Les deux hommes sont très différents à tout point de vue : autant Dadis est chaleureux, spontané et volubile, autant Komara est mesuré, prudent et un brin constipé, comme tous ceux de son milieu qui veulent tout comprendre, juger le pour et le contre.
Kabiné Komara, 58 ans, le Premier ministre guinéen, était jusque-là fonctionnaire international à la Banque africaine import-export. Il était basé au Caire (Egypte). Il était l’un des trois noms retenus par les syndicats qui, il y a près de 2 ans, demandaient à Lansana Conté de nommer l’un de leurs candidats. Les putschistes avaient promis de nommer un civil au poste de Premier ministre.
Peu connu du grand public, M. Komara, un économiste de formation, était, depuis près de 13 ans, le directeur du département des services administratifs et du patrimoine de la Banque africaine d'import-export (Afreximbank). Par le passé, le Premier ministre guinéen a travaillé dans l'ombre des différents gouvernements. Il a notamment occupé le poste de directeur national des investissements publics entre 1986 et 1991. Il a été membre de la Commission économie, développement et environnement du Conseil transitoire de redressement national en 1991 et 1992, puis a été conseiller économique du ministre des Finances de 1992 à 1995.
Depuis quelque temps, l'homme de 58 ans suscite l'intérêt de la part des syndicats nationaux. En effet, en février 2007, alors qu'il y avait de vives tensions entre l'ancien président et les syndicats, Kabiné Komara figurait sur la liste, réalisée par ces derniers, de quatre candidats potentiels au poste de Premier ministre, et ce, sans avoir affiché un intérêt particulier pour l'emploi.
KABINE KOMARA, PREMIER MINISTRE DE GUINEE
« L’Histoire ne peut plus être tenue responsable de nos malheurs »
La Guinée est un scandale géologique, affirmait Sékou Touré. Une assertion reprise par tous les spécialistes, même si le citoyen lambda n’en profite pas encore. Nous avons rencontré le Premier ministre de Guinée, Kabiné Komara, économiste, qui explique ici les ambitions des nouvelles autorités dans le domaine économique.
« La Guinée, à l’indépendance, était en avance sur la Côte d’Ivoire. Le café-cacao guinéen partait par cargaison pour l’Europe, de même que sa mangue.
La Guinée , c’est au moins 10 000 mégawatt de potentiel exploitable en matière d’énergie hydroélectrique, la plus grande réserve prouvée au monde de bauxite et de fer. Nous ne pouvons plus tenir l’Histoire pour responsable de nos malheurs. Il nous faut réagir. Le CNDD, Comité national pour la démocratie et le développement, a trouvé un pays exsangue, avec un Trésor vide et des mauvaises habitudes installées.
Le coup d’Etat du CNDD, quand bien même salué par les Guinéens, a été durement sanctionné par la communauté internationale. Ce qui se passe habituellement, c’est que, quand le coup d’Etat rencontre l’assentiment des populations, il y a une condamnation de principe de la communauté internationale, mais la coopération se poursuit. Mais, dans le cadre de la Guinée, cela ne s’est pas passé ainsi.
Dans le cadre de l’Initiative PPTE (Ndrl : Pays pauvres très endetté, un programme des institutions de Bretton Woods qui permet au pays, tout en ne remboursant pas une dette, selon des conditionnalités, de s’engager à réinvestir cette somme dans des secteurs dits sociaux), la Guinée avait atteint son point d’achèvement et devait engranger un montant de 2,3 milliards USD. Mais, depuis, cette somme n’est jamais venue.
Nos recettes reposent sur trois domaines : les mines, la taxe sur les produits pétroliers et les taxes douanières. Aujourd’hui, nous avons un gap de 100 milliards USD. Quand nous sommes arrivés, nous avons voulu donner aux Guinéens un signal fort pour qu’il n’y ait plus jamais de détournement, de surfacturation… Pour cela, nous allons tout auditer, entamer un redressement fiscal et gérer de façon rigoureuse les dépenses.
Dans le domaine énergétique, j’ai bon espoir que d’ici 2 ans, il y aura du courant pour tout le monde et dans les 5 prochaines années, avec tous nos projets, la Guinée sera exportatrice d’énergie. Dans tous les cas, notre mission est d’assainir et de présenter une bonne situation pour ceux qui viennent. Personnellement, j’ai été clair : je ne suis intéressé par rien d’autre. Je me sens interpellé en tant que Guinéen, j’apporte ma contribution ».
Propos recueillis, à Conakry, par
Alexis Kalambry
Des projets Mali-Guinée
Dans le domaine énergétique, la Guinée voudrait mettre en place un barrage sur le Fomi, un affluent du Niger. Le pays du capitaine Moussa Dadis Camara compte mettre sur pied une société de droit commun au Mali et à la Guinée pour ce projet qui serait vital pour l’irrigation du delta intérieur du Niger et même pour la bonne réussite du projet sucrier de Markala. Pour le moment, le montant du projet est estimé « entre 250 et 300 millions USD ».
A. K.
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CHRONIQUE OUSMANE SOW
La ministre et ses casseroles
Il n’y a rien de pire dans la vie qu’une ascension fulgurante suivie d’une chute vertigineuse.
Lisa Raitt est une pimpante jeune dame qui entame la quarantaine. Il y a quelques mois, elle est repérée par le Premier ministre du Canada, Stephen Harper qui la choisit pour être candidate à la députation dans une circonscription de l’Ontario, la province la plus riche et la plus populeuse du Canada.
Les conservateurs (minoritaires) sont au pouvoir, mais l’Ontario les boude ostensiblement. Lisa Raitt est élue haut les urnes. Pour lui donner plus de visibilité, Harper la nomme ministre des Ressources naturelles puisqu’au Canada, il faut être un élu pour obtenir un portefeuille ministériel. Lisa Raitt était donc sur son petit nuage et gérait tranquillement son ministère, sans scandales.
Il y a cependant quelques semaines, la centrale nucléaire de Chalk River (en Ontario) connaît des problèmes de fuites radioactives. Et cette centrale fournit des isotopes médicaux, éléments indispensables au traitement par radiothérapie des cancers. Le Canada, avec cette installation, fournit le tiers des isotopes médicaux utilisés dans le monde. Lisa Raitt monte donc au créneau et se met à phosphorer sur toutes les tribunes. Elle dame le pion à sa collègue de la Santé, qui accepte de faire profil bas.
La ministre est donc invitée par la chaîne de télévision CTV pour disserter sur la crise des isotopes médicaux et sur les chances de revoir Chalk River redémarrer. L’interview se passe très bien. Mais Lisa est une étourdie. Elle quitte sa loge et oublie sur une table une pile de documents ultra confidentiels. Les journalistes ne se privent pas de les lire évidemment. Le présentateur du journal télévisé en parle sur les antennes. Panique au sommet de l’Etat.
Le gouvernement fait tout pour que le contenu des documents ne soit pas divulgué et un juge ordonne leur restitution. On se demande encore si quelques journalistes facétieux n’avaient pas eu le temps de faire des photocopies. Au Parlement (Chambre des communes), l’opposition est aux anges d’autant plus qu’avant Lisa Raitt, l’ex-ministre des Affaires étrangères du même gouvernement conservateur, Maxime Bernier, avait aussi « oublié » des documents classés secret défense chez… sa maîtresse. Cela commence à ressembler à un attelage de « thiounés ».
Pendant que Stephen Harper défendait urbi et orbi la belle Lisa Raitt dans cette affaire de documents oubliés, un autre scandale éclate. L’attachée (ou ligotée) politique de Mme Raitt avait enregistré par erreur une conversation avec sa patronne. La ministre qui s’épanchait sans retenue trouvait la crise des isotopes « sexy » et espérait qu’une bonne gestion serait rentable pour sa carrière politique.
Quand on sait que près de 35 000 Canadiens suivant un traitement contre le cancer vivent des moments terribles en attendant une solution de rechange, la ministre a franchement fait preuve d’un opportunisme nauséabond. Pis, elle s’en prend, dans le même enregistrement, à sa collègue de la Santé, une Amérindienne, qu’elle traite d’incompétente et de dépassée par les événements.
La réaction de l’opinion publique, des syndicats de médecins et des personnes atteintes de cancer a été tellement virulente que Lisa Raitt s’est pointée illico devant les caméras pour présenter ses plates excuses et verser quelques larmes. Elle n’a pas manqué, question de se montrer humaine, de parler de son père et de son frère morts de cancer.
On se demande aujourd’hui, face aux assauts de l’opinion et de l’opposition plus que jamais déterminée à se payer la tête de Lisa Raitt, jusqu’à quel point Stephen Harper continuera à la soutenir. Ce qui est certain, c’est que la carrière fulgurante de la grande dame ambitieuse est terminée. Son retour sur le plancher des vaches n’est qu’une question de jour.
Espérons seulement qu’elle atterrisse sur ses pieds et non sur une partie un peu plus molle (du corps) mais qui fait très mal. Amen !
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
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