Les
Echos du 10 novembre
EDITORIAL
Paradoxes
Il est du devoir d’un président de la République de s’indigner lorsque, pour une prime de 10 000 F CFA que l’Etat ne peut pas assurer pour tous, des enseignants abandonnent les salles de classes. La vocation enseignante impose des sacrifices inimaginables. Il est légitime que le président Touré tape du poing sur la table, car 20 ans de crise scolaire, ça suffit !
Nous croyons sincèrement que le chef de l’Etat n’est ni corruptible ni corrupteur. De plus, son engagement pour le Mali ne fait pas l’ombre d’un doute, en témoignent les actes qu’il a posés de la Transition à nos jours et qui tournent autour de la satisfaction des besoins sociaux de ses concitoyens (logements sociaux, lutte contre les endémies et les épidémies, construction de centres de santé, aide au développement agricole, routes, accès à l’eau potable…)
Mais il y a un hic. Il y a comme un malentendu que le président de tous les Maliens semble minimiser. Certes, l’Etat ne peut pas payer 10 000 F CFA de prime mensuelle à chacun des enseignants, et pourtant il mène un train de vie qui laisse penser qu’il y a maldonne et que le manque de liquidité argué par les pouvoirs publics n’est qu’un prétexte pour remettre aux calendes grecques une revendication somme toute légitime.
Pendant que les éducateurs n’ont en tout et pour tout que deux bâtons de craie, qui n’ont aucune valeur substantielle sur le marché noir à supposer qu’ils soient tentés de vendre leurs instruments de travail pour joindre les deux bouts, d’autres cadres, qui roulent carrosses, qui sont logés aux frais du contribuable, manipulent l’argent public à leur guise, octroient des marchés de l’Etat à qui ils veulent, pourvu qu’ils en tirent des subsides. Le fossé est abyssal entre agents de même niveau de la fonction publique.
Et chaque fois qu’un scandale est révélé, les présumés coupables sont sans autre forme de procès promus à des postes supérieurs, voire conseillers en haut lieu. C’est cette pratique en cours dans la République qui révolte silencieusement l’opinion et conduit souvent à la radicalisation des positions.
N’est-ce pas les enseignants - qui n’ont que leurs salaires comme revenus - qui souffrent le plus des actes de "banditisme" orchestrés par des agents de l’Administration de commun accord avec des opérateurs économiques chaque fois que le président accorde des exonérations pour tirer vers le bas le prix des produits de première nécessité ?
Quel autre corps de métiers plus que celui-ci se démène comme un beau diable pour assurer ses obligations sociales ? Pourquoi les rapports des services de contrôle et du Vérificateur général qui portent sur des milliards carottés à cause du détournement, de la corruption, de la gabegie… ne produisent que l’effet d’un coup d’épée dans l’eau ? Autant de questions qui hantent l’esprit de tous ceux qui revendiquent et qui pensent à juste raison que le Mali n’est pas ce pays si pauvre et qu’il faille tirer sur la corde.
L’enseignement est un sacerdoce, rétorqueront certains. Mais n’a-t-on pas décidé de le dévaloriser en quelque sorte en acceptant le tout-venant ? Des sortants des instituts de formation des maîtres sont délaissés pour d’autres profils de formation, pour contenter un frère, un neveu, un cousin ou un ami qui n’arrive à trouver sa voie réelle.
Si l’appel du président de la République est patriotique et nécessaire, il faut néanmoins convenir de la nécessité d’instaurer plus de justice sociale et d’équité dans ce pays. Il faut que le président Touré annonce enfin la fin des paradoxes en nettoyant toutes les écuries maliennes. Il faut qu’il accepte de consacrer les quelque deux années qui lui restent à la présidence à la rédemption de l’école malienne et donc au sauvetage de la nation.
A ce moment-là, ATT aura réussi son pari, c’est-à-dire réconcilier le Mali avec lui-même.
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ECHIQUIER POLITIQUE MALIEN
L’opposition malienne à bout de souffle ?
La démocratie malienne a besoin d’une opposition politique organisatrice, créatrice d’initiatives et d’idées, assez mature pour accompagner le gouvernement quand cela s’avère nécessaire pour l’intérêt public, mais assez responsable pour défendre les valeurs qui sont les siennes. Or, actuellement, les partis d’opposition ne répondent pas à ce besoin. Ils ne représentent pas une opposition crédible et forte, capable de prétendre à l’alternance et gagner des élections.
La démocratie malienne reste fragile. Le climat politique actuel accélère les divisions et accentue la faiblesse de nos institutions qui prendront certainement des années à y remédier. Le gouvernement renforce ce risque en divisant les partis politiques pour mieux régner, et les partis politiques partagent le blâme en ayant à leurs directions des individus qui n’ont ni idées ni projets et qui marchandent valeurs et convictions contre n’importe quel poste ou autorité qui leur permet, eux aussi, de partager le gâteau malien.
L’opposition malienne a plus que jamais besoin d’être sur l’offensive. Les arguments ne manquent pas pour épingler le gouvernement et l’efforcer aux débats d’idées et à la concertation quant à la recherche de solutions à nos problèmes.
Avec des services publics quasi-inexistants, des marges de manœuvres de nos finances réduites à zéro, la création d’institutions budgétivores qui ne sont ni nécessaires ni souhaitables, le gaspillage de l’argent du contribuable dans les dépenses non prioritaires qui n’ont aucun rendement (les centaines de Land Cruiser GX Prado par exemple), une justice aux enchères qui se vend sur le lieu public, au su et au vu de tout le monde, une politique publique qui se décharge de ses responsabilités (éducation par exemple), il y a lieu de contraindre le gouvernement à changer de politique et de méthode.
La politique gouvernementale a besoin de réformes, et qui peut mieux axer le débat sur les alternatives et orienter les choix publics qu’une opposition qui provoque, initie et propose ? Mais sur l’essentiel que fait-elle ? Rien.
Paradoxalement, les partis politiques ont en leur sein des ressources considérables, en premier lieu les ressources humaines. Mais elles ont toutes un prix : un poste juteux et ils changent de veste aussitôt. A cause de ce comportement irresponsable, la confiance placée aux partis politiques est aux plus bas depuis l’avènement de la démocratie. Leur capacité à bâtir un projet de société est mise en doute et la qualité morale de leurs leaders demeure le principal obstacle au développement de notre démocratie.
L’opposition malienne a besoin de changement, de renouvellement, de rajeunissement et surtout de travail. Elle a besoin de confier de vraies responsabilités à la nouvelle génération, fonctionnant comme un vrai contre-pouvoir au gouvernement. Elle a aussi besoin des responsables compétents et désintéressés. A la base, elle a besoin de militants qui débattent, amendent et votent dans la transparence.
Cette responsabilité d’agir et de sauvegarder une opposition forte s’impose à nous tous, y compris le gouvernement. Pour jouer pleinement son rôle, le gouvernement doit être attaché à la diversité, au débat, et surtout à l’autocritique. Après tout, que vaut une démocratie sans une opposition forte et crédible ?
Soya Djigué
(économiste à Bamako)
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BRUITS SOURDS
Koulouba : la caméra surprend Séméga et Mariam Flantié
Vendredi dernier à Koulouba,personne n’a rien compris dans les gestes du ministre de l’Equipement et des Transports, Hamed Diane Séméga et son collègue de la Communication, Mme Diarra Mariam Flantié Diallo. Les deux ont été surpris par la caméra la mine grise suite aux interventions du ministre délégué au Budget Lassine Bouaré. C’était à l’occasion de la séance d'explication sur la clé de répartition des 180 milliards de F CFA issus de la privatisation à 51 % de la Sotelma. Ceux qui n’étaient pas dans la salle mais qui ont eu la chance de suivre la cérémonie à la télévision ont noté la mine défaite des deux membres du gouvernement. Ce comportement à l’endroit de leur collègue du Budget fait dire à l’opinion publique que soit ils n’étaient pas d’accord avec M. Bouaré soit ils ne comprenaient rien dans ce qu’il disait. Après quoi on a vu le président de la République donner des explications plus potables sur la gestion des ressources générées.
PDES : le ministre du Commerce futur champion
Il s’occupe du Commerce et a développé la seconde phase du Projet d’appui aux commerçants détaillants. Ce qui lui a donné des ailes. Le ministre de l’Industrie, des Investissements et du Commerce, Ahmadou Abdoulaye Diallo puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne connaît plus de limites à ses domaines de compétence. Veut-il autre chose que le département du Commerce ? Où s’est-il dopé pour battre le champion national du Programme de développement économique et social (PDES), son collègue de l’Equipement et des Transports ? En tout cas, de nos jours, le ministre Diallo s’accapare de tout, même ce qui ne lui appartient pas pour se donner une image.
Expulsions à Tabacoro : l'A. N. prend en main le dossier
Puisqu’ils n’ont pas bénéficié d’oreille attentive auprès du ministre du Logement, des Affaires foncières et de l’Urbanisme, Mme Salamata Gakou, les propriétaires de parcelles et concessions rurales de Tabacoro qui ont fait l’objet d’expropriation pour cause d’utilité publique ont saisi des leaders d’opinion en l’occurrence le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré qui n’a pas mis du temps pour saisir la Commission des affaires sociales et travaux publics à l’Assemblée nationale pour tirer au clair l'affaire. En attendant, l’avis de cette commission, les travaux continuent sur le site de Tabacoro (route de Ségou). Sur les 420 hectares, plus de 300 ont fait l’objet de morcellement dans le cadre de l’extension des logements sociaux sur le site.
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