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2010

Mois d'avril

Les Echos du 23 Avril

 

COUP DE POING DANS DES PARKINGS
La chasse aux véhicules d’occasion
Alors qu’ils étaient en pourparlers avec la direction générale des douanes pour le paiement des 50 millions de F CFA représentant les frais de caution d’importation des véhicules, les revendeurs ont été désagréablement surpris hier par la descente des éléments du guichet unique de la douane et de la police dans leurs parkings pour conduire à la fourrière des voitures non dédouanées.
L’atmosphère était loin de la sérénité jeudi 22 avril dans les parkings de véhicules de Badialan que des éléments de la police ont encerclés dès 5 h du matin pour une opération coup de poing destinée à conduire les véhicules des parkings du Badialan dans la cour de la douane. Motif invoqué : le non-paiement, par les revendeurs de véhicules d’occasion, des 50 millions de F CFA représentant les frais de caution.
Pris en otage par des forces de sécurité qui ont même interdit l’accès du goudron de la zone des parkings, les revendeurs de véhicules ont qualifié la situation de "violence institutionnelle".
Pour les responsables du GIE du Groupement des revendeurs de véhicules d’occasion (GRVO), Ousmane Fofana et Diakité, ils étaient en négociation avec la direction générale des douanes en vue de la reconversion progressive de ce secteur informel vers le formel. Ils avaient adressé des correspondances à la direction générale de la douane avec ampliation à la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM).
Les revendeurs de véhicules, constitués en Groupement des revendeurs de véhicules d’occasion, ont décidé de se cotiser. Selon Ousmane Fofana, le vice-président du GRVO, les importateurs ont payé chacun 100 000 F CFA et les courtiers 50 000 F CFA par personne. Le montant cumulé s’élève à près de 21 millions de F CFA déposé dans un compte. A ses dires, le président de la CCIM, Jeamille Bittar, s’était engagé à compléter ce montant à 50 millions de F CFA pour payer la caution.
" Nous étions dans l’attente de la réponse de la douane pour créer ne serait-ce qu’un entrepôt afin d’œuvrer avec la douane main dans la main", témoigne M. Fofana. Toutefois, rappelle-t-il, le Trie est payé à partir de la frontière à raison de 12 500 F CFA par véhicule. "Ce qui fait des milliards pour l’Etat. Or normalement, ce fonds doit nous revenir", se plaint-il.
Dans sa colère, M. Fofana accuse le chef de Brigade du guichet unique, Issoufi Dagamaïassa de les avoir soudoyés par personne interposée. "Le chef de la Brigade nous a envoyé quelqu’un la semaine dernière, pour nous demander de lui proposer quelque chose afin qu’on soit épargné. Mais le bureau a jugé nécessaire de ne rien donner comme dessous de table. Et voilà le résultat", ajoute-t-il.
Les importateurs de véhicules soutiennent mordicus qu’ils font rentrer dans les caisses de l’Etat 5 à 10 milliards de F CFA. "Il ne faut pas qu’on vienne nous chasser comme des vagabonds, des délinquants…", protestent les revendeurs, qui affirment que le chef du guichet unique agit sous les ordres de la direction générale qui lui aurait instruit d’augmenter ses recettes de 900 millions de F CFA à 1,200 milliard de F CFA par an. Depuis deux à trois mois, c’est la chasse ouverte aux parkings et véhicules non dédouanés à Bamako. Des opérations coup de poing ont été même menées jusque dans des domiciles privés, censés abriter des véhicules suspects.
Le chef de Brigade, l’inspecteur Issoufi Dagamaïssa qui dirigeait hier les opérations explique que les négociations arguées par les promoteurs sont des faux-fuyants. Selon lui, la mesure visant à instituer les cautions a été décidée en janvier 2010 et aucun d’entre eux ne s’est mis en règle.
Il soutient que le guichet unique est parti du constat selon lequel, les parkings foulent au pied la réglementation douanière en entreposant des véhicules non dédouanés ou munis d’un simple laissez-passer avec des plaques étrangères.
A ses dires, le règlement indique que les véhicules non dédouanés doivent être conduits directement dans la cour de la douane. C’est pourquoi, a-t-il ajouté, les engins en règle ont été épargnés dans l’opération d’hier.
M.Dagamaïssa s’inscrit en faux contre les accusations portées contre lui d’avoir réclamé des pots-de-vin au GIE."Qu’ils disent ce qu’ils veulent, on me connaît sur ce plan", martèle-t-il.
Abdramane Dicko
Mohamed Daou

Des policiers troublent l’ordre public
Réputés pour leur zèle, des jeunes policiers déployés pour conduire l’opération de ramassage des véhicules dans les parkings de Badialan ont perturbé toute la matinée d’hier la circulation sur le goudron qui passe par les trois Badialan.
En les voyant, ils donnaient l’impression d’être en territoire conquis. Ils ont encerclé les parkings, fermé des voies et ont fait dévier le passage de paisibles citoyens. Ils ont interdit l’accès des parkings aux journalistes venus recouper l’information.
Jusqu’à la mi-journée, c’était le désordre aux Badialan I, II et III, des issues ayant été bouclées. Des policiers ont brutalisé de simples passants comme des malpropres. Pourquoi tout cet acharnement alors que des bandits de grand chemin terrorisent la population au vu et au su de tous ?
A. D. et M. D.

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REFORME CONSTITUTIONNELLE
ATT pris à son propre piège ?
Le projet de réforme constitutionnelle peine à convaincre les Maliens de la volonté du président de "toiletter" les textes et de partir. Les autres Africains, pas.
Le Cari a remis ses conclusions après une "large concertation". Malgré les efforts d’ATT pour convaincre de sa volonté de ne pas briguer un 3e mandat, les Maliens ont de la peine à y croire, à preuve, la question revient à tout moment. Ce qui fonde les Maliens ou qui trouble, c’est qu’ATT a bouclé ses 10 ans, dont 5 ans dans une situation idyllique où il aurait pu mener toutes les réformes de la terre sans soulever de suspicion et sans faire douter de lui. "Pourquoi attend-il la fin de son mandat pour lancer ce toilettage ?" est la question qui revient à tout moment.
Et, le fait que l’on ne touche rien dans l’article 30 ne signifie rien du tout : la réforme constitutionnelle nous projettera dans la IVe République. La loi n’étant pas rétroactive, ATT ne sera nullement tenu par l’ancienne Constitution. Bref, toutes les menaces ne sont pas dissipées sur le péril de voir rempiler ATT. Il a commencé à dire deux fois qu’il va se retirer à la fin de son mandat, pour finir, depuis un certain temps, de laisser planer un doute. Une incertitude et une confusion savamment entretenue par lui-même.
Sinon, comment comprendre qu’au moment où le général termine son mandat et doit se retirer, ses proches travaillent à le maintenir, conditionnent l’opinion à un 3e mandat et même font en sorte que le verrou constitutionnel saute. C’est ce décalage entre les professions de foi et les agissements qui contribuent à maintenir la confusion et le doute au sein des populations.
La Commission Daba n’a pas rassuré outre mesure : elle a travaillé en toute opacité, et a souvent donné l’impression de travailler contre l’opinion et contre l’Assemblée nationale. En effet, la Commission semblait partisane, ou en tout cas, avec une religion déjà fondée bien avant "ses concertations".
A ce que l’on voit, la messe n’est pas dite. Tout le monde ne semble pas subjugué par les déclarations de bonnes intentions et veulent des faits et des professions claires. C’est le cas de l’ADJ par exemple qui ne compte pas donner un blanc-seing à la Commission Daba et à ATT par rapport aux réformes qui, comme avec le code, va éviter le débat et tenter un passage en force. La Commission Daba, jusqu’à la présentation de son rapport, n’a jamais communiqué, n’a jamais rassuré.
Pour l’ADJ, la relecture ou la révision "n’est aujourd’hui pas opportune, nécessaire et ou vitale. Nous estimons que cette révision devrait faire l’objet d’un vrai débat national (en lieu et place d’un conciliabule entre experts) en vue d’aboutir à de vraies réformes susceptibles de consolider la démocratie et non à des replâtrages destinés à créer ou renforcer des situations de rente tout en entretenant une illusion démocratique ; disons que la Constitution doit demeurer intacte et intangible à l’heure actuelle, jusqu’à satisfaction des préalables". Et pour l’ADJ, ces "préalables" sont, selon l’ADJ, un "accès équitable des citoyens à la santé, à l’éducation, à l’emploi, à la justice, à la sécurité, à la propriété foncière".
Cependant, la lueur d’espoir vient de youyou admiratif poussé par toute l’Afrique, qui a encore une fois, "salué le modèle malien". Nos compatriotes se sont faits tout petits et, tout en accusant ses regards admiratifs et ses encouragements, pour un "modèle qui détonne" sur l’océan de tripatouillage qui caractérise l’Afrique. En effet, le fait que la presse africaine, dans son ensemble ait salué "l’exemple malien", "ATT, l’homme des transitions", nous fige certainement dans nos arrière-pensées.
Dans la sous-région, le tripatouillage est devenu la règle : ceux qui se battent pour rester, contre la Constitution, ceux qui imposent leur descendance, ceux qui créent le chaos. Cependant, dans tous les cas, il y a forcément une mise en perspective à tous les niveaux : les histoires ne sont pas les mêmes et les acquis démocratiques ne sont pas venues des mêmes façons.
Pour le cas spécifique du Mali, il ne sera dressé pas particulièrement des lauriers à ATT (son prédécesseur Alpha l’a fait en 2002) pour avoir respecté la Constitution, la démocratie pour laquelle certains de nos concitoyens ont accepté de donner en rançon leur vie, leur sang. Par contre, il ne sera permis à personne de tripatouiller, encore moins de la réécrire à son "image et à sa ressemblance".
Ce qui se présente maintenant, c’est que le général s’est fait ferrer, ayant eu les félicitations anticipées de l’opinion internationale, les encouragements des peuples brimés d’Afrique, il ne pourrait, normalement plus reculer. Aujourd’hui, ATT est condamné, sous peine de sortir de son schéma, de laisser la main en 2012. A cela, sans lui tresser des lauriers, on pourrait répandre de la cendre.
Alexis Kalambry

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SUR LA ROUTE DE KOULOUBA
Après deux "M" et deux "A", deux "L" avant deux "I"
A quelque deux ans de l’élection présidentielle que notre pays va connaître, déjà dans les milieux politiques, chaque présidentiable se prépare. On propose, on impose, on s’associe et l’on se démarque. Bref, on calcule, mais jusque-là aucun nom n’est sorti. Tous s’accordent pour dire que le moment venu, le parti décidera.
Mais en attendant l’heure des congrès pour désigner de façon légale le candidat, même si dans ce cas, la légitimité n’a pas de valeur, car le pouvoir de l’argent aura son poids. Dans tous les cas, des ambitieux, des astucieux et des m’as-tu-vu affûtent leurs armes. C’est le cas de ce membre du directoire d’un grand parti de la place qui a mûri longtemps son intention de briguer la magistrature suprême de notre pays.
Pour s’assurer de sa victoire, des sorciers, magiciens, marabouts et autres féticheurs sont consultés. Des sacrifices de toute nature sont faits. Ainsi, notre "futur président" aurait été convaincu par les féticheurs d’une localité du Mali où les sciences occultes sont de mises.
On lui aurait dit que tous ceux qui ont dirigé ce pays ou prétendent le diriger ont obligatoirement leurs initiales dans le nom du Mali. A commencer par Modibo Kéita et Moussa Traoré dont les initiales commencent "M". "A" pour Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré. Dans ce cas, le nom du futur président doit commencé par "L". déjà M. L. est aux anges. Il n’attend que le moment opportun pour officiellement déclarer sa candidature. Selon son entourage, même s’il doit se présenter contre l’avis de son parti, il le fera.
Alors, faites les combinaisons. D’ores et déjà sont exclus tous ceux et celles dont le nom ne commence pas par "L". A ce rythme, après le "L", c’est le "I" comme Idrissa, c’est-à-dire moi-même qui viendrai à moins que l’on ne confonde I à Y.
Idrissa Sako

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GESTION DE L’ADP
La Cop/GRD-Mali lancée
Pour promouvoir la nouvelle conception de la gestion de l’aide publique au développement dans notre pays, un groupe de cadres maliens et d’experts internationaux, membre de la Communauté africaine de pratiques sur la gestion axée sur les résultats (AfCop) vient de mettre en place la Communauté malienne de pratiques sur la gestion axée sur les résultats du développement (Cop/GRD-Mali).
Appuyé par la Banque africaine de développement (Bad), le lancement officiel de Cop/GRD-Mali a eu lieu le 22 avril 2010 à Bamako sous la présidence de Lassine Bouaré, ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances chargé du Budget. C’est sur la base d’un certain nombre de constats qu’un groupe de cadres maliens et d’experts internationaux membre de l’AfCop ont jugé nécessaire de mettre en place ce réseau dans notre pays.
Selon la présidente du comité d’organisation de la cérémonie de la Cop/GRD-Mali, l’initiative du lancement de la Cop/GRD-Mali entre en droite ligne des efforts visant à rationaliser la gestion des ressources pour une lutte efficace contre la pauvreté.
Pour le représentant du Groupe de la Bad, le réseau permettra d’ancrer davantage la culture des résultats dans les institutions de notre pays, de renforcer les capacités et les systèmes nationaux de gestion. "Cop/GRD-Mali va certainement, selon le ministre délégué chargé du Budget, permettre des innovations et des avancées en matière de suivi d’évaluation du Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (CSCRP)".
La Communauté africaine de pratiques sur la gestion axée sur les résultats (AfCop) a été créée en février 2007 au Vietnam à l’occasion de la 3e table ronde internationale sur la gestion axée sur les résultats de développement (GRD) pour faire face à la forte exigence des gouvernements et de la communauté internationale sur la nécessité d’une gestion rationnelle et efficace des ressources publique d’aide au développement.
La Cop/GRD-Mali est le fruit de l’AfCop. Elle vise à promouvoir la nouvelle conception de la gestion de l’aide publique au développement dans notre pays, de sensibiliser et d’informer les différents acteurs concernés sur les enjeux et les défis de la gestion axées sur les résultats de développement.
Sidiki Doumbia

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MALI-SENEGAL
Le point de la coopération bilatérale
Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Moctar Ouane, et son homologue du Sénégal, Madické Niang, ont co-présidé le jeudi 22 avril 2010, la cérémonie d'ouverture des travaux de la 12e session de la grande commission mixte de coopération Mali-Sénégal.
Au cours de la rencontre, les experts des deux pays ont fait le tour d’horizon de tous les domaines éventuels de coopération bilatérale entre Bamako et Dakar.
Il faut rappeler que cette coopération s’articule autour des échanges commerciaux, les liaisons routières, ferroviaires et aériennes, la libre circulation des personnes et des biens, la coopération entre les administrations.
Les échanges commerciaux sont l’un des moyens les plus sûrs et les plus concrets de la coopération sénégalo-malienne. Ils constituent l’ancrage des relations historiques entre Sénégalais et Maliens. Le Mali et le Sénégal appartiennent à plusieurs ensembles sous-régionaux comme le CILSS, l’OMVS, la Cédeao, l’Uémoa et l'Union africaine.
Créée en 1963, la grande commission mixte de coopération est un mécanisme bilatéral de concertation qui permet aux deux pays de faire, périodiquement, le point de leur coopération bilatérale et de dégager les voies et moyens de son renforcement.
Amadou Waïgalo

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DOSSIER
1erMANDAT D’ALPHA OUMAR KONARE
Difficile enfantement
Voilà bientôt un an que nous repassons en revue l’actualité contemporaine du Mali, à la lumière des témoignages, des analyses et des commentaires de jeunes, mais également, de ceux qui en ont été témoins.
Après avoir parlé de la colonisation, des indépendances, des luttes PSP-RDA, de l’accession de Modibo Kéita au pouvoir, de sa chute, des répressions, de GMT, de son long règne, de la transition démocratique, nous arrivons au premier mandat d’Alpha.
Dans le dossier que nous vous présentons cette semaine, comme au long de l’année, nous avons fait réagir le plus de personnes possibles, avec toujours pour seuls soucis, de laisser une image équilibrée.
Le premier mandat d’Alpha n’a pas été facile : l’environnement politique affichait à la fois scepticisme, suspicion et réticence. Pour beaucoup d’acteurs, il était possible, du moins, on devrait faire un remake de mars 1991. Au point que, malgré le mot d’ordre "gestion concertée du pouvoir", malgré une certaine volonté acharnée d’Alpha d’avoir tous les acteurs du Mouvement démocratique, certains ont continué à être membre de l’attelage majoritaire le jour, opposant la nuit. Le loup qu’on introduit dans la bergerie.
Sommes toutes, la complexité de la situation politique, la situation sociale de ni guerre ni paix entretenue par des franges qui ne voulaient pas que "ça marche" (on se souvient des sabotages de l’éclairage public !), des "bilans globalement goudronnés" que l’on dénie aujourd’hui !... Les raisons essentielles des atermoiements continuels de ceux qui ont travaillé à tout casser tiennent à leur opposition à la démocratisation de la vie politique, la transparence dans la gestion de l’Etat, le respect du cadre juridique.
Dans notre dossier d’aujourd’hui, qui ouvre les pages du premier mandat d’Alpha, nous seront plus globaux. Dans les jours à venir, nous irons en profondeur pour parler de cette période qui fonde notre démocratie, mais qui a eu un enfantement difficile.

L’AN SOUS LE 1er MANDAT D’ALPHA OUMAR KONARE
Apprentissage à la démocratie parlementaire
L’Assemblée nationale sous le premier mandat du président Alpha Oumar Konaré a été dominée par l’Adéma/PASJ. L’Abeille, arrivée en tête à l’issue des deux tours des élections législatives, n’aura pas cependant les coudées franches face à une opposition menée par le Cnid/Fyt.
L’Assemblée nationale, restée monocolore pendant toute la durée du régime de Moussa Traoré, parce que composée des seuls députés de l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), a connu un bouleversement profond à l’issue des premières élections législatives démocratiques en 1992.
Les élections législatives sont organisées entre février et mars 1992, selon le système de scrutin de liste majoritaire à deux tours. Une ordonnance du Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) du 16 octobre 1991 a dégagé 116 sièges de députés pour l’intérieur du pays et 13 sièges de députés pour les Maliens de l’extérieur.
Les élections législatives se déroulent en deux tour aux termes desquelles l’Alliance pour la démocratie au Mali, Parti africain pour la solidarité et la justice (Adéma/PASJ) obtient la majorité absolue des sièges avec 76 députés tandis que neuf autres partis politiques (Cnid/Fyt, US-RDA, RDP, UMADD, PMD, PDP, UDD, RDT et UFDP) se partagent les 40 sièges restants.
La répartition des sièges est la suivante : Adéma/PASJ (76), Cnid (9), US-RDA (8), PMD (6), RDP (4), UDD (4) RDT (3), UFDP (3) PSP (2), UMADD (1). Cette Assemblée est présidée par le Pr. Ali Nouhoun Diallo. L’Assemblée nationale est un lieu de débats où, malgré sa majorité écrasante, l’Adéma/PASJ et le gouvernement qui en est issu doivent faire face aux critiques au vitriol des groupes parlementaires Cnid et UFDP avec à leur tête Me Mountaga Tall et Youssouf Traoré. Le premier va d’ailleurs tenter de renverser le gouvernement Younoussi Touré en déposant lors de la Déclaration de politique générale une motion de censure. Celle-ci n’a pas le soutien des députés de l’Adéma/PASJ.
L’Assemblée nationale tout comme le gouvernement doit faire face à une crise, notamment scolaire. Ainsi le 5 avril 1993, l’Assemblée comme d’autres institutions de la République voient leurs locaux brûlés ou saccagés. Pour apaiser la tension sociale et fidèle à une gestion concertée du pouvoir, l’Adéma recourt à la formation d’un groupe politique qui s’appellera les "Partis signataires du pacte républicain" (PSPR).
Sous cette première législature, l’Assemblée nationale ne fait pas dans la dentelle, elle va jusqu’à lever l’immunité parlementaire de certains députés, notamment Ngolo Sanogo du PMD, Youssouf Traoré de l’UFDP. Le PSPR ne va pas longtemps survivre surtout avec l’approche des élections de 1997.
Pour certains ex-députés, la première législature de la III république n’a pas été facile. "Tout était à refaire et relevait de l’urgence. Il fallait de la patience, de l’écoute", se souvient l’ex-député Claudias Dembélé. A l’en croire, l’opposition a joué son rôle. Pour lui, la première législature a été une période d’apprentissage à la démocratie parlementaire.
Denis Koné

CHOGUEL KOKALA MAIGA, PRESIDENT DU MPR
" Alpha a laissé un pays uni"
Le président du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) et membre de l’ex-Collectif des partis politiques de l’opposition (Coppo), Choguel K. Maïga n’a pas été pour une fois critique vis-à-vis d’Alpha Oumar Konaré. Dans l’entretien qu’il a accepté de nous accorder en dérogeant à ses principes, il estime que l’ancien président du Mali a laissé un pays uni.
" Alpha n’est pas au pouvoir aujourd’hui. Tout ce qui devait être dit quand il était au pouvoir a été dit. Du moment où il n’est plus là, pour des raisons évidentes, il ne va pas polémiquer avec ses détracteurs. Ceux qui le défendaient en son temps ne le font plus.
Certains sont même devenus ses adversaires alors qu’ils sont même co-responsables de tout de ce qu’on peut lui reprocher. D’autres qui sont restés dans son camp ont leur propre agenda en tout cas pour beaucoup d’entre eux. Donc, à mon avis, si je fais des accusations, il n’y aura pas quelqu’un pour répliquer. Ce ne serait pas sain de ma part de m’attarder sur ce qu’on peut lui reprocher.
L’important pour nous, en tant qu’acteurs politiques, est de nous interroger sur ce qu’il a laissé de positif. Les insuffisances ne manquent pas, car comme on le dit, on ne dirige pas un pays impunément. Quelqu’un qui dirige le pays, même si c’est peu de chose qu’on retient de lui, c’est ce qu’il faut valoriser.
Un bilan politique est globalement apprécié selon le bord politique où l’on se trouve. Mon souhait était que vous m’adressiez des questions par écrit auxquelles je répondrais par écrit de façon réfléchie. Mon sentiment est que je ne veux pas lui porter de simples jugements. Tout ce qui concerne un ancien président venant de la part d’un responsable politique doit être mûrement réfléchi.
Ce n’est plus le moment de polémiquer. Mais c’est le moment de s’interroger sur ce qu’il a laissé de bien. Cet héritage, même si certains disent sur le plan idéologique que c’est le bilan de l’Adéma, je dirai que c’est plutôt le bilan du Mali. Parce que c’est au nom de tous les Maliens qu’il a agi.
Il est de notre devoir en tant que responsables politiques, d’analyser ce bilan avec lucidité, ce qu’il a laissé de bien pour construire le pays sur cette base. Les gens seront surpris, mais je ne suis pas de ceux qui sont les plus critiques contre Alpha. Ceux qui le sont aujourd’hui ce sont ceux-là mêmes qui étaient avec lui et qui l’ont quittés.
Je n’ai pas du tout envie de jouer à l’opposant des années 1990 avec Alpha. Il a fait son temps. Il a fait ce qu’il pouvait. Ce n’est pas le moment de lui jeter des cailloux. Je pense qu’il a laissé le pays uni. C’est le plus important, parce que ce n’était pas évident avec les événements de 1991, le problème du Nord. Il a organisé sa sortie du pouvoir de façon que le pays continue à vivre dans la stabilité. C’est cela le plus important pour moi".
Propos recueillis par
Abdrahamane Dicko

PREMIER MANDAT D’ALPHA
Des Bamakois s’en souviennent
Quoique dominé par de nombreux problèmes, le premier mandat d’Alpha Oumar Konaré aura été, de l’avis de nombreux Bamakois, l’amorce véritable de la démocratie dans notre pays. Ré-souvenirs.

Mohamed Sylla (vérificateur) :
" Le premier mandat d’Alpha a été l’amorce de la démocratie au Mali. C’est à partir du premier mandat d’Alpha qu’on s’est trouvé dans un environnement démocratique et tout le monde s’est senti concerné par le développement".

Mariam Sissoko (enseignante) :
" Alpha a été tenace sinon il allait jeter l’éponge dès le tout début de son premier mandat. Ça n’a pas été facile. Il y avait trop de problèmes, mais il a su faire preuve de psychologie et souvent de pédagogie pour surmonter les difficultés et maîtriser par la suite la situation".

Mamadou Kéita (comptable) :
" Le premier mandat d’Alpha a été dominé par de nombreux problèmes. Alpha est un vrai politique si ce n’est pas cela il allait échouer. Il faut reconnaître qu’il a mis le pays sur les rails".
Wassa Dicko (teinturière) :
" Alpha connaît assez la politique, c’est pourquoi il a pu administrer le Mali durant son premier mandat. Le début de ce mandat a été très, très difficile".
Propos recueillis par
Sidiki Doumbia

PREMIER MANDAT D'ALPHA OUMAR KONARE
Un front social en ébullition
Pendant le premier mandat du premier président démocratiquement élu du Mali, il a fallu trois gouvernements pour qu'une certaine stabilité s’instaure au Mali.

Suite à l'avènement du pluralisme politique, le président Alpha Oumar Konaré a été élu à la tête du Mali en 1992 devenant ainsi le premier président démocratiquement élu du pays. Au départ, ils étaient plusieurs chefs de partis politiques et têtes de proue de mouvements à briguer la magistrature suprême.
Mais il s'est trouvé que le parti d'Alpha Oumar Konaré (l’Adéma/PASJ) était le mieux implanté sur le territoire national. Au second tour de l'élection présidentielle de 1992, son adversaire était Tiéoulé Mamadou Konaté (paix à son âme). Celui-ci présentait deux handicaps : son parti, le Bdia issu de l'Union soudanaise RDA qui avait présenté un autre candidat ; il était beaucoup plus connu à l'étranger qu'au Mali.
C'est Alpha Oumar Konaré qui sera élu à la tête du Mali avec un score honorable. Les chefs de partis politiques, en acceptant leur défaite reconnaissaient au président Konaré une légitimité certaine. Toutefois, il y a eu des suspicions qui ont entouré l'élection du président du Mali démocratique.
Au regard de cette situation, le président Konaré a jeté son dévolu sur un Premier ministre peu connu. Il s'agit de Younoussi Touré. A la nomination de celui-ci, les chefs de partis politiques ont tenté de le déstabiliser. Et ils y arriveront au bout de quelques mois. Le chef de gouvernement rendra finalement son tablier suite aux événements du 5 avril 1993.
Le président Alpha Oumar Konaré fit alors appel à Me Abdoulaye Sékou Sow. Il démissionnera par la suite au motif qu’il n’avait pas le soutien du parti majoritaire et ceux de la mouvance présidentielle. C’était au lendemain de la dévaluation du F CFA en février 1994. Pourtant, bon nombre de partis pourtant étaient signataires du Pacte républicain. Dans ces conditions normalement, ils devaient soutenir l'action du gouvernement. Malgré tout, certains se sont comportés en partis d'opposition à l'image du Cnid.
Pour tout dire Me Abdoulaye Sékou Sow a eu aussi des problèmes de gestion gouvernementale. Finalement, la stabilité ne viendra qu'avec l'arrivée d'Ibrahim Boubacar Kéita en 1994.
Dans le même temps, les partis politiques manipulaient l'AEEM. Dans ces turbulences, le nouveau PM est parvenu tant soi peu à calmer le jeu et les ardeurs. Aussi, le Mali est parvenu à réaliser de bonnes choses en lançant des travaux d'infrastructures routières gigantesques et en créant des écoles partout dans le pays. Au même moment, les salaires étaient régulièrement payés.
Ni les rivalités politiques personnelles ni l'appétit du pouvoir des uns et des autres n'ont rien enlevé à la détermination du président Konaré à remettre le Mali sur les rails du développement. Tout allait au mieux. Et le pays avait surtout la confiance des bailleurs de fonds.
Mohamed Daou

ALPHA OUMAR KONARE
Un Africain de cœur
Président du Mali de 1992 à 2002, Alpha Oumar Konaré est à la fois représentatif d’une nouvelle génération de leaders africains parvenus au pouvoir avec la vague de démocratisation des années 1990. Tout en demeurant un cas d’espèce, notamment dans la sphère francophone : cet intellectuel chaleureux, apprécié sur la scène internationale pour la conviction et l’enthousiasme qui marquent ses interventions, s’est surtout illustré comme un chef d’Etat respectueux des institutions. Portrait !
Né le 2 février 1946. Cinquième enfant d'une famille nombreuse de 14 frères et sœurs, le fils de Dougoukolo et de Binthily Diallo se signale très tôt par des qualités particulières : la courtoisie, l'humilité, la fermeté de caractère et surtout la vivacité d'esprit. "Des qualités qu'il a héritées de son père, qui fut un enseignant modèle et de sa mère, une épouse exemplaire".
Un coup d'œil sur le cursus scolaire du président Konaré suffit de se convaincre qu'il a été un élève brillant. En effet, après ses études primaires à Kayes et secondaires à Bamako et Dakar, il fait son entrée à l'Ecole normale secondaire de Katibougou (section lettres) d'où il sort major de sa promotion en 1964. A 18 ans déjà, il enseigne.
En 1965, il interrompt cette période professionnelle et retourne à l'école, avec son admission sur titre à l'Ecole normale supérieure, département histoire et géographie d'où il sortira encore major en 1969. C'est à partir de cette rampe de lancement qu'il accède à l'Université de Varsovie (Pologne) où il soutient en 1975 une thèse de doctorat de 3e cycle en histoire/archéologie.
Promu ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture en mai 1978, il restera au gouvernement jusqu'à août 1980 à la tête d'un département qui sera amputé du secteur-clef de la jeunesse à partir de 1979. Après sa démission, de 1980 à 1989, il se consacre à la recherche au Centre pédagogique supérieur qui deviendra en 1982 l'Institut supérieur de formation et de recherche appliquée (Isfra).
En 1989, il obtient une mise en disponibilité pour créer un Centre de formation pour l'éducation formelle et informelle avec un statut privé. Comme on peut le constater, la formation et surtout la carrière professionnelle de celui qui a été investi le 8 juin 1992 président de tous les Maliens se sont effectivement accomplies au Mali.
Ce qui en a fait un véritable "enfant du pays", un "homme du peuple" et surtout un militant qui a bataillé ferme sur plusieurs fronts notamment au sein de l'Association des élèves de l'école normale supérieure (ADEENSUP), du Syndicat national de l'éducation et de la culture (Snec), de la Coopérative culturelle "Jamana", créée en 1983 qui s'affirme comme creuset de la pensée et de l'expression démocratique au Mali.
La création d'un mouvement démocratique en 1967, le combat politique mené contre la dictature au niveau du journal "Les Echos", la participation à la rédaction et à la diffusion de "l'Appel au peuple malien" en juillet 1990, ainsi que de la "lettre ouverte au président de la République" en date du 7 août 1990, sa participation active à la création de l'Adéma-Association et de l’Adéma/PASJ dont il est élu président pour avoir été un des acteurs-clefs de tous les combats jusqu'à la Révolution de mars 1991 qui, on le sait, a emporté l'une des dictatures les plus anciennes et les plus musclées d'Afrique.
Entre l’intégration et la décentralisation se place la démocratie. On ne peut nier à Alpha Oumar Konaré la sincérité de son engagement en faveur de la démocratie, qu’il a contribué avec d’autres à instaurer au Mali, ce qui lui permet de dire et de redire sa conviction que les peuples d’Afrique sont mûrs pour celle-ci, et qu’elle passe notamment par la libération totale de l’expression, et donc des médias.
Alpha Oumar Konaré a été tour à tour président de l'Association ouest africaine des archéologues, membre du Conseil d'administration du Centre mondial d'éducation islamique de La Mecque, expert consultant de l'Unesco, de l'Institut culturel africain, de l'ACCT, du Pnud et depuis 1989, président du Conseil international des musées (une première en Afrique).
En outre, le président de la République du Mali a été membre du bureau du Conseil international des sites et monuments, conseiller à l'Unesco pour le Fonds international pour la promotion de la culture. C'est cet homme au parcours éloquent que le peuple souverain du Mali a choisi pour le conduire de 1992 à 2002.
Nommé en juillet 2003 à une fonction inédite dans le concert panafricain, dont il restait à définir le contenu… en le remplissant, Alpha Oumar Konaré aura au moins réussi en peu de temps à donner un visage et un verbe à cette présidence de Commission dont on sait par ailleurs les moyens d’action réduits.
Idrissa Sako

ALPHA A KOULOUBA
Une nouvelle ère d’espoir
Alpha Oumar Konaré est une combinaison d’idéalisme, de conviction et de ruse politique.
Au milieu de l’année 1990 ou 91, dans les couloirs du Bréda à Dakar (Sénégal), un homme vêtu d’un "trois-poches" anthracite cherche ses repères ou un ami égaré dans un des multiples bureaux. Il salue un groupe de journalistes oisifs qui attendent qu’une cérémonie démarre pour rentrer au desk et pondre leur papier. Je dévisage l’homme avec un air de déjà vu. Mais, oui, il s’agit bien d’Alpha Oumar Konaré, un des invités listés sur le carton d’invitation envoyée par les employés de Baba Akhib Haïdara, alors patron du coin.
Une quinzaine de minutes plus tard, Alpha tenait le micro et nous entretenait d’un sujet sur les musées ou quelque chose de ce genre. Franchement, je ne voulais pas couvrir cet événement et je n’ai fait aucun papier mais j’ai senti en ce moment que cet homme avait trois qualités principales : l’instruction, la culture et la détermination. J’étais loin de me douter qu’il allait gagner l’élection présidentielle quelques mois plus tard.
Entre Alpha Oumar Konaré et Tiéoulé Mamadou Konaté, mon choix s’est porté sur le second. Parce que, quelque part, j’avais l’intime conviction qu’il fallait du sang neuf pour rénover et relancer le Mali. Je n’ai jamais été un partisan ou un admirateur d’AOK au sens politicien ou people du terme. Je n’ai jamais voté pour lui. Cependant, l’honnêteté intellectuelle exige la vérité et les deux mandats d’Alpha Oumar Konaré ne furent qu’un miracle.
Bien sûr, il est facile aujourd’hui, pour ceux qui savent tout mieux que tous de verser dans le jugement facile et la condamnation expéditive. Mais, si l’on veut une analyse objective, il faut se faire violence et se remémorer le contexte. Alpha Oumar Konaré, un civil, venait d’hériter d’une République en faillite économique, financière et sociale. Il venait de prendre la direction d’un pays dans lequel l’appel d’air du Mouvement démocratique avait nourri les élans revendicateurs et les corporatismes les plus extrêmes.
Le 8 juin 1992, en le voyant prendre la charge de président de tous les Maliens, les plus avertis de ses compatriotes avaient deux sentiments : la fierté d’assister à l’assermentation de leur élu et le doute quant à ses capacités de relever le colossal défi qu’il s’était imposé : bâtir, souder une nation et gérer les affaires du pays selon les normes de démocratie et de respect des droits de l’Homme.
Comment un civil pouvait prendre en mains un pays dans lequel, pendant 23 ans, les militaires avaient cru être légataires légitimes et indéboulonnables du pouvoir suprême ? Un des génies de cet homme fut d’avoir eu la sagesse et la prévoyance d’éviter toute confrontation brutale et futile avec les hommes en uniforme.
Alpha a pris le pari non seulement d’accepter les excuses à la nation faites au nom des forces armées et de sécurité par Karamoko Niaré lors de la Conférence nationale mais de les associer de manière soft à la gestion des hautes affaires.
AOK avait également le brûlant dossier de la rébellion touareg à gérer. Ce n’était pas une sinécure. Cette rébellion pouvait saper la nation malienne dans ses fondements. Par le dialogue et la stratégie, par l’action et la prévision de ses collaborateurs, il a passé le cap de la Flamme de la paix.
Si l’on veut vraiment parler de l’arrivée d’Alpha et de ses deux mandats, il faut avouer que son véritable pouvoir n’a démarré qu’en 1994. Entre 1992 et 1994, c’était le chaos et la recherche du chemin idéal. AOK a eu la main heureuse en 1994 en nommant Ibrahim Boubacar Kéita à la Primature. Comme il sera question de son héritage, on parlera également des "milliardaires de la démocratie".
Dans la lutte contre la corruption et l’enrichissement sans cause, l’échec était patent. Alpha est le début d’une nouvelle ère. Il ne fut heureusement pas aussi l’oméga. Les Maliens avaient, en 1992, compris qu’ils entraient en démocratie avec des droits. Quant à leurs devoirs, eh bien, ils ne savent même pas qu’ils en ont. Dommage !
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)

ENTRAVES A LA IIIe REPUBLIQUE
Le premier gouvernement d’Alpha chute
Les premières heures difficiles du premier gouvernement d’Alpha O. Konaré qui n’a duré que 9 mois sont à mettre au compte de certains qui voulaient entraver la bonne marche de la IIIe République. C’est ce que pense Mahamane Hamèye Cissé, directeur de publication du journal "Le Scorpion".
Le premier gouvernement d’Alpha Oumar Konaré que Mahamane Hamèye Cissé appelle le gouvernement Younoussi Touré était un gouvernement "républicain" et de large union qu’Alpha a voulu innover avec une alliance intégrant le Mouvement démocratique symbolisée par les PSPR (Partis signataires du pacte républicain).
Pour Hamèye Cissé, tout le monde était d’accord à l’époque, que le premier président démocratiquement élu était bien parti. Mais, par la suite, le gouvernement des PSPR n’a pas été, selon notre interlocuteur, ce que Alpha aurait souhaité, c’est-à-dire un exécutif de consensus qui reflète toutes les sensibilités socio-politiques y compris l’opposition.
" De mon point de vue, le gouvernement Younoussi Touré avait une large base d’ancrage républicain", a reconnu le directeur de publication de "Le Scorpion". Et de regretter le fait que ce gouvernement n’a duré que 9 mois à cause, dit-il, des velléités internes.
A en croire à M. Cissé, le clash serait venu des "grands" de l’Adéma qui, avant la constitution du gouvernement, se voyaient tous à la table du conseil des ministres à telle enseigne que les choses n’ont pas été faciles pour Alpha et son premier gouvernement qui, au bout de neuf mois, a jeté l’éponge face aux tensions sur les fronts social et politique.
En plus des querelles de leadership au sein du parti de l’Abeille, M. Cissé croit également que les autres PSPR ont, au fil du temps, eu le temps d’avoir d’autres visées et de changer de position vis-à-vis du président. Cependant, il est convaincu que la nomination de Younoussi comme Premier ministre a faussé tous les pronostics et suscité des soubresauts dans le rang des Adémistes.
Mahamane H. Cissé a rappelé que dans le gouvernement Mamadou Lamine Traoré, Dioncounda Traoré et Abdoulaye Sékou Sow qui d’ailleurs a remplacé Younoussi à la Primature étaient considérés comme potentiellement premier ministrables.
Sans citer de nom, il croit que certains même dans l’entourage présidentiel et de l’opposition voulaient "entraver la bonne marche" de la IIIe République. Par rapport au caractère éphémère du premier gouvernement d’Alpha, le dirpub de "Le Scorpion" se rappelle de l’interview qu’il avait eue avec le Premier ministre démissionnaire.
" Dans cet entretien, Younoussi Touré disait qu’il a démissionné pour laisser les mains libres au chef de l’Etat, je crois qu’il y avait trop de pression autour du chef de l’Etat", avoue notre journaliste. Et d’ajouter que "les acteurs du Mouvement démocratique qui se sont retrouvés dans l’opposition n’ont pas aidé le gouvernement à vivre longtemps".
Pour conclure son commentaire sur ce gouvernement, Hamèye tranche que n’eut été l’esprit républicain et l’assiduité d’Alpha O. Konaré, c’est tout le régime qui serait parti dans le gouffre.
Amadou Waïgalo

EPILOGUE
Les limites de la gestion concertée
C’est le 8 juin 1992 qu’eut lieu l’investiture d’Alpha Oumar Konaré comme premier président démocratiquement élu de la IIIe République. Au 2e tour de l’élection présidentielle tenue le 26 avril, il avait battu son poursuivant direct, Tiéoulé Mamadou Konaté, leader du Bdia arrivé après lui.
Son élection avait été rendue possible par non seulement sa forte popularité en tant que progressiste et homme de gauche, mais également par le fait qu’il était le candidat de l’Adéma/PASJ, dont il était le président, le parti le mieux implanté sur le territoire national.
Son challenger, lui, traînait de nombreux handicaps : non seulement son parti, le Bdia, était né d’une scission, celle de l’US-RDA dont les caciques lui avaient préféré Baba Akhib Haïdara comme candidat, mais également son long séjour à l’étranger avait fait de lui un étranger dans son propre pays, position qu’exploita intelligemment son adversaire du jour.
Conscient du fait que les institutions de la République étaient à la phase expérimentale d’une part, et que le pays sortait plus divisé qu’uni de l’élection présidentielle d’autre part, le nouveau président choisit comme chef du gouvernement un homme qui n’était d’aucun appareil politique connu : Younoussi Touré, un économiste qui avait fait ses preuves dans le monde de la banque.
Cela ne suffit pas puisque, dans le but d’éviter une tempête politique dont n’avait pas besoin le pays à cause des restaurateurs et des ennemis de la démocratie qui attendaient dans les tournants, Alpha Oumar Konaré imagina une formule intelligente de gouvernement appelée gestion concertée du pouvoir qui, à l’analyse, faisait même entorse à la théorie du jeu démocratique qui supposait au moins une opposition.
Par cette formule qui venait de la crainte des violences auxquelles le pays était désormais habitué, le président voulait démontrer qu’il n’entendait pas gouverner tout seul, ni que son parti, l’Adéma/PASJ, avait l’intention de le faire, malgré le score écrasant obtenu (69,01 %) face à son adversaire (30,99 %).
Le premier gouvernement ainsi formé par Younoussi Touré comprit non seulement des ministres issus de l’Adéma, mais également d’autres formations politiques souvent opposées à l’Adéma comme le Cnid, le PDP ou l’US-RDA dont le candidat avait été battu dès le 1er tour de l’élection présidentielle. Mais, la formation d’un gouvernement presque de consensus n’empêcha pas les violences politiques et syndicales qui continuaient et qui étaient l’expression du fait que les perdants à l’élection présidentielle n’avaient pas digéré leur défaite et contestaient la légitimité du président élu.
On le vit le 13 novembre 1992 lorsque des députés de l’opposition s’abstinrent de participer aux discussions sur le projet de loi sur la presse et que votèrent les élus du camp présidentiel. Pendant ce temps, la situation n’était pas calme au nord du pays où le 14 mai 1992 avait eu lieu à Gossi une attaque des bandits armés qui avait été suivie de représailles.
Sur le front scolaire, les élèves et étudiants s’agitaient, faisant souvent de la surenchère à l’instigation de certains leaders politiques qui tiraient dans l’ombre les ficelles. Le point culminant de l’agitation scolaire fut atteint le 5 avril 1993 lorsque les élèves et étudiants saccagèrent et mirent le feu l’Assemblée nationale, l’espace culturel Jamana alors domicilié à Ouolofobougou et les maisons de plusieurs responsables de l’Adéma. Avec l’incendie de l’Assemblée nationale, il apparut clairement que la crise dépassait le cadre des revendications corporatistes et devenait de plus en plus politique avec comme objectif principal la déstabilisation du régime.
Cette situation délétère fit que le Premier ministre Younoussi Touré ne put tenir que quelques mois. Il rendit le tablier le 9 avril 1993, remplacé le 12 avril par Me Abdoulaye Sékou Sow qui fut ministre de la Défense dans le 1er gouvernement de 22 membres (contre 19 dans le suivant) pris dans les partis politiques suivants : Adéma, US-RDA, PDP, RDT, Cnid et RDP. On pensait alors que ce dosage allait avoir comme effet de faire baisser les tensions politiques et instaurer la paix sociale, mais rien de tel ne se produisit.
La situation devint si tendue à nouveau, du fait des élèves et étudiants regroupés au sein de l’AEEM et des leaders politiques croyant chacun à son destin national, que le 2 février 1994, le chef du gouvernement dut démissionner avec son équipe. Le prétexte de la violence des scolaires était alors les critères d’attribution des bourses à propos desquels l’AEEM avait décrété la journée du 2 février journée ville bloquée pour amener le gouvernement à surseoir à l’application de cette mesure. Abdoulaye Sékou Sow parti, Ibrahim Boubacar Kéita, jusque-là ministre des Affaires étrangères, fut chargé de former un gouvernement, ce qu’il fit deux jours après sa nomination face à la démission des partis politiques alliés : Cnid, RDP, US-RDA.
Le durcissement de l’AEEM, à partir du 15 février 1996, amena le gouvernement à envisager la fermeture, jusqu’à nouvel ordre, de tous les établissements scolaires dont certains, les préscolaires et le fondamental furent autorisés à rouvrir les 29 et 30 mars 1994. Au 1er congrès ordinaire de l’Adéma, tenu du 24 au 27 septembre 1994, Ibrahim Boubacar Kéita fut porté à la présidence de l’Adéma qui s’unifiait alors que le Cnid se divisait en 2 tendances lors de son congrès les 25 et 26 mars 1995 : la tendance Mountaga Tall et celle dite des 10 amenée par Yoro Diakité.
La stabilité politique et gouvernementale ne vint, sous le 1er mandat d’Alpha Oumar Konaré, qu’avec la nomination en 1994 d’Ibrahim Boubacar Kéita comme chef du gouvernement. Celui-ci, constatant l’échec de la politique de la gestion concertée du pouvoir, décida de gouverner avec l’Adéma et les partis politiques qui voulaient bien se soumettre aux directives du parti majoritaire.
Facoh Donki Diarra

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COMPETITIONS AFRICAINES DES CLUBS
Le Stade aujourd’hui en attendant le Djoliba
Le Djoliba veut profiter de l'avantage du terrain ce dimanche au stade Modibo Kéita pour assurer devant le TP Mazembé de la RDC sa qualification en phase des poules. Le Stade malien de Bamako cet après-midi au stade Moulaye Rachid de Rabat tentera de passer le cap du Fus.
Ces rencontres de ce week-end de nos représentants entrent dans le cadre des 8es de finale aller de la Ligue des champions et de la Coupe Caf.
Les Super champions d’Afrique effectuent le déplacement pour affronter l’ogre malien avec l’ambition de prendre une sérieuse option pour le match retour. Mais, le Djoliba qui a fait sensation en Ligue des champions en sortant Alhy de Benghazi (Libye) au tour préliminaire et la Linguère de Saint-Louis du Sénégal au tour suivant, n’a pas à rougir face à la formation congolaise.
L’entraîneur du Djoliba, Kingoma Michel, est "excité" à l’idée d’affronter le TP Mazembé de son Congo natal. "Je suis excité parce que le TP Mazembé est une équipe de chez moi", a affirmé le coach de nationalité congolaise. Il a ajouté que le TP Mazembé est le détenteur du trophée de la Ligue des champions et qu’il connaît parfaitement la "mentalité" de l’équipe qui tend généralement à combler ses "insuffisances" par une grande "volonté" et une "détermination" sans faille.
Toutefois, le Djoliba sera animé du même "état d’esprit" qui lui a permis de surmonter les obstacles d’Al Ahly de Benghazi (Libye), au tour préliminaire, et la Linguère du Sénégal, en 16es de finale de la compétition, a indiqué Kingoma Michel.
Le Stade malien de Bamako a effectué depuis mercredi un périlleux déplacement à Rabat pour affronter le Fath Union Sport de la même ville, connu plus couramment sous le nom du Fus de Rabat.
Le Fus de Rabat, qui tarde à décoller en championnat local et seul représentant du Maroc encore en lice après l’élimination prématurée des autres, ambitionne d’atteindre les phases de finale. Mais c’est un Stade, gonflé à bloc qui a effectué le déplacement avec l’espoir de faire un résultat positif en vue du match retour prévu dans quinze jours à Bamako.
Boubacar Diakité Sarr

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