Le manque de communication et de sensibilisation autour du code en fait aujourd’hui une bombe sociale.
Jamais l’adoption d’un projet de code n’a suscité autant de débats, de passion que celle du Code des personnes et de la famille. Le Haut conseil islamique, la faîtière des associations musulmanes de notre pays y a toujours été opposé.
Le nouveau Code en tant que tel n’est pas un mauvais texte. Mais c’est l’aspect communication qui a manqué le plus sur les points qui fâchent les musulmans. Les articles incriminés ont pour noms : « l’intervention de la femme dans les charges du ménage », « la non-reconnaissance du mariage célébré à la mosquée faisant croire aux musulmans que l’Etat encourage l’homosexualité et la débauche sexuelle », « l’entrée de l’enfant né hors mariage dans l’héritage », « le respect mutuel entre époux dans le ménage ».
A priori, l’adoption du Code par les députés, n’était pas à l’ordre du jour de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale. Eu égard à son caractère jugé très sensible, il était juste prévu que les élus prennent largement connaissance du contenu du document, d’en faire une large diffusion auprès de leurs populations au cours de l’intersession. Son enrôlement et adoption devaient intervenir plus tard.
L’opinion publique est en proie à la désinformation. Des gens qui n’ont jamais lu le Code soit par ignorance ou par mépris s’adonnent à des interprétations fantaisistes. Le rôle du gouvernement, l’initiateur du projet de loi était de s’emparer des médias publics et privés pour faire une large explication du Code par les érudits du Coran et les professionnels du droit privé.
Tous ces troubles pouvaient être évités si le gouvernement avait tenu ses engagements pris devant les élus de donner du temps au temps pour la sensibilisation et la discussion sur les articles qui fâchent. La marche du samedi 15 août des mêmes associations musulmanes qui avaient lancé un ultimatum au pouvoir de ne pas promulguer ce Code avant de le « nettoyer » de ses articles qu’elles jugent anormaux en dit long sur le sentiment de mécontentement.
Mais subitement, ce Code élaboré depuis 2000, mais qui a été gardé dans le tiroir par les gouvernements successifs de la IIIe République et par les différentes mandatures de l’Assemblée nationale a surgi dans l’hémicycle. Le bureau de l’Assemblée l’a programmé à l’ordre du jour de sa session extraordinaire et l’a adopté à la majorité des élus présents comme s’ils étaient en mission commandée ou s’il y avait urgence à parer au plus pressé.
L’histoire retiendra que les députés qui étaient les plus farouchement opposés et qui faisaient semblant d’être des défenseurs de la religion musulmane ont été les premiers à se ramollir. Me Mountaga Tall, député élu à Ségou, défenseur ardent de la légalisation du mariage célébré selon le rite musulman, mais dont la préoccupation n’a pas été acceptée, a voté des deux mains puisqu’il représentait une procuration.
Bajan Ag Hamatou, le député de Ménaka, qui voulait certainement être tranquille avec sa conscience et gagner la confiance de ses électeurs, a déclaré qu’il a voté le Code mais qu’il va demander pardon à Dieu. Mamadou Awa Gassama Diaby, élu à Yélimané, qui a failli porter la main sur la présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale, Mme Camara Saoudatou Dembélé, au moment des travaux en commission, l’a aussi voté et a même déclaré que « c’est le meilleur code que le Mali a élaboré ». Ces différents cas illustrent parfaitement le degré de la pression exercée sur les députés pour qu’on assiste à des retournements de veste à la limite de l’hypocrisie.
Des ministres ont été commis à la tâche pour exercer des pressions sur les députés de leur parti afin que le Code passe comme lettre à la poste. L’argument avancé pour convaincre est que l’adoption du fameux Code va faire que le Mali sera au centre de l’intérêt des bailleurs de fonds, qui n’entendent que sa promulgation pour classer notre pays parmi les défenseurs des droits de la femme.
Une motivation profonde pour eux de convaincre davantage leurs contribuables à libérer beaucoup de fonds pour aider notre pays. Des députés n’ont pas manqué de confesser à certains de leurs camarades que « le Mali aura une pluie de milliards des bailleurs de fonds dans les prochains mois et que même l’aide pour le développement du Nord est conditionnée à l’adoption de ce Code ».
L’Adéma, censé être le parti majoritaire, doit énormément faire attention en ne s’immisçant pas dans des combats d’arrière-garde.
GROGNE AU PMU-MALI
Les travailleurs en grève illimitée
Les travailleurs du Pari mutuel urbain (PMU-Mali) et leur PDG, Idrissa Haïdara sont à couteaux tirés. A la suite d’une cessation de travail, suivie d’une assemblée générale, les travailleurs ont décrété une grève illimitée jusqu’à la satisfaction des doléances sur la table de la direction depuis bientôt un an.
Face au comportement jugé « méprisable » du PDG du PMU-Mali, les travailleurs ont manifesté hier leur ras-le-bol en arrêtant le travail. Ce mouvement de contestation était visible à la direction générale.
Travailleurs permanents, revendeurs de tickets, agents de traitements se sont retrouvés autour du secrétaire général du comité syndical des permanents du PMU-Mali, Amadou Oumar Diaw, membre du bureau exécutif national de l’UNTM, et de ses proches collaborateurs pour un meeting. Ils ont évoqué les raisons du débrayage.
La violation, par le PDG, des textes qui régissent le PMU-Mali est le principal point de discorde. Mais le syndicat exige l’exécution sans délai des deux procès-verbaux de conciliation, le respect des clauses de l’accord d’établissement, notamment son article consacré au recrutement du personnel et la formation.
Les 1310 travailleurs du PMU exigent également la délivrance d’une copie de la résolution sur l’externalisation des agents de traitement et autres vacataires, le retrait d’aptitude conseil des locaux du PMU-Mali. La régularisation de la situation des autres chefs d’antenne et bureau, suite au recrutement d’un chef de bureau à la catégorie B « alors que les chefs d’agence sont à la catégorie C ». Les travailleurs surexcités scandaient « Sauvegardons nos emplois », A bas l’opportunisme ! »
Le PMU, une vache laitière pour le PDG
A en croire le SG du syndicat, les revendications perdurent depuis décembre 2008. « Après plusieurs rencontres qui avaient abouti à la suspension du mot d’ordre de préavis de grève, le PDG, Haïdara, joue au dilatoire sans proposer de solutions ». Désormais dos au mur, selon le syndicat, le PDG dans une correspondance en date du 15 août dernier, disait vouloir analyser les 5 points de doléances.
Certains travailleurs ont demandé la démission du PDG, arguant qu’il n’en fait qu’à sa tête. Ce qui a été confirmé par le SG, M. Diaw, qui a précisé que « M. Haïdara a dit qu’il fait ce qu’il veut tant qu’il a la bénédiction des plus hautes autorités ».
Pour Mme Traoré Dialla Konadji, secrétaire aux revendications du syndicat des travailleurs permanents, « il s’agit de sauver le PMU-Mali de certaines pratiques qui sont en train de mettre à genou l’institution et aussi sauvegarder les emplois ». Ils ont décidé d’aller en grève illimitée jusqu’à satisfaction des procès verbaux de conciliation
Le millier de travailleurs s’est ensuite dirigé vers la Bourse du travail pour y rencontrer le secrétaire général de l’UNTM. Siaka Diakité, qui a réitéré le soutien de sa structure. « L’UNTM prendra l’affaire en main ». Et de dire que le travail ne reprendra qu’à la satisfaction des doléances. Il les a assurés de prendre langue avec le ministre de l’Economie et des Finances.
La protestation intervient au moment où la direction du PMU-Mali se trouve dans un scandale d’escroquerie de la part d’un revendeur de ticket.
Amadou Sidibé
Paris annulés
Le mouvement de contestation des travailleurs du PMU-Mali, composé de 110 agents permanents, 700 revendeurs de tickets, 500 agents de traitements, qui s’est transformé en grève illimitée, n’est pas sans conséquence.
Les parieurs de la course du mardi 18 août seront remboursés. Les revendeurs de tickets n’ayant pas déposé les souches vendues à la direction du PMU. Au moment du déroulement de la course, le SG et son staff étaient en meeting dans la cour du PMU. Impuissants, le PDG et quelques membres de l’administration les observaient du haut des bâtiments.
A. S.
Acceuil
« UNE MATINEE A »…
Au CHU Gabriel Touré de Bamako
Ceux qui se plaignent de la mauvaise organisation de l’hôpital seraient-ils victimes de leur empressement à venir dans ce lieu ? On a du mal à y croire entièrement d’autant que cette structure manque de moyens et de matériels.
Il fait chaud en ce début de journée, l’hôpital Gabriel Touré dont l’accès est limité accueille ses innombrables patients ou visiteurs qui attendent avant de montrer « pattes blanches » pour entrer dans ce lieu.
La mortalité infantile est une priorité du gouvernement du Mali. Pas une semaine ne s’écoule sans qu’un discours ou un spot publicitaire sur la santé ou la préservation de l’enfance ne passe sur la radio et la télévision.
L’enfant, une priorité donc, pourtant des cris de peur et de douleurs font échos dans le hall du service de pédiatrie du CHU Gabriel Touré, ce qui fait froid dans le dos. Il n’y a rien de pire qu’un enfant qui pleure sans que personne ne mette un terme à ses souffrances. Bien entendu, de nets progrès ont été faits dans ce domaine, la mortalité infantile est passée de 119,2 morts pour 1000 enfants en 2003 à 103,83 pour 1000 enfants en 2008. Les progrès sont à poursuivre et les dérives à bannir.
Un enfant se fait ausculter dans la salle « major pédiatrie I » (contiguë à la salle d’attente) à laquelle tout le monde à étonnamment accès - la porte est grande ouverte -.
L’enfant est certes entouré de plusieurs membres du personnel de santé, mais les mesures d’hygiènes fondamentales ne sont pas prises en compte : aucun d’entre eux n’a de gants. Le rythme de certains médecins est soutenu, ils enchaînent les visites et sont consciencieux dans leur travail. Malgré tout, l’atmosphère générale est oisive, d’autres médecins et infirmiers déambulent dans les couloirs, discutent, tandis que les mères d’enfants malades s’impatientent.
Certaines sont là depuis plus d’une heure sans avoir été pris en charge. Le va-et-vient du personnel continu. Une femme en boubou noir et jaune tenant un bébé minuscule tente de s’informer auprès des infirmières de garde qui lui demandent d’aller se rasseoir et de continuer de patienter.
« L’hôpital ne peut pas répondre à la demande de tous les patients »
Le service de pédiatrie est l’un des plus fréquenté de l’hôpital, il accueille entre 200 et 250 enfants par jour pour un personnel de soin de cinquante-trois personnes toutes catégories confondues, douze médecins et trois agents de surface.
Les consultations sont la plupart du temps sans rendez-vous, bien évidemment, il y en a quelques-uns. Néanmoins, le service fonctionne comme un grand dispensaire où le matériel consommable est fourni par l’hôpital, les médicaments achetés généralement par les parents eux-mêmes sauf pour les cancéreux ou les patients atteints du VIH. Le temps d’attentes des familles dépend de l’affluence, tandis que les médecins consacrent entre 15 et 20 minutes par enfants malades selon un membre du personnel.
La plupart du temps, les personnes viennent directement à l’hôpital lorsqu’elles sont malades alors que le système de santé est régi par trois niveau d’accueil, les CSCOM (Centre de santé communautaire), le CSREF (Centre de santé de référence) et l’hôpital, dernier niveau d’accueil qui « devrait s’occuper uniquement des maladies spécifiques, c’est un lieu spécialisé, c’est pourquoi il ne peut pas répondre à la demande de tous les patients », selon M. Sidibé travaillant à l’unité de prise en charge des patients VIH.
M. Amadou qui est d’abord passé par un centre communautaire avant d’être redirigé à l’hôpital pour les soucis de santé de sa fille va dans ce sens : « Je suis satisfait du travail des médecins, franchement c’est bien, l’accueil et les visites sont bien organisés ».
Ceux qui se plaignent de la mauvaise organisation de l’hôpital seraient-ils victimes de leur empressement à venir dans ce lieu ? On a du mal à y croire entièrement d’autant que cette structure manque de moyens et de matériels.
Pour M. Fofana, « l’administration ne pose pas de problème ; c’est plutôt au plus bas niveau qu’on remarque que certaines personnes ne veulent pas recevoir d’ordres (quelques anciens ne répondent pas aux internes) il y a un complexe. Quand on voit que c’est un fils qui donne des ordres, ça ne passe pas ».
Dans notre pays, l’autorité du médecin est très peu respectée, sa profession et sa situation économique sont dévalorisées comparées à d’autres pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal. L’amélioration du système de santé passe donc peut être par la revalorisation du statut du médecin, des infirmiers et de tout autres personnels de santé.
Kaourou Magassa
(stagiaire)
Acceuil