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2009

Mois de Juillet

Les Echos du 22 juillet 2009

 

BNDA

Plus de 3 milliards de F CFA dilapidés

Immobilisations douteuses, passations de contrats de complaisance de prestation de service et de fourniture de mobiliers… sont des irrégularités de gestion reprochées à la Banque nationale de développement agricole (BNDA) par le BVG pour un montant de 3,28 milliards de F CFA dans son dernier rapport.

La BNDA , qui effectue toutes les opérations dévolues à une banque classique, était destinée, à sa création en 1981, au financement des activités du monde rural et était l’un des bras financiers de la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT). Ce qui lui vaut le qualificatif de « banque verte ». Elle était jusque-là l’une des rares banques à capitaux majoritairement détenus par l’Etat à connaître une embellie financière due à une orthodoxie de gestion.

Le Bureau du Vérificateur général (BVG), parti enquêter à la BNDA suite à des dénonciations, a levé le voile sur des pratiques qui jurent d’avec la transparence et la bonne gestion et qui ont causé un manque à gagner de plus de 3 milliards. Le BVG indique que les « faits signalés sont graves. S’ils sont avérés, ils auront un impact important sur sa situation financière ». Ce qui fait craindre à bien de gens, que la BNDA vive le même sort que la CMDT à cause de sa gestion calamiteuse.

Les irrégularités constatées sont principalement au niveau des acquisitions d’immobilisation, des sorties d’immobilisation et des passations de marchés. Selon le rapport 2008 du BVG, les acquisitions d’immobilisation n’ont pas été faites conformément aux bonnes pratiques : l’expression des besoins, le respect du budget, le bordereau de réception, la mise en concurrence.

Des matériels ont été achetés en 2007 et en 2008 sans expression de besoins, sans fiche d’imputation budgétaire et sans bordereau de réception. La procédure de mise en concurrence n’a pas été respectée dans certains achats d’immobilisation dont le montant est supérieur à 3 millions de F CFA.

Cette procédure n’est même pas respectée pour les achats de fournitures où la présentation de procès-verbaux de réception fait défaut. La livraison de certains chantiers abritant des distributeurs automatiques de billets de banque n’a pas été justifiée par des procès-verbaux de livraison. Rien que par ces pratiques, les vérificateurs ont décelé un trou de 381,16 millions de F CFA sur l’exercice 2007 et 2008.

Immobilisations volatilisées

En 2007 et en 2008, des immobilisations, estimées à 2,88 milliards de F CFA, sont sorties sans laisser de trace. Aucun document légalement établi n’a été présenté par les responsables de la banque comme pièces justificatives des biens comptabilisés comme étant sortis du patrimoine de la BNDA.

La mission du BVG croît à des sorties injustifiées pour la plupart des objets à l’exception d’un véhicule Toyota Prado ainsi que des dons de matériels informatiques à certains organismes. Le manque à gagner se chiffre à 2,88 milliards de F CFA.

La BNDA est de même épinglée dans la passation de contrat avec un notaire et un conseil fiscal de la place. Les deux contrats ont été passés de gré à gré alors que le seuil dépassait les 50 millions de F CFA fixé par le manuel de procédure de la banque. Le notaire a perçu 100 millions de F CFA au titre de ses honoraires dans le cadre « d’une mission juridique et de gouvernance ».

Cette prestation fait double emploi avec une autre mission dite « gouvernance » confiée à un cabinet et financé par l’Agence française de développement (AFD). La BNDA a commis l’impair d’éluder les taxes sur les 100 millions, notamment la TVA et les droits d’enregistrement. Les vérificateurs prennent le montant 100 millions comme un manque à gagner.

Le contrat avec le cabinet fiscal dont le montant s’élève à 14,16 millions de F CFA, a l’air d’un éléphant blanc. En tous les cas, le BVG dit n’avoir vu de rapport de l’étude objet du contrat.

La remise d’agios, estimés à 287,42 millions de F CFA, sans procès-verbaux de carence et en l’absence de listes de bénéficiaires non signées par le PDG ou le comité de recouvrement est une autre irrégularité constatée. Les agios annulés dans ces conditions sont qualifiés d’irrégularités de gestion par les vérificateurs.

Abdrahamane Dicko

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GREVE DE LA SANTE

Les hôpitaux pris en otage

C’est hier, mardi 21 juillet 2009, que le Syndicat national de la santé et de l’action sociale (SNSAS) a exécuté son mot d’ordre de grève contenu dans un préavis qu’il avait déposé le 25 juin 2009 au ministère du Travail, de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat.

La grève de 72 h du SNSAS qui prend fin aujourd’hui à minuit fait suite à l’échec de la médiation entre les syndicalistes et les autorités. Hier, au Centre hospitalier et universitaire (CHU) Gabriel Touré l’impact de la grève était perceptible.

Mais, à en croire, le directeur du CHU Gabriel Touré, Dr. Abdoulaye Néné Coulibaly, son établissement a fonctionné à 65 %. Les services d’urgence et le bloc opératoire travaillaient presque normalement. Mais, cela ne veut pas dire que la grève n’a pas été observée.

« Vous savez, l’hôpital Gabriel Touré est un établissement central très convoité, donc il s’agit de répondre aux nombreuses sollicitations en assurant le service minimum. C’est cela le côté humanitaire de la grève » , a expliqué Alassane Maïga, secrétaire aux revendications du comté syndical de l’hôpital Gabriel Touré.

Le secrétaire général du SNSAS, Pr. Mamady Kané, que nous avons rencontré, a affirmé que toutes les dispositions ont été prises pour assurer la réussite du débrayage. Aux environs de 10 h, ses équipes, qui s’étaient rendues sur le terrain, sont revenues confirmer l’application effective du mot d’ordre de grève.

« Nous ne pouvons pas confirmer que la grève a été vraiment effective sur le territoire national, mais nous allons dans les jours à venir faire le bilan » , a néanmoins noté Pr. Kané, rappelant le bien-fondé de la situation.

En effet, les revendications des grévistes sont relatives à la situation de l’Usine malienne de produits pharmaceutiques (UMPP) dont le personnel reste confronté au non-paiement de certaines primes et du développement social, la conciliation de procès-verbaux non honorés.

Aux dires du secrétaire général, le SNSAS exige la prise de mesures au profit de l’usine de fabrication de craies de l’Union des aveugles du Mali (Umav). « Cette usine est dans une situation catastrophique, au vu et au su de tous », a-t-il déploré. Et d’ajouter que le personnel de cette usine n’a pas vu la couleur de sa solde depuis plus de 6 mois.

La grève de la santé témoigne à suffisance du statu quo dans les négociations, car, selon certains, il est très rare de voir une grève nationale concerner l’ensemble des services de la santé.

Amadou Waïgalo

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KOULOUBA

Deux adolescents périssent dans les torrents

Deux jeunes de Koulouba (un garçon et une fille), âgés de 15 ans environ, ont été emportés par les eaux des pluies torrentielles qui se sont abattues lundi après-midi sur la capitale. Les corps des victimes ont été repêchés quelques heures plus tard à N’Tomikorobougou aux alentours du camp des gardes.

Contrairement à l’adage qui veut qu’après la pluie ce soit le beau temps, le lundi 20 juillet, c’était plutôt le mauvais temps à Koulouba. Deux jeunes résidents du quartier ont été emportés par les eaux de pluie. Leurs corps ont été retrouvés à N’Tomikorobougou dans la rivière qui passe derrière le camp des gardes .

Les deux victimes étaient accompagnées de deux camarades quand le drame se produisait. Ces derniers, qui ont eu la vie sauve, ont informé des passants de l’accident. Les familles alertées ont alors déclenché les recherches.

C’est à N’Tomikorobougou, derrière le camp des gardes, que le corps du garçon a été retrouvé aux environ de 16 h 30. Le corps de la fille ne sera repêché qu’aux environs de 18 h 30 dans un cours d’eau entre le camp et l’ex-ESS. Les deux corps ont été remis aux agents de la protection civile.

Des ponts et goudrons envahis

Bamako a été abondamment arrosé, par endroits, lundi après-midi. Les eaux qui ont fauché les deux jeunes n’ont rien épargné sur leur passage. Elles avaient envahi le petit pont que des usagers traversent obligatoirement derrière le camp des gardes pour relier Koulouba village. Seuls les engins traversaient difficilement l’ouvrage d’art.

Ce fut le même cas dans plusieurs quartiers de la capitale où des goudrons ont été, à défaut d’infrastructures de drainage de qualité, inondés. La ville de Bamako dispose de peu d’infrastructures de drainage qui ne sont pas en mesure de contenir les eaux en cas de fortes précipitations.

Les populations doivent redoubler de vigilance en cette période d’hivernage.

Sidiki Doumbia

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LE MALI D’ATT

Un pays à deux étages

La différenciation sociale n’est pas une nouveauté, mais elle est aujourd’hui beaucoup plus marquée et donc s’étale de façon ostentatoire.

Bien avant les élections, la tension de trésorerie était perceptible. Elle avait été mise au compte de l’organisation de celles-ci. Mais, les gens pensaient qu’après le scrutin, les choses allaient redevenir normales. Cependant, rien qu’en faisant le constat au seul niveau de l’administration générale, l’on s’aperçoit que la situation même si elle n’a pas empiré, elle ne s’est pas non plus améliorée.

Actuellement, dans des administrations d’Etat, il semble que les dotations en carburant ne se font plus normalement de même que les missions qui sont devenues rares. On dirait qu’il existe une sorte de restrictions dans les sorties des ministres. Le financement des missions fait défaut. Les services des impôts et de la douane, qui sont les pourvoyeurs de ressources pour l’Etat, ne font plus de rentrée d’argent à hauteur de souhait.

Partout, c’est la morosité. Et il semble même que les salaires de ce mois de juillet seront difficilement payés. « Doyen, parait-il que le salaire ne sera fait que jusqu’au 5 août ? Et pour ce qui est des mois à venir, il faut s’attendre à une situation plus compliquée. J’ai l’impression qu’il y a une part de vérité dans la tension de trésorerie dont on parle depuis. Or, d’autres agents de l’Etat se portent mieux aujourd’hui qu’avant. Il y a alors deux poids, deux mesures », disait un jeune fonctionnaire d’un département ministériel.

Preuve que les ressources de l’Etat sont limitées. Mais, malgré cette « disette », il y a des agents de l’Etat qui se tirent d’affaire. Ils se comportent en princes. Pour eux, la situation encore moins l’heure n’a rien de grave. Ce qui fait du Mali un pays à deux niveaux : le rez-de-chaussée pour les pauvres et l’étage pour les riches et intouchables. Certes, cette situation n’est pas nouvelle. Elle a toujours existé. Seulement, elle est maintenant beaucoup plus visible.

Les plus hautes autorités savent tout, mais ne font rien pour arrêter le gaspillage. Etant donné que ce sont des propres agents de l’Etat qui sont à l’origine de ses « travers », l’on comprend mieux pourquoi l’autorité ne sévit pas alors que le pays s’enfonce de jour en jour. Les coupables sont connus, mais ne sont guère inquiets.

Les proches de Koulouba ont tous les droits. Ils sont de toutes les fêtes malgré la récession. Dans un Etat responsable, la meilleure solution serait de supprimer certains postes ministériels qui, sont faits pour arranger certaines personnes. L’on songe notamment au secrétariat d’Etat et aux commissariats à… dont les titulaires coûtent gratuitement chers au « contribuable ».

Il en est de même pour certaines commissions nationales spéciales créées... dont on ne sent pas l’efficacité. Tous ces postes et commissions sont mis sur orbite en réalité pour arranger les proches du pouvoir et non pour rendre service à l’Etat.

Quel gâchis !

Mohamed Daou

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LIPTAKO-GOURMA

Plus de 20 milliards pour booster l'élevage

L'élevage est un secteur pourvoyeur de ressources pour le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Ces trois Etats ont mis leurs efforts en commun pour développer le secteur dans le Liptako-Gourma (zone commune aux trois Etats) à travers le Projet de développement dans la zone du Liptako-Gourma.

L'élevage occupe une place prépondérante dans l'économie du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Au Mali par exemple, le bétail et ses dérivés représentent le second produit d'exportation après l'or.

Le Liptako-Gourma, zone commune à ces trois Etats, est propice à l'élevage, d'où leur volonté d'y monter en commun un Programme de développement de l'élevage (PDELG). Le coût initial du Programme est estimé à 25,8 milliards de F CFA repartis comme suit : 8,7 milliards pour le Mali, 9,3 milliards de F CFA pour le Burkina Faso et 7,8 milliards de F CFA pour le Niger.

Jeudi dernier, le Parlement malien a adopté le projet de loi autorisant la ratification de l'accord de prêt pour le financement partiel de la composante du Mali. Le prêt s'élève à un peu plus de 1,301 milliard de F CFA.

Ce financement est assuré par la Banque islamique de développement (Bid) et a fait l'objet d'un accord signé le 8 mai à Djeddah (Arabie saoudite). Il est en vigueur depuis le 3 février 2005. La durée du prêt est de 20 ans avec un délai d'amortissement de 5 ans. Il sera remboursé au moyen de 40 versements semestriels à raison de 3 % payable le 1er février et le 1er août de chaque année.

Au Mali, le projet couvre la totalité de la région de Gao, partiellement Mopti (cercles de Douentza et Koro) et Tombouctou (cercles de Tombouctou et Gourma Rharous). Concrètement, il s'agit de la construction de parcs de vaccination et laboratoire, de marchés à bétail et d'aires d'abattage.

L'aménagement des mares et barrages de retenues ou de seuils de régulation, la lutte contre l'ensablement par la fixation de dunes, la culture du bourgou, la réalisation de puits pastoraux, le renforcement des capacités des éleveurs, la réalisation d'infrastructures routières, les infrastructures de santé et de production animale ainsi que la gestion des ressources naturelles... sont aussi au programme du projet.

Denis Koné

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SYSTEME EDUCATIF MALIEN

Halte à l’empoisonnement de la fonction enseignante !

C’est connu : assommé par un nombre indéterminé de coups, notre système éducatif est agonisant depuis fort longtemps. Il reste à ses bourreaux de lui donner le coup fatal.

L’histoire récente de l’école malienne se raconte en terme de coups où l’on retrouve toute la gamme de chocs violents : coup de soleil, coup de chaleur, coup de foudre, coup de théâtre, coups bas, coup de Jarnac et je ne sais quoi d’autres… Et si l’on devait porter plainte aujourd’hui (contre X peut-être ?) pour les préjudices portés à l’école et à la fonction enseignante, tous les éléments constitutifs du crime d’empoisonnement sont réunis.

L’élément légal : l’empoisonnement est un crime dans notre code pénal. Il s’entend par « fait, pour toute personne, d’attenter volontairement à la vie d’autrui, par l’effet de substances qui peuvent donner la mort plus ou moins promptement, de quelque manière que ces substances soient employées ou administrées et quelles qu’en soient les suites ».

L’élément matériel : je passe sous silence le fait (connu de tous) que notre système éducatif serve de « sujet d’expérience » (au sens scientifique de l’expression) pendant plus de 20 ans bientôt. Je laisse de côté le fait que, depuis la décentralisation des recrutements, le corps enseignant foisonne d’agents ou de toutes spécialités, ou de spécialités douteuses, ou sans spécialité [on en a rencontré cette année lors de l’examen d’entrée en 7e A fondamental qui n’a pas pu lire m2 (mètre carré !!!) et qui s’est contenté de dire « m deux » devant des autorités qui étaient dans la salle où il surveillait]. Passons. Et retenons seulement trois faits pour constituer l’élément matériel du crime d’empoisonnement contre notre école.

Premier fait :« ingestion de champignons hallucinogènes ». Cela se passe à l’IFM de Sévaré où « Monsieur Bras longs » est arrivé en 2007-2008, titulaire du baccalauréat et admis au concours d’entrée à l’Institut de formation des maîtres. Tout est normal jusqu’ici. A la rentrée 2008-2009, au lieu de passer en classe supérieure, notre « élève/maître » est recruté comme professeur et enseigne dans le même établissement. Accusation vérifiable !

Deuxième fait :« ingestion de tue-chien ». Nous restons à Sévaré. Cela se passe lors de la correction du bac le mardi 7 juillet 2009. Ce premier jour de la correction des épreuves écrites du baccalauréat malien, session de juin 2009, à peine 30 minutes de travaux, on découvre parmi les correcteurs des copies de philosophie un « professeur d’arabe » et deux étudiants de la Flash qui figuraient bien sur la décision de nomination des membres du jury de correction. Ils ont été sommés de rentrer sans délai à Bamako. Ils avaient déjà empoché les primes de séjour : rejoindre Bamako n’était pas un problème.

Troisième fait :« administration de toxine ». Nous restons dans les corrections des examens de fin d’année, mais cette fois-ci à Koutiala et la correction du Certificat d’aptitude professionnelle (Cap) suivie de celle du brevet de technicien (BT1 et BT2). Après la correction du Cap, une note de service, prise en toute responsabilité, est venue mettre fin, immédiatement, à la qualité de membre du jury de correction de deux jolies dames venues de Sikasso. Et pour cause : ces deux dames, formant une bonne dose de toxine pour notre métier, sont elles-mêmes candidates au BT2 de juin dernier, s’il vous plait !!! Pour elles aussi, rejoindre Sikasso relevait de la pure banalité, car chacune venait de se taper plus de 180 000 F CFA (séjour et frais de correction du Cap). Ordre aurait été donné à qui le mérite de reprendre la correction de toutes les copies de Cap que les deux méchantes dames ont massacrées.

L’élément moral : (l’intention coupable : administration volontaire de substances toxiques). Ici, notre code pénal est clair : il y a crime par empoisonnement si la volonté d’attenter à la vie de la victime est établie. Si c’est dû à une faute (maladresse, imprudence, inattention, négligence, inobservation des règles…), il n’y a pas crime mais « délit par imprudence ».

Or, dans les cas ci-dessus, personne ne peut me convaincre qu’il n’y a pas volonté manifeste de tuer notre système : ceux qui proposent de tels individus et ceux qui les choisissent comme correcteurs des copies de nos enfants sont tous des enseignants formés dans nos grandes écoles. Ils savent donc, plus que tout le monde ce que cela peut causer comme désastre pour les candidats et comme humiliations pour le corps enseignant (du moins pour ceux d’entre nous qui en ont conscience !)

Laissons cette mauvaise enquête judiciaire : je ne suis pas magistrat, mais il faut apprendre à évoluer chez les autres dès l’instant où nos propres élèves commencent à nous arracher notre profession. Plus sérieusement donc, examinons le cas de ces correcteurs insolites et intéressons-nous au comment des choses (le pourquoi est connu : l’argent, l’argent a tout prix et rien que l’argent !) Comment des responsables d’établissements privés, légalement créés (je le suppose !) peuvent-ils pousser le mépris pour le sérieux des évaluations au point de proposer des étudiants sans diplôme et des élèves (candidates à l’examen qu’elles devaient corriger, ayant déjà corrigé le Cap !) comme correcteurs de copies d’examens ?

Comment comprendre que cette ignominie puisse échapper à tout contrôle et qu’une décision nationale l’entérine sans le moindre soupçon ? Comment admettre que les intéressés aient accepté un cadeau aussi toxique pour eux-mêmes d’abord et pour l’image de l’école malienne ensuite ? Comment ne pas désespérer de tout dans ce pays qu’on aime, qui fait notre fierté mais qui, par la faute des hommes, pourrait devenir, bientôt, une « maladie honteuse » pour tous les citoyens consciencieux ? Que font nos grands syndicalistes face cette clochardisation de notre profession ?

Sous tous les cieux, un syndicat se définit comme « groupement constitué pour la défense d’intérêts professionnels ou catégoriels ». Le corps enseignant malien est-il dirigé par des syndicalistes ou par des syndicataires ? Il a été heureux d’apprendre qu’à Kayes, au cours de cette année 2008-2009, des responsables syndicaux aient demandé des comptes aux autorités sur un fait non moins inadmissible que ceux ci-dessus : le grand Kader, puissant secrétaire général du comité AEEM de l’IFM de Kayes aurait été déclaré admis et à son examen de l’IFM et au baccalauréat malien de la même année scolaire 2007-2008, alors que non seulement les deux examens se sont déroulés à la même période, mais aussi l’IFM est à Kayes, et Kader était inscrit candidat libre à Kita. Même s’ils n’ont pas eu gain de cause, c’est un signe encourageant que des enseignants, ayant une conscience aiguë de notre mission de formation du citoyen, aient posé ce problème à qui de droit.

Et c’est à cela qu’il faut inviter les collègues enseignants. Mais, au lieu de poser des actes concrets comme l’ont fait les collègues de Kayes face au cas Kader, nous nous contentons d’alimenter les causeries de nos « grins » par la narration de faits gravissimes que nous banalisons. Or, pilier après pilier, notre profession est en train de s’écrouler, avec notre complicité passive. Nous devons faire l’effort d’aider le pouvoir en lui disant la vérité ; comme le dit l’autre à propos de ce que devrait être le comportement d’un intellectuel : « Dire non, quand le oui n’est pas possible ».

Pour l’école malienne donc, il faut donner le signal d’alerte maximum, car elle est déjà au fond d’un grand gouffre où elle doit se relever d’abord pour ensuite entamer la remontée qui peut durer des dizaines d’années. Si des gens sans foi ni loi, sans autre souci que de faire fortune, si des individus dont le bréviaire est un bordélique lui bouchent la sortie avec des reptiles de tous genres, il faut se dire que le pire est à venir.

Il faut franchement souhaiter beaucoup de chance et de courage à l’actuel ministre de l’Education, le Pr. Salikou Sanogo, dont l’intégrité morale est presque légendaire. Seulement, il me semble que ceux qui, comme lui et un de ses prédécesseurs, feu Pr. Mamadou Lamine Traoré, ont une conception classique et mythique de l’Etat, ceux-là n’ont plus de chance réelle de s’imposer dans l’administration malienne. C’est amer, mais c’est comme ça.

Moussa Sissoko

(professeur de lettres modernes)

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« GENDARMES COUCHES » A BAMAKO

Le laxisme fait le lit de l’anarchie sur nos voies

Les ralentisseurs de vitesse, appelés couramment dos-d’âne ou « gendarmes couchés » poussent comme des champignons sur nos routes. Que font nos autorités pour les interdire ou du moins les réglementer ? Certes les ralentisseurs ont permis de réduire les accidents, mais ils occasionnent paradoxalement des dégâts sur les véhicules et participent au vieillissement précoce du parc auto.

Pour faire face à la recrudescence des accidents sur nos routes, des autorités municipales n’hésitent pas à ériger de gros « dos-d’âne » ou « gendarmes couchés » pour ne pas dire « gendarmes debout » sur des routes construites à coup de milliards de F CFA. Aujourd’hui, de façon presque unanime, les habitants affirment qu’il y en moins d’accidents grâce aux nouvelles installations mises sur la route.

« Les accidents ont sensiblement diminué. La traversée de la route est plus facile. Les véhicules sont obligés de ralentir une fois dans le village. Le revers de la médaille, c’est l’inadaptation des ralentisseurs qui devient alors une gêne et source de dommages pour les véhicules. C’est vrai les ralentisseurs diminuent les risques d’accident, mais il est souhaitable que les gendarmes couchés soient bien faits. Les usagers de la route décèlent des erreurs et les considèrent comme dangereux pour eux » , reconnaît Alou Traoré, transporteur en commun.

Il poursuit : « Les dos-d’âne sont longs et hors normes, ils occasionnent des dommages inestimables sur les véhicules.   Une voiture dont les freins sont défectueux peut glisser et déraper s’il mo nte sur un dos- d’âne ».

Fustigeant eux aussi l’installation tous azimuts des ralentisseurs, des motocyclistes disent craindre pour ceux qui ne sont pas encore habitués ou qui ignorent (les étrangers) les transformations inopinées sur nos routes. Sur certaines routes, des « dos-d’âne sont érigés suivant l’humeur des résidents sans aucune notification préalable, sans panneau de signalisation, ce qui ouvre la voie aux chocs et aux collisions surtout de nuit » .

A quand les passerelles du PDES ?

Quid du décret du 5 juillet 2006 par le conseil des ministres portant réglementation des ralentisseurs de vitesse ? On se rappelle que ce projet fait cas des conditions et modalités d’installation des ralentisseurs. Sur la plupart de nos routes, il est impossible de parcourir trois kilomètres sans butter à un dos-d’âne. Au nombre des gendarmes couchés jugés trop nombreux sur l’axe Lafiabougou au terminus, d’autres dos-d’âne viennent s’ajouter, suscitant le mécontentement les usagers. « On est obligé d’emprunter d’autres routes. Trop c’est trop », martèle un chauffeur.

Si la plupart des accidents ont pour origine les facteurs humains, la conception de nos routes en est pour beaucoup. On a l’impression que nos autorités, incapables de réfléchir pour créer, ne savent même pas bien copier l’exemple des pays voisins. Pourquoi ne pas s’inspirer de l’exemple sénégalais en matière de ralentisseurs ?

Au pays de Wade, le badigeonnage des rares dos-d’âne de la capitale, Dakar et les reflets lumineux sur les grandes artères rendent visibles et praticables les routes de jour comme de nuit. A Dakar, pour trouver une solution définitive aux accidents des piétons dans la circulation à des endroits, les autorités sont en train de construire des passerelles. Pourquoi Séméga qui se dit grand commis d’ATT n’a pas eu le réflexe de faire un tour à Dakar ? A quand les passerelles « made in PDES » ?

De plus en plus, les usagers demandent la suppression des dos-d’âne ou à défaut les réglementer. Certains techniciens des transports soutiennent que la suppression est loin d’être la solution. Pour eux, il faut que les conducteurs prennent conscience des dangers de la route en respectant le code de la route. « Si les gens respectaient le code de la route, il y aurait moins d’accidents ».

Il est temps que nos autorités soient plus entreprenantes dans l’érection des ralentisseurs. Et que l’on sache que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

Amadou Sidibé

 

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