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2010

Mois de janvier

Les Echos du 04 janvier

 

Edito
Annus horribilus
Année pénible, que 2009, pour notre pays ! En plus de la vie chère, de la mal gouvernance, des injustices, des problèmes d’environnement, de santé, des spéculations foncières avec leurs lots quotidiens de pauvres citoyens dans la rue, dépouillés ; en plus de la corruption, en plus d’ATT, de Bittar, de Tomota, de Mme Gakou Salimata Fofana, de Sombé…
Le Mali, pauvre bourgade, sans histoire, hors de l’histoire, s’est vu aspirer du mauvais côté, subitement. Désormais plaque tournante de la drogue, du grand banditisme, des grandes questions d’enlèvement, nous avons le désespoir de constater que nos autorités, comme toute réponse, font dans l’incantation.
Que nous réserve 2010 ? Les promesses (les bonnes) de l’année nouvelle sont nombreuses, même si, à l’évidence et dans un premier temps, elles ne contrebalancent pas les fléaux qui nous guettent. En effet, nous sommes riches de la vente de la Sotelma et le président a promis : il y aura beaucoup d’investissements publics. Et qui dit chantiers, dans l’orthodoxie économique en tout cas, dit emploi, salaire, revenu… tout ce que demande le peuple !
2010, c’est également nos 50 ans d’indépendance : 50 ans qui sèment déjà des polémiques : 50 ans, c’est l’âge de la sagesse pour un homme. Pour un pays, 50 ans doit être l’âge du questionnement. 50 ans d’indépendance, où se trouve notre Mali ? Fils du Mali, qu’avez-vous fait de cette indépendance, 50 ans durant ? Où sont les valeurs fondatrices de la République ? Travail, honnêteté, intégrité, solidarité… ? Aujourd’hui, ses valeurs se sont diluées, liquéfiées, "négativées".
Le Mali est devenu "Tagninibougou" où l'on a de référence que le bien mal acquis, la corruption, la mafia, la concussion, l’iniquité… La fête du cinquantenaire doit être l’occasion de réhabiliter les valeurs fondatrices de notre nation et l’exemple doit être donné par les premiers responsables du pays qui, dans le meilleur des cas, sont complices de cette dérive.
Quid de la presse ? Comme à son habitude, Jamana, la Coopérative culturelle éditrice de Les Echos, entre autres, tiendra son rôle, tout son rôle. Les Echos a fêté ses 20 ans et ouvert de nouveaux chantiers de conquête et d’élargissement de l’espace démocratique, un combat dont ni l’adversité ni les vicissitudes du moment ne nous détourneront. "Les Echos dérangeront, mais Les Echos ne provoqueront jamais !"
Bonne année 2010 à nos lecteurs et à tous les Maliens !

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NOTE ZERO

Au ministre de la Communication (bis)
C’est bien la deuxième fois que le ministre de la Communication, par ses actes, accepte de porter le "symbole" de la classe gouvernementale. Elle a donc le "privilège" de rouvrir, pour l’année du cinquantenaire, cette rubrique qui était quelque peu en veilleuse ces derniers mois.
Nous sommes de ceux qui trouvent encore que son acte d’accusation de la presse à l’ouverture des IIIes Journées nationales de l’information a été disproportionné et que le tollé soulevé par son discours méritait qu’elle fût recadrée. Si, à la clôture, elle avait mis un bémol, sa conviction (celle de l’Etat ?) reste intacte : pour elle, il y a une bonne et mauvaise presse au Mali. Elle l’a réitéré récemment à l’inauguration de la nouvelle Maison de la presse.
Nul besoin de faire de la géomancie pour trouver la différence : les brebis galeuses sont dans la presse privée, que Mme manque de qualifier de fourre-tout qui marche sur son éthique et sa déontologie, qui piétine l’honneur et la dignité de citoyens dans un français à faire se tordre de douleurs post-mortem un certain… Vaugelas, grammairien et auteur du "bon usage" de la langue de Molière.
Mme le ministre déteste les portraits. Elle exécrée sa caricature, la Sotelma dans un plateau en équilibre sur sa tête, proposée à la vente. Elle n’aime pas que l’on parle des manquements imputables aux médias publics qui, à défaut de bouder l’opposition, ne lui laissent que la portion congrue dans le traitement de l’info.
Elle pense peut-être aussi que la presse libre est mal fondée à côté d'un "PDES qui court" à parler des crimes et délits ; de l’enseignant qui n’attribue les bonnes notes qu’aux plus nantis des apprenants ; du médecin qui renvoie ses patients vers une clinique privée pour leur soutirer plus d’argent, de cette justice qui dit et se dédit, de ces corps habillés qui arnaquent des usagers, de ces maires coupables de forfaitures, de ces agents de l’Etat qui font des prises d’intérêt illégales sur tout, de ces commerçants spéculateurs. Ceux-ci n’ont ni éthique ni déontologie. Mon œil !
En omettant de souligner que la "mauvaise" presse, dans tous les cas, n’est qu’un réel reflet de la société et qu’il est nécessaire de refaçonner le Malien avec le bon exemple à tous les niveaux, Mme tire à terre. Mais puisque chacun a son petit mur, elle croit plaire en accusant une "certaine presse", qu’elle ne saurait au demeurant mener d’une baguette de fer, de toutes les plaies d’Egypte. Dans un pays "normé", ce n’est pas un simple zéro qu’elle prendrait, mais… la charrette.
Bayer

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ASSOCIATION DES MUNICIPALITES DU MALI
Adama N. Diarra, candidat "malgré lui" à la présidence
Même si le comité exécutif de l’Adéma/PASJ a déjà tranché en son sein la question de la candidature au poste de président de l’Association des municipalités du Mali (AMM), en jetant son dévolu sur Boubacar Bah dit "Bill", maire de la Commune VI, celui-ci risque de compter parmi ses concurrents un autre cacique du parti de l’Abeille, en la personne du directeur général du FSN.
Adama Noumpounon Diarra, maire de la Commune rurale de Kourouma (Sikasso), membre du comité exécutif du Parti africain pour la solidarité et la justice (Adéma/PASJ), briguera lui aussi le fauteuil de président de l’AMM. C'est la décision prise par les communes de la 3e région. Ce faisant, celui qui tient en mains depuis plus d’une décennie les destinées du Fonds de solidarité nationale (FSN, ex-ADS), est un peu une sorte de "médecin malgré lui" qui va devoir ignorer la directive de son parti pour prendre le parti de sa région afin de mériter la confiance que celle-ci a placée en lui.
Dans sa profession de foi, dont une copie nous est parvenue, M. Diarra éclaire sur son option à aller à l’encontre de la discipline du parti : "Si je suis maire d’une commune rurale et fier de l’être, c’est parce que je demeure convaincu que la commune est au début et à la fin de toutes les questions majeures de notre pays. C’est par elle que seront vaincues la pauvreté, l’insécurité, la maladie et l’ignorance".
Et de promettre qu’élu, il va utiliser tout le potentiel de l’AMM pour relever les défis en mettant en valeur les expériences qu’il a accumulées en qualité de président de la Croix-Rouge malienne, dans le domaine du développement social et de l’économie solidaire et d’une vie de militant engagé tout court. "Je suis prêt, avec votre accompagnement et votre bénédiction à briguer la présidence de l’AMM, mais seulement d’une AMM au service de la décentralisation, au service de chaque commune, forte et ouverte sur le monde".
Pour une AMM au service de la décentralisation, Adama N. Diarra propose le renforcement du dispositif d’accompagnement, d’échanges et de réflexion stratégique sur la décentralisation ; la mise en place d’un mécanisme rigoureux de suivi du processus de transfert des compétences ; la mise en place d’un système qui rend plus prévisible et consistant le financement du développement local.
Une AMM au service de chaque commune nécessite, pour le candidat Diarra, qu’il faut accorder une attention particulière à la formation des conseillers communaux dans le domaine de l’alphabétisation pour mieux contribuer au fonctionnement de la commune ; réactiver ou créer des centres de ressources, véritables sources d’informations et de connaissances pour les acteurs du développement communal et présentant des opportunités de mise en relations des membres ; promouvoir la bonne gouvernance des communes.
Au sujet d’une AMM ouverte sur le monde, l’enfant de Sikasso prévoit trois mois après son élection un plan consensuel de renforcement institutionnel de l’Association, la promotion de la coopération entre les communes maliennes, entre celles-ci et les communes d’autres pays. Il se propose aussi d’intéresser la diaspora, les célébrités nationales et d’ailleurs au développement communal ; de trouver un siège propre et un budget en progression constante grâce à une stratégie innovante de levée de fonds, etc.
Ce sont en définitive ces ambitions pour l'AMM qui poussent le maire de la Commune rurale de Kourouma à aller à contre-courant de son parti. A-t-il tort ou raison ? Se surestime-t-il ? Sur toutes ces questions, le temps se chargera de nous édifier si Dieu le veut.
A. M. Thiam

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TIKEN JAH A PROPOS DES 50 ANS D'ETATS AFRICAINS
" C’est une honte de célébrer le cinquantenaire"

Le conscientiseur de la jeunesse africaine, l’artiste reggae man, Tiken Jah Fakoly, est contre l’organisation des manifestations du cinquantenaire des "indépendances" africaines. Pour Moussa Doumbia, le continent noir a encore des choses à revoir avant de parler de vraie indépendance".

Profitant de la conférence de presse annonciatrice de ses concerts à Bamako, le 2 janvier (Ndlr : concert a eu lieu samedi dernier pour Bamako) et 9 janvier à Kayes, Moussa Doumbia alias Tiken Jah Fakoly s’est élevé contre les nations africaines qui sont en train d’organiser des fêtes de 50 ans d’indépendance.
Pour le plus engagé des reggae men africains, "c’est une honte d’organiser de telles manifestations". Si pour les uns, il s’agit de célébrer simplement les pères de l’indépendance, pour le chanteur, cette fête n’a pas sa raison d’être, parce que, argumente-t-il, le rêve d’une Afrique indépendante prônée par les pères de l’indépendance a été brisé. "En 50 ans d’indépendance, nous n’avons pas de résultats positifs". C’est pourquoi, dit-il, il est illusoire d’injecter des sommes colossales pour des manifestations folkloriques et artistiques alors que des priorités qui pourraient faire le bonheur des populations démunies, attendent d’être exécutées.
" L’argent injecté peut servir à développer certains domaines, à construire beaucoup d’écoles et de centres de soins pour les enfants et leurs mères". Aux dires de l’enfant d’Odienné (Côte d’Ivoire), ces commémorations officielles se feront dans un déni de l’histoire des peuples colonisés. Ce qui lui fait dire "qu’on n’a des choses à corriger".
Dans la presque totalité des pays africains, plus particulièrement au Mali, les autorités sont en train de mettre les petits plats dans les grands pour la commémoration des 50 ans. Or, à en croire Tiken Jah, les indépendances de 1960 n’ont malheureusement pas brisé les chaînes de l’oppression : le pillage des ressources naturelles, moteur de la colonisation, perdure encore aujourd’hui et les dettes des pays en voie de développement, héritage colonial, constituent un très puissant instrument de domination politique et économique.
Logique de compagnons de Modibo
" Nous sommes les seules nations qui ont refusé l’indépendance… Nous devons enfin comprendre et accepter que le développement de l’Afrique doit venir de ses propres fils. Il est temps d’arrêter de tendre les mains à ses occidentaux", tranche-t-il.
Il faut dire que Tiken a emboîté le pas à certains camarades du président Modibo Kéita, père de l’indépendance du Mali. Ces derniers trouvent inopportune la célébration du cinquantenaire. Parmi eux, Amadou Seydou Traoré qui, lors d’une de ses sorties récentes, a déclaré que "la commémoration du cinquantenaire du Mali est une injure à la mémoire des combattants, des résistants à la pénétration coloniale et à la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour que ce pays soit indépendant". Le cinquantenaire, à ses dires, est en train d’être fait contre nos concitoyens avec ceux qui les ont persécutés.
Pour la commémoration des 50 ans, la France s’est dite solidaire de ses anciennes colonies. Pour Pauline Imbachi du Comité pour l’annulation du Tiers-monde (CATM), ces faits n’ont rien de très étonnant. "Tout cela s’inscrit parfaitement dans la vision néo-coloniale que les Européens ont de l’Afrique : un continent sans histoire, mais aux folklores des plus fous".
Dans la même foulée, l’auteur de France-Afrique, dénonce l’initiative "2010-Année de l’Afrique" que Nicolas Sarkozy a confié à Jacques Toubon la mission de mettre en œuvre une initiative "2010-Année de l’Afrique", qui à en croire Mme Imbachi, a pour objectif "de souligner et de confirmer l’évolution des relations entre la France et l’Afrique subsaharienne qui doivent rester privilégiées tout en étant renouvelées, équilibrées et transparentes".
Pour Mme Pauline, la motivation réelle de la France est la Françafrique et non les indépendances qui seront commémorées. Pour la circonstance, J. Toubon, ancien garde des Sceaux, a déjà rencontré une dizaine de chefs d’Etat africains, "l’objectif officiel étant de les associer au maximum aux cérémonies dont l’apothéose se déroulera le 14 juillet avec un défilé des contingents militaires africains sur les Champs Elysées, en présence des ces 14 chefs d’Etat..." Ce qui fait dire à Tiken que "c’est vraiment une honte pour les Africains de défiler devant Sarkozy".
Les organisateurs sont avertis : ils ne peuvent pas compter sur Tiken Jah Fakoly pour quoi que ce soit dans le cadre du cinquantenaire.
Amadou Sidibé

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ADRESSE A LA NATION DU PRESIDENT
Le référendum, mais après ?
Le référendum sur la réforme constitutionnelle, le redécoupage administratif ont été les deux thèmes que l’on peut retenir de l’adresse à la nation du général ATT. Il ne rassure pas et ne clarifie pas le jeu.
Comme à son habitude, le discours du président à la nation a été un chapelet de bonnes intentions et d’auto-satisfecit. Sur la quarantaine de minutes, il a passé le plus clair à dire "ce qu’il va faire", sans faire le bilan de ce "ce qu’il va faire", car, beaucoup des projets annoncés étaient déjà dans le pipeline de l’année dernière, et bien d’autres, qui avaient été annoncés et qui n’ont jamais eu lieu, ont été passés sous silence.
Passés également sous silence (ce n’est pas nouveau) des sujets qui fâchent et qui se posent à nous avec acuité : l’insécurité avec la nouvelle donne des enlèvements et des rapts au Mali, de Al-Qaïda qui a chassé les touristes et qui a colonisé le Nord, de la drogue, qui est devenue une réalité… Le Mali a remplacé le Cameroun dans le peloton de queue de la corruption alors que nous avons un arsenal important : ATT n’en a pipé mot.
ATT était attendu sur la question de la réforme constitutionnelle. Le problème n’a pas été la réforme, encore que la Commission Daba, aussi bien dans sa composition que dans sa mission n’a jamais fait le consensus et n’a jamais eu un mandat clair. Mais, ATT ne rassure pas dans la mesure où la question n’a jamais été la pertinence des réformes.
En effet, ce qu’on attendait du général président sur la réforme constitutionnelle, c’était qu’il donne des gages de sa bonne foi, qu’il se prononce solennellement et publiquement devant le peuple malien sur cette question récurrente de 3e mandat. A ce jour, lui-même louvoie et d’autres, des sangsues, s’agitent et sèment le trouble dans les esprits, faisant croire que le salut du Mali est dans le fait qu’ATT tripatouille pour rester.
ATT devait nous dire clairement : premièrement qu’il se tient à équidistance des clochers. Deuxièmement qu’il ne profitera pas de la situation, malgré le fait que la Constitution qui nous fera entrer dans la Quatrième République lui permettrait d’être légalement candidat. L’adhésion des uns et des autres, à la réforme, sera fonction de la neutralité du chef de l’Etat d’une part, et d’autres part, de sa promesse ferme de ne pas "profiter" de la situation. Et pour cela, lui-même a une bonne excuse : lors des présentations de vœux aux religieux, il a affirmé qu’il n’a qu’une tête, deux pieds et deux mains.
On ne l’avait pas remarqué.
Alexis Kalambry

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L'ANNEE 2009 AU MALI
Y a-t-il un pilote dans l'avion ?
Les trois cent soixante-cinq jours de l’année 2009 sont désormais aux oubliettes, mais, à l’analyse des faits et actes posés par nos gouvernants, l’on se rend à l’évidence qu’en 2009 la gestion des affaires publiques a souffert du tâtonnement, de l’amateurisme et de la… tromperie. Constat !
Il n’est plus un secret pour personne que la corruption a évolué tout au long de l’année 2009 dans notre pays. Les domaines les plus touchés par la pratique ont été surtout l’administration publique en général et l’administration financière de l’Etat et la justice.
Les manières les plus perceptibles se sont traduites surtout par des pots-de-vin, des faveurs démesurées à des décideurs, la fraude fiscale ou douanière, la surfacturation des services à l’Etat, la sous-facturation des redevances dues à l’Etat, les malversations, les trafics d’influence, la concussion, le favoritisme à l’occasion des marchés publics et l’achat de conscience. Tout cela, dans les règles de l’art, comme en témoignent les dernières mesures d’exonération d’août/septembre 2009, où en prélude au mois de ramadan, le gouvernement du Mali a accordé à certains opérateurs économiques des facilités pour l’importation du sucre et de la farine.
A ces opérateurs économiques, l’Etat a accordé l’exonération sur 55 000 tonnes de sucre et 100 000 tonnes de farine. Selon plusieurs techniciens, ces quantités représentent la moitié des besoins du Mali par an en termes de consommation de sucre et de farine. Malgré les largesses de l’Etat (vache laitière), ces opérateurs économiques n’ont pas pu honorer leurs engagements, car les prix du kilogramme du sucre et de la farine, au lieu de baisser, ont plutôt pris l’ascenseur.
Au lieu de contrer le phénomène de la corruption ou tout au moins de sanctionner ceux qui ont reçu les exonérations sans parvenir à honorer leurs engagements, nos décideurs ont simplement constaté les faits sans réagir contre les fossoyeurs de l’économie nationale. Ce qui, du coup, a fait croire à de nombreux Maliens et à juste raison, que la solution au problème n’était pas d’accorder des exonérations aux commerçants. Alors, le tâtonnement aurait pris le pas sur la clairvoyance.
Pressions sociales
L’année 2009 a vu également notre Parlement voter le Code des personnes et de la famille, renvoyé in extremis à une seconde lecture par le président de la République sous la pression de la rue. Plus de 50 000 musulmans maliens, à l'appel du Haut conseil islamique (HCI), la plus grande association musulmane du Mali, se sont rassemblés au stade du 26-Mars de Bamako, pour protester contre le nouveau code des personnes et de la famille adopté par le Parlement.
Les dignitaires religieux ont jugé le nouveau Code contraire aux us et coutumes du pays et à la religion musulmane dans certaines de ses dispositions, notamment sur le mariage religieux, les problèmes liés à l'héritage, l'âge requis pour le mariage, la reconnaissance des enfants nés hors mariage…
L’épineuse question de l’éducation a connu des hauts et des bas. Malgré le Forum national sur l’éducation, la construction d’amphithéâtres, le système éducatif malien a été en 2009 confronté à plusieurs problèmes comme la rétention des notes, les grèves d’enseignants… Si les problèmes de l’éducation ont persisté c’est parce que l’Etat n’a pas une politique d’investissement claire, nette et précise. Le manque d’infrastructures, les effectifs pléthoriques d’élèves et étudiants, la dévalorisation de la fonction enseignante, l’absence d’enseignants qualifiés et l’insuffisance de matériels didactiques sont autant de difficultés auxquelles l’école continue de faire face.
Sur ce dernier point, il ne sera pas exagéré de dire que notre école a été gérée avec amateurisme, car des centres commerciaux et des salles de spectacles sont transformés en salles de cours. Aussi le phénomène de la corruption à grande échelle et de la délinquance financière est-il à la base des nombreux problèmes qui bloquent le bon fonctionnement de l’école malienne.
L’an 2009 a été aussi l’année des revendications et des mouvements sociaux comme ce fut le cas avec les travailleurs de Huicoma réunis dans leur malheur et plus que jamais solidaires pour la défense de leurs droits, ils ont initié une marche pacifique avec le Mouvement des sans voix, la CAD/Mali pour dénoncer l'injustice, la répression, l'intimidation qu’ils subissent depuis que l'Etat malien s'est désengagé de Huicoma en mai 2005 au profit du Groupe Tomota.
Ils ont tenu à informer le peuple malien et l’opinion internationale sur le bradage de cette manne nationale, autrefois le fleuron de l'économie locale et nationale. Huicoma, une entreprise qui était nationale, disposant des installations pour le raffinage d’huile, estimée à coup de plusieurs milliards de F CFA lors de sa privation, est cédée au Groupe Tomota pour quelque 9 milliards de F CFA et exonérée d'impôts et de taxes pendant 8 ans.
Dans le cahier de charge, le Groupe Tomota devait prévoir un plan social à tout éventuel licenciement, améliorer la qualité du service. Mais, 2009 fut le cauchemar pour les travailleurs. Des hommes et des femmes ont laissé leurs familles, bravant le froid, le vent et les maladies en prenant d’assaut la Bourse de travail.
Le réveil des démons
Sur le plan de la sécurité des personnes, des biens et de l’intégrité du territoire national, l’année 2009 aura été mouvementée avec l’avion de la drogue qui a mis à nu les défaillances de notre système de défense du territoire national. "Les Américains viennent d’atterrir clandestinement au nord du Mali pour traquer les islamistes armés". "Un avion libyen vient de se poser dans le désert malien pour livrer des armes à l’armée malienne". "Un avion en détresse s’est posé en catastrophe dans le Nord du Mali". "La Grande-Bretagne a débuté une opération militaire contre les combattants islamistes, qui ont assassiné un ressortissant britannique"… Autant de commentaires après la découverte d’un avion dans le désert malien.
Il a fallu cette affaire pour que l'on sache que ni la surveillance civile (Asecna) ni l'armée ne dispose de radar ? On se perdait en conjectures au sujet de cet aéronef qui serait porteur de drogue ou d’armes et qui, contre toutes les conventions internationales est entré avec effraction dans notre pays. Et ce n’est que tard qu’un communiqué laconique a été lu sur les ondes de la télévision nationale. Pour entretenir davantage le flou artistique.
Au plan politique, le tableau n’est pas reluisant. La machine juridico-administrative, qui a statué sur le contentieux électoral d’avril 2009, n’a fait que réveiller les vieux démons en entretenant la haine entre des populations. Toutes choses qui pourraient à l’avenir nous conduire sur un terrain glissant.
Après les élections municipales d’avril dernier, des formations politiques ou des collectifs de partis ont saisi la justice pour diverses raisons dans certaines circonscriptions électorales. Sept mois après leur saisine, les décisions de la justice ont créé une certaine tension qui, si l’on ne prend garde, pourrait porter préjudice à la stabilité de l’Etat.
De mémoire de Malien, les procès post-électoraux ne se sont jamais tenus de la sorte. Sept mois après les faits que des Maliens se traînent toujours devant la justice pour des problèmes de fraudes électorales, est rarissime.
Partout où la justice s’est prononcée sur le contentieux électoral, la tension ne fait que monter. A Yélimané, Ségou, Banamba, où la juridiction suprême a confirmé les verdicts du Tribunal administratif de Bamako, c'est la veillée d'armes entre composantes d'une même population. A Kalabancoro, à Moribabougou, et en Commune IV, les yeux sont désormais tournés vers la Cour suprême qui a dissous le conseil communal.
Des faits parmi tant d’autres qui ont marqué l’an passé et qui, schématiquement ont prouvé que notre pays a été géré dans le tâtonnement, l'amateurisme et la tromperie.
Idrissa Sako

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CHRONIQUE D'IBA
Le Mali est-il totalement indépendant ?
Personne ne se plaindrait si les relations de maître à sujet disparaissaient définitivement.
Comment expliquer la politique actuelle de la France à notre égard après des décennies d’histoire commune, après la guerre de libération de la France en partie par les tirailleurs sénégalais (dont de nombreux Soudanais, aujourd’hui Maliens), après l’apport de la main-d’œuvre malienne à l’édification et à l’industrialisation de la France ? Aujourd’hui c’est la croix et la bannière pour obtenir un visa d’entrée. Bon nombre de nos compatriotes, souvent des couples ne peuvent vivre ensemble, l’un étant bloqué de l’autre côté de la Méditerranée.
L’année 2010 sera une grande célébration africaine. La France a décidé de coordonner les festivités africaines. Au nom de quoi ? De quelle amitié ? De quelles relations privilégiées ? Le 14 juillet 2010 sur les Champs-Élysées, les délégations africaines et certains de leurs présidents à leur tête seront aux côtés du président Nicolas Sarkozy pour la grande parade. En effet, des contingents des armées des anciennes colonies françaises (c’est bien le mot utilisé) vont défiler pendant que leurs frères demeurent sans logis dans les quartiers pauvres de la région parisienne.
Le cinquantenaire n’est-elle pas une occasion d’exprimer plus de solidarité et de justice ? Pourquoi ne pas régulariser une grande partie des sans papiers maliens vivant sur le territoire français. Pourquoi ne pas normaliser définitivement la situation des anciens combattants ? Pourquoi ne pas accorder plus de visas à nos concitoyens et cela dans des conditions de dignité ?
Cette fête d’indépendance est l’occasion, pour nous Africains, de réfléchir sur notre parcours, sur nos relations avec les anciennes puissances coloniales. Ceci pour créer un cadre de partenariat basé sur le respect, sur l’intérêt mutuel et sur plus d’équilibre. N’est-il pas temps d’en finir avec certaines pratiques : à une ou deux exceptions près, un président africain n’est même pas accueilli à sa descente d’avion par son homologue. Chez nous, c’est tout le gouvernement sur le tarmac et toute la population qui est invitée le long du parcours du convoi présidentiel laissant toute occupation professionnelle.
Dans un autre registre, il nous faut plus d’équilibre dans notre politique d’attribution de visas en instaurant la réciprocité. Si de l’autre côté, les conditions sont draconiennes, alors la rigidité est une nécessité de notre part. Qu’on cesse de nous dire que pour encourager le tourisme, nous devons attribuer facilement le visa. Nous avons été citoyens français mais certains peuples qui n’ont eu aucune histoire commune avec la France s’y rendent à leur gré. Osons nous affirmer et osons défendre nos intérêts !
Hier comme demain l’Occident aura besoin de l’Afrique qui est un marché porteur avec l’une des mains-d'œuvre les plus jeunes du monde, nous avons les matériaux stratégiques… Alors appuyons-nous sur nos forces pour changer les règles du jeu et en finir avec le pacte colonial qui est la politique du cheval et du cavalier, à un moment où d’autres partenaires se pressent à nos portes.
Le néo-colonialisme est encore à nos portes. L’Afrique n’a pas su utiliser les chaînes brisées pour reconstruire le continent, pour se démarquer à jamais de l’esprit colonial. Les pères fondateurs ont réussi à imposer leur idéologie, mais les générations suivantes peinent à s’affranchir. La colonisation est morte, vive la reconquête !
Dans le monde où nous vivons, est libre celui qui contrôle son économie. Sans vouloir être un ultra nationaliste, je me pose des questions sur toutes ces grandes sociétés basées dans nos pays et appartenant aux étrangers. Ne faudrait-il pas adopter des mesures afin que les Maliens soient copropriétaires des installations économiques se trouvant sur notre territoire et appartenant aux étrangers ?
Depuis l’avènement de la démocratie, bon nombres de sociétés étrangères prennent des participations dans les entreprises publiques. Les défenseurs du capitalisme diront que cela va permettre au secteur d’être compétitif, d’avoir des ressources humaines qualifiées. A mon avis, cette stratégie reste une solution par défaut qui facilite le transfert des capitaux vers les banques étrangères.
La logique et la justice sociale voudraient que nous soyons les premiers bénéficiaires des biens et services produits chez nous. Nombreux sont les Maliens qui sont sensibles, voire indignés par le trafic des minéraux. Le prix de l’or n’a jamais été aussi élevé. Nos populations ne profitent pas de cette manne. Si nous arrivons à créer les conditions d’un retour des cerveaux, alors nous serons à même de mieux contrôler notre destin.
Le néocolonialisme n’est pas qu’économique. Il est également culturel. Aujourd’hui, nombre de pays étrangers nous imposent leur culture, leurs habitudes alimentaires, leurs façons de faire. Faites un petit tour dans les discothèques. Rien que de la musique française, américaine et jamaïcaine. J’avoue que les sonorités sont appréciables. D’accord pour s’en abreuver, mais ne peut-on pas danser également sur du Salif Kéita, Oumou Sangaré, Molobali ? Pourquoi ne pas imposer un quota de musiques maliennes aux discothèques et aux stations de radios.
J’ai piqué ma dernière grosse colère de 2009, le 31 décembre dernier quand un ami se plaignait du fait que le rallye Paris-Dakar ne passait plus par l’Afrique. J’étais indigné !
L’Afrique n’est la cour de récréation de personne. Il aurait fallu que nos dirigeants interdisent cette course, qui fait des victimes et qui fait croire à beaucoup que notre continent est leur arrière-cour. Si nous ne faisons pas attention, cette idée va se propager et nous nous retrouverons avec des valeurs, des mœurs qui ne sont pas nôtres. En retour, nous avons des valeurs séculaires qu’il faut défendre sans mépris.
C’est le début de l’année. Nous n’allons pas nous fâcher. La fête sera très belle avec des concerts, des caravanes. Il y aura à boire et à manger pour beaucoup. Il y aura également de gros marchés. Au-delà de tout ce folklore, de cet aspect un peu superficiel, j’espère que chacun aura une pensée pour les présidents Modibo Kéita, Senghor, Nkrumah. Je souhaite qu’en cette année du cinquantenaire, le Mali entame une vraie révolution afin de bâtir une nation plus juste qui garantisse l’éducation, la santé, la prospérité à chaque enfant de notre Maliba.
Bonne et heureuse année 2010. Que cette nouvelle année resserre nos liens. Que chaque nouvelle année, nous nous réveillons plus libres et maîtres de nos destinées !
Birama Konaré

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DU NOUVEAU AUX EDITIONS JAMANA

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