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2009

Mois de novembre

Les Echos du 20 novembre

 

DROGUES, RECELS, CORRUPTION…

Mali : une économie criminalisée

En vingt ans, le Mali a réussi à se propulser parmi les grands pays trafiquants de drogue. L’essor des barons maliens de la drogue reflète le délitement du système politique tout entier. Trafics et recels de voitures de luxe, escroquerie dans le secteur de l’or, gredinerie avec les exonérations, blanchiment d’argent … Bref, la course effrénée vers l’enrichissement rapide criminalise l’économie malienne.

Un inconnu qui prétendait détenir l’information d’un autre informateur qui craignait certainement pour sa sécurité, nous avait filé le tuyau 72 h avant les faits concernant l'avion de narcotrafiquants calciné Gao, sans être précis sur le lieu et la date. Mais comme l’info était de deuxième main, nous n’avons pas accordé un grand crédit au scoop.

En effet, selon notre source, un événement très important allait se passer dans le milieu de la drogue. Pas seulement. Deux acheteurs étrangers d’or à bord de leur jet privé étaient en route pour Bamako et ils seront victimes d’escroquerie.

Il y a le diable dans l’information… Des personnalités insoupçonnées aux épaules bien ornées seraient au courant du business… Allez savoir vous aussi. ! Depuis dix jours, nous remuions ciel et terre à la recherche de notre informateur sans succès. De l’or malien, puisque nous y sommes, parlons en !

Cela fait presque quinze ans, régulièrement des aigrefins bien organisés dépouillent de leur argent des étrangers venus se procurer du métal jaune au Mali. Après une brève interpellation, les délinquants sont remis en liberté et l’affaire classée.

Parce qu’ils ne sont jamais condamnés, les mêmes personnes récidivent sans crainte de peines plus lourdes. La dernière affaire dans ce chapitre est celle d'une bande désormais connue. Comme de coutume, les principaux acteurs ont été tous libérés, certains n’ont même pas été interpellés, curieusement une victime étrangère, officier de l’armée de son pays, arrêtée au Bénin et extradée au Mali, croupie en prison.

Le phénomène des narcotrafiquants au Mali est révélateur de la criminalisation d’une économie qui, partant à la dérive depuis l’élargissement du fossé des inégalités, ne cesse de fabriquer des monstres capables de tout tenter pourvu que les gains escomptés soient au rendez-vous.

L’imbrication d’intérêts communs

La corruption aidant, le risque d’une lourde peine s’éloigne. Surtout qu’il est plus facile de réprimer le pauvre consommateur que le trafiquant, les autorités ayant tendance à traîner les pas sur le terrain fleurissant des narcodollars. Le silence des plus hautes autorités depuis le début de l’affaire il y a quinze jours, traduit déjà l’issue des enquêtes en cours.

L’une des tares de la démocratie malienne, c’est le fait de n’avoir pas su instaurer un Etat de droit. Conséquence : c'est le laisser-aller, terreau fertile de la gabegie, du crime organisé, du trafic en tout genre, du détournement du denier public, mais surtout de la grande et de la petite corruption.

Discrète plaque tournante de la drogue en Afrique noire, le Mali véhicule une image déplorable depuis le 5 novembre 2009 date du crash d’un avion du narco-trafic qui n’améliore pas la sinistre réputation de certains quartiers de la capitale connus pour leur intense activité de vente des stupéfiants.

Bien qu’il ne soit pas producteur de drogue, le pays se distingue par un trafic mesuré, orienté vers la réexportation plutôt que vers le marché local. Ce phénomène s’explique d’abord par la grande mobilité des Maliens mais également un nombre très élevé d’étrangers qui sont parvenus à s’acheter des papiers maliens.

Mais l’importance du commerce de la drogue dure découle aussi largement du laxisme politique, qui étend ses ramifications jusque dans les cellules de lutte de ces produits prohibés. De Bagadadji à Boulkassoumbougou, de Bamako à Gao, les domiciles des trafiquants et autres transitaires sont connus. Si la drogue ne signale pas tant, l’apparition d’une classe de nouveaux riches, les "drog pushers", comme on les appelle au Nigeria, sont révélateurs de l’imbrication d’intérêts communs aux services de contrôle et aux milieux d’affaires.

La crise du Nord, qui amplifie un peu le phénomène, cache mal l’existence d’une pègre bien organisée depuis des années.

A. K. Dramé

(journaliste indépendant)

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LE DEPUTE KONIBA SIDIBE AU MINISTRE DU BUDGET

"Ramenez-nous les 180 milliards de la Sotelma"

Jeudi, le gouvernement était interpellé à l’Assemblée nationale sur la situation financière à travers le ministre délégué au près du ministre de l’Economie et des Finances chargé du Budget, Lassine Bouaré.

Les ressources issues de la privatisation, la comptabilité publique, "l’Initiative riz", la dette intérieure de l’Etat (53 milliards), le dernier rapport du BVG, qui incriminerait des ministres, le budget 2010 étaient au centre des échanges entre l’honorable Koniba Sidibé du groupe parlementaire Parena/Sadi et le ministre Bouaré.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Koniba Sidibé et même certains de ses pairs de la majorité n'ont pas la même appréciation de la situation financière du pays notamment sur la gestion faite des ressources publiques particulièrement des ressources issues de la privatisation. A cet égard, l’honorable Sidibé demandera à ce que les autorités restituent les 180 milliards de F CFA issus de la privatisation de la Société des télécommunications du Mali (Sotelma).

Pour le député, l’utilisation de ce fonds doit faire l’objet d’un débat entre le gouvernement et l’Assemblée nationale. Il a notamment critiqué la façon dont les 50 milliards de la Banque internationale pour le Mali (BIM-SA) ont été utilisés. Le député a également fustigé l’attitude du gouvernement qui consiste à dépenser d'abord et à faire valider ensuite ces dépenses par l’hémicycle.

Denis Koné

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FETE DE TABASKI

La têtes aux dépenses

La fête de Tabaski s’approche avec ses multiples dépenses. Les chefs de famille en plus de se grouiller pour trouver un mouton de Tabaski devront aussi payer des habits pour les enfants et les femmes. Occasion pour les couturiers, les teinturières et les vendeurs de bazin de s'en mettre plein les poches.

Deux mois après la fête de Ramadan, revoilà la fête de l’Aïd El Kébir ou Tabaski à l'horizon. Dans la ville, tout le monde surtout les enfants et les femmes ne pensent plus qu’à ça. Quel habit vais-je porter ? Quelle coiffure vais-je me faire pour être la plus belle et la plus rayonnante de toutes ?

Au Grand marché de Bamako qui est présentement inondé par toutes sortes de produits, l’ambiance est festive. C’est plus que jamais l’opportunité pour les commerçants d’augmenter leurs chiffres d’affaires.

Au Mali plus précisément dans la capitale, la fête de Tabaski rime avec les habits haut de gamme comme le bazin. En ce moment, les boutiques de vente de bazin ne désemplissent plus. Chez Gagny Lah, promoteur d’une marque éponyme, c’est une longue file de clients. Chacun est servi selon l’ordre d’arrivée. On y trouve des bazins de diverses qualités vendus à des prix distincts. Le mètre du bazin blanc et du blanc sale varie entre 5000 et 5500 F CFA, selon la brillance. Du bazin teint industriellement se vendent à 7000 F CFA le mètre.

Dans la boutique où se vend la marque "Vainqueur", marque qui rivalise cette année avec "Gagny Lah", ainsi que chez Yara, un autre grossiste de basin, la même affluence se fait sentir. Du matin au soir, c'est le va-et-vient incessant des grandes dames de la capitale. Comme chez "Gagny Lah", chacun y trouve son goût, femmes mariées et jeunes filles.

Malgré la galère

Les chiffres d’affaires des teinturières augmentent également à l’approche de la Tabaski. Selon Kadiatou, teinturière à Médina Coura, les clients viennent de partout. A l’en croire, tous les motifs de teinture sont à la mode. Il y en a qui préfèrent des couleurs uniques, simples à faire et des couleurs qui demandent le mélange de plusieurs produits.

Les prix sont fixés en raison de la longueur du tissu et de sa couleur. "Généralement un mètre de bazin est teint en couleur simple à 1000 F CFA. Les prix des couleurs du fishia, 4 mètres varient entre 5000 et 7500 F CFA. Il y a des fishas aubergine, rose clair, rouge, etc. Les bazins en motif varient entre 10 000 et 12 500 F CFA, voire plus".

Selon Fatoumata, teinturière à Hamdallaye, spécialiste en motif, c’est le modèle que la chanteuse Mah Kouyaté n°1 a porté lors d'une émission de "Top étoiles", qui demeure en vogue pour cette fête de Tabaski, même s'il est cher. Des clientes demandent également le motif avec l’enveloppe en dessus.

En plus de teinturières, les couturiers aussi gagnent beaucoup. Certains travaillent avec les teinturières dont ils confectionnent les tissus qu'ils revendent. Dans la boutique "Réflexe Couture", chez le styliste Idrissa Camara dit Idine-K, qui coud et vend les habits, les modèles rivalisent.

A l’en croire, en général, ils gagnent plus aux fêtes de Tabaski que lors des fêtes de Ramadan où les clients ne font pas de modèles compliqués à cause des multiples dépenses du mois de jeûne. Il affirme recevoir au maximum dans la journée environ dix clients qui demandent toutes sortes de modèles.

Toutefois, selon Bill Camara, couturier à Hamdallaye, l’affluence lors de cette fête est timide par rapport aux précédentes fêtes. "Il y a la galère, les clientes viennent plus avec le Wax qu’avec le bazin".

Ramata S. Kéita

Aminata Traoré

(stagiaires)

 

MICRO TROTTOIR

Des Bamakois se prononcent sur Tabaski

Assétou Kéita (élève)  :

"Le jour de la fête, je veux être la plus belle de toutes, je ne veux en aucun cas paraître inaperçue. Pour cela, je me suis acheté un bazin dernier cri que j’ai amené chez mon couturierqui va enfaire un joli modèle et il faut les accessoires qui vont avec le modèle pour être en harmonie. C’est vrai qu’il y a la cherté en ce moment, mais qui dit fête de Tabaski dit inévitablement dépenses. On n’y peut rien".

Adama Traoré (électricien)  :

"C’est vrai que l’année dernière, il y avait la galère mais cette année c’est encore pire. Ce qui me préoccupe le plus c’est de pouvoir trouver un mouton à égorger le jour de la fête. Le reste passe au second plan. Pour ce qui est des habits de fête pour les enfants, c’est ma femme qui s’occupe de ça, elle est teinturière".

Assanatou Sissoko (ménagère)  :

"Pour cette fête, je ne vais pas causer beaucoup de problèmes à mon mari. Il a déjà assez à faire pour acheter le bélier pour sa famille et la nôtre, or le bélier demeure en ce moment hors de prix. Il lui faut acheter aussi des habits pour les enfants sans compter les autres dépenses. Je ne vais porter que l’habit qu’il m’a offert à la fête de Ramadan. Avec un peu d’amidon, et un tour chez le batteur, ça passera".

 

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EDUCATION EN MODE DECENTRALISE

La deuxième phase prend son envol

La 2e phase du Programme d’appui à la gestion décentralisée de l’éducation (Paged) destinée à l’amélioration de l’offre, de la demande et de la qualité dans des écoles communautaires couvrira la période 2009-2012.

Pour réaliser le droit à l’éducation pour tous, les autorités ont entrepris diverses réformes qui ont abouti à l’élaboration du Programme décennal de l’éducation (Prodec) et à l’adoption du système de décentralisation du secteur. Mais ces réformes n’auront d’impacts que si toutes les composantes du pays conjuguent leurs efforts. C’est ce qui justifie l’intervention de l’Association d’appui à l’auto-développement communautaire (AADEC) dans la promotion de l’éducation en général et celle communautaire en particulier. Objectif : contribuer à l’amélioration de l’offre, la demande et la qualité de l’éducation au Mali.

Après le premier Programme d’appui à la promotion de l’éducation décentralisée dans 8 communes du cercle de Kati de 2006 à 2009 et qui a permis d’améliorer l’offre et la demande de l’éducation au niveau de 24 écoles communautaires, l’AADEC a procédé hier à la faveur d’un atelier d’échanges avec les acteurs et les partenaires de l’éducation dans un hôtel de la place, au lancement de la deuxième phase de son Programme d’appui à la gestion décentralisée de l’éducation.

La deuxième phase du Programme a démarré en juillet 2009 pour une durée prévisionnelle de 3 ans. Il vise à consolider les acquis de la première phase mais aussi, contribuer davantage à l’amélioration de la qualité de l’éducation au niveau des écoles communautaires cibles. La deuxième phase militera en faveur de la consolidation et du renforcement des acquis de l’ONG dans la région de Koulikoro à travers l’amélioration de l’accès, la demande et la qualité de l’éducation au niveau des écoles communautaires reparties au niveau de 8 collectivités territoriales de base, l’appui aux collectivités et aux établissements dans la prévention et la lutte contre le VIH/Sida en milieu scolaire, mais également l’amélioration des relations entre les acteurs éducatifs. Les volets alphabétisation et lutte contre le VIH/Sida compris dans les axes d’intervention du Programme contribueront à la création d’un environnement lettré et sain.

Pour la représentante du ministre de l’Education, de l’Alphabétisation et des Langues nationales, Coumba Yaressi, qui a présidé la cérémonie, "l’accompagnement des acteurs éducatifs dans la promotion de l’éducation en mode décentralisé qu’AADEC se propose d’entreprendre et de poursuivre est à saluer et encourager".

Le choix des écoles communautaires comme cibles du Programme n’est pas fortuit. Aux dires de l’AADEC, il s’explique par le fait que les écoles communautaires constituent actuellement environ 17 % du total des écoles fondamentales au Mali et connaissent plus de problème de qualité de l’éducation compte tenu de la faiblesse des pouvoirs économiques des communautés rurales.

Mohamed Daou

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EDUCATION

Le Conseil supérieur de l’éducation

La rentrée universitaire 2009/2010 est marquée à tous les niveaux par des contraintes d’accueil et d’encadrement pédagogique optimum, d’équipement et d’infrastructures adéquates…

C’est pour réfléchir, échanger et proposer des solutions que le ministère de l’Education, de l’Alphabétisation et des Langues nationales organise, du 19 au 20 novembre au CICB, la 2e session du Conseil supérieur de l’éducation.

Les points inscrits à ordre du jour portent sur la gestion des flux (problématique des orientations et des bourses), la situation de l'enseignement privé, la formation des enseignants et leur profil de recrutement et la réforme des examens.

Ces questions revêtent selon les ordres d’enseignement les niveaux administratif et territorial de gestion, des dimensions spécifiques qui constituent autant de défis pour les acteurs et les partenaires de l’école.

L’un des points importants inscrit à l’ordre du jour est la question d’orientation et de bourse.

Cette année, la bourse et l’orientation des nouveaux bacheliers posent des problèmes. Les prévisions et planifications se trouvent bouleversées par les flux d’élèves titulaires du baccalauréat, prétendant à une prise en charge de l’Etat.

Selon le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Mme Siby Ginette Bellegarde, "bien que la loi ne fasse pas obligation à l’Etat d’assurer à tous un enseignement public au-delà du cycle fondamental, le gouvernement s’efforce chaque année d’offrir dans la limite des capacités d’accueil des établissements publics, la possibilité à tous les titulaires du baccalauréat de poursuivre des études avec ou sans bourse".

A l’entendre, ces questions demeurent au cœur des priorités et des négociations et réflexions sont en cours pour définir des critères d’orientation plus objectifs et non manipulables.

Anne-Marie Kéita

(stagiaire)


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Dossier

EPILOGUE

La culture sous la Ire République

De 1960 à 1968, le régime de l’US-RDA mit en place un ordre politique et social qui n’était plus celui de l’ancien temps colonial, donc de type capital et libéral, ni celui en cours dans les pays d’Europe de l’Est marqué par le totalitarisme ainsi que l’exigeait l’option socialiste prise en 1960.

La colonisation de plus d’un demi-siècle avait tellement marqué les esprits qu’il parut quelque peu hasardeux de vouloir s’attaquer à tout dans le but d’obtenir les changements profonds. En outre, l’école coloniale avait surtout produit des cadres appelés à servir dans l’administration avec la mentalité de l’ordre ancien (colonial) qui était différent de celui de l’ordre communiste même si parmi les cadres de l’indépendance il y avait quelques-uns qui avaient appris la doctrine marxiste-léniniste sur le tas, c’est-à-dire par curiosité scientifique et par attrait du nouveau.

La structure de l’Etat colonial fut maintenue dans les grandes lignes mais adaptée aux réalités nationales avec des ministres appelés à lutter contre le sous-développement et à se mettre au service du peuple. Cependant, le gouvernement formé en 1960 ne comporta ni un ministre de la Culture ni un autre ayant exclusivement en charge la Jeunesse. Non pas que les problèmes culturels et ceux de la jeunesse furent jugés sans importance ou tenus pour mineurs, mais tout simplement parce que les moyens limités de l’Etat incitaient à faire des priorités dans les engagements et donc dans les dépenses de façon à produire progressivement les changements attendus.

Les responsables de l’US-RDA étaient parfaitement conscients qu’avec la culture héritée de la domination coloniale, il était parfaitement impossible de bâtir une société socialiste digne de ce nom. Tous les efforts politiques tendirent alors à créer un nouvel ordre culturel prenant appui sur les réalités nationales et géré par des acteurs culturels passés par l’école coloniale certes, mais ayant la volonté de sortir de ce cadre pour participer à l’ordre nouveau.

Les problèmes culturels, au début, furent confiés au département de l’Education nationale parce que la grande partie des acteurs culturels relevait de ce département et y travaillait. Si un Commissariat à la jeunesse fut créé, la culture fut incluse donc dans l’Education nationale avec l’idée que ces deux départements, dans un Etat aux ressources limitées, pouvaient être cumulés et faire des résultats probants.

Au niveau du ministère de l’Education nationale, les programmes d’enseignement, notamment au niveau du secondaire, furent revus et changés. Le programme de philosophie fut surtout réorienté avec la priorité donnée à l’enseignement de la doctrine marxiste-léniniste sur la théorie générale de la connaissance qui occupait les 2/3 de ce programme auparavant.

Le résultat de cette démarche fait que presque tous les élèves et étudiants qui bénéficièrent de cet enseignement de 1960 à 1975 furent des marxisants ou à tout le moins des hommes de gauche, des nationalistes à toute épreuve opposés à l’impérialisme international et qui jamais ne prirent au sérieux les militaires du CMLN. Si le régime ne mit pas en place un ministère de la Culture pour créer les problèmes culturels, il mit en place par contre des structures pour s’occuper de ceux-ci.

Dès 1961-1962, la plupart des artistes, des danseurs et des chanteurs traditionnels furent regroupés dans 2 grandes structures nationales, l’Ensemble instrumental et les Ballets nationaux. Ces deux groupes furent le tour du monde, avec une préférence pour les pays socialistes, et montrèrent aux peuples qui l’ignoraient quelques aspects de la riche culture du Mali.

Dans le même temps, au secondaire et au supérieur, l’enseignement de l’histoire et de la géographie fut centré sur la connaissance du Mali et de l’Afrique en général avec un accent particulier sur les figures nationales de la période précoloniale, la lutte contre la pénétration coloniale et celle pour l’indépendance. Toutes choses qui étaient négligées à dessein auparavant. En littérature, l’étude des grands auteurs africains comme A. Sadji, Camara Laye, Mongo Beti et Peter Abrahams fut rendue obligatoire à côté de celle des grands classiques de la littérature française et européenne.

La grande nouveauté de l’époque fut la création des Editions imprimeries du Mali (Edim) pour diffuser les créations littéraires nationales qui ne rencontraient pas forcément l’agrément des grandes maisons françaises d’édition comme Fayard, Gallimard ou Nathan. De 1960 à 1968, les éditions éditèrent des œuvres comme "Koumi Diossé" d'Issa Baba Traoré et "Contes et récits du terroir" du même auteur.

La maison africaine "Présence Africaine" édita des auteurs comme Seydou Badian Kouyaté (maintenant il a changé de nom de famille) et Mamadou Gologo dont les manuscrits avaient été déposés à leur niveau dès avant 1960. Une autre grande nouveauté fut la création, en tant que société et entreprise d'Etat, de l’Ocinam (Office cinématographique national du Mali) chargé de diffuser les œuvres cinématographiques des cinéastes maliens et africains.

L’US-RDA n’eut pas d’écrivains à sa dévolution, mais par nationalisme et croyant au devoir de génération qui était le sien, elle encouragea la création littéraire et artistique dans le but de montrer au monde entier ce que valait le Mali sur le plan culturel. Le régime tomba, d’ailleurs quand il s’apprêtait à accueillir à Bamako en 1969 ou 1970 les Jeux africains dont l’organisation lui était confiée.

Facoh Donki Diarra

 

TIEMAN COULIBALY, SOCIOLOGUE ET CHERCHEUR A L’ISH

"L’idéal de la Ire République était de façonner le Malien"

Pour Tiéman Coulibaly, chercheur à l’Institut des sciences humaines (ISH), le respect des us et coutumes, sous la Première République se faisait à l’école par l’enseignement de l’éducation civique et morale que par l’éducation par tous dans la société et l’implication de la milice populaire.

Les Echos : Que faut-il comprendre par us et coutumes ?

Tiéman Coulibaly : Les us et coutumes sont les usages, les traditions et modes de vie d’un peuple, d’une communauté.

Les Echos : Comment se faisait le respect des us et coutumes sous la Première République ?

T. C. : Le respect des us et coutumes sous la Première République se faisait à travers l’enseignement scolaire à partir des cours d’instruction civique et morale. Il était demandé au maître d’école d’être exemplaire devant les élèves et la communauté dans laquelle l’école était implantée, de faire suivre la bonne conduite des élèves au sein et hors de la structure éducative par tous les moyens pédagogiques y compris des sanctions exemplaires dont la punition corporelle comme pour faire comprendre à tous les élèves que "qui vole un œuf volera un bœuf".

L’éducation par tous qui était déjà un credo de la société malienne a été renforcée sinon entretenue. Ainsi l’éducation de l’enfant n’incombait pas seulement à ses parents biologiques, mais à toute la communauté si bien que nul n’était offusqué de voir son enfant corrigé par une tierce personne. Les slogans politiques à la radio, la milice "populaire", qui était chargée de veiller à la bonne conduite de la population au sein des entités administratives (village, arrondissement, cercle, région), y ont beaucoup contribué également .

Les Echos : La police politique créée à cette époque a-t-elle joué un rôle déterminant dans ça ?

T. C. : Effectivement. D’ailleurs, la création de cette milice ne s’explique que par le souci de préserver la bonne conduite des populations. Il fallait tuer toute velléité de suivre des comportements exogènes inhérents au mode de vie capitaliste.

Les Echos : Cette milice a-t-elle joué positivement son rôle ?

T. C. : Oui et non. Oui, parce que des valeurs sociétales ont été préservées même si c’était dans l’imposition. A Bamako, la milice a procédé au mariage de prostituées qui sont toujours en train d’honorer leur foyer. Le vol à l’échelle nationale, le grand banditisme, la délinquance juvénile et sénile auxquels nous assistons maintenant n’ont pas pu prospérer à l’époque.

Non, car la milice a semé la terreur au sein de la société. Dans ce climat de terreur de la super milice qui avait l’œil sur tout et qui avait tout le pouvoir, les gens ne pouvaient pas s’épanouir. A Bamako, le bord du fleuve était interdit aux amoureux la nuit, les sanctions infligées aux sujets étaient d’une cruauté sans précédent. Les exactions de la milice, qui s’arrogeait des biens de la population (bétail, volaille, vivres, etc.), étaient insupportables.

Les Echos : Le régime de la Première République a pu façonner un modèle de Malien ou de Soudanais comme ça s’appelait à cette époque ?

T. C. : L’idéal de la Première République était de façonner effectivement un type de Malien en rupture avec l’esprit colonial. Elle voulait un Malien patriote, qui sait se sacrifier pour l’intérêt de la nation, un homme vertueux à tous égards. Mais cet homme n’a pas émergé soit parce que Modibo n’a pas eu le temps de le façonner, soit que le régime n’avait pas les ressources nécessaires pour le faire. Dans tous les cas, la révolution du 22 août 1967 - qui a dénoncé l’enrichissement illicite des cadres politiques de l’époque et qui a annoncé le coup d’Etat militaire de 1968 - a été un désaveu sanglant de cette politique.

Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

 

MOUSSA OUANE, DG DU CNCM

"Modibo a accordé une place primordiale à la culture"

Pour le directeur général du Centre national de la cinématographie du Mali (CNCM), Moussa Ouane, le président Modibo Kéita s’est donné corps et âme pour le rayonnement de la culture malienne. La création de structures et groupes d’artistes est la preuve de l’engagement de l’homme du 22 septembre 1960.

Si le socialisme était la colonne vertébrale du pouvoir du premier président du Mali, la culture a été un des maillons essentiels de sa gouvernance. Le grand homme d’Etat a vite compris qu’un peuple ne peut se bâtir véritablement sans l’appropriation de sa culture.

C’est pourquoi au lendemain de l’indépendance, on a vu une véritable politique culturelle prendre forme et se développer autour de plusieurs secteurs artistiques et culturels. Plusieurs structures éducatives et culturelles sont créées afin de revaloriser la culture traditionnelle et canaliser l’ardeur et le dynamisme des jeunes et pour développer leur esprit patriotique.

A l’international, le Mali était surtout connu par sa diversité culturelle et artistique. Des groupes de musique (Ensemble instrumental, Ecole des artisans, la Semaine artistique, le cinéma avec l’Office cinématographique national du Mali - Ocinam -) furent mis en place.

Des cadres du 7e art ont été formés dans les pays socialistes. Relégué au second plan par le pouvoir actuel, l’industrie cinématographique, du temps de la Première République, fut un secteur très important. L’Ocinam, créé en 1963, était chargé de la distribution et de l’exploitation des films. Il a été de tous les combats de la culture malienne et africaine.

Selon le directeur du Centre national de la cinématographie du Mali (CNCM), Moussa Ouane, Modibo Kéita, a accordé une place primordiale à la culture notamment au cinéma. "Très vite, il a compris que le cinéma est un outil de développement très efficace". C’est pourquoi il a été utilisé comme un des instruments de sensibilisation et d’information du public pour le rayonnement du pays. C’est dans cette optique, qu’il "a fait doter toutes les régions et villes secondaires de salles de cinéma. Le cinéma ambulant a aussi vu le jour dans les lieux où il n’y avait pas de salles de projection. Cela pour impliquer davantage la masse populaire".

Sous la Première République, ajoute le DG Ouane, le cinéma a été un support pour mieux informer la population sur l’actualité nationale. "Avant chaque projection de film, il y avait un documentaire qui précédait. Un documentaire d’éveil de conscience civique, politique, éducatif bref patriotique".

Outre un instrument d’éveil de conscience, le cinéma a dit M. Ouane, a été un outil pour vulgariser les actions du gouvernement sur le plan national qu’international. Le même procédé de film documentaire servait de canaux d’information sur les actualités politiques.

Un rôle pionnier

La formation des cadres a été un tremplin. Des jeunes cadres et étudiants ont été étudiés ou formés en Yougoslavie à l’ex-Union soviétique. Ils ont pour noms : Souleymane Cissé, Djibril Kouyaté, Séga Coulibaly, Léopold Togo… sous la direction d’Amadou Traoré dit Amadou Djicoroni et Seydou Badian Kouyaté. "On peut dire que grâce à Modibo, le Mali a une mémoire visuelle avec sa politique mise en place".

Modibo ne s’est pas contenté que du cinéma pour mettre en exergue la richesse culturelle du Mali. S’inspirant de l’exemple de son frère et ami, le président guinéen, Ahmed Sékou Touré, il a mis sur pied "l’Ensemble instrumental" en 1961. Première formation musicale "l’Ensemble instrumental" était associé à tous les grands événements. Il a eu comme mission de mettre en valeur l’extraordinaire patrimoine culturel du pays.

Dès sa création, ce groupe s’est attelé à mettre en valeur une grande partie de notre riche patrimoine musical, sans distinction d’ethnie ou de région. C’est ainsi qu’elle a acquis sa grande notoriété aussi bien auprès de nos compatriotes que sur le plan extérieur.

Mieux, le père de l’indépendance du Mali, a initié l’organisation des premières compétitions sportives des pionniers des différents quartiers de Bamako et organisé en juillet 1962 les semaines artistiques et sportives de la jeunesse, qui étaient l’occasion de véritables manifestations compétitives et festives à la fois sportives et artistiques.

Il a créé l’école d’enseignement envisagée pour les artisans du Mali, appelé "Ecole des artisans du Mali" en 1960. Pendant ces premières années, cette école a fonctionné plus comme des ateliers de production et de rencontres des artisans que comme une école d’enseignement avant de devenir en 1963 "Institut national des arts".

Cette nouvelle structure fut chargée de donner un enseignement artistique dans les domaines de la musique, des arts plastiques, des métiers d'art (forge, maroquinerie, bijouterie, menuiserie ébénisterie, tissage), des arts du théâtre (comédie et dramaturgie).

"La plupart des manifestations culturelles qui font la fierté du Mali d’aujourd’hui sont à l’actif de Modibo Kéita" , reconnaît un cadre du département de la Culture.

Amadou Sidibé

 

LA CULTURE SOUS LA PREMIERE REPUBLIQUE

Des résultats mitigés

Malgré la création de l’Ensemble instrumental, des Ballets nationaux, des Editions imprimeries du Mali (Edim), de l’Office cinématographique du Mali (Ocinam)… le plus grand reproche qu’on peut faire de l’Union soudanaise RDA, sur le plan littéraire, c’est d’avoir délibérément écarté toutes les productions de Fily Dabo.

Les hommes politiques qui ont conduit le pays à l’indépendance étaient sortis de l’école coloniale. Beaucoup étaient sympathisants de l’idéologie communiste. Mais le congrès de 1960 a opté pour l’option socialiste qu’il fallait appliquer dans tous les domaines. A l’époque, il a été mis en place des constructions de type socialiste, dont la gestion était confiée à des petits cadres bourgeois.

Ce qui fait que les résultats sont restés mitigés. Toutefois, il y a eu quelques réalisations dans le domaine culturel comme les Editions imprimeries du Mali (Edim), l’Office cinématographique national du Mali (Ocinam)… A l’époque, il n’y avait pas de ministère de la Culture. La culture était confiée au ministère de l’Education nationale.

Dans la pratique, les Edim étaient chargés de l’édition des œuvres des écrivains maliens. Puisqu’il y avait très peu d’écrivains à l'époque, les Edim ont surtout édité des livres scolaires et très peu de romans et d’œuvres littéraires.

L’Ocinam, de son côté, était chargé de la diffusion de films produits par des Maliens. Mais là également, comme dans le cas de l’édition, la colonisation avait formé très peu de cinéastes professionnels tant et si bien qu’il y a eu plus de documentaires que de films véritables.

Vers les années 1961-1962, il a été créé l’Ensemble instrumental national dans lequel on retrouvait tous les chanteurs traditionnels de même que les musiciens traditionnels. A la même époque, les ballets nationaux qui comprenaient la plupart des danseurs traditionnels ont vu le jour.

Ces deux groupes ont fait des représentations aussi bien à l’intérieur du Mali qu’à l’extérieur. A leur niveau, ils ont contribué à faire connaître la culture malienne dans des pays où le Mali était inconnu jusqu’à son nom.

Dans le domaine de l’éducation, les programmes d’enseignement jugés non conformes à nos réalités ont été revus par des spécialistes qui ont exposé leur point de vue pendant la réforme de 1962. C’est ce qui a amené des changements profonds notamment dans les disciplines littéraires. On enseignait par exemple Senghor, Abdoulaye Sadji…

De même en histoire et géographie, on a imposé l’enseignement des héros nationaux comme Soundiata Kéita, Tièba et les héros de la décolonisation Modibo Kéita, Jean-Marie Koné, Mamadou Konaté, etc. D’un point de vue général, les opposants du PSP comme Fily Dabo n’ont pas vu officiellement leurs œuvres censurées, mais l’US-RDA n’a rien fait non plus pour que ces œuvres soient diffusées sur le plan national.

En conséquence, de 1960 à 1991, Fily Dabo est tombé dans l’oubli le plus total. C’est le plus grand reproche qu’on peut faire de l’USRDA sur le plan littéraire pour avoir délibérément écarté toutes les productions littéraires de celui-ci.

Mohamed Daou

 

THEATRE SOUS LA PREMIERE REPUBLIQUE

Un support qui a éveillé les consciences

A travers une multitude de pièces qui peignent la société sous toutes ses facettes, le théâtre malien a contribué et contribue à l’éveil de conscience des populations.

Le théâtre (kotèba) a contribué à l’éveil des consciences populaires surtout qu’il se faisait dans la langue locale, le bambara, compris et parlé par la grande majorité des populations. C’est du moins ce qu’estime Adama Traoré, comédien, metteur en scène et professeur d’art dramatique à l’Institut national des arts de Bamako, également président de l’association culturelle "Acte Sept".

En langue bambara, kotèba signifie littéralement (escargot géant). L’escargot symbolise, pour les Bambara, l’organisation de la société. Chaque cercle de la coquille représente une catégorie (au centre, les anciens, puis les hommes, puis les femmes). Ainsi, sur la place du village où se déroule le spectacle, nous retrouvons la disposition suivante : au centre, les chanteuses, puis les musiciens, puis les danseurs (enfants, femmes, hommes) et enfin le public.

La séance de kotèba se déroule sous la bienveillance du parrain et de la marraine du groupe de jeunes introduit par une séance de masques avec le masque oiseau (kotèkono). L’oiseau masque est supposé chasser les mauvais esprits. Le spectacle se poursuit par une forme artistique que Sada Sissoko compare à l’opéra. Chaque instrument à percussion a un rôle précis à jouer, symbolisant une pensée formulée en matière dramatique.

Cette forme de théâtre s’est développée parallèlement au répertoire théâtral français imposé au programme de l’école coloniale. Pour le comédien, on a donc assisté bien avant l’indépendance dans les années 1930, à la création d’un théâtre soudanais, une réplique au théâtre à la française avec pour répertoire des scènes de la vie quotidienne, des fresques historiques, le but étant de mettre en exergue la valeur du système des relations sociales.

L’épanouissement des Maliens sur le plan culturel était un des soucis permanents des autorités sous la Ire République qui ont décidé de la création d’infrastructures nationales. Ainsi une troupe de théâtre nationale est créée en 1960. Mieux, l’Etat procède à l’instauration des Semaines de la jeunesse malienne.

Ces dernières activités culturelles sont destinées notamment à constituer un répertoire théâtral, région par région. L’ouverture de l’Institut national des arts et de sa section art dramatique en 1964 marque une étape importante dans le développement du théâtre. De cet institut sortiront de grands comédiens de renommée nationale et internationale.

Depuis le début des années 1980, un nouveau type d’expression théâtrale est apparu au Mali : le théâtre utile, explique le professeur Gaousssou Diawara. Ce théâtre, à ses dires, revêt l’aspect traditionnel du kotèba, expression artistique populaire qui constitue l’un des piliers de la culture bambara, mais s’inscrit dans le paradigme moderne du développement, en tant qu’outil de sensibilisation à la base.

Denis Koné

 

PREMIERE REPUBLIQUE

Des organisations culturelles

Sous le régime de Modibo Kéita, toutes les organisations culturelles visaient un objectif déterminé sur le plan politique.

La culture avait une importance particulière pour les dirigeants de la Ire République. De ce fait, plusieurs organisations intervenaient dans le domaine de la culture. Au niveau de chaque section de la jeunesse, une troupe théâtrale et folklorique, ainsi qu’un orchestre avaient été créés pour valoriser le fonds culturel très riche et très varié du pays. Une autre organisation emblématique a été le Mouvement national des pionniers qui devait développer l’esprit patriotique chez les jeunes.

Sous Modibo Kéita, le Mali a adhéré au mouvement "Jeunes-science" qui avait vu le jour en France et fut encouragé par l’Unesco. Ce mouvement avait pour objectif de permettre aux jeunes d’apprendre la science au sein des clubs considérés comme des lieux de recréation intellectuelle. C’est ainsi qu’au Mali, des branches du mouvement comme les comités de jeunes pour collecter les traditions du pays comme le service civique dont des camps avaient été créés dans les zones rurales pour l’éducation civique des ruraux.

A travers ces organisations, explique Amadou Kéita, politologue, professeur à la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP), on voit que la culture devait jouer un rôle éminemment politique dans la stratégie d’encadrement de la population par les autorités de la Ire République dans l’édification d’une société socialiste.

"Les activités culturelles menées par la jeunesse devaient refléter la conscience nationaliste et socialiste.Aussi, des aspects de la culture nationale vont être jugés anachroniques. Ce qui paraissait une contradiction dans la politique culturelle de l’US-RDA va être expliqué philosophiquement".

Pour le politologue, il s’agissait de préparer les jeunes à assumer leurs obligations en étant forgés dans un esprit patriotique et responsable. Et notre interlocuteur d’ajouter que les citoyens devaient comprendre que la culture ne recelait pas que des aspects positifs, mais également des aspects négatifs dont il fallait se débarrasser pour relever les défis qui se posaient à la société malienne.

Parmi les organisations qui s’intéressaient à la culture sous Modibo Kéita, on peut citer les structures d’encadrement des paysans et les groupements ruraux de production et de secours mutuels (GRPSM).

Selon M. Kéita, ces deux organisations avaient pour but d’organiser les paysans pour accroître la production agricole. "Elles avaient surtout pour caractéristique de favoriser la diffusion de la propagande de l’US-RDA dans les milieux ruraux et d’assurer de ce fait la mainmise du parti sur les paysans. Les contributions volontaires et les investissements étaient autant d’éléments d’une nouvelle psychologie sociale fondée sur l’idéologie socialiste".

Sidiki Doumbia

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"TAMANI DU MEILLEUR ARTISTE DU MALI"

Nahawa Doumbia émerge par son authenticité

Certains confrères prévoient une lutte serrée entre Nahawa Doumbia, Oumou Sangaré et Soumaïla Kanouté dit Soumissy pour l’attribution du "Tamani d’or" de "Meilleur artiste 2009" ! A notre avis, ce duel n’a pas sa raison d’être, car l’enfant de Bougouni a tous les atouts pour émerger du lot.

Nous avouons qu’Oumou Sangaré et Soumaïla Kanouté dit Soumissy ont livré aux mélomanes des œuvres presque sans reproches. D’ailleurs, nous sommes de ceux qui ont défendu "Kounadia" ou "Seya" de la diva du Wassoulou quand elle faisait face à la critique. Cet album a mis du temps à convaincre les mélomanes quant à sa qualité par rapport aux précédentes œuvres de Dily Oumou.

Mais, avec le temps, ils sont nombreux ceux qui sont revenus sur les premières impressions. Parce que sur "Kounadia", nous avons retrouvé la Oumou Sangaré des débuts, de l’époque de "Moussow". Une Oumou plus gaie, plus épanouie et surtout plus indépendante dans sa création. Une diva toujours engagée contre les mariages arrangés ou forcés, la polygamie... Qui plus est, nous charme avec une voix épatante sur le doson ngoni.

Mais, à notre avis, à part "Sabaly" de Cheick Tidiane Seck, "Kabako" de Nahawa Doumbia est l’œuvre musicale malienne la plus accomplie de ces cinq dernières années. Cet album à tout pour plaire dès la première écoute, car rien n’est superflu dans la composition, la programmation et surtout dans l’arrangement. Et cela avec des titres qui restituent à la musique malienne ces valeurs essentielles : l’éducation, l’éveil des conscience civique et morale. Sans compter l’originalité des chorégraphies et des choix vestimentaires des clips.

"Malaïla" (notre coup de cœur comme Lelalé) est le chef d’œuvre de la musique malienne 2010. Pas seulement à cause du duo mère/fille, mais aussi de leur complicité à nous rappeler le péril qui pèse sur notre société à cause de l’argent et de la mauvaise répartition des héritages. Un prêche véhiculé par de deux sublimes voix qui émeuvent le cœur et ébranlent l’âme du mortel que nous sommes. La preuve, c’est le titre qui a été le plus repris dans les concours interscolaires pendant l’année scolaire 2008-2009.

Dans "Kabako" (L’extraordinaire), Nahawa surprend les mélomanes par non seulement un didadi d’une sonorité authentique et inédite, mais nous promène agréablement dans le "Sogoninku", le "cicaara", le "groove Manding" ou du Ganadougou… La star nous ébloui avec les rythmes de presque tous les grands terroirs de musique traditionnelle malienne. Et cela avec des arrangements qui n’ont laissé aucune place à l’improvisation ou au tâtonnement. Par rapport à Oumou Sangaré, qui est adossée à une grande maison de production (World Circuit), l’œuvre de Nahawa est presque une auto-production essentiellement réalisée sur place.

N’empêche que l’opus tient la dragée haute aux superproductions réalisées à coup de millions de F CFA, un succès assumé en toute humilité loin des caprices insensés de certaines divas toujours en quête de bains de foule. Sans compter que le plus grand mérite de ce pur produit des biennales artistiques est de rebondir avec un chef-d’œuvre au moment où beaucoup pensaient que sa carrière était sur le déclin !

Les artistes dans le cœur et dans l’âme ne meurent jamais ! Et Nahawa Doumbia est de ceux-ci. Sans se substituer au jury des "Tamani", nous pensons que Nahama mérite plus que tous le trophée de "Meilleure artiste 2009" au Mali.

Alphaly

 

 

 

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