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2009
Mois de
septembre
Les
Echos du 16 septembre
PAR
DELA LE CODE DE LA FAMILLE
ATT ou la solution de la facilité et de l’hypothèque
Musulman de surcroît et non moins admirateur du président de la
République pour son combat pour la mise en place d’un véritable
réseau routier et d’infrastructures dans le pays, base de tout développement
durable, je m’impose un devoir d’audace et de refus de ce que je
considère comme une reculade aux conséquences graves.
La nation se fonde sur le dépassement des particularismes au nom de l’essentiel
stratégique. Pratiquer sa religion est avant tout une affaire de liberté mais
aussi privée. L’Etat est de l’ordre du public, régent
suprême, en certains points, du privé, qui se voit régulé par
la loi qui s’impose à tout. Entre le vent de Paris et le souffle
de Riyad ou du Caire, notre pays enterre son essentiel, ce qui nous faisait nous,
nous-mêmes avant l’Occidental et son canon, l’Arabe et son
sabre.
Un Etat qui recule de trop est un Etat qui se met sous tutelle et il est plus
facile d’être sous tutelle que de s’en libérer. La surenchère
religieuse a la particularité d’être incapable de se donner
des limites. A ceux qui se sont empressés de se réjouir de cette
reculade de l’Etat, les fanatiques ont déjà donné des
gages de regain revendicatif. Ça avait déjà commencé,
il y a des années, quand on avait exigé la fermeture des bars pendant
le ramadan.
Le brave Haïdara, prêcheur tonitruant, avait donné raison à la
fermeté de l’Etat en signifiant à nos talibans de cette époque-là que
le musulman n’était obligé d’aller dans un bar au mois
de ramadan, mieux qu’avant de hurler pour nettoyer la rue, il fallait d’abord
une cure, sinon une lessive à la maison, là où toute éducation
commence, en tant que premier milieu socialisateur. Aujourd’hui, l’Etat
s’est affaissé et nous ne connaissons, pour l’instant, que
quelques épisodes du film qui n’a pas fini de s’écrire
sur le sol malien.
Episode1 : tentatives des associations musulmanes d’imposer leur point
de vue lors de la phase consultative.
Episode 2 : exigences pour la non-promulgation du code voté à l’Assemblée.
Episode 3 : victoire des batteurs de pavé avec la non-promulgation du
code, désaveu de l’Assemblée censée représenter
tout le Mali, au-delà des religions et des ethnies de notre nation.
Episode 4 : Cassette odieuse pour inciter au meurtre des représentants
de l’Etat même si Bandjougou n’a parlé qu’en son
nom. Pour ceux qui ne le connaissent d’ailleurs pas, il s’est illustré à la
mosquée de Dravéla contre le "sabar" sous Konaré,
un vendredi où les autorités de l’époque furent maudites
avant la prière.
Episode 5 : ATT plutôt que de mettre un terme à la reculade reçoit
Bandjougou, auteur de la fameuse cassette comme si au Mali on pouvait plaisanter
avec le mot mort ou djihad sans rien craindre !
Episode 6 : L’Association des jeunes musulmans du Mali exige et obtient
qu’elle soit désormais associée à la relecture en
collaboration avec la commission des lois de l’Assemblée comme annoncé par
le journal L’Indépendant il y a quelques jours (des députés
bis).
Quant aux prochains épisodes, nul ne peut les prévoir mais une
chose est sûre, les nouveaux héros défendront désormais
le particularisme du canon islamique dans les années à venir.
Il faut désormais craindre que les nouveaux héros ne lancent des
fatwas contre ceux qui, tout en respectant l’islam, ont le droit d’aimer
le pacte de Kurukanfuga qui stipule que "ni man fisa ni ye", c'est-à-dire
qu’aucune vie humaine (celle d’un roi, d’un riche, d’un
savant, d’un enfant, d’un fou, d’une femme) ne vaut plus qu’une
autre vie, oui de préférer cela à des préceptes qui
veulent que nos braves mamans n’aient pas l’autorité parentale
sur des enfants quand le papa n’est plus ou s’est tout simplement
volatilisé, refusant d’assumer son devoir éducationnel vis-à-vis
des mômes au nom de la phallocratie, le pouvoir des hommes, en un mot le
primat ontologique du masculin sur le féminin. Depuis qu’Eve a surgi
des côtes fertiles d’Adam et non le contraire ! Encore, elle la femme,
satanique créature qui pousse l’homme saint à la faute pour
manger le fruit interdit !
Et pourtant l’auteur de ces lignes n’est pas un féministe.
Entre les pourfendeurs de l’influence occidentale et les ambassadeurs locaux
de la domination arabo-islamique même si l’islam n’est pas
forcément à confondre avec la culture arabe quoique aussi inséparables
sur l’essentiel, quelle place pour les vraies valeurs maliennes, celles
que les dominations occidentale et arabe sont en train de liquider depuis le
IXe siècle ?
Le Mali est divers et pluriel. C’est au nom de cette pluralité d’opinions
que je me permets de réagir aux récents événements
dans notre pays dont le chaudron n’est que momentanément apaisé.
Musulman de surcroît et non moins admirateur du président de la
République pour son combat pour la mise en place d’un véritable
réseau routier et d’infrastructures dans le pays, base de tout développement
durable, je m’impose un devoir d’audace et de refus de ce que je
considère comme une reculade aux conséquences graves.
L’avenir de ce pays n’est pas seulement du côté des
applaudisseurs ? Nous devons commencer à avoir peur le jour où un
musulman ne pourra plus contredire un musulman dans ce pays ou écrire
pareilles lignes libres. Redoutons le retour du sabre et le règne de l’Omerta
au bord du Niger.
Cela prouvera - nous ne pouvons pas le souhaiter ni l’accepter - qu’une
minorité fanatique a pris le pouvoir et a sur tout le monde droit de vie
et de mort ! Que Dieu nous en préserve et que la lucidité et la
tolérance prévalent ! Surtout que l’Etat républicain
et laïc n’accepte faillir à son devoir protecteur et régalien!
Respect donc à tous ceux qui ne partageront pas les points de vue qui
suivent ! Je leur dédie fraternellement cette réflexion pour la
simple raison qu’ils ne pensent pas comme moi. Quelle richesse !
Le président ATT se trouvait donc à la confluence des contradictions,
pris entre les tenailles des batteurs de pavé au nom de l’arrimage
des lois républicaines au canon de l’islam et celles des élus
du peuple ayant donné leur caution délibérative et populaire
(sens républicain) à ce désormais fameux Code de la famille
en lui conférant cette aura démocratique par le symbole de la représentation à travers
leur élection au suffrage universel.
Dans ce qui fusionnait à la fois l’imbroglio et le choix cornélien
dont l’évolution semble avoir pris de cours tant les mandatés
de Bagadadji que la Primature et ATT, lui-même, l’homme de Koulouba
a choisi la solution de la facilité et de l’hypothèque sur
l’avenir que d’aucuns qualifient de décision sage. Ainsi il
est plus facile de soigner le présent que de sauver l’avenir de
la surenchère fanatique et des velléités souterraines de "talibanisation" de
l’Afrique (Mauritanie, Nigeria, le Septentrion malien) même si cette
frange reste encore minoritaire. Fort heureusement !
L’incandescence de la vue aura eu raison de la sérénité de
la vision et c’est bien le présent qui tend des pièges alambiqués à demain.
Gouverner, ce n’est pas seulement prévoir, c’est également
préserver l’essentiel qui unit au-delà des particularismes
ethniques, religieux. Il est des compromis qui cachent des compromissions. Un
Etat qui recule trop est un Etat qui finit par tourner le dos et courir à grandes
enjambées. L’islamisation violente de l’Afrique, les siècles
passés, sans oublier le fracas en Afghanistan et en Irak, prouvent qu’avec
les religions, la fermeté (ce qui ne signifie nullement une guerre contre
la liberté de religion) peut à la fois sauver les croyants tolérants
et la nation tout entière contre les dérives et les surenchères
fanatiques. La foi cimente, unit mais reste privée.
Constitution laïque, garante de l’équilibre
Ce qui unit toute la nation, sans exclusive, au-delà des différences
ethniques, confessionnelles et sexuelles, c’est bien la constitution laïque,
garante de l’équilibre. Et même avec ce Code de la famille,
cet équilibre est plus que préservé. Il ne touche nullement
aux fondements essentiels d’aucune religion. Si les religions, les mosquées
et les églises n’ont pas pu empêcher beaucoup de croyants
d’avoir les enfants hors mariage, le bon sens commande de s’occuper
bien de ces êtres innocents, pleinement humains en droits et en devoirs.
Dans un pays laïc, on ne fait certes pas une loi pour empêcher la
pratique libre d’une religion. On n’en fait pas non plus pour s’arrimer
au canon juridique d’une religion à moins qu’on ne veuille
instaurer clairement une République islamique avec la charia comme loi
suprême.
Quel est le pays laïc au monde dont aucune loi ne contredit un précepte
religieux ? Les tribunaux du Mali tranchent-ils les affaires, prononcent-ils
les verdicts selon la charia ? Les intérêts dans les banques sont-ils
refusés par les croyants ? Ces verdicts et ces pratiques ne sont-ils pas
en flagrante contradiction avec la religion musulmane qui propose de couper la
main au voleur, de lapider le coupable d’adultère ? Voilà deux
grandes administrations nobles dont le fonctionnement est antinomique aux préceptes
musulmans pourtant ce fonctionnement est normal et en harmonie avec les lois
républicaines (je ne parle pas des pratiques des hommes au sein de ces
administrations mais plutôt de leur fonctionnement global, leur modus operandi).
Les batteurs de pavé nous demanderont-ils demain de trancher les contentieux
selon l’islam ?
Les voleurs ont-ils les mains coupées au Mali ? Les coupables d’adultère
sont-ils lapidés ? Pourquoi ne demande-t-on plutôt à sanctionner
ces adultes sains d’esprits et responsables plutôt que des enfants
innocents en les ostracisant ? Les pots de vins souvent payés dans les
transactions, pratiques généralisées dans notre société ne
sont-ils pas "sataniques" ? Pourquoi donc donner plus de droits à nos
mères serait-il satanique que des pratiques à propos desquelles
on n’entend pas le Haut conseil islamique ? Le faux procès d’occidentalisation
du pays ne cache-t-il pas un regain d’arabisation ou d’islamisation
? L’islam, quoique respectable est-elle la foi de tous les Maliens ? La
foi est une affaire sérieuse mais privée. Elle ne peut nullement
primer les lois républicaines et laïques.
Ce Code ne donne-t-il pas d’ailleurs la possibilité au croyant de
faire son testament de son vivant selon les préceptes de sa religion,
ce qui est d’ailleurs une atteinte à la laïcité ? Il
y a des moments où un pays qui peine à se développer, à manger à sa
faim et à boire l’eau potable à suffisance, doit plutôt
converger les énergies pour faire cesser des pratiques qui le mettent
en retard sur son potentiel plutôt que de s’affronter sur des points
d’un Code nullement satanique si ce n’est qu’il considère
la femme comme un être humain à part entière. La femme et
l’homme sont différents mais l’homme est-il supérieur à la
femme ?
L'Etat prend un sacré coup
A-t-on jamais vu le Haut conseil islamique battre le pavé contre la corruption
et autres pratiques sataniques si ce n’est le courageux Haïdara qui
ne mâche pas ses mots sur ce fléau sociétal?
Le renvoi en seconde lecture est certes constitutionnel mais c’est l’Etat
désormais qui prend un sacré coup à travers deux de ses
institutions clés, l’exécutif et le législatif. Et
dans cet affaiblissement le silence poltron des députés, leur manque
de courage au nom d’une paix sociale dont les manifestants - à ne
pas confondre avec tous les musulmans encore moins tous les Maliens, comme l’analysait
justement Adam Thiam dans un article, ne sont pas les seuls à décider,
est également de quelque chose. Le commandant en chef s’est aussitôt
senti dans sa solitude envahissante, croyant que le navire allait chavirer. Tout
un signe dans notre météo politique !
D’entrée, il faut préciser le respect pour l’islam
comme pour toute autre religion ne serait- ce que pour ses croyants mais s’assumer
face à l’histoire exige plus que des compromis mous.
ATT a refusé de promulguer le Code déjà passé à l’Assemblée,
un cinglant camouflet aux législateurs qui se voient désavoués
dans la chaîne de l’élaboration des lois censées régir
le pays au nom de l’organisation de la vie sociétale et de l’équilibre
du vivre ensemble. Si ATT le promulguait, il aurait eu le bénéfice
du courage politique, l’audace d’avoir tranché, le mérite
de s’être assumé comme un De Gaulle prenant la lourde décision
du retrait français en Algérie, une manière implicite à l’époque,
pour l’homme du 18 juin 1940, de reconnaître l’impasse du projet
colonial et les limites de la domination. La France et le Mali sont évidemment
différents sans oublier le paradigme spatio-temporel mais la décision
de De Gaulle n’était-elle pas plus lourde de conséquence
(il a même frôlé un assassinat du fait d’une partie
des officiers partisans d’une Algérie française, un giron, à leurs
yeux, non négociable) ?
Certes la promulgation aurait fâché les batteurs de pavé,
prolongé les manifestations pour encore quelques jours mais la loi finirait
par s’imposer à tous. Des malédictions se feraient dans les
mosquées comme on en a déjà connues à d’autres
occasions, le Mali continuerait. Plutôt que de maudire, il est d’ailleurs
attendu des oulémas de bénir ce pays qui trime dans sa misère
depuis des décennies !
Dans un pays laïc, certes l’équilibre sociétal exige
la prise en compte des valeurs, de la culture, du fait religieux, de la liberté de
sa pratique mais on ne fait pas une loi pour une religion fût-il majoritaire,
sinon on ouvre les vannes pour d’autres surenchères confessionnelles.
Pire, on crée un précédent fâcheux. Ce qui est hélas
déjà le cas !
D’évidence, un travail de pédagogie, de dialogue véritablement
structurel a manqué tout comme une lucidité d’anticipation.
Dans les sociétés anciennes comme modernes, le verbe pédagogique éclaire
l’action sinon l’arbre à palabres - l’un de nos joyaux
culturels - n’aurait guère de sens dans l’imaginaire populaire
et notre propension à le brandir face à un Occident, un tantinet,
donneur de leçons de civilisation.
Il a manqué à l’exécutif tout comme aux députés
la dimension timing que savent user souvent les dirigeants occidentaux. Le mois
de Ramadan est celui du regain religieux. Quant à la mobilisation des
anti-code, elle n’est certes pas à minorer tant en terme quantitatif
qu’en impact. Il est des vases qui débordent, mais les matamores
tonitruants battant pavé sous le soleil du Ramadan constituent-ils la
vraie majorité face à des franges importantes de la société silencieuse
jusqu’ici ? Les associations féminines, très nombreuses et
dynamiques, qui devraient encenser ce Code préfèrent-elles le profil
bas au nom du machisme légendaire de tant de sociétés humaines
(il paraît qu’il n’y a jamais eu de femmes prophètes,
quand l’on sait que Dieu qui a plusieurs noms est le bien le plus trafiqué ici
bas selon les intérêts des uns et des autres).
Ce monopole masculin du divin est à méditer tant dans chaque religion
il y a des non dits comme cette fameuse histoire d’un Bilal noir esclave
alors que le coran ne le cite guère, devenu esclave dans les hadiths compilés
et assemblés plus de 100 ans après la mort de Mahomet en 632.
Il y a aussi le silence sidérant des partis politiques qui ont, via leurs
députés, voté le Code à l’Assemblée
comme si défendre ce Code était blasphème. Avec la palme à un
Mountaga Tall qui croit se refaire une santé politico-électoraliste à travers
ce tournant de notre histoire dont les conséquences sont nombreuses et
imprévisibles, sortant de sa tanière aussitôt le recul d’ATT.
Qu’y a-t-il de satanique dans ce Code en matière de remise en cause
de nos valeurs si ce n’est donner- par la force de la loi - un peu plus
de droits à nos mères, épouses et sœurs, de tous les
combats en tout temps et en tout lieu au nom de l’élévation
de notre nation, du progrès de notre société ? Quelle société peut-elle
se développer en reléguant la femme au second plan ? Sans exception,
tous les pays qui se sont tirés de la misère et de l’humiliation
des dons occidentaux, voire arabes ont donné toute sa place au féminin.
Et même les pays musulmans (Malaisie, Emirats arabes, Tunisie) qui commencent à se
hisser ont bien compris le danger des conservatismes moyen âgeux.
Nous ne sommes plus au moyen âge et ce n’est plus le temps où les
Arabes venaient piller, envahir, violer, castrer les eunuques pour que des centaines
aillent garder les reines et princières des harems afin que ces Noirs
ne puissent pas avoir des relations sexuelles avec les femmes qu’ils gardent.
Ce n’est non plus l’époque où tout roi africain non
musulman était traqué et tué avec son peuple par des rois
locaux, voisins, eux-mêmes islamisés de force et aidés des
Arabes. Même le grand Ahmed Baba de Tombouctou, a été fait
prisonnier, réduit en esclave lors d’une attaque de Tombouctou alors
qu’il était déjà musulman, déporté.
Il ne sera libéré que quelques années plu tard quand les
Arabes se rendront compte de son érudition en islam. Ce pillage des fils
et des filles d’Afrique reste un pan historique occulté.
Dieu ne maudit jamais un homme qui cherche à mieux connaître la
réalité tragique de sa propre histoire. Ni les Occidentaux ni les
Arabes ne feront notre mémoire à notre place. A nous de l’irriguer
et de la préserver. Elle éclaire notre demain, lanterne à jamais
précieuse. Pourquoi au nom de l’islamisation des "infidèles" ce
pillage humain qui, dans sa réalité, n’a même pas fait
la différence entre musulmans noirs convertis ou non (en témoigne
le cas d’Ahmed Baba) et qui a duré (du IXe au XXe siècle)
reste un grand silence quand on ne hurle que l’autre crime contre l’humanité,
la traite transatlantique ? Allons nous aimer d’autres peuples mieux que
nous-mêmes ?
Nous aimons convoquer la domination occidentale mais pourquoi ne reconnaissons-nous
pas que la domination arabe, via l’islam, est plus prégnante et
devenue fait admis jusqu’à nos noms, notre culture, notre panthéon
jetés ?
Certes l’islam structure notre société depuis le IXe siècle
et son influence grandit (après le sabre et le sang, le prêche et
le pétrodollar). Il y a seulement moins d’un siècle presque
chaque village malien avait sa représentation cosmique en matière
du divin et du vivre ensemble harmonieux, de la place de l’homme face à la
nature, ses liens ininterrompus avec les ancêtres (les morts ne sont pas
morts de Birago Diop dans souffle) et les mosquées n’avaient pas
encore conquis tous les villages. C’est donc dire que cette religion est
sans doute sociologiquement influente même si tout notre panthéon
n’a pas encore été jeté sur les poubelles (voir l’excellent
livre "Philosophie et géomancie en Afrique, vers la recherche d’une
philosophie originelle" de feu Mamadou Lamine Traoré, ex-ministre
de l’Education nationale, sur cette résistance de notre culture
avec l’authenticité du paganisme et la ruralité malgré ce
qu’il appelle "les assauts de l’islam". Nos valeurs authentiques,
c’est le Santoro, le Hogon, le Koré, Amma, Aton, le Kurukanfuga,
nos langues, nos noms, notre hospitalité, le respect des parents, des
aînés, la solidarité, et tant d’autres valeurs qu’aucun
envahisseur (politique ou religieux ne nous a apprises). Tout le reste existe
certes (il n’est pas à nier) mais relève du brassage pour
la plupart imposé par l’occident ou l’Arabie via l’islam.
Cela ne signifie nullement que l’islam ne fait pas partie de nos valeurs.
Au contraire, cet article n’a manqué d’évoquer son
influence qui plus que sociale et sociétale mais la chance de ce pays
n’est-elle pas de se battre pour son développement dans un environnement
sociétal préservé du fanatisme religieux, de la mise sous
tutelle étatique par la foi ? Mêmes ceux qui nous ont imposé les
deux religions les plus influentes aujourd’hui sur le continent, c'est-à-dire
le christianisme et l’islam, ont compris que malgré l’importance
de la foi dans une vie, les églises et les mosquées ne sauraient être
des succédanées aux hôpitaux, aux écoles, aux usines,
défis majeurs pour toute société si elle ne veut pas se
désintégrer sous le poids de la misère, du chômage,
de la violence, de l’intolérance, la misère étant
un terreau fertile à tant de calamités.
ATT, une fois de plus, vient de démontrer - au grand dam de beaucoup de
ceux qui l’estiment, j’en suis un d’ailleurs - qu’il
est plus un président de statu quo que d’audace. Bâtir une
nation prospère exige plus que de la volonté. Il faut une bonne
dose d’audace et même de zèle !
Demain Waterloo
Ceux qui s’empressent d’applaudir aujourd’hui les héros
de la victoire à la Pyrrhus pourront pleurer demain les Waterloo de la
nation. Quand la surenchère religieuse devient revendicative, aucune prière
ne l’arrête et elle peut facilement enrôler les foules misérables
et les obnubilés qui le plus souvent prient sans même savoir la
signification des sourates. C’est loin d’être un souhait, nous
aimons tous ce pays, mais gouverner c’est aussi songer au devenir collectif.
Au nom de la vision stratégique des enjeux. Avec cette reculade face à une
horde minoritaire intimidant la majorité féminine acquise à ce
code quand bien même des femmes sont allées marcher voilées,
ATT a soigné le présent. Il n’a pas sauvé l’avenir
! Donner plus de droits et de protection à nos mamans n’est nullement
une occidentalisation du pays. La phallocratie et le machisme - s’ils ne
sont pas atténués et régulés - peuvent être
aussi des freins au progrès global de la société. Gardons-nous
d’avoir demain sur nos têtes, non l’épée de Damoclès,
mais plutôt le sabre des barbus. A force de céder, on finit par
exposer même les acquis.
Le "Pacte du Mandé" ne stipulait-il pas "ni man fisa ni
ye" ? C’est-à-dire "aucune vie ne vaut plus qu’une
autre vie". Le primat masculin, au nom de la phallocratie, en prend pour
son grade tout comme l’esclavage qui fut aboli dans ce pacte alors qu’il
reste non interdit dans le coran. Ce code du mandé prouve suffisamment
que nous devons tout en restant musulmans ou chrétiens, faire la promotion
de nos vraies valeurs authentiques.
Même en Arabie saoudite - référence suprême de nos
fanatiques - l’heure est à la remise en cause de certaines aberrations
au détriment des femmes. La centaine de femmes saoudiennes qui ont signé l’an
passé la pétition de mettre fin à l’interdiction faite
aux femmes de conduire les voitures sont-elles au service de l’Occident
? A force de trop taper sur l’occident, nous risquons de lui attribuer
des valeurs humaines louables qui - à l’évidence - sont partie
d’Afrique il y a des siècles, des valeurs de protection de la personne
humaine dont nous devrions d’ailleurs nous féliciter.
Il n’y a qu’à citer le parallélisme entre le pacte
du Mandé au XIIIe siècle qui stipulait, au nom des droits de la
personne humaine où différence n’est faite entre femmes et
hommes, que l’esclavage est interdit au Mandé à partir de
ce jour et au même moment, les Arabo-Berbères continuaient à piller
les filles et fils d’Afrique pour les amener chez eux, surtout que le Coran
ne le leur interdisait nullement même si - à travers quelques versets
- il est encouragé, seulement encouragé et non exigé d’affranchir
ses esclaves.
Entre ces deux lois, un musulman éclairé doit-il défendre
ce pillage des fils d’Afrique au nom de l’absence formelle d’interdiction
coranique ou doit-il choisir le pacte du Mandé, celui de nos valeureux
dirigeants éclairés, nationalistes à l’époque
? Nous devons savoir que dans les deux grandes religions- christianisme et islam
- trop de choses ont été au détriment des noirs. Le dire
est loin d’être péché. Nous ne pouvons pas aimer les
Arabes mieux que nous-mêmes. Qui peut dire que l’islam n’est
qu’islam et qu’il ne véhicule pas en grande partie la culture
arabe ?
Parler de cette domination culturelle arabe sur fonds religieux, ce n’est
nullement occulter celle de l’occident. Au contraire, ne passons nous pas
trop de temps à critiquer l’Occident ? Le déficit de débat
critique semble plus se trouver au niveau de nos rapports avec la culture islamique,
sujet plus que tabou. Ce qui unit tous les Maliens, ce n’est pas l’islam
mais la constitution laïque taillée autant pour les musulmans, les
chrétiens, les animistes et même les athées, voire les agnostiques
et les panthéistes.
Que n’a-t-on pas entendu quand le président Alpha Oumar Konaré a
organisé en son temps la rencontre des chasseurs africains chez nous ?
Devons nous rejeter nos vraies valeurs qui ont droit de cité avant les
religions étrangères. Et pourtant au cœur du "Pacte du
Mandé", l’un des plus anciens codes juridiques protecteurs
des droits de la personne humaine, l’on trouve le serment des chasseurs.
Que notre lucidité stratégique et nos vraies valeurs africaines
nous sauvent et que Dieu, le vrai, pas celui, fonds de commerce de certains, à qui
on a prêté tant d’infamies et d’atteintes à la
dignité de la personne humaine - protège le Mali !
Yaya Traoré
(yayakaiser2003@yahoo.fr, doctorant en sciences politiques, Paris)
Acceuil
POUR
NON-PAIEMENT DE CREDITS A L’ORS
Sept membres de la CRA/Ségou suspendus
Contrairement à la menace qui avait été brandie, il n’y
a pas eu de retrait de parcelles à l’Office riz Ségou (ORS).
Seuls sept membres des associations et organisations paysannes n’ayant
pu s’acquitter de leurs crédits intrants ont été suspendus
de toute activité au sein des associations.
" J’ai l’honneur de vous informer que certains responsables
des associations et riziculteurs de Farako, Ségou et Tamani, liste jointe,
ont bénéficié des engrais Initiative riz remboursables en
fin avril 2009 restent encore redevables malgré tous les efforts de sensibilisation
que nous avons menée auprès des intéressés. Ce comportement
peu honorable de la part de ces responsables pourrait être préjudiciable à la
poursuite de l’Initiative riz mais également à la vie de
ses associations si des mesures idoines ne sont pas prises. C’est pourquoi
M. le président, je voudrais par la présente vous demander de bien
vouloir prendre les dispositions nécessaires afin de suspendre les responsables
concernés. Car avec de tel comportement l’Office riz Ségou
n’est plus en mesure de travailler avec ceux-ci".
Tel est le contenu de la lettre n°0151 du 9 septembre 2009 adressée
par le DG de l’ORS, Kassoum Dénon, au président de la Chambre
régionale d’agriculture de Ségou. Comme libellé, le
destinataire s’est assumé et a pris des mesures qui s’imposent
en suspendant 7 sept des responsables des associations et organisations paysannes
de toute activité au sein de leur organe.
A l’ORS, le message, cette année, était que tous ceux qui
ne payent pas les crédits intrants de l’Initiative riz n’accèdent
pas non seulement à l’engrais mais aussi se voient retirer leur
parcelle. Le 21 juillet 2009 avait été fixé comme délai
de rigueur. Convaincu que la question de parcelle est cruciale, le DG n'est pas
passé par cette solution extrême et les producteurs l'ont compris
en faisant preuve de bonne foi.
" A l’ORS, il n’y a pas eu de retrait de parcelle. Dès
qu’on a dit ça, les gens ont fait l’impossible de venir payer",
confirme M. Dénon. Et de poursuivre : "Seuls quelques membres des
associations, 7 au total, ont été suspendus". La totalité du
montant qu'ils doivent se chiffre à plus d’un million de F CFA sur
plus de 299 millions de F CFA à recouvrir.
" Nous allons voir au niveau du département de l’Agriculture
et du secrétariat d’Etat chargé du Développement intégré de
l’Office du Niger. On verra réellement si c’était bon
que l’Initiative riz soit au comptant ou à crédit. Au bilan
de la campagne, on verra ce qu’il y a lieu de faire".
A priori, le DG de l’ORS apprécie l’initiative du gouvernement
qui consiste à prendre l’engrais à 18 000 F CFA et à le
céder à 12 500 F CFA aux producteurs. "Ce sont des efforts.
Personnellement j’apprécie mais il faudrait que les paysans soient
préparés à cela", mentionne-t-il.
Mohamed Daou
Acceuil
PRATIQUES
ANORMALES SUR LES
AXES ROUTIERS
Le Mali une nouvelle fois épinglé
Les tracasseries routières s'accentuent en ce 2e trimestre 2009 selon
le tout dernier rapport de l'Observatoire des pratiques anormales (Opa). Un bon
nombre de postes de contrôle ainsi qu'une augmentation des taux de perceptions
illicites et des temps de contrôle sur les corridors ont été révélés.
Le Mali fait figure de mauvais élève dans sa gestion des corridors
routiers. Le 8e rapport de l'Observatoire des pratiques anormales (Opa) décrit
que le Mali enregistre un taux de prélèvements illicites de 11
400 F CFA aux 100 km - les taux de prélèvements illicites sont
rendus plus élevés par les extorsions consécutives à l’application
de la réglementation sur la charge à l’essieu sans délivrance
de reçus aux conducteurs dont les camions contreviennent à la réglementation
- avec une moyenne de 7 postes de contrôles aux 100 km contre 2 au Togo,
au Burkina et au Ghana, le Mali fait figure de bonnet d'âne dans ce domaine.
L’objectif visé par l'Opa est la bonne gouvernance routière
sur les axes routiers de l’Afrique de l’Ouest. Pour cela, elle retient
trois indicateurs pour établir son rapport : le nombre de barrières
de contrôle ; les perceptions illicites et les temps de contrôle.
En ce 2e trimestre 2009, tous les indicateurs de bonne gouvernance routière
sont au rouge. Pour preuve, les niveaux de perceptions illicites sont en nette
progression, plus singulièrement au Mali où l’on observe
une hausse de 46 % par rapport au trimestre précédent.
Le Mali enregistre une hausse de 40 % (la plus élevée) du nombre
de postes de contrôle. Les temps de contrôle, quant à eux,
connaissent une tendance haussière de l’ordre de 48 % au Burkina
Faso. La gouvernance routière sur le corridor Ouagadougou-Bamako, en ce
qui concerne le nombre de points de contrôle, est très critique.
En effet, ce corridor regorge de nombreuses barrières, plus précisément
36 arrêts par voyage (la plus forte densité) avec un ratio de quatre
arrêts aux 100 km. Cette situation est imputable à la partie malienne
du fait du nombre élevé de barrières sur son tronçon
qui, à lui seul, enregistre 28 barrières par voyage contre 8 du
côté Burkinabé.
En ce qui concerne les perceptions illicites, leurs niveaux ont connu un bond
spectaculaire, atteignant la barre des 59 230 F CFA par voyage au cours de ce
2e trimestre de l’année 2009 sur le corridor Ouagadougou-Bamako
imputable encore une fois à la partie malienne qui enregistre une hausse
inacceptable de l'ordre de 47 % avec 49 250 F CFA dont 17 545 F CFA rien que
sur le contrôle de la surcharge par voyage.
De ce fait, les temps de contrôle sont beaucoup plus longs, l'axe Bamako-Ouagadoudou
long de 920 km enregistre une moyenne de 16 minutes de retard aux 100 km ce qui
la place en 2e position après l'axe Tema-Ouagadougou où les temps
de contrôles enregistre des retards de 28 minutes aux 100 km par voyage
ce qui est énorme. Le quotidien des camionneurs sur les axes routiers
inter-Etats fut bien difficile au cours de ce 2e trimestre de l’année
2009 où la gouvernance routière est au plus mal, conclut le rapport.
Les actions de plaidoyer de l’Opa auprès des Etats et de la société civile,
peinent à porter des fruits durablement dans le temps et dans l’espace.
En effet, aucune constance n’est observée dans l’évolution
temporelle et spatiale des tracasseries routières. Les Etats peinent à prendre
des mesures correctrices ce qui, à termes, pourra les pénaliser
car pour l'instant les effets de la crise financière internationale n'ont
vraisemblablement pas encore atteint leur point culminant.
Kaourou Magassa
(stagiaire)
Acceuil
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