Les Echos du1er juin 2009
« PETIT PRECIS DE REMISE A NIVEAU SUR L’HISTOIRE AFRICAINE »
Mémoire Afrique rectifie le président Sarkozy
Sous la direction de Mme Adame Ba Konaré, directrice éditoriale, la Coopérative Jamana, au nom de l’Alliance des éditeurs africains, a procédé le samedi 30 mai 2009, au Collège Cheikh Anta Diop, au lancement du livre, Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy.
A cette cérémonie a été associéel’association Mémoire Afrique, une association lancée à l’initiative de l’ex-première Dame du Mali pour que « plus jamais, personne ne se hasarde à raconter des histoires sur l’Histoire africaine ».
Le livre prend pour prétexte le discours du président français Nicolas Sarkozy à Dakar en juillet 2007, où il affirmait que : « le drame de l’Afrique c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Oui, je veux m’adresser à tous les habitants de ce continent meurtri, et, en particulier, aux jeunes, à vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres et souvent tant haïs, qui parfois vous combattez et vous haïssez encore mais qui pourtant vous reconnaissez comme frères, frères dans la souffrance, frères dans l’humiliation, frères dans la révolte, frères dans l’espérance, frères dans le sentiment que vous éprouvez d’une destinée commune, frères à travers cette foi mystérieuse qui vous rattache à la terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération et que l’exil lui-même ne peut efface… »
Dans l’ordre, Adame Ba Konaré a été la première à prendre la parole pour placer l’événement dans son contexte et surtout expliquer l’accueil qui a été réservé au livre. « Il a enregistré, selon son éditeur français (Ndrl : La Découverte), le taux de vente le plus élevé de sa catégorie ». Elle dira également que toutes les grandes surfaces, en France l’ont fait trôner en bonne place.
Le projet, qui est parti du discours de Sarkozy à Dakar, a enregistré des articles produits par d’éminents spécialistes, même si toutes les contributions ne sont pas dans le livre. Certains articles, en effet, sont seulement sur le site de Mémoire Afrique.
Après Adame Ba Konaré, la directrice éditoriale, ce fut Mme Catherine Coquery-Vidrovitch qui développera le thème : « Un essai de périodisation de l’Histoire africaine ». Kléna Sanogo, le directeur de l’Institut des sciences humaines parlera de « Innovations et dynamiques créatives dans la préhistoire africaine », et « Universalité des valeurs et idéal d’humanité en Afrique : témoignages d’explorateurs » a été développé par le Pr. Drissa Diakité, ex-doyen de la Flash.
L’ex-recteur de l’Université du Mali, Pr. Doulaye Konaté, parlera de « Le paradigme de l’opposition tradition/modernité comme modèle d’analyse des réalités africaines » et enfin Alioune Sall, de « la Renaissance africaine : un défi à relever ».
« Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy » a reçu le prix du livre anti-colonial de l’année 2009.
Le livre est subdivisé en quatre parties parmi lesquelles on peut retenir : La première - « Qui a dit que l'Afrique n'avait pas d'histoire ? » - s'attache directement à réfuter l'idée absurde de l'anhistoricité et de l'immobilité du continent. La seconde - « Un discours d'un autre âge ? » - s'efforce de comprendre l'origine des stéréotypes et les raisons de la pérennité des préjugés concernant l'Afrique en France.
La troisième - « Qui est responsable des difficultés actuelles de l'Afrique ? » - déconstruit l'entreprise de restauration du mythe de la mission civilisatrice de la France et de son action bienfaitrice et souligne les séquelles de l'esclavage puis de la conquête coloniale. Enfin, la dernière partie - « Qui a parlé de Renaissance africaine ? » - interroge l'avenir que Nicolas Sarkozy est « venu proposer à l'Afrique et lui oppose les pistes que les Africains s'efforcent de développer pour leur propre compte.
« Petit précis de remise à niveau sur l’Histoire africaine à l’usage du président Sarkozy » , a été préfacé par l’historien et chroniqueur sur RFI, Elikia M’Bokolo. Ce dernier a plongé dans l’histoire pré-coloniale et coloniale africaine pour démontrer que le continent noir doit être épargné par ce genre de jugement qui n’est autre que de la méconnaissance.
Mme Adame Ba Konaré n’a pas manqué de signaler dans son introduction le fair-play du président Sarkozy, qui a été le premier à recevoir un exemplaire du livre. Le président français, avec beaucoup d’amabilité à l’endroit de la directrice éditoriale et initiatrice du livre, Adame Ba Konaré, a reconnu publiquement au cours d’une tournée africaine qui l’a conduit au Congo que ses propos de Dakar étaient bien une erreur.
Dans son allocution devant l’Assemblée nationale congolaise en avril 2009, il a solennellement fait une adresse à Adame Ba Konaré, qu’il a gentiment nommée en reconnaissant cette fois-ci que le continent est bien rentré dans l’Histoire. Preuve que le livre a bien joué son rôle de remise à niveau de Sarkozy et de tous ceux qui méconnaissent l’Afrique sur le plan de l’histoire.
L’assistance composée de personnes de notoriété dans le domaine de l’histoire et de la culture comme le Pr. Bakary Kamian, Pr. N’tji Idriss Mariko, des hommes politiques et de la société civile, d’étudiants, entre autres, ont massivement effectué le déplacement dans la salle des fêtes du Collège Cheikh Anta Diop. Le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement étaient parmi les invités.
Après le débat, qui a pris près de 3 h, Adame Ba Konaré a consacré une trentaine de minutes à dédicacer des livres achetés comme du petit pain dans un kiosque installé pour la circonstance par les éditions Jamana, membre de l’Alliance des éditeurs africains.
« Petit précis de remise à niveau sur l’Histoire africaine à l’usage du Président Sarkozy » , est vendu à moitié prix en Afrique, soit 6500 F CFA au Mali. Le but, selon Adame Ba Konaré, est de le rendre accessible aux lecteurs africains.
Alexis Kalambry
Abdrahamane Dicko
Acceuil
HAMEYE FOUNE MAHALMADANE, S. G. DU SYLIMA
« L’Etat a tort dans l’affaire de l’ex-PDG Diawara »
Dans deux jours, le Syndicat libre de la magistrature (Sylima) et le Syndicat autonome des greffiers et secrétaires de greffe et parquet (Synag) boucleront un mois de grève illimitée. Le secrétaire général du Sylima, Hamèye Founé Mahalmadane, a bien voulu faire le point de la crise. Il se prononce sur l’affaire de la libération bloquée de l’ex-PDG de la BHM par le procureur de la Cour d’appel contre un arrêt de la Cour suprême et indique que son syndicat a décidé d’attaquer l’Etat devant le Bureau international du travail (BIT) pour entraves à la liberté syndicale.
Les Echos : L’actualité nationale est dominée par l’affaire de la libération de l’ex-PDG de la BHM par la Cour suprême. Mais il a été maintenu en prison sur injonction du procureur de la Cour d’appel. Pouvez-vous éclairer la lanterne du citoyen lambda sur cette affaire ?
H. F. M. :Moi, je trouve que c’est une grave atteinte aux droits de l’Homme. Je ne dis pas que les magistrats qui ont rendu cette décision sont blancs comme neige ou s’ils ont rendu une bonne décision. Je ne connais pas a priori le dossier ni la procédure. Mais je pense que dans un Etat de droit, si la justice rend une décision, l’Etat doit l’exécuter. Si l’Etat estime que ses agents (parce que les magistrats restent quand même les agents de l’Etat) qui ont rendu une telle décision sont fautifs, il doit leur demander des comptes. Le citoyen qui a bénéficié de cette décision de justice ne doit pas pâtir de ce refus de l’Etat d’exécuter une décision.
Si les faits sont fondés, moi je suis réconforté dans la lutte que je suis en train de mener. Je sollicite l’amélioration des conditions de vie et de travail des magistrats pour justement éviter de telles situations. Je pense que l’Etat doit mettre les magistrats dans les conditions où ils peuvent être au-dessus de la tentation et qu’ils soient très rigoureux quant à la qualité des décisions qu’ils rendent.
Aujourd’hui, l’Etat ne fait que récolter ce qu’il a semé. Il a voulu d’une justice au rabais et il ne peut qu’avoir des décisions au rabais ou en tout cas des verdicts qui ne l’agréent pas. Mais je crois que quel que soit le comportement d’un magistrat, l’Etat n’a pas le droit de refuser d’exécuter une décision de justice qui est rendue au nom du peuple malien.
Les Echos : Le Sylima que vous présidez et le Synag seront à un mois de grève après-demain, mercredi. Où en êtes-vous avec les négociations avec le gouvernement ?
Hamèye Founé Mahalmadane : Je ne sais même plus quoi dire. Il n’y a pas eu véritablement de négociations depuis le 4 mai 2009. Nous sommes surpris que le gouvernement distille dans l’opinion publique que c’est nous qui sommes opposés à cela. Nous prenons à témoin la commission de négociation. Nous avons à plusieurs reprises, demandé à cette commission de reprendre les travaux, mais c’est toujours le gouvernement qui est défaillant.
Les Echos :Il est pourtant dit que la rupture vient du Sylima et du Synag, que le Syndicat autonome de la magistrature (Sam) n’avait pas rompu le dialogue avec le gouvernement. Qu’en dites-vous ?
H. F. M. : La rupture n’a jamais été à notre niveau. Nous sommes vraiment surpris d’entendre cela. Ceux qui rapportent ces informations ne sont jamais venus nous demander notre point de vue sur la question. La rupture n’a jamais été de notre fait. Le gouvernement ne s’est jamais présenté à nous. Je vous fais une confidence : quand la question des indemnités de judicature a posé problème, nous avons dit à la commission de négociation que nous gelons le point concernant les indemnités et que nous souhaitons que les travaux se poursuivent sur les 14 autres points du préavis de grève. Mais le gouvernement ne s’est jamais présenté et n’a jamais voulu de ce dialogue.
Les Echos :On constate qu’il y a une valse de médiateurs de la société civile en votre direction. Sont-ils mandatés par le gouvernement ou le font-ils de leur propre chef ?
H. F. M. : Il y a beaucoup d’agitations autour de la question. Nous avons rencontré beaucoup de gens. Nous les avons rencontrés de jour comme de nuit. Nous les avons rencontrés même les jours fériés et chômés. Chaque fois qu’on rencontre un groupe, il est surpris parce qu’il constate que le discours servi à l’opinion n’est pas le bon. Dans ces différents groupes, il y a plusieurs catégories. Je peux préciser ici qu’à l’exception de la commission de conciliation, créée par arrêté, tous les autres médiateurs ont entrepris des démarches de leur propre initiative. Nous avons rencontré l’Union des religieux, qu’on appelle l’union sacrée, le chef des griots de Bamako, le Conseil national des personnes âgées, le bureau des organisations féminines, le comité de suivi du pacte de la justice et plusieurs autres associations féminines.
Je peux dire que les différents groupes qui interviennent peuvent être classés en différentes catégories. Il y en a qui sont venus parce qu’ils veulent récupérer le mouvement. Il y en a qui ont fait de leur profession la gestion des crises puisqu’ils en tirent un certain bénéfice. D’autres sont vraiment de bonne foi. On a franchement discuté avec ceux-ci. On leur a fait des propositions de sortie de crise. Ils sont retournés vers le gouvernement et l’on attend toujours le feed-back. Je pense que ces organisations, ces conciliateurs ont des problèmes pour se faire entendre. Cela prouve simplement que l’Etat ne veut pas de la négociation.
Les Echos : Le Barreau malien a lancé dans la nuit du vendredi 29 mai un appel en votre direction et le gouvernement. Comment jugez-vous cet appel ?
H. F. M. : On le prend à sa juste valeur. Le Barreau ne me surprend pas. On avait enregistré des rumeurs sur l’intervention du Barreau, il y a quelques semaines. Maintenant, on se pose véritablement la question de savoir si le Barreau est médiateur ou partie.
Les Echos :Depuis la semaine dernière, des tribunaux qui étaient paralysés par votre grève ont repris du travail. Le gouvernement a, semble-t-il, mis en place un dispositif visant à pallier les absences. Cela est-il vrai ? Si oui quel est votre jugement ?
H. F. M. : Ce problème a fait la une des journaux la semaine passée. Ce n’est véritablement pas un événement pour nous Sylima et Synag. Dans ce contexte, il faut voir deux situations. Il y a bien eu une ordonnance du premier président de la Cour d’appel pour désigner des intérimaires. Cette ordonnance ne se justifiait même pas en ce qui concerne les présidents des tribunaux. Parce que le statut de la magistrature dit en son article 36 que le président du tribunal est remplacé d’office par son juge du siège. L’ordonnance prise par le 1er président de la Cour d’appel est superfétatoire. Le deuxième problème concerne les juges de paix et c’est là que l’ordonnance du 1er président de la Cour d’appel est illégale.
A ce niveau, la loi dit que le 1er président peut, sur les réquisitions du procureur général, nommer un juge de paix intérimaire à la place d’un juge empêché. Mais la grève n’est pas un empêchement, mais un droit légal et constitutionnel. L’empêchement que la loi vise, c’est soit une vacance définitive en attendant que le Conseil supérieur de la magistrature puisse se réunir. Seul le Conseil supérieur peut muter, nommer ou révoquer des magistrats. Le 1er président n’a pas cette qualité. En réaction à cette illégalité, nous avons décidé d’attaquer l’ordonnance en question sur les plans national et international. Ce comportement du 1er président se comprend aisément. Il est un militant attitré du Sam. Il a observé la grève avec le Sam sans service minimum. Les pouvoirs publics l’ont appelé pour lui taper sur les doigts. Il essaye par cette manière de se rattacher.
Les Echos :Des informations ayant fait le tour des rédactions la semaine dernière font état de votre limogeage de vos fonctions de président du Tribunal de la Commune VI. Est-ce vrai ?
H. F. M. : Cela est faux et archi-faux. Un 1er président ne peut pas me relever de mes fonctions. Nous sommes nommés de la même façon par le Conseil supérieur de la magistrature. Il n’a aucune qualité et aucune compétence pour me relever de mes fonctions. Compte tenu du fait que je ne suis pas là, le juge au siège qui est là et qui est du Sam qui n’observe pas la grève assure l’intérim du président du tribunal que je suis. Cela est légalement prévu par le statut de la magistrature.
Les Echos : Nous avons la copie d’une déclaration dans laquelle vous attaquez l’Etat devant les instances du Bureau international du travail (BIT). Pourquoi une telle démarche ?
H. F. M. :C’est une procédure très simple que les conventions internationales auxquelles le Mali est partie mettent à la disposition des organisations syndicales aussi bien de travailleurs que d’employeurs. C’est la convention n°87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical. Le Mali a ratifié cette convention depuis le 22 septembre 1960. Cette convention dit que les organisations syndicales peuvent faire des réclamations ou porter plainte contre le gouvernement qui viole les dispositions de ladite convention.
Les violations que nous reprochons au gouvernement, c’est d’abord le refus de négocier depuis que nous avons déposé le préavis de grève et son intention manifeste pour briser la grève par des mesures illégales. Le Bureau international du travail (BIT) que nous avons saisi, se chargera de nous départager. Le gouvernement justifie sa position par le service minimum. Le comité chargé de suivre cette convention avait clairement dit au gouvernement que le service minimum tel qu’il est institué au Mali est contraire à la convention, donc ne peut pas s’imposer au syndicat. Sur ce fondement, nous avons fait une réclamation contre le gouvernement du Mali.
Les Echos : Quelle autre procédure avez-vous entamé sur le plan national ?
H. F. M. : Sur le plan national, nous avons constitué des avocats qui sont en train de monter le dossier. Dès la semaine prochaine, la Cour suprême sera saisie de notre requête.
Propos recueillis par
Abdrahamane Dicko
Acceuil
INVITE D’HONNEUR DE L’UNESCO
ATT défend sa gestion du conflit touareg
Invité d’honneur de la 29e semaine de l’Afrique organisée par l’Unesco, le chef de l’Etat Amadou Toumani Touré était sollicité pour « partager son expérience et sa vision » sur le thème « Culture de la paix : l’expérience malienne de la gestion consensuelle des affaires publiques et de la crise du Nord. »
Ancien instructeur para-commando, ex-chef d’unité spéciale et non moins ex-pensionnaire de l’Ecole de guerre… Bref, le militaire de métier qu’est Amadou Toumani Touré, président de la République du Mali, s’est trouvé confronté, à la tête d’un des Etats les plus pauvres, face à un choix lorsque le 23 mai 2006 des éléments de l’armée nationale sont entrés en rébellion contre son pouvoir.
C’était donc « un défi pour le soldat, le président de la République et le médiateur qui est intervenu dans la résolution de conflits en Afrique », avouera-t-il devant une salle garnie de personnalités au nombre desquelles le secrétaire de l’Unesco, Koisuro Matshura, des ambassadeurs africains à Paris et auprès de l’agence spécialisée des Nations unies chargée de l’éducation et de la culture.
Amadou Toumani Touré dira que dès les « premières heures de la mutinerie, il lui est apparu important de chercher un nouveau consensus national sur la compréhension et la gestion de cette crise ». De la même manière qu’il a pu réaliser la conduite de son système politique après son élection en 2002 dans le cadre d’une gestion consensuelle dont le principe est défini dans la formule « gouverner ensemble, dans le respect de nos différences ».
Une telle démarche soutiendra le conférencier, relève de « la volonté de renforcer le processus de démocratisation entamé dans des Etats qui ont assisté à la destruction de leur système de légitimation sociale par les politiques d’austérité dans tous les domaines de la vie socio-économique ».
A cet effet, s’écartant de son texte écrit, ATT, qui aime les anecdotes, a glissé comme par dépit, dans ses propos la question à lui posée par un jeune homme Touareg désœuvré qu’il voulait convaincre de ne plus suivre les trafiquants et d’intégrer les rangs de l’armée. « Dois-je choisir d’intégrer l’armée qui me payera une centaine de dollars par mois ou suivre les trafiquants qui, pour seulement trois voyages, me rétribuent à plus de deux millions de F CFA ? »
A entendre le président malien, les minables bases économiques de son pays ont été sapées par les politiques d’ajustement structurel imposées par les institutions financières internationales avec comme principale conséquence la privation de l’Etat « d’une grande partie de sa capacité de redistribution en faveur des couches sociales défavorisées ». Faut-il dès lors comprendre que la question du jeune Touareg restera sans réponse ? Le conférencier en tout cas n’a pas fait cas d’une quelconque réponse qu’il a dû donner à l’objection de cette pauvre victime du « trafic de cigarettes, d’armes et de munitions » qui a cours dans cette partie du Mali.
Le danger de l’économie de la drogue
ATT citera également pêle-mêle « la traite des humains avec les réseaux criminels d’immigration clandestine, la présence de salafistes » comme « autant de menaces transfrontalières dans cette bande sahélo-saharienne qui va de la Mauritanie jusqu’au Darfour ». « L’économie de la drogue qui a déstructuré les sociétés situées dans le Sahara, bouleversé les hiérarchies sociales et favorisé l’émergence de milices armées, est un danger encore plus redoutable », affirmera-t-il.
Le discours d’ATT, long de vingt-six minutes et écrit sur neuf pages recto verso, s’attachera à donner « une juste compréhension du résultat » de la méthode de gestion de la crise consécutive à la mutinerie du 23 mai. Ainsi, « deux points importants sont à retenir : la volonté de rechercher une solution politique à la crise doit s’adosser à une capacité de réponse militaire crédible », déclarera-t-il, soulignant que « c’est la combinaison intelligente des deux qui permet de faire face à un conflit de basse intensité en veillant à ce qu’il ne dégénère pas en conflit ouvert ».
Eclaté le 23 mai 2006, ce conflit a traîné en longueur sur plus de deux ans. Un temps nécessaire de patience fera comprendre ATT qui n’ignorait pas pourtant qu’un grand nombre de Maliens ne l’avaient pas compris dans sa méthodologie de mise en confiance des populations civiles, d’implication des leaders locaux dans la recherche de solution afin de préserver la cohabitation sereine et le brassage des populations. C’est pour cela, défendra-t-il, « je n’ai pas voulu un engagement à grande dimension de nos forces armées ».
Ce succès, croit-il savoir, est dû à deux facteurs essentiels qui demeurent « le niveau d’engagement personnel du chef de l’Etat dans la gestion de la crise et la contribution de chaque acteur à la solution ».
L’enseignement majeur de cette expérience et de cette vision fondée sur la gestion consensuelle du pouvoir « pourrait se résumer en ces mots : en démocratie, le fait majoritaire suffit pour gouverner, mais l’ouverture à d’autres forces politiques renforce les bases du système politique dans le pays. S’agissant des conflits, le fait militaire peut apporter des solutions de court terme mais la mobilisation des Institutions, des forces politiques, des réseaux sociaux et communautaires, la concertation avec les voisins sont un gage irremplaçable de paix durable ».
Foi d’un président sans parti politique, d’un soldat de métier et d’un médiateur reconnu.
Oussouf Diagola
(Paris)
Acceuil