Cooperative culturelle ; Cooperative multimédia
Jamana Contact
Imprimer
 

 

 

2009

Mois d'avril

Les Echos du 24 avril 2009

 

OFFRE DE VENTE D’ACTIONS D’ECOBANK

Les nouveaux actionnaires grugés

Ecobank a procédé en août dernier à une opération de vente d’actions. Les acheteurs se sont précipités, mais quelle ne fut leur surprise de constater qu’Ecobank, à la clôture de l’offre, avait changé les règles du jeu.

Constituée en 1985, Ecobank Transnational Incorporated (ETI) est la maison mère du Groupe Ecobank, le principal groupe bancaire régional indépendant d’Afrique. Le Groupe Ecobank opère actuellement dans 26 pays africains.

Ecobank Transnational Incorporated (ETI) a procédé en août 2008 à une opération hybride de 2,5 milliards de dollars américains d’émission de droits préférentiels de souscription et d’offre de vente d’actions, simultanément sur les trois bourses d’Afrique de l’Ouest ; à savoir : la Bourse du Ghana, la Bourse du Nigeria et la Bourse régionale des valeurs mobilières régionales (BRVM) des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa).

Cette offre hybride est la première du genre, s’étendant sur trois marchés juridictionnels différents. Les commissions des trois bourses ont approuvé la note d’information, conformément à la réglementation des trois marchés.

A l’arrivée, ETI a levé sur les 3 marchés, 550 758 912, 82 USD. Le nombre d’actionnaires de la banque est passé de 9595 avant l’offre à plus de 140 000 après, puisqu’une grande partie du capital action a été collectée auprès des petits investisseurs africains.

Contentieux en vue ?

Justement, ce sont ces petits porteurs qui se sentent grugés aujourd’hui par la banque. En effet, l’offre publique de vente a couru sur près de trois mois et a même connu une prorogation. Ecobank, contre toute logique, a considéré le cours du dollar, non pas le jour de la souscription, comme cela avait été entendu, mais, au jour de la clôture de son offre.

Ainsi, des petits porteurs qui avaient souscrit pour 100 actions, au moment d’aller retirer, un mois après le bulletin, ont été surpris de constater, au finish, qu’ils avaient moins.

« La seule explication qu’on nous a servie, c’est que le dollar a fluctué entre-temps, ce qui a fait qu’ils ont considéré sa valeur à la date de clôture des offres. Premièrement, cela ne nous avait jamais été signifié. Deuxièmement, les offres ont été prorogées par la banque et troisièmement, cela ne nous concerne pas et nous ne pouvons pas en être victimes » , affirme un interlocuteur, qui ajoute qu’il ne va pas « en rester là ».

Alexis Kalambry

Acceuil


JUMELAGES

L’heure des sanctions

Des maires sortants feront les frais de la mauvaise gestion des jumelages entre leurs localités et celles de l'étranger, car même si beaucoup de citoyens ont des griefs contre eux à cause notamment des retraits et ventes illégaux de parcelles, un nombre important d'électeurs se disent prêts à sanctionner leur politique de jumelage.

Les milliers de candidats aux élections municipales de dimanche se battent corps et âme pour conquérir les suffrages des électeurs. Dans l'ensemble, ces derniers ne montrent pas beaucoup d’engouement pour le scrutin, car déçus par les attitudes des maires, qui se métamorphosent une fois leur élection assurée. L'Etat se devait donc de réagir pour pousser le maximum de citoyens vers les urnes. A y voir de près, l’on se serait dit que la Journée d’engagement citoyen, initiée par le gouvernement, ne pouvait pas mieux tomber. Cependant, a-t-elle réellement changé quelque chose ?

Plus que l’incivisme de citoyens et les tripatouillages, ces élections sont endommagées par le passé de maires sortants qui laisse vraiment à désirer. Aux ventes et retraits illicites de parcelles, aux démolitions, il faut ajouter un phénomène dont on a peu entendu parler, mais qui fera sans doute des victimes parmi les élus municipaux sortants : les jumelages entre communes et villes. Echange bilatéral, le jumelage existe depuis fort longtemps entre des villes et communes du Mali et plusieurs de l’étranger, notamment d’Europe.

Détournements

Ce partenariat entre entités jumelées vise non seulement à promouvoir le brassage culturel entre deux peuples, mais aussi à aider l’autre sœur jumelle moins nantie à s’épanouir socialement, culturellement, voire économiquement. Pour ce dernier volet, des projets et programmes sont habituellement définis, les Occidentaux se montrant disposés à accompagner leurs sœurs africaines dans leurs efforts d’épanouissement. C’est justement à ce niveau que le bât blesse. Les maires sont sur la sellette des citoyens qui dénoncent une gestion égoïste de ces rapports, qui doivent leur existence à eux.

Selon un élu municipal sortant et candidat à sa propre succession dans une des communes du district, l’on peut parler de tout sauf de transparence dans la gestion des jumelages. A titre d’exemple, il avance la coopération sanitaire entre sa commune et sa sœur jumelle. « Nos amis ont décidé de nous aider à construire un hôpital ; le fonds a été débloqué, mais nous n’avons vu aucun effet significatif du montant alloué », déplore-t-il, criant au détournement.

Pis, les équipements sportifs et les matériels sanitaires, qui sont une volonté des partenaires de ladite commune d’équiper les jeunes et l’hôpital de la localité ont été jalousement gardés par le maire jusqu’à maintenant où il s’en sert pour faire campagne. C'est pourquoi, insiste l'élu municipal, il faudrait bien informer les électeurs pour qu'ils « optent pour le changement ». Mais, l'alternance est-elle la solution quand on sait que les mêmes pratiques perdurent au fil des élections municipales ?

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

 

Maliens de l'extérieur et communales

Les Maliens de l'extérieur ne pourront certes pas voter, mais ils suivent avec une attention particulière le scrutin de dimanche. Selon des témoignages recueillis au Maroc, aux Etats-Unis, au Canada et en France, cet intérêt s'explique non seulement par l'élection des maillons de la gouvernance au Mali, particulièrement des acteurs du développement local, mais aussi par le fait que les élus auront leur mot à dire sur les imbroglios fonciers. Ce dernier point est d'autant plus important que bon nombre de Maliens de l'extérieur possèdent des parcelles faisant objet de litiges. Ils espèrent que les futurs élus aideront le ministère du Logement, des Affaires foncières et de l'Urbanisme (Mlafu) à traduire en actes concrets les résultats des Etats généraux du foncier pour un dénouement heureux des conflits liés à la terre.

O. O.

 

[haut]

Acceuil


FONCTIONS PUBLIQUES DE L’ETAT ET DES COLLECTIVITES

Les contractuels intégrés

L’intégration des contractuels dans les fonctions publiques de l’Etat et des collectivités territoriales, une vieille revendication de l’UNTM, a été entérinée par le conseil des ministres tenu hier.

L’intégration des contractuels dans les fonctions publiques d’Etat et des collectivités territoriales, décidée par le conseil des ministres d’hier, est en phase avec la mise en œuvre du protocole d’accord du 18 juillet 2007, signé entre le gouvernement, le Conseil national du patronat du Mali (CNPM) et l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM).

La mesure concerne les 15 334 agents de la fonction publique d’Etat (tout emploi confondu) et les 24 872 agents des collectivités territoriales.

Selon le communiqué du conseil des ministres, l’intégration concernera les contractuels en activité recrutés suivant un acte du ministre en charge de la Fonction publique et occupant dans les services publics de l’Etat des postes permanents normalement dévolus aux fonctionnaires, les enseignants contractuels de l’enseignement supérieur en activité.

Pour ce qui est de la fonction publique des collectivités territoriales, il s’agira des contractuels en activité recrutés pour servir dans les collectivités territoriales y compris ceux recrutés sur les fonds PPTE. Ils seront régis par le statut des fonctionnaires des collectivités territoriales qui leur confèrent un régime juridique et un système de rémunération semblable à ceux des fonctionnaires de l’Etat.

Le personnel d’appui (standardistes, plantons, chauffeurs, ronéotypistes, etc.) dont le statut restera inchangé ainsi que les chargés de mission et chefs de cabinets contractuels des départements ministériels ne seront pas concernés. Les opérations d’intégration s’effectueront progressivement, par vagues, au niveau des départements ministériels et des régions.

Les avantages sont : corriger les inégalités entre agents exerçant les mêmes emplois au sein des fonctions publiques de l’Etat et des collectivités territoriales, contribuer au renforcement de la Caisse des retraites du Mali par la réduction de son déficit à travers l’apport de nouveaux cotisants. L’opération de reversement des cotisations des contractuels concernés permettra à l’INPS de gagner plus 5,8 milliards de F CFA.

Les incidences financières pour l’Etat sont évaluées à 719 950 000 F CFA destinées aux campagnes de sensibilisation et l’organisation des tests et formations de mises à niveau. Le différentiel de salaire résultant des transpositions dans les grilles des fonctionnaires de l’Etat et des collectivités territoriales est estimé à 315 364 937 F CFA.

Abdrahamane Dicko

[haut]

Acceuil


ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL

Quatre-vingts dix ans de combat pour la justice sociale

Pour l’Organisation internationale du travail (OIT), qui fête ses 90 ans dans un moment de crise économique généralisée, il faut des choix stratégiques propres à servir le travail décent, qui sera la voie d’accès à la justice sociale et à une mondialisation équitable.

Le Mali, à l’instar des autres Etats membres, célèbre, du 21 au 28 avril 2009, le 90e anniversaire de l’Organisation internationale du travail (OIT). La commémoration du 27 avril 1919 sera marquée chez nous par diverses manifestations avec comme point d’orgue une conférence sur « dialogue social, un instrument au service du renouveau de l’action publique au Mali » le lundi 27 avril 2009 à Bamako.

Née en 1919 sous les auspices du Traité de Versailles, qui a mis fin à la Première Guerre mondiale, la création de l’OIT découle de l’idée selon laquelle, « une paix universelle et durable ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale ». Cette notion était défendue par deux industriels de la moitié du XIXe siècle. Il s’agit du Gallois Robert Owen (1771-1853) et du Français Daniel Legrang (1783-1859). Les travailleurs étant fortement exploités dans les économies industrialisées, d’aucuns surent mesurer l’importance de la justice sociale dans le maintien de la paix.

La constitution de l’OIT, une organisation tripartite, unique en son genre, dont les organes sont composés de représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, a été élaborée entre janvier et avril 1919 par la Commission de la législation internationale du travail, créée par la Conférence de la paix, réunie d’abord à Paris, puis à Versailles.

L’Organisation, qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 1969, a pour missions de promouvoir et de mettre en œuvre les normes et les principes et droits fondamentaux au travail ; d’accroître les possibilités pour les femmes et les hommes d’obtenir un emploi et un revenu décents ; d’accroître l’étendue et l’efficacité de la protection sociale ; de renforcer le tripartisme et le dialogue social.

Liberté, dignité, sécurité sociale

Pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixée, elle s’appuie sur trois organes essentiels : la Conférence internationale du travail, le conseil d’administration et le Bureau international du travail (BIT), qui, précisément, joue le rôle de secrétariat permanent de l’OIT.

Selon le directeur général de l’OIT, Juan Somavia, qui a livré un message le 20 avril 2009, « cet anniversaire survient alors que nous traversons une profonde crise économique et sociale ». Mais, d’avouer, optimiste, que pour l’OIT, les crises ont toujours été le creuset du changement. « Née peu après le cataclysme de la Première Guerre mondiale, l’Organisation est enracinée dans la conviction qu’une paix universelle et durable ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale ».

Dans un contexte marqué par les licenciements de travailleurs et la fermeture d’entreprises, l’OIT assure qu’elle met à disposition les pièces maîtresses de l’Agenda du travail décent, c’est-à-dire la création d’emplois (notamment d’emplois verts) par des entreprises durables, la solidarité au travers de la protection sociale, la sauvegarde des normes et des principes et droits fondamentaux au travail, le dialogue social et la négociation collective… Toutes choses qui sont, pour M. Somavia, les conditions permettant aux hommes et femmes d’obtenir un travail dans les conditions de liberté, de dignité, de sécurité sociale, en temps de crise, pendant la reprise et au-delà.

« Notre tradition tripartite est le fondement de notre avenir. Mais ce qui compte par-dessus tout, c’est que notre programme pour le XXIe siècle puise à la source même de l’humain, s’alimente de l’énergie renouvelable qu’est l’inventivité de l’homme, se soutient du dynamisme et de la résilience de tous ceux qui, dans le monde, demandent, à bon droit, a pouvoir accéder au travail décent » .

A. M. Thiam

(source : BIT)

[haut]

Acceuil


DE QUOI EST MORT MODIBO KEITA ?

Le mystère

Le premier président du Mali indépendant, Modibo Kéita est décédé en détention dans des conditions jamais élucidées.

De quoi est mort Modibo Kéita ? La question reste posée depuis 32 ans. Depuis le 16 mai 1977, date de son décès, nul n’a pu dire avec exactitude s’il est réellement mort de maladie naturelle. Ni son médecin traitant, le Dr. Faran Samaké, encore moins son geôlier, le capitaine Soungalo Samaké à l’époque commandant du Camp para de Djicoroni n’a rien dit ce que l’histoire peut retenir comme circonstances de sa disparition. La famille du défunt président ayant refusé l’autopsie qui serait une injure à la mémoire de Modibo, l’opinion nationale croit plus en la thèse de son assassinat par empoisonnement.

« Ma vie de soldat » , un livre édité en 2007 par le geôlier de Modibo, le capitaine Soungala Samaké, sous les presses de la « Ruche aux livres », est à ce jour l’un des rares témoignages sur la détention et la mort de Modibo Kéita. « Un jour, le soldat qui lui apportait ses repas est venu précipitamment me voir pour dire que Modibo était tombé au pied de son lit. J’ai couru, pour aller dans sa cellule. Il bavait. Je l’ai pris ; j’ai dit au soldat : aide moi. Nous l’avons couché dans son lit. J’ai pris une serviette pour essuyer la bave. Je lui ai posé la question : qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que tu as ? Il voulait parler, mais le son ne sortait pas. J’ai fait appeler l’infirmier-major et je lui ai posé la question : Modibo a-t-il été soigné ce matin ?

- Oui.

- A quelle heure ?

- A dix heures.

- Qui a fait la prescription ?

- C’est le Dr. Faran Samaké.

- Qui a fait le traitement ?

- C’est moi » .

Le capitaine Soungalo Samaké, parti rapidement au domicile du Dr. Faran Samaké au Point G, lui pose les mêmes questions concernant les traitements administrés à son détenu. Le Dr. reconnaît avoir vu Modibo le même jour. Sur demande du capitaine, ils partent ensemble au camp, au chevet de Modibo. Vu que son état s’empirait, le Dr. Faran Samaké a recommandé son évacuation sur Gabriel Touré. Mais l’autorisation du président Moussa Traoré devait être recueillie. Le président Modibo décède entre-temps dans sa cellule, la tête sur les jambes de son geôlier, qui était retourné à son chevet.

Toujours dans les témoignages du capitaine Soungalo, le président de la République, Moussa Traoré fut informé ainsi que des membres du CMLN (Tiécoro Bagayoko, directeur des services de sécurité et Kissima Doukara, ministre de la Défense). Kissima fut le premier à demander une autopsie. Tiécoro Bagayoko a réitéré la même chose au frère du défunt, le Dr. Mallé Kéita. « Je ne ferai pas ça sur le corps de mon frère », avait-il protesté.

En bons croyants, les parents de Modibo ont repris son corps pour son enterrement. Ses funérailles ont été l’occasion d’une mobilisation populaire de parents, d’amis et d’étudiants. Une mobilisation sanctionnée par la répression militaire, car le régime en place se sentait défié.

Abdrahamane Dicko

 

[haut]

Acceuil


 

INHUMATION DE MODIBO KEITA

Violences sur la foule

Le jour de l’inhumation du président Modibo Kéita, les forces de sécurité ont utilisé de méthodes brutales pour disperser la foule et filtrer l’accès à la famille Daba Kéita.

Le 1er président du Mali indépendant Modibo Kéita a rendu son dernier souffle un certain 16 mai 1977 à Bamako. Suite à un état de santé qui se dégradait en détention, on l’avait fait venir de son bagne du Nord pour recevoir des soins de santé à Bamako. Malheureusement, il allait quelques jours plus tard rendre l’âme. Mais entre-temps, le climat politique s’était détérioré parce que le référendum de 1974 avait créé un climat politique favorable à la reprise des activités politiques dans les seules structures de l’UDPM.

Ce n’était plus le vide politique comme au temps du Comité militaire de libération nationale (CMLN). L’on assista alors à la création de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (Uneem) et la reprise des activités syndicales avec la mise sur pied d’un bureau syndical dirigé par un certain Seydou Diallo. Mais la misère faisait que les gens vivaient mal et le retour de Modibo et de son équipe étaient de plus en plus demandés. L’Uneem ne cachait pas par exemple sa sympathie pour Modibo Kéita.

Et comme il y avait une lutte au sein du régime pour la mise sur pied effective de l’UDPM, la bande des trois représentée par Tiécoro Bagayoko, Kissima Doukara et Karim Dembélé, a pensé que toutes les agitations étaient liées à la présence de Modibo à Bamako. D’où l’idée qu’il fallait s’en débarrasser. Il semblerait que Moussa Traoré n’était pas pour sa liquidation physique. Mais qu’il n’aurait rien fait non plus pour empêcher son assassinat.

C’est dans cette atmosphère qu’est intervenu son décès le 16 mai 1977. C’était la confusion au niveau du régime parce qu’on se demandait comment annoncer la triste nouvelle aux parents du président Modibo. Les militaires étaient gênés. C’est finalement Filifing Sissoko qui a été désigné pour rapporter la nouvelle. La famille a seulement demandé qu’on amène son corps et qu’elle allait s’occuper des funérailles. Les militaires ont accepté cette solution. Ils ont amené le corps de Modibo dans sa famille paternelle à Ouolofobougou. Et le lendemain 17 mai 1977, les funérailles ont été organisées.

C’est en route pour le cimetière que la situation s’est progressivement dégradée. Au fur et à mesure que le cortège avançait à pied, les rangs grossissaient au point de faire peur les forces de sécurité. Sans cacher leur indignation, des accompagnateurs de Modibo dans sa dernière demeure scandaient « A bas les militaires, à bas l’UDPM… Vive Modibo ».

Devant cette situation, les militaires qui jalonnaient le parcours ont saisi leurs autorités pour faire venir d’autres dispositifs imposants. Ils ont laissé les gens faire l’inhumation au cimetière d’Hamdallaye. C’est à la sortie qu’ils ont dispersé la foule à coup de matraque et de grenades lacrymogènes. De même, ils ont empêché les gens de se regrouper dans la famille de Modibo à Ouolofobougou. Pendant toute la journée du 17, la garde a été montée pour filtrer l’entrée dans la maison de Daba Kéita. Des personnes, pour avoir participé aux funérailles, ont été incarcérées.

La situation n’est redevenue « normale » qu’après le 28 février 1978 lorsque Moussa a fait arrêter la bande des trois et dont on disait qu’ils étaient les auteurs de l’assassinat.

Mohamed Daou

[haut]

Acceuil


 

EPILOGUE

La mort d’un grand homme

Le président Modibo Kéita mourut en détention arbitraire le 16 mai 1977 à Bamako après avoir régné de 1960 à 1968, soit 8 ans seulement. Son enterrement le lendemain, 17 mai 1977 au cimetière populaire d’Hamdallaye mit Bamako sens dessous dessus tellement les populations étaient convaincues qu’il était mort plus par empoisonnement que de mort naturelle. De son arrestation à sa mort, pour le Comité militaire de libération nationale qui l’avait renversé, en détention, même au Nord du pays, il avait représenté plus de danger que quand il était dehors, libre de tous ses mouvements.

En dépit de certaines mesures impopulaires prises par son régime comme le rationnement des denrées alimentaires et la création de la milice populaire dans les années 1965-1966, pour de nombreux Maliens, il symbolisait la majesté de la fonction présidentielle, l’autorité de l’Etat et la finesse de l’intellectuel. Les soldats qui le renversèrent en novembre 1968 ne parvinrent jamais à combler le vide laissé par son arrestation et c’est cette absence de charisme qui caractérisa le CMLN, puis plus tard l’UDPM durant toute leur existence.

Arrêté en même temps que la plupart des membres de son gouvernement ainsi que les personnalités les plus influentes de l’US-RDA, Modibo passa avec ses camarades au moins 10 ans sans jugement dans les bagnes du Nord. Le CMLN les garda ainsi sans jugement parce que manifestement et sur le point de vue du droit, il n’avait aucun chef d’accusation sérieux à leur opposer. Il faut dire que de 1963 à 1989, l’épidémie des coups d’Etat sans motif valable s’était emparée de l’Afrique, permettant à d’obscurs soldats d’occuper de hautes fonctions au sommet de l’Etat et il a fallu attendre la conférence de La Baule en 1988 pour que ces hold-up politiques prennent fin avec la démocratie imposée par la France de F. Mitterrand aux chefs d’Etats africains.

Beaucoup de bons chefs d’Etat ou de gouvernement furent emportés de la sorte par de médiocres officiers qui ne savaient même pas ce qu’étaient la politique et l’art de gouverner. Dans les cas de Modibo, plus la détention durait, plus il grandissait dans l’estime de ses concitoyens qui comprenaient de moins en moins pourquoi les militaires le maintenaient si arbitrairement dans l’ombre.

Mais plus le CMLN organisait le silence autour de cet emprisonnement sans fondement, plus le détenu et ses compagnons passaient pour des héros, des victimes de l’arbitraire des militaires. Surtout que dans le même temps, ceux-ci se signalaient par leurs frasques dans les quartiers populaires, leurs méthodes de cow-boy lors de la répression des manifestations et les détournements de deniers publics dont beaucoup ne dédaignaient pas.

Les années 1974-1975 furent caractérisées par des cycles de sécheresse sans fin qui appauvrirent grandement le petit peuple tandis que des responsables politiques au sein du CMLN s’enrichissaient de l’aide internationale offerte par les pays occidentaux pour atténuer les effets du désastre. Ces années terribles de sécheresse montrèrent clairement que le CMLN se battait pour lui-même et non pour le peuple dont le pouvoir était usurpé. Pendant que les officiers s’enrichissaient et prenaient des galons, les conditions de vie et de travail des travailleurs se détérioraient suite au non-paiement des salaires devenus irréguliers et incertains.

Mais la reprise des activités politiques et syndicales dans les limites imposées par la Constitution de 1974 permit de poser certaines revendications même si le régime n’acceptait cela que forcé. Les scolaires s’organisèrent au sein d’une Union nationale des élèves et étudiants du Mali et l’UNTM, reconnue de nouveau, réclamait ses activités. De 1974 à 1978, la contestation s’installa partout tellement la misère du peuple était devenue grande. Le paiement irrégulier des salaires des fonctionnaires et la liquidation progressive des sociétés et entreprises d’Etat (SEE) qui mettait au chômage un nombre important de travailleurs s’ajoutaient à la tension sociale déjà tendue qui indexait l’incapacité des militaires à faire face à la situation.

De plus en plus, il se disait qu’ils étaient venus au pouvoir plus pour leurs propres poches que pour redresser quelque situation que ce soit. Lors des rares manifestations tolérées par le régime, le retour de l’ancien président et son équipe était de plus en plus demandé. Les manifestants n’avaient plus peur de les réclamer parce que la situation était pourrie alors que l’équipe dirigeante n’arrivait à rien résoudre.

L’économie était encore plus délabrée que sous l’US-RDA et le régime lui-même plus dictatorial que celui qu’il avait renversé. Dans cette situation de contestation généralisée, les militaires prirent peur pour leur régime et décidèrent d’attenter à la vie de l’ancien président dont le retour aux affaires était de plus en plus exigé. Ils profitèrent du séjour de celui-ci à Bamako pour recevoir des soins de santé pour le faire mourir le 16 mai 1977. Son enterrement, le 17 suivant mit tout Bamako débout qui demanda une autopsie, ce à quoi se refusèrent les militaires.

Pour le petit peuple, il ne faisait aucun doute que c’était la bande des 3 qui avait lâchement assassiné l’ancien président à travers un médecin de la place qui surveillait son état de santé. C’est comprenant cela aussi que Moussa Traoré et son clan décidèrent de se séparer d’eux en les arrêtant le 28 février 1978 pour faire croire que dans cette affaire, il avait les mains propres alors qu’elles étaient rouges du sang de l’ancien président.

Facoh Donki Diarra

[haut]

Acceuil


DU NOUVEAU AUX EDITIONS JAMANA

PETIT PRECIS DE REMISE A NIVEAU

SUR L'HISTOIRE AFRICAINE...

Prix:6500 f cfa

Droit civil

Tome 1: 4000f cfa

Tome 2: 6000f cfa

 

 

L'épopée shongoî

Prix:2500 cfa

La conjuration

Prix:4000f cfa

[haut]

acceuil

Dans ce site web vous trouverez :
OpeneNRICH

 

 




 
Les fondateurs
:: JAMANA : Coopérative Culturelle Multimédia AV. Cheick Zayed - Porte 2694 - Hamdalaye Bamako Mali ::
Tél. 00(223) 229 62 89 - Fax : 00 (223) 229 76 39 - http://www.jamana.org