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2009

Mois d'octobre

Les Echos du 02 octobre

 

SCENE INTERNATIONALE
Kadhafi le griot charmeur !
Le guide libyen Mouammar Kadhafi, que l’on ne connaîtra jamais assez, a les caractéristiques d’un caméléon. Le révolutionnaire, le féru de la tente s’est mué en véritable charmeur de l’Occident dans sa tentative de relancer davantage son pays sur la scène internationale et de se blanchir aux yeux de la communauté internationale. C’était pendant son séjour la semaine dernière à New York, à la faveur de la 64e Assemblée générale des Nations unies.
Il y a de ces dirigeants qui ne passent pas inaperçus. Pas à cause de leurs qualités exceptionnelles, mais de leurs caprices et de leur propension à vouloir tout régenter sur le champ. Le guide de la Grande Jamahiriya arabe libyenne, Mouammar Kadhafi fait partie de ce cercle de gouvernants. Ses tactiques et sa bienfaisance aux desseins inavoués sont si influentes que des leaders de certains pays africains trahissent les causes qui ont mené au changement dans leur patrie, au profit de la seule volonté du "chef spirituel". Le président en exercice de l’Union africaine n’est pas un de ses hommes passifs qui écoutent sans avoir leurs propres méthodes secrètes sous la main.
Depuis le coup d’Etat qui l’a porté au pouvoir en 1969 alors qu’il n’avait que 27 ans, Mouammar Kadhafi n’avait jamais participé à une assemblée générale des Nations unies. Ses "indélicatesses" vis-à-vis des normes internationales en seraient l’une des principales raisons. La 64e session de l’AG de l’ONU, tenue la semaine dernière à New York, a en effet été marquée par sa toute première participation à une rencontre de l’organisme mondial. Un baptême de feu qui restera longtemps dans les annales de l’ONU et dans la mémoire de ceux qui ont suivi de près son séjour à New York.
Les journalistes n’ont pas manqué d’ingrédients pour alimenter la controverse que représente la personnalité de Kadhafi. D’ailleurs, pour la première fois depuis des années, il a accepté de se prêter aux questions de deux journalistes animateurs de deux émissions phares sur CNN : "Larry King Live" de Larry King et "Global Public Square" de Fareed Zakaria. Cela ne parait-il pas surprenant ? La réponse est oui au vu du caractère énigmatique de Kadhafi, et non, considérant le fait que le "panafricaniste" veut maintenant tendre la main à l’Occident.
Après plusieurs décennies d’isolement et de bras de fer avec les Occidentaux, Mouammar Kadhafi a réalisé que la Libye ne tirera rien de son isolement tant sur le plan politique qu’économique et qu’au contraire, sa retraite internationale l’exposera à plus de sanctions et d’attaques soudaines. Surtout en cette heure de chasse aux dirigeants qualifiés de "despotes et de sponsors de réseaux terroristes".
Le cas de Saddam Hussein et les qualifications virulentes à l'endroit du régime iranien sont plus que révélateurs. Bravant les messages de protestation des milliers de réfugiés politiques libyens contre sa venue aux Etats-Unis, Kadhafi avait à cœur de continuer son offensive de charme sur l’Occident, un point focal de son agenda. Et le président Barack Obama a été la cible privilégiée dans la mouvance de ses propos tendres.
" Tous pour Obama et contre le terrorisme"
" Obama est mon fils", a-t-il lancé du haut de la tribune des Nations unies. Interrogé sur les raisons de cette appellation, il a affirmé qu'il a le même âge qu’un de ses enfants. "Nous sommes tous les deux Africains. L’aîné d’un Africain est le père du jeune Africain. En plus, il est de la descendance arabe et je suis de ce fait son père". A la question de savoir les probables effets négatifs de ses éloges sur Obama, Kadhafi s’est lancé dans un cycle de justifications au but clair.
" Je considère Obama comme le plus valable des présidents américains parce qu’il sauvera l’Amérique des problèmes du monde, des guerres, des dommages et pertes. Quel Américain souhaiterait voir son fils ou son mari mourir dans les guerres sur les bords de l’Atlantique, en Iraq, en Afghanistan, en Somalie ou au Panama ? La politique d’Obama est que plus aucun Américain ne sera tué dans une guerre et que l’Amérique ne s’interférera pas dans les problèmes du monde. Il a invité chaque nation à assumer ses propres responsabilités", a-t-il loué avec un air de conviction.
Comme le journaliste Fareed Zakaria l’a si bien fait remarquer, avant son interview exclusive à CNN, Kadhafi avait dénoncé dans son intervention de plus d’une heure aux Nations unies des politiques aujourd'hui soutenues par Obama, en l’occurrence la gestion de la guerre en Afghanistan, le nucléaire iranien, la guerre contre Al-Qaeda… Le guide libyen qui avait sa méthode de séduction a simplement dévié la pertinente remarque en réitérant que "nous supportons tous Obama".
Le désir de l’homme aux habitudes vestimentaires exceptionnelles d’intégrer davantage le cercle des nations "approuvées" par l’Occident est indéniable. Et mieux que quiconque la plaidoirie de Barack Obama portera fruit si jamais ce dernier s’engageait à appuyer la Libye sur ce terrain. En tout cas, ni le locataire de la Maison Blanche, ni ses proches n’ont commenté les largesses de l’"ennemi d’hier".
Le dirigeant libyen, qui a jeté la charte de l’ONU pendant son intervention, a aussi profité pour se blanchir de certains dossiers comme celui de Lockerbie. Histoire de se montrer plus méritant de la considération internationale et d'inciter la communauté internationale à oublier définitivement les allégations le liant aux réseaux terroristes.
" J’ai rencontré les parents de certains des victimes des attentats de Lockerbie et leur ai présenté mes condoléances. Ils m’ont aussi présenté leurs condoléances pour ma fille qui a été tuée pendant l’invasion américaine de 1986. C’était très émouvant. Personne ne doit supporter des actes similaires à ceux de Lockerbie d'autant que tout le monde en serait affecté. Que ce soit Lockerbie ou l’invasion de 1986, nous sommes tous des victimes et parents de victimes. La violence résulte toujours en la terreur, qui, dans toutes ses formes, est un ennemi commun", a-t-il expliqué.
Propos pieux ? L’avenir nous en édifiera de toute façon et le moins que l’on puisse dire est que Kadhafi a réussi à faire passer ses messages de séduction de l’Occident. Sa présence à New York, quoi qu’elle soit controversée pour certains, aura même été plus lumineuse que celle de certains gouvernants du monde. Et ces sorties médiatiques ont donné plus de tonus à son argumentaire.
Il lorgne indubitablement sur des réactions positives de ses pairs occidentaux, mais d’ici là, c’est le statu quo dans sa "guerre" contre la Suisse, coupable d’avoir arrêté et emprisonné deux jours durant le benjamin de ses fils, Hannibal Kadhafi, qui, comme à son habitude, aurait "maltraité" deux de ses serviteurs dans un luxueux hôtel de Genève en 2008.
Ogopémo Ouologuem
(correspondant aux USA)

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CONSEIL DES MINISTRES
OMVS évalue le chemin parcouru
Les 61e session ordinaire et 51e session extraordinaire du conseil des ministres de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) se tiennent du 1er au 2 octobre à Bamako. Elles visent à consolider les acquis de l’Organisation et dessiner des perspectives optimales.
L’objectif de la tenue, simultanément, des 61e session ordinaire et 51e session extraordinaire du conseil des ministres de l’OMVS est de traiter toutes les questions pendantes de l’Organisation pour donner une impulsion dynamisante à l’ensemble de ses structures.
Au cours de la 61e session ordinaire, une réforme institutionnelle sera mise en œuvre pour prendre en compte l'arrivée de la Guinée. Les participants aborderont les préparatifs de la pose de la première pierre de la centrale au fil de l’eau de Félou, du lancement des travaux de stabilisation des bergers de Kayes et de l’opération de protection de 9 millions de personnes vivant dans le bassin du fleuve contre le paludisme.
Ils feront aussi le point de l’état d’avancement et de la préparation de plusieurs tables rondes. La 51e session extraordinaire sera axée sur la situation de la Sogem.
" Ces sessions sauront consolider nos acquis et dessiner des perspectives optimales à la poursuite de notre démarche soutenue au service du développement de notre sous-région", a dit Samuel Amète Sarr, ministre de l’Energie et des Biocarburants du Sénégal, président en exercice du conseil des ministres de l’OMVS.
Selon M. Sarr, l’évaluation du chemin parcouru de l’Organisation, au cours des 9 premiers mois de l’année 2009, est fort encourageante et mérite d’être salué.
" Les résultats obtenus nous auront permis de consolider davantage l’avancement de certains projets structurants. En effet, dans quelques jours, nous poserons la première pierre de l’aménagement hydroélectrique de Félou avec un coût global de plus de 120 milliards de F CFA en même temps que le lancement des travaux de protection et de restauration des berges dans le cercles de Kayes et d'éradication des plantes aquatiques nuisibles dans les moyennes et basses vallées et le delta avec un financement global de près de 13 milliards de F CFA", a-t-il dit.
Pour Mamadou Diarra, le ministre de l’Energie et de l’Eau, "malgré les difficultés inhérentes à cet exercice nous avons pu aboutir à des résultats fort encourageants qui permettent d’envisager l’avenir avec sérénité".
Le Mali a pris la tête de l’OMVS lors de la 14e conférence des pays membres à Dakar, le mercredi 25 octobre 2006. Depuis, notre pays a réussi à faire avancer le processus d’intégration à travers la solidarité partagée sur le fleuve Sénégal.
Parmi les réussites de la présidence du Mali, on peut noter le démarrage effectif du Programme de gestion intégrée des ressources en eau (PGIRE), la finalisation du projet hydroélectrique régional de Manantali.
Sidiki Doumbia

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DJIBRILLA MAIGA, DGA DE LA METEOROLOGIE :
" Les pluies provoquées n’ont pas d'impact négatif sur la santé"

L’opération "pluies provoquées" ou opération "Sanji" n’est nullement responsable des inondations et n’a aucun impact négatif sur la santé et l’environnement.
Les opérations "Sanji" suscitent beaucoup d’interrogations et de controverses. Beaucoup attribuent des cas de grippes et autres inondations à ces pluies dites "provoquées". Pour couper court aux rumeurs et donner la vraie information, la direction nationale de la météorologie a organisé une sortie sur le site abritant les installations de l’opération à la direction de la météo, précédée d’un point de presse.
Le directeur adjoint de la météo, Djibrilla Maïga, le coordonnateur du programme "pluies provoquées", Mamadou Adama Diallo, ont donné d’amples informations sur l’opération. Commencée en 2006, l’opération "pluies provoquées" a été initiée par les plus hautes autorités pour éviter à notre pays d’être totalement dépendant du ciel.
Selon le directeur général adjoint, l’opération, qui en est à sa 4e année, a contribué à réduire de façon significative le déficit pluviométrique et à améliorer la production agricole, de gestion et de maîtrise des ressources en eau. Avec 68 sorties en 2006, 127 en 2007 et 205 en 2008, l’opération s'est traduite, selon les conférenciers, par une augmentation moyenne de 15 % par rapport à la normale sur l’ensemble des zones d'intervention et a atteint par endroits 45 %.
Pour beaucoup de citoyens, si les initiateurs des pluies provoquées affirment que l’opération a été une réussite, elle a une part de responsabilité dans les récentes inondations que le pays a connues. M. Maïga s’élève en faux sur de tels propos. "Nous intervenons sur la base des données de nos équipes sur le terrain et des données cartographiques du territoire en fonction des réalités de terrain". A l’en croire, la météo n’intervient jamais à tue-tête. "Nous déterminons les zones à risques avant d'agir".
Quid des produits utilisés dans le bombardement des nuages sur la santé et sur l’environnement ? Ils sont inoffensifs, répond la météo. "Les produits utilisés dans la condensation des nuages (iodure d’argent et chlorure de calcium) n’ont aucun impact sur la santé et sur l’environnement".
Au plan environnemental, les produits utilisés n'ont débouché sur aucune conséquence négative détectée et prouvée, assure de son côté le coordonnateur du programme.
" La technique de la pluie provoquée ou encore de l'augmentation des précipitations par ensemencement des nuages, semble tout indiquée pour un Sahel qui souffre de la raréfaction des précipitations". Et M. Maïga d’ajouter que les recherches menées au Etats-Unis, au Maroc, au Sénégal ont été négatives. Au Mali, le Laboratoire national de la santé, dit-il, a fait des prélèvements, mais n'a rien trouvé de négatif.
Les journalistes ont ensuite eu droit à une visite guidée des installations de l’opération "Sanji" et des appareils de bombardement des nuages à l’aéroport de Bamako-Sénou.
Amadou Sidibé

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MOIS DE LA SOLIDARITE
Iba chez les aînés de la Commune V
Depuis le 1er octobre, notre pays a renoué avec son traditionnel Mois de la solidarité. La première semaine de ce mois est consacrée aux personnes du troisième âge. Jeudi, les personnes âgées de la Commune V du district de Bamako ont reçu la visite du ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Ibrahima Ndiaye, parti leur apporter le message des autorités du pays.
La première personne à qui le ministre Ndiaye a rendu visite s'appelle Awa Traoré, âgée de 116 ans, elle réside à Torokorobougou. Elle a reçu, des mains du ministre, de la cola, du matériel de prière (chapelet, tapis, foulard) et une enveloppe symbolique. Awa a remercié le ministre et les autorités pour ce geste et a formulé le vœu pour un avenir meilleur pour le pays.
Toumani Traoré, né en 1907, résidant à Badalabougou, a été la seconde personne âgée en Commune V. Ce vieil homme, malgré ses 102 ans, a l'ouïe parfaite, parle et voit assez bien, mais se déplace à l’aide d’une canne.
Le centenaire a fait des bénédictions pour le pays et s’est dit très réconforté par cette visite du ministre, preuve que le pays se soucie des personnes du troisième âge. Comme Awa, Toumani, Traoré a reçu de la cola, un trousseau et une enveloppe.
Pour le ministre Ibrahim Ndiaye, le troisième âge ne devait pas être une étape à redouter pour les Maliens. "Le Mois de la solidarité, a-t-il ajouté, est un moment de cultiver et de vivifier davantage ses liens de solidarité en nos aînés déjà encrés dans nos us et coutumes".
Denis Koné

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PARTENARIAT PUBLIC PRIVE DANS L’AGRICULTURE
Une convention pour soutenir la culture du blé
La signature, le mercredi 30 octobre au ministère de l’Agriculture, d’une convention entre la Compagnie malienne pour le développement de la culture du blé (CMDB) et l’International développement communautaire pour la maîtrise d’ouvrage délégué de l’étude de faisabilité et de formulation du projet de développement intégré de la zone du Wassoulou, donne l’amorce du partenariat public privé dans le secteur agricole.
Les documents de la signature de convention ont été paraphés par le PDG du Groupe Ami, Cyril Achcar représentant la CMDB, le directeur de l’International développement communautaire, Fabio Koné, et le secrétaire général du département de l’Agriculture, Moussa Léo Sidibé, sous la présidence du ministre de l’Agriculture, Alhassane Ag Agatham. Le ministre a placé l’événement sous le signe de la promotion du partenariat public privé dans le domaine de l’agriculture.
La convention s’inscrit dans le cadre de la promotion du secteur privé pour la mise en œuvre des aménagements hydro-agricoles. Le ministre Agatham dit fonder beaucoup d’espoir sur ce partenariat au moment où notre pays promet d’atteindre l’autosuffisance alimentaire avec la production de 10 millions de tonnes de céréales à l’horizon 2012.
Le Mali consomme environ 100 000 tonnes de farine en plus des importations frauduleuses. La production de farine nationale nécessite l’importation de 120 000 000 MTS de blé. Ce qui a fait mobiliser en 2007 environ 20 milliards de F CFA aux Grands moulins du Mali (GMM) pour leur approvisionnement en blé. Ces chiffres font dire au ministre de l’Agriculture l’enjeu qu’il y a à développer la culture du blé pour faire face au déficit de la balance commerciale du Mali. Son département et celui des Finances n’ont pas hésité à accompagner dès avril 2007, les initiatives de la CMDB auprès de l’Agence française de développement (AFD).
La CMDB entend relever le défi de l’autosuffisance en blé, mais aussi du maïs et des oléagineux en emblavant des milliers d’hectares.
Le projet intégré de la zone du Wassoulou qui bénéficie d’un financement à hauteur de plus de 228 millions de F CFA a vu le jour grâce à l’International développement communautaire de Fabio Koné, ingénieur agronome malien. Il est basé sur le développement intégré du potentiel agricole des 12 communes du Wassoulou et le renforcement des capacités locales en vue de l’atteinte de la souveraineté alimentaire et la réduction de la pauvreté.
Abdrahamane Dicko

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DOSSIER
1958 OU L’AFRICANISATION DES CADRES
Le long chemin de l’autodétermination
L’événement important de l'année 1957 au Soudan fut le 3e congrès inter-territorial du RDA. Le désapparentement avec le Parti communiste français (PCF).
Tous les responsables du RDA savaient que les divergences allaient en s’aggravant entre le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) et le Parti démocratique de Guinée (PDG), entre Félix Houphouët-Boigny et Sékou Touré, entre l’aîné et le benjamin. Beaucoup plus tardive que celle du PDCI, la montée du PDG n'en avait pas été moins spectaculaire, de même que s’était affirmée en peu de temps la personnalité de Sékou Touré.
Il s'agissait d'autre part de savoir si l'évolution des relations avec la France devait se faire patiemment, par des contacts fréquents, officieux, dans la sérénité, ou publiquement, spectaculairement, en exigeant.
Il s'agissait, enfin, indépendamment de conceptions politiques différentes entre Félix Houphouët-Boigny et Sékou Touré, de comportements personnels très dissemblables. Si les moyens de parvenir au bonheur de leur pays, que chacun voulait tout aussi intensément, étaient divergents ; leurs méthodes d'approche des problèmes étaient tout aussi opposées.
Au dialogue feutré, patient, par intermédiaires, à l'africaine, de Félix Houphouët-Boigny, s'opposait la virulence explosive et spectaculaire du chef syndicaliste Sékou Touré. Et en définitive, malgré leur solidarité réelle au sein du RDA, malgré l'amitié tout aussi réelle qui les liait, avec de l'affection de la part de l'aîné et du respect de la part du benjamin, tous deux savaient confusément que le divorce éclaterait tôt ou tard.
Quoi qu'il en soit, le choix de Bamako, compte tenu des divergences précitées, fut motivé pour deux raisons. On pensait d'abord que la tenue d'un congrès du RDA, sur le lieu même de sa naissance, contribuerait, au souvenir d'une époque exaltante, à assainir l'atmosphère. On pensait ensuite que les bonnes relations de l'Union soudanaise et avec le PDCI et avec le PDG contribueraient à faciliter les rapports humains et à trouver des compromis honorables.
Du point de vue des rapports des forces au Soudan, 1958 est le prolongement naturel de 1957 dans le sens de la progression de l'Union soudanaise. Une élection partielle à l'Assemblée territoriale en est la concrétisation. Il s'agit à San, de remplacer Tombouctou Coulibaly qui, député de l'Union depuis 1957, vient d'être nommé administrateur, chef de la subdivision de Yanfolila, dans le cercle de Bougouni.
C’est d'ailleurs-là le début réel de l'africanisation des postes d'autorité qui se poursuivra à un rythme accéléré. Homme remarquable à tous égards, Tombouctou Coulibaly, ancien élève de l'Ecole William Ponty, deviendra le premier gouverneur de la région de Ségou, avant d'être emporté par la maladie en 1966.
Le candidat de l'Union soudanaise est un enfant du pays, Farabé Kamaté, un Bobo de Tominian. Le PSP lui oppose Ya Doumbia, personnalité importante du parti, ancien conseiller de l'Union française, homme pondéré et subtil qui se ralliera à l'Union soudanaise en 1959 avant les élections législatives, et deviendra en 1964, ambassadeur du Mali en France puis en Yougoslavie.
La campagne fut très animée. Il s'agissait de la première élection partielle depuis les élections générales de 1957, donc d'une sorte de test pour les deux partis. Idrissa Diarra conduisait la délégation de l'Union soudanaise venue de la capitale, Fily Dabo Sissoko, celle du PSP.
Des cercles limitrophes étaient venus les principaux responsables des deux partis, mais ceux de l'Union soudanaise étaient incontestablement les plus nombreux. La bataille électorale fut marquée par quelques incidents, notamment à San, le chef-lieu de la circonscription un mort, réellement malchanceux, puisqu'il fut écrasé par une voiture que le chauffeur, affolé, ne sût pas maîtriser, et les ennuis sérieux de Fily Dabo Sissoko.
Celui-ci, cerné chez son hôte par une foule hostile, excitée le climat passionné de la campagne et par l'annonce de mort d'un militant de l'Union soudanaise, ne dut son salut qu'au sang-froid et à l'habileté du secrétaire général de la sous-section RDA de San, le député Mohamed Zouboye, qui réussit à sortir Fily Dabo Sissoko de la concession où il se trouvait et à l'éloigner en voiture en toute hâte.
Alexis Kalambry
(source : L’Union soudanaise : L’histoire d’un grand parti politique africain)

Déjà une presse vivante
Deux autres faits vont marquer la première moitié de l'année 1958 au Soudan. Le premier concerne la "dissidence" de Guy Etcheverry, le second, la section soudanaise du Parti africain de l'indépendance.
Guy Etchevery était depuis 1945 un Français connu de toute l'AOF. Journaliste, propriétaire du "Réveil", première tribune du RDA, puis de l'Afrique noire, il était rapidement devenu la bête noire de l’administration française, non seulement à Dakar où il résidait, mais dans toute l’AOF, d'où lui parvenaient de nombreux articles signalant les abus des autorités. Courageux, lutteur anticolonialiste, adhérent au RDA bien qu'individualiste, il rendit au mouvement de nombreux services, fut par ailleurs permanent à Dakar du Comité de coordination du RDA. Ses polémiques avec Maurice Voisin, autre Français installé à Dakar et du journal "Les Echos d'Afrique noire", soi-disant "apolitique", mais soulèvent des scandales politiques, aux affaires, à la vie privée des uns et des autres, dont se gargarisait le monde colonial et politisé de 1'époque, firent durant dix ans le régal de tout Dakar. Mais si l'un, Maurice Voisin, toujours à la limite du chantage, et bien vu en général des milieux d'affaires coloniaux, équilibrait largement son budget, maigre de nombreux procès, l'autre, Guy Etcheverry, en butte de l’hostilité de l'administration coloniale et du secteur privé, accablé, se trouvait constamment confronté avec des problèmes matériels de tous ordres. Par surcroît, RDA au Sénégal dans un territoire où celui-ci ne mordit que superficiellement, Guy Etcheverry décida en 1955 de créer un quotidien à Bamako. Ainsi naquit "Soudan-Matin" début 1956 à Bamako, journal ronéotypé de 4 pages (six dans les grandes occasions). Malgré sa modestie, "Soudan-Malin" réussit cependant à vivre (très difficilement) et à faire vivre péniblement Guy Etcheverry, (en quelque deux mois plus tard... Pierre Campas) et cinq ou six employés.
Dès le début, "Soudan-Matin" s'imposa aisément face à une presse où "L'Essor" et "Vérité", journaux de l'Union soudanaise et du PSP, étaient pratiquement illisibles, et où le "Soudan Français", seul journal parfaitement conformiste, se contentait de traduire l'opinion des autorités de Koulouba, desquelles d'ailleurs, il dépendait. Mais rapidement, Etcheverry se trouva mêlé aux luttes intestines de l'Union.
A. K.
(source : L’Union soudanaise : L’histoire d’un grand parti politique africain)


ADHESION AUX PARTIS AVANT 1960
La famille primait sur la conviction
L’adhésion aux partis politiques au moment de la lutte pour l’indépendance du Mali n’était pas aussi libre qu’on le croit. Des quiproquos existaient entre les membres d’une même famille.
Une multitude de partis politiques ont animé l’échiquier politique du Soudan français à la veille de l’indépendance parmi lesquels le Parti progressiste soudanais (PSP), l’Union soudanaise/Rassemblement démocratique africain (US-RDA), le Parti africain pour l’indépendance qui s’est d’ailleurs fondu par la suite dans l’US-RDA.
Les partis étaient organisés du sommet à la base. L’organisation était faite de telle sorte que pour être membre actif, obligation était faite aux adhérents de posséder la carte de membre. Ce qui ne posait pas de problèmes pour des militants dévoués pour la cause du parti. Mais, contrairement à aujourd'hui, il fallait réfléchir doublement avant de prendre la carte de membre d’une quelconque formation politique.
Selon Mohamed Aly Bathily, avocat à la Cour et témoin actif de la lutte pour l’indépendance du Mali, le choix des chefs de famille comptait beaucoup dans la décision finale. A ses dires, tout militantisme dans un parti autre que celui du chef de clan ou de famille était considéré comme une offense faite à celui-ci et il le prenait comme un manque de respect à son égard.
" Deux membres d’une même famille ne pouvaient militer dans des partis différents au risque de se voir séparer". Selon Me Bathily, des familles se sont séparées "parce qu’un frère a milité au PSP et l’oncle à l’US-RDA. Le chef de famille se donnait parfois la prérogative de prendre la carte de membre de toute sa famille. Ceux-là avec qui il avait des divergences de vue politiques ne pouvaient rentrer en possession de leur dû", témoigne-t-il.
Amadou Sidibé

HISTOIRE DU MALI
Apparentement et désapparentement du RDA
La définition de l’apparentement et du désapparentement du Rassemblement démocratique africain (RDA) et le lien entre le RDA et le PCF sont, entre autres, des sujets abordés ci-dessous par l’historien Abdramane Sylla, député à l’Assemblée nationale du Mali.
En 1945, l’Union française a consacré des droits, y compris associatifs aux peuples colonisés en quête d'indépendance. Cette "ouverture" a permis aux leaders politiques d'alors de créer le Rassemblement démocratique africain (RDA) en 1946. Le RDA s’était apparenté au Parti communiste français (PCF).
Selon le 6e vice-président de l'Assemblée nationale du Mali, Dr. Abdramane Sylla, "l’histoire à ce niveau est que la plupart des leaders politiques africains ont été formés fondamentalement dans des mouvements syndicalistes de l’époque. L’ensemble des syndicats français avait leur prolongement dans les territoires africains et d'outre-mer. Il y avait à côté de ses prolongements des groupes d’études communistes, des foyers d’étude qui ont également formés la plupart de nos leaders africains".
En créant le RDA en 1946, les Africains voulaient s'apparenter au PCF, pour marquer le caractère progressiste du RDA qui, lui-même, n’était pas un parti politique, mais un mouvement à l’intérieur duquel il y avait beaucoup de courants d’idées. "Cette idée va être difficile à gérer par la suite et c’est là quand on a parlé de désapparentement à un moment historique pour le RDA parce que les problèmes persistaient et il y avait un besoin impétueux à cette époque de se désapparenter", explique le député Sylla.
A l'en croire, le PCF était membre du gouvernement de Vincent Auriol, mais le PCF, note-t-il, a dû quitter le gouvernement à la suite de problèmes. Il y a eu à la même période beaucoup de répressions sauvages en Afrique notamment celles de Treichville.
" Il fallait prendre des décisions pour le grand bonheur des populations qui fondaient énormément d’espoirs en ses élus. Et le désapparentement va être la décision qu’il fallait prendre parce que si les répressions étaient la résultante de leur apparentement au Parti communiste, en quittant cette affiliation, naturellement, les répressions devaient s’arrêter".
Selon notre interlocuteur, la Constitution votée en France, a vite montré ses limites et il fallait passer de l’Union française à la Communauté française. "C’est ce qui a motivé le référendum de 1958. A la suite de ce référendum, les pays africains devaient simplement voter oui ou non pour l’indépendance".
Les liens entre le RDA et le PCF, affirme-t-il, furent d'abord parlementaires. "Les élus du RDA ne pouvant, du fait de leur petit nombre, former un groupe parlementaire, ils reçurent mandat de s'apparenter au groupe communiste pour l'efficacité de leur action parlementaire".
En Afrique, les Groupes d'études communistes (GEC) contribuèrent à la formation politique des militants et des dirigeants du RDA à la seule différence qu’il n'y avait pas de lien organique entre RDA et GEC, non plus qu'avec les syndicats d'obédience qui soutinrent la lutte du RDA. L'alliance avec le PCF et les forces démocratiques françaises a servi l'action parlementaire des élus du RDA et, dans une moindre mesure, la pratique anticolonialiste en Afrique même où des militants communistes français payèrent de leur personne pour avoir défendu les justes revendications des colonisés. Ce fut le cas de G. Cauche, de Suret-Canale au Sénégal, de Franceshi, de Casanova en Côte d'Ivoire, de Morlet, de La Fayette au Soudan.
Mais les objectifs des alliés restèrent différents. "Le RDA refusait la lutte des classes et se voulait une vaste coalition anticolonialiste regroupant toutes les classes. Le PCF, parti marxiste et français, luttait pour la révolution sociale en France (du moins théoriquement) mais ne prônait nullement l'indépendance des peuples colonisés", analyse M. Sylla.
Propos recueillis par
Aminata Traoré
(stagiaire)

ELECTIONS A L’ASSEMBLEE TERRITORIALE DE 1957
Triomphe de l’US-RDA
En 1957 le Soudan français organise ses élections territoriales. Elles ont pour enjeux la mise en place d’une assemblée semi souveraine, chargée de désigner le premier gouvernement soudanais.
Les élections ont lieu en avril 1957 et le climat est surchauffé, mais aucun incident majeur ne viendra troubler ces consultations qui enregistrent un taux de participation record, raconte Pierre Campmas dans son livre intitulé "L’Union soudanaise RDA : l’histoire d’un grand parti politique africain".
Selon cet auteur, les élections se déroulent au scrutin de liste majoritaire au niveau des circonscriptions. L’Union soudanaise RDA obtient 480 048 voix, soit 64 élus. Le Parti progressiste (PSP) obtient 230 618 voix, soit 6 élus. De 62 % des suffrages exprimés en juillet 1956, l’Union soudanaise passe à 68 % alors que le PSP tombe à 32 %, rapporte Campmas.
Partout la bataille fut dure, indécise dans certaines circonscriptions, témoigne Campmas. Certains bastions du PSP sont tombés de justesse. Mais la défaite de Fily Dabo Sissoko dans son propre fief de Bafoulabé a, semble-t-il, sonné le glas au PSP.
La liste de Fily Dabo est battue par 16 278 voix contre 17 744. A Nioro, le scrutin fut assez serré : 12 685 voix contre 12 281. Mais, c’est une grande victoire pour l’US-RDA compte tenu de l’ancienne implantation du PSP dans cette ville.
A Mopti, le score est de 21 637 voix pour l’US-RDA contre 21 445 pour le PSP. A Bandiagara, l’Union soudanaise a su jouer un jeu qui lui sera profitable plus tard.
Convaincue de se retrouver en minorité face à l’Union Dogon, un parti local mais puissant, l’Union soudanaise RDA s’abstient et fait voter pour ce parti. Résultat : le PSP est battu et les élus de l’Union Dogon rejoignent l’US-RDA.
Le PSP réussit à se maintenir à Nara où il devance l’US-RDA par 3871 contre 3757 voix. Macina sera une autre circonscription qui tombe dans les mains du PSP. Mais ce succès sera de courte durée puisqu'à la première réunion de l’Assemblée territoriale les 4 élus de Macina iront en bloc l’US-RDA. Seuls les deux élus de Nara représenteront le PSP à l’Assemblée territoriale.
Denis Koné

Dr. AMADOU KEITA, POLITOLOGUE
" Les élections de 1957 ont été importantes dans l’évolution politique des colonies"
Les élections de 1957 au Mali appelé à l’époque le Soudan français, les voix obtenues par les partis politiques, la culture politique des Maliens de l’époque sont, entre autres, des questions abordées par Dr. Amadou Kéita, politologue à la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) de l’Université de Bamako.
Les Echos : Quelle est la nature des élections qui ont eu lieu au Soudan français en 1957 ?
Amadou Kéita : En 1957, se sont tenues au Soudan français et dans les autres colonies de la France des élections dans les assemblées territoriales. Il faut rappeler que ces assemblées avaient été instituées en 1946 sous des appellations variées comme Assemblée représentative, Conseil représentatif, Grand conseil. C’est en 1952 qu’elles ont été rebaptisées. Les élections de 1957 ont marqué un jalon important dans l’évolution des colonies sur le plan politique, car elles se tenaient une année après l’adoption de la Loi-cadre, initiée par Gaston Defferre. Cette loi, en ce qui concernait les territoires d’outre-mer, visait à leur assurer une autonomie interne par l’élargissement des compétences des assemblées territoriales désormais élues au suffrage universel et la création de conseils de gouvernement qui ont été érigés en gouvernement en 1958.
Les Echos : Quels sont les partis ou le parti sorti majoritaire de ces élections ?
A. K. : A l’issue des élections du 31 mars 1957, c’est l’US-RDA qui est sorti grand vainqueur avec 57 sièges contre 7 pour l’Alliance Dogon-Peuls (ADP), appelée parti des Dogons et 6 pour le PSP. On peut dire que ces élections ont mis fin à près d’une décennie de concurrence entre l’US-RDA et le PSP, concurrence qui a été présentée de façon caricaturale, par certains, comme la lutte entre les "hommes nouveaux" et les "anciennes classes dominantes". On parlait aussi de "gens en costumes" et de "gens du turban". C’est donc fort de sa victoire que le Rassemblement démocratique africain (US-RDA) forma le conseil du gouvernement.
Les Echos : Y a-t-il eu une influence de la colonisation sur ces élections ?
A. K. : Comme vous le savez, ces élections se sont tenues avant l’accession du Mali à l’indépendance, donc sous l’empire de la colonisation. Si la question se rapporte à l’influence que la colonisation aurait pu avoir sur l’issue des élections, il faut alors signaler que beaucoup de spécialistes estiment que la victoire de l’US-RDA a été favorisée par les liens que ce parti avait su tisser avec les masses rurales en développant un discours nationaliste dans lequel elles se reconnaissaient. Tandis que le PSP, miné par les clivages internes, avait développé une stratégie privilégiant les relations avec le pouvoir colonial. Ce qui a pu le faire considérer par certains comme un parti collaborationniste. On peut donc dire que ce sont les relations du PSP avec le régime colonial qui l’ont desservi.
Les Echos : Quel crédit faut-il accorder à ces élections ?
A. K. : On peut dire, toute proportion gardée, que c’était des élections démocratiques dont l’objectif était d’instaurer un régime parlementaire dans les territoires d’outre-mer, même si le gouverneur du territoire demeurait le chef de l’exécutif.
Les Echos : Les Maliens étaient-ils politiquement mûrs à l’époque ?
A. K. : Si la majorité de la population, constituée par les masses rurales, n’avait certainement pas une grande culture politique, l’élite, au contraire, avait acquis de l’expérience dans l’action politique. Il faut se rappeler que les différents partis politiques se sont constitués dès la fin de la 2e Guerre mondiale. Ensuite, les leaders comme Mamadou Konaté, Modibo Kéita et Fily Dabo Sissoko ont occupé des fonctions dans les institutions métropolitaines. S’ils ont été tous les trois députés à l’Assemblée française. Fily Dabo Sissoko a été en plus sous-secrétaire d’Etat au Commerce et à l’Industrie dans le gouvernement éphémère de Robert Schuman en septembre 1948. Quant à Modibo Kéita, il a été nommé en 1957 secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil dans le cabinet de Félix Gaillard. Il ne faut certainement pas oublier aussi que Hammadoun Dicko, membre du PSP, a été sous-secrétaire d’Etat dans le gouvernement de Guy Mollet en 1956.
Je voudrais faire remarquer enfin que la maturité politique des dirigeants maliens est apparue à travers la manière dont le Conseil de gouvernement, formé à l’issue des élections, était composé. Il comprenait non seulement des ministres soudanais élus et cooptés, mais également des Français. Cela était la preuve de leur pragmatisme dans le jeu politique qui requiert de tout responsable de tenir compte des rapports de forces (économiques ou politiques), en vue, à défaut de pouvoir les contrôler, de mettre au moins l’équilibre nécessaire à l’exercice du pouvoir.
Propos recueillis par
Abdrahamane Dicko

 

LOI-CADRE DU 23 JUIN 1956
La voie des indépendances balisée
Adoptée le 23 juin 1956, la Loi-cadre, connue aussi sous le nom de Loi Gaston Defferre, alors ministre de la France d’outre-mer et maire de Marseille, est en réalité une initiative commune dans la mesure où elle a été élaborée avec la participation active de Félix Houphouët-Boigny, futur président de la République de Côte d’Ivoire.
La Loi Gaston Defferre/Félix Houphouët-Boigny est appelée Loi-cadre parce qu’elle permettait au gouvernement de statuer par décret dans un domaine réservé à la loi. C’est grâce à elle que des élections au suffrage universel ont été organisées afin de permettre aux colonies françaises d’avoir des conseils de gouvernements plus autonomes vis-à-vis de la métropole bien que le mode de scrutin ait été défavorable aux locaux.
Selon, Georgette Elgey, journaliste et historienne, publiée sous l'autorité scientifique du Haut comité des célébrations nationales, placé sous la présidence de Jean Leclant, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, en 1956, le soleil ne se couche jamais sur ce qui fut l'Empire français.
" Du Sahara au nord à l'Equateur au sud, en Afrique noire, l'Union française s'étend à perte de vue. Elle couvre plus de 7 millions de km2. Douze territoires la composent, regroupés en deux fédérations : l'Afrique occidentale française (AOF) et l'Afrique équatoriale française (AEF), auxquelles s'ajoutent deux anciennes colonies allemandes : le Togo et le Cameroun que la Société des nations a placés partiellement sous tutelle française.
Dans chacun de ces territoires, rapporte l'historienne, tous les pouvoirs appartiennent au gouverneur général, nommé par décret du président de la République ; l'Assemblée territoriale élue, qui siège à ses côtés, n'a qu'un rôle purement consultatif. Depuis 1946, tous les Africains, jusque-là sujets de la France, sont devenus citoyens français mais sont toujours majoritairement privés du droit de vote. Seuls peuvent voter les notables évolués, titulaires de décorations, fonctionnaires, militaires, commerçants, planteurs, etc.
Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor, élus à l’Assemblée française, tentent de canaliser les revendications populaires afin d'élever le niveau de vie des populations, d'assurer à tous l'égalité des droits et de mettre fin à la ségrégation raciale (en principe, elle n'existe pas, mais sa réalité est évidente dans la vie quotidienne : de nombreux hôtels sont interdits aux Africains ; sur le même marché, à qualité égale, le kilo de café produit par un Noir est acheté moins cher que celui produit par un Blanc), poursuit l’historienne.
L'un et l'autre ne cessent d'exposer que le seul moyen d'éviter un embrasement général est d'accorder à l'Afrique française son autonomie. Il n'est question, ni pour l'un ni pour l'autre, de sortir de la République française. Il convient seulement de l'aménager "pour que dans la Cité française, chaque peuple d'outre-mer puisse vivre avec son génie propre, fécondé par l'esprit français, avec ses besoins, ses goûts, ses écoles, ses arts, ses mosquées, ses églises, pour que nous puissions vivre en paix, différents certes, mais ensemble".
C’est le 31 janvier 1956, Guy Mollet, nouveau président du Conseil, annonce que le gouvernement entend "amener les territoires d'outre-mer à gérer démocratiquement leurs propres affaires". Gaston Defferre est nommé ministre de la France d'outre-mer, Félix Houphouët-Boigny ministre délégué à la présidence du Conseil.
Député socialiste des Bouches-du-Rhône depuis 1946 et maire de Marseille, Gaston Defferre, convaincu que la marmite africaine est à deux doigts de l'explosion, engage une procédure d'urgence s'impose, que seule peut permettre une Loi-cadre.
Le 29 février 1956, moins d'un mois après la formation du gouvernement, Gaston Defferre dépose sur le bureau de l'Assemblée nationale un projet de Loi-cadre et, moins de 15 jours plus tard, le ministre s'adresse à l'Assemblée de l'Union française : "Trop de fois, au-delà des mers, les Français ont donné l'impression qu'ils n'étaient pas capables d'agir en temps utile ; trop souvent, nous avons été le jouet des événements... Aujourd'hui... si nous savons dominer les événements, si nous savons les devancer, alors nous pourrons rétablir [en Afrique noire] un climat de confiance et de concorde..."
Se présentant comme une simple loi de décentralisation administrative et politique, la Loi-cadre énumère en 15 articles les réformes nécessaires et les grandes lignes de leur réalisation. En premier lieu, elle institue le suffrage universel et le collège unique dans tous les territoires. Elle établit des conseils de gouvernement, composés de cinq membres élus par l'assemblée locale et de quatre fonctionnaires nommés par le gouverneur général. Ils sont "dotés d'une large compétence qui embrassera toutes les questions d'intérêt local". Les pouvoirs des assemblées territoriales sont élargis. L'administration sera réformée afin de faciliter l'intégration et la promotion des autochtones…"
(source Internet)

ELECTIONS DE 1957
La victoire de l’US-RDA
La victoire de l’Union soudanaise RDA (US-RDA) aux élections de 1957 s’est traduite par le remplacement des commandants de cercle, la destruction de l’autorité des chefs de canton et l’application d’une réforme administrative.
L’US-RDA a gagné les élections de 1957. Ce qui lui a permis de contrôler l’Assemblée territoriale et de former le premier gouvernement sous l’égide de la Loi-cadre. Toutefois, elle avait des pouvoirs limités, mais cela n’a pas empêché le parti de Modibo Kéita d’étendre son emprise sur le territoire et de consolider ses positions. Ce faisant, il a mené activement une politique visant à assurer son contrôle total sur le Soudan.
C’est ainsi que le parti a procédé au remplacement des commandants de cercle en 1960, à la destruction de l’autorité des chefs de canton qui ont été tous évincés et à la mise en œuvre d’une réforme administrative devant aboutir à l’africanisation totale des cadres.
Au plan politique, l’US-RDA a persuadé l’opposition de rejoindre ses rangs. L’appel a reçu un écho favorable auprès de l’Union Dogon, Fily Dabo Sissoko et la plupart des leaders du PSP ont rejoint l’US-RDA avant les élections de mars 1959.
A cette époque, l’opposition à l’US-RDA n’existait pas. Dans le domaine économique, la politique menée par la nouvelle équipe, dirigée par Modibo Kéita, a essayé de réduire la dépendance du Soudan vis-à-vis de la France sur le plan budgétaire et dans le domaine commercial.
Le facteur explicatif déterminant la politique de l’Union soudanaise a été l’avènement de Modibo Kéita aux commandes de ce parti. En mai 1956, Mamadou Konaté disparaissait. Il était respecté par toute l’Union soudanaise RDA. Il a consacré sa vie à œuvrer à dégager les voies et les moyens permettant de construire un avenir d’indépendance nationale et de justice sociale pour le Mali.
Sa mort a eu pour conséquence principale le renforcement de l’aile radicale de l’Union soudanaise conduite par Modibo Kéita. La première grande brèche dans l’édifice de l’AOF a été sans nul doute la Loi-cadre de 1956 qui a accordé aux territoires français l’autonomie interne.
Mohamed Daou

EPILOGUE
La rupture de 1956-1957
La fin du second conflit mondial s’accompagna de l’éveil des peuples d’Afrique et d’Asie colonisés et soumis à l’Europe occidentale depuis la Conférence de Berlin de 1885.
La participation des troupes coloniales mobilisées sous le terme générique de "Tirailleurs sénégalais" aux côtés des soldats métropolitains eut comme conséquence la mise en cause de l’invincibilité de l’homme blanc, voire la fin de ce mythe qui datait des guerres coloniales où les Européens avaient eu le dessus sur les troupes indigènes grâce à la puissance de leurs armes à feu.
Déjà en 1944, la métropole étant occupée par l’armée nazie, s’était tenue au Moyen-Congo (devenu Congo-Brazzaville après l’indépendance en 1960) la Conférence africaine de Brazzaville sous l’égide du général de Gaulle, pour examiner les relations que la France entendait désormais établir avec ses colonies, la guerre ayant tout changé.
Si dans les recommandations de cette conférence à laquelle aucun colonisé ne fut invité (le gouverneur Félix Eboué était certes Noir mais était un citoyen français d’origine guyanaise), il ne fut question ni d’autonomie ni d’indépendance, il fut néanmoins reconnu que les choses ne seraient plus comme avant, c’est-à-dire que les relations entre la France et ses colonies africaines seraient revues dans un sens favorable à celles-ci.
Au sortir de la guerre dans ces conditions, beaucoup de partis politiques se créèrent avec l’autorisation de l’administration coloniale dans la plupart des colonies françaises d’Afrique. Au Soudan français, recréé de ce nom depuis 1923, le Parti progressiste soudanais (PSP) fut créé en 1946, suivi peu après par l’Union soudanaise, section du Rassemblement démocratique africain (RDA) dont le congrès constitutif s’était tenu à Bamako en octobre 1946.
Il y eut certes d’autres partis politiques au Soudan évoluant plus ou moins sous l’influence des grands partis métropolitains (SFIO et PCF), mais fondamentalement ce furent le PSP et l’US-RDA qui dominèrent la vie politique de ce territoire de 1946 à 1956 et même au-delà.
Le PSP, fondé par un chef traditionnel, Fily Dabo Sissoko, fut une formation d’orientation politique ambiguë assez proche de l’administration coloniale, d’où la suspicion de collaboration, voire de complicité, qui le suivit tout au long de la lutte anti-coloniale. L’US-RDA, par contre, s’engagea ouvertement contre la domination coloniale dès le début et maintient cette ligne sur tout son parcours.
Le 1er était dirigé par Fily Dabo Sissoko et le second par Mamadou Konaté, qui était, selon certaines sources, le cousin de Fily Dabo. Le fait d’être proche et favorable à l’administration coloniale permit au PSP de dominer complètement la vie politique du Soudan de 1946 à 1956 avec les avantages matériels et moraux qu’une telle situation comportait.
Durant ces 10 ans, il remporta toutes les élections, mais ne put former de gouvernement parce que la Constitution de 1946, qui créait à la fois la IVe République française et l’Union française, n’avait pas prévu la création d’un gouvernement territorial comme ce sera le cas après l’adoption de la Loi-cadre de Gaston Defferre de 1956.
La tendance s’inversa à partir de 1956 avec la victoire de l’US-RDA sur le PSP et les dispositions de la Loi-cadre de 1956 permettant aux colonies de se doter non seulement d’un gouvernement, mais également d’une assemblée de territoire.
La victoire d’octobre 1956 avait été rendue possible par l’attitude du PSP dont les responsables aux affaires s’étaient coupés des masses paysannes et vivaient tous en métropole, à l’Assemblée nationale et dans les cabinets ministériels. Le manque d’animation politique de la part des militants PSP permit à l’US-RDA d’occuper le terrain laissé vacant par son adversaire.
La perte du pouvoir politique fut fatale au PSP qui ne retrouvera plus les sommets et rejoignit l’opposition politique dès cette époque. Cette victoire de l’US-RDA était l’aboutissement d’un long processus qui avait vu ce parti se rapprocher durant les dernières années des masses opprimées, défendre leurs intérêts pendant que le PSP s’éloignait d’elles et s’alignait derrière la métropole. De plus en plus, l’US-RDA n’avait jamais fait mystère de sa volonté de proclamer l’indépendance alors que, pour le PSP, cette échéance n’était pas encore arrivée, le pays n’y était pas préparé, ni politiquement, ni économiquement.
A partir d’octobre 1956, l’US-RDA remplace le PSP au pouvoir au Soudan. Des élections de mars 1957 confirmèrent la défaite du PSP et la montée en puissance de l’US-RDA. Entre-temps, en mai 1956, Mamadou Konaté, secrétaire général de l’US-RDA, était décédé et remplacé par Modibo Kéita. Mais ce dernier étant absent de Bamako, car occupé à Paris, ce fut Jean-Marie Koné qui forma le 1er gouvernement (en fait un conseil de gouvernement) du Soudan le 21 mai 1957.
Il faut aussi savoir que les élections de 1956 et 1957 eurent des conséquences considérables sur l’administration dans certaines zones. Dans ce qui fut l’ancienne circonscription de Koulikoro par exemple, Doumba, un chef-lieu de canton, se laissa mobiliser par le PSP et vota massivement pour ce parti alors que Koula, village Bamaman très enclavé à l’Ouest, fit le contraire au profit de l’US-RDA.
En conséquence à l’indépendance en 1960, l’US-RDA au pouvoir, fixa son chef-lieu d’arrondissement à Koula au détriment de Doumba pourtant bien situé géographiquement. Il y eut probablement beaucoup d’autres cas de ce genre, mais leur histoire est pour l’heure assez mal connue.
La lutte pour l’indépendance fut longue dans le Soudan français. Commencée véritablement en 1946, elle aboutit en septembre 1960 avec la proclamation de l’indépendance politique. La domination du PSP fut nette de 1946 à 1956, mais les échéances électorales de 1956 et 1957 amenèrent la rupture, puis l’indépendance.
Facoh Donki Diarra

 

 

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TOURNOI DE BASKET DES JEUX DE LA FRANCOPHONIE
Le Mali battu par la Tunisie
La Tunisie a infligé au Mali sa seconde défaite (46-45) dans le tournoi de basket féminin de la 6e édition des Jeux de la Francophonie. C’était hier, mercredi 30 septembre 2009, dans la salle du Club Riadi de la capitale libanaise.
Ce 3e match du tournoi de basket des Jeux de la Francophonie avait pourtant bien débuté pour les Maliennes qui menaient face aux Tunisiennes par 14-4 à la fin du premier quart-temps. Une première depuis le début de la compétition. Mais, multipliant les maladresses, nos joueuses vont laisser les adversaires revenir au score dans le second quart-temps.
Comme si elles étaient crispées par leur courte avance, Kadia Touré et ses coéquipières multipliaient les déchets et des fautes qui ne sont plus dignes de leur statut. Toutefois, elles iront à la mi-temps en menant au score par 23-17. Une avance qu’il fallait rigoureusement gérer pour remporter cette rencontre cruciale.
Mais, à la reprise, les protégées de José Ruiz retombent dans leurs travers et se font rejoindre au score à 4 minutes de la fin du 3 quart-temps (30-30). On sent alors un manque cruel de leader dans cette sélection expérimentale. Mariam Sy qui tire d’habitude la locomotive n’est pas visiblement au top.
La Tunisie va naturellement boucler le 3e quart-temps en tête en menant 37-36. Mais, l’espoir était toujours de mise dans le camp malien. Malheureusement, les nôtres vont céder à la panique et vont encore multiplier les maladresses devant le cerceau adverse. Ce qui leur coûtera la victoire d’un demi-panier (45-46). Nassira Traoré a été la meilleure marqueuse du Mali avec 12 points. Elle est suivie par Astan Dabo (11 points).
Avec deux défaites et une victoire, les chances de qualification du Mali pour les demi-finales sont maintenant presque inexistantes. C’est Chypre qui domine notre groupe (A) avec trois victoires en autant de sorties. La France suit avec deux victoires à son compteur contre une défaite contre la Côte d’Ivoire.
Le basket observait une journée de repos jeudi, 1er octobre 2009. Cette journée a été consacrée à l’athlétisme avec le début des éliminatoires dans les différentes épreuves. Les couleurs maliennes sont défendues par Kadiatou Camara (100 et 200 m), Yah Koïta (saut en longueur), Ibrahim Maïga (400 haies) et Modibo Diarra (100 m).
Evoluant au Centre international d’athlétisme de Dakar (CIAD), les trois premiers nommés ont bénéficié d’un camp d’entraînement organisé par la Confejes à la veille de ces Jeux de la Francophonie. Ils sont donc nos meilleurs espoirs de médaille à Beyrouth.
Moussa Bolly
(depuis Beyrouth)

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