Les
Echos du 20 novembre
DROGUES, RECELS, CORRUPTION…
Mali : une économie criminalisée
En vingt ans, le Mali a réussi à se propulser parmi les grands pays trafiquants de drogue. L’essor des barons maliens de la drogue reflète le délitement du système politique tout entier. Trafics et recels de voitures de luxe, escroquerie dans le secteur de l’or, gredinerie avec les exonérations, blanchiment d’argent … Bref, la course effrénée vers l’enrichissement rapide criminalise l’économie malienne.
Un inconnu qui prétendait détenir l’information d’un autre informateur qui craignait certainement pour sa sécurité, nous avait filé le tuyau 72 h avant les faits concernant l'avion de narcotrafiquants calciné Gao, sans être précis sur le lieu et la date. Mais comme l’info était de deuxième main, nous n’avons pas accordé un grand crédit au scoop.
En effet, selon notre source, un événement très important allait se passer dans le milieu de la drogue. Pas seulement. Deux acheteurs étrangers d’or à bord de leur jet privé étaient en route pour Bamako et ils seront victimes d’escroquerie.
Il y a le diable dans l’information… Des personnalités insoupçonnées aux épaules bien ornées seraient au courant du business… Allez savoir vous aussi. ! Depuis dix jours, nous remuions ciel et terre à la recherche de notre informateur sans succès. De l’or malien, puisque nous y sommes, parlons en !
Cela fait presque quinze ans, régulièrement des aigrefins bien organisés dépouillent de leur argent des étrangers venus se procurer du métal jaune au Mali. Après une brève interpellation, les délinquants sont remis en liberté et l’affaire classée.
Parce qu’ils ne sont jamais condamnés, les mêmes personnes récidivent sans crainte de peines plus lourdes. La dernière affaire dans ce chapitre est celle d'une bande désormais connue. Comme de coutume, les principaux acteurs ont été tous libérés, certains n’ont même pas été interpellés, curieusement une victime étrangère, officier de l’armée de son pays, arrêtée au Bénin et extradée au Mali, croupie en prison.
Le phénomène des narcotrafiquants au Mali est révélateur de la criminalisation d’une économie qui, partant à la dérive depuis l’élargissement du fossé des inégalités, ne cesse de fabriquer des monstres capables de tout tenter pourvu que les gains escomptés soient au rendez-vous.
L’imbrication d’intérêts communs
La corruption aidant, le risque d’une lourde peine s’éloigne. Surtout qu’il est plus facile de réprimer le pauvre consommateur que le trafiquant, les autorités ayant tendance à traîner les pas sur le terrain fleurissant des narcodollars. Le silence des plus hautes autorités depuis le début de l’affaire il y a quinze jours, traduit déjà l’issue des enquêtes en cours.
L’une des tares de la démocratie malienne, c’est le fait de n’avoir pas su instaurer un Etat de droit. Conséquence : c'est le laisser-aller, terreau fertile de la gabegie, du crime organisé, du trafic en tout genre, du détournement du denier public, mais surtout de la grande et de la petite corruption.
Discrète plaque tournante de la drogue en Afrique noire, le Mali véhicule une image déplorable depuis le 5 novembre 2009 date du crash d’un avion du narco-trafic qui n’améliore pas la sinistre réputation de certains quartiers de la capitale connus pour leur intense activité de vente des stupéfiants.
Bien qu’il ne soit pas producteur de drogue, le pays se distingue par un trafic mesuré, orienté vers la réexportation plutôt que vers le marché local. Ce phénomène s’explique d’abord par la grande mobilité des Maliens mais également un nombre très élevé d’étrangers qui sont parvenus à s’acheter des papiers maliens.
Mais l’importance du commerce de la drogue dure découle aussi largement du laxisme politique, qui étend ses ramifications jusque dans les cellules de lutte de ces produits prohibés. De Bagadadji à Boulkassoumbougou, de Bamako à Gao, les domiciles des trafiquants et autres transitaires sont connus. Si la drogue ne signale pas tant, l’apparition d’une classe de nouveaux riches, les "drog pushers", comme on les appelle au Nigeria, sont révélateurs de l’imbrication d’intérêts communs aux services de contrôle et aux milieux d’affaires.
La crise du Nord, qui amplifie un peu le phénomène, cache mal l’existence d’une pègre bien organisée depuis des années.
A. K. Dramé
(journaliste indépendant)
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LE DEPUTE KONIBA SIDIBE AU MINISTRE DU BUDGET
"Ramenez-nous les 180 milliards de la Sotelma"
Jeudi, le gouvernement était interpellé à l’Assemblée nationale sur la situation financière à travers le ministre délégué au près du ministre de l’Economie et des Finances chargé du Budget, Lassine Bouaré.
Les ressources issues de la privatisation, la comptabilité publique, "l’Initiative riz", la dette intérieure de l’Etat (53 milliards), le dernier rapport du BVG, qui incriminerait des ministres, le budget 2010 étaient au centre des échanges entre l’honorable Koniba Sidibé du groupe parlementaire Parena/Sadi et le ministre Bouaré.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Koniba Sidibé et même certains de ses pairs de la majorité n'ont pas la même appréciation de la situation financière du pays notamment sur la gestion faite des ressources publiques particulièrement des ressources issues de la privatisation. A cet égard, l’honorable Sidibé demandera à ce que les autorités restituent les 180 milliards de F CFA issus de la privatisation de la Société des télécommunications du Mali (Sotelma).
Pour le député, l’utilisation de ce fonds doit faire l’objet d’un débat entre le gouvernement et l’Assemblée nationale. Il a notamment critiqué la façon dont les 50 milliards de la Banque internationale pour le Mali (BIM-SA) ont été utilisés. Le député a également fustigé l’attitude du gouvernement qui consiste à dépenser d'abord et à faire valider ensuite ces dépenses par l’hémicycle.
Denis Koné
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FETE DE TABASKI
La têtes aux dépenses
La fête de Tabaski s’approche avec ses multiples dépenses. Les chefs de famille en plus de se grouiller pour trouver un mouton de Tabaski devront aussi payer des habits pour les enfants et les femmes. Occasion pour les couturiers, les teinturières et les vendeurs de bazin de s'en mettre plein les poches.
Deux mois après la fête de Ramadan, revoilà la fête de l’Aïd El Kébir ou Tabaski à l'horizon. Dans la ville, tout le monde surtout les enfants et les femmes ne pensent plus qu’à ça. Quel habit vais-je porter ? Quelle coiffure vais-je me faire pour être la plus belle et la plus rayonnante de toutes ?
Au Grand marché de Bamako qui est présentement inondé par toutes sortes de produits, l’ambiance est festive. C’est plus que jamais l’opportunité pour les commerçants d’augmenter leurs chiffres d’affaires.
Au Mali plus précisément dans la capitale, la fête de Tabaski rime avec les habits haut de gamme comme le bazin. En ce moment, les boutiques de vente de bazin ne désemplissent plus. Chez Gagny Lah, promoteur d’une marque éponyme, c’est une longue file de clients. Chacun est servi selon l’ordre d’arrivée. On y trouve des bazins de diverses qualités vendus à des prix distincts. Le mètre du bazin blanc et du blanc sale varie entre 5000 et 5500 F CFA, selon la brillance. Du bazin teint industriellement se vendent à 7000 F CFA le mètre.
Dans la boutique où se vend la marque "Vainqueur", marque qui rivalise cette année avec "Gagny Lah", ainsi que chez Yara, un autre grossiste de basin, la même affluence se fait sentir. Du matin au soir, c'est le va-et-vient incessant des grandes dames de la capitale. Comme chez "Gagny Lah", chacun y trouve son goût, femmes mariées et jeunes filles.
Malgré la galère
Les chiffres d’affaires des teinturières augmentent également à l’approche de la Tabaski. Selon Kadiatou, teinturière à Médina Coura, les clients viennent de partout. A l’en croire, tous les motifs de teinture sont à la mode. Il y en a qui préfèrent des couleurs uniques, simples à faire et des couleurs qui demandent le mélange de plusieurs produits.
Les prix sont fixés en raison de la longueur du tissu et de sa couleur. "Généralement un mètre de bazin est teint en couleur simple à 1000 F CFA. Les prix des couleurs du fishia, 4 mètres varient entre 5000 et 7500 F CFA. Il y a des fishas aubergine, rose clair, rouge, etc. Les bazins en motif varient entre 10 000 et 12 500 F CFA, voire plus".
Selon Fatoumata, teinturière à Hamdallaye, spécialiste en motif, c’est le modèle que la chanteuse Mah Kouyaté n°1 a porté lors d'une émission de "Top étoiles", qui demeure en vogue pour cette fête de Tabaski, même s'il est cher. Des clientes demandent également le motif avec l’enveloppe en dessus.
En plus de teinturières, les couturiers aussi gagnent beaucoup. Certains travaillent avec les teinturières dont ils confectionnent les tissus qu'ils revendent. Dans la boutique "Réflexe Couture", chez le styliste Idrissa Camara dit Idine-K, qui coud et vend les habits, les modèles rivalisent.
A l’en croire, en général, ils gagnent plus aux fêtes de Tabaski que lors des fêtes de Ramadan où les clients ne font pas de modèles compliqués à cause des multiples dépenses du mois de jeûne. Il affirme recevoir au maximum dans la journée environ dix clients qui demandent toutes sortes de modèles.
Toutefois, selon Bill Camara, couturier à Hamdallaye, l’affluence lors de cette fête est timide par rapport aux précédentes fêtes. "Il y a la galère, les clientes viennent plus avec le Wax qu’avec le bazin".
Ramata S. Kéita
Aminata Traoré
(stagiaires)
MICRO TROTTOIR
Des Bamakois se prononcent sur Tabaski
Assétou Kéita (élève) :
"Le jour de la fête, je veux être la plus belle de toutes, je ne veux en aucun cas paraître inaperçue. Pour cela, je me suis acheté un bazin dernier cri que j’ai amené chez mon couturierqui va enfaire un joli modèle et il faut les accessoires qui vont avec le modèle pour être en harmonie. C’est vrai qu’il y a la cherté en ce moment, mais qui dit fête de Tabaski dit inévitablement dépenses. On n’y peut rien".
Adama Traoré (électricien) :
"C’est vrai que l’année dernière, il y avait la galère mais cette année c’est encore pire. Ce qui me préoccupe le plus c’est de pouvoir trouver un mouton à égorger le jour de la fête. Le reste passe au second plan. Pour ce qui est des habits de fête pour les enfants, c’est ma femme qui s’occupe de ça, elle est teinturière".
Assanatou Sissoko (ménagère) :
"Pour cette fête, je ne vais pas causer beaucoup de problèmes à mon mari. Il a déjà assez à faire pour acheter le bélier pour sa famille et la nôtre, or le bélier demeure en ce moment hors de prix. Il lui faut acheter aussi des habits pour les enfants sans compter les autres dépenses. Je ne vais porter que l’habit qu’il m’a offert à la fête de Ramadan. Avec un peu d’amidon, et un tour chez le batteur, ça passera".
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