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2009

Mois de decembre

Les Echos du 18 decembre

 

INSECURITE AU NORD
Les chefs de gangs identifiés
Le Nord-Mali est pris en otage par des bandits de grands chemin qui sèment la terreur et font perdre au pays des millions de bénéfice susceptibles d'être tirés du tourisme. Un rapide tour d’horizon des bandes qui écument la région, souvent sous le couvert de l’islam ou des conflits irrédentistes.
Pendant longtemps, le Nord-Mali était connu, du fait que nous n’y avions pas d’emprise, comme un "no man’s land", une zone de passage pour petits trafiquants de cigarettes, de lait, du sucre et d'autres produits alimentaires.
Aujourd’hui, les trafiquants sont montés de plusieurs crans. Ils sont dans la drogue, les rezzous et les enlèvements. Parmi les plus grands, on peut retenir :
- Il y a d’abord le groupe de Abouzaïd. De son vrai nom Yahiya Abou Al Hamana, il possède de loin le groupe le plus puissant opérant dans le vaste désert. Il aurait pour base des collines de Tessalit. Ce serait également lui qui détiendrait le Français Pierre Kamatt et les deux Espagnols enlevés en Mauritanie. Abouzaïd est Algérien et est accusé de l’exécution de l’otage britannique et de l’agent de la Sécurité d'Etat, assassiné à Gao. Pendant longtemps, il n’avait aucun problème avec les autorités maliennes, puisque les enlèvements ne se faisaient pas chez nous.
- Abdelcrime est un Malien à la tête d’un groupuscule d’une trentaine de terroristes. Disciple d'Abouzaïd, il a quitté celui-ci pour "monter" son groupe. Selon des sources concordantes, il opérerait à l’ouest de Tessalit.
- Il y a également Moctar Ben Moctar, un Algérien dont le groupe est estimé à une cinquantaine d’hommes opérant au nord de Bourem.
Tous ces groupes, qui recrutent le plus clair du temps dans les anciens démobilisés, les marginaux et autres désœuvrés du Nord, jouent à cache-cache avec l’armée malienne. Dans le pire des cas, il y a toujours un parfum de trahison, du fait que certains "repentis" qui rejoignent les rangs ne le sont vraiment pas.
Ainsi, le grand problème décrié aujourd’hui par les porteurs d’uniformes est le fait que tous les ETIA sont commandés par des "intégrés", dont l’adhésion pleine et entière de tous n’est pas "prouvable". L’ETIA, Echelon tactique interarmes, est comme une base avancée, un renfort pré-positionné. Il se trouve que ce soit à Ségou, Goundam, Léré, Tombouctou, Gao, Kidal ou Menaka que tous les commandants de ces ETIA sont des intégrés. L’on cite même un cas où le commandant est secondé par son propre petit frère !
Le commandement est fortement interpellé pour revoir surtout ces aspects.
Alexis Kalambry

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DRAME DE LA ROUTE AU MARCHE DE MEDINE
Un bus de transport fait des blessés et des morts
Un grave accident de la circulation est survenu hier jeudi, vers 16 heures, au marché de Médine avec des morts et des blessés graves.
Il était environ 16 heures jeudi au marché Dossolo Traoré de Médine lorsqu'un autobus de Kingui Voyages, immatriculée S-4296-MD, a provoqué un accident de la circulation. Le bilan est de plusieurs blessés graves et d'un mort sur place et un autre blessé qui serait décédé au CHU Gabriel Touré.
La personne morte sur place est une jeune fille qui était sur une mobylette Djakarta en compagnie d'une amie. Elles ont été surprises sur leur monture et fauchées par l'engin avec beaucoup d'autres usagers : automobilistes, motocyclistes et piétons. La victime dont on ignore l'identité a été, selon des témoins, coupée en deux morceaux par la violence du choc. L'aide de camp de l'ex-première dame, Mohamed Zéina Bagayogo, inspecteur de police de classe exceptionnelle, un des témoins oculaires de cette scène macabre, a dû secourir les blessés et appeler d'urgence les sapeurs pompiers.
L'accident s'est produit du côté de la station Total. Le chauffeur en descendant la pente du marché en direction de la ville, a perdu le contrôle de son véhicule à cause de l'éclatement d'un pneu. La mastodonte qui roulait comme un objet inerte a cogné tout ce qui se trouvait sur son passage. Le bus fou a terminé son équipée à l'intérieur de la station Total après avoir cassé un pan du mur d'enceinte.
Ce n'est pas la première qu'un drame se déroule au marché de Médine. Des camions de transport de marchandises qui perdent l'usage de leurs freins ou pneus dérapent le plus souvent et tuent d'innocentes personnes. Un cas similaire s'était produit au même endroit, il y a quatre ans. Un camion avait écrasé des vendeurs de condiments et étalagistes avant de terminer sa course dans une pharmacie située près de la même station d'essence.
Les autorités chargées de la sécurité routière et publique sont interpellées pour circonscrire le danger qui plane sur cette partie du marché Dossolo Traoré.
Abdrahamane Dicko
Harouna Traoré

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HISTOIRE MALIENNE
C’est toujours Bamako
On peut dire qu’il y a des chantiers à Bamako, mais la ville reste d’une saleté écœurante et les mœurs ne changent pas.
L’annonce de la diffusion sur satellite des émissions de l’ORTM en Amérique du Nord, surtout au Canada, avait suscité un grand enthousiasme au sein d’une frange de la diaspora malienne, du moins parmi les crédules qui pensaient que quelque chose avait changé positivement dans la chaumière de Bozola depuis leur départ du pays.
Vous comprendrez aisément que je n’avais aucune intention de jeter 150 000 F CFA par les fenêtres pour me taper les discours soporifiques de "leaders" en super bazin ou les ronrons pires que des somnifères de quelques laudateurs endimanchés obnubilés par l’appât du gain. Disons franchement qu’après environ trois mois, la plupart des abonnés a perdu ses illusions. Plusieurs m’ont avoué avoir regretté leur dépense. Les traditionnels "ah on dirait que Bamako devient beau ont été remplacés par des soupirs qui en disent plus long que les mots".
Honnêtement, pensez-vous que Bamako est sur le chemin de la métamorphose, qui en ferait une capitale digne de ce nom ? Les chantiers que l’on voit à droite et à gauche sont révélateurs d’une frénésie du béton, mal récurrent qui frappe les républiques de bananes. On construit partout, n’importe comment.
Il n'y a aucun schéma d’aménagement cohérent. L’étalement urbain donne des vertiges. Les routes et les infrastructures vitales ne suivent pas. Dans certains secteurs de Kalaban ou Sébénikoro, il n’y a non seulement pas de caniveaux, mais il n’y a même pas de place pour en creuser. Et selon ce que j’ai appris depuis mon arrivée, la question foncière risque d’être la bougie d’allumage d’une très grande flamme sociale si les autorités continuent à traiter la question avec leur laxisme habituel.
Et, entre nous, franchement, n'y a-t-il pas moyen de rendre notre capitale plus propre, plus belle, plus présentable ? Combien de temps allons-nous continuer à inhaler cette poussière rouge, ocre, mauve, orange qui charrie des milliards et des milliards de microbes qui font de chaque Bamakois un cadavre ambulant ?
Combien de temps allons-nous continuer à être la seule grande capitale d’Afrique qui n’ait jamais eu une compagnie de transport urbain digne de ce nom ? Il est temps de sortir ces Sotrama et taxis du paléolithique supérieur de nos rues… Hélas ! Comme le disait un ami qui m’accueillait fraîchement : "si nous vivons ainsi, c’est parce que nous croyons cette situation normale". Ce raisonnement fataliste, répandu comme la peste bubonique du début du XXe siècle n’est pas en voie de guérison. Reste à espérer qu’un jour, le Mali aura le courage de se mettre debout, sur les jambes de ses fils et filles.
Au passage, j’ai appris une nouvelle absolument hilarante. Il paraît que j’ai arrêté d’écrire des chroniques dans "Les Echos" parce que le président Amadou Toumani Touré m’a offert 50 millions de F CFA et une maison. C’est exactement ce genre de méchanceté gratuite doublée de calomnie et de désir de détruire qui me dégoûte foncièrement chez certains de nos compatriotes.
Je ne sais pas si cela vaut la peine de m’étendre sur le sujet mais par respect pour les lecteurs, j’aimerais leur dire simplement que je ne pouvais plus écrire parce que tout simplement je fais partie des fondateurs du Risda-Mali, une ONG qui vient de trouver 25460 livres (gratuitement et sans entrer en concurrence avec les éditeurs locaux) pour les élèves et étudiants du Mali. La dernière fois de ma vie que j’ai vu ATT (et parlé avec), c’était en novembre 2000 à Paris.
Il y a une mentalité perverse dans ce pays, une perte de repères, de fierté et d’orgueil chez plusieurs individus qui pensent que tout le monde a un prix parce qu’eux sont prêts à toutes les compromissions, y compris une alliance immorale pour se faire de l’argent et s’infatuer d’orgueil. Désolé, mais je dois le dire : il y a encore des gens au Mali qui ont encore foi en Dieu.
Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)

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INSECURITE A BAMAKO
Terreur sur Faso Kanu
Un groupe de brigands, opérant à bord d’un véhicule, écume le quartier Faso Kanu depuis un certain temps. Les vols se multiplient et les habitants de ce quartier résidentiel sont obligés de se terrer chez eux, une fois la nuit tombée. Beaucoup de gardiens d’ailleurs font les frais, puisqu’il arrive régulièrement qu’ils en assomment.
Boubacar Bocoum est l’une des victimes sur laquelle ces malfrats semblent s’acharner. Dans la nuit de mardi à mercredi 17 décembre, ils ont ouvert sa porte avec une clef, pour emporter sa moto Honda 125 et un téléviseur. "C’était la seconde fois, la première fois, on m’avait piqué ma Djakarta", témoigne-t-il.
Aux environs de minuit, les cambrioleurs se sont introduits chez lui et munis d’un trousseau de clefs, ils ont ouvert la porte. Un oncle de Bocoum, qui faisait ses ablutions, les a surpris.
Dans le quartier, ce mercredi, on a donné la chasse aux malfrats qui ont été lâchés par leur véhicule. Ils abandonneront la voiture sur place pour s’enfuir à pied. La voiture est actuellement au niveau du 7e arrondissement.
A. K.

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SIKASSO
Ç a "riz" dans les bas-fonds
Pour l’autosuffisance alimentaire en riz, une organisation féminine s’élance dans la production du riz local dans les bas-fonds dans la région de Sikasso.
Dans le Sud du Mali, les bas-fonds et les petites plaines inondables couvrent quelque 300 000 ha dont 16 % sont cultivés. Plus de 90 % des 4500 villages de la région disposent d’un bas-fond ou d’une portion de bas-fond. On recense quelque 360 aménagements agropastoraux, couvrant une superficie d’environ 4100 ha et représentant un investissement de près de 5 milliards de F CFA, selon la direction régionale agriculture. Les bas-fonds assurent plus de 11 % de la production nationale de riz paddy, devant les productions fruitières (mangues, agrumes, bananes), maraîchères et de tubercules (patate douce et manioc, pommes de terre).
A Mali-Sud, pendant la saison sèche, les troupeaux, de plus en plus nombreux, utilisent les terres des bas-fonds comme pâturages et points d’abreuvement. A Sikasso, s’il est une partenaire sur qui l'on peut compter pour le développement, c’est bien la rurale, longtemps négligée et déconsidérée. Pied de nez à l'imaginaire populaire : les femmes rurales constituent aujourd’hui un pôle positif pour le développement.
L’effort à fournir est de les sensibiliser, de leur expliquer sans se prendre pour un connaisseur hors pair, de les organiser et de faire une bonne répartition des tâches à accomplir : les résultats seront alors à la hauteur des attentes.
Les rizicultrices des coopératives de Niéna et de Tiola, deux villages voisins, situés à 75 km à l’ouest de Sikasso, se partagent 150 hectares. Elles disposent de 130 hectares en plaine aménagée à l’est et de 20 hectares à l’ouest en plaine non aménagée.
La plaine aménagée à l’est du village reçoit des variétés flottantes ou riz de bas-fond, qui sont le plus souvent des variétés régionales, en ses parties basses (riz bouaké, malo ba diam, gambiaka, lanoyo, malo dié, télimani apportée de la région de Tombouctou et qui est une variété rapide et précoce…) et du riz dit pluvial en ses parties hautes (nérica, canogo…)
Sur le site situé à l’ouest du village ne sont cultivées que des variétés flottantes. Ces deux plaines n’ont pas de ressources permanentes d’eau, elles sont irriguées par les eaux de ruissellement. La découverte du riz pluvial nérica a permis de produire du riz en culture sèche dans les champs profitant comme les autres cultures des eaux de pluies.
Djénéba Sangaré, membre de la coopérative, rencontrée au marché de Niéna rapporte que "la Coopérative a été mise en place grâce a la volonté de Jean-Paul Dembélé. Elle s’est donnée comme mission de développer la culture du riz afin d’assurer l’autosuffisance alimentaire, de faciliter et d’assurer l’approvisionnement de ses membres en intrants (engrais, semences, herbicides) et la commercialisation du riz. Pour cela, la Coopérative traite avec les structures financières comme la BNDA et Kafo Jiginew, en contractant des prêts à court terme, remboursables en 10 à 12 mois".
A l'instigation de l’Assemblée régionale de Sikasso, le fonds japonais dit Fonds KR2 a financé l’aménagement en 2007 de 13 bas-fonds situés dans les cercles de Sikasso, Yorosso, Koutiala, Bougouni et Dioïla.
Cependant l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Aminata Diarra raconte : "Pour répondre aux besoins d’eau, il faudrait creuser de nombreux canaux à large diamètre afin de remonter l’eau et élaborer un système de vases communicants. Nous, productrices, sommes également confrontées à des difficultés d’accès aux facteurs de production comme la formation en techniques agricoles, les terres de culture". La commercialisation a été assez bonne. Le système de CSV (crédit stockage vivrier) a été adopté.
Ce système consiste à acheter le riz au moment des récoltes au prix du marché. Il est ensuite stocké durant 3 à 4 mois puis revendu au prix du moment. La différence des deux prix est remise aux productrices après solde de tout compte. Pour réduire considérablement les importations de riz et lutter contre la vie chère à la suite de l’augmentation des prix de certaines denrées alimentaires, dont le riz, il est nécessaire de soutenir et d’encourager les productrices locales dans leurs activités agricoles.
B. Y. Cissé
(correspondant régional)

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LUTTE CONTRE LA PAUVRETE
La solution de la fiscalité
L’état du système fiscal au Mali ; les impacts des mouvements de capitaux sur l’éradication de la pauvreté ; comment mettre un terme à l'évasion fiscale et aux flux financiers illicites… ont été des sujets au centre d’une rencontre à Bruxelles, au siège de l’UE. Le thème central était "fiscalité et développement pour lutter contre la pauvreté". La rencontre était présidée par la présidente de la commission du développement du Parlement européen, Eva Jolly. Abou-Bakar Traoré, le ministre des Mines, a représenté le Mali à la rencontre.
La fiscalité est un instrument de financement des politiques publiques, dont l'efficacité assure une plus grande autonomie financière et détermine fortement la qualité des prestations publiques. Son acceptation par les citoyens est à la mesure de la qualité de la gouvernance économique et financière, dont elle constitue, par ailleurs, un élément clé.
Fiscaliste de formation, Abou-Bakar définit la fiscalité comme "un instrument de politiques publiques". Au Mali, le taux d'épargne intérieure est passé de 13,7 % du PIB en 2005 à 12,5 % en 2007 et 9,5 % en 2008, donc en deçà du taux moyen de l'Afrique subsaharienne.
" Les transferts des migrants représentent, pour le Mali, des flux de capitaux importants et dont le volume a régulièrement progressé au fil des années. Selon une étude récente réalisée par la Banque africaine de développement, le niveau concernant le Mali atteindrait 456 millions d'euros, soit 11 % du PIB, dont 123 millions d'euros, soit seulement 27 % de transferts officiels", ajoute le ministre.
Dans la loi de finances pour 2009 du Mali, les recettes fiscales représentent 60,9 % des ressources publiques (ressources budgétaires), mais seulement 14,1 % du PIB. Il en résulte que les recettes fiscales ont un poids considérable dans les ressources budgétaires, alors même que le niveau de prélèvement est plutôt faible et devrait être nettement amélioré.
Cette faiblesse s'explique par la part importante d'activités non captées dans les comptes nationaux (PIB) et encore moins par la fiscalité ; la concentration des prélèvements sur les seules entreprises et activités structurées et identifiées par les services fiscaux ; l'érosion de l'assiette fiscale par le développement des situations d'exonérations réglementaires et par la permissivité de l'environnement.
Pour le ministre Traoré, pour mieux tirer profit de la fiscalité, il faut "une bonne articulation entre la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et la politique budgétaire qui doit en assurer le financement des activités ; le fonctionnement correct des mécanismes institutionnels de suivi-évaluation, l'amélioration du climat des affaires par la simplification et l'allègement des procédures, la réduction des délais et des coûts des formalités administratives".
Alexis Kalambry

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DOSSIER LA PREMIERE REPUBLIQUE ET LES NON-ALIGNES
Le neutralisme
A travers sa présence avec d’autres pays dans le mouvement des Non-alignés en 1961, le Mali était invité à des grandes rencontres non pas pour imposer des conduites, mais d’adopter des positions diplomatiques sur des questions internationales.
Né en 1956 lors de la Conférence de Bandoeng en Indonésie, le mouvement des Non-alignés est intervenu dans un contexte où le monde était divisé en deux blocs : le bloc de l’Est et le bloc de l’Ouest. A travers la création de ce mouvement, il s’agissait, pour les pays du Tiers-monde, de faire du neutralisme positif dans les affaires internationales.
En 1956, au moment de la conférence, aucun pays africain n’avait son indépendance. C’était une affaire entre Indonésiens et certains pays d’Europe de l’Est comme la Yougoslavie du maréchal Josip Broz Tito. Se sont eux qui ont imaginé la formule du non-alignement pour dire qu’ils n’étaient ni dans le camp de l’Est ni celui de l’Ouest.
En 1960, avec l’accession des pays africains à la souveraineté nationale et internationale, tous ont adhéré au mouvement. Il s’agit plus précisément des pays dits progressistes comme le Ghana, le Mali, la Guinée et l’Egypte. Ces pays ont été les représentants des Non-alignés en Afrique. Au niveau de l’organisation, il y avait un secrétariat dirigé par le maréchal Tito.
De toute son histoire, le mouvement des Non-alignés a tenu quelques grandes rencontres pour réaffirmer son neutralisme dans les grandes affaires internationales. Les Russes et les Américains ont laissé le mouvement évoluer parce que, dit-on, il ne dérangeait personne. Il n’empêchait ni les premiers ni les seconds à faire ce qu’ils voulaient dans leur zone d’intervention réciproque.
Le Mali, dès 1961, a fait partie des Non-alignés. Il était invité à des grandes réunions pour assister aux travaux à travers le ministre des Affaires étrangères.
Le mouvement a plus vécu sur des recommandations que sur des actions concrètes. Malgré tout, il a survécu jusqu’à la chute du mur de Berlin période à laquelle les Non-alignés ne se justifiaient plus parce que les deux blocs n’existaient plus. Avec le triomphe du capitalisme, le mouvement des Non-alignés est mort de sa belle mort.
Mohamed Daou



EPILOGUE
L'option progressiste
De 1960 à 1968, le Mali jouit d’une bonne réputation aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur à cause de la nouvelle orientation prise dans les relations internationales. Le pays en effet se tourna résolument vers les pays progressistes d’Afrique, d’Asie et d’Europe pour assurer son essor économique et social au détriment des relations anciennes avec les pays occidentaux à la tête desquels se trouvait l’ancienne puissance colonisatrice.
Ce virage significatif eut comme premier résultat le fait que de fin septembre à début décembre 1961, le Mali fut l’hôte du président yougoslave Josip Broz Tito, de l’empereur Haïlé Sélassié d’Ethiopie et d’Houphouët-Boigny de la Côte d’Ivoire, tous en visite officielle chez nous. Mais la nouvelle option prise dans les relations internationales ne fut pas du goût de la France qui mit alors tout en œuvre pour isoler le régime et l’affaiblir.
Les nouveaux partenaires du Mali, les pays d’Europe de l’Est et la Chine s’offrirent alors pour combler partiellement le vide creusé par les pays occidentaux qui s’étaient tournés vers les pays de la sous-région qui avaient fait le choix du libéralisme économique. Sur le plan continental, au nom de la solidarité entre pays progressistes de même tendance idéologique, la priorité fut donnée à la coopération avec ces pays frères dans les domaines de la politique et de l’économie.
Dans ce cadre fut signé le 7 janvier 1951 à Casablanca la Charte éponyme et regroupant le Mali, le Ghana, la Guinée, le Maroc et la République arabe unie d’Egypte (RAUE) pour dynamiser la coopération politique et économique entre ces Etats. Mais la charte de Casablanca ne survécut pas à ses propres contradictoires internes qui étaient grandes et aux coups de boutoir de ses adversaires actionnés par les pays occidentaux.
A la même époque naquit l’Union Ghana-Guinée-Mali, mais comme la Charte de Casablanca, elle rencontra sur son chemin ses adversaires idéologiques occidentaux qui par pays africains interposés la torpillèrent et la firent voler en éclats au bout de quelques années d’existence seulement.
Si la France et les pays occidentaux réussirent à empêcher la coopération entre pays africains, ils furent incapables de le faire avec les pays socialistes d’Europe de l’Est et d’Asie. Avec ceux-ci, le Mali entretint de 1960 à 1968 d’excellentes relations diplomatiques qui permirent à ces Etats de s’illustrer dans le domaine économique sur le sol malien. Dans ce cadre, le 24 août 1966, la Corée du Nord fit don au Mali d’une usine de porcelaine implantée à Djikoroni-Para (Bamako).
Il faut même dire que presque toutes les réalisations industrielles de la période 1960-1968 furent le fait des pays socialistes d’Europe et d’Asie. L’ex-URSS construisit pour le Mali beaucoup d’unités industrielles dont la Comatex (Ségou) et la Socima (Diamou) sans compter que dans le volet de la formation, elle ouvrit, pour le Mali, grandes les portes de ses universités et des instituts. La Chine populaire fit la même chose dans le domaine de la médecine, du bâtiment et même du génie civil.
L’état de la diplomatie malienne fut tel, que le 1er janvier 1966 le Mali fut désigné à la présidence du comité de décolonisation de l’ONU où il siégea pour la 1re fois au Conseil de sécurité en qualité de membre non permanent. Les 29 et 30 novembre 1963 avait eu lieu à Bamako le règlement du conflit frontalier algéro-marocain sous la médiation de l’empereur Haïlé Sélassié et de Modibo Kéita. C’est dire à quel point était active la diplomatie malienne et à quel point elle avait de l’audience.
La diplomatie malienne était fondée sur quelques grands principes : la réalisation de l’unité africaine, le soutien aux mouvements de libération nationale et aux peuples en lutte pour leur indépendance et le respect du non-alignement. La lutte du Mali pour la réalisation de l’unité africaine fut du moins empêchée sinon bloquée par le contenu même de la charte constitutive de l’OUA (1963) qui imposait aux chefs d’Etat le respect des frontières héritées de la civilisation.
Il semble que les théoriciens du panafricanisme dont Kwamé Nkrumah et Modibo Kéita étaient opposés à cette disposition, mais la plupart des dirigeants de l’époque, à commencer par Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor, y étant pour, ils durent contre mauvaise fortune faire bon cœur et s’incliner.
L’US-RDA se prononça en faveur du mouvement des Non-alignés, créé en 1956 à Bandoeng en Indonésie parce que le contexte de la Guerre froide, qui divisait le monde en 2 blocs opposés, l’Ouest et l’Est, imposait ce choix. Beaucoup de pays du Tiers-monde furent d’ailleurs comme lui pour ne pas subir l’influence des uns et des autres et afficher leur neutralité dans les relations internationales.
Le régime n’hésita pas à apporter son soutien aux peuples en lutte pour l’indépendance dans les colonies portugaises (Angola et Mozambique), britanniques (les deux Rhodésie du Nord et du Sud) ainsi qu’aux combattants de la Swapo et de l’ANC, engagés politiquement et militairement contre le régime de l’apartheid.
La diplomatie sous la 1re République fut très active et fit connaître le Mali aux 4 coins du monde. Elle s’engagea fermement pour les causes justes : problèmes frontaliers, indépendance et coopération pour le développement économique et social.
Facoh Donki Diarra


KADER TRAORE, PROFESSEUR A LA FSJP
" Le Mali a émergé sur tous les plans dans les années 60"
Le Mali des années 1960 a rayonné aussi bien dans la diplomatie que dans la culture et le sport. Telle est l’analyse de Kader Traoré, professeur de sociologie politique à la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP).
Aux dires de Pr. Kader Traoré, le Mali, après son accession à l’indépendance le 22 septembre 1960, a affirmé sa souveraineté sur la scène internationale comme tous les autres Etats. Le rayonnement du Mali au sein de la communauté internationale s’est passé sans équivoque dans les années 1960. Le jeune Etat, comptant sur ses dirigeants, a fait face aux nombreux défis qui se dressaient sur son chemin.
Ce rayonnement, toujours de l’avis de M. Traoré, se manifeste dans la volonté affichée de ses gouvernants, notamment son charismatique président, Modibo Kéita, qui, dans son discours au congrès extraordinaire de l’US-RDA tenu le 22 septembre 1960 après l’éclatement de la Fédération du Mali disait : "Toutes les Maliennes et tous les Maliens doivent se considérer comme mobilisés pour la construction de la République du Mali, patrie de tous ceux qui sont fermement attachés à la réalisation de l’indépendance et de l’unité africaine, toutes les Maliennes et tous les Maliens doivent accepter tous les sacrifices pour que notre pays puisse sortir grandi, rayonnant, de l’épreuve qu’il traverse pour que les Africains libres, réellement libres, puissent, sans possibilité d’ingérence s’unir pour que s’affirme une grande nation africaine, qui marquera de son sceau la politique internationale, pour que la paix, espoir des peuples en voie de développement, s’établisse entre tous les pays du monde". Cette volonté se matérialise principalement à deux niveaux : par sa diplomatie, par sa culture et le sport.
Le professeur de droit public retient surtout que les premiers pas du Mali sur la scène internationale ont été faits à travers son adhésion à l’Organisation des Nations unies (ONU), le 28 septembre 1960, soit six jours après son accession à l’indépendance. Cette adhésion est le témoignage de l’acceptation du Mali comme un Etat souverain et indépendant au même titre que le colonisateur par la communauté internationale.
La diplomatie dans les années 1960
Elle lui attribue les conditions nécessaires à l’existence d’un Etat, notamment la personnalité juridique et la souveraineté nationale. Cette reconnaissance internationale a permis au Mali d’accueillir des représentations diplomatiques des grandes puissances comme l’Allemagne, les Etats-Unis d’Amérique, l’URSS, la Chine, etc. En retour, il a ouvert tant en Afrique que sur les autres continents des ambassades. Ce qui lui a permis de renforcer sa coopération avec le reste du monde. Cette coopération internationale a permis à notre pays d’attirer des amitiés et des investissements importants grâce auxquels ont été lancées les bases de l’industrialisation du Mali.
Le Pr. Kader Traoré trouve en l’intervention du ministre des Affaires étrangères Ousmane Ba à la tribune de l’ONU, un moment faste pour notre jeune République. Ce discours d’anthologie qui fut retransmis en direct sur des radios du monde entier a donné une grande aura au Mali.
En outre, sur le plan sous-régional, l’option panafricaniste du président Modibo Kéita s’est traduite par une série d’actes. L’expérience de la Fédération du Mali avec le Sénégal en 1959-1960, la participation au Groupe de Casablanca et la tentative de regroupement avec le Ghana et la Guinée en 1961, la qualité de membre fondateur du mouvement des Non-alignés et de l'OUA, illustrent la constance de notre pays pour la cause africaine et l'unité du continent.
Le deuxième niveau du rayonnement international du Mali dans les années 1960 était sa richesse culturelle et le sport, rappelle Pr. Traoré. En effet, la culture malienne à travers la musique de l’Ensemble instrumental, les troupes théâtrales ont rayonné sous d’autres cieux : l’Union soviétique, la Chine, la Yougoslavie, etc.
Sur le plan sportif, les équipes de football et les athlètes étaient présents à des rendez-vous continentaux, notamment le Stade malien, finaliste malheureux de la Coupe des clubs champions en 1965 contre l'Oryx de Douala, l’AS Réal, finaliste de la même compétition contre le Stade d'Abidjan en 1966, l’athlète Lamine Touré aux Jeux africains de Brazza en 1965.
Il arrive au constat que le rayonnement du Mali dans les années 60 était visible dans tous les domaines de la vie.
Abdrahamane Dicko


SOUS LA PREMIERE REPUBLIQUE
Le Mali : une nation écoutée et respectée

De 1960-1968, la diplomatie malienne a rayonné dans le monde, Modibo Kéita ayant su faire de son pays un Etat incontournable dans la résolution des crises, mais aussi et surtout soucieux de son indépendance ; un héritage aujourd'hui dilapidé.

Le 20 janvier 1961 au moment de l’évacuation des bases militaires françaises, Modibo Kéita s'expliquait en ces termes : "La République du Mali a affirmé sa volonté de coopérer avec la France sur la base de la non-ingérence dans nos affaires intérieures et du respect de notre souveraineté. La décision de mon parti et de mon gouvernement ne met nullement en cause cette volonté". En conséquence, la diplomatie malienne suivait quelques principes : la souveraineté nationale, l’unité africaine et non-alignement, la défense de la paix, l’émancipation du tiers-monde.
Selon des initiateurs de l’Association pour la mémoire de Modibo Kéita (Amemok), les premières prises de position de la jeune République, en matière de politique extérieure au lendemain de l’indépendance furent le soutien à l’Algérie en lutte pour son indépendance, l’évacuation des bases militaires françaises du Mali, la condamnation des essais nucléaires français dans le Sahara. Ce qui, à leurs dires, n’améliorait pas les relations franco-maliennes, déjà chancelantes après l’éclatement de la Fédération du Mali.
" Les rapports entre le nouvel Etat indépendant et l’ancienne puissance coloniale, à qui le leader malien reprochait des arrière-pensées néo-colonialistes, furent souvent très tendus, mais n’ont jamais été véritablement rompus. Ceci, grâce au pragmatisme politique et aux efforts des uns et des autres", dit une source.
Mais au-delà des relations assez tendues entre la France et son ex-colonie, Modibo Kéita a pris son courage à deux mains faisant de notre pays une nation respectée sur le plan international. Il a porté sa voix et n’hésitait pas à donner son avis sur les questions les plus brûlantes du moment : de la diplomatie, aux questions politiques en passant par les soutiens aux mouvements de libération à travers le continent.
En septembre 1961, les dernières troupes françaises quittent le Mali. En février 1961, le gouvernement de Bamako reconnaît le GPRA (Gouvernement provisoire de la révolution algérienne) ainsi que le gouvernement congolais installé à Stanleyville (Kisangani) par Antoine Gizenga, se souvient Issiaka Samba Diarra, historien.
Aux dires de M. Diarra, en mai 1961 déjà, le Mali s'était fait entendre sur le problème du Congo belge : "Le Guinéen Sékou Touré, le Ghanéen Nkrumah et Modibo Kéita ont créé une Union des Etats africains progressistes". Un sommet réunissant les trois chefs d’Etat s'est tenu en décembre à Conakry pour dénoncer la situation du Congo belge. Les trois pays vont créer, avec l’Egypte de Nasser et le Maroc de Mohammed V, le "Groupe de Casablanca" qui soutiendra le FLN algérien et s’opposera aux essais nucléaires français dans le Sahara, poursuit M. Diarra.

ORGANISATION DE L'UNITE AFRICAINE (OUA)
Modibo Kéita, instigateur, artisan et animateur
L'action du président Modibo Kéita en faveur de la création de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) a été déterminante et reconnue par tous ses pairs.
" Le premier président du Mali appartient à la lignée des hommes d'Etat qui ont pétri de leurs mains les fondements de l'unité africaine", affirme Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni. "Il en a été l'inspirateur, l'artisan et l'animateur. La charte de l'OUA est en grande partie l'œuvre du Mali", ajoute-t-il. Sur les 22 principes ou recommandations contenus dans la charte africaine, 15 ont été inspirés, proposés ou rédigés par la délégation du Mali.
Prenant la parole devant ses pairs à l'occasion de la naissance de l'OUA, le président Modibo Kéita disait : "S'il est des occasions où des peuples se glorifient à juste titre de leurs réalisations, la conférence qui nous rassemble à Addis-Abeba est de celles-là. Réunir autour d'une table la grande famille africaine divisée par plusieurs siècles de colonisation est une grande victoire sur la diversité des peuples, des langues et des religions qui caractérise notre continent. Voilà qu'avant même sa totale libération, l'Afrique nouvelle marque de sa sagesse et de son amour du prochain, l'histoire des relations entre nations".
Dans sa vision et sa lucidité clairvoyante, Modibo avait perçu très tôt les défis et périls qui menaçaient l'existence de la toute jeune organisation. Au nombre de ces dangers, figurait l'épineuse et difficile question des frontières héritées à l'indépendance, explique Amadou Djicoroni.
Sur cette question, dit-il, Modibo Kéita a exigé le respect intégral, le maintien des frontières héritées du système colonial, "si réellement nous sommes les uns et les autres animés de la volonté ardente de faire l'unité africaine". Pour Modibo, la souveraineté et l'intégrité territoriale de chaque Etat doivent être considérées par un engagement, un pacte multilatéral de non-agression, garanti par chacun des Etats réunis à l'assemblée constitutive de l’OUA.
La conclusion d'un accord sur cette proposition renforcera les relations interafricaines a réduit les ingérences extérieures et a renforcé la coopération africaine dans le domaine de la défense et de la sécurité. L'accord de non-agression et de défense, signé par les pays membres de l’ex-OUA, a permis d'éviter et de circonscrire de nombreuses crises liées à des revendications territoriales.
Lors de la réunion constitutive de l'OUA, il a été envisagé de créer un Comité économique et social dont la mission serait d'étudier et organiser la coopération dans tous les domaines. L'homme d'Etat du Mali (Modibo Kéita) cernait avec précision et clarté les responsabilités dévolues à ce Comité. Pour lui, ce Comité, entreprendrait l'étude des possibilités d'harmonisation, de législation commerciale en vue d'éviter la double imposition. En même temps, il mettrait en place une organisation de l'aviation civile et pourrait convoquer une conférence en vue de la création d'une Compagnie africaine de la navigation maritime. C'est ce Comité aussi, avait poursuivi Modibo, qui pourrait se charger de créer une Organisation africaine de banque.
On notera aussi que le 1er Festival panafricain de la jeunesse s'est tenu ici à Bamako et que le Mali, avec à sa tête le président Modibo Kéita, a joué un rôle de tout premier plan dans la création de l'Organisation panafricaine de la jeunesse (OPJ) et l'Organisation panafricaine des femmes (OPF), dont notre compatriote Aoua Kéita fut l'un des leaders, rappelle Amadou Djicoroni.
Denis Koné

COOPERATION SOUS LA 1re REPUBLIQUE
Le temps de l’option socialiste
Pour Abdoulaye Amadou Sy, vice-président de l’Amicale des anciens ambassadeurs et consuls généraux du Mali (AACGM), la politique extérieure du Mali sous le premier régime était fondamentalement socialiste.
A l’indépendance du Mali en 1960, le premier président du Mali, Modibo Kéita, pour mieux conduire sa politique extérieure axée sur le socialisme, a cumulé les fonctions et entrepris des actions bilatérales avec des régimes socialistes.
" Modibo Kéita, président de la République du Mali indépendant, a assuré la fonction de ministre des Affaires étrangères jusqu’à janvier 1961", rappelle Abdoulaye Amadou Sy ajoutant que les premières heures de la coopération ne peuvent que se référer sur la politique intérieure fondée sur une vision socialiste.
Le vice-président de l’AACGM ajoute qu’à l’époque, la politique extérieure s’est naturellement adressée au monde socialiste incarné par l’Union soviétique. La coopération sous la première République s’est traduite, selon M. Sy, par la création des sociétés d’Etat.
" Trente-quatre sociétés d’Etat ont ainsi été créées dans les domaines aussi divers que l’industrie, le commerce, l’éducation, et le transport", relève-t-il.
Au nombre de ces sociétés, il cite la Société malienne des imports et exports (Somiex), la Cimenterie de Diamou (Socima), la compagnie nationale Air Mali, la Compagnie malienne de navigation (Comanav)…
Ces sociétés ont été créées essentiellement dans le cadre de la coopération avec le régime socialiste de l’Union soviétique. L’ancien diplomate souligne que cette coopération s’est également illustrée dans le domaine de l’éducation par la construction notamment des locaux de l’Ecole nationale d’administration (ENA) et de l’Ecole normale supérieure (EN Sup).
Amadou Waïgalo

Les ministres des Affaires étrangères (1960-1968)
Modibo Kéita (de septembre 1960 à janvier 1961)
Barema Bocoum (du 20 janvier 1961 au 16 septembre 1964)
Dr. Ousmane Bah (du 16 septembre au 19 novembre 1968)
A. W.

POLITIQUE EXTERIEURE DU MALI SOUS MODIBO
Des Bamakois se prononcent

Modibo Kéita menait une excellente politique extérieure basée surtout sur l’unité de l’Afrique. C’est ce qui se dégage du micro trottoir ci-dessous. Réactions.

Paul Anoto (Béninois, résidant au Mali depuis 1960, enseignant) :
" Modibo Kéita était un nationaliste, un vrai leader qui, dès le 1er jour de l’indépendance nationale, s'est engagé à libérer toute l’Afrique du joug colonial. La politique extérieure de Modibo était basée sur l’unification de l’Afrique. C’est ce qui l'a poussé à dire : 'Je suis prêt à céder une partie de mon pays s’il s’agit de faire l’unité africaine'. La politique extérieure de Modibo était très bonne".

Elbechir Diakité (commis à la retraite) :
" Certainement la politique extérieure de Modibo Kéita était bonne. Sous le premier président, le Mali entretenait de bonnes relations avec la Chine. Le président Modibo a mené beaucoup de choses avec la Chine. Modibo a beaucoup estimé la Chine. Tous nos produits venaient de la Chine et à bon prix. Beaucoup d’usines maliennes avaient été montées par la Chine. Le Mali entretenait également des bonnes relations avec la Russie, la Yougoslavie, l’Allemagne de l'Est et la Tchécoslovaquie".

Moussa Sissoko (maître d’arabe) :
" Sous la première République, le Mali avait de très bonnes relations avec les pays arabes. La politique extérieure du pays était bonne".

Souleymane Diarra (ancien commissaire de police) :
" Modibo a mené une excellente politique extérieure qui a consisté à défendre les peuples opprimés d’Afrique et d’Asie. Il faut se rappeler du diplomate malien feu Ousmane Ba, ancien ministre des Affaires étrangères qui était toujours applaudi aux Nations unies après ses brillantes interventions sur le colonialisme et l’impérialisme américain au Vietnam. Modibo a défendu la cause des Noirs Sud-africains. En 1962, il avait donné asile aux combattants algériens à Gao. Il a aidé l'Angola et le Mozambique à se libérer de la colonisation portugaise. Le Mali était membre de la Charte de Casablanca. Le Mali était aussi membre de l’Union Ghana-Guinée-Mali. Il n’y a plus de politique extérieure, mais de l’affairisme".
Propos recueillis par
Sidiki Doumbia

Un médiateur aussi !
Notre historien ajoute qu’en juin 1961, la France rentre en négociation avec la partie malienne qui s’étend sur trois semaines avant de reprendre à Paris le 12 janvier de l’année suivante. "Ce fut la mise en place d’une coopération économique, financière et culturelle entre les deux pays, confirmée par les accords conclus le 2 février".
En mai 1962, Modibo Kéita s'est rendu pour la première fois en voyage officiel à Moscou et à Prague. Cette visite a été suivie quelques mois par d’importantes décisions au niveau national avec le retrait de la zone CFA. "En juillet 1962, le Mali sort de l’Union monétaire ouest-africaine et crée un franc malien ainsi qu’un institut d’émission".
A partir de 1963, à en croire notre interlocuteur, Modibo va montrer un autre visage de sa politique. Il a rencontré le président mauritanien Mokhtar Ould Daddah à Kayes et conclura avec lui un accord qui met fin aux différends frontaliers opposant les deux pays. Mais c’est en mai 1963 au congrès fondateur de l’Organisation de l’unité africaine à Addis-Abeba, qu’il se proclamera résolument partisan de l’unité du continent et insistera sur la nécessité de renforcer d’abord les diverses unités nationales et de respecter les frontières issues de la colonisation.
C’est juste après, poursuit-il, qu’en juin 1963, une série d’accords signés à Bamako rétablissent des relations normales entre le Mali et le Sénégal, trois ans après leur rupture. Les présidents Kéita et Senghor allaient se rencontrer à Kidira, ville frontalière sur le cours de la Falémé.
Le président malien s’est engagé de nouveau en octobre 1963 et jouera un rôle d’arbitre dans la sortie de la "guerre des sables" qui opposait le Maroc à l’Algérie. Modibo Kéita réunira alors à Bamako Hassan II, Ahmed Ben Bella et le Négus Haïlé Sélassié d’Ethiopie. Ils ont obtenu des belligérants un cessez-le-feu entré immédiatement en vigueur.
Tour à tour, Modibo s’est rendu entre 1964 et 1965 à Pékin (Chine), Moscou (ex-Union des républiques socialistes soviétiques), à Dakar (Sénégal) avant de recevoir son homologue et le président tanzanien Julius Nyerere à Bamako.
Les autorités maliennes à l’époque disaient ce qu'ils faisaient et faisaient ce qu'ils disaient. En décembre 1965 notre pays a rompu ses relations diplomatiques avec Londres pour condamner l’attitude anglaise dans l’affaire de l’indépendance de la Rhodésie du Sud, proclamée unilatéralement par la minorité blanche de ce territoire. Il n’a pas hésité à condamner le coup d’Etat du 25 février 1966 qui a renversé le dirigeant du Ghana Kwame Nkrumah.
Au niveau mondial, le Mali, entre 1966-1968, a été membre non permanent du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU). Plus de 40 ans après Modibo, notre diplomatie est à la recherche de son aura perdue.
Amadou Sidibé

Sublimation, particularité
Gamal Abdel Nasser, Josip Broz Tito, Norodom Sihanouk et Jawaharlal Nehru, Mohammed V, mais également Sékou Touré, Kwame Nkrumah, Ben Bella et bien d’autres ont constitué avec Modibo Kéita ce qui s’appellerait aujourd’hui la gauche, les humanistes, les altermondialistes.
Si le régime de Modibo Kéita avait une particularité, c’était son adhésion à l’unité africaine, son soutien à tous les mouvements africains en lutte pour l’indépendance. Depuis l’indépendance, la première Constitution du Mali, il est dit que le Mali est prêt à "céder tout ou partie de sa souveraineté au profit de l’unité africaine". Cette phrase n’a jamais été enlevée par les républiques successives.
Aujourd’hui, "la politique de bon voisinage et des relations bilatérales avec les autres pays d’Afrique non frontaliers du Mali et la promotion de la paix dans le monde" constituent les principes directeurs. Mais, sous l’US-RDA, le Mali a soutenu toutes les luttes, soit par l’envoi de formateurs de combattants dans les maquis, soit en envoyant des armes, soit en offrant l’asile ou en laissant des maquisards utiliser son territoire comme base arrière.
Les choix, avec le recul, n’ont pas été toujours des plus heureux et des mieux réfléchis, mais, ils étaient sous-tendus par une réelle volonté d’intégration, une fois en la libération et au droit souverain des "peuples à disposer d’eux-mêmes".
Le Mali a été également un acteur majeur dans la création de l’Organisation de l’unité africaine. L'OUA, née dans son contexte, a érigé des forfaitures en règles (l’intangibilité des frontières issues de la colonisation), et du coup, a été incapable de résoudre des crises majeurs, qui ont entraînés des dislocations, des démissions et qui ont fini par avoir raison d'elle.
Il sera question des processus, des différentes organisations et de notre parcours sous l’US-RDA et Modibo Kéita.
Alexis Kalambry

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