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2009
Mois de
septembre
Les
Echos du 08 septembre
OUSMANE
SY, SECRETAIRE POLITIQUE DE L’ADEMA/PASJ
" Je suis contre un 3e mandat au Mali"
Sur le 3e mandat d'ATT, le Code des personnes et de la famille, les crises au
Mali et la vitalité de la démocratie en Afrique… Ousmane
Sy, secrétaire politique de l'Adéma/PASJ, ancien ministre de l'Administration
territoriale et des Collectivités locales, a bien voulu nous entretenir.
Interview.
Les Echos : Le président de la République vient
de renvoyer en
seconde lecture le Code despersonnes
et de la famille, adopté par les
députés. En tant que secrétaire politique de l’Adéma,
parti majoritaire à l’Assemblée, quelle lecture faites-vous
de cela ?
Ousmane
Sy : Le président n’avait d’autre choix que de renvoyer
ce texte à une deuxième lecture. Mais là où je me
suis beaucoup interrogé, c’est de savoir qu’est-ce qu’on
a fait pour ne pas en arriver à la situation où une loi d’une
telle importance est déposée à l’Assemblée à une
période comme celle du mois d’août. Ce sont les vacances du
gouvernement. On crée une situation où le président de la
République devant l’importance et la délicatesse de la question
n’avait pas d’autre choix. En tant que secrétaire politique
de l’Adéma et d’un parti qui le soutient, je me suis beaucoup
interrogé. Parce que nous sommes quand même un pays très
religieux. J’ai été ministre de l’Administration territoriale,
et je sais qu’en la matière, il n’y a pas de petit texte en
ce qui concerne la religion. C’est une question d’une très
grande sensibilité. Et nous-mêmes en 2002, nous avons adopté ce
texte en conseil des ministres et nous étions persuadés que les
députés le voteraient, il fallait prendre la précaution
de s’assurer que ce que contient le texte est compris et accepté par
la majorité. Bien sûr, on est en démocratie, il y a toujours
des gens qui ne seront pas d’accord. Mais pas sur un texte comme le Code,
il faut toujours chercher un consensus, surtout que nous sommes un pays d’une
culture de consensus. Mêmes ceux qui ne sont pas d’accord qui l’acceptent
c’est une avancée. Je crois qu’on n’a pas pris le temps
de le faire. Aussi bien au niveau du gouvernement, du Parlement et des politiques.
On ne s’est pas soucié de la recherche du consensus sur un texte
aussi important et sensible.
Les Echos : Que pensez-vous du Code ?
O. S. : Je trouve que globalement c’est un bon document. Ne jetons pas
le bébé avec l’eau du bain. Quand on revient à l’esprit
du Code, la passion ne devrait pas nous faire oublier quand même que nous
sommes dans un combat démocratique. Nous sommes des démocrates.
Nous sommes dans un combat pour le progrès de notre société.
Tout en nous appuyant sur nos valeurs, nous pouvons aussi faire face aux défis
du XXIe siècle. Parce que nous sommes dans un monde qui évolue.
N’oublions pas cela. Les difficultés que le Code rencontre aujourd’hui
ne devraient pas nous amener à oublier la finalité de notre combat
démocratique.
Donc, je pense qu’il peut être un progrès pour la société malienne.
Maintenant, il faut savoir qu’un progrès ne se décrète
pas, ne se force pas. Il faut l’adhésion de la majorité.
Je crois que c’est peut-être là qu’il faut qu’on
réfléchisse davantage, qu’on cherche aujourd’hui les
points qui sont encore difficiles. C’est la problématique du changement.
Comme je l’ai dit, le changement ne se fait jamais en ligne droite, il
se fait en zigzag. L’essentiel est que la pente soit maintenue.
Je crois qu’aujourd’hui, la réalité nous montre bien
que même si on a une ambition pour ce pays, pour notre société,
il y a des questions difficiles qu’il faut prendre le temps d’expliquer,
de discuter. Mais globalement, je pense que le Code est un progrès parce
que, c’est un combat que nous avons porté. Les premières
réflexions sont venues au moment où l’Adéma était
au pouvoir, il y avait un gouvernement Adéma. Nous l’avons porté comme étant
un progrès de plus de 50 % de notre population, c’est-à-dire,
les femmes. Je suis d’accord qu’il faut aujourd’hui, de façon
consensuelle, examiner les points qui posent problèmes. Je l’ai
dit, nous sommes une société de consensus. Il n’y a pas de
majorité contre une minorité. Je crois que nous allons voir les
points qui posent problèmes, prenons le temps d’en parler. Voyons
avec ceux qui sont contre qu’est-ce qu’on veut faire pour avancer.
Je crois qu’en fin de compte, on se mettra d’accord.
Les Echos : Un débat s’instaure sur un éventuel troisième
mandat d’ATT. Vous avez soutenu en son temps que la limitation du mandat
présidentiel est antidémocratique. Etes-vous pour un 3e mandat
d’ATT ?
O. S. : Moi, je ne peux pas être pour un 3e mandat d’ATT pour plusieurs
raisons. D’abord, la décision de la limitation a été prise
au Mali à la Conférence nationale. Je crois aussi que la démocratie
comme je viens de dire ne se décrète pas, elle se construit et
que l’alternance est une pédagogie. Quand on retourne dans l’ambiance
de la Conférence nationale, l’ensemble des représentants
de la société malienne à l’époque s’est
battu pour dire qu’on sort de 23 ans de dictature militaire. Il a été dit
qu’il faut limiter le mandat à deux. Et après quoi, toute
personne qui aura fait son temps sera remplacée. C’est le jeu de
l’alternance. Donc, je ne peux pas être pour un 3e mandat.
J’en profite pour rectifier. Je crois qu’à l’époque,
j’ai fait un correctif au journal qui m’a fait dire ça. Je
n’ai pas dit que la limitation du mandat est antidémocratique. Si
on le sort du contexte, comme le journaliste l’a fait, on ne le comprendra
pas. Le contexte, c’était une conférence où la question
: "la limitation de mandat n’est-elle pas anti-démocratique
?", m’a été posée.
J’ai répondu à l’époque en disant que dans une
démocratie, on ne limite pas les mandats, mais je l’ai ramené au
contexte de combat malien en rappelant que pendant les dix ans du président
Alpha, un moment donné le débat est venu. Mais en militant, on
a dit très clairement qu’il n’est pas question de revenir
sur cela. Et que l’alternance est une pédagogie démocratique.
Je m’en arrête à ce que le premier intéressé lui-même
a dit publiquement. Je ne vais pas au-delà jusqu’à ce qu’il
dise le contraire.
Les Echos : Quelle décision le parti a-t-il adoptée par rapport à Lancéni
Balla Kéita ?
O. S. : Je crois que le parti l’a pris avec beaucoup de sérénité.
Vous savez à chaque chose son temps. Nous sommes encore à deux
ans et demi de 2012, consacrons-nous à la refondation de notre parti comme
on l’avait dit à la sortie du congrès. Consacrons-nous à la
réorganisation de notre parti. Consacrons-nous à la remobilisation
et sur nos tâches politiques plutôt que de commencer à se
bagarrer sur ces questions.
La direction du parti en a discuté. On a simplement mis en place un petit
groupe pour rencontrer notre camarade, pour discuter avec lui et ramener cette
position à sa véritable proportion pour éviter qu’on
nous entraîne sur un terrain qui, sincèrement, n’est pas d’actualité pour
nous aujourd’hui. La bagarre des chefs est le point faible de l’Adéma,
mais j’avoue que nous sommes en train d’en prendre conscience de
plus en plus. Et ce n’est pas nous qui allons alimenter ce débat.
Les Echos : Si éventuellement l’Adéma devrait avoir
un candidat pour 2012 qui sera-t-il alors ?
O. S. : En tant que secrétaire politique, je me réfère aux
textes. Les textes sont très clairs. Il y a un article dans le statut
qui dit exactement, comment le parti doit choisir son candidat. Je crois que
tous les militants de l’Adéma devraient se référer à ça.
Il n’y a pas d’ombre sur ce point. Sincèrement, je crois qu’il
ne faut pas précipiter. La meilleure façon de faire face aujourd’hui à nos
responsabilités politiques, c’est d’abord de formuler notre
projet. Quel est le projet que l’Adéma propose au peuple malien
? Je préfère prendre la question par ce bout. Vous savez, en 1992,
ce qui nous a tous fédéré, c’est notre ambition pour
le Mali. Je fais partie quand même de ceux qui ont la mémoire de
ce parti. En 1992, on a fédéré une équipe et l'on
a trouvé un leader pour mener le combat pour ce pays. Je crois qu’il
n’y a pas d’homme miracle. Un leader ne vaut que par ce qu’il
porte.
Les Echos : Vous personnellement, vous n’êtes pas candidat
pour 2012 ?
O. S. : Ça ne fait pas partie des choses qui m’empêchent de
dormir ! Ce qui m’empêche de dormir aujourd’hui, en ma qualité de
secrétaire politique de l’Adéma, c’est que le parti
a un grand défi à relever. Nous sommes sortis de notre congrès
en disant qu’il faut qu’on se prépare pour aller à la
reconquête du pouvoir en 2012. Pour aller à cette reconquête,
quel que soit le candidat, il faut un parti remobilisé, il faut un projet
qu’on peut proposer au peuple malien et il faut une équipe capable
de porter ce projet. Après ce travail, la réponse à la question "qui
va diriger cette équipe ?", viendra naturellement. Vous savez, il
faut redonner du sens à la politique. Aller à la politique, ce
n’est pas aller à un jeu de pouvoir pour le pouvoir. C’est
aller au pouvoir pour mettre en œuvre un projet. Je crois que c’est
ce qui me préoccupe en tant que secrétaire politique. Maintenant,
il appartiendra aux militants de l’Adéma de dire voilà la
personne qui est la plus qualifiée. Je vous assure que quelle que soit
cette personne, moi militant je me mettrai derrière lui.
Les Echos : L’Adéma est le parti qui est figure de proue, mais on
ne vous a pas entendu par rapport aux questions comme la vie chère,
la crise du sucre, du riz ?
O. S. : Nous sommes dans un système où nous soutenons le président
de la République, nous sommes dans l’équipe gouvernementale.
Donc, nous avons un devoir de contribution. Nous sommes un parti qui mène
aujourd’hui un combat de valeur. La loyauté fait partie de nos valeurs.
Je crois qu’à partir du moment où même si on a eu un
débat très dur entre nous, à partir du moment où le
parti, dans sa majorité a décidé de soutenir le président
en place, nous le faisons. Nous sommes dans la majorité parlementaire.
Nous sommes représentés dans le gouvernement. Donc, notre rôle
est un rôle de contribution. Face à tous les problèmes, nous
analysons au niveau de notre parti, nous discutons au niveau de la direction.
Nous faisons des contributions au gouvernement à travers nos ministres.
Sur toutes ces questions, nous avons donné des orientations, des questions,
des points de vue à nos ministres qui reflètent nos points
de vue.
Maintenant, il ne faut pas qu’on attende de nous de faire ça d’un
côté et de l’autre côté, aller nous agiter dans
la rue, prendre des positions. Si nous avons aujourd’hui des positions à prendre,
si nous avons des inquiétudes, des contributions, nous l’apportons
par des règles républicaines que nous avons décidées à travers
nos représentants qui sont dans le gouvernement, à travers nos
députés qui examinent les programmes du gouvernement, qui soulèvent
les questions. Mais, il faut qu’on apporte le programme du gouvernement.
Nous apportons une contribution si nous avons des points de vue, nous l’apportons.
Notre président, Dioncounda Traoré, rencontre régulièrement
le président de la République. C’est par ces voies que nous
apportons nos contributions tant que nous sommes dans la majorité.
Les Echos : Que pensez-vous du PDES alors ?
O. S. : Le PDES, c’est le programme du président de la République
que nous soutenons. Le PDES est enraciné sur un certain nombre de documents
: le Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la
pauvreté ; Prospectives Mali 2025 qui est un document qui date de notre
gestion. Donc, le PDES en tant que secrétaire politique, en tant que cadre
de ce pays, en tant que simple malien, je pense que si on arrive à atteindre
les objectifs du PDES ce sera une bonne chose pour le pays. Nous restons vigilants
là-dessus. Dans tous les cas, il faut qu’on soit simplement responsable.
Le bilan du président actuel, nous en sommes tous coresponsables. Nous
allons, un moment donné, devoir assumer les réussites et les échecs
de ce PDES. Pour nous-mêmes, notre bonheur, tout ce qui peut réussir
dans le PDES, est une réussite au profit du peuple malien.
Les Echos : Tout porte à croire qu’il y aura une alliance URD-Adéma à l’Assemblée
nationale. Est-ce que cela préfigure déjà 2012 ?
O. S. : Depuis que cette législature a commencé, il y a une alliance
Adéma-URD à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui
quand, on regarde la configuration de l’Assemblée nationale bien
sûr il y a l’ADP, mais les deux grands partis sont l’Adéma
et l’URD. C’est un fait. Maintenant, je pense qu’effectivement,
conformément à nos textes et aux résolutions de notre dernier
congrès, une réorientation très claire de nos statuts nous
demande en tant que direction du parti, qu’on travaille au rapprochement
avec un certain nombre de partis. Je pense aujourd’hui que si notre combat
est un combat de consolidation de la démocratie, il faut qu’on aille
vers la ré-fédération de ces forces politiques. C’est
pour ça que moi, politiquement, j’assume de pousser conformément
aux recommandations de notre congrès, mettre ensemble les partis politiques
issus du Mouvement démocratique.
Je pense qu’il faut aller dans ce sens. Je crois que c’est ça
qui va rétablir la confiance que les Maliens ont des partis politiques.
Qu’on ne se trompe pas sur la finalité du combat démocratique.
Ce combat, c’est de donner la possibilité à chaque Malien
d’être épanoui, d’être bien là où il
est matériel, culturel et spirituel. Ne privilégions pas l’instrument
contre la finalité. La situation de crise que les différents partis
ont connue doit être sublimée. Il n’y a pas un seul parti
dans ce pays qui n’a pas connu des crises, des fissures.
Après 18 ans, c’est le moment de réfléchir, parce
qu’être dans une crise, ce n’est pas grave parce que la conscience
de toutes organisations et même du corps humain, ça se fait dans
la santé, dans la maladie. Il faut qu’on sache sortir de la crise.
Et je pense aujourd’hui, qu'on devrait créer le climat pour poser
un regard rétrospectif sur le parcours, regarder ce qui a marché,
voir ce qui n'a pas marché, assumer et réparer. Et je pense que
nous en avons la capacité.
Les Echos : A la lumière de ce qui se passe au Niger, au Gabon, en Guinée
et dans d'autres pays africains, est-ce qu'on peut vraiment parler d'une viabilité de
la démocratie africaine ?
O. S. : Le combat démocratique est un très vieux combat dans notre
pays. Il n'a pas démarré avec le 26 mars. Le 26 mars a été un
moment, ce combat est plus vieux que ça. Nous avons des compagnons, des
camarades qui sont morts qui ont fait de la prison, qui ont tout perdu, leur
vie, leurs biens. Le combat démocratique n'a pas de fin, c'est un
processus.
Il se trouve effectivement que chez nous, comme dans beaucoup de pays africains
et même au-delà de l'Afrique qu’il y a une crise. La crise
de la démocratie pousse tout le monde, partout, à l’interrogation.
Certes, nous avons notre spécificité, mais il faut qu’on
accepte une remise en question. Il nous faut voir cette démocratie telle
qu'on l'a connue, telle qu'on est en train de la mettre en œuvre, avec ses
limites, ses progrès, essayer de voir comment on peut y faire face. J'entends
souvent, je lis aussi que la démocratie a échoué, nous Adéma,
on nous charge, c'est des points de vue que je respecte. Mais je ne suis
pas d'accord.
On ne peut pas dire aujourd'hui que la démocratie a échoué au
Mali. La démocratie n'a peut-être pas atteint toutes les ambitions
qu'on avait. Comme je l'ai dit il ne faut pas jeter le bébé avec
l'eau de bain. Ceux qui ont quitté le Mali avant 1991 et qui y vivent
aujourd'hui, ne peuvent pas dire que la démocratie n'a pas apporté quelque
chose au Mali. Je suis d'accord que la démocratie n'a pas apporté tout
ce qu'on attendait. Maintenant travaillons pour que cela apporte.
La deuxième interrogation porte sur ce que nous appelons démocratie.
La démocratie, c'est aussi des valeurs et des méthodes. Mais, malheureusement
dans mon analyse depuis plusieurs années que je travaille, je réfléchis
beaucoup sur les questions de gouvernance notamment les gouvernances démocratiques
en Afrique. Mon constat, c'est que les difficultés qu'on a au Mali sont
valables pour les autres pays africains. Je le dit souvent, en démocratie,
nous n’avons pris que la mécanique et nous avons oublié au
passage les valeurs, or, si on ne fait pas les deux ensembles, on ne fait pas
la démocratie. Alors nous avons pris la mécanique de la démocratie,
nous avons pris les notes : les élections, le suffrage universel, on a
pris les mécaniques fortes. Les mécaniques sans les valeurs n'ont
pas de sens. Cela est visible aujourd'hui dans toutes les difficultés
que nous avons sur les élections.
Le grand principe qui est le combat universel dans lequel nous nous sommes
insérés
est le suffrage universel. Le principe en lui-même est très bien.
C'est un principe universel auquel tout être humain souscrit. Mais, aujourd'hui
en Afrique, dans nos pays dit de suffrage universel, par manque de réalisme,
par le poids que l'argent est en train de prendre dans nos élections,
par le poids de la fraude…, le plus fort gagne. Le plus fort n'étant
pas fort même en termes de projet mais en termes d'argent et de coup bas.
Ce n'est pas cela la démocratie. Personne ne gagne dans cette forme de
démocratie.
Mêmes ceux qui ont l'illusion d'avoir gagné, en réalité ne
gagnent pas. C'est pour ça que je dis aujourd'hui qu'il faut qu'on ait
le courage de voir aussi les limites du processus démocratique que nous
sommes en train de construire et de poser le débat et de le corriger.
Si nous ne le faisons pas, la démocratie va se traduire par un ramage
total de misère, de confrontations inutiles.
Chaque fois qu'on voit une élection, c'est la roulotte russe, c'est-à-dire
qu'on peut tout perdre comme on peut gagner. Si nous aimons notre pays, notre
continent, nos peuples, si nous nous aimons nous-mêmes, il est temps qu'on
s'interroge, qu'on ouvre le débat et qu'on cherche à construire
de véritables démocraties enracinées dans nos pays, donc
qui sont des démocraties qui s'appuient d'abord sur ce que nous
sommes.
Les Echos : Vous êtes membre du Parti africain pour la solidarité et
la justice. Au-delà des frontières du Mali, quelles actions de
solidarité peut-on retenir de l'Adéma vis-à-vis d'autres
pays et d'autres peuples frères ?
O. S. : J'avoue que quand l'Adéma était au pouvoir nous avons assumé cette
identité. Ce n'est pas pour rien que nous nous appelons Parti africain
pour la solidarité et la justice. Nous sommes politiquement héritiers
aussi, sur ce plan, d'Africains qui ont lutté pour l'unité du continent,
le panafricanisme. Nous l'avons assumé, nous avons développé les
relations de partenariat avec beaucoup de partis africains. Nous sommes dans
l'International socialiste. Nous avons été très actifs sur
le terrain politico-régional. Effectivement, on n'a pas comblé toutes
les attentes. Nous-mêmes, nous n'avons pas comblé toutes nos attentes,
on n'a pas comblé les attentes de nos camarades. Moi-même comme
je voyage beaucoup en Afrique, dans beaucoup de pays quand je passe, en Guinée,
au Sénégal, au Burkina, je discute souvent avec nos camarades.
Mon constat est que, même au niveau des partis politiques, il nous faut
aller à des regroupements supranationaux.
Je suis de ceux qui pensent aujourd'hui que la grande alternative politique
que nous avons à la crise actuelle, c'est aussi de changer un peu de politique,
de changer même les règles. Je pense que même politiquement,
il faut assumer aujourd'hui que nos actions n’ont toujours pas comblé les
attentes. Nous devons nous remettre en cause si nous voulons faire face aux problèmes
de nos populations. Et si nous voulons faire tache d’huile, nous sommes
obligés de regarder au-delà des frontières. Quand vous regardez
aujourd'hui notre sous-région, vous ne touchez aucune question importante
du point de vue économique, du point de vue culturel, social… sans
qu'une des réponses ne se trouve de l'autre côté de la frontière.
Je crois qu'aujourd'hui les partis proches peuvent tisser des alliances.
Je vois même que nous pouvons aller à des partis africains comme un parti
qui a des sections dans plusieurs pays pourquoi pas ? En 1946, ceux qui ont lutté pour
l'indépendance ont réussi à le faire. Le RDA a symbolisé ça.
Pourquoi pas nous ? Nous avons tous vu les limites de ces micro-pays, de ces
pays, des frontières, des Etats dans ces micro-pays qui ne nous permettent
même pas de faire face efficacement à nos propres problèmes, à plus
forte raison résoudre nos problèmes d'interrogation dans le monde.
Je crois que politiquement on ne s'assume pas pour dépasser cette échelle-là.
Ce sont des questions politiques aujourd'hui qu'on devrait mettre sur la table
pour en débattre. Voilà comment je vois la question. Nous sommes
un parti africain, nous pouvons faire plus que nous l'avons fait jusqu'à présent
en termes de partenariat avec un certain nombre de pays frères.
Propos recueillis par
Alexis Kalambry
Acceuil
DECOUVERTE
DU MALI
Dans la peau d’un "toubabou"
Mis à part, les travailleurs d'ONG et les adeptes de l’architecture
dogon, le "toubab" venant découvrir le Mali a tendance à rester
dans son confort et se mélange peu aux populations locales. Hugo Waldruche,
jeune Français de 20 ans, est venu pour tout autre chose.
Arrivé le 2 septembre 2009, Hugo Waldruche nous parle de ces premières
impressions. Pour lui, "il y a quand même une bonne organisation,
chacun à sa place. Bamako est une ville organisée, en mouvements".
Il est venu sans a priori aucun : "On est conscient que ce n’est pas
la même chose qu’en Occident, mais les choses bougent d’une
manière qui va dans le bon sens".
D’un point de vue sociétal, la chose qui l’a le plus marqué est "la
différence entre le milieu familial basé sur les valeurs, la morale
et d’un autre côté, on a dans cette ville toutes les tentations
apportées de l’Occident ; la prostitution, les hôtels de passe,
l’alcool".
Le Malien serait-il hypocrite ? Hugo ne porte aucun jugement. "Il y a une
différence, c’est tout, je ne dis pas que c’est bien ou mal…" La
situation des "bonnes", c’est-à-dire du personnel de maison,
l’a surpris. "On n’a pas de bonne en France, je n’ai jamais été confronté à ça,
et je ne sais jamais trop comment réagir, les personnes leur parlent parfois
assez sèchement, c’est gênant".
Cela fait partie de la culture et il intègre totalement. "Ça
découle d’une hiérarchie qu’il y a dans les âges,
entre les hommes et les femmes, ce n’est pas vraiment une hiérarchie,
mais chacun a son rôle, la femme est une maîtresse de maison, la
bonne est là pour l’aider et le mari est le chef de famille".
Cette "organisation" s’oppose à celle de l’Occident "où ces
valeurs s’effacent un peu, les schémas familiaux et traditionnels
sont respectés ici tandis que chez nous (Ndlr en France), c’est
le bordel, il y a des divorces à la pelle, des familles séparées,
etc. Au Mali, la famille est soudée".
" Ne pas venir avec l’esprit conquérant, l’époque
de la colonisation est révolue"
Sa crainte avant de venir au Mali était "qu’on lui manque de
respect, qu’on l’insulte par rapport à ses différences.
Pour l’instant, personne ne lui a manqué de respect ; Bamako est
une ville ouverte". Il redoutait les personnes qui avaient une mauvaise
expérience avec les Blancs ou qui avaient la tête pleine de clichés. Ça,
il n’aurait pas supporté. Il est pourtant l’objet de tous
les regards, selon lui, c’est un regard d’étonnement, ce n’est
pas un regard de haine ou de manque de respect, dit-il.
" Les enfants qui m’interpellent en laçant des 'toubabou ké'
me font sourire, ils expriment véritablement leur étonnement et
sont curieux. Ça donne envie de discuter avec eux, leur montrer qui tu
es au-delà des préjugés et des clichés".
Son but est de "se rapprocher le plus possible des personnes en cassant
les barrières. Car si tu viens au Mali en espérant avoir le même
comportement qu’en France, ça ne va pas le faire, certains comportements
ne passeraient pas ici ; par exemple le manque de respect aux personnes âgées,
le manque de respect envers les filles. Il faut rester humble avec beaucoup de
respect pour la culture et les valeurs du pays, avoir l’esprit ouvert".
Que pensent-il de ses "semblables" ? Il avoue ne pas en avoir vu beaucoup,
mais, selon lui, "certains viennent ici avec l’esprit conquérant,
en boîte de nuit, j’ai vu un vieux blanc draguer une jeune fille,
je trouve que c’est un manque de respect. Pour moi, il ne faut pas venir
avec cet esprit conquérant, l’époque de la colonisation est
révolue. En tant que Blanc, on devrait être content d’être
accueilli ici".
Il pense que ce ne doit pas être évident de s’ouvrir aux Blancs étant
donné le passé et la colonisation, la France a participé au
pillage de ce pays. Lui veut "traiter le roi et le mendiant avec le même
respect, établir une relation d’égal à égal".
Ce qui pourrait lui apporter "une autre vision des choses, de l’humilité".
Kaourou Magassa
(stagiaire)
Acceuil
CHRONIQUE
D'IBA
Une ambiance de Ramadan à Bamako
L’édition 2009 du mois de Ramadan bat son plein. Cette période
supposée être la plus calme de l’année est en fait
source de tensions. La fièvre est perceptible sur plusieurs fronts.
Le Ramadan au Mali reste l’une des plus contraignantes mais non moins belles
périodes de l’année. Dans chaque quartier, dans chaque village,
dans chaque maison, des dizaines de personnes se rassemblent pour prier et partager
le repas de rupture du jeûne. Cette chaîne de solidarité,
tout comme l’appel du muezzin, inonde le pays entier.
Plus d’attention est accordée aux voisins, la souffrance des indigents
est partagée, les associations et les fondations assistent davantage les
populations. S’il y a un mois à vivre à Bamako, c’est
certainement celui-là. Tout le monde vit au même rythme. Tant mieux
si le mois de Ramadan coïncide cette année avec les vacances scolaires
!
Tous nos frères vivant à l’étranger et de retour au
Mali pour les congés profitent de l’esprit religieux et pieux de
ce mois sacré. Ils retourneront dans leurs pays de résidence avec
des clichés amusants comme les automobilistes et "jakartistes" dont
certains, ramollis par la faim, se ruent à la maison pour attraper l’heure
de la rupture. Chose extraordinaire, très peu d’insultes à l’encontre
des chauffeurs de "Sotrama" et de "Dourouni". Dans leurs
valises, d’autres clichés plus colorés comme ces attroupements
devant la vendeuse de beignets qui devient, le temps d’un approvisionnement,
la maîtresse des débats.
Les commentaires habituels, agrémentant ce mois béni, vont également
bon train : la confrontation classique entre les non-jeûneurs et les jeûneurs,
les derniers s’offusquant de voir les premiers se nourrir en pleine journée, "un
gaillard comme toi, devrait obligatoirement jeûner" ou encore "Fanta,
tu es une mère de famille, montre le bon exemple". Dans certains
foyers, la marmite n’est pas sur le feu dans le dessein de faire des économies.
Une censure alimentaire en bonne et due forme ! D’autres chefs de famille
iront jusqu’à supprimer le repas de midi afin de forcer les leurs à accomplir
le rituel.
La pression subie par les non-jeuneurs est tellement forte que chacun est obligé de
se justifier et certains ne manquent pas de ruses : déjeuner dans une
gargote à l’autre bout de la ville, sac de pharmacie remplaçant
le sac à main, voyage à l’étranger… La foi ne
devrait-elle pas être une affaire entre le Seigneur et un homme ? Si oui,
pourquoi ne pas laisser l’homme face à son Seigneur et ne pas s’en
mêler ?
Soyons des conseillers et non des bourreaux qui imposent la faim à ceux
qui se trouvent dans l’incapacité d’accomplir leurs obligations
religieuses. Parce qu’effectivement, ne jeûnent pas seulement que
les mécréants mais il existe bien des personnes qui sont dans l’incapacité physique
d’honorer ce pilier de l’islam parce qu’ils ont des maladies à risque
comme l’hypertension, le diabète. Heureusement que les prêcheurs
eux-mêmes ne sont pas avares en conseils concernant ces situations et c’est
tant mieux.
Ce mois de solidarité a ses aspects douloureux surtout pour les pauvres à cause
de la cherté des denrées alimentaires qui, malheureusement, obéit
aux lois du marché, de la logique commerciale ou plutôt affairiste.
Ainsi, on a vu certains commerçants faire de la rétention de produits
afin de créer une pénurie et ainsi accroître le prix de vente.
Singulièrement, le prix du sucre n’a cessé de grimper cette
année. Certes, l’Etat essaye tant bien que mal de garantir le respect
des tarifs officiels en envoyant des agents de la direction nationale du commerce
et de la concurrence sur le terrain, mais cela suffit-il ? Pourquoi ne pas envisager,
indépendamment des actions volontaristes de solidarité, une politique étatique
plus socialisante ?
Pendant les périodes de fêtes religieuses, le gouvernement ne pourrait-il
pas ouvrir des magasins étatiques qui ne seront pas soumis à la
loi de la concurrence ? Les pouvoirs publics inonderont le marché avec
des produits abordables exonérés de toutes taxes. Par ailleurs,
pour limiter les ruptures de stocks, il est plus que nécessaire de supprimer
le monopole à quatre sous de certains opérateurs sur les produits.
Sous prétexte qu’un tel est affilié à un quidam qui
est puissamment placé dans les sphères du pouvoir, il obtient une
mainmise sur des importations. Cela s’appelle du clientélisme et
peut avoir des ramifications douteuses. Le Mali y baigne depuis son indépendance.
De même, une rupture avec la logique de vente traditionnelle de produits
alimentaires serait souhaitable. Ailleurs, le mois de Ramadan est la période
propice pour baisser les prix, pour faire des offres promotionnelles qui suscitent
naturellement un achat de masse et donc des économies d’échelle.
Les supermarchés, même ceux des pays occidentaux, rivalisent d’idées
pour attirer la clientèle musulmane. Chez nous, certains produits pourraient être
théâtralisés dans les surfaces de vente : dattes, semoule,
boissons et jus locaux, boissons chaudes (thé, quinquéliba…)
Rien qu’à leur vue, certains seront tentés de jeûner
afin de se régaler à la coupure. Or au Mali, la majorité des
commerçants fait très peu de promotion pendant le mois béni.
Ils restent très sensibles aux propos de l’opinion, des religieux
et des directeurs de conscience qui diront qu’ils se font de l’argent
dans le dos du consommateur musulman.
Mais ne polémiquons pas. Profitons de ce mois saint qui renforce la cohésion
et j’espère que cela perdurera surtout à l’approche
du mois d’octobre qui sera très animé avec les discussions
sur le Code des personnes et de la famille. Silence. Faut pas y toucher, les
sensibilités sont à fleur de peau. Que le mois de Ramadan nous
inspire pour engager des discussions sur la base du respect et de la tolérance
qui sont des valeurs cardinales propres aux grandes religions comme l’islam
! Les musulmans, par conséquent, doivent être les étendards
de ces valeurs.
Bon ramadan à tous. Vous demandez-vous si je suis à jeun ?
Birama Konaré
Acceuil
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