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2009

Mois de Janvier

Les Echos du 09 Janvier 2009

 

MARCHE UNITAIRE DU 30 DECEMBRE 90

A la recherche d’une unité jamais perdue ?

Demain, samedi, 10 janvier, le CICB abritera une cérémonie commémorative de la Marche unitaire du 30 décembre 1990. Nostalgie ou Don Quichottisme ?

Selon les initiateurs, l’objectif principal de cette commémoration est de « renouer avec les valeurs fondatrices des Partis issus du Mouvement démocratique et des associations et organisations démocratiques, de renforcer l’ancrage démocratique et de créer un espace d’action et de réflexion entre les différents acteurs ».

Cependant, la question que l’on se pose, c’est : pourquoi le 30 décembre ? Pourquoi cette date par rapport à la panoplie d’autres ? Pourquoi pas le « Manifeste de Dakar ? »

Dans la hiérarchie des faits ayant conduit à la chute du régime, le 30 décembre n’a ni la primauté ni la plus grande pertinence.

Aujourd’hui, il y a eu beaucoup de tentatives de ressouder les morceaux d’un Mouvement qui, à jamais, a vécu.

Le Mouvement démocratique s’est sabordé, par la faute des animateurs, voulant très souvent juste occuper le fauteuil. Autre question : qui est derrière cette commémoration ? Car, à juste raison, il y a lieu de s’inquiéter et de s’interroger sur ce tardif éveil, après des tentatives dans d’autres sens.

Attendons samedi.

A Kalambry

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APRES LA DEMOLITION AU BULLDOZER DE MAISONS

Dianguinébougoumarche sur lamairie de la Commune I

Les victimes de la casse des maisons à Dianguinébougou et Nafadji, réunies au sein de l’Association « Dianguinébougou Wèrèda », ont marché le mercredi 7 janvier sur la mairie de la Commune I à Korofina pour réclamer leurs parcelles suite à la démolition de leurs maisons en août 2008.

En 2004, la mairie de la Commune I a mis une croix sur des maisons de Nafadji Dianguninébougou à casser. En août 2008, ces maisons ont été effectivement démolies, mais depuis plus rien en termes de compensation. Lasses d’attendre, les victimes sont « descendues » sur la mairie. Selon le porte-parole de l’Association Dianguinébougou Wèrèda(ADDW), Bah Koïta, les autorités municipales leur avait dit que « ces terrains appartiennent à la mairie et que c’est une zone de recasement », alors que, ajoutera-t-il, lui et ses compagnons d’infortune ont eu le terrain avec un vieux cultivateur il y a de cela 25 ans.

« La mairie a refusé toutes négociations. Nous avons saisi la justice. Les preuves que la mairie a apportées pour démontrer que le terrain lui appartient avec des numéros de parcelles ont toutes été vérifiées au domaine chargé des terres qui a confirmé que le terrain de Nafadji n’est pas une zone de recasement. La justice a conclu que les parcelles que la mairie a montrées n’était pas celles de Nafadji, donc ne nous concernait pas. Malgré cela, elle a quand même démoli nos maisons » , a expliqué M. Koïta.

La marche de l’ADDW était soutenue par le Mouvement des sans voix et la Plate-forme des quartiers victimes des démolitions dans le district de Bamako. Selon Tahirou Bah, un des responsables, la Plate-forme regroupe des quartiers comme Kognoumani, Yirimadio, Lafiabougou Bougoudani, Niamakoro, Sabalibougou et les déguerpis du stade 26-Mars. Elle a pour objectif de soutenir les pauvres personnes qui sont sans abri à cause de certaines mairies.

La Plate-forme des quartiers victimes des démolitions dans le district de Bamako est née d’une convergence avec l’ADDW pour lutter contre la spéculation foncière, les expulsions et les démolitions dans le district de Bamako. L’association accuse le gouvernement d’être à la base des démolitions dont le ministère de l’Administration territoriale et des Collectivité locales qui casse les maisons des pauvres au profit des hauts cadres de l’administration, de la justice, des commerçants spéculateurs et la bourgeoisie.

A en croire M. Bah, une marche sera organisée pour protester contre le régime policier du général Amadou Toumani Touré. Il a indiqué que la lutte continuerait jusqu’a l’atteinte des deux objectifs du mouvement, c’est-à-dire le retour pur et simple des victimes sur leurs terres et leurs dédommagements sans délai.

Aminata Traoré

(stagiaire)

 

 

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JOE BIDEN SUR LA PRESIDENCE OBAMA

“Capable de redonner aux USA leur place”

A un pas de l’investiture de Barack Obama à la magistrature suprême, le vice-président élu des Etats-Unis d’Amérique, Joe Biden, n’a pas caché son optimisme sur la future administration, dont il sera l’un des maillons clefs. Il a réitéré que le 44e président des USA a les qualités requises pour rendre à l’Amérique ce qui était le sien, diplomatiquement et économiquement.

Les observateurs avertis de la scène politique américaine décrivent généralement le vice-président élu des USA comme un non partisan de la langue de bois, un “homme qui excède le plus souvent dans les propos” avec une franchise et une clarté inébranlables. C’est pourquoi, comme lors des élections historiques de novembre dernier, ses adversaires politiques utilisent généralement ses propres mots contre lui. Hélas ! Celui qui est toujours sénateur de Delaware jusqu’à sa prestation de serment, n’a rien perdu de ce qui lui est familier dans ses discours. Il l’a prouvé lors de la très populaire “Larry King Live” de la chaîne de télévision CNN dont il était l’invité il y a quelques jours.

M. Biden pense qu’avec deux guerres à gérer, une crise économique “sans précédent depuis l’ère Roosevelt” et une Amérique “moins considérée dans le monde”, “Barack Obama est capable de répondre aux attentes en remettant l’économie sur les rails et en nous redonnant notre place dans le monde”. Une énième mise en évidence des tares du système Bush, mais surtout une accentuation des propositions faites par son mentor Obama. L’on sait que ce dernier a mis sur la table un plan de relance de l’économie d’une valeur de 700 milliards de dollars et qu’il multiplie les rencontres depuis son installation le week-end dernier dans un hôtel prestigieux de Washington, à deux pas de la Maison Blanche.

Comme pour justifier la pertinence de tous ces efforts, Biden a précisé que “Barack et moi croyons qu’il y a deux roues de sorte à ce scooter. La première est la liquidité des marchés financiers, qui a de l’argent à prêter. Les consommateurs et les entreprises doivent avoir de l’argent à leur disposition pour des prêts. Mais l’autre extrémité est la croissance économique nécessaire à travers la création de 2,5 millions d’emplois que nous estimons nécessaire. Après consultation avec notre équipe économique et nos collègues républicains et démocrates au Sénat et à la Chambre, nous espérons pouvoir bénéficier de l’adhésion de ces derniers à travers une législation”. L’énergie et l’environnement seront deux des secteurs les plus exploités, a-t-il encore rappelés.

L’effet Obama

Aussi en ligne de mire, la régulation de Wall Street avec la fin du “laisser-faire” et des défaillances similaires à celle de l’affaire Madoff.

L’économie à elle seule ne pourra pas rétablir le leadership américain dans le monde ; il faudra aussi une bonne politique diplomatique. Le chemin menant à cela sera une résolution judicieuse des guerres en Irak et en Afghanistan, qui ont sérieusement écorné l’image des USA dans le monde. Joe Biden persiste que “nos forces de combat quitteront l’Irak dans deux ans. Obama l’a promis pendant la campagne et nous le ferons”. Un retrait certain, mais pas bâclé. L’ancien chef emblématique de la commission des relations extérieures du Sénat a indiqué que l’Amérique s’attellerait à réconcilier les différentes factions iraquiennes avant de quitter et s’assurera que “l’Irak peut s’autogérer sans pour autant être une menace pour ses voisins” .

L’autre coin chaud qui nécessitera une révision de stratégie sera l’Afghanistan. En ce pays, M. Biden voit une “situation très difficile” due à une “négligence” coupable des USA et de leurs alliés, qui, à l’en croire, n’ont pas fourni les ressources humaines et matérielles nécessaires pour une mission efficace. “Nous avons besoin de déployer immédiatement plus de troupes en Afghanistan pour aider à le stabiliser. Mais à elles seules, celles-ci ne résoudront pas le problème” .

Toutes choses qui contribueront certainement à soigner l’image des USA et à restaurer leur primauté dans le monde. Cependant, bien que chevronné en relations internationales, Joe Biden se dit inquiet du fait que l’Amérique est particulièrement attendue à ce niveau sous Obama. “Beaucoup de dirigeants m’ont contacté et j’avoue que leurs attentes sous Obama sont immenses. Ils ont soif d’un président ouvert et qui reflète les valeurs cardinales de notre pays”. A ses dires, la pression s’est déjà pointée parce que “bien avant son investiture, Obama a déjà une image positive incroyable à travers le monde. Cela devra être suivi par des actions, car le monde veut voir le leadership américain”.

Qui parle de diplomatie parle nécessairement de secrétaire d’Etat. Hillary Clinton, qui succédera à Condoleezza Rice à la tête du département d’Etat n’aura pas de repos même si son charisme et sa détermination pourront l’aider à réussir les objectifs à elle assignés. Joe Biden n’a pas tari d’éloges à son égard en la qualifiant de “personne conséquente et de réelle voix pour Obama”. Il s’est aussi félicité de la familiarité de l’ex-First Lady avec les dirigeants du monde. Surtout qu’elle a visité 85 pays en tant que première Dame.

Ogopémo Ouologuem

(USA)

 

Un vice-président exceptionnel ?

Croyant que le rôle d’un vice-président dépend des circonstances et de ses relations avec le président de la République, Joseph Robinette Biden a affirmé qu’il serait le “conseiller en chef” d’Obama dans toutes ses prises de décision et non dans un domaine quelconque. Ce qui, selon lui, a d’ailleurs été le cas jusqu’ici. Cependant, est-il conscient que le dernier mot revient toujours au président. M. Biden sera très suivi dans ses actions, surtout par les Républicains, avec à leur tête le vice-président sortant Dick Cheney, qu’il a qualifié de “pire vice-président que les USA aient eu”.

Engagement au Moyen-Orient

Joe Biden promet que l’administration Obama s’impliquera sans retenue pour une résolution définitive du conflit israélo-palestinien. Le futur président s’abstenant à tout commentaire sur les bombardements qui ont lieu depuis environ deux semaines au motif qu’“il y a une seule administration en un temps”, son dauphin, un partisan du dialogue, ne cache pas son engagement pour un dénouement heureux de cette crise de plusieurs décennies. “Nous n’aurons pas la paix à moins que nous continuions d’essayer”. Pour prouver son optimisme, il a donné l’exemple des Irlandais et des Anglais qui ont passé “300 ans sans s’entendre”. Comme pour dire que le coup est encore jouable. Voila qui ferait bien d’heureux dont son S. E. Abourabah.

 

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MAMADOU KEITA REPRESENTANT DE L’AME

« La venue de Brice Hortefeux est une provocation »

Mamadou Keita, un expulsé de France représentant l’Association malienne des expulsés (AME), s’insurge contre la visite du ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire de la France Brice Hortefeux au Mali pour tenter d’obtenir la signature d’accord d’immigration concertée visant selon certains, à faire expulser des Maliens sans papiers. A ses yeux, la venue de Hortefeux est une provocation. Interview.

Les Echos : Quel commentaire faites-vous de la visite de M. Hortefeux ?

Mahamadou Keïta : Pour nous, c’est pour venir encore provoquer les Maliens et c’est clair que l’Association malienne des expulsés et tous les membres du collectif de soutien s’opposent à cette visite de provocation d’autant plus que son objectif est de signer un accord qui ne nous profite pas. Nous savons depuis longtemps que Bamako et Paris se concertent pour signer cet accord qui heureusement traîne un peu malgré les tractations entreprises par la France auprès de nos autorités qui, semble-t-il, mesurent les conséquences d’un tel accord. A notre niveau, nous regardons les autorités qui doivent résister aux pressions car c’est la quatrième tentative du ministre Hortefeux.

Les Echos : Au cas où le Mali signe l’accord que peuvent en être les conséquences immédiates ?

M. K. : En tant que représentant de l’association malienne à l’aéroport, j’assiste tous les jours à une moyenne de deux Maliens expulsés de la France ce qui fait à peu près 45 à 50 personnes expulsées. Si jamais cet accord est signé, c’est la voie ouverte à une expulsion massive et facile des Maliens de France. Aussi, on a constaté l’expulsion d’autres nationalités vers le Mali, ce qui est susceptible d’occasionner des préjudices diplomatiques. Alors que l’accord n’est même pas signé, nous assistons à des expulsions de toutes sortes de nationalités vers notre pays qui est devenu un dépotoir. Quand on va accueillir nos compatriotes expulsés de France, il arrive de voir des Népalais, des Pakistanais…

Les Echos :Certaines informations révèlent que tous ceux qui détiennent le passeport malien ne sont pas forcément des nôtres. Autrement dit, les documents officiels du Mali sont à la disposition de tous. Qu’en dites-vous ?

M. K. : Je n’ai pas trop de commentaire sur ça parce que nous au sein de notre association travaillons sur la question des refoulés. Mais j’avoue que sur le terrain nous constatons que certaines nationalités possèdent certaines pièces du Mali. Vraiment on ne sait pas comment ils font pour avoir ces documents. Au sein de l’AME, nous avons estimé qu’en fourrant trop notre nez dans cette affaire, on risque de s’exposer. C’est déplorable mais il va falloir maîtriser ce phénomène car il porte trop de préjudice à l’image du Malien.

Les Echos : Au sujet de la visite du ministre Hortefeux, quelles sont les actions que vous avez entreprises pour exprimer votre désaccord ?

M. K. : Nous ne sommes pas restés les bras croisés. Nous organisons à chaque fois des manifestations, des sit-in. Mais, au Mali les manifestations de ce genre sont très difficiles, surtout en cette période. Nous allons essayer au cours de la visite du ministre français de mobiliser les Maliens et les défenseurs des droits de l’Homme. Nous avons organisé hier (Ndlr : jeudi 7 janvier 2008) au Centre Djoliba un débat public sur la question de l’immigration et d’expulsion.

Propos recueillis par

Amadou Waïgalo

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GESTION FONCIERE AU MALI

Une poudrière au bord de l’explosion

Sacrifiant à la tradition, le Médiateur de la République vient de présenter son rapport annuel 2007 aux présidents des institutions et à la presse nationale. Faisant le point de la situation, Mme Diakité Fatoumata Ndiaye a souligné que les réclamations des citoyens et des usagers en 2007, sont identiques du point de vue de leur typologie à celles des années antérieures.

Dans le rapport 2007 du Médiateur de la République, on note la récurrence des problèmes fonciers mettant en cause les personnes publiques, notamment les mairies des communes urbaines et rurales. Un constat qui nous amène une fois de plus à nous intéresser à la gestion foncière dans notre pays. Cette question est une vraie bombe qui menace la stabilité du pays si elle n’est pas désamorcée à temps.

Expropriation illégale, fausses lettres d’attribution, batailles juridiques autour des héritages fonciers, démolition de quartiers spontanés, dédommagements détournés à d’autres fins, tension permanente entre paysans et éleveurs, détournements des terrains et d’espaces alloués aux activités de jeunesse… ! Voilà le cocktail explosif des litiges fonciers au Mali. Des conflits qui datent de la nuit des temps et qui ne cessent de s’aggraver avec la croissance démographique, les catastrophes climatiques, l’urbanisation sauvage et la cupidité des élus communaux.

La question foncière est devenue centrale au Mali, entraînant de nombreux conflits depuis la fin des années 1980. Ces conflits pour l’accès à la terre, qui font couler du sang chaque année, sont alimentés par le manque de clarté en matière de gestion foncière. Selon les textes, toutes les terres appartiennent à l’Etat. Mais, dans les pratiques et usages, elles sont gérées par le chef de village et les chefs coutumiers. Ces derniers peuvent ainsi attribuer, prêter ou vendre une terre. L’acquéreur ne dispose alors d’aucun titre de propriété, l’attribution définitive de la terre demeurant une prérogative régalienne.

La décentralisation n’a fait qu’exacerber le problème car ce n’est un secret pour personne que le foncier constitue l'une des principales ressources financières des mairies. Le problème aurait été moindre si les recettes foncières étaient réellement utilisées au profit du développement communal au lieu d’enrichir les élus et leurs formations politiques. Tous les moyens sont donc bons pour eux pour se remplir les poches. D’où la multiplication des spéculations foncières avec par exemple des lots à usage d’habitation attribués à des dizaines de personnes à la fois. Ce qui entraîne des conflits, voire des affrontements entre les prétendus propriétaires.

Série d’affrontements sanglants et meurtriers

Les conflits fonciers ne cessent de se multiplier. La presse nationale se fait ainsi les échos des affrontements, généralement tragiques, entre paysans et éleveurs (entre des Peuls et des Soninkés à Yéréré dans la région de Kayes), entre héritiers… Sans oublier le litige foncier survenu dans la préfecture de Ké-Macina, entre deux communautés paysannes. Le pays a connu une série noire en la matière quand ce ne sont des populations frontalières qui essayent de régler leurs différends par des affrontements sanglants et meurtriers. Ainsi, il y a près de deux ans, on a impuissamment assisté à des conflits entre un village situé dans le cercle de Tominian (Mali) et son voisin de la préfecture de Djibasso (Burkina Faso). On a assisté aux mêmes scènes dramatiques entre les villages frontaliers du Mali et de la Guinée.

La capitale ne fait pas exception à ce drame foncier lié à la très mauvaise gestion du cadastre. Les litiges fonciers font légion à Bamako où les élus n’hésitent même plus à monnayer les terrains de sports, les espaces verts, les lieux de cultes… morcelés et attribués abusivement. Dix personnes peuvent se retrouver banalement avec la même lettre d’attribution. Ainsi, de source officielle, près de 10 000 lettres d’attributions fictives circulent à Bamako. Ce qui avait conduit les autorités maliennes à suspendre provisoirement l’attribution de nouveaux lots, notamment à Bamako et à Kati.

On comprend alors aisément que le phénomène des litiges fonciers soit aujourd’hui une vraie bombe à retardement qui menace la stabilité socio-politique du Mali. Et cela, malgré l’existence des textes et lois élaborés pour éviter ces litiges qui, malheureusement, se multiplient non seulement dans les centres urbains mais aussi dans les zones rurales. Cela se comprend aisément pour qui sait que, au Mali, la question foncière a une dimension historique, socioculturelle, politique et économique.

A qui la terre ?

Comment alors adapter sa gestion à l’évolution même de la société malienne ? La terre appartient à qui aujourd’hui ?... Autant d’équations qu’il faut urgemment résoudre pour désamorcer cette bombe socio-politique. La gestion foncière doit, de nos jours, s’adapter à la croissance démographique et surtout au contexte actuel de décentralisation qui confère une certaine légitimité aux collectivités locales en la matière.

Il faut nécessairement faire l’état des lieux. Dans cet exercice, certains pointent du doigt les insuffisances notoires de la législation en vigueur. En effet, la loi n°02-008-ANRM du 12 février 2002, relative au code domanial et foncier, connaît aujourd'hui des difficultés d'application dues à l'ignorance et au non-respect des textes législatifs et réglementaires par ceux qui ont en charge l’attribution de la propriété foncière ou qui ont en charge de trancher les litiges fonciers.

Ainsi, ils dénoncent la mauvaise tenue du livre foncier (rendant difficile l'exploitation des archives foncières) et l'insuffisance des outils de gestion foncière. Pourtant, cette loi reconnaît les droits fonciers coutumiers. Elle prend aussi en compte la décentralisation, institue le cadastre et fixe les conditions et procédures d'immatriculation, d'acquisition et d'expropriation des immeubles.

Malheureusement, non vulgarisés, ces textes sont encore méconnus des usagers et souvent sciemment mal interprétés par ceux qui sont chargés de leur application. Cette insuffisance est la cause directe de plusieurs tensions et conflits fonciers. Si la gestion foncière est une vache laitière pour les élus communaux, les conflits qui en résultent représentent la poule aux œufs d’or pour les magistrats qui sont des recours indispensables pour les trancher.

La part belle aux riches

Au tribunal ou à la cour, ce n’est pas le code qui prime forcément, mais la puissance financière de l’un des protagonistes. A ce niveau, c’est la raison du plus… riche ! Combien de pauvres ont perdu leur héritage foncier au profit d’opérateurs économiques véreux ? Ils sont innombrables. « On ne résoudra jamais la question foncière tant que la loi permet à une seule personne d’avoir autant de propriétés foncières qu’il peut. Certains ont une centaine de lots à d’usage d’habitation alors que d’autres n’ont même pas un lopin de terre. Cette dernière couche sera toujours la victime de la spéculation foncière qui est organisée de manière à l’exclure financièrement », s’indigne un enseignant à la retraite.

Des spécialistes, comme Yaouga Félix Koné, dénoncent aussi le fait que le nouveau code foncier malien ait introduit des mécanismes juridiques importés tels que l'immatriculation. « Cela donne une valeur mercantile à la terre et fait d’elle un bien appartenant à l'Etat. Or des conflits apparaissent car ce code s'oppose aux conceptions locales et coutumières du foncier (propriété foncière accordée en fonction des fondateurs). Si l'on veut parvenir à un développement rural les pratiques coutumières doivent être prises en compte », conseille-t-il en se référant à l’exemple des Sénoufos de Zégoua (Kadiolo, 480 km au sud de Bamako).

L’organisation des Etats généraux du foncier à travers le pays découle-t-elle d’une prise de conscience des autorités maliennes par rapport à la nécessité de revoir la gestion foncière au Mali ? Ce qui est sûr, c’est que, officiellement, elle vise à dégager les éléments d'une nouvelle politique consensuelle de réforme foncière adaptée au contexte de développement économique et social du pays.

Ce qui nécessite la mise en place d’un système de gestion domaniale et foncière juste, équitable, durable et surtout, applicable à tous ! Un système fondé sur une coexistence non conflictuelle des droits moderne et coutumier en faveur de la sécurisation foncière et du développement de l'investissement privé et des activités de production.

Dan Fodio

 

Justice aux femmes

Dans le droit coutumier malien, les femmes sont exclues de l’accès à la propriété foncière. Pourtant, elles participent largement à l’exploitation des terres. Dans les conflits fonciers de plus en plus répandus, elles sont aussi les principales lésées, avec des conséquences sur la sécurité alimentaire des familles.

La Loi d’orientation agricole d’août 2006 a bien organisé leur protection, suite à d’importantes concertations auxquelles elles ont participé. Mais, comme toutes les législations en faveur de la femme, cela ne changera pas grand-chose si ce texte n’est bien pas interprété et bien appliqué. C’est à ce niveau que les femmes n’ont plus généralement leur mot à dire.

Parmi les acteurs du monde rural, les femmes jouent un rôle central au Mali. Paradoxalement, elles sont les premières affectées par l’insécurité foncière. Elles représentent 51,6 % de la population dans les campagnes, constituent 60 % de la main-d’œuvre agricole et apportent environ 80 % de la production alimentaire. Mais, nos mères et sœurs font face à un statut précaire au regard du droit coutumier, qui ne leur reconnaît pas le droit d’être propriétaires des terrains qu’elles cultivent.

Ces dernières années, la spéculation foncière s’est accélérée dans le pays et nos mères et sœurs sont les premières victimes de la concurrence qu’elle génère. Sans titres de propriété, souvent sans revenus pour accéder à des parcelles dont le prix est devenu trop élevé, elles n’ont pas non plus accès au crédit.

« La femme n’est en général pas propriétaire des terres. On lui prête toujours un bout de terrain à cultiver, mais il appartient à sa famille ou celle de son mari. Pour que les femmes puissent devenir propriétaires comme les hommes, le droit coutumier représente un frein » , dénonçait Mme Aminata Diarra, présidente de la Fédération nationale des associations des femmes rurales (Fenafer) dans une récente étude sur la question.

Très sereine, elle avait poursuivi, « nous-mêmes, nous ne pensons pas pouvoir être à égalité sur ce plan-là avec les hommes, parce qu’ils sont chefs de famille. Ils ont la responsabilité de nourrir la famille, même si nous y contribuons pour une grande part. Le rôle de la femme dans l’agriculture est très important, mais le responsable, c’est le chef de famille ».

La présidente de la Fenafer avait conclu en soulignant que, « nous, femmes rurales, nous ne cherchons pas à obtenir de grandes superficies, mais nous voulons qu’une femme qui veut travailler et produire puisse trouver un lopin de terre et avoir l’assurance de pouvoir continuer à le travailler durablement, sans passer d’un lopin à l’autre. Mais il ne s’agit pas d’abandonner complètement le droit coutumier, car il renferme beaucoup de choses positives pour les femmes. Par exemple, les hommes ont le devoir de les protéger ».

Gageons que les Etats généraux sur le foncier ont ténu compte de cet aspect.

D. F.

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EPILOGUE

Les papiers de la terre

La législation foncière n’est pas la même partout en raison du mode d’occupation de l’espace qui est libre dans certains pays et conditionné dans d’autres. En Europe occidentale, l’évolution historique fit que la terre fut réservée aux seuls privilégiés provenant essentiellement de la noblesse et de la grande bourgeoisie qui, de ce fait, ont pris des dispositions légales pour ne plus en être dépossédées.

En Amérique du Nord, les Européens, chassés de leurs pays par la misère consécutive au chômage industriel, se livrèrent à de vastes opérations d’expropriation faites sur les indigènes locaux. Leurs forfaits accomplis, les voleurs et les brigands firent adopter des textes de loi leur conférant des droits de propriété sur ces terres volées. En conséquence, l’occupation de la terre fut libre dans les campagnes, mais fut rendue payante dans les villes où les Français et les Libano-syriens se mirent à acheter aux notables locaux des terres jugées infertiles que les acquéreurs transformèrent aussitôt en magasins et en boutiques.

La vente des terres, chez nous, commence donc sous la colonisation, d’abord dans les villes, puis petit à petit dans les campagnes. Mais, le phénomène ne se généralise pas, la vente de la terre, dans beaucoup de villages, étant interdite aux chefs de village sans l’avis des autres chefs de famille.

La grande spéculation foncière est celle qui s’installe dans les villes depuis la colonisation. Ce commerce devenant lucratif, la pression devint très forte sur la terre et des gens se spécialisèrent dans ce trafic. Ayant pignon sur rue dans les grands quartiers de la ville, ces spéculateurs vendent les maisons bâties, les concessions, les plantations et les terrains nus.

Certains de ses spéculateurs, appelés « coxeurs », sont arrivés à se faire une petite fortune pendant que d’autres sont allés en prison et y croupissent depuis des années. Les maires, qui déjà vendaient eux aussi sous la IIe République ont pris le relais des « coxeurs » après 1996 avec l’application de la réforme de la décentralisation. Les communes étant également pauvres, mais obligées de fonctionner sur budget propre, n’ont d’autre choix que de vendre des terres pour survivre. Les maires, aussi bien des communes urbaines que des communes rurales, se sont alors mis à vendre, pour la mairie et pour eux-mêmes.

Dans ces conditions, beaucoup d’élus et d’employés sont devenus au grand jour de redoutables spéculateurs fonciers qui vendent même sur le sommet des collines et dans le lit des cours d’eau. Sous la IIIe République, il fut un temps où après seulement 2 ans de fonction, l’agent municipal, par la spéculation foncière, pouvait se passer de son maigre salaire et vivre honorablement. Mais, les ventes se faisant en désordre dans un pays où les gens n’ont pas l’habitude de faire des documents écrits sur la propriété foncière, les pouvoirs publics exigent de plus en plus des réformes pour qu’au moins l’Etat sache qui possède quoi et sous quelle forme.

La confection des cadastres et des autres documents similaires procède de cette volonté d’apporter plus de lisibilité dans la gestion foncière des communes et des municipalités ; elle est faite aussi pour rationaliser la gestion du foncier de façon à permettre à l’Etat d’en tirer profit en faisant payer aux propriétaires fonciers des taxes et des impôts prélevés sur l’exploitation de leurs terres.

Le procédé n’est pas nouveau, mais c’est son application systématique qui faisait défaut en raison des implications diverses de sa réalisation. Il est évident que beaucoup de ventes effectuées dans les mairies se faisant dans l’illégalité, les agents, ne voulant pas se compromettre, falsifient les documents, de telle sorte que beaucoup de bâtis, soit n’ont pas de titre, soit en ont un qui est trafiqué. D’autre part, on a du mal à le comprendre, mais certaines vieilles familles de Bamako n’ont aucune espèce de papier et il ne viendrait à l’esprit d’aucun agent municipal d’aller le leur demander, ces choses-là faisant partie de tout ce que tout le monde sait ou doit savoir.

Dans tous les cas, le cadastre n’étant autre chose que le recueil des titres de propriété remis à jour et vu la pagaille foncière installée dans le pays, sa réalisation et sa normalisation sont une nécessité pour l’administration.

Facoh Donki Diarra

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AIGLONS

Le cas Sambou doit interpeller Malifoot et le ministère

Nombreux sont les joueurs qui éprouvent du plaisir à porter les couleurs de l’équipe nationale. La sélection nationale devient encore plus attrayante quand il s’agit d’aller disputer une phase finale de Can toutes catégories confondues ou d’un Mondial.

Au Mali, jouer en équipe nationale toutes catégories confondues semble être une corvée pour certains depuis quelque temps à cause du climat malsain entre Malifoot et les encadrements techniques.

Les sportifs maliens n’ont pas du tout apprécié la guéguerre née du refus de certains joueurs. En son temps, des sportifs comme Djimi Traoré ont pris leur distance avec l’équipe nationale. Et après sa prise de fonction, le sélectionneur des Aigles, Stephen Keshi, avait entrepris une opération séduction pour tenter de ré-motiver les professionnels en rupture de banc avec l’équipe nationale. Malgré ce travail psychologique, le sélectionneur n’est parvenu à convaincre que trois joueurs sur la dizaine appelée.

Moussa Sissoko, un Malien de Toulouse (Ligue 1 française) a refusé l’offre de jouer avec les Aigles. Cette attitude de Moussa est condamnable, car elle est indigne d’un joueur professionnel. Hier, il s’agissait du défenseur toulousain. Demain, il pourrait s’agir de Modibo Diakité ou de Lassana Diarra et au bout du compte, l’équipe nationale de son vivier potentiel.

Le cas Sambou Yatabaré, né d’un père malien et d’une mère sénégalaise, appelé au regroupement de Kabala dans le cadre de la 16e édition de la Coupe d’Afrique des nations (Can junior) qui aura lieu du 18 janvier au 1er février 2009 à Kigali (Rwanda), et finalement remercié par l’entraîneur Djibril Dramé en est un autre.

Pour cette compétition, le coach des Aiglons a retenu une liste de 20 joueurs pour défendre les couleurs du Mali dont six expatriés. « Il revenait d’un long voyage et avec le climat…tout un paramètre qu’on doit prendre en compte », estime un entraîneur qui a requis l’anonymat et d’ajouter qu’un « entraîneur avec une philosophie et une stratégie de l’équipe est responsable du choix de son groupe ».

A en croire notre interlocuteur, Djibril Dramé n’a rien à se reprocher au contraire il faut plutôt s’en prendre aux émissaires qui au lieu de prôner le dialogue ont voulu lui mettre la pression. A signaler que Sambou Yatabaré avait disputé le 18 novembre 2008 à Rouen (France) le match amical Algérie-Mali.

Le joueur Sambou en acceptant de répondre à la convocation du sélectionneur de l’équipe de France Espoirs malgré sa ferme volonté de porter les couleurs de son pays d’origine prouve qu’il avait d’autres options.

A Malifoot et au ministère de veiller sur les dossiers sensibles du genre. Face à la situation, les différentes parties doivent publiquement enterrer la hache de guerre. Et s’engager résolument à travailler pour le développement du sport. De manière à permettre aux sportifs, appelés à défendre les couleurs nationales, de retrouver un cadre approprié d’expression en sélection nationale. Sinon les rapports conflictuels entre dirigeants ont suffisamment fait du tort aux sélections nationales toutes disciplines confondues.

Ça suffit !

Boubacar Diakité Sarr

 

 

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Du nouveau aux éditions jamana

Un para à Koulouba

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Droit et pratique du droit au Mali

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Les pièges du destin

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Le mouvement mondial des femmes

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