La mauvaise gestion apparente à Transrail s’est confirmée lors du dernier conseil d’administration, tenu le 4 mars 2009. La direction générale avait proposé le dépôt de bilan. Les administrateurs ont opté pour le licenciement pour diminuer les charges. Il est prévu la compression de 376 agents.
Pour démontrer leur désaccord avec cette décision du CA, six syndicats de Transrail, dont 3 au Sénégal, représentés chacun par 3 délégués, soit un total de 18 représentants du personnel de Dakar à Bamako, se sont rencontrés à Kayes le 26 mars.
Au regard des fautes de gestion du directeur général de Transrail, Eric Peiffer, et de la volonté affichée par la direction générale de licencier 376 agents pour motif économique, les syndicats ont décidé de rompre leurs relations avec lui.
Toutefois, ils entendent assurer la continuité des activités de Transrail avec les cadres nationaux sénégalais et maliens, désireux d’accompagner le personnel pour relever le défi. Ils se disent ouverts au dialogue et à la concertation avec les autorités concédantes et le conseil d’administration de Transrail.
Pour les syndicats maliens, le chemin de fer du Mali ne se porte pas mieux qu’avant sa concession. Ils sont déterminés à poursuivre la lutte jusqu’à leur satisfaction. Une assemblée générale est prévue ce matin pour définir la stratégie à suivre.
A la concession du chemin de fer en 2003, les clauses du contrat prévoyaient une suspension des recrutements pendant cinq ans pour permettre à la société de mieux se structurer. Mais, contre toute attente, le repreneur, en fin 2004 déjà, avait commencé à recruter.
Ce recrutement « illégal », selon certaines sources, n’a pas été fait dans les règles de l’art. Aujourd’hui, les différents directeurs sont accusés par les travailleurs de recruter à tour de bras leurs connaissances parmi lesquelles des étrangers. Ce favoritisme prévaut du côté sénégalais comme du côté malien. Pis, les « nouvelles recrues » toucheraient trois fois plus de salaires que ceux qui sont les « noyaux du chemin de fer ».
L’anarchie dans la gestion de Transrail n’est plus qu’un secret de polichinelle. Les chefs de service et directeurs se sont octroyés une indemnité de sujétion de 300 000 F CFA par mois. Aussi les finances de l’entreprise sont proprement dilapidées. L’exemple de cette mauvaise gestion en est que le DG, le DGA, le DAF et le secrétaire général ont chacun, indépendamment des autres, le plein pouvoir de soutirer de l’argent des comptes de l’entreprise.
Ce qui constitue un drame pour le peuple malien, car dans la concession, il est dit que c’est l’Etat malien qui achète tous les matériels, le repreneur les utilisant au mieux des intérêts de l’entreprise. Après quelques années, le constat est que l’Etat ne profite en rien de Transrail. A cela, il faut ajouter le fait que l’entreprise ne parvient pas à desservir toutes les gares qui faisaient la fierté des Maliens.
LES ANCIENS VOLONTAIRES DE L’APEJ EN GREVE DE LA FAIM
Après l’appât, le déni
Le volontariat avait été lancé à grand renfort médiatique comme une tremplin-miracle pour les jeunes diplômés, toutes catégories confondues, à trouver du travail tout en témoignant à « l’Etat providence », leur patriotisme.
Tous les observateurs prévoyaient l’explosion de ce cocktail de désespérance un jour ou l’autre, tant le projet n’était pas solide dans sa conception. Tout comme d’ailleurs tous les autres programmes de l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (Apej). Des cabines téléphoniques, qui ne procuraient à leurs exploitants des revenus réguliers et substantiels, aux contrats de qualification, qui ne garantissaient pas plus de six mois de travail aux jeunes contractuels dans des services privés, tout comme le volontariat dont la durée ne dépasse un semestre dans l’administration… l’échec de chacun de ces programmes était prévisible.
Et toutes les structures en charge de l’emploi sont restées sourdes face aux voix qui se sont élevées pour dénoncer le caractère précaire des emplois ainsi créés, mais également leur inefficacité à lutter contre la pauvreté. Ces programmes ne reposent sur rien de réaliste, si ce n’est la volonté d’un homme qui tenait vaille que vaille, à avoir un semblant de résultat dans la création d’emplois en distribuant l’argent public pour simplement se faire un nom auprès des jeunes dans le très fertile champ du clientélisme misérabiliste.
Dans le programme de qualification, plus de 700 millions de F CFA ont disparu entre des entreprises qui n’ont jamais existé, alors que les cabines fermaient les unes après les autres, en ligotant les promoteurs dans le carcan de la dette.
Dans le cadre du volontariat, par exemple, seuls les enfants des pontes du régime sont restés à Bamako et dans les services les plus en vue. Les enfants des pauvres (citoyens lambdas) sont jetés loin des leurs, souvent avec seulement 40 000 F CFA de salaire à la fin du mois pour les secrétaires.
Au même moment, le groupe des jeunes est noyauté par Koulouba pour étouffer d’éventuelles contestations. Un certain Mamadou Dionsan, proche de la fille bien aimée et non moins « président » des jeunes volontaires joue bien le rôle de chef diviseur, arpentant les services et ministères, il passe son temps en mission tous frais payés par l’Apej.
Il est établi aujourd’hui que le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle avec ses services rattachés ne sont pas à la hauteur. Ils n’ont pas jusqu’ici été capables de créer des emplois durables et rémunérés ; cependant des créneaux ne manquent pas dans les secteurs de l’informatique, des télécommunications, des multimédias et bien d’autres domaines de prestation des services.
Un groupe d’incompétents
Le constat est établi également que le manque de ressources humaines compétentes touche aussi les partenaires du département de l’Emploi. Par exemple la BMS (Banque malienne de solidarité) qui doit accompagner l’Apej dans l’évaluation et le financement des projets. Cette banque regorge d’anciens travailleurs de « Césiriso » devenu depuis, Crédit initiative (7 au total).
Tous partis de « Césiriso » au moment du dégagement du Fed (Fonds européen de développement) avec des grosses enveloppes d’argent dans le dessein de créer leur entreprise, et comme par coïncidence, tous ont lamentablement échoué. Après leur échec dans le privé, ils sont redevenus des salariés dans une banque où ils sont chargés de l’étude technique de projets. Leur parcours nous enseigne leur limite dans l’entreprenariat, alors comment de tels individus peuvent-ils donner leur avis pour le financement d’un dossier ? Par leur incompétence, beaucoup de projets n’ont pas été financés, et ceux qui l’ont été ne sont pas économiquement rentables.
Rappelons qu’en 2007 un projet dans le secteur de l’audiovisuel et le multimédia (les seuls secteurs très rentables au monde avec un taux de croissance à deux chiffres 27 à 37 %) qui avait l’assentiment des jeunes volontaires a été saboté parce que simplement le promoteur n’avait pas les bénédictions de Koulouba. Ce projet, très original, voulait créer 300 emplois en seulement quelques mois tout en faisant des jeunes actionnaires en même temps employés dans leur propre société. Koulouba avait choisi de reconduire les contrats des jeunes sur 6 mois, plutôt que de financer la part de certains dans cette nouvelle société.
Traumatisés par leur échec, ils ont tendance à charcuter tous les budgets, ne proposant que de petites sommes qui ne suffisent manifestement pas au financement efficace des projets soumis à leur appréciation.
Lorsqu’on n’a pas confiance en soi-même, on ne peut avoir confiance aux autres. La solution de l’emploi dans tous les pays se trouve dans la création de grands projets capables de générer de dizaines, voire des centaines d’emplois durables et conséquemment rémunérés, mais jamais dans les cabines téléphoniques ou indemnités de stages de six mois.
Le ministre Ndiaye, qui avait suscité l’espoir, n’est en réalité qu’un tocard qui brille par son manque d’initiative, mais pas seulement. C’est un flambeur qui administre par communications mensongères, incapable de concevoir une bonne politique intégrée de création d’emplois pérennes, il est toujours prompt à bondir sur la moindre idée d’autrui et en usurper les substances.
Abdoul Karim Dramé
(journaliste indépendant)
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COUR D’ASSISES
Un garde national condamné à 20 ans de réclusion
Pour avoir expérimenté une pratique qu’on croyait à jamais révolue dans la collecte des impôts, un maire et des gardes viennent d’être punis par la Cour d’assises de Bamako.
Il a fallu plus de 11 h à la Cour d’assises pour rendre, vendredi dernier, le verdict du procès qui opposait les populations de Tousséguéla à leur maire et à deux gardes, accusés de détention illégale et complicité d’enlèvement. La Cour a acquitté le garde Boubacar Coulibaly et condamné le maire Konimba Konery à deux ans de prison avec sursis. Quant au garde Salif Diallo, absent, il a écopé de la lourde peine de 20 ans de réclusion.
Le 17 juillet 2006, suite au retard constaté dans le recouvrement des impôts, Konimba Konery, maire de la Commune rurale de Tousséguéla cercle de Kolondiéba, écrit au préfet de Kolondiéba pour solliciter la mise à sa disposition de deux agents de sécurité pour une période de 3 jours allant du 24 au 26 juillet 2006.
Le préfet fait mettre le 18 juillet 2006, à la disposition du maire deux éléments de la garde nationale du peloton de Kolondiéba : Boubacar Coulibaly et Salif Diallo. A leur arrivée, les agents sont mis à la disposition du régisseur de la mairie et conduits chez le chef de village de Tousséguéla avec instruction d’interpeller et de conduire devant le maire tous ceux qui ne se sont pas entièrement acquittés de leurs impôts et taxes.
A la suite de ces instructions, une véritable chasse à l’homme commence. Les gardes guidés par le représentant du chef de village fouillent toutes les familles du village à la recherche d’éventuels « mauvais payeurs d’impôts ». Des chefs de famille retrouvés sont embarqués sans ménagement dans le véhicule, conduits à la mairie et enfermés dans un bureau sur ordre du maire.
Les chefs de familles absents de chez eux sont remplacés par un membre de la famille trouvé sur place. C’est ainsi qu’un mineur de 9 ans, Issa Konaté, malade, est embarqué en lieu et place de son père et enfermé dans la même chambre que les autres. Mme Fatoumata Koné est arrêtée pendant qu’elle pile son mil. Elle est embarquée à la place de son mari et elle ne doit sa libération qu’à l’arrivée de ce dernier.
Mme Zélé Samaké, en état de grossesse avancée, est arrêtée à son domicile à la place de son époux Mamadou Konaté, parti en mission à Sikasso. Elle proteste et explique tant aux gardes qu’au représentant du maire que son mari a fini de payer ses impôts, peine perdue. Elle est embarquée comme les autres et enfermée dans la même pièce qu’eux, de 8 h à 14 h. C’est à l’arrivée de son époux qu’elle est libérée après que celui-ci eut justifié qu’il est à jour dans le paiement de ses impôts. Le choc éprouvé par Mme Zélé Samaké finit par provoquer son avortement malgré toutes les ordonnances payées par son mari.
A l’aveuglette
Aly Sidibé, de retour du champ, constate que sa mère a été arrêtée et conduite à la mairie. Il se précipite en cet endroit et est aussitôt enfermé en même temps que celle-ci. Salia Ballo, Daouda Konaté et d’autres ont chacun subi les mêmes épreuves, du matin jusque tard la nuit, consistant à l’enfermement sans nourriture, ni eau, ni possibilité de sortir pour uriner ou autres besoins naturels.
Après avoir recouvré leur liberté, les victimes et l’ensemble des habitants de Tousséguéla ont assigné le maire et les gardes en justice. Devant le juge d’instruction, le maire a tenté de minimiser sa participation aux faits incriminés arguant tantôt que les personnes arrêtées l’ont été sur l’ordre du représentant du chef de village, tantôt que c’est sur instruction du régisseur.
Le garde Salif Diallo a reconnu que lui et son collègue ont arrêté et conduit plusieurs personnes à la mairie où elles ont été gardées pendant toute la durée de leur mission. Il a précisé qu’ils ont agi en tant qu’exécutant et sur l’ordre du maire. En ce qui concerne le garde Boubacar Coulibaly tant à l’enquête préliminaire que devant le magistrat instructeur, il a opté pour la dénégation systématique.
Le procès des trois personnes a commencé à la Cour d’appel de Bamako aux environs de 11 h 30. Le garde Salif Diallo étant absent, la Cour a entendu le maire et le garde Boubacar Coulibaly qui ont été ensuite interrogés par le président de séance et les avocats de la partie civile. « Nous ne sommes que des exécutants. Aujourd’hui, si on nous met à ta disposition et que tu nous demandes d’aller prendre une telle personne, nous le ferrons sans hésiter », a répliqué le garde Boubacar Coulibaly. La présence des gardes, selon le maire, était nécessaire dans l’accomplissement de la mission de recouvrement.
Les témoins et les victimes ont été également entendus par la Cour. C’est à 23 h 30 précise que la Cour, après une heure de délibération, a acquitté le garde Boubacar Coulibaly et condamné Konimba Konery à deux ans de prison avec sursis pour séquestration. Le garde Salif Diallo a été condamné à 20 ans de réclusion.
Selon Me Mamadou Camara, un avocat de la défense, « le garde Salif a été condamné à 20 ans de réclusion parce qu’il n’est pas venu au procès. S’il revient, la Cour va reprendre son procès ».
Sidiki Doumbia
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