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2009

Mois d'octobre

Les Echos du 30 octobre

 

MORY KANTE, DIRECTEUR DE L’AUTORITE ROUTIERE DU MALI
" Le Mali n’a pas à rougir de l’état de son réseau routier"
Pour l’usager bamakois en particulier, le Malien en général, l’état de dégradation des routes ne saurait s’expliquer eu égard à la présence d’au moins trois services et des moyens de lever de fonds d’entretien sur les usagers. Mory Kanté, directeur général de l’Autorité routière, qui trouve que le Mali n’est pas le plus mal loti en matière d'infrastructures routières dans la sous-région, a néanmoins décidé de rompre le silence : mettant chacun face à ses responsabilités. Interview.
Les Echos : Quel est au juste le rôle de l’Autorité routière dans l’entretien routier ?
Mory Kanté : Le rôle de l’Autorité routière, c’est de lever le financement des travaux programmés. Autrement dit, l’Autorité n’est qu’un organisme de financement de l’entretien routier. La loi qui l’a créé l’a dotée de réserves. L’Autorité est issue de la réforme de l’entretien routier. Cette réforme est intervenue parce que l’Etat était le seul acteur aussi bien dans la construction que dans l’entretien.
Evidemment pour la construction, l’Etat s’appuie sur des partenaires techniques et financiers comme la Banque mondiale, l’Union européenne et les fonds arabes. Mais, pour l’entretien routier, c’est l’Etat qui le faisait entièrement parce que les partenaires ne veulent plus financer la construction et l’entretien. L’Etat ne pouvait pas seul. Alors, on a essayé de commercialiser le service de la route : en créant des redevances d’usage, c’est-à-dire que l’usager, pour le service que la route lui rend, paye quelque chose qui peut l'entretenir, ce qui est dans l’intérêt de l’Etat et de l’utilisateur. C’est ce qu’on appelle les redevances d’usage de la route.
Au Mali, pour l’Autorité routière, c’est la redevance sur les produits pétroliers, la redevance d’usage sur la charge à l’essieu et puis le pesage. Et nous gérons ces fonds. Bien sûr, il y a des dotations de l’Etat dans son budget. Mais, l’idéal, pour un fonds d’entretien routier de deuxième génération, est qu’il n’y ait pas de dotation de budget de l’Etat ; que tout tourne sur les ressources propres.
Les Echos : Quels sont les différents acteurs et partenaires de l’entretien routier ?
M. K. : Pour l’entretien routier, il y a 4 acteurs principaux. Le premier, c’est le maître d’ouvrage, qui n’est autre que le ministre chargé des Routes, qui délègue son pouvoir et ses prérogatives à la direction nationale des routes, qui devient à ce moment maître d’ouvrage délégué. Ensuite, il y a l’organisme de financement, c’est-à-dire l’Autorité routière, qui est le deuxième acteur. Le 3e acteur est l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier (Ageroute). C’est elle qui est chargée de mettre en pratique la réalisation des projets arrêtés par le maître d’ouvrage et financés par l’organisme de financement. Le 4e, ce sont nos entreprises, nos bureaux d’études qui réalisent ou contrôlent les travaux.
C’est la direction nationale des routes qui fait le programme d’entretien routier. C’est elle qui dit, au nom du ministre, nous allons faire telle route, nous allons boucher tel trou ; nous allons programmer ceci à Koutiala, Kidal, Sikasso sous forme de projets. Ce programme physique est confronté à la disponibilité financière de l’Autorité routière.
Très souvent, les besoins exprimés dépassent les disponibilités, les prévisions de ressources. Donc, on recadre le programme pour être en phase avec le crédit disponible. Une fois que cela est fait, l’Autorité routière et le maître d’ouvrage de la direction générale des routes signent une convention de financement de l’entretien routier, qui fixe les attributions des uns et des autres.
Une fois qu’on fait le contact de financement, le maître d’ouvrage de la direction nationale des routes se retourne vers l’agence d’exécution et fait des contrats de maîtrise d’ouvrage délégué. Cela veut dire que le directeur national délègue ce qu’il a reçu du ministre à l’Agence d’exécution qui va lancer les appels d’offre, choisir les entreprises, charger les bureaux de contrôle pour l’exécution sur le terrain. Il y a aussi les bureaux d’études et les entreprises.
Ce sont les performances combinées de ces auteurs qui font que l’entretien routier est efficace. Le maître d’ouvrage doit faire des programmes cohérents, réalisables, le financement doit suivre aussitôt parce que nos entreprises sont fragiles. Si elles travaillent et qu’elles ne sont pas payées, ça ne marche pas. L’entreprise sur le terrain doit être compétitive.
Les Echos : Est-ce que vous avez connaissance de bureaux de contrôle qui ont été sanctionnés parce qu’ils n’ont pas fait correctement leur travail ?
M. K. : Pour vous dire la vérité, les entreprises s’améliorent d’année en année. La première année, c’était des entreprises de bâtiments qui se sont converties sur la route. Les résultats étaient mauvais. Nous en étions conscients et nous avons saisi nos partenaires techniques qui ont même financé, à Ségou, des sessions de formations de ces entreprises.
Cependant, il y a des entreprises et bureaux d’étude très performants, surtout les bureaux d’études. Mais pour les entreprises, elles ont à apprendre encore à part quelques-unes qui se détachent du lot. En termes d’éligibilité et de capacité, nous mettons dans les termes de référence des appels d’offres ce qui est nécessaire pour qu’une entreprise puisse compétir. Nous essayons de savoir quel est son niveau en équipement, tout ce système va s'améliorant.
Dans tous les cas, les entreprises travaillant chez nous, l’argent reste ici… Cela galvanise l’activité économique, crée de l’emploi. Nous devons les soutenir pour qu’elles avancent. Voyez nos bureaux d’études, ils décrochent des marchés partout et s’internationalisent même à l’image de Cira. Soutenir ces bureaux et entreprises fait partie des missions de la réforme de l’entretien routier. On les soutient, mais sans complaisance.
Les Echos : Comment jugez-vous l’état de dégradation de nos routes ? A qui la faute ?
M. K. : Ces deux dernières années, nous avons eu une pluviométrie assez importante qui a occasionné des dégâts un peu partout. Ce n’est pas pour nous disculper, mais tous les pays de l’Afrique de l’Ouest ont des routes cassées. Je crois que le Mali n’a pas du tout à rougir de l’état de son réseau routier, on a fait des efforts. Certes, il reste beaucoup à faire, mais le problème est que dans bien des cas, nos routes ont dépassé le seuil de l’entretien courant. Et quand il y a des intempéries de ce genre, la dégradation est fracassante.
Il y a beaucoup de routes que nous devrons réhabiliter aujourd’hui. A la limite on perd de l’argent en les entretenant, mais on est obligé de le faire pour que les gens circulent mieux. Souvent on fait une technique des points noirs pourvu que les gens passent. Sinon le programme annuel est établi depuis le mois de novembre, mais il y a toujours des aléas.
La dégradation des routes, c’est aussi la surcharge qui est un phénomène connu de tout le monde. Les routes neuves se cassent à plus forte raison les vieilles routes. Nous n’avons pas les moyens de mettre le réseau de bétons bitumineux qui coûte cher. Pour une route Bamako-Dakar, il faut compter 150 à 200 millions par km. Et comme nous n’avons pas l’argent et que nous demandons à des partenaires, ils nous imposent des clauses.
Si on devait faire Kayes-Bamako par exemple en béton bitumineux, on se serait arrêté à Diéma. Une route comme la nôtre, en respectant la surcharge et l’entretien, est faite pour 10 à 12 ans. Or, avec les surcharges, on commence à avoir des problèmes.
Les Echos : Est-ce cela qui vous a obligé à instaurer le pesage et péage ? Est-ce que ces mesures effectives depuis plusieurs mois ont amélioré le niveau de ressources de l'Autorité routière ?
M. K. : Le pesage est une mesure de protection de la route. Les pénalités de pesage ne constituent pas des ressources pour l’Autorité routière. Elles sont gérées comme des pénalités. Nous ne budgétisons pas les ressources provenant du pesage parce que si l’Etat de droit s’affirme, si la volonté politique s’affirme dans le temps, il doit disparaître. Et si les directives de l’Uémoa sont appliquées, on est obligé de l’appliquer au Mali. Parce que si les transporteurs sont en surcharge ici, ils ne pourront pas rouler dans les autres pays. Donc, à terme, le pesage va disparaître. On préfère qu’il y n’ait pas de surcharge. Le peu qu’on prend sur la surcharge n’est rien comparé aux dégâts causés.
L’application du pesage fait un gros problème aujourd’hui au Mali parce que nous sommes un pays par tradition de gros-porteurs, parce que nous sommes un pays enclavé. Nous n’avons pas les mêmes exigences de transport que les pays côtiers. Donc on est obligé de prendre en grande quantité. Mais quand vous prenez les capacités, il faut suivre les règles aussi, multiplier l’essieu. L’effet de la surcharge sur les routes est extraordinaire. Nous ne cesserons pas de sensibiliser les gens. De toutes les façons, comme elle est devenue une question sous-régionale, tout le monde doit s’appliquer à l’exécuter. En tout cas, chacun y a intérêt. Quand vous voyez la route Kayes-Sandaré, trois ans après seulement sa construction, elle est totalement dégradée.
Les Echos : Quels sont les efforts consentis par l’Etat dans l’entretien routier ?
M. K. : L’Etat s’est beaucoup engagé pour qu’on soit là où on est aujourd’hui, d’abord en acceptant la réforme. C’est l’Etat volontairement qui a fait une déclaration de politique générale dans le secteur des transports routiers pour changer le mode d’exécution de l’entretien routier. C’est sur la base de ce document que tout a commencé.
Secundo, comme on est dans un pays où l’on gère les choses de façon consensuelle, jusqu’à cette année, les redevances sur les produits pétroliers étaient de 3 F CFA/litre alors que la moyenne dans la sous-région, c’est 25,27 F CFA. Mais, le manque à gagner était compensé par l’Etat sur le budget spécial d’investissement si bien que les dotations budgétaires de l’Etat représentaient 70 à 80 % de notre budget. Ce qui n’est pas normal dans le cadre d’un fonds d’entretien routier de 2e génération qui doit asseoir ses ressources sur des redevances d’usage.
Pendant 4 ans, l’Etat a fait des efforts. Nous avons pu mettre à terme tous nos budgets. Mais avec les engagements de l’Etat avec les partenaires financiers et compte tenu de la situation actuelle, il ne peut plus continuer. A partir du mois d’avril de cette année, il a accepté qu’on augmente nos redevances de 3 à 25 F CFA/litre et cela a totalement inversé la tendance. Nous sommes devenus un véritable fonds de seconde génération, les ressources constituent maintenant 80 % de notre budget. C’est un gros effort de l’Etat. L’entretien routier ne peut pas réussir sans une volonté de l’Etat.
Je m’empresserai aussi pour dire qu’il y a eu un accompagnement du secteur des transporteurs. Ils ont adhéré, le péage est entré dans les mœurs. On avait eu beaucoup peur, mais les gens payent régulièrement et on n’a aucun problème pour le péage. C’est au pesage qu’il y a des problèmes. Mais nous renforçons la sensibilisation, nous rencontrons les transporteurs et nous essayons de les préparer. Il ne faut pas oublier que c’est une décision de la Cédéao. Si la décision est appliquée à partir du 1er juillet 2010 sur tout le territoire de la Cédéao, les normes seront en application.
Les Echos : Le Mali s’apprête à fêter le cinquantenaire de son indépendance. Quelles sont les dispositions prises pour que les routes soient en bon état d’ici l’événement ?
M. K. : Tout notre département est mobilisé pour cela. On a beaucoup de projets routiers. On a par exemple des projets d’embellissement du pont Fahd. L’Arabie saoudite va contribuer pour son embellissement et son éclairage. Le 3e pont est en cours, le pont des martyrs, certainement c’est nous-mêmes qui allons financer son embellissement. On va aménager des trottoirs, faire des pavages. Notre programme routier 2010 accordera une grande part à l’embellissement. En tout cas, nous ne serons pas les derniers de la classe dans cette affaire.
Propos recueillis par
Amadou Sidibé

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COUR D’ASSISES
L’assassin du maire de Yonogo condamné à mort
La Cours d’assises a condamné jeudi aux environs de 2 h du matin, Soungalo Dembélé à la peine de mort pour l’assassinat de Mme Maïga Salimata Dembélé, ex-maire de la Commune rurale de Yonogo (cercle de Koutiala). Pour la même affaire, Boubacar Diarra a été condamné à 5 ans de réclusion pour complicité d’assassinat. La Cour a également condamné les deux personnes à payer une amende de 20 millions de F CFA au mari de la défunte à titre de dommages et intérêts.
La salle d’audience Boubacar Sidibé de la Cour d’appel de Bamako a fait salle comble de mercredi 9 h du matin jusqu'à jeudi à 2 h du matin. C’était à l’occasion du procès de Soungalo Dembélé, inculpé d’assassinat et Souleymane Dembélé, Drissa dembélé, Adama Amadou Dembélé, Oumar Dembélé, Hamidou Dembélé, Fousseyni Dembélé, Siaka Dembélé, Boubacar Diarra, Yacouba Dembélé, Salif Niamaféré Dembélé, Bacary Dembélé, inculpés de complicité d’assassinat.
Après vérification des identités, Soungalo Dembélé, l’accusé principal, a été le premier à être à la barre. "J’ai exécuté ce crime seul. Personne ne m’a aidé. J’ai agi seul au nom de Dieu et des deux seins de la mère", a avoué Soungalo Dembélé au président de la Cour. Il s’est ensuite mis à détailler de A à Z les raisons et la scène du crime.
Né vers 1971 à Famoussasso (cercle de Koutiala), Soungalo a été recruté en 2002 par Mme Maïga Salimata Dembélé en qualité d'enseignant. L’accusé a expliqué qu’il accusait plusieurs mois d’arriéré de salaire que son employeur a refusé non seulement de payer mais aussi avait décidé de le licencier. Ce qui l'a poussé à commettre ce crime.
Dans la matinée du 10 août 2009, Mme Maïga dépêche Sidi Békaye Diarra, le secrétaire de la mairie auprès de Soungalo Dembélé pour lui notifier sa lettre de licenciement. Soungalo rejoint Mme Maïga dans son bureau pour lui proférer des menaces en ces termes : "Tu as fait pour toi, il reste pour moi". Il décide alors d’attenter à la vie de Mme le maire. Pour ce faire, il prend le fusil et une cartouche avec son petit frère Drissa Dembélé. Il prend également un accoutrement, en l’occurrence un blouson, une cagoule, des lunettes fumées et une paire de chaussures fermées.
Se sentant insuffisamment armé, il rallie Koutiala où il achète 5 cartouches avec une vendeuse de condiments. Après tous ces préparatifs, il part monter le guet sous un arbre sur la route nationale n°13, à environ 16 km de Koutiala, sur le chemin que Mme Maïga emprunte habituellement. Gêné par les rayons solaires quelque temps après, il change de position pour se poster sous un hangar. C’est là, aux environs de 15 h, qu’il aperçoit Mme le maire sur une moto conduite par Souleymane Dembélé, son 1er adjoint.
Aussitôt qu’ils arrivent à son niveau, il surgit des buissons pour leur demander de s’arrêter sous la menace de son arme. Lorsqu’ils se sont arrêtés, il dit à Mme Maïga de descendre de la moto avant de demander à Souleymane Dembélé de continuer son chemin. Elle lui propose de prendre la moto et de l’argent.
Rien de politique
Soungalo refuse en lui montrant du doigt que c’est sa peau qu’il veut. Elle s’est alors accrochée à Souleymane et ils sont tournés en rond pendant quelques minutes. Lorsque Souleymane s’est défait de l’étreinte de la victime, Soungalo tire à bout portant sur la maire au niveau de l’abdomen. Elle titube en reculant avant de s’écrouler.
Soungalo recharge le fusil pour tirer un second coup. Il recharge à nouveau pour tirer un troisième et dernier coup. Après son forfait, Soungalo se précipite dans les buissons pour prendre sa moto qu’il avait cachée sous un arbre touffu à environ 60 m. Il s’est ensuite dirigé vers le marigot, situé à 2 km du village de Famossasso où il s’est débarrassé de ses déguisements. "J’ai baptisé mon enfant le matin et à 15 h j’ai commis cet acte", a dit Soungalo Dembélé, ajoutant qu’il a amèrement regretté.
Après cette déclaration, la Cour a interrogé l’accusé sur sa position politique. Il s’agissait, pour elle, de savoir si le crime a été commis dans un contexte politique, car l'imputation des autres inculpés, excepté Drissa Dembélé, le petit frère de Soungalo, relevait de la question politique. "Les vrais motifs de ce crime c'est l’humiliation et le licenciement", a expliqué l’accusé.
La Cour a toutefois interrogé un à un ses co-accusés. Ils ont indiqué qu’ils n’ont ni de près ni de loin aidé Soungalo à commettre cet acte. Drissa Dembélé, le petit frère de Soungalo qui était accusé d’avoir donné l’arme à Soungolo, a expliqué que Soungalo lui a seulement pris la clé de la maison afin de prendre l’arme.
Le ministère public dira que "ce crime a un caractère particulier. J’ai rarement vu un procès comme le procès d’aujourd’hui. Soungalo accepte tout. Je ne suis pas d’accord. C’est purement politique".
" Ce n'est pas un procès du siècle. Ce n'est pas un problème politique. Ce crime n’a rien d’un crime politique. C’est un crime d’espoir perdu. Je ne vois en rien la moindre preuve qui a été apportée au cours de ce débat contre les inculpés de complicité de l’assassinat. Il faut faire la part des choses. Pour ce qui concerne Soungalo, nous plaidons coupable mais pour les autres il n’y a aucune preuve", a plaidé un avocat de la défense.
Après avoir écouté tous les avocats de la partie civile et de la défense, la Cour a déclaré coupables Soungalo Dembélé et Boubacar Diarra, un animateur de radio qui incitait la population à la révolte contre feu Mme Maïga Salimata Dembélé. Les autres inculpés ont été déclarés non coupables.
Sidiki Doumbia

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GRIPPE A/H1N1
Démonstrations et suspense !
La déclaration d’urgence nationale américaine concernant la grippe porcine et le renvoi à une date ultérieure du match au sommet de la 10e journée de la Ligue 1 française le week-end dernier à cause du virus A/H1N1 sont seulement deux facteurs indiquant que la maladie redoutée est toujours présente, sinon plus effrayante. Pendant que les nations soucieuses de la santé de leurs populations multiplient les mesures, d’autres traînent habituellement les pieds avec la même politique du silence. Le pèlerinage à La Mecque pourrait en être affecté.
La grippe porcine est encore sur le devant de la scène. Après avoir connu moins de médiatisation que lors de son apparition brutale au printemps dernier, la grippe A/H1N1 continue de semer la terreur à travers le monde. Deux causes récentes ont contribué à la montée de fièvre : "l’urgence nationale", déclarée par le président Barack Obama des Etats-Unis et le report du clasico de la Ligue 1 française qui devait opposer dimanche dernier l’Olympique de Marseille au Paris Saint-Germain à cause de l’infection par la grippe A de trois joueurs du club de la capitale.
Si l’ajournement du match entre les deux clubs de football les plus populaires en France a été suivi de violents incidents dans la cité phocéenne, la déclaration d’"urgence nationale" a davantage conscientisé les Américains sur les causes et les effets de la grippe premièrement apparue au Mexique il y a quelques mois.
Bien avant l’état d’urgence, le dispositif pour faire face à un éventuel débordement de la situation en cette période propice à la grippe était impressionnant aux Etats-Unis : messages de sensibilisation dans les médias, explications sur les campus universitaires, fournitures des centres de santé en doses de vaccin, etc.
Même si la grippe n’a pas été aussi mortelle que prévue, elle a toutefois entraîné l’hospitalisation de 20 000 personnes aux Etats-Unis et causé le décès de 1000 autres, dont 100 enfants dans 46 Etats du pays de l’Oncle Sam. Les autorités américaines se devaient donc de communiquer plus avec les populations dans le but de les assurer de l’engagement des pouvoirs publics à leurs côtés dans la croisade contre le fléau. Et c’est dans ce contexte qu’il faut placer la déclaration d’urgence nationale d’Obama, comme la Maison Blanche l’a d’ailleurs souligné : "Pas pour faire peur, mais pour renforcer les mesures déjà prises".
En tirant la sonnette d’alarme sur la grippe A/H1N1, les décideurs politiques locaux entendent juste lever les obstacles légaux en vue de permettre aux gouvernements des différents Etats américains et à leurs hôpitaux de mieux répondre à toute éventualité de propagation de la maladie. Par cet acte, Washington autorise ainsi les responsables sanitaires étatiques à installer les équipements et les sites nécessaires dans la gestion d’une possible montée en puissance de la grippe porcine. Surtout que le Centre pour le contrôle des maladies (CDC) s’est dit préoccupé par l’allure prématurée que la saison habituelle de la grippe a prise.
Craintes sur pèlerinage musulman
Pendant qu’aux Etats-Unis l’on fait preuve de capacités de prévention et de gestion des épidémies, dans d’autres pays du monde, les citoyens sont suspendus aux lèvres de leurs autorités. Beaucoup de pays africains comme le Mali se trouvent dans cette catégorie de nations silencieuses face au danger qui n’est plus latent.
Après une léthargie communicationnelle suite à la peur généralisée occasionnée par le déclenchement de la grippe A/H1N1, le ministère de la Santé et celui de l’Elevage et de la Pêche du Mali ont finalement tenté de calmer les esprits en déclarant que l’Etat suivait de près l’évolution de l’épidémie A/H1N1 il y a plusieurs mois, mais depuis plus rien.
Peut-être parce que les médias parlaient moins de l'épidémie. Or, au regard des spécificités de notre pays, notamment la porosité de nos frontières, la mobilité de nos concitoyens, le nombre croissant des visiteurs venant de l’étranger, notre aptitude bancale à réagir efficacement à de simples épidémies comme la méningite, les nombreux points d’ombre sur la situation du cheptel (la grippe émanant du porc)… la communication et d’autres méthodes préventives devraient être prises à travers le pays.
La nécessité de booster les mesures communicationnelles est également valable pour les pays dont les populations ont une tradition de voyages, étant entendu que le tourisme et les déplacements dans le cadre des cérémonies sociales et religieuses occupent une place de choix dans le lot des raisons de la migration.
Prévu en fin novembre, le pèlerinage à la Mecque, qui est le 5e pilier de la religion musulmane, se fait cette année dans ce contexte particulier de risques de contamination. En effet, réunir des millions de fidèles pour un rituel religieux ne peut aller sans danger à cause de la promiscuité favorable à l’expansion d’une épidémie redoutable.
C’est ce qui explique l’attitude de certains pays qui ont pris la décision d’annulation totale ou de restriction sensible du nombre de leurs ressortissants voulant s’acquitter de leur devoir religieux. De même, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé que les fidèles musulmans âgés de moins de 12 ans et les adultes de plus de 65 ans s’abstiennent cette année.
Ces mesures seront-elles suffisantes pour empêcher que le pèlerinage soit émaillé de cas de contagion ? Rien n’est sûr dans la mesure où certains pays n’ont pas de moyens fiables de contrôle sanitaire des pèlerins. Aussi, dans les nations sous-développées, l’intransigeance des musulmans "sanitairement" inaptes à marcher sur les traces du prophète Mohamed (PSL) et les petites magouilles permanentes sont susceptibles de faire courber l’échine des autorités compétentes. Et si chacun était bien conscient des risques de contagion de la grippe A ?
Ogopémo Ouologuem
(correspondant aux USA)

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CONSTITUTION DU BUREAU DU CESC
L’autorité de l’Etat en souffrance
La menace de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) de claquer la porte si elle siège au même titre que la Confédération syndicale des Travailleurs du Mali (CSTM) au sein du Conseil économique social et culturel (CESC) serait l'une des raisons du retard pris dans la signature du décret fixant la date du renouvellement du bureau du Conseil.
Avec l’arrivée à terme le 23 septembre dernier du mandat des membres du Conseil économique social et culturel, celui-ci doit être renouvelé. Mais jusque-là aucun acte officiel n’a été pris dans ce sens par les autorités compétentes. C’est le vide institutionnel.
Pourtant, ce ne sont pas les organisations syndicales sur proposition desquelles sont désignés sur les 56 membres que compte le Conseil, 12 représentants des salariés du secteur privé et du secteur public qui manquent. Le pays compte deux grandes centrales syndicales : l’UNTM et la CSTM.
Mais la première dit qu’elle ne reconnaît pas la seconde. De fait, l’UNTM n’a jamais accepté de se retrouver autour d’une même table que la CSTM pour la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs que toutes deux revendiquent. De la même manière, l’UNTM n’a jamais voulu siéger au CESC avec la CSTM au motif que celle-ci n’est pas représentative.
Pour lever toute suspicion sur sa représentativité, la Confédération souhaite l’organisation des élections professionnelles pour faire la part des choses. Ce à quoi l’UNTM ne veut pas se plier. Elle a toujours botté en touche la proposition. Et le gouvernement continue de faire la sourde oreille laissant la situation s'amplifier.
Enfantillages
C’est dans ce tohu-bohu qu'a lieu le renouvellement du bureau du CESC. L’UNTM, comme les années précédentes, campe sur sa position. Celle de ne jamais marcher avec la CSTM. Pourtant, dit-on, les deux centrales syndicales doivent avoir chacune leurs représentants au Conseil comme libellé dans les arrêts de la Section administrative de la Cour suprême sur la question, mais jamais appliqués au motif qu’il n’existe "aucun élément d’appréciation de la représentativité de la CSTM", pour paraphraser l’ancien ministre de la Fonction publique, Bady Ould Ganfoud.
Aujourd’hui, l’UNTM est en train d’exercer une forte pression sur le gouvernement pour qu'il ferme les portes du CESC à la CSTM. Ce faisant, c’est l’autorité de l’Etat qui est bafouée au vu et au su des plus hautes autorités.
Au demeurant, un syndicat n’a pas qualité pour reconnaître ou pas un autre syndicat. Maintenant que le président de la République est saisi du dossier, tout laisse croire que la question sera tranchée une bonne fois pour toutes.
Mohamed Daou

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HUMEUR
Cadeau empoisonné
Me Abdoulaye Wade, si prompt à tourner en dérision pour un oui ou un non ses opposants, est aujourd’hui gêné aux entournures au point de confondre déjeuner et dîner depuis l’éclatement de l’affaire du cadeau qu’il a octroyé au représentant du Fonds monétaire international (FMI) au Sénégal venu lui faire ses adieux.
En fait de cadeau, les opinions publiques sénégalaise et internationale soupçonnent un transfert illégal d’argent par "diplomates" interposés. Peu importe le montant !
Passé maître dans l’art de l’entourloupe, le chef de l’Etat sénégalais, que la presse sénégalaise surnomme "Diombor", c’est-à-dire le lièvre en langue ouolof, a-t-il contaminé ses pairs de la sous-région : en leur inoculant le virus du blanchiment d’argent au sommet de l’Etat ? Toujours est-il qu’il est d’usage qu’un diplomate qui rentre aux termes de sa mission soit reçu par celui auprès de qui il est accrédité.
En plus des adieux, le maître des lieux, généralement, remet à son hôte des présents en guise de cadeaux. Le contenu réel des emballages exhibés à la télé demeurait un mystère pour le grand public jusqu’à la découverte du pot aux roses sénégalais.
Mais même si le "secret" est maintenant dévoilé, nos chefs d’Etat ne vont pas pour autant cracher sur cette filière clandestine qui leur permet de transférer incognito des ressources publiques sur des comptes privés. La pratique, stade suprême de la trahison du peuple, va sûrement continuer, mais cette fois-ci sans les caméras.
Malgré les sommes colossales mises à leur disposition et appelées fonds de souveraineté, ils vont continuer à sucer le sang du peuple. Malgré les commissions substantielles qu’ils perçoivent sur des marchés publics - qui sont en réalité des éléphants blancs - ils vont vouloir encore et toujours plus d’argent.
Dans l’impossibilité de vérifier le contenu des cadeaux faits aux diplomates en fin de mission, il est temps que les caisses noires de nos chefs d’Etat soient au moins soumises aux contrôles parlementaires et que les députés, représentants du peuple, exigent la mise à jour annuelle des biens des présidents de la République.
Car c’est probablement l’absence de contrôle vrai qui conduit aux dérapages du genre de celui qui enfièvre Dakar.

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ECHOS DES REGIONSCONTRE

CENTRE D’ETAT CIVIL DE MOPTI
Une femme bloque le mariage de son mari
Une femme mariée sous le régime monogamique a créé le scandale à la mairie et a réussi à empêcher que son époux convole en secondes noces.
Le dimanche 18 octobre 2009. A. D., qui voulait convoler en secondes noces, a connu la plus grande tristesse de sa vie. Des invités venus de partout pour participer au mariage ont été témoins d’un événement aussi insolite que pitoyable.
A. D. est aide-soignant à l’hôpital Sominé Dolo de Mopti marié à F. T. depuis quatre ans et qui lui a donné une fille et un garçon. Le couple vivait sous le régime monogamique. Mais A. D., qui s’est amouraché d’une autre femme, voulait faire fi de son engagement en convolant en secondes noces avec sa dulcinée. Il avait essayé de convaincre sa première épouse, en vain.
Selon les explications de leur entourage, il couvrait F. T. de petits cadeaux qui n’a pas accepté de changer de régime malgré tout. A. D. sans avoir l’aval de F. T. trouvera quand même le moyen d’engager les démarches pour son second mariage. La première épouse en désespoir de cause et qui s’est sentie trahie a mûri le plan de sa vengeance le jour du mariage.
F. T. dont personne ne doutait de la bonne foi était présente au mariage de sa coépouse à la mairie, drapée de ses plus beaux atours. Elle attendait le moment solennel de la formule magique prononcée par le maire, "je vous déclare unis par les liens sacrés du mariage" quand F. T., prise de crise de jalousie, a crié à haute et intelligible voix : "Je suis son épouse et je suis contre ce mariage". Elle avait sur elle une copie de son acte de mariage qu’elle a exhibée publiquement avant de la déposer devant le maire.
Au vu du document, l’officier d’état civil a mis fin séance tenante à la cérémonie de mariage. L’affaire est portée devant le Tribunal de Mopti.
Amagana Amonce Guindo
(correspondant régional)

LE TRAVAIL DES ENFANTS A SIKASSO
Campagne contre les trafiquants et les abus
A Sikasso, la lutte s’intensifie contre le travail et le trafic des enfants. Autorités et société civile du Kénédougou se donnent la main pour mettre en place un système performant.
La salle de conférence de l’Equipe système pour la gestion des ressources naturelles (ESPGRN) de Sikasso a abrité vendredi dernier la rencontre régionale sur l’exploitation, les pires formes de travaux, les abus et la traite des enfants.
La rencontre a regroupé pendant cinq jours les représentants des services techniques, de la sécurité, des ONGs et les élus venus des 7 cercles de la région. Ils ont échangé et discuté des campagnes de lutte contre le trafic et le travail abusif des enfants.
En cette période favorable à l’exode rural, des villages sont déjà dépossédés de leurs enfants, la plupart âgés de moins de 16 ans. Ceux-ci quittent leurs familles pour trouver du travail dans d'autres régions ou traversent la frontière pour se rendre en Côte d'Ivoire. Certains partent de plein gré ou à la demande de leurs parents, cherchant à échapper à la terrible pauvreté de leur terroir, d'autres sont pris au piège des trafiquants.
Face à l'augmentation de la pratique, les autorités régionales envisagent de mettre en place un système performant impliquant les spécialistes de la protection de l'enfance, les responsables communautaires, les défenseurs des droits des enfants et d'autres organismes, visant à interdire ces pratiques, affirme Kassim Diabaté, directeur régional du développement social.
Le trafic des enfants aux fins de travail est un problème dans la région. La pauvreté est citée parmi les causes de ce phénomène. Une raison majeure qui limite beaucoup les possibilités économiques et professionnelles dans les zones rurales et pousse les familles à recourir à tous les moyens d'accroissement de leurs maigres revenus, un accès à l'éducation insuffisante, la porosité des frontières, le désir des jeunes eux-mêmes de voyager et d'explorer les pays côtiers à la recherche d'un hypothétique "eldorado".
Le trafic des enfants est l'un des aspects les plus pernicieux de ce problème préoccupant. La solution immédiate consiste à sensibiliser l'opinion aux dangers qu'il représente pour les enfants.
La mise en place d’un système de protection des enfants repose sur une approche inter et multisectorielle. Déjà dans le cadre du retour des enfants interceptés, il est ouvert à Sikasso un centre de transit spécial destiné à accueillir les enfants rapatriés et à dispenser des services spéciaux, notamment des soins psychologiques, avant de les remettre à leurs familles.
B. Y. Cissé
(correspondant régional)

NOYADE A KONAN
Le corps d’un enfant repêché avec des organes manquants
Le jeudi 28 octobre 2009, des Bozos qui péchaient aux larges du fleuve Niger dans la localité de Konan ont repêché le corps d’un jeune garçon âgé d’environ 9 ans.
Selon nos sources, l’enfant, dont l’identité n’est pas établie pour le moment, a été porté disparu pendant trois jours. Des recherches faites dans plusieurs villages environnants de Konan sont restées vaines.
" C’est vers 4 h du matin, lorsque nous étions en pleine activité de pêche que mon frère l’a remarqué dans son filet. Mais comme nous n’étions pas dans la même pirogue, effrayé, il m’a fait appel", a expliqué Mama Konta, pécheur à Konan.
Des organes comme ses yeux, ses parties génitales, sa langue et une partie de l’oreille droite manquaient. D’aucuns pensent à un assassinat ou sacrifice rituel. Mais pour d'autres, ce sont les génies du fleuve qui ont enlevé ces organes. Les enquêtes sont confiées au commissariat de police de Sévaré.
Amangana Amonce Guindo
(correspondant régional)DOSSIER

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GOUVERNEMENT DE MODIBO KEITA
Le socialisme, colonne vertébrale du régime

Le socialisme prôné par Modibo Keita au lendemain de l’indépendance du Mali, bien qu'ayant révolutionné des secteurs, a élargi le fossé entre les autorités de l’US-RDA et le PSP soutenu par le pays colonial. Par la suite, le régime de Modibo a été confronté à diverses difficultés.
Après l’éclatement de la Fédération du Mali dans la nuit du 19 au 20 août 1960 et après que les autorités du Mali eurent proclamé la République du Mali le 22 septembre 1960, Modibo Kéita et les siens optèrent pour le socialisme à cause de ces événements de Dakar. Du coup tous les Maliens se rallièrent. Mais ce mot fut difficile à définir puisque le socialisme malien n’était pas athée et devait, comme le soulignaient, ses idéologues s’inspirer des valeurs africaines.
Selon Elmouloud Yattara, historien, la politique du régime socialiste de la Première République s’articula autour de deux axes : le non-alignement, la socialisation progressive de l’économie. Un plan quinquennal fut élaboré par une équipe de brillants économistes. Plus que jamais défenseur du système socialiste, le Mali, à ses dires, "sans rompre les relations qui le liaient à l’ancienne métropole s’orienta plus vers les pays du bloc socialiste" : URSS, Chine, Tchécoslovaquie, Hongrie, Pologne, Bulgarie, Roumanie, Vietnam du Nord, Corée du Nord avec lesquels de nombreux accords de coopération technique, culturel furent signés. Le Mali, pour former rapidement des cadres, envoya de nombreux étudiants dans ces pays.
Pour l'historien Yattara, la socialisation de l’économie commença par le monde rural. "Pour l'encadrement de l’agriculture, le service civique rural fut fondé. De nombreux agents du génie rural furent envoyés dans les campagnes. Il fut demandé au monde rural de créer des champs collectifs". Mais, sur le plan pratique, très rapidement l’encadrement se montra insuffisant et incapable de prodiguer des conseils valables.
Les principales productions (mil, riz, maïs) si elles furent suffisantes les premières années de l’indépendance se maintenaient difficilement ou baissaient. A en croire M. Yattara, la production du riz chutait d’année en année. Le socialisme malien mécontenta donc en premier le monde rural, qui était obligé de vendre ses produits à des prix dérisoires aux organismes d’Etat comme l’Opam (Office des produits agricoles du Mali). "Par contre, les productions des cultures de rente, le coton surtout augmentèrent".
Le paradoxe est que "ni l’Etat, ni les paysans maliens à cause des prix du marché mondial ne bénéficièrent de ces bonnes performances. L’élevage, grâce à de nombreuses campagnes de vaccination, de creusement de puits, connut un réel essor. Mais là aussi, les exportations d’animaux, de peaux, surtout après la création du franc malien en juillet 1962, firent perdre à l’Etat d’énormes sommes d’argent".
Au plan commercial, dès octobre 1960, le régime de l'US-RDA créa la Somiex. La création de cet organisme mécontenta certaines sociétés françaises qui avaient aidé et soutenu le RDA avec leurs camions et leurs biens. Ils furent aussi parmi les premiers opposants au régime socialiste.
La situation commerciale du Mali s’aggrava, le 1er juillet 1962, le gouvernement malien, après avoir mis en place un office des changes en 1960, créa le franc malien. Le franc malien, fabriqué en Tchécoslovaquie non convertible, rendait difficiles les relations économiques avec ses voisins, le ravitaillement, parfois en produits de première nécessité, fut compromis.
Fily Dabo Sissoko, pour avoir s’opposer à l’option socialiste prônée par Modibo Kéita, est fait prisonnier en 1962 "parce qu’il s’opposait à la création du franc malien". Condamné à mort pour tentative de déstabilisation de l’Etat, sa peine a été commuée en détention à perpétuité. Il la purgera dans un bagne près de Kidal où il meurt dans des conditions mystérieuses en 1964.
Amadou Sidibé

LE SOCIALISME AU MALI
Une fin tragique en 1968
La République du Mali, comme certains pays qui accédèrent à l’indépendance, choisit le socialisme pour son modèle de développement. Encouragé en cela par l’ex-Union soviétique ou encore la République populaire de Chine, ce socialisme connaîtra une fin tragiques avec le coup d’Etat de 1968.
" Qu’on le veuille ou non, quelles que soient les nuances selon les réalités des pays, selon les tempéraments des peuples, c’est la meilleure expression de l’humanisme". Ainsi, parlait du socialisme Modibo Kéita, président de la République du Mali dans son discours lors de son investiture le 13 mai 1964 (voir L’Essor n°259, mai 1964).
Le socialisme fut en effet la voie de développement emprunté par la jeune République du Mali comme la Guinée d'Ahmed Sékou Touré, l’Algérie de Ben Bella, aux lendemains de leur indépendance alors que l’idéologie entourant ce terme et son mode d’application étaient différemment perçus par les principaux leaders du Mouvement de libération nationale, écrit Bernard Charles dans "Le socialisme africain : mythes et réalité".
Le socialisme tel que conçu et développé par les pays d’Europe principalement l’URRS et la Chine ne s’avérait pas un modèle importable dans les pays africains, note Bernard Charles puisque la plupart des populations africaines sont attachées à leurs cultures dont l’une fondamentale est la religion. Il note plusieurs types de socialisme dit socialismes africains que les pays africains, dont le Mali, tentèrent de développer.
" Le socialisme africain reconnaît la spiritualité comme partie intégrale de l’homme. Nous sommes pour un socialisme démocratique qui va jusqu’à intégrer les valeurs spirituelles", ajoutait Seydou Badian Kouyaté, alors ministre. Ce qui implique le rejet du matérialisme athée, un principe fort ancré dans le socialisme tel que développé par ses pères fondateurs comme Karl Marx et Vladimir Illich Oulianov dit Lénine.
Les objectifs à long terme étant le développement de l’homme intégral africain, le socialisme de Modibo Kéita se reposait sur plusieurs principes qui sont : la décolonisation économique, l’amélioration du niveau de la production agricole, une industrialisation accélérée sans donner la priorité à l’industrie lourde comme en URSS, la formation de masse des cadres et la création de structure d’éducation.
Le principe dans le domaine économique était de faire de cette composante une économie de service et non une économie de profit ouverte vers les besoins prioritaires des masses populaires et non le confort d’une minorité de privilégiés. Ce principe se retrouve à la base de tous les plans de développement. Ce plan de développement ne prévoit aucun investissement privé, mais se préoccupe d’attirer les capitaux en offrant des conditions suffisamment attrayantes dans un code d’investissement élaboré à cet effet.
Sur le plan économique, les principes du socialisme malien obéissaient aux mêmes principes que ceux de l’URSS eu égard à la nationalisation des entreprises industrielles, au monopole de l'Etat sur le commerce. Sur ce dernier point, à l’image des "goum" et "cum" (grands magasins d’Etat) en URSS, un organisme nouveau, la Somiex, (Société malienne d’importation et d’exportation) se voit conférer le monopole des importations des produits de grande consommation.
Selon Amadou Traoré Djicoroni, le régime avait fait en sorte que les prix des produits soient les mêmes sur toute l’étendue du territoire national. Dans le domaine de l’industrie, toutes les entreprises étaient créées et appartenaient à l’Etat et tout le monde devait avoir du travail et devait travailler, commente M. Traoré.
A en croire le compagnon de Modibo Kéita et certains responsables de l’US-RDA, le socialisme tel que conçu et voulu par Modibo Kéita n’avait rien d’anti-peuple. Au contraire, ses principes étaient que tous les Maliens et Maliennes accèdent à une éducation de base, au logement, à des soins de santé primaires et au travail.
Denis Koné

TIEMAN COULIBALY, SOCIOLOGUE A L’ISH
" Le collectivisme est l’aboutissement du communisme"
Le collectivisme expérimenté dans notre pays par le régime socialiste de Modibo Kéita est considéré par Tiéman Coulibaly sociologue à l'Institut des sciences humaines (ISH) comme l'aboutissement du communisme. Dans l'entretien qui suit, M. Coulibaly donne des détails sur ce concept méconnu de beaucoup de Maliens.
Les Echos : Qu’est-ce que c’est que le collectivisme ?
Tiéman Coulibaly : Le collectivisme fait référence à la gestion sociétale des pays communistes. Il s’agit de mettre ensemble les individus pour leur développement socioéconomique. Ou encore organiser les populations autour d’un intérêt collectif. L’individu étant fragile, il faut le mettre dans de grands ensembles pour lui permettre d’évoluer.
Les Echos : Le collectivisme est-il un élément du communisme ?
Le collectivisme est partie intégrante du communisme. Il est même l’aboutissement du communisme. Celui-ci ne peut réussir que si son élément de développement qu’est le collectivisme réussit. Le Mali a essayé cette approche de développement sous la première République en 1960. Modibo Kéita n’avait pas le choix parce que poussé par la France qui avait coupé ses aides en représailles au choix des dirigeants de l’époque d’avoir choisi la voie de l’indépendance. Modibo n’avait pas trop le choix parce que notre maturité économique ne nous permettait pas de nous prendre en charge. Socialiste convaincu, il s’est tourné vers les pays communistes comme la Chine de Mao Tsé Toung ou les pays socialistes de l’Est comme l’URSS, la Yougoslavie, la République démocratique allemande, entre autres. L’erreur du régime de l’époque a été de faire une sorte de mimétisme en calquant le modèle communiste chinois ou soviétique chez nous. C’est pourquoi, le pays a été victime des erreurs commises dans ces pays. Quand on imite quelqu’un, on ne peut que commettre les mêmes fautes que lui.
Les Echos : Comment se manifeste le collectivisme ?
T. C. : Mettant en œuvre la théorie du collectivisme, Modibo a créé des champs collectifs dans les villes et villages. Je ne saurais dire si les gens cultivaient ces champs par volonté ou par contrainte. La contrainte était plus dominante parce que les récalcitrants en faisaient les frais. La milice était là pour les traquer et les persécuter. Mais on s’est rendu compte que ces champs collectifs ne produisaient rien de potable. Ceux qui les cultivaient ou les géraient n’étaient pas préparés à cela. Les champs collectifs étaient devenus du tape-à-l’œil parce qu’on peut obliger quelqu’un à travailler, mais on ne peut pas l’obliger à bien le faire.
Les Echos : A la chute du régime de Modibo, des rumeurs disaient que le collectivisme tendait vers la suppression de la propriété privée, l’instauration des repas collectifs et des femmes collectives. Qu’en dites-vous ?
T. C. : Il faut reconnaître qu’au Mali les gens sont forts en transformation et en déformation de l’histoire. Des rumeurs faisaient état de la suppression des vieilles personnes que Modibo jugeaient inopérantes, difficiles à convaincre et de les faire remplacer par les jeunes. Cela est archi faux. Ce sont des commérages pour ternir l’image de Modibo Kéita et de son régime. Mais le collectivisme, s’il avait fait son chemin, devait amener les familles à s’organiser selon leurs affinités et par communauté d’intérêt économique pour cultiver et manger ensemble. C’est un peu l’image des kolkhozes en ex-URSS. L’idée était que les grandes entités permettent de lutter contre la pauvreté et de vivre mieux.
Les Echos : Le collectivisme, selon vous, a-t-il un côté positif ?
T. C. : L’homme est naturellement égoïste et individualiste. Le collectivisme comme tout autre idéologie se construit lentement. On aime à dire que le Malien est naturellement solidaire. Je pense que cela peut s’expliquer par le fait que quand on est pauvre, il y a ce sentiment d’entraide et de solidarité. Ce système de solidarité est remplacé en Europe par la sécurité sociale qui permet de prendre en charge les chômeurs et les indigents. Le petit revenu qui leur est payé leur permet de vivre sans quémander. S’il y avait cela chez nous également, ceux qui arpentent les bureaux à longueur de journée pour quémander de l’argent ou leurs prix de condiments n’allaient pas le faire. C’est une sorte de collectivisme qui ne dit pas son nom. Le collectiviste qu’on a connu au Mali était inopérant. Je n’ai pas vu quelque chose de positif là dans parce qu’on n’improvise pas un système de développement. D’abord le communisme est une construction sociale et il faut une maturité pour y arriver. Les Chinois qui ont été les précurseurs de ce courant idéologique l’ont abandonné. Ils sont revenus à la propriété privée voyant que le collectivisme n’est pas opérant.
Propos recueillis par
Abdrahamane Dicko

SOCIALISME AU MALI
Modibo avait vu juste
L'année 1960, selon Moussa Diabaté, griot et notable à Lafiabougou, a marqué une étape importante dans l'histoire du Mali sous la houlette du président Modibo Kéita. "En optant pour le socialisme Modibo qui était en avance sur son temps avait vu juste", affirme-t-il.
Pour lui, la construction d'une économie nationale indépendante et planifiée fondée sur la satisfaction des besoins premiers du pays était le maître mot du "socialisme" de Modibo Kéita. Et d’ajouter que les transformations des structures opérées par le jeune régime socialisant pouvaient mener à un développement autocentré.
Aux dires de Moussa Diabaté, les innovations dans le domaine de la monnaie nationale, des sociétés d'Etat, de la planification, ont été mûries et conduites avec une clairvoyance doublée d’un patriotisme des dirigeants du nouveau Mali de 1960 à 1968.
A l’en croire, l'option socialiste adoptée le 22 septembre par l'US RDA était ambitieuse. "La population malienne était certes mobilisée et décidée à aller de l’avant, mais il faut noter le dévouement du président, Modibo Kéita pour son pays", dit-il.
A la question de savoir est-ce que l'option choisie correspondait bien à la situation du Mali de l'époque, M. Diabaté soutient qu’on peut avancer l'hypothèse que c'est la forte volonté du peuple malien de s'émanciper définitivement de la domination coloniale qui l'a amené à trouver des réponses dans l'idéologie marxiste.
" Mais, les distorsions quant à l'application de la politique économique ont été, pour une grande part, responsables de la fin du régime avec le coup d'Etat militaire de novembre 1968", admet-il avant d’ajouter que la France n’avait jamais baissé les bras pour faire échec au régime de Modibo Kéita.
" Souvenez-vous du rôle capital que la France a joué dans l’éclatement de la fédération du Mali". A l’en croire, l’option du socialisme au Mali était mal perçue par la métropole qui a tout fait pour l’étouffer. "On avait alors diabolisé le système, le paysan malien ayant une conception de la solidarité différente de celle qu'on lui proposait n'adhérera pas au système coopératif, les champs collectifs seront délaissés. Des usines qui devaient utiliser les produits comme matières premières vont avoir des problèmes d'approvisionnement, le manque de rigueur et de conviction de certains gestionnaires, les sabotages par certains opposants avaient trouvé là un moyen d'affaiblir le régime", déplore-t-il.
M. Diabaté pense que c’est autant de problèmes qui ont amené les militaires à entrer avec effraction dans l’histoire contemporaine du Mali.
Idrissa Sako

OPTION SOCIALISTE DU MALI APRES L’INDEPENDANCE
Des erreurs certes, mais beaucoup d’acquis
Le bilan politique du premier président de la République du Mali est peut-être discutable, mais aux plans économique (la création de la monnaie nationale, le franc malien par exemple), social et culturel, Modibo Kéita a beaucoup fait, s'inspirant du mode de développement socialiste.
Devenu indépendant le 22 septembre 1960, le Mali, sous la houlette de Modibo Kéita, opte pour la voie socialiste du développement. De 1864 à 1870, en Europe, en France et en Allemagne en particulier, différentes écoles socialistes vont s'affronter pour s'achever par la victoire du marxisme.
Le socialisme, dans la tradition marxiste, constitue une phase transitoire vers le communisme. Dans le socialisme, la propriété publique est assumée par l'Etat.
Dans le communisme, l'Etat est aboli et l'activité économique est gérée par la communauté elle-même. Aucun pays dirigé par un Parti communiste (URSS, Chine, etc.) n'a prétendu avoir atteint le stade du communisme. Les autorités de ces pays ont soutenu se situer toujours dans la phase du socialisme, d'où une certaine ambiguïté des désignations.
Le socialisme, parce qu’il est censé réduire les inégalités pour plus de justice sociale, a donc séduit le régime de l’Union soudanaise RDA. Celui-ci a engagé des actions d’envergure comme la réforme de 1962 qui vise "un enseignement de masse et de qualité". Grâce aussi à ses bonnes relations avec les pays membres du Pacte de Varsovie, autrement dit du bloc de l’Est, le Mali forme plusieurs centaines de ses ressortissants dans divers domaines des sciences sociales et techniques.
Rares sont les cadres maliens aujourd’hui qui peuvent se vanter de n’avoir pas bénéficié de l’apport considérable de la coopération avec les pays de l’Est en matière de formation. D’ailleurs, ceux qui ne suivent pas un cursus en ex-URSS, en ex-RDA, en ex-Tchécoslovaquie, en ex-Yougoslavie, en Pologne, en Bulgarie, en Roumanie ou en Hongrie par exemple… et qui restent au pays savent que les locaux de l’ex-ENA, de l’EN Sup ou de l’IPR de Katibougou… sont des fruits de l’amitié entre le Mali et l’ex-Union des républiques socialistes soviétiques.
Tout par et pour le peuple
Au plan économique, les moyens de production appartenant à l’Etat dans le système socialiste, le premier président du Mali indépendant s’attelle à mettre en place des unités de production (Sonatam, Socoram, Socoma, Ucéma, Briqueterie de Magnambougou, Cimenterie de Diamou, Sucrerie de Dougabougou, etc.), bases de l’industrialisation. La Société malienne d’importation et d’exportation (Somiex), l’Office des produits agricoles du Mali (Opam), pour approvisionner les coopératives de consommation en denrées de première nécessité, sont créés.
Mais le plus grand succès à l’époque est la création d’Air Mali, l'une des premières compagnies aériennes d’Etat en Afrique. Grâce à l’entregent du président Modibo Kéita, des avions battant pavillon malien avec des équipages cent pour cent maliens sillonnent l’Afrique et le monde entier. Bénéficiant de l’estime des dirigeants et des populations des pays desservis, des anciens de la compagnie du masque dogon, estiment que, vu sous cet angle, l’option socialiste ne peut pas être comme une perte de temps.
Au plan culturel, les semaines de jeunesse, creuset de l’unité nationale, sont lancées. L’idée est d’autant plus pertinente que les Biennales sont organisées pour affirmer que le Mali reste et restera un et indivisible malgré des convulsions et des velléités irrédentistes.
On peut toujours épiloguer sur les raisons du coup d’Etat du 19 novembre 1968 qui a mis fin au régime de Modibo Kéita. D’aucuns pensent que le pouvoir s’est essoufflé et que les exactions de la milice - sa police politique - ont fini par le discréditer. Toujours est-il que la thérapeutique proposée par le Comité militaire de libération nationale se révèle inefficace.
Et pour cause, les 13 autres officiers subalternes ne prennent le nouveau chef de l’Etat que le premier d’entre eux jusqu’à l’élimination totale de tous ceux qui constituent à ses yeux une menace réelle au règne sans partage. Entre-temps, à cause de la boulimie de gains faciles des uns et des autres, tous les acquis de Modibo Kéita, en seulement huit ans de règne, ont été dilapidés. A la fin du règne de Moussa Traoré, il n’y a quasiment plus de sociétés ou entreprises d’Etat créées par la Première République. Le chômage, les déflations, les programmes d’ajustement structurel et donc la dislocation de la cellule famille… ont depuis pris le pouvoir à la manière de l’éléphant dans une boutique de porcelaine.
A. M. Thiam

CE QUE J’EN SAIS
Innover pour mieux s’affranchir du colon
Le socialisme désigne un type d'organisation sociale basé sur la propriété collective (ou propriété sociale) des moyens de production par opposition au capitalisme qui a dépouillé l’Afrique de l’essentiel de ses richesses. Le socialisme est l'objectif de divers courants apparus et développés depuis le XIXe siècle et ayant abouti aujourd'hui aux différents courants marxistes, anarchistes et sociaux-démocrates.
Le mouvement socialiste recherche une justice sociale. A ce titre, il condamne les inégalités sociales et l’exploitation de l’homme par l’homme en prônant le progrès social au bénéfice de tous, donc sans classes sociales. Pour leur part, les universitaires Georges Bourgin et Pierre Rimbert définissent le socialisme comme "une forme de société" reposant sur trois bases fondamentales : propriété sociale des instruments de production, la gestion démocratique de ces instruments et l’orientation de la production en vue de satisfaire les besoins individuels et collectifs des hommes.
" Seul le socialisme peut sauver la Chine", assurait Hu Jintao, le n°1 chinois, lors du discours prononcé à l’occasion des 60 ans de la nouvelle Chine. Nous avons toutes les raisons de penser aussi que telle était la conviction des pères de l’indépendance du Mali. Un choix qui découle de la volonté politique de s’affranchir totalement du système colonial visant à annexer des peuples pour faire le bonheur d’autres.
L’option socialiste du président Modibo Kéita et ses compagnons découlait donc d’une volonté de rupture. Et elle se comprend mieux quand on l’analyse dans un contexte général de l’Afrique postcoloniale comme l’a fait Kéba Mbaye dans "Voie africaine du socialisme et propriété ".
Pour le premier président de la Cour suprême du Sénégal, le socialisme africain est le "dernier venu de la famille". Et à côté de la social-démocratie, du communisme russe et du maoïsme, il n’a pas manqué de susciter de la part de ses aînés quelques faveurs destinées à s’assurer sa tutelle. Sans rester totalement sourd à de si pressants appels, il ne leur a prêté toutefois qu’une attention relative bien que respectueuse.
A quelques nuances près, les doctrinaires africains du socialisme nouveau comme Modibo Kéita ont brillé par leur volonté d’innover. Selon Kéba Mbaye, "ils ont estimé qu’il fallait à l’Afrique, pour la réalisation de son développement économique et social, choisir parmi les modèles qui lui étaient proposés sans pour autant les adopter purement et simplement. Ils en étaient convaincus…". Comme le disait Ahmed Sékou Touré (paix à son âme) "l’essentiel est de connaître parfaitement les réalités concrètes et, dans le cadre d’une action révolutionnaire, trouver les meilleurs moyens permettant d’atteindre les objectifs économiques, sociaux, culturels, moraux et intellectuels".
L’option était une fatalité : "on est socialiste ou on ne l’est pas !" Le socialisme exerça donc un attrait bien compréhensible sur bon nombre de dirigeants des nouveaux Etats indépendants d’Afrique. Cela s’explique par le fait que, pour beaucoup d’entre eux, "le capitalisme semblait fondamentalement inapte à résoudre convenablement leurs problèmes".
" Deux choses essentielles manquent pour un capitalisme africain : l’abondance du capital et une classe bourgeoise désirant prendre des risques", avait d’ailleurs diagnostiqué le leader politique sénégalais, Mamadou Dia. Mais y a-t-il un socialisme africain ou une voie africaine du socialisme ? "Sans s’aventurer dans cette discussion, on peut affirmer que le socialisme africain n’est pas une voie royale, nette et droite. Elle n’est pas non plus d’ailleurs un sentier tortueux et sans issue. Elle est plutôt un ensemble de chemins qui tantôt se croisent, tantôt se séparent, mais qui tous conduisent certainement, ou promettent de conduire, au même but : la réalisation d’une société heureuse et libre dans l’égalité", répond Kéba Mbaye.
A son avis, Modibo Kéita, Habib Bourguiba, Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Julius Nyerere, Kwame N’krumah, Amilcar Cabral, Pascal Lissouba… ont élaboré une doctrine à laquelle est venue s’ajouter celle de l’authenticité du défunt Mobutu Sésé Séko du Zaïre. Et chacune de ces doctrines peut être considérée en soi comme une voie socialiste.
" Mais, malgré tout, elles présentent toutes quelques caractéristiques communes : un air de famille qui leur vient certainement de leur ancêtre commun : le sens africain de la communauté", souligne le juge Mbaye. Pourtant certains auteurs se réclament d’une filiation marxienne directe. Et pour la grande majorité d’entre eux comme Senghor, "le socialisme n’est pas autre chose que l’organisation rationnelle de la société considérée dans sa totalité selon les méthodes les plus scientifiques, les plus modernes, les plus efficaces".
Malgré l’option du socialisme de type marxiste-léniniste que proclament certains Etats, la tendance générale semblait être, en Afrique, la recherche d’une "voie originale". Les techniques de la planification de la nationalisation, de l’étatisation, de l’autogestion et de la coopération, ne sont pas propres au socialisme scientifique.
A l’indépendance, le socialisme s’est donc offert à l’Afrique comme "une chance d’occuper un observatoire de qualité. Il fallait en profiter". Il faut aussi souligner que ce système s’accommodait mieux à l’organisation sociale et économique précoloniale qui était satisfaisante, malgré quelques relents de féodalisme. " La colonisation est venue détruire les valeurs traditionnelles en inoculant aux colonisés le venin de l’individualisme et du complexe d’infériorité", analyse le magistrat sénégalais.
L’indépendance africaine se devait d’abord de combattre et de vaincre les séquelles du fait colonial avant d’agir plus profondément pour créer "la nouvelle société africaine". C’est ce que les politologues ont appelé "la voie africaine du socialisme". Une voie qui avait commencé à produire ses effets sociaux, économiques et culturels avant que les puissances impérialistes ne mettent fin à l’expérience avec des coups d’Etat militaires comme celui du 19 novembre 1968 au Mali. Hélas !
Alphaly
(avec Kéba Mbaye dans Voie africaine du socialisme et propriété)

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