Rien ne va plus entre le rectorat et certains libraires. Des Facultés attendent en vain des livres achetés par le rectorat et dont certains ne seraient pas conformes à leurs programmes. Ça sent le brûlé pour les autorités du rectorat de l’Université de Bamako.
Dans son rapport d’activités 2005-2008, le rectorat de l’Université de Bamako a mentionné qu’il a payé des livres pour des Facultés dont le montant s’élève à 192 575 909 F CFA hors taxe. Ces documents étaient normalement destinés à la Flash, à la Fast, à la FSJE (les actuelles Fseg et FSJP), la FMPOS et l’IUG.
N’ayant rien reçu, la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie (FMPOS) a envoyé une lettre à Mme le recteur qui à son tour a envoyé une correspondance à Afric Diffusion (l’attributaire du marché), dans laquelle elle l’invitait à « prendre toutes les dispositions utiles et urgentes pour livrer les fournitures, sinon recourait une pénalité s’élevant à 34 817 724 F CFA ». Comme réponse à cette correspondance de Mme le recteur en date du 17 janvier 2008, Afric Diffusion affirme que « après notre inventaire qui prend fin le 8 février 2008, nous livrerons les documents destinés à la FMPOS ».
Mais à ce jour, la FMPOS ainsi que les autres Facultés n’ont reçu aucun livre. Seule la Flash a reçu sa part. Mais la plupart de ces documents correspondent plus au programme de l’enseignement secondaire qu’à celui de la Flash.
La question que l’on se pose est de savoir pourquoi après que le rectorat eut été avisé de la situation en 2006, il n’a fait aucune pression sur Afric Diffusion jusqu’à ce jour afin qu’il s’acquitte de sa part du contrat ? Toujours dans le même ordre d’idée, à l’occasion du concours d’agrégation des médecins en novembre 2006 qui a vu l’agrandissement de la bibliothèque de la FMPOS, une somme de 46 788 280 F CFA TTC avait été engagée pour son équipement. Quid de l’utilisation ?
Au moment où le président de la République se bat pour créer une Bibliothèque centrale universitaire au Mali, certaines entreprises maliennes se plaisent à bloquer le peu que l’Etat malien veut mettre à la disposition de ses étudiants qui manquent cruellement de documents.
La responsabilité du rectorat dans cette affaire est entière. Et un coup de pied dans cette fourmilière s’avère d’autant plus nécessaire que les principales revendications de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) portent sur l’amélioration des conditions d’études.
NOTE ZERO
Au ministre de l’Equipement
Il est entré en politique comme un rot du hasard. Ses partisans répliqueront peut-être qu’il n’a pas à rougir de cet état de fait au motif que bien des Maliens aujourd’hui connaissent, eux aussi, les délices du parachutage doré.
Ebloui par l’ambition (suivez mon regard), il prétend que son mentor « a tout donné à son pays ». Même si nous ne sommes pas de cet avis, on peut aussi passer l’éponge là-dessus par les temps qui courent où des griots perdraient leur « latin » face à des nobles « oreilles rouges » qui devront leur maintien à leur dédicace à l’éloge dithyrambique.
Ce qui nous paraît par contre inacceptable de la part de notre ministre de l’Equipement et des Transports, c’est quand il dit le petit doigt sur la couture du pantalon, que son ambition à la tête de ce département est de diminuer les accidents de la circulation alors qu’il n’en est rien.
Pendant que des mesures impopulaires s’imposent aux détenteurs de deux-roues, l’épée de Damoclès des accidents reste toujours suspendue sur leurs têtes, car aucun préalable n’est satisfait ou presque.
De fait, la circulation des motos sur les « pistes cyclables » (puisqu’il faut les appeler ainsi), décidée par les agents aux heures de pointe, est devenue une foire aux accidents. En raison de leur état défectueux, des nids-de-poule et de leur occupation illicite, ce sont des tête-à-queue, embardées et carambolages à n’en plus finir. Les bilans sont identiques : crânes traumatisés, jambes fracturées, bras cassés… Casque, immatriculation, permis ? Mon œil !
Et dire que les postes de péage devaient servir à l’entretien courant des routes. Où partent alors les millions collectés à ces niveaux ? A quoi servent l’Ageroute, l’Autorité routière et l’Agence de sécurité routière en vue, si ce n’est des gouffres financiers pour le contribuable ?
L’enseignement à tirer, c’est qu’en matière de circulation, on est en train de nous bluffer. En s’essayant à la mystification, le ministre de l’Equipement justifie la présente « note zéro » qu’il a cherchée.
Bayer
Acceuil
8 MARS
Une héroïne très ordinaire
Le 8 mars, des femmes sans problèmes parlent au nom de celles qui souffrent, des usurpatrices se font porte-parole. Et si l’on changeait d’approche ?
Chaque année, et c’est très malheureux, la même antienne nous est servie. Célébration de la femme ou des femmes, en tout cas du genre féminin. Du secrétaire général des Nations unies au chef du village de Fongolimbi, de la patronne du plus puissant mouvement féministe du monde à la présidente d’une ONG bidon de Diapaga, le discours est le même : la moitié de l’humanité mérite égard et considération, il faut plus de justice, plus d’égalité entre les sexes et tutti quanti.
Les « parleuses » sont toujours les mêmes : dodues, joufflues, bien habillées, intellectuelles à la verve incontrôlable, femme de tête qui ne sera jamais battue par son mari, etc. elles se prétendent porte-voix de la cause, bien engoncées dans un fauteuil moelleux ou barricadées derrière les vitres teintées de leur 4x4. Alors, pour 2009, j’ai décidé de parler d’une héroïne ordinaire, d’une femme dont vous n’entendrez jamais la voix à l’ORTM ou sur les ondes de CNN. Je veux parler d’une femme morte il y a près de 30 ans, mais qui, pour moi, est de la race des amazones méconnues.
Nous sommes vers la moitié de l’année 1975, à Sendegué, petite bourgade perdue dans les bourgoutières du Bani, à environ une trentaine de kilomètres de Konna. A l’extrémité ouest de Sendegué se trouve le poste vétérinaire, là où chaque année, les éleveurs peuls viennent faire vacciner leur bétail. Cent mètres plus en hauteur sur les terres, vivait une vieille dame que l’on appelait Inna Fatouma (maman Fatouma, en peul).
La légende courait dans le village que cette aïeule était une sorcière. Tellement sorcière qu’elle avait mangé ses trois enfants, morts tous en bas âge. Abandonnée par son mari, ses frères et sœurs et tout le voisinage, chaque jour qui passait était un miracle pour elle. Naturellement, comme les autres enfants endoctrinés par la méchanceté gratuite et la superstition, j’avais peur d’Inna Fatouma.
Puis, un jour, avec mes copains Ali Bâ, Oumar Diowro, Bara Landouré et Kola Sambourou, nous sommes allés à la pêche. A l’époque, le fleuve regorgeait de poissons. Au moment de retourner à la maison, Inna Fatouma qui portait son canari sur la tête nous a trouvés sur place. Ali Bâ et Oumar Diowro, à sa vue, se sont enfuis. Elle nous a demandé, le regard vide (je reprends de mémoire les échanges, pas exactement les mêmes mots ou le même ordonnancement) : « Pouvez-vous me donner un poisson ? Je vais le bouillir pour le manger. J’ai faim et je n’ai personne pour m’aider ».
Il ne lui restait que 4 ou 5 dents dans la bouche. Bara, Kola et moi, lui avons remis tous nos poissons. Bara étant le plus costaud d’entre nous, a transporté le canari rempli d’eau jusqu’à la demeure d’Inna Fatouma, une paillote vieillie, rapiécée, pleine de trous. Pour tout bien, elle avait une natte à moitié pourrie par terre et un baluchon de pagnes. Nous sommes repartis à la maison sans mot dire après ses remerciements et ses bénédictions. Je suis resté obsédé par cette image de détresse, de souffrance et surtout par cette cruauté innommable des citoyens qui pouvaient croire qu’une femme, si méchante soit elle, pouvait tuer ses propres enfants.
Le lendemain matin, j’ai dit à notre domestique, Antandou Djiguiba, que je voulais prendre du lait en poudre, des dattes, des biscuits et de l’huile dans notre magasin pour les rapporter à la vieille que l’on appelle Inna Fatouma. Il m’a donné l’autorisation en disant seulement : « Fais attention que personne ne te voie ! » Avec Kola Sambourou et Bara Landouré, je suis entré dans le magasin familial et nous avons pris le nécessaire. En sortant de la cour, nous avons été surpris par feu Boubacar Barry, originaire de Timé (que Dieu le Tout-Puissant l’accueille dans son paradis), ami et collègue de travail de mon père.
Il m’a regardé avec un sourire complice et m’a demandé ce que je voulais faire de ce stock. « Je m’en vais le donner à la vieille Inna Fatouma ». Il m’a fait signe de partir en ajoutant un avertissement : « Si tes parents te voient, tu auras chaud ! » Mon père ne m’a jamais frappé de toute sa vie, quant à ma mère, je savais comment l’éviter. De tous les enfants de mon père, j’étais celui que le vieux Boubacar Barry aimait le plus et il a fermé les yeux sur moult incartades dont j’ai été l’auteur. Nous sommes allés remettre le stock de nourriture à Inna Fatouma. Avec mes mots d’enfants, je lui ai fait une promesse : « Tant que je serai vivant, tu n’auras plus jamais faim. Je t’apporterai de la nourriture chaque semaine ! Elle a murmuré : Que Dieu t’entende !Il veille sur moi et aujourd’hui, c’est par ton intermédiaire qu’il me nourrit ».
Nous sommes restés un temps avec elle. Je lui ai posé ma question d’enfant, directement : « Est-ce vrai ce qu’on dit ? Es-tu une sorcière qui mange des enfants ? » Elle n’a pas évité la question, elle a répondu : « Je suis vieille, je suis pauvre et je suis laide. Dieu, le seul Roi de cette Terre m’a donné trois enfants qu’il a repris. Lui seul sait pourquoi. Je n’ai jamais fait de mal à autrui. Je fais confiance au jugement de Dieu, ceux qui m’accusent répondront devant Lui. Je ne suis pas une sorcière et je ne crois pas en la sorcellerie. Mais les gens sont ainsi dans ce monde, on ne peut rien contre la méchanceté ».
Naïvement, j’ai riposté : « Il faut leur dire que tu n’es pas une sorcière ! Nous sommes là et tu ne nous as pas mangés ! » Elle m’a répondu par une phrase qui, 34 ans après, se répète encore en échos dans ma mémoire : « Oussouwel am, missikina wala hala ! » (Mon petit Oussou, la parole du pauvre n’a aucune valeur). Cette phrase, je l’entendrai encore en plusieurs autres occasions de la bouche de femmes sur lesquelles le sort et la société s’acharnaient sans arrêt. « Missikina wala hala ! » Exactement ce pour quoi des milliers de femmes ont vu leur vie détruite.
Elle nous a raconté que son calvaire durait depuis « nanguè lawali », ce que l’on peut traduire par « le soleil de Lawali », donc au moment de l’occupation de la France par les nazis et l’intermède du général Laval. Nous sommes au début des années 1940. Plus de 35 ans qu’Inna Fatouma était devenue une pestiférée dans sa propre communauté. Quand elle avait encore la jeunesse et la vigueur, elle a « vendu du lait caillé au marché de Samataka, Dera, Barkanelbi et même Konna », ajoute-t-elle avec une pointe de fierté. « J’ai marché des distances incroyables avec ma calebasse sur la tasse, criant kossam kadam, kossam kadam. J’ai récolté du riz à Samataka, du raisin sauvage à Barkanelbi, participé à la vente du poisson à Dera après la descente annuelle des filets ».
Elle parlait sans cesse de ses souvenirs. Nous étions des enfants, mais je comprendrais plus tard que ces moments étaient, pour elle, l’équivalent de la thérapie qu’elle n’a jamais eue, l’exorcisme de cette vie de rigueur et d’injustice. Elle répétait sans arrêt : « C’est Dieu qui en a décidé ainsi, Il sait ce qu’Il fait ». Il n’y avait aucune rancune dans sa voix, peut-être seulement le regret d’avoir été stigmatisée avec autant de violence alors qu’elle a souffert dans sa chair et son âme de la perte de ses enfants en des périodes où les maladies infantiles étaient impitoyables et les structures sanitaires inexistantes.
Inna Fatouma n’en voulait à personne et ne nommait jamais un coupable de ses malheurs. Le dos voûté par le poids des âges, les membres meurtris par l’activité physique, elle ne pouvait espérer aucun repos, jusqu’à sa tombe. Même morte, elle savait que sa dépouille n’aurait eu droit à aucun respect. Ne l’a-t-on pas cataloguée « sorcière mangeuse d’enfants ». Et pourtant, dans son attitude, ses gestes, ses pensées et ses propos, Inna Fatouma dégageait plus de dignité, d’honneur et de loyauté envers Dieu et la société que celles qui parlent en son nom et ignorent ce genre de souffrances.
Les 8 mars sur la tribune officielle à Bamako, Ségou, Sikasso ou Kidal, vous ne verrez jamais des femmes comme Inna Fatouma. L’ORTM ne vous rapportera pas leur histoire. On vous parlera des femmes ministres, mécaniciens, pilotes de ligne, médecins ou ingénieurs. On vous parlera de la lutte pour la parité à l’Assemblée nationale. Des femmes comme Inna Fatouma sont trop pauvres pour être respectables et présentables. En ces temps modernes, la pauvreté est devenue une maladie honteuse. Je me reconnais pourtant en elle. Car, pour moi, c’est une vraie héroïne, une battante, un exemple de courage et de constance face à l’adversité. Malgré le mépris, la haine et l’acharnement, elle n’a jamais courbé l’échine et mendié la charité.
Inna Fatouma n’a pas de boubous basin brodés à Dakar par Diouma Diakhaté, elle n’a jamais vu un avion de sa vie, elle a vaguement entendu parler de la France et de Paris. Elle est née à Sendegué et y est morte. Avec un pagne, une camisole, une case en paille et une chandelle à beurre de karité comme tout bien. Avec mille tonnes de dignité, d’honneur et de bravoure, ce qui ne se vend pas au marché. Non, vous n’entendrez jamais parler de femmes comme Inna Fatouma le 8 mars.
Et pourtant, comprenez-moi bien, je ne reconnais ni Marie Curie, ni Simone de Beauvoir, ni Wangari Matai ou Fama Djénépo, ma vraie héroïne du 8 mars, c’est avant tout Inna Fatouma et ces millions de femmes, veuves, orphelines (souvent orphelines et veuves) rejetées, abandonnées, méprisées, violées, répudiées, avec ou sans enfants sur les bras, qui se réveillent chaque matin en regardant le ciel, en regardant leurs enfants, en regardant la société pour dire ensuite : « Dieu Tout-Puissant, Tu es là, et cela suffit à apaiser mon cœur. C’est à Ton souvenir que mon cœur s’apaise ! »
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
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