Les Echos du 4 Février 2009
MAIRIE DE LA COMMUNE I
Les raisons de l’annulation de la décision n°071/MCI-DB
Les malversations constatées dans l’attribution des 500 parcelles aux déguerpis de Nafadji ont motivé l’annulation, par le maire de la Commune I, de la décision n°071/MCI-DB . C’est une autre commission domaniale en gestation qui veillera au grain.
En 2004, l’on dénombrait moins d’une vingtaine de soubassements sur le site de Nafadji en Commune I. Mais, entre cette date et 2007, des concessions y ont poussé comme des champignons. Ce qui a conduit la mairie de la Commune I à initier une opération de démolition des maisons illicites.
Cette affaire des 84 ha reste pendante devant la Cour suprême. Pendant plus d’un an, la mairie et les déguerpis sont à couteaux tirés autour de sa gestion qui doit prendre en compte le recasement de certaines populations de Fadjiguila, Banconi, Doumanzana, Sikoro et Nafadji dont les besoins sont estimés à 1400 parcelles. Mais puisque, dit-on, la mairie n’a pas la possibilité de satisfaire à cette « exigence », les deux parties ont convenu de la mise à la disposition de Nafadji de 500 parcelles devant être affectées aux déguerpis réels.
« Nous nous sommes compris, populations et mairie, de mettre au bénéfice de Nafadji 500 parcelles sur les 1400 tout en donnant la priorité aux bénéficiaires réels. Et les 500 parcelles ont été attribuées sur la base du nom des ayant droit communiqués à la mairie qui, à son tour, a procédé à des vérifications dans le registre. Les noms fictifs qui y figuraient, à la demande de la mairie, ont été annulés et remplacés » , explique le maire de la Commune I, Mme Konté Fatoumata Doumbia.
Selon elle, la liste des bénéficiaires des 500 parcelles a été arrêtée par les populations de Nafadji elles-mêmes dans le cadre d’une sous-commission domaniale regroupant des chefs de quartier, les représentants du village de Nafadji. Voilà qui a inspiré la prise de la décision n°071/MCI-DB du 17 octobre 2008 par le maire de la Commune I, affectant les 500 parcelles au village de Nafadji.
Coup de théâtre
L’encre ayant servi à la rédaction de cet acte n’ayant même pas séchée, des voix discordantes se sont levées. Aux dires de l’édile, c’est une partie de la population qui s’est levée en saisissant la mairie pour dire que plus de la moitié de gens qui disent être des déguerpis réels ne le sont pas et qu’en aucune manière ne peuvent être bénéficiaires de parcelle.
C’est dans ce remue-ménage que les contestataires ont adressé une pétition au gouverneur du district avec ampliation à la mairie. C’est ainsi qu’une mission d’enquête composée de deux représentants du gouverneur, du président de la commission domaniale et de son rapporteur de la mairie de la Commune I, des représentants du village de Nafadji se sont rendus sur le site.
De leur constat, il ressort que les 500 lots sont tombés au bénéfice de certaines personnes alors qu’elles ne sont pas du nombre des déguerpis réels. A la lumière de cette conclusion, le gouverneur du district a instruit le 30 janvier 2008 au maire de la Commune I, d’annuler non seulement la décision n°071/MCI-DB, mais aussi de mettre en place une autre commission domaniale pour que les 500 parcelles aillent aux déguerpis recensés.
Néanmoins, le contentieux de Nafadji est loin de s’éteindre. Les populations vont-elles s’entendre sur la répartition des 500 parcelles ? Qui est déguerpi réel, qui ne l’est pas ? Quel sort sera réservé à ceux qui ont déjà payé les 153 000 F CFA pour avoir leur notification et permis ? Ceux qui seront écartés ne vont-ils pas aussi crié aux malversations ? Autant dire que Mme Konté Fatoumata Doumbia et son équipe ont encore du pain sur la planche.
Mohamed Daou
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IBRAHIM AG BAHANGA
Le début de la fin ?
Maintenant que Bahanga a goûté à sa propre médecine, quelle sera la suite des événements ?
Depuis mai 2006 et le début de l’odyssée sanglante d’Ibrahim Ag Bahanga, les Maliens ont vécu toutes les émotions. De la colère à la frustration, de la résignation au dégoût, mêmes les plus pacifistes et les plus paisibles citoyens ont manifesté une exaspération certes légitime. D’une part, personne ne comprenait exactement les motivations de celui qui souhaite sans doute porter l’étiquette - peu glorieuse sinon que dans les esprits pervers - d’éternel rebelle ; d’autre part, il est clair qu’à part des attaques sanglantes et des massacres gratuits, aucune stratégie cohérente ne guidait l’homme dans son équipée funeste.
Ses premières revendications, et pour l’instant les seules connues, trouvaient leurs réponses dans l’Accord d’Alger, de l’avis même de son porte-parole, grand amateur de micros et communiqués inopportuns. Mais, se croyant toujours fin finaud et apte à obtenir davantage, il s’est lancé dans un jusqu’au-boutisme qui, probablement, lui sera fatal. Il y avait, quelque part, en lui, une conviction que l’armée ne pouvait rien faire. Et surtout, sa promesse inconsidérée à des jeunes aux prises à des doutes existentiels, qu’il leur ouvrira grandes les portes des forces publiques au bout de la rébellion, est révélatrice du dogmatisme qui le guide.
Je pense qu’une des erreurs d’Ibrahim Ag Bahanga et de ses suiveurs a été de sous-estimer la capacité de riposte des forces armées maliennes. Il est vrai que de Kidal à Menaka, d’Ansongo à Abeibera, de Diabali à Nampala, il avait opéré ses raids meurtriers pour se replier quasiment sans dommage. D’où, certainement, sa conviction que la partie adverse était sclérosée sinon chloroformée.
En moins d’un mois, cependant, il est passé du statut de roi du désert à celui de rat du désert ; de traqueur à celui de traqué. Et, l’on pourrait même dire que, pour la première fois de sa vie, Bahanga a pris conscience qu’il vit sur du temps emprunté, pour reprendre une expression chère au milieu interlope. Ses deux principales bases de repli ont été détruites, plusieurs de ses sbires capturés et embastillés, d’autres sont morts sur le champ de bataille. Et, selon les informations les plus crédibles, son principal lieutenant et exécuteur de basse besogne, a été alpagué par les forces armées et cela constitue un revers important. Il a même libéré, sans tintamarre ou fanfaronnades habituelles, les trois derniers otages militaires qu’il retenait.
Au moment où nous sommes, il semble qu’une pause soit en vigueur dans les affrontements. Les colonels El hadj Gamou et Ould Meydou qui mènent l’opération ne sont pas des hommes très diserts et c’est tant mieux ainsi. Le champ d’expression d’un vrai officier est le champ de bataille, et là, ils ont livré la marchandise. Les Maliens sont seulement en droit d’espérer que la bande criminelle sera acculée dans ses derniers retranchements et mise hors d’état de nuire.
Traqueur traqué
L’armée est en train de se réconcilier aujourd’hui avec le peuple, le peuple qu’il doit défendre à tout prix, au prix de tous les sacrifices. Il est remarquable de noter que cette armée malienne a réussi sa mutation et l’intégration massive des éléments arabo-touareg n’y est pas étrangère. Dans toutes ses opérations, elle a fait preuve de professionnalisme et de retenue : pas une bavure n’a été signalée de sources crédibles. Les tentatives pathétiques de certains individus de créer des génocides (imaginaires) ont lamentablement échoué. Je l’ai dit et je le répète pour que les sourds entendent : l’armée de 2009 n’est pas celle de Diby Silas. Elle ne se trompe pas d’ennemis et sait exactement ce qu’elle vise par ses opérations. Elle a tardé à montrer ses muscles, mais elle a fini par le faire. C’est un motif de soulagement et de détente.
Toutefois, il y a un enseignement principal à tirer de toute cette tragédie : Au bout du compte, personne n’en sortira indemne. Par son extrémisme et son refus obstiné du dialogue et de la mesure, Ibrahim Ag Bahanga porte sur sa conscience le poids moral du malheur de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants de l’Azawad que la peur et la propagande ont conduit de nouveau sur les chantiers de l’exil. En endoctrinant des éléments intégrés à l’armée et en les poussant à retourner leurs armes contre leurs compagnons, Bahanga a créé un précédent dangereux et les plaies ouvertes par cet antagonisme mettront des décennies à cicatriser.
Alors que des milliers de Touareg n’aspirent qu’à vivre dans la paix et la dignité, l’aventure criminelle d’Ag Bahanga les a mis dans une position inconfortable. Alors, quand le flibustier du désert tente de s’ériger en défenseur de la cause touareg qu’il a réinventée à sa propre sauce indigeste, il ne comprend simplement pas que sa communauté est la première victime de son irresponsabilité. Aussi, Bahanga portera devant l’Histoire et devant son peuple qu’il dit aimer et défendre, la responsabilité de la résurgence des antagonismes ethniques ou claniques. Des officiers au brillant avenir qui l’ont suivi doivent aujourd’hui se mordre les doigts…
Combien de fois faut-il le dire et le redire encore : les armes ne serviront jamais à booster le développement d’une région. Au contraire, l’état de rébellion est un frein puissant puisqu’il entraîne la suspension ou la fin de tous les projets porteurs. Chaque fois que Kidal fait la « une » pour les mauvaises raisons, ce sont des milliards de F CFA en investissements, public ou privé qui s’évaporent. Et le gouvernement malien devrait profiter de ce momentum, de cet avantage du terrain et de l’opinion publique pour relancer tous les projets de la région de Kidal, pour couper l’herbe sous les pieds des derniers extrémistes qui veulent étirer la sauce, pour prouver qu’enfin, la République est une et indivisible.
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)
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VIE POLITIQUE MALIENNE
Le fantomatique Mouvement citoyen
Alors que beaucoup s'attendaient à ce que le Mouvement citoyen se transforme en parti politique, Hamed Diané Séméga et ses camarades n'ont pas osé franchir le Rubicon : se contentant de rester une association apolitique, mais aux ambitions politiques clairement affichées.
Une association apolitique qui ne fait que de la politique ! Voilà ce qu'est le Mouvement citoyen. La convention nationale citoyenne n'a pas franchi le Rubicon en le transformant en une formation politique même si celle-ci avait les allures d’un congrès constitutif.
Il s'agissait en la circonstance de fédérer en une seule entité les nombreuses associations formelles et non formelles qui se réclament du président de la République Amadou Toumani Touré et inscrivent leurs actions dans le soutien à son Programme de développement économique et social (PDES).
Si l'intention des responsables est d'éviter une dispersion des forces et des énergies et d'avoir une unité d'action, cette intention cache mal "la concurrence déloyale" que le Mouvement citoyen fait aux partis politiques.
Selon le code électoral et la Charte des partis politiques, ce sont les partis politiques qui concourent à l'expression du suffrage même si les candidatures indépendantes sont admises. Et pourtant, le Mouvement citoyen participera aux élections communales, à en croire son président Hamed Diané Séméga. Serait-ce à travers des candidatures indépendantes ou sous la bannière du MC ? Les jours à venir nous édifieront.
Mais le plus grand malaise est que les partis politiques ne pipent mot de cette situation atypique qui décrédibilise la chose politique et la rend de plus en plus banale. Le Mouvement citoyen a un statut ambigu sur l'échiquier politique national.
En réaffirmant que le Mouvement n'était pas un parti politique Hamed Diané Séméga ne voulait point décevoir le président ATT qui a eu une obsession des partis politiques, même si ce sont eux, notamment ceux de l'Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) qui lui a offert sur un plateau d'or un second mandat.
Mais la crainte de Hamed Diane Séméga résulte de son inaptitude viscérale à affronter à visage découvert les partis politiques qui, sûrement, l'attendent au tournant de 2012.
Denis Koné
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