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2009

Mois de Mars

Les Echos du 13 Mars 2009

 

SITRAO

Au chevet des routes ouest-africaines

Développer des services et des moyens de transport, réduire la pauvreté par l’amélioration du système de transport rural, amener les opérateurs économiques à échanger avec les partenaires dans un cadre spécialisé… sont des objectifs du Salon international des transports en Afrique de l’Ouest (Sitrao).

La 1re édition du Salon international des transports en Afrique de l’Ouest (Sitrao) a ouvert ses portes le jeudi 12 mars 2009 au Centre international des conférences de Bamako (CICB) sous la présidence du président de la République Amadou Toumani Touré.

Pendant quatre jours, Bamako sera le pôle du transport sous-régional où les professionnels et partenaires du transport vont se concerter pour le développement de ce secteur vital pour l’économie d’un pays, car contribuant au désenclavement, gage du développement.

Initié par le ministère de l’Equipement et des Transports et parrainé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa), le Sitrao a pour objet d’ouvrir le débat sur la problématique des transports dans la zone ouest-africaine afin favoriser des échanges sur une plate-forme. Il s’agit, à partir de Mali, un pays continental et désenclavé, de finaliser une politique en matière de gestion de la problématique des transports.

L’incontournable entretien

« Le Mali est un lieu indiqué pour mesurer les besoins et les enjeux liés au transport dans la sous-région » , a justifié le président de la République, notant que dans l’espace Uémoa il existe serte de nombreux cadres d’échange sur divers sujets entre les professionnels et différents secteurs.

Mais le Sitrao, à travers l’organisation des ateliers thématiques comme « le financement des infrastructures et équipements de transport », « les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (Ntic) et les transports », met un accent particulier sur le caractère transversal du secteur du transport.

Le chef de l’Etat a attiré l’attention des usagers des routes de l’Uémoa sur le respect scrupuleux des normes en matière de pesage. « La route coûte cher, son entretien aussi. Il est donc impératif d’observer le poids autorisé à l’essieu », a-t-il rappelé.

En écho au président de la République, le ministre le l’Equipement et des Transports, Hamed Diané Séméga, tout comme le commissaire de l’Uémoa chargé de l’aménagement du territoire et des infrastructures de transport et du tourisme, Ibrahim Tamponné, a invité les participants à mener des réflexions visant à bannir les pratiques anormales sur les axes routiers.

A noter que la cérémonie d’ouverture du Sitrao a enregistré la présence des ministres des Transports de la Guinée et du Burkina Faso.

Amadou Waïgalo

 

SITRAO

Pour préserver nos routes

Du président ATT, au ministre Hamed Diané Séméga en passant par le représentant du président de la Commission de l’Uémoa, tous ont fait allusion dans leur intervention à l’entretien des réseaux routiers.

Selon eux, il ne s’agit pas de construire des infrastructures de transport et ignorer de prendre des dispositions pour les préserver.

M. Tamponné a expliqué que les objectifs du Salon cadrent parfaitement avec la vision de l’Uémoa en termes de stratégie de développement des transports. Un des objectifs majeurs de l’Uémoa porte sur l’entretien, la réhabilitation et l’aménagement des infrastructures de transport.

Selon lui, la surcharge des camions contribue aux dégradations de nos routes. « Les études ont montré que 90 % des gros porteurs sont coupables de cette pratique dangereuse », a-t-il regretté.

Il a révélé que face à la recrudescence de l’insécurité routière et la corruption, l’Union a mis en place un outil de contrôle des pratiques dangereuses et anormales sur ses routes.

Amadou Waïgalo

 

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 DEBATS

Faut-il vouer aux gémonies « l’Initiative riz » ?

« L’Initiative riz » est un projet du Premier ministre, Modibo Sidibé. Il a été lancé, juste avant le début de la saison des pluies. Déjà, en début de récoltes, le ministre de l’Agriculture, Tiémoko Sangaré déclarait qu’elle était une réussite, puisqu’elle tablait sur un million de tonnes de riz.

La question a mobilisé toute la nation. Ceux qui n’aiment pas Modibo Sidibé ont pris en grippe l’Initiative, oubliant qu’il a pour objectif de bénéficier à toute la nation. C’est connu, le Mali, rien qu’à l’Office du Niger, dispose de plus d’un million d’hectares irrigables par gravitation. Or, à ce jour, c’est à peine si nous exploitons les 30 %.

Dans l’Initiative, il y a deux challenges. Au niveau d’abord de la philosophie. Au-delà des contingences factuelles, « l’Initiative riz » a permis à la nation de se mobiliser autour de l’agriculture, de réfléchir sur comment faire réellement que l’agriculture soit le moteur de notre développement. Tout le Mali a subitement pris conscience que l’agriculture est à la fois créatrice d’emplois, de valeurs ajoutées, d’autonomie, de richesse.

En cela, nous avons déjà les bénéfices, car Modibo Sidibé ou pas, cet esprit a germé, cette conviction qui s’est concrétisée par le retour des jeunes dans les champs est devenue une réalité, une victoire, une réussite. Et puis, franchement, quelle importance que la récolte soit d’une tonne ou de trois millions, à partir du moment où l’on a réussi à développer un concept, à mobiliser tout une nation autour d’un idéal de développement, qui, par définition et par essence, va au-delà d’une campagne saisonnière ?

Ensuite, au niveau des résultats. Pour cette année, en dépit des prises de position, des analyses, nous n’avons eu aucun chiffre, aucun spécialiste, aucun producteur démentir publiquement les chiffres avancés par le département. Que ceux qui ont des chiffres ou des arguments techniques les avancent ! Le débat sera plus riche et dépassera la personne du Premier ministre, car s’il a été l’instigateur, la cheville ouvrière, celui qui a tout mis en musique, il n’est pas celui qui récoltera les fruits !

L’autre paramètre dont on parle peu, ce sont nos opérateurs économiques. Il existe une « vraie mafia du riz » qui sévit aux bords de nos champs, et qui, tablant sur une saison dure, à l’image de 2008, a stocké. Les magasins de Bamako et de Niono de ces opérateurs économiques sont pleins.

Au Mali, ce qu’il faut déplorer surtout, c’est le manque de maîtrise de la politique des prix. Aucun gouvernement n’a jamais pu maîtriser les prix des denrées. Prenez par exemple la viande. Notre pays est cité comme un grand producteur de viande, mais le kilo nous coûte les yeux de la tête.

Le dernier aspect concerne la politique politicienne. Ce n’est un secret pour personne, les Hamed Diane Séméga et autres Hamed Sow n’aiment pas le Premier ministre Modibo Sidibé. Ils oublient, surtout pour Séméga qui se dit ami d’ATT, qu’aider Modibo, c’est d’abord aider ATT, si cette amitié était sincère. Dans tous les cas, nous vous promettons des révélations sur tout ce qui se passe si cela perdure.

Mais, pour revenir à « l’Initiative riz », ma conviction est qu’elle a réussi. En entendant, qu’à visage découvert, quelqu’un le démente.

Amadou Siriki Traoré

(Djikoroni Dontèmè II)

 

 

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MISSABOUGOU

Quatre jeunes se noient dans le fleuve

Le dimanche 8 mars 2009 aux environs de 18 h une pirogue avec à son bord un groupe de 8 jeunes a chaviré. Quatre jeunes ont trouvé la mort par noyade. Le piroguier serait le responsable de la tragédie.

Les 8 jeunes avaient campé sur les berges du fleuve Niger à Missabougou. Aux environs de 18 h, ils ont décidé de traverser le fleuve à bord d’une petite pirogue qui, normalement, ne peut contenir que 3 personnes.

Malheureusement, la pirogue a chaviré au milieu du fleuve. Le piroguier s’est enfui, abandonnant le groupe de jeunes à son triste sort. C’était le sauve-qui-peut.

Quatre jeunes (3 garçons et une fille) ont eu la vie sauve. Les corps des victimes ont été retrouvés par le commissariat de police du 12e arrondissement.

Selon l’inspecteur Yoro Traoré, le chef de la brigade de recherche de ce commissariat, les deux premiers corps (deux enseignants) ont été retrouvés le lundi 9 mars aux environ de 11 h. Ceux des 3e et 4e (un enseignant et une employée de commerce) n’ont été repêchés que le mardi.

Les corps des défunts ont été remis à leurs parents qui selon la tradition, les ont enterrés sur la berge du fleuve.

Pour l’inspecteur, le piroguier, dont l’identité n’est pas encore connue et qui est jusque-là introuvable, est le responsable du drame. « Une embarcation qui ne peut contenir que 3 personnes, si vous prenez le risque de faire traverser 9 personnes ensemble, vous êtes directement coupable. On est à sa recherche ».

Sidiki Doumbia

 

 

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KAYES

Un pêcheur tué par un hippopotame

Mardi dernier, c’était la consternation dans le village de Fatola, une bourgade située sur le bras du fleuve entre le Guina et le Félou, à une quinzaine de kilomètres de Kayes.

Lassana Sacko, un paisible pêcheur du village de Fatola, était parti comme à son habitude, chercher la pitance de sa famille. Les pêcheurs se déplaçant avec les bancs de poisson, se sont retrouvés très vite au large.

Un hippopotame, on ne sait pourquoi, a fait chavirer leur embarcation. Etant très loin des côtes, Lassana Sacko ne survivra pas à l’émotion et à la distance. Agé de 40 ans, il laisse derrière lui deux veuves.

 

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MANDAT D’ARRET CONTRE EL-BACHIR

La joie des réfugiés soudanais aux USA

Les dizaines de milliers de réfugiés soudanais aux Etats-Unis ont manifesté leur satisfaction suite à l’incrimination du président Omar El Bachir par le Tribunal pénal international (CPI). Les exilés, qui entendent adresser une lettre au président Obama, espèrent que l’accusé sera arrêté et traduit en justice.

Dans le cadre d’une enquête, nous nous sommes rendus à « CPCC », un collège communautaire à Charlotte en Caroline du Nord. Notre passage dans une salle de classe a coïncidé avec une série d’exposés d’étudiants. Pour les étrangers, il s'agissait spécifiquement de présenter leur pays en parlant non seulement de son passé, mais aussi de son présent. Parmi les conférenciers se trouvait un certain Moses Lual, 42 ans et réfugié soudanais aux USA depuis 2004.

Bien avant son tour, Moses savait que le Soudan est désormais célèbre à cause de cette triste et honteuse histoire du Darfour et que personne ne peut se permettre de parler de ce pays sans en faire mention. D’ailleurs, les médias américains diffusent régulièrement des témoignages d’atrocités au sud Soudan.

Ce qui devait arriver a finalement eu lieu. Car Moses qui voulait éviter de parler de la crise du Darfour n’a pas pu passer à la trappe même s’il s’est plutôt axé sur le Soudan pré-colonial. Interrogé par nos soins à la fin du cours, Moses, le ton amer et des larmes presque prêtes à couler, s’est confié en ces termes : « Mon cher, je ne garde que de mauvais souvenirs de mon pays. Dans la guerre entre musulmans et chrétiens au Darfour, j’ai perdu beaucoup de parents et la vie de milliers de frères et sœurs est toujours menacée. Le Soudan est malheureusement associé à ce conflit entre le Sud et le Nord. Je remercie les autorités américaines pour m’avoir accordé l’asile chez eux, sinon j’en aurais péri ».

Quelques heures après l’émission d’un mandat d’arrêt international contre le président soudanais par le Tribunal pénal international (CPI), c’est un Moses Lual, par ailleurs secrétaire général de l’Association des réfugiés soudanais aux Etats-Unis, qui avait du mal à cacher sa satisfaction. « Tous les réfugiés soudanais aux USA et tous nos compatriotes épris de paix et de justice sont heureux de la décision du CPI. Nous remercions la communauté internationale pour avoir pris à son compte les préoccupations des peuples opprimés du Darfour ».

Concernant la marche de défiance du président Bachir à El Facher et Nyala (deux grandes villes du Darfour), Moses Lual crie à la politisation et à la manipulation orchestrées par l’homme arrivé au pouvoir en 1989 à la faveur d’un coup d’Etat.

« Bachir veut faire croire à l’opinion internationale qu’il est aimé au Darfour et qu’il peut compter sur les Darfouris même avec une condamnation internationale. Il est difficile d’imaginer comment les gens ont été mobilisés pour aller l’ovationner lors de sa visite » .

Lettre à Obama

Quant au soutien de certains dirigeants internationaux à Bachir dont le président en exercice de l’Union africaine, Mouammar Kadhafi, le secrétaire général qualifie d’insignifiante cette réaction d’une poignée de personnes devant les grandes puissances mondiales et l’ONU.

« Kadhafi est un escroc et tout le monde connaît son rôle de catalyseur dans cette guerre. Il ne pourrait tromper la vigilance de personne dans cette affaire quoiqu’il ait la capacité de vendre l’Afrique. Que peut-il devant l’Union européenne, l’ONU, les Etats-Unis ?  » s’interroge Moses Lual.

L’émission d’un mandat d’arrêt contre Omar El Bachir ne saurait être l’épilogue de la situation au Darfour, croient les réfugiés soudanais aux Etats-Unis. Selon M. Lual, la communauté internationale doit persévérer dans ses efforts en vue du retour à la normalisation dans cette partie du Soudan. Et cela passera par l’arrestation et le jugement d’El Bachir pour crimes de guerre .

A cet effet, l’association entend adresser une correspondance au président des USA, Barack Obama. « Nous allons écrire à Obama pour lui demander de continuer à assister ses frères soudanais au Darfour en mobilisant les ressources nécessaires à leur protection et à leur survie économique après. Le point de départ devra être la traduction de Bachir devant la justice ».

Obama et le vice-président Joe Biden suivent de très près l’évolution de la situation au Darfour sur laquelle ils se font une mise à jour régulière. Et le département d’Etat vient d’annoncer la nomination prochaine d’un émissaire américain au Darfour, ce qui suscite de l’espoir chez les 75 000 réfugiés soudanais aux USA.

Ces derniers travaillent dans plusieurs secteurs d’activités, de l’ingénierie au domaine de la santé en passant par le commerce. En collaboration avec des ONG internationales et agences des Nations unies, ils envoient une partie de leurs revenus et cotisations mensuelles pour aider leurs frères et sœurs meurtris par la guerre. Ils ont également la chance d’aller à l’école, grâce notamment à l’appui financier du Christian Solidarity International (CSI).

Région en proie à une guerre civile depuis 2003 entre les milices armées et les autorités de Khartoum, le Darfour a vu 300 000 personnes mourir et fait environ 3 millions de déplacés.

La joie des réfugiés soudanais aux USA suite au mandat d’arrêt de la CPI sera-t-elle suivie d’un dénouement heureux des hostilités dans la région ? Rien n’est sûr.

Ogopémo Ouologuem

(USA)

 

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FORUM DE BAMAKO

Le rendez-vous d’une intelligentsia africaine sans complexe

Le monde était présent à Bamako les 19, 20 et 21 février derniers pour la 9e édition du Forum de Bamako. Neuf ans déjà, serait-on tenté de dire ! Mais ne serait-ce pas le plus bel hommage à cette tribune à laquelle des intellectuels et des décideurs de tous bords viennent désormais soumettre leurs réflexions sur la marche du monde, en jetant un éclairage spécifique sur celle de l’Afrique ?

Le Mali, à travers cette rencontre, devenue une sorte de Davos africain, devient un des épicentres du monde. Le Forum a conforté une fois de plus ce label en traitant cette année le thème-choc de la gouvernance, thème dont nul n’ignore la sensibilité et la haute portée stratégique dans un monde de plus en plus globalisé et, paradoxalement de plus en plus fragmenté, en ce sens que jamais auparavant la demande d’un droit de regard des populations sur la gestion des affaires publiques n’avait été aussi forte.

L’actualité pressante a été déterminante dans le choix de ce thème d’une part, mais et surtout d’autre part la révolte relative à la situation du monde. Un monde parsemé d’injustice, de conflits armés, de faillites économiques et de famine et dont les instruments de régulation sont en panne de crédibilité et d’efficacité.

Les grandes institutions internationales comme celles de Brettons Woods et l’ONU s’essoufflent dans leurs configurations actuelles et exigent une sérieuse réactualisation de leurs fondements et de leur fonctionnement : il n’aurait pu en être autrement, car la mondialisation économique a pris le pas sur la mondialisation politique. Il apparaît dès lors évident qu’un ensemble politique cohérent et harmonieux à l’échelle mondiale ne peut s’appuyer que sur des relais régionaux et nationaux démocratiques et consensuels, c'est-à-dire soumis à des règles minimales d’une gouvernance partagée.

L’Afrique plus que tout autre région du monde a besoin d’un traitement particulier de par son exposition aux ondes de choc de toutes les crises. Car, comme le disait Edgard Pisani « c’est une voiture à laquelle on donne de l’essence alors que son moteur est en panne ». Il semble donc largement temps de se pencher sérieusement sur cette panne de moteur : les Africains doivent repenser l’architecture des outils de gestion de leur continent à l’aune de celle de la planète.

Cela passe par une véritable sensibilisation de toutes les couches de la société, une parfaite symbiose d’esprit, de synergies d’actions pour gagner le pari d’un meilleur devenir de notre continent, de son développement harmonieux et durable dans une conjoncture internationale éprouvante. Une bonne gouvernance en conformité avec nos valeurs de civilisation me semble être la chance de l’Afrique.

La session de cette année s’inscrivait dans cette logique. Elle a été d’une qualité exceptionnelle en raison de la stature internationale de nombreux intervenants comme le ministre Hubert Védrine (l’invité vedette), président de l’Institut François Mitterrand. Ce poids lourd et expert de la politique internationale est l’un des rares hommes politiques à faire de la prospective et à penser qu’il faut refonder les instruments de gestion du monde et mettre en place de nouveaux dispositifs de coopération. Il a brillamment planché sur la gouvernance mondiale.

Des éminences grises

Philippe D’Iribane, réputé pour ses travaux sur le rôle de la culture dans la mondialisation et directeur de recherche au CNRS n’a pas été en reste. Sa communication sur le volet culture et gouvernance d’entreprise restera dans les mémoires : cet éminent chercheur a essayé de démontrer que l’épanouissement de nos entreprises passe obligatoirement par le métissage des pratiques courantes de bonne gouvernance à nos réalités locales.

Les « bonnes pratiques voyagent dans une certaine mesure, mais à condition d’être adaptées à la diversité des contextes ». Le temps de l’importation des modèles de gouvernance par mimétisme est révolu ! L’Afrique est aussi diverse que l’Europe, et le Mali n’est pas le Zimbabwe, l’Algérie n’est pas l’Egypte. A chaque pays ses diversités culturelles. Une bonne gouvernance est celle qui intègre ces spécificités culturelles pour un fonctionnement efficace, à la seule condition d’accepter de surmonter les importantes forces de division.

Héla Yousfi, maître de conférences à l’Université Paris Dauphine et spécialiste du management dans les pays en développement s’est attelé au cas précis d’entreprises africaines (tunisiennes surtout) qui se sont extirpées du marasme économique à travers une gouvernance tropicalisée. D’autres éminentes personnalités tels que Christine Bruneau, maire de Boulogne Billancourt, Ousmane Sy, ancien ministre de l’Administration territoriale du Mali, Habib Ouane, directeur de la Cnuced division Afrique, et Robert Peccoud, directeur de recherche de l’AFD se sont aussi faits remarqués par la qualité de leurs contributions franches et fécondes.

Le moment est sans doute venu, pour l’Afrique, de prendre conscience de ses problèmes et d’essayer de les résoudre elle-même et cela dans l’intérêt de tous y compris les pays développés. L’humanité est de nos jours comme une grande usine où l’on travaille à la chaîne : chaque pièce, petite ou grande, a un rôle défini à jouer qui peut conditionner la bonne marche de toute l’usine. Cette prise de connaissance trouve toute son essence dans le forum arc-en-ciel de Bamako, forum dont le premier soin est de défricher vigoureusement le terrain et d’en arracher les clés de développement.

Voilà un forum axé sur le métissage des compétences. Il est important pour ce qu’il est, important pour ce qu’il permet, mais et surtout important pour ce qu’il promet. Ses promoteurs, sans tomber dans l’auto-satisfecit, sont aujourd’hui en droit de dire avec Martin Luther King : « Nous ne sommes pas encore ce que nous voudrions être, mais Dieu merci, nous ne sommes plus ce que nous étions ».

Sidi Mohamed Traoré

(économiste, Bamako)

 

 

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EPILOGUE

L’administration nouvelle

Le Mali, à l’instar de la plupart des anciennes colonies françaises, a hérité de la puissance colonisatrice un type d’administration dont la première caractéristique est la trop forte tendance à la centralisation. En dépit des lacunes constatées dans son fonctionnement quotidien, ce modèle a traversé les Ire et IIe Républiques en reproduisant à peu près les mêmes comportements qualifiés de type colonial par les abus et les excès qu’il comportait.

C’est ainsi que sous les Ire et IIe Républiques, malgré les options politiques choisies, l’administration a représenté pour nos ruraux plus une machine répressive qu’une structure mise en place pour les aider à mieux vivre. La collecte de l’impôt de capitation, maintenu malgré la proclamation de l’indépendance, se faisait comme sous la colonisation au temps des commandants blancs, c’est-à-dire de façon musclée.

Dans leurs tournées en brousse, les administrateurs, qu’ils soient civils ou militaires, étaient accueillis comme de petits pachas auxquels tous les honneurs étaient rendus.

Pour les masses paysannes, l’émancipation n’avait servi qu’à substituer les cadres nationaux aux colons et à reproduire les mêmes sévices et brimades. La conséquence de cela fut le grand fossé qui se creusa au fil des ans entre les populations et leur administration qui donnait alors l’impression de travailler pour elle-même et non pour le peuple.

Cependant, toutes les constitutions du pays, aussi bien celle de 1960 que celle de 1974 avaient régulièrement mis l’accent sur la nécessité de réformer l’administration parce que manifestement le système administratif néo-colonial traînait plus de ratés que d’avancées. En dépit de cet aveu, il a fallu attendre l’avènement de la démocratie et de la IIIe République en 1991 pour que la réforme tant attendue arrive et que la décentralisation voit le jour. On avait alors compris que non seulement le système était bloqué, mais également qu’il ne permettait pas le développement économique du pays en raison de la grande méfiance qu’il créait chez les masses populaires.

L’une des priorités identifiées par la Conférence nationale (1991) fut de mettre l’accent sur l’urgence de la décentralisation. Une Mission de décentralisation fut créée qui permit à la réforme de voir le jour en 1996 sous le premier mandat d’Alpha Oumar Konaré avec la mise en place de plus de 700 communes urbaines et rurales.

Mais les choses ne furent pas aussi simples que cela parce que la création desdites communes donna bien à des querelles qui furent souvent difficiles à dépasser. Le respect des critères arrêtés pour l’érection des localités en communes ne furent pas toujours tenus et des villages qui ne méritaient pas d’être choisis comme chefs-lieux de commune le furent malgré tout, de même que des bourgades qui ne répondaient pas aux critères pourtant bien définis et détaillés dans les textes fondateurs.

A ce niveau s’effectua un vrai travail de complaisance dont les conséquences néfastes n’ont pas encore fini de faire tituber le processus. Des communes ont été aussi créées sans avoir les moyens de survivre parce que manquant tout simplement de ressources propres ; d’autres n’avaient même pas de locaux et ont été en location chez des particuliers pendant quelques années.

Les élections communales de 1997 furent malgré tout un essai plus réussi que perdu en dépit de la persistance des réclamations. Elles eurent d’ailleurs lieu en deux phases : dans les villages d’abord, dans les villes ensuite. Lors de ces consultations, beaucoup de partis politiques, pris de court, ont présenté des candidats qui n’étaient pas à la hauteur et ignoraient tout du travail qui les attendait.

Dans beaucoup de zones également, soit par manque de candidat, soit par calcul électoraliste, des fils de chefs et de notables furent présentés qui passèrent allègrement malgré leur incompétence reconnue même par leurs « présentateurs ». Ce problème de choix des candidats aux élections reste d’ailleurs encore une épine dans le pied du processus parce que les partis politiques chargés de former leurs militants ne le font pas correctement. Or, la qualité des candidats est très importante dans cette affaire parce que ce sont des élus appelés pendant 4 ou 5 ans à gérer la collectivité et plus ils sont bons, mieux ça va. Le cas de figure contraire renvoie au désastre.

La réforme de 1996 au Mali a surtout souffert (et souffre encore) du nombre trop élevé de communes créées alors que des études sérieuses avaient suggéré la reconduction de la plupart des chefs-lieux d’arrondissement comme siège de certaines communes rurales à cause tout simplement de la disponibilité des structures. Mais des opérateurs économiques et des hommes politiques voulant laisser un petit nom dans leur localité d’origine en ont décidé autrement et firent naître des communes factices qui peinent à fonctionner maintenant.

L’administration territoriale a présentement sur ses tables (et l’Assemblée nationale aussi) plus de 100 dossiers de contestations liées au découpage et aux choix des chefs-lieux de commune, autant de rapports qui ont créé plus de frustrations que de contentement.

La décentralisation au Mali a certes été bien pensée mais son application, soit par manque de moyens, soit par incompétence (ou indifférence) fut bâclée, d’où les dysfonctionnements qu’on observe un peu partout actuellement dans les communes.

Le discours officiel dit que ça marche. Mais, il suffit de faire un tour à l’intérieur pour se rendre compte qu’il y a plus de communes couchées que debout.

Facoh Donki Diarra

 

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