Les Echos du 29 Mai 2009
MANDAT PRESIDENTIEL
D iscours sur la nécessaire limitation
- Aussi longtemps que je m’en souviens, une seule hirondelle ne peut faire le printemps ; en l'espèce un seul homme ne peut bâtir le pays.
- Aussi longtemps que je m’en souviens, la singularité de la démocratie malienne (acquise dans le sang en mars 1991) distingue le Mali des pays pseudo royaumes dirigés par des roitelets dans la sous-région.
- Aussi longtemps que je m’en souviens, le peuple malien est pauvre certes, mais se caractérise par le kankélétiguiya surtout parole donnée à la Conférence nationale sur la limitation de mandat.
- Aussi longtemps que je m’en souviens, le pouvoir qui tend à s'éterniser, qui use et abuse, est inefficace et est un danger. Et d'ailleurs Nelson Madiba Mandela ne disait-t-il pas que « ceux qui s'éternisent au pouvoir jouent avec le feu ».
- Aussi longtemps que je m’en souviens, les tentatives de remise en cause de l'important article 30 de la Constitution du 25 février 1992 auront toujours cours tout comme dans le pays de l'Oncle Sam (USA) où deux présidents républicains que sont Ulysse Simpson Grant (18e président) et Théodore Roosevelt (26e président) ont échoué à effectuer un troisième mandat. Le 40e président Ronald Reagan s'est, quant à lui, exclamé un jour : « Mais qui a limité le mandat à deux ? » Sans toutefois parvenir à lever cette limitation.
- Aussi longtemps que je m’en souviens, des individus raisonnables soutiennent toujours le changement au sommet de l'Etat comme le 1er président américain Georges Washington qui, en tant que vaillant soldat à la tête de 13 colonies et libérateur des USA après d’âpres combats contre l'Angleterre, avait émis le souhait que nul ne fasse plus de deux mandats ; souhait confirmé plus tard en 1951 par l'adoption du 22e amendement de la Constitution sous la présidence d’Harry S. Truman (démocrate).
- Aussi longtemps que je m’en souviens, des brebis galeuses préféreront toujours le désordre à l'ordre préétabli, l'instabilité à la stabilité, le forcing à travers leurs positions favorables du moment au consensus général, la promotion personnelle au détriment de l'intérêt général...
- Aussi longtemps que je m’en souviens, les stéréotypes du genre « L'Africain est assoiffé de pouvoir, l'Africain est dictateur » se justifieront hélas à travers certains de nos comportements qui s'étalent au grand jour.
- Aussi longtemps que je m’en souviens, les opportunistes déclareront toujours que la limitation de mandat prônée en 1991 était une erreur du peuple qu'il faut corriger pour revenir à des situations d'avant 1990 marquées par d'incessants coups d'Etats contre les régimes bien qu'impopulaires se maintenaient contre vents et marées, même au prix des vies humaines.
- Aussi longtemps que je m’en souviens, vouloir renverser la pratique acceptée depuis 1991 s'apparente sans doute à une insulte à l'intelligence, à une camisole de force pour barrer la route à de nombreux valeureux maliens prêts à servir le pays comme 1er magistrat de la République.
- Aussi longtemps que je m’en souviens, la diversité des races et des cultures ne s'oppose nullement à l'universalité de la pensée comme le disait si bien mon émérite professeur de philosophie au lycée. Autrement dit, le changement n'est l'apanage d'aucune nation et n'est un obstacle nulle part ; bien au contraire. Le progrès est dans le changement. Et chaque nation y aspire.
Pour à la fois l'intérêt de ceux qui dirigent et l'intérêt des gouvernés, il est plus que rationnel de limiter le mandat présidentiel afin de préserver la stabilité réelle du pays (paix pour le développement) et psychologique des populations (attente de la fin du mandat pour se mettre à conquérir le pouvoir et non contester le pouvoir dans l'angoisse d'un mandat indéfini). C'est au prix de la limitation du mandat qu'en un demi-siècle environ (50 ans), on se retrouvera avec plusieurs ex-présidents originaires des quatre coins du Mali, renforçant ainsi l'unité et équilibrant la société.
Vive la limitation de mandat, source d'alternance de forme et de fonds comme le disent les juristes. Et mieux, vive la clôture imminente des débats au sujet de la limitation de mandat, avec l'adoption de l'article 30 comme sujet ne pouvant nullement faire l'objet de révision aux côtés de la laïcité de l'Etat, de l'intégrité du territoire national et du multipartisme pour qu'on épargne aux futures générations des troubles et des violences sur cette question majeure, car pilier solide de tout régime démocratique.
Bamako, le 27 mai 2009
Mamadou Fadiala Kéita
(juriste)
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SEGOU/BAGADADJI
Un forcené attente à la vie de Guidio Almamy
Amadou Maïga dit Guidio Almamy (du nom de son village natal situé en 6e région) a été victime d’une attaque à l’arme blanche à son domicile à Bagadadji (Ségou), le dimanche 24 mai 2009.
L’agresseur, dont l’identité n’est pas encore connue, est venu du village de Guidio, pour habiter chez le grand marabout de Ségou pendant quinze jours. Quelques mois plus tôt, il avait séjourné auprès du saint marabout où il était venu chercher bénédictions. Il était retourné au village avec beaucoup de cadeaux offerts par son bienfaiteur (cinq sacs de mil et 25 000 F CFA).
Le dimanche 24 mai, aux environs de 18 h, Guidio Almamy recevait à tour de rôle ses visiteurs pour sa traditionnelle séance de bénédictions. Le quidam a choisi ce moment pour commettre son forfait. S’agenouillant tranquillement devant le marabout, il a sorti un sabre enfoui sous son boubou pour assener deux coups sur l’épaule et l’avant-bras de Guidio Almamy, qui est resté invulnérable à l’arme blanche.
Il a eu le temps d’esquiver le troisième coup avant que le forcené soit maîtrisé par ses disciples. Guidio Almamy, dont les jours ne sont pas en danger malgré son âge (il a près de 90 ans) a, selon ses proches, eu des douleurs aux articulations du membre attaqué.
Pour le moment, nul ne sait encore les mobiles du geste du forcené. Mis à la disposition de la police, il ne se serait pas encore remis de son évanouissement après son passage à tabac.
Affaire à suivre.
Abdrahamane Dicko
Daouda Coulibaly (Yéko Ségou)
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SPECULATION FONCIERE A BAMAKO
« L’étrange destin d’Ibrahim Féfé Koné »
Un gouverneur qui se fait rappeler à l’ordre par le directeur du cadastre, ce n’est pas courant. Et c’est pourtant ce qui est arrivé à Ibrahima Féfé Koné, le gouverneur du district, dans une scabreuse affaire de spéculation foncière.
Le 17 avril 2009, le gouverneur du district, Ibrahima Féfé Koné, réunissait tous les acteurs impliqués dans les questions foncières au niveau du gouvernorat. A l’issue de la réunion, il a demandé aux uns et aux autres d’observer un moratoire sur les attributions de parcelles. Il a décidé de mettre en place une commission qui avait en charge de recenser tous les problèmes fonciers afin de trouver une solution « définitive et globale ». Cette commission comprend des représentants du gouvernorat, des services des domaines et de l’urbanisme…
Cependant, le gouverneur lui-même a été le premier à violer les principes qu’il a lui-même édictés. A la sortie de la réunion, il a attribué 75 parcelles le long des rails, à la hauteur de l’Hippodrome, aux familles Touré, pour, selon lui, « prendre en charge leurs droits coutumiers ». Le gouverneur est allé plus loin en prenant d’autres arrêtés d’attribution, en totale contradiction avec sa volonté professée d’assainir le secteur. Le chercheur de l’aiguille a bien les pieds posés dessus.
Le directeur national des domaines et du cadastre, qui n’entend pas jouer au mouton de Panurge, aurait vivement réagi en attirant l’attention du gouverneur sur le fait que sa procédure n’est « conforme ni aux dispositions du code domanial et foncier et ses textes d’application, ni aux textes en vigueur en matière de lotissement, encore moins aux textes portant création de la direction nationale des domaines et du cadastre ».
Rappelé à l’ordre par plus « petit »
« Au lieu de régler les problèmes qui vous sont soumis, les solutions que vous apportez, à cause de l’inobservation des règles en vigueur, ne semblent pas être des réponses appropriées aux questions posées et constituent des exemples de ce qu’il ne faut pas faire, et qui, malheureusement, sont mimées pour les responsables surtout au niveau des collectivités territoriales et des détenteurs coutumiers du droit de gérer la terre dans le reste du pays » .
Le directeur national des domaines de l’Etat et du cadastre, cadre consciencieux, demandait par la même occasion au gouverneur de mettre fin à ses spéculations. Cette remontrance, justifiée du reste et se basant sur des faits, n’a pas été du goût du gouverneur de Bamako.
« Les cadres que votre équipe a remplacés étaient aussi, sinon plus exigeants que vous en matière d’observation des règles dans la gestion du foncier dans le district et ensemble nous avons posé des actes responsables de nature à maintenir l’ordre et la tranquillité publics » , répond le gouverneur, dans une correspondance.
Il ajoute : « Par ailleurs, je tiens à vous rappeler que mes contacts avec vos services sont la direction régionale des domaines et du cadastre et le ministère du Logement, des Affaires foncières et de l’Urbanisme. N’ayant aucun contact direct avec votre service, je ne vois pas comment je vais me soumettre à une quelconque injonction ou instruction venant de vous ».
Affaire à suivre.
Kandia Coulibaly
(stagiaire)
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