Félou et avec le 5e barrage de Taoussa dont les travaux viennent
d’être lancés par le chef de l’Etat, le Mali se classe
désormais au 3e rang des 15 pays de la Cédéao disposant
de plus d’infrastructures hydroélectriques. La révélation
a été faite par le ministre de l’Energie et de l’Eau
devant une population massivement sortie et visiblement optimiste d’un
véritable développement de leur localité. Il a profité de
l'occasion pour annoncer que d’autres impacts non moins importants sont
attendus avec l’aménagement de Taoussa. Il a fait allusion à la
construction de la route Taoussa-Gao en passant par Bourem et la complémentarité Fleuve-route
au niveau du port de Taoussa.
A. W.
Acceuil
INSECURITE
Panique à Bamako
Les Bamakois ont peur. Les autorités ne prennent pas les moyens pour les
rassurer. Jusqu’à quand les bandits feront la loi ?
Est-il exagéré de dire aujourd’hui que Bamako est la propriété privée
des bandits qui sèment partout la désolation ? Peut-être
oui, il y aurait une part de disproportion. Mais le constat est accablant : les
Bamakois ont peur.
Toutes les causeries ne tournent qu’autour du même sujet. Mais que
font donc les autorités pour mettre hors d’état de nuire
ces malfrats sans foi ni loi qui volent, agressent, pillent, violent ou tuent
y compris pour des peccadilles et s’en tirent souvent sans égratignures
?
Les commissariats de police et brigades de gendarmerie sont assaillis par des
citoyens en colère qui en sortent généralement avec ce terrible
sentiment d’impuissance. Loin de s’en remettre à Dieu, plusieurs
parmi ces victimes préparent une vengeance douce qui sera amère
un jour.
Au-delà de la psychose qui s’empare peu à peu des honnêtes
citoyens, le véritable drame dans cette histoire de brigands jamais vécue
dans notre pays depuis l’indépendance, c’est le silence des
autorités. Le ministre de la Sécurité intérieure,
le général Sadio Gassama, a certes fait une sortie furibonde dont
des extraits ont été diffusés par Télé Bozola
avec une emphase sentie. Mais le général ne s’adressait pas à la
population. Il parlait à ses subordonnés, comme s’il s’agissait
du lavage de linge sale familial en public.
Aujourd’hui, les Maliens ont besoin de paroles fortes, de propos idoines
sortis de la bouche de ceux qui sont en charge de leur sécurité et
d’actions concrètes au-delà des patrouilles qui ressemblent
plus à du racket légal.
Au cours de l’ouverture de la session du Conseil économique, social
et culturel, le président Bittar a clairement exposé le problème,
exprimé en termes directs les préoccupations des Maliens. Le Premier
ministre Modibo Sidibé à qui il tendait, peut-être involontairement,
la perche, a manqué une belle occasion de parler en vrai général,
chef de gouvernement et chef d’orchestre du pouvoir central.
Au contraire, il a semblé minimiser la situation en répétant
des assurances qui n’assurent plus personne. Modibo Sidibé n’est
sûrement pas près de voir un bandit dans son domicile ou à son
bureau, mais cela ne doit pas le forcer à négliger le problème
et accuser indirectement les médias et les citoyens de provoquer une tempête
dans un verre d’eau.
A ce stade de peur dans la capitale d’un pays, le ministre Sadio Gassama,
son homologue de la Défense Natié Pléa, le PM Modibo Sidibé doivent
se responsabiliser, monter au créneau et lancer des messages puissants
aux populations : l’Etat, le gouvernement du Mali, les forces armées
et de sécurité sont là pour assurer votre intégrité physique
et la protection de vos biens ; voici tous les moyens matériels et humains
mis à votre disposition pour arriver à cet objectif. Et, ultimement,
c’est le président de la République qui doit aller au front
et planter le dernier clou dans le cercueil de ce genre de banditisme qui traumatisme
bien de Maliens.
Nettoyer les écuries
Le silence des plus hautes autorités du pays fait le lit de toutes les
rumeurs qui circulent ces temps-ci à Bamako. Pas besoin d’être
au pays pour le savoir. Dès que vous parlez avec un parent au téléphone,
le premier sujet après les salamalecs est le banditisme.
Tout le monde y va de son expertise. Les bandits bénéficient de
protection en haut lieu ; ils sont de mèche avec certains ripoux (porteurs
d’uniformes) ; ils sont systématiquement élargis dès
qu’ils sont expédiés au gnouf par les procureurs ; certains
juges sont tellement laxistes pour ne pas dire plus qu’ils libèrent
les pires criminels dans des conditions bizarres, etc. Il faut le dire et le
répéter : toutes ces rumeurs ont pour fondement le silence des
responsables de la sécurité et le laisser-aller des autorités.
Bien sûr, les simples paroles ne suffisent pas. Quand un Etat affronte
ce genre de criminalité, il doit sortir ses muscles et montrer ses dents.
On ne peut pas faire d’omelettes sans casser d’œufs. Si certains
malfrats (de vrais, avec des preuves, pas des innocents) sont envoyés
ad patres au cours d’une opération de sécurisation, personne
ne pleurera sur leur tombe.
C’est vrai que dans un Etat démocratique, il est difficile d’encourager
les forces de sécurité à user de méthodes expéditives.
Mais, même dans les démocraties les plus avancées du monde
comme les Etats-Unis ou ici au Canada, il arrive que la police ou l’armée
entre dans un nid avec un bulldozer pour le nettoyer. Ce sont des dommages collatéraux
que personne ne peut éviter. Il y a franchement des êtres humains
tellement exécrables sur cette terre que leur attribuer des droits alors
qu’ils ne font que du mal tombe sous le sens.
Il faut agir, maintenant, avant qu’il ne soit trop tard. Les demandes de
permis de port d’armes affluent dans les services compétents. Les
citoyens ont une rage évidente qui leur donne envie de s’armer,
légalement ou illégalement pour « canarder » le premier
voleur rencontré.
Quand on sombre dans ce genre de peur-panique, ce n’est pas le "voleur" seulement
qui risque sa peau. On peut en profiter pour régler de vieux comptes quand
l’occasion se présente. C’est un ami originaire de Gao qui
donne la meilleure opinion à ce sujet : "Si à Bamako, la capitale,
l’Etat n’est pas en mesure d’endiguer une criminalité de
pieds nickelés, imagine mon cher ce que nous vivons dans le Septentrion.
Tu comprends pourquoi toutes les familles chez nous ont un arsenal à la
maison. Les comptes se règlent à coups de kalach. Œil pour œil,
dent pour dent. Je suis sûr que cela arrivera à Bamako aussi si ça
continue ainsi".
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
Acceuil
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