Les Echos du 21 avril 2009
HISTOIRE DE RIZ EXONERE
Une comédie en plusieurs actes !
En parcourant la presse du vendredi 17 avril 2009, je découvrais à la une de L’Essor un article intitulé « Opération d’exonération du riz importé : problème de transport ? » et en sous-titre : « Les importateurs qui ont bénéficié des mesures d’exonération assurent manquer de camions pour amener le riz des ports où il est stocké. Et ils se tournent encore vers l’Etat ».
Intrigué, et certain de ne pas être au bout de mes surprises, je me suis permis de le lire, et ce que j’y découvris ne manque pas encore à présent de me révulser : c’est tout simplement scandaleux.
La question du riz, n’est pas aujourd’hui une question nouvelle. Elle fait depuis plus d’un an, systématiquement la une de tous les quotidiens. Et pour cause. Il s’agit de notre aliment de base, et pourtant il est de plus en plus inaccessible au commun des Maliens, cela malgré les nombreux efforts de la part des autorités, mais aussi et surtout de la part du contribuable.
« L’Initiative riz » avait en son temps suscité beaucoup d’espoir et nombreux étions-nous à penser que cette fois la solution était trouvée. Cela nous a permis d’avaler la couleuvre des nombreux milliards de fonds publics utilisés, parfois dans des conditions limites. Mais puisque c’était pour la bonne cause, il fallait même la digérer notre couleuvre.
Après les semences vint la saison des moissons, qui, nous dit-on, fut bonne. Pourtant à la place du ouf espéré, nous eûmes droit à une empoignade télévisée entre producteurs et distributeurs (commerçants), les uns estimant qu’ils ne pouvaient pas produire et vendre à un coût moindre pour que les autres se sucrent sur leurs efforts. Résultat des courses : à l’arrivée, les producteurs ont décidé d’augmenter leurs marges et les commerçants n’entendaient pas être les perdants dans l’affaire.
Il était ainsi encore une fois demandé à ce bon peuple d’accepter la situation et de se satisfaire des prix que nos bons producteurs et commerçants lui avaient si gentiment concoctés : à prendre ou à laisser. Mais plutôt prendre, quitte à voler, que de mourir ! Encore un espoir qui s’envolait avec les hirondelles, qui pourtant nous avait si bruyamment annoncé le printemps.
Qu’à cela ne tienne ! Tout n’était pas perdu. Il restait encore la carte des exonérations. Bons princes et conscientes de l’amplitude du problème, nos autorités ont cru bien faire en renonçant une fois de plus à une part des rentrées publiques pour alléger la souffrance des populations.
Comédie
Cependant, la simple évocation des exonérations réveillait inexorablement les souvenirs encore récents, d’une opération du genre qui s’était conclue il y a quelques années par le surenchérissement des prix en raison de la spéculation. Mais cette fois-ci, le terrain semble suffisamment balisé et le cahier de charges bien ficelé.
N’était-ce pas sans compter sur l’ingéniosité de ceux-là convaincus que leur salut passe par la famine du plus grand nombre ? N’était-ce pas encore faire preuve de trop d’optimisme ? Assurément, les mêmes causes produisant les mêmes effets, ils entendent toujours accroître leurs marges en nous affamant, tout en se convainquant d’être de bons patriotes.
Cette histoire « de problème de camions » ne serait-elle pas le prétexte trouvé pour justifier la hausse déjà entamée des prix, malgré la subvention ? Ou bien s’agirait-il simplement d’une justification courtoise à de nouvelles demandes d’exonérations pour l’achat hors taxes, hors douanes de camions neufs, qui sait peut-être déjà livrés ! Dans tous les cas, dans ce charivari, il y a des certitudes et de ces certitudes découlent un certain nombre de conséquences logiques et légitimes.
Une première certitude est que les exonérations ne sont pas fictives. Elles représentent plusieurs milliards abandonnés par l’Etat au profit de quelques opérateurs économiques. Une deuxième certitude est que la conditionnalité de cet abandon est que les bénéficiaires importent et vendent le riz aux Maliens à des conditions acceptables (c’est-à-dire à la limite des possibilités de leurs bourses). Troisième certitude, l’engagement pris par les opérateurs ayant bénéficié de l’exonération n’était pas une obligation de moyen, mais bel et bien un engagement de résultat.
Alors, ayant demandé et obtenu des exonérations de taxes, et s’étant engagés, parfois même à la télé, d’importer du riz en quantité et en qualité suffisante, et à le vendre à des prix homologués, les mêmes ne peuvent légitimement pas invoquer un problème de transport au finish pour justifier qu’ils n’honorent pas leur part du contrat, mieux que le peu importé soit finalement vendu à prix d’or.
Alors, il est temps que l’Etat jusque-là clément et généreux sévisse. Les fonds publics ne peuvent pas profiter toujours impunément à quelques-uns, qui, en retour, n’ont même pas conscience des souffrances et misères qu’endurent ce peuple. La comédie n’a que trop duré ! Le peuple ne demande qu’à manger à sa faim, quoi de plus légitime ?
Mozard Diarra
Acceuil
SPECULATION FONCIERE A BAMAKO
Le cimetière d’Hamdallaye gagé !
Un opérateur économique, sollicitant un prêt bancaire, s’est présenté avec le TF d’un terrain qui n’était autre que le cimetière d’Hamdallaye. Le pot aux roses a été vite découvert et l’affaire a été étouffée.
La spéculation foncière gagne du terrain à Bamako. Nombreux sont ceux qui ne reculent plus devant rien. Des élus aux simples citoyens en passant par les agents de l’administration domaniale, la chaîne de complicité est grande. Des banques et établissements financiers qu’on croyait au-dessus de toute forme d'arnaque sont souvent la cible des spéculateurs en tous genres.
L’histoire qui vient de se passer à Bamako sort de l’ordinaire. Mais pour des raisons d’anonymat, nous nous garderons de nommer la banque qui a failli être flouée par un escroc foncier. Le quidam est un homme d'affaires de la place. Il avait sollicité un prêt dans une structure bancaire de la capitale. Le montant avoisinait les 300 millions de F CFA.
Dans la procédure en la matière, le demandeur de prêt, en fonction de ses relations avec la banque, est tenu d'apporter une garantie. Celle-ci peut-être un bien meuble ou immeuble. Dans le cas d’espèce, l’opérateur économique a déposé le titre foncier d’un domaine dont il est censé disposer à Hamdallaye. La procédure de décaissement est allée bon train. Mais les choses se gâtèrent au niveau du contrôle de routine précédant la mise à disposition des fonds.
Comme le commande la réglementation, la banque ne s’est pas fiée qu’aux documents. La dernière autorité de la banque dont la signataire vaut ordre de décaissement, a crû bon de diligenter une contre-expertise immobilière. Experts et responsables de la banque se sont alors retrouvés devant un cas flagrant d’escroquerie. Le titre foncier n’était qu’un vrai faux TF sorti de surcroît du cimetière d’Hamdallaye.
Après la découverte de la supercherie, l’affaire a été discrètement gérée. Certains cadres de la banque ont fait les frais de leur indélicatesse puisque le directeur adjoint du crédit, confondu de complicité, a été congédié. Le délinquant foncier, craignant de se retrouver en prison, a pu étouffer l’affaire, qui n’a plus fait de bruit.
Selon nos sources, il se serait entendu avec sa banque moyennant espèces sonnantes et trébuchantes et l’affaire a été classée comme un simple incident de parcours.
Abdrahamane Dicko
Acceuil
ESPACE D’EXPRESSION DEMOCRATIQUE
« No Vox » dénonce les politiques discriminatoires des gouvernants
A l’initiative du Mouvement des « sans voix » du Mali, les militantes du Burkina Faso, du Togo, de la France se sont retrouvées dans le cadre du réseau international « No Vox », pour initier et créer un espace d’expression démocratique, populaire et autonome et proposer des alternatives aux politiques discriminantes et répressives actuelles. Les privatisations, de Morila SA, Huicoma et l’immigration ont été évoquées.
Les « Sans » : sans travail, sans logis, mal logées, précaires, ouvrières licenciées, paysannes spoliées, malades et handicapées, expulsées d’Europe et d’ailleurs, réfugiées, viennent d’organiser le 1er forum des « Sans » à Bamako.
« No Vox » , au cours de ce forum a fait état des conditions difficiles et inacceptables que vivent les pauvres dans le monde et notamment en Afrique et au Mali. « Au Mali, la spéculation foncière entraîne les démolitions de quartiers auto-construits et la réduction des zones de maraîchage, de jardinage et de culture au seul profit des opérateurs immobiliers, des autorités en charge de la gestion urbaine, souvent corrompues. Ces terrains sont redistribués aux plus riches au détriment des pauvres ».
A la suite, le forum, les « Sans » exigent la fin des destructions, le maintien des zones de maraîchage, de jardinage et de culture, la régularisation des quartiers auto-construits, le relogement des familles expulsées, le dédommagement sans condition des populations victimes de démolition conformément au code domanial.
Le forum propose la mise en place d’une commission composée des représentants de chaque quartier, de l’autorité traditionnelle, du gouvernement, des autorités municipales. Les autorités municipales en charge de la gestion foncière ne peuvent être les seuls décideurs de la ville.
Ils ont dénoncé, les privatisations des entreprises publiques au Mali, la gestion par des multinationales au seul profit de leurs actionnaires du patrimoine industriel national qui a conduit à des pertes par des travailleurs privés de leurs droits et licenciés.
Le forum exige que les grévistes licenciés de Morila SA soient rétablis dans leur droit, exige l’application du « plan social » pour les travailleurs licenciés de Huicoma et que les tribunaux compétents jouent leur rôle ; rendent la justice sociale et cessent de reporter systématiquement leurs décisions laissant douter de leur indépendance. Le forum a déploré que 35 % des expulsés maliens sont séparés de leur famille vivant en France.
Le forum dénonce le Pacte européen sur l’immigration, la directive retour dite « directive de la honte », le concept de l’immigration choisie, l’Agence européenne des frontières (Frontext), les accords de réadmission et toute politique migratoire qui fait de l’Europe une forteresse et de l’Afrique une grande prison. « Sommes solidaires du combat des sans papiers en Europe. Appelons à la régularisation de tous et de toutes ». Le forum a proposé le respect strict de la Déclaration universelle des droits de l’Homme en la matière.
Au Bénin, les exactions commises par les forces de l’ordre togolaises et béninoises contre le camp des réfugiés togolais doivent cesser selon le forum qui s’est déclaré solidaire de tous les réfugiés dans le monde, exigé la régularisation de leur statut et de leur situation, la traduction des coupables responsables de leur sort devant les juridictions nationales et internationales.
Au Burkina Faso, « nous dénonçons également les dérives du régime en place tant du point de vue des droits démocratiques que civiques. Nous soutenons la société burkinabé qui lutte et défend les droits sociaux, civiques, économiques et culturels dans l’intérêt général et pour l’avenir de leurs pays ».
Amadou Sidibé
Acceuil