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2010

Mois d'avril

Les Echos du 02 Avril

 

GREVE DU SYNACOME
Des doléances maximalistes
Le Syndicat national de la construction, des mines et de l’énergie (Synacome) a entamé le 1er avril une grève de 48 h. Certaines de ses doléances sont a priori jugées maximalistes.
Le ministre de l’Energie et de l’Eau, Mamadou Igor Diarra, est apparu à la télévision mercredi soir pour expliquer la rupture des négociations avec le Synacome. L’exercice laissait voir un signe d’échec dans la conciliation des positions entre l’Etat et les syndicalistes qui ont déclenché leur grève la même nuit à zéro heure. Pour une fois, l’Etat, à travers un ministre, est sorti de son mutisme pour communiquer sur une situation qui a trait au front social.
Dans sa communication, Mamadou Igor Diarra a fait ressortir deux points essentiels dans les revendications qui constituent apparemment la pomme de discorde. Il s’agit des doléances ayant trait à l’octroi de 40 % des recettes minières aux travailleurs des mines et l’octroi d’un siège aux services de la DNH et de la Daf.
Sur le premier point, l’enveloppe est jugée salée en ce sens que les 40 % des recettes minières sont estimés à 52 milliards de F CFA par an. Une charge alors lourde à supporter par le Trésor public. La question relative à l’immeuble de la DNH et de la Daf, consiste, aux dires du ministre, à forcer une porte déjà ouverte. Un terrain a été attribué dans ce sens mais refusé par le Synacome. La dernière proposition, concernant la délocalisation de la DNH et de la Daf au Crès de Badalabougou, aurait été rejetée.
Pour le secrétaire général du Synacome, Fousseyni Touré, que nous avons joint au téléphone, son syndicat n’a rien exagéré dans ses revendications. Selon lui, "c’est l’Etat qui est en train de créer la confusion en parlant d’une doléance portant sur 40 % des recettes minières". A ses dires, c’est l’Etat qui leur avait demandé, au cours des négociations, de faire une proposition pour l’octroi des primes de découverte aux travailleurs des mines. Son syndicat aurait proposé 40 % des bénéfices du secteur minier et non les recettes. Il pense que cela est d’autant plus normal que d’autres secteurs comme les impôts et la douane bénéficient de ce genre de prime.
Fousseyni Touré affirme en outre que ses camarades de la DNH triment dans des locaux pris en location à Magnambougou par le département et payés à 6 millions de F CFA par mois. L’immeuble, poursuit-il, manque d’eau à l’étage avec une faible intensité de courant. Leur refus de déménager au Crès de Badalabougou est dû, à l’en croire, à l’insuffisance du nombre de bureaux, l’absence de la fibre optique entraînant des problèmes de communications téléphoniques.
L’idéal, pour le Synacome, aurait été, selon M. Touré, de construire un siège pour y regrouper la DNH et la Daf. Il ajoute que l’ancien site de la DNH qui fait 1 hectare est convoité par l’hôtel de l’Amitié pour son extension alors que le terrain que l’Etat leur a attribué à Sotuba fait moins d’un hectare. La divergence de vue se trouve là.
Abdrahamane Dicko

Délestages et non coupures
La grève du Synacome tant redoutée par les usagers de d'EDM-SA a été finalement moins ressentie. C’est dans la nuit de jeudi que le Synacome a révisé son plan de grève pour des "raisons humanitaires et éviter d’avoir les populations sur le dos", affirme Fousseyni Touré. Selon cet ingénieur de la géologie et des mines, il a été frappé le mercredi après-midi (à quelques heures du déclenchement de la grève) par l’image de femmes attroupées devant une borne fontaine dans un quartier périphérique. Celles-ci faisaient apparemment leur provision d’eau en prévision de la grève. Pour l’électricité, son syndicat a préféré faire des délestages au lieu des coupures sauvages. Il s’agit, selon lui, d’éviter une situation d’insécurité liée à l’absence de lumière sur certaines artères et surtout épargner ceux qui exercent des petits métiers (soudeurs, tailleurs, gargotiers, vendeurs de glaces, etc.).
Selon les constats du déroulement de la grève faits par M. Touré, la grève a été effective dans l’ensemble des mines à part Tabakoto et Syama qui viennent de commencer et où des comités syndicaux sont à peine nés. A Bamako, dans le domaine de la construction, les chantiers du 3e pont et de l’échangeur multiple n’ont pas été concernés cette fois-ci. Mais pour durcir le ton, le Synacome projette une grève sauvage avec coupures totales d’eau et d’électricité et d’arrêt des travaux en cours dans la capitale.
A. D.

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TRIBUNAL DE LA COMMUNE IV
Mariam, l’épouse de Moussa Traoré, assignée en justice
Un domestique aux services de Mme Mariam Traoré, assigne son ex-patronne en justice. Le procès aura lieu le 13 avril prochain au Tribunal correctionnel de la Commune IV.
L’ex-première Dame, Mariam, épouse de GMT, avait à son service un jeune qui lui est resté fidèle des années durant. A la suite d’un vol qui a été commis au domicile de l’ancien couple présidentiel, le "technicien de surface" (appellation politiquement correct des boys) a été accusé et écroué. Il restera 8 mois en prison. Au mois de janvier 2010, il a été jugé et un non-lieu a été prononcé en sa faveur.
Voulant laver son honneur, le "technicien de surface" n’a pas voulu en rester là. Il a patiemment attendu. Quand il a vu que les conseils de Mariam n’ont fait ni appel ni opposition, il s’est retourné contre Mariam Traoré pour "dénonciation calomnieuse".
Le procès aura lieu le 13 avril prochain au tribunal de la Commune IV.
A. Kalambry

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26 MARS
La preuve par les actes
Nous avons souvent déploré la fâcheuse tendance qu’a notre président bien aimé de relire notre histoire contemporaine à sa façon. Il nous donne, si besoin en était, une preuve flagrante.
Le président de la République, Amadou Toumani Touré, dans le cadre d’une émission de l’ORTM, intitulée "Ce jour-là", a apporté un témoignage sur les événements du 26 mars 1991. Dans cet exercice destiné "à la jeune génération", le lieutenant-colonel, devenu général, entendait expliquer à la jeune génération ce qui s’est passé ce jour-là. ATT a tenu à préciser qu’il intervenait non pas en qualité de président de la République, mais en tant qu’acteur et témoin de la Révolution démocratique.
Ces précisions n’enlèvent rien à son témoignage, encore moins à ce qu’il a dit et qui n’est pas partagé, dans les détails, par la majorité des autres acteurs. En effet, 1991 n’est pas loin et ils sont encore nombreux qui étaient là et qui ont vécu cette page glorieuse de notre histoire.
Pour replacer les événements dans leur contexte, il faut se rappeler que le Mouvement démocratique ne ressemblait à rien au visage qu’il nous offre actuellement : c’était un mouvement uni et solide, parlant d’une seule voix et ayant derrière tout un peuple déterminé, et surtout ne faisant aucunement confiance en l’armée.
" Nous nous sommes spontanément rendus à la Bourse du travail pour rencontrer nos aînés du Mouvement démocratique qui avaient pris une part décisive dans la chute du régime". Ce n’est donc pas l’armée qui, par magnanimité est allée à la Bourse mais, c’est "contrainte et forcée" que l’armée est allée faire allégeance "aux vrais acteurs".
Les enregistrements non sélectifs de mars 91 sont encore existants qui montrent tout ce qui s’est passé et comment se sont déroulés les événements. Ce qui est encore frappant, c’est que les banques et le Trésor public ont été épargnés. ATT a quand même précisé que son témoignage est le sien. On comprend qu’avec le temps, les ors du Palais et la cour qui lui raconte au quotidien une autre version, certains aspects lui échappent, mais, en réalité, sur beaucoup de plans, il n’a pas été très précis.
A. Kalambry

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CARNET DE VOYAGE
La Tunisie, une référence africaine
Petit pays du Maghreb par sa superficie (162 155 km2), la Tunisie est pourtant aujourd’hui un pays économiquement non négligeable sur l’échiquier africain. A l’image de l’Afrique du Sud et du Nigeria, le pays de Zine El Abidine Ben Ali est une puissance économique africaine. Et, à bien des égards, la Tunisie se positionne comme la "Chine" de l’Afrique. Le modèle tunisien séduit par sa performance économique et son système de gouvernance.
A Tunis, le visiteur est inéluctablement émerveillé par les belles avenues où règnent l’ordre et la discipline. Dans la circulation, pas de vendeurs à la sauvette ou de mendiants comme on le voit souvent dans les villes subsahariennes. Et les statistiques sur le pays sont encore plus édifiantes. Le pays de Zine El Abidine Ben Ali compte un peu plus de 10 millions d’habitants sur 162 155 km2. Et depuis quelques années, le pays affiche une enviable santé économique.
En 2007, le produit intérieur brut (PIB) de la Tunisie a atteint 34,540 milliards dollars, soit une hausse de 6,3 % par rapport à 2006. En 1960, celui-ci était de 847 millions de dollars, avant de passer à 1,581 milliard en 1970, à 8,634 milliards en 1980, 12,875 milliards en 1990 et 21,254 milliards en 1999. Quant à la population active, elle atteint 3,593 millions de personnes, mais la population active occupée totalise 3,085 millions de personnes, dont près de 30 % de femmes. Ce qui représente tout de même plus du double du niveau de 1980.
L’économie tunisienne est historiquement liée à l’agriculture (blé, olives, dattes, agrumes et produits de la mer), aux mines et à l’énergie (grand producteur de phosphate et dans une moindre mesure d’hydrocarbures), au tourisme (6,5 millions de touristes en 2006) et aux industries manufacturières (textiles, agroalimentaire et électromécaniques) dans une perspective extravertie (bon nombre d’entreprises industrielles sont totalement ou partiellement exportatrices).
Le pari du savoir et du savoir-faire
Ainsi, son économie diversifiée la distingue de celle de la plupart des Etats des régions africaine, nord-africaine et moyen-orientale. Par rapport aux autres pays du Maghreb (Algérie et Maroc), elle se hisse à la deuxième place pour le revenu par habitant et deuxième pour le niveau de développement derrière la Libye. De plus, la Tunisie est, au même titre que le Maroc, l’un des seuls pays de la région à être entré dans la catégorie des "pays à revenus moyens".
L’économie tunisienne bénéficie désormais d’un degré d’insertion dans les échanges mondiaux parmi les plus élevés du monde et elle s’est distinguée au Forum économique mondial sur l’Afrique (du 13 au 15 juin 2007) comme la première économie la plus compétitive de l’Afrique, devançant l’Afrique du Sud, et la 29e sur 128 au niveau mondial.
La Chine d’Afrique ?
Sur le plan économique, géographique et démographique, la Tunisie est loin de pouvoir soutenir la comparaison avec la Chine. Mais c’est surtout au niveau du mental que Chinois et Tunisiens ont quelque chose en commun : "la volonté de faire un destin par le travail !" Sur le plan politique déjà, les systèmes sont totalement différents, mais se rejoignent en point stratégiques : "l’autorité de l’Etat". Elle est réelle en Tunis comme à Beijing. Ici, le pouvoir est respecté parce que chacun est conscient que le respect de l’autorité de l’Etat est la meilleure assurance contre la pagaille et le désordre qui règnent dans la plupart des Etats africains supposés démocratiques. La Tunisie est dirigée avec la plus grande fermeté et rigueur par un régime qui ne tolère pas des supposées "revendications de liberté".
Si le système politique est sans cesse dénoncé par les défenseurs des droits de l’Homme, force est de reconnaître que le système en place a favorisé l’éveil économique du pays qui est aujourd’hui un immense chantier de développement. En effet, de grands projets sont lancés dans tout le pays. Ces projets reposent sur la vitalité économique du pays. Et en la matière, la Tunisie a de nombreux atouts dans tous les domaines. Malgré la crise économique et financière, la Tunisie reste par exemple une destination touristique privilégiée d’Européens, d’Américains et, depuis quelques années, d’Africains. Des villes touristiques comme Nabeul, Hammamet, Djerba-Zarzis, Sousse-Monastir, Mahdia, Tabarka et Tozeur… accueillent des touristes venus un peu partout pour profiter de la chaleur et des charmes de ce pays aux potentialités culturelles et touristiques immenses. Aujourd’hui, le tourisme représente 7 % du PIB du pays qui est aussi la principale destination médicale d’Européens et d’Africains.
" Nous recevons des malades venus d’Afrique et d’Europe. En moyenne, nous recevons mensuellement un trentaine de patients venus d’Afrique noire", souligne un responsable de la Polyclinique Taoufik, sur l’avenue du 7-Novembre de Tunis. Par le savoir-faire de leurs spécialistes et les équipements sophistiqués dont ils sont dotés, les nombreuses polycliniques tunisiennes sont devenues des références mondiales. Et les facilités fiscales font que de nombreux praticiens européens n’hésitent plus à s’y installer. Les touristes et les malades constituent autant de sources d’entrée de devises que les étudiants africains qui sont aujourd’hui des milliers dans les universités et instituts du pays.
Sur le plan agricole, le pays poursuit son essor avec la croissance des exportations d’agrumes et d’autres produits comme l’huile d’olive. Sans compter que ce pays à su s’ouvrir sans brader ses intérêts. Il a par exemple misé sur les joint-ventures en lieu et place des privatisations sauvages. Ce qui assure les intérêts du pays tout en s’ouvrant aux multinationales. La Tunisie n’a pas été épargnée par la crise économique et financière internationale. Mais, elle a su mieux résister que la plupart des pays africains grâce à l’importance de la consommation intérieure.
Comme leurs homologues de la Chine, les autorités tunisiennes ont adopté des stratégies de développement favorisant l’émergence d’une classe moyenne très consommatrice des productions locales. Les besoins de consommation et la volonté de mieux-être de cette classe intermédiaire (entre riches et pauvres) ont permis de booster les BTP, l’agroalimentaire, le tourisme…
Contrairement à la classe à la bourgeoisie qui est grande consommatrice des produits de luxe importés, la classe moyenne consomme en quantité le "made in Tunisia". Et c’est là l’une des clefs du développement du pays et qui est à l’actif de l’actuel régime.
Alphaly
(envoyé spécial)

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LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Cher président ATT
A travers ces quelques lignes, la famille de feu Charles A. Danioko vient vous exprimer ses profonds et sincères remerciements.
Moi sa veuve, Germaine, avec les enfants ici présents, avons suivi votre débat télévisé du dimanche, débat au long duquel vous n’avez cessé de citer, rendre hommage, remercier notre défunt Charles pour son rôle joué en temps que rapporteur général de la Conférence nationale.
Nous avons été très très touchés par ce geste de rappel de mémoire envers celui que nous, sa famille, croyait mort à jamais, mais aujourd’hui, nous savons qu’il vit toujours dans les mémoires. Ce que vous ATT, 1er responsable du peuple malien avez attesté à travers vos gentils mots de reconnaissance à l’égard du disparu.
Merci cher président, merci ATT, Allah ka an kana, I ni walé gnouman don.
Mme veuve et enfants Charles Danioko

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DOSSIER

EPILOGUE
L’héritage de l’ancien régime (1968-1991)
Le régime militaire au Mali eut 23 ans de règne dont l’une des grandes caractéristiques fut la violence à la fois politique et physique frôlant parfois la terreur. En fait, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en novembre 1968, donc par un acte de violence, le régime de Moussa Traoré et de son clan ne pouvait se maintenir au sommet de l’Etat que par cette même violence en raison précisément de son impopularité, de son illégitimité et finalement de son manque de bases solides au sein du peuple.
Après une décennie de banditisme politique (1968-1978), le CMLN essaya de se montrer un peu plus fréquentable à la suite de l’adoption d’une Constitution en 1974 et la mise sur pied, entre 1975 et 1979, d’un parti politique constitutionnel dénommé UDPM (Union démocratique du peuple malien) qui, malheureusement, ne fit pas mieux que dans la période précédente et qui, par son entêtement, conduisit le clan à son Thermidor en mars 1991.
La période 1968-1978 de l’histoire du CMLN peut être dite celle de l’anarchie et de la pagaille dans tous les domaines. Politiquement, sans Constitution ni Assemblée nationale, le pays fut gouverné à coup de décrets et d’ordonnances que les officiers les plus en vue de la junte, chacun dans son domaine propre, pouvaient prendre sans en référer à aucun supérieur. Economiquement, les différents clans militaires s’enrichirent aux dépens du peuple dont les richesses étaient pillées et détournées vers les bourses personnelles.
Durant cette période, la course à l’enrichissement illicite devint un sport national, mais n’y participaient que les officiers supérieurs de l’armée et leurs affidés. Tout cela se faisait au détriment des Sociétés et entreprises d’Etat (SEE) qui périclitaient par manque de soins de l’Etat et aussi parce que les officiels du régime utilisaient ces structures à des fins personnelles, ce qui amena leurs cadres à les imiter dans la gabegie.
L’acharnement pour détruire les réalisations économiques du régime précédent fut tel d’ailleurs que vers 1979-1980 très peu de SEE tenaient encore debout. Non seulement, le régime liquida ce qu’il a trouvé sur place, mais également n’eut aucun plan de développement économique fiable hormis les chantiers ouverts par l’US-RDA et qu’il était tenu de continuer. Les grands travaux susceptibles de mettre le pays au travail et de le développer, Moussa Traoré et son clan les ignorèrent royalement. Les infrastructures routières et ferroviaires restèrent pratiquement à l’état de 1968, de même que l’allure générale des grandes villes, ce qui fit dire à certains touristes des années 1980-1985 que Bamako n’était qu’un gros village.
Dans la période de l’UDPM (1978-1991), suivant les directives reçues de l’Occident, le socialisme fut abandonné au profit du libéralisme économique à travers la formule économique nouvelle de l’économie nationale, indépendante et planifiée. A l’œuvre, celle-ci se révéla être un épouvantail, ce qui explique le chaos économique du parti unique constitutionnel.
Dans le domaine politique, la mise en place de l’UDPM ne fut pas suivie par la renaissance politique annoncée. Ses théoriciens, outre le fait qu’ils rejetèrent le pluralisme politique, n’inventèrent rien de nouveau. Ils se contentèrent en effet de copier l’US-RDA dont les organes et les instances furent repris, mais avec d’autres noms. Même l’Assemblée nationale issue de la Constitution de 1974, imita servilement celle qui fonctionna sous l’US-RDA jusqu’en 1967. Elle fonctionna beaucoup plus comme la caisse de résonance de l’UDPM dont elle assurait la représentation que comme une Assemblée souveraine défendant les intérêts du peuple.
Du début à la fin, elle soutient mordicus le chef de l’Etat et ses différents gouvernements qui se formaient suivant l’humeur du prince (mais de plus en plus, à partir de 1978, de celle de la princesse) même dans les erreurs les plus graves.
En 23 ans de pouvoir, l’administration malienne a peu évolué. En 1989, elle était encore celle que les militaires avaient trouvée en place en arrivant. La seule nouveauté fut que Bamako fut érigé en district dès 1972 et Koulikoro une région à partir de 1978, de même que Tombouctou. Hormis cela, la division administrative connut peu de changement : les cercles et les arrondissements continuèrent à s’appeler par leurs anciens noms et à garder les mêmes prérogatives, de même que les commandants et les chefs d’arrondissement qui les animaient.
Un autre domaine dans lequel l’UDPM singea l’US-RDA fut celui des relations internationales. Ici non plus le régime n’innova pas, mais se reposa sur les grandes lignes de son prédécesseur : non-alignement, soutien aux peuples et aux mouvements de libération en lutte pour l’indépendance, disposition à céder partie ou totalité du territoire national en vue de la réalisation de l’Unité africaine, etc.
Même dans le domaine culturel, l’UDPM n’alla pas plus loin que l’US-RDA. Elle puisa dans les réserves de cette dernière pour l’organisation de la jeunesse et les manifestations culturelles de cette catégorie : l’UNJM reproduisant grossièrement la JUS-RDA, les biennales artistiques et culturelles initiées des semaines régionales de la jeunesse.
Après un quart de siècle, le régime militaire disparut de la scène politique nationale sans vraiment laisser de trace digne d’être montrée. Et si des hommes politiques se plaisent aujourd’hui à dire qu’ils revendiquent l’héritage de l’UDPM (et donc de GMT), c’est à se demander de quel héritage il s’agit, tellement le tableau est vide.
Facoh Donki Diarra


SUR LE REGIME DE MOUSSA TRAORE
Deux Sikassois témoignent
N’Fa Barou Sissoko (commis à la retraite) :
" Parler de l’héritage du président déchu du Mali Moussa Traoré sans mettre l’accent sur la corruption, le népotisme, c’est effacer une page de l’histoire du Mali. Le phénomène de la corruption n’est pas l’apanage d’une seule société ou d’un seul Etat, qu’il soit ancien ou moderne. Il n’existe pas non plus un modèle unique de lutte contre le dit fléau. Mais au Mali, la corruption touche tous les secteurs de l’activité socioprofessionnelle et politique. De l’indépendance en 1960 à ce jour, toutes les autorités politiques qui se sont succédé ont été confrontées au phénomène. A la faveur de ce que j’ai vu dans ce pays de l’indépendance à ce jour, le Mali évolue en terme de développement dans un contexte très difficile.
Pour parler de la IIe République, d’abord il faut noter que la période où le Comité militaire de libération nationale (CMLN) dirigeait le pays, c'est-à-dire de 1968 à 1978, il y avait un vide politique sans schéma de développement. Elle a été marquée par des arrestations, par le manque de confiance entre les putschistes, et par la suite Moussa Traoré s'est imposé pour créer l'Union démocratique du peuple malien (UDPM) en 1979. L’homme était au départ et à la fin de toutes les actions dans ce pays et par la suite fut créé un cercle fermé d’officiers supérieurs. Les années 1980 furent celles des ajustements structurels de la Banque mondiale et du FMI, les ressources limitées, les sociétés et entreprises en faillite. C’est sous le règne de Moussa Traoré que la corruption fut vulgarisée au Mali. Cela est peut-être dû à la nature du régime. Du régime socialiste, sous Modibo, le Mali est passé dans le giron des capitalistes sous Moussa.
Or, la corruption est le sel du capitalisme. La séparation des pouvoirs en exécutif, législatif et judiciaire n'était que de façade, surtout vers la fin du règne caractérisé par le non-paiement des salaires. Dans cette situation, les fonctionnaires sont devenus des hommes d’affaires et les hommes d’affaires des fonctionnaires, dans un contexte de vie chère et de calamités naturelles qui mettaient les paysans dans un désespoir total. C'était le laisser-aller et le laisser-faire. Bref, autant de choses qui ont laissé de mauvais souvenirs. Les enseignants, parents pauvres de la IIe République, travaillaient sans relâche dans un système éducatif classique au niveau très élevé. C’est dans cette confusion que la démocratie multipartite est arrivée".
Amadou Diakité (ancien membre de la coordination de l’AEEM mars 1991) :
" Pour parler de l’héritage de la IIe République, je suis obligé de rendre d’abord un hommage vibrant aux martyrs et aux acteurs du Mouvement démocratique et à notre armée nationale, mais en disant ceci : si on ne fait pas attention l’histoire aura raison sur nous. Le Mouvement démocratique composé d’associations (Adéma et Cnid, AMDH, JLD, l’AJDP, Barreau), qui avait décidé entre le 19 et le vendredi noir 22 mars de porter haut le slogan 'le départ de Moussa Traoré ou rien', n’est plus animé comme il le faut. Cette coalition réclamait le multipartisme, la liberté ; en un mot la démocratie.
Le Mouvement démocratique est inquiétant aujourd’hui à Sikasso, seuls les anciens de l’AEEM dont je fais partie se battent pour commémorer la révolution de mars 1991, les partis politiques trainent les pieds. Or, ils sont les plus bénéficiaires, sur 100 partis politiques seuls 2 ou 3 se joignent aux anciens de l’AEEM pour célébrer le 26 mars à Sikasso, avec le soutien financier de l’Assemblée régionale chaque année. Je ne réveille pas les démons, mais souvenons-nous de nos martyrs !
Le régime de Moussa n'a pas fait que du mauvais il y a des acquis dans le domaine de l’éducation que je maitrise un peu. Certes le niveau a baissé, car le système éducatif a changé, certaines de nos revendications de l’époque (11 points) ont été prises en compte de nos jours, beaucoup reste à faire. A Sikasso, les anciens de l’AEEM ont décidé à partir de l’ouverture prochaine de rencontrer la coordination actuelle de l’AEEM afin d’échanger sur les questions autour de l’école pour empêcher les sorties intempestives.
Pour parler de l’héritage de la IIe République, on est obligé de parler de la corruption, de gabegie de népotisme, de favoritisme, et d'autres maux qui demeurent. Si on ne fait pas attention Moussa Traoré aura raison sur nous, nous avons appris qu’il a détourné des milliards, à la fin du procès crime économique, j’ai dû entendre des millions, que l’on fasse la part des choses et dire la vérité aux Maliens, je ne suis pas un politicien il se passe des choses aujourd’hui qui font honte à notre jeune démocratie, des cadres subalternes détournent des sommes qui dépassent de loin celles de Moussa et de sa bande et les dossiers restent sans suite. Pourtant des services de contrôle et de vérification sont en place certains ont été renforcés après les Etats généraux sur la corruption pour traquer les auteurs. Hélas, ainsi la nouvelle race de démocrate corrompu continue de gangrener notre société. A qui la faute ? Des acteurs du Mouvement démocratique qui sont entrés dans le circuit fermé des renfloueurs de poches personnelles et non des caisses de l’Etat".
Propos recueillis par
B. Y. Cissé (correspondant régional)
HERITAGE DE MOUSSA TRAORE
Des Bamakois se prononcent
Malgré tout, les 23 ans de règne de Moussa Traoré ont été marqués par certaines réalisations. Dans micro trottoir ci-dessous, des Bamakois se sont prononcés sur ces quelques œuvres du général Moussa Traoré. Des avis divergents.
Oumou Diarra (économiste) :
" Les gens croient que Moussa n’a rien fait pendant ces 23 ans de règne. Bien au contraire, Moussa a laissé un important héritage économique. Plusieurs grandes sociétés dont certaines continuent de faire la fierté du Mali sont l’œuvre de Moussa. La CMDT a été créée en 1971 par Moussa. L’Usine de thé "Farako" de Sikasso date de Moussa Traoré. La Sotelma a été créée en 1989 sous le régime de Moussa Traoré. Il en est de même de la Comatex, de l’Huicoma, etc. Les grands barrages hydro-électriques qui alimentent aujourd’hui le Mali datent de l'époque de Moussa. L’aéroport international de Bamako-Sénou a été construit en 1974 sous le régime de Moussa, de même que la télévision nationale. Il a aussi travaillé".
Amadou Kéita (étudiant) :
" Après 23 ans de règne, Moussa Traoré n’a pas laissé de grand-chose après lui. Dans ces quelques années de démocratie, il y a eu plus de réalisations que pendant le long règne dictatorial de Moussa Traoré".
Oumar Sidibé (agronome) :
" Moussa Traoré et ses compagnons ont fait assez de mal, mais ils ont aussi travaillé. Plusieurs entreprises ont été créées dans notre pays du temps de Moussa".
Massa Sissoko (maçon) :
" Les Maliens ont hérité de Moussa la corruption, le népotisme… Les 23 ans de règne de Moussa ont mis le Mali en retard en termes d’infrastructures. Il y avait très peu de routes goudronnées dans le pays quand Moussa quittait le pouvoir. Les feux multicolores, tout cela c’est après Moussa".
Propos recueillis par
Sidiki Doumbia

MULTIPARTISME ET ALTERNANCE POLITIQUE
Notions de multipartisme et d’alternance politique
Le multipartisme est la caractéristique d’un régime politique, où la liberté d’association permet à plus de deux partis de participer aux débats politiques et aux élections. Il constitue un des fondements de la démocratie représentative.
Le multipartisme implique que l’autorité accepte les sensibilités politiques qui lui sont étrangères, et leurs critiques à son égard. C’est une garantie de contrôle pour le citoyen des actions étatiques, mais aussi de pouvoir librement intervenir sur la scène politique.
Le Mali pendant ses 50 ans d’indépendance a connu essentiellement deux systèmes des partis en fonction des différents régimes qui ont existé.
En effet, après son accession à l’indépendance en 1960, malgré le caractère socialiste du régime, les dirigeants de l’époque avaient opté pour un système multi partisan, on avait deux partis qui dominaient la scène politique : le Rassemblement démocratique africain (US-RDA) et le Parti soudanais progressiste (PSP), même si plus tard le président Modibo Kéita institua un système de parti unique de fait en fusionnant les autres partis.
En 1968, après le renversement de régime, la junte militaire ayant pris le pouvoir, instaura un régime militaire avec la confusion des pouvoirs, ce fut le règne du Comité militaire de libération nationale (CMLN). Ce comité, en 1979, fut remplacé par un parti unique l’Union démocratique du peuple malien (UDPM) qui dirigea également le pays sans partage de pouvoir jusqu’en 1991. La fin de la guerre froide, a confiné au sein des pays "non alignés", comme le nôtre des incertitudes et une perte de repère pour nos dirigeants, qui ne pouvaient plus résister au vent du changement qui soufflait sur le monde. Le peuple malien, à l’instar de beaucoup d’autres Etats, va réclamer son droit au changement. Ainsi, le pouvoir constituant c'est-à-dire la Conférence nationale chargée de rédiger la nouvelle constitution a mis l’accent sur le multipartisme et, cette volonté fut matérialisée par l’article 118 qui dispose : "la forme républicaine, le multipartisme, la laïcité ne peuvent faire objet de révision". Du système de parti unique qui aura duré 23 ans, le Mali entra dans l’ère du multipartisme.
Aujourd’hui, le Mali compte plus de 100 formations politiques qui sont supposées à la conquête et à l’exercice du pouvoir par la voie des élections libres, donc capable d’imposer le jeu de l’alternance politique. On parle d’alternance politique lorsque des partis appartenant à des courants politiques différents se succèdent au pouvoir. Cette définition est trop simpliste pour cerner toute la notion d’alternance. Le mot alternance désigne le changement qui peut entendre, ou bien changement par le politique, ou bien changement du politique : dans le premier cas on s’intéresse à l’action du politique sur la société ; dans le second cas, c’est le processus de transformation du politique lui-même qui est envisagé. D’autre part, le terme peut, soit désigner toute modification quelle qu’elle soit des équilibres existants, soit n’être appliqué qu’aux mutations d’une certaine amplitude : dans cette seconde perspective, les changements politiques tendront à être considérés comme exceptionnels et synonymes de ruptures révolutionnaires.
Le multipartisme et l’alternance politique sont deux notions complémentaires. Le multipartisme offre aux citoyens une diversité de partis politiques ce qui entraîne obligatoirement une compétition pour la conquête du pouvoir, donc un changement institutionnel et d’acteurs politiques.
Le système de parti est constitué de l’ensemble des partis en interaction dans un système politique donné. Il est fondé sur un ensemble de rapports relativement stable découlant du nombre de partis, de leurs dimensions respectives ; de leurs alliances et stratégies. On distingue généralement les systèmes pluralistes (compétitifs) des systèmes non pluralistes (non compétitifs) je mettrai l’accent surtout sur les premiers : le système pluraliste qui postule la pluralité légale des partis et le droit pour plusieurs formations politiques d’exister et de chercher à exercer le pouvoir par la voie des urnes, comme inscrit dans la plupart des constitutions africaines. Au lieu d’atténuer les conflits politiques, le multipartisme, aujourd’hui devient la cause d’instabilité politique dans ces Etats comme pour donner raison à ce dirigeant français qui lors de son passage en Côte d’Ivoire, disait « l’Afrique n’est pas prête pour la démocratie ». Ces propos ont choqué en son temps, mais aujourd’hui avec les expériences que nous vivons notamment : en Guinée, au Niger, au Togo, en Côte d’Ivoire, au Gabon etc. ne sommes nous pas en droit de lui présenter nos excuses ? Ainsi, il est de notre devoir, en tant qu’universitaire, d’apporter notre contribution à l’édification d’un ordre constitutionnel efficace, stable et apaisé dans nos Etats. Pour que nos Etats ne soient en proie aux troubles politiques à chaque période électorale, cet article s’adresse en premier lieu aux dirigeants africains qui seraient les premiers à violer leurs constitutions, puis à tout le reste de la classe politique. Il s’agit là, d’un simple rappel des notions importantes d’alternance politique et du multipartisme, ainsi que de leurs incidences dans le système politique, car, l’un des objectifs majeurs du multipartisme est le désir du changement politique, c'est-à-dire d’alterner les différents choix politiques conformément aux principes démocratiques :
L’ALTERNANCE POLITIQUE
Alternance ou changement politique, concerne tant les hommes politiques que les institutions impliquées dans la gestion de la cité.
Le changement apparaît comme inhérent au politique. Ce lien résulte d’abord de la fonction du politique : instance de régulation, dont l’intervention est requise pour satisfaire certains besoins, résoudre certains problèmes, dénouer certains conflits, le politique est ténu d’ajuster en permanence ses décisions et ses actions ; le changement est donc pour lui un élément constitutif, une contrainte dont dépend la légitimité des gouvernants.
Ce lien résulte aussi des principes de structuration du champ de la politique : la logique concurrentielle qui préside au fonctionnement de ce champ, en contraignant les acteurs à se différencier les uns des autres par la spécificité des produits politiques qu’ils offrent, contribue à entretenir une dynamique permanente de changement ; et des politiques nouvelles sont en permanence engagées pour attester de l’aptitude des élus à concevoir et à mettre en œuvre le changement. La gestion gouvernementale justifie ainsi donc l’adoption incessante de mesures nouvelles, censées mieux adaptées aux problèmes à résoudre et aux attentes sociales. Il s’agit là de l’alternance institutionnelle.
La seconde forme d’alternance, qui concerne les partis politiques est la plus connue. Car généralement en politique, on parle d’alternance lorsque les partis appartenant à des courants politiques différents se succèdent au pouvoir. En général, elle consiste en un renversement de la majorité politique par les élections. Les ruptures, ainsi rendues possibles par de fortes mobilisations politiques et sociales, se caractérisent par la remise en cause de l’ordre existant. Néanmoins, la possibilité d’alternance politique est une condition nécessaire à la démocratie et au multipartisme, elle occupe une place centrale au cœur de l’action politique.
LES EFFETS DU MULTIPARTISME ET DE L’ALTERNANCE POLITIQUE
Il s’agit là de dégager là les incidents du multipartisme et l’alternance sur le régime politique
LES INCIDENTS DU MULTIPARTISME SUR LE REGIME
Le multipartisme a des effets tant au niveau des élections qu’au niveau du pouvoir.
- au niveau des élections, il offre sans doute à l’électeur un choix plus large et mieux adapté à toute la gamme des opinions qui peuvent exister dans une société évoluée ; mais en revanche, ce choix risque de n’être pas aussi clair qu’il serait souhaitable, à la fois plusieurs parti ont des programmes voisins que des différences de détail séparent seules, et parce que l’électeur est souvent partagé entre différents partis qui correspondent également, par certains de leurs aspects, à ses opinions.
- Au niveau du pouvoir, on ne peut formuler de règles car le multipartisme a des effets très différents selon ses modalités. En principe, une coalition de plusieurs des partis en présence est nécessaire pour constituer l’équipe gouvernementale. Celle-ci peut se caractériser par une grande stabilité : c’est ce qui se produit surtout lorsque la coalition se forme autour d’un parti dominant. Mais très souvent le multipartisme, entraîne l’instabilité gouvernementale, soit parce que les partis sont si divisés qu’il n’existe pas de support possible à la coalition, soit parce que celle-ci sont trop hétérogènes et qu’elle risque d’éclater à la moindre occasion, soit parce qu’elle est trop étroite à la base.
LES INCIDENTS DE LALTERNANCE POLITIQUE SUR LE REGIME
La part des innovations contenues dans les politiques publiques était en réalité des plus limitées, en raison du poids des contraintes diverses. D’abord, les significations admises, les valeurs reconnues, les normes en vigueur dans la société restreignent l’éventail des choix possibles, balisent le champ décisionnel : les politiques ne sauraient aller à l’encontre du code qui assurent la cohésion sociale, et dont les acteurs sont au demeurant imprégnés.
Aussi, les forces innovatrices se heurtent à la mobilisation réactive d’autres forces qui s’efforcent de maintenir le blocage.
Pour éviter ce blocage afin de maintenir l’alternance, les forces en concurrence sont tenues de parvenir à des concessions, atténuer les oppositions et créer le consensus sans lequel le projet de société risque d’être voué à l’échec.
Le déplacement des équilibres politiques et l’accès au pouvoir d’équipes nouvelles peuvent conduire notamment à l’engagement de politiques rompant avec le passé, or il s’agit davantage d’adapter et de corriger ce qui existe que de faire table rase du passé en construisant une politique radicalement différente. L’alternance doit garantir le principe de continuité de l’Etat et non d’anéantir l’Etat. Elle doit permettre d’instaurer l’autorité de l’Etat, car un pouvoir n’est stable que lorsque les règles établies sont respectées, de combattre la corruption qui dans nos Etats devient la règle et l’honnêteté l’exception ; l’incivisme a remplacé le droit, la morale, et la citoyenneté.
Alors chers politiciens africains, tenez compte de l’aspiration de vos peuples, ne reniez surtout pas vos propres valeurs culturelles, aucune personne, ni aucun peuple ne peut éternellement vivre dans le mensonge. Après 50 ans d’indépendance, quel bilan pour les pays africains ? Si nous savons que rien ne se décide en Afrique, mais que tout se consomme et se digère bien en Afrique. Il est temps que le renouveau constitutionnel africain soit une réalité. Ce changement ne peut se faire que grâce au réveil et la prise de conscience de la jeunesse .On constate aujourd’hui qu’être jeune au lieu d’être un avantage, est plutôt une maladie, un handicap très sérieux.
Par Kader Traoré
(professeur à la FSJP, Université de Bamako)

1968-1991
Aucune vision claire au plan économique
Les militaires ont non seulement détruit l’œuvre économique de l’Union soudanaise RDA mais aussi ils n’ont pas été capables de trouver une solution de remplacement.
Les militaires sont venus au pouvoir en 1968 soi-disant pour assainir une situation économique qui leur paraissait dangereusement compromise. Pour ça, ils avaient l’intention de revenir sur ce que le régime précédent avait fait et orienter autrement la vie économique du pays.
En fait, il s’agissait, pour eux, de mettre fin au socialisme jusque-là pratiqué et de promouvoir le libéralisme économique qu’on avait laissé tomber en 1960. Les mesures prises entre 1960 et 1978 montrent que le CMLN n’avait pas de vision claire dans ce qu’il envisageait sur le plan économique. Ils se sont contentés de s’enrichir individuellement puisant dans les caisses de l’Etat et en aidant de tierces personnes à monter des petites entreprises privées pour eux-mêmes.
Ce sont ces petites entreprises généralement dans le transport, les industries alimentaires qui ont constitué la base de l’entreprise privée au Mali. En plus de quelques petites unités industrielles qui existaient sous l’US-RDA comme la boulangerie Dossolo, la boulangerie Kamouh, dans le transport ont été cités le cas de Kissima Doukara et dans l’import-export les cousins de l’épouse du chef de l’Etat.
Dans la même période, on a assisté à des tentatives de liquidation des sociétés et entreprises d’Etat mais en raison du fait que celles-ci : Office des produits agricoles du Mali (Opam), les Abattoirs frigorifiques de Bamako employaient un grand nombre de salariés, leur liquidation n’a pas été simple. C’est ce qui explique la grande prudence du CMLN d’abord puis de l’UDPM ensuite à les liquider totalement. Ces sociétés et entreprises d’Etat n’ont pu disparaître complètement que parce qu’elles étaient mal gérées par les responsables qui étaient à leur tête.
En 1989, rares étaient cependant celles qui tenaient encore debout et fonctionnaient normalement. On peut dire que non seulement les militaires ont détruit l’œuvre économique de l’US-RDA, mais également ils n’ont pas été capables de trouver une solution de remplacement. On peut chercher en vain le nom d’une société industrielle nationale créée par le régime militaire. Par contre, il (le régime) a réussi à privatiser partiellement certaines sociétés et entreprises d’Etat comme la Comatex…
Vers 1974-1978 est venue l’UDPM qui, en tant que parti politique unique, a eu le souci de se doter d’une ligne économique claire. Cela a été appelé en son temps l’économie nationale indépendante et planifiée. Mais sa mise en œuvre n’a pas connu de résultat concret pour plusieurs raisons liées au manque de clarté de sa doctrine qui voulait concilier socialisme et capitalisme.
Mohamed Daou

LE MALI DE 1968 A 1991
Le tissu social brisé
C’est à partir de la fin de 1968 que le CMLN, présidé par Moussa Traoré, assume l'ensemble des pouvoirs législatif et exécutif. Depuis, l'éducation, la santé et le secteur des infrastructures sont délaissés. Les arriérés de paiements intérieurs se sont accumulés, la dette extérieure s’est accrue et le tissu social fut brisé.

En 1968, les nouveaux dirigeants (des demi-lettrés) abandonnent le discours marxiste-léniniste de l'ancien gouvernement pour s'orienter vers un modèle de "socialisme plus libéral". Les premières mesures concernent le monde rural. Les champs collectifs sont par exemple supprimés. Toutefois, la dérive vers un régime militaire autocratique se manifeste dès 1969 lorsque Moussa Traoré cumule les fonctions de chef de l'Etat et de chef du gouvernement.
Au cours des années 1970, le régime de Moussa Touré poursuit une politique sociale peu rigoureuse, marquée par un développement important de la corruption et du clientélisme. La situation sociale se dégrade rapidement et l’appareil gouvernemental de Moussa Traoré perd la confiance de la plupart des groupes sociaux.
De 1969 à 1980, on dénombre cinq tentatives de coup d'Etat (avril 1969, mars 1971, janvier 1977, mai 1977, novembre 1979 et mars 1980) et autant de grèves. L'éducation, la santé et le secteur des infrastructures sont délaissés. Les arriérés de paiements intérieurs s'accumulent et la dette extérieure ne cesse de croître. Les pertes du secteur para étatique s'accumulent.
Les grèves et manifestations de février et de mars 1988, lancées par le Syndicat national de l'enseignement et de la culture (SNES), suivies d'arrestations, ont traduit le malaise permanent de fonctionnaires dont les salaires sont payés avec des mois de retard, brisant du coup le tissu social.
En dépit de l'annonce d'augmentation de salaires en 1985, le secrétaire général de l'Union nationale des travailleurs maliens (UNTM), centrale unique, déclare que la vie était "devenue intenable" pour les travailleurs depuis l'entrée du pays dans l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Du reste, Bandiougou Doucouré, ministre de la tutelle des Sociétés et Entreprises d'Etat, qui était aussi membre du bureau exécutif de l'UNTM, est exclu de ce dernier dès avril 1984.
De 1968 à 1974, puis de 1983 à 1985, des sécheresses persistantes entraînent des famines, tandis que l’Etat épuise ses maigres ressources dans un différend frontalier avec le Burkina. Le contentieux territorial, portant sur la bande d’Agacher, s’aggrave jusqu’à provoquer un affrontement armé entre les deux pays, en 1985.
Cette même année est marquée par d’importantes grèves étudiantes et syndicales. Au mécontentement causé par la crise économique, à l’impopularité des plans d’ajustements structurels mis en œuvre à partir de 1981, s’ajoute l’aspiration démocratique qui se traduit en 1990 par la formation de trois mouvements politiques d’opposition.
Dans le même temps, la rébellion armée des Touareg reprend avec vigueur au nord. Le conflit engagé contre le pouvoir central, en juin 1990, par les Touaregs des régions du Nord (Gao, Tombouctou) est violemment réprimé (des centaines de morts) par l'armée du général Traoré.
Aussi, le régime militaire n'entendait pas laisser s'exprimer la moindre protestation. Par exemple, depuis mars 1983, l'attribution d'une bourse ou d'un emploi dans la fonction publique est liée à l'appartenance à l'organisation de jeunesse du parti unique.
Idrissa Sako

HERITAGE DE GMT
La couronne d’enfer
Les 23 ans de règne de Moussa Traoré peuvent se résumer en un seul mot : catastrophe.
Pour humilier Jésus-Christ sur le chemin de la crucifixion, ses ennemis lui avaient tissé une couronne d’épines. Pour humilier son peuple, Moussa Traoré promettait de lui en tisser une… d’enfer. Ou plutôt, omnipotent et sans rival, il voulait en orner la tête du premier Malien qui oserait lui porter la contradiction. Et le peuple, groggy, endurait, supportait. Les sbires de Moussa Traoré arrêtaient injustement, emprisonnaient, torturaient dans les bagnes immondes du Camp para, de la Poudrière, de Taoudenit, Kidal ou Tessalit.
Parler de l’héritage de Moussa Traoré, c’est remuer le couteau dans la plaie de l’infamie que ce régime a imposée au peuple. Rien, mais alors absolument rien ne fonctionnait normalement dans le pays. Tous les jours que Dieu faisait, le Mali reculait. Routes délabrées, voire inexistantes ; Bamako qui faisait honte à cause de la misère nauséabonde qui s’était abattue sur le pays ; des fonctionnaires faméliques qui couraient sans espoir derrière des salaires rachitiques, les soldes les plus minables de la sous-région ; aucune électrification publique. Et, pis, l’oppression la plus sauvage qui puisse exister : des pères de familles humiliés pour avoir… distribué des tracs, des "comploteurs" exilés à Tombouctou pour y subir un traitement inhumain et dégradant qui conduisait à la mort.
Il paraît qu’aujourd’hui, le chef d’orchestre des tueries de mars 2010 est devenu un waliyu (un saint). Grand bien lui fasse. Il est souvent applaudi lors de ses sorties publiques. Allah est Grand ! ATT dit simplement faire son possible pour éviter de le croiser dans les cérémonies publiques. Vive donc la démocratie !
Elle permet aujourd’hui à Moussa Traoré de vivre tranquillement, de prier et de jeûner sans apport nutritif en "zacaroba". Modibo Kéita, Kissima, Karim, Tiécoro, Cabral, Sory Ibrahima Tiocary, David Coulibaly et bien d’autres n’ont pas eu cette chance : un procès juste et équitable, une condamnation, puis une réhabilitation qui ne dit pas son nom. Allah Akbar ! Le peuple malien est tellement généreux et oublieux qu’il tend un rameau d’olivier à son tisseur de couronnes d’enfer.
L’héritage de Moussa Traoré, c’est la terre du Mali en miettes. Un bateau à la dérive qu’un régime civil démocratiquement élu a tenté, avec fortunes diverses, de ramener sur la voie navigable. Pendant 23 ans, le peuple que Senghor trouvait trop digne et orgueilleux pour se faire humilier est devenu un peule qui louange les hypocrites, les menteurs, les assoiffés d’argent et de gloriole. Tout ce que le Malien ne savait pas faire ou avait honte de faire, il a appris à le faire sous ces 23 ans de dictature barbare. Il a inventé une manière ovine de survivre au milieu des loups et des rhinocéros. La parole sacrée de notre société n’a plus de valeur.
L’héritage de Moussa Traoré, c’est l’histoire d’un père perfide et mystificateur qui a fait croire à son fils qu’il lui léguait un trésor d’émeraude. A la mort du père, le fils découvre que son père vivait à crédit après avoir perdu sa dernière chemise dans un duel futile. Nous avons cru avoir un pouvoir présidentiel pour notre bonheur et notre avancement.
Pour les rares Maliens qui s’accrochaient encore à ses chimères, le soir du 26 mars fut un choc douloureux. Le Mali était "foutu", il fallait réinventer un destin collectif. Las ! Le laisser-aller a pris la place de la dictature. Et le peuple se demande toujours : mais où est donc le bout du tunnel !
Ousmane Sow
(Journaliste, Montréal)

JEUNESSE SOUS LE REGIME MILITAIRE
Les enfants déshérités du CMLN et de l’UDPM
La jeunesse, sous le régime de Moussa Traoré, a vécu sur le plan sportif des agissements de certains caciques du Comité militaire de libération nationale (CMLN) dans les stades. L’héritage laissé par la Ire République qui a initié les semaines régionales et cultuelles devenues plus tard Biennale artistique et culturelle, n’a même pu être capitalisé par le régime militaire.

Pour Nafogo Coulibaly, chercheur archéologue à l’Institut des sciences humaines (IHM) le pouvoir militaire de Moussa Traoré a connu deux périodes d’évolution : le Comité militaire de libération nationale (CMLN 1960-1948) transformé plus tard en parti unique, l’Union démocratique du peuple malien (UDPM) qui a commencé à prendre corps à partir de 1974.
Sans d’autre forme de procès, notre chercheur indique que le pouvoir sous le CMLN n’a rien laissé comme héritage à la jeunesse. "Tiécoro Bagayoko directeur national de la sécurité d’Etat et membre influent du CMLN a commis des actes de terreur dans les stades. Passionné du football, il n’a pourtant rien fait dans la promotion de cette discipline au Mali", regrette notre chercheur.
Cependant, M. Coulibaly reconnaît qu’avec la naissance du l’UDPM, le régime militaire a commencé à s’intéresser à la jeunesse. "A l’époque, l’UDPM a ressenti le besoin d’organiser les jeunes qui constituaient la majorité de la population". A l'en croire, Moussa et ses compagnons ont adopté le mode d’organisation de l’Union soudanaise RDA.
" L’UDMP a créé dans les années 1980, l’Union nationale des jeunes du Mali (UNJM)", rappelle Nafogo Coulibaly. Et d’ajouter qu’à partir 1977 le régime militaire a repris une autre trouvaille du RDA : les semaines régionale de la jeunesse devenues sous l’UDPM biennal artistique et culturel.
" Au cours des biennales, les jeunes posaient leurs problèmes qui une fois exposés sont applaudis mais il n’y avait aucune suite après", commente l’archéologue qui pense que les biennales organisées sous le régime du parti unique étaient des évènements de "façade".
Pour confirmer le peu d’intérêt que le régime miliaire accordait à la frange juvénile, notre interlocuteur fait remarquer que c'est sous l’impulsion d’Alpha Oumar Konaré qu’un département de la Jeunesse et des Sports a été créé.
Dans le domaine scolaire, l’UDPM a expérimenté la ruralisation et le Service national des jeunes (SNJ). Bien des observateurs sont convaincus que c’est sous le régime militaire que les crises scolaires et universitaires ont commencé au Mali.
Amadou Waïgalo

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FINANCEMENT DU SPORT MALIEN
Le Comité olympique apporte près de 30 millions F CFA
Le Comité national olympique et sportif du Mali (Cnosm) vient d’offrir près de 30 millions de F CFA (27 973 962 F CFA) à deux fédérations sportives nationales. Il s’agit de la Fédération malienne de tennis (Fémat, 10 534 233 F CFA) et la Fédération malienne de basket-ball (17 339 729 F CFA).
Cet appui financier aux deux fédérations s'inscrit dans le cadre du premier volet d'une subvention quadriennale visant à accroître le nombre de sportifs maliens aux Jeux olympiques "Londres-2012". Les chèques ont été remis aux responsables des deux fédérations le week-end dernier selon un communiqué publié jeudi par le Comité olympique.
Pour le président du Cnosm, Habib Sissoko, cet appui financier du Comité olympique entre dans le cadre du programme développement de la Fédération de tennis. Celui-ci est destiné à la vulgarisation du tennis dans les régions du Mali et à Bamako, à travers un nouveau projet appelé "Play and Stay" (Jouer et rester au tennis) qui vise la formation des entraîneurs et l’amélioration des programmes d'entraînement des joueurs.
Il s'agit donc d'aider cette Fédération dans sa noble mission de développement du tennis au Mali. "Ce geste se justifie par le fait des efforts inlassables que la Fédération malienne de tennis est en train de fournir et qui se sont traduits par les performances obtenues ces dernières années par cette discipline", souligne le communiqué signé par Habib Sissoko. "Le sérieux, la stabilité de cette Fédération constituent un exemple qui doit guider toutes les autres disciplines sportives afin que le sport malien réussisse à s'imposer dans la sous-région, en Afrique et ailleurs dans le monde".
Le chèque de 17 339 729 F CFA remise à la Fédération malienne de basket-ball (FMBB) est le premier volet d'une subvention quadriennale devant permettre à celle-ci à mieux préparer l’équipe nationale féminine pour sa qualification aux Jeux olympiques de "Londres-2012".
" De 2005 à nos jours, le Mali est dans le peloton de tête en Afrique dans la catégorie des dames, en plus des catégories cadettes et juniors dans lesquelles le Mali domine en Afrique. Championnes d’Afrique en 2007, les basketteuses maliennes ont été vice-championnes d’Afrique en 2009 après avoir participé aux Jeux olympiques à Beijing en 2008", note encore le président du Cnosm.
" C’est ce bon travail et ce résultat flatteur qui ont amené le Comité olympique à apporter son soutien sans failles aux basket-ball en cherchant et en obtenant pour l’équipe nationale féminine une subvention pour le quadriennal 2009-2012 avec pour objectif fondamental la qualification et la participation aux Jeux olympiques de 2012", conclut-il.
B. D. S

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