Les Echos du 06 août 2009
LE 3e MANDAT DE ATT
Attention la grande menace !
Il est des heures graves dans l’histoire d’un peuple où sa sauvegarde tient à sa capacité à discerner les menaces qu’on lui cache.
En 2010, le Mali notre pays fêtera son 50e anniversaire d’accession à la souveraineté nationale et internationale. Passées les promesses d’une bonne récolte qu’annonçaient les réalisations de la première République, notre pays traverse depuis belle lurette une léthargie qui a tendance à se transformer en coma.
Mon analyse se concentrera essentiellement sur les dangers et les pièges que cache le projet de révision constitutionnelle au Mali. Qu’est-ce qu’on doit attendre de cette révision constitutionnelle ? Qu’est-ce qu’elle apportera comme évolution dans la vie de la nation ? Ces questions méritent d’une part la réflexion de tous les fils et toutes les filles du Mali et d’autre part chacun doit apporter sa contribution.
Le Mali que nous attendions et désirions, nous savons depuis un certain temps qu’ATT ne peut pas le faire, il a montré ses limites : on attendait de lui qu’il bâtisse un Mali digne et fort, qu’il restaure l’autorité de l’Etat, qu’il mette fin à la gabegie et à la gangrène de la corruption qui ronge notre pays.
L’homme de mars 1991 (il se désigna comme tel lors du dépôt de gerbe de fleurs au Monument des martyrs le 26 mars 2003) a oublié ses engagements et l’espoir que les jeunes Maliens avaient placé sur sa personne. Chaque nation a besoin d’un grand homme, d’un repère pour avancer !
Rappel : Le 21 janvier 1991, j’étais dans la classe (11e SH) du Pr. Modibo Diakité (membre de la Commission Daba Diawara, chargée de la révision de la Constitution) que nous appelions affectueusement Chamberlain, lorsque vers 9 h 30, le proviseur du lycée Boullagui Fadiga, M. Samaké Arouna gifla violemment le 1er secrétaire général du comité AEEM (Association des élèves et étudiants du Mali) de l’ENA (Ecole nationale d’administration), Oumarou Dicko.
Il reprochait à M. Dicko d’être venu informer les élèves de l’arrestation du camarade secrétaire général du bureau de coordination de L’AEEM, Oumar Mariko. A l’époque, nous sommes sortis spontanément pour le défendre et participer à la première grande manifestation scolaire et estudiantine post-1980 de notre pays.
Car malgré notre jeunesse, nous nous sommes dit que tout peuple repose sur un principe : le respect de la personne humaine, de la dignité humaine. Dans la nuit du 22 mars 1991, lors du dernier comité directeur de l’AEEM avant les événements, il était écrit sur le fronton du mur de l’ENA : « Ce que le Mali sera demain c’est Moussa Traoré, la tête nous les pieds ».
C’est juste pour rappeler ô combien la démocratie malienne a été arrachée au prix d’énormes sacrifices consentis par les jeunes et un groupe de patriotes convaincus qui se sont organisés pour tirer le Mali de la boue dégradante de l’humiliation, de l’injustice, et du désespoir. En le faisant, ils aspiraient à une société de solidarité, de justice et de liberté, débarrassée des oripeaux de la corruption et de l’analphabétisme.
La déroute de la démocratie et de la liberté dans son exercice quotidien au Mali a déconcerté l’immense majorité des Maliens et des démocrates de plus en plus désillusionnés, attristés et déçus, qui se sont détournés des urnes, car personne ne souhaite cautionner un système qui ne se soucie que de sa survie.
Comme on le dit : « la révolution mange ses propres enfants ». Les partis de la majorité (ADP) sont pris en otage par le régime, en mettant dans le gouvernement des « personnalités » qui ne doivent leur légitimité qu’aux pouvoirs administratifs qu’ils détiennent en tant que ministre, chose qui rend impossible toute manœuvre desdits partis au risque de se disloquer.
Echec du pluralisme politique, enjeux de la révision
Tout nous conduit à penser que derrière le masque des mots et le jargon des laudateurs du PDES (Programme de développement économique et social), le 3e mandat d’ATT, est dans la tête de ces hommes et femmes qui savent que « la mangécratie » ne survivra pas au général à la retraite. En clair de quoi s’agit-il ? Les faits sont simples, même si certains pensent gagner à les obscurcir.
Il s’agit du 3e mandat d’ATT, malgré son démenti formel du 8 juin dernier lors de sa traditionnelle conférence de presse, nous continuions à croire qu’il n’a pas dit son dernier mot, car pour nous ce démenti est intervenu dans un contexte particulier où, la presse avait touché, un de ses points sensibles : la Fondation pour l’Enfance, dirigée par son épouse.
Ensuite, ce qui a renforcé nos soupçons, c’est son interview dans Jeune Afrique n°2528, pour dire que : « Le peuple est souverain pour changer la Constitution », cela n’est rien d’autre à nos yeux que la correction de sa communication du 8 juin 2009. Ce qui se passe aujourd’hui annonce une atmosphère crépusculaire où tous les repères sont brouillés, où toutes les aventures paraissent possibles.
Après la mise en place de la Commission Daba Diawara, il y a eu la mystérieuse constitutionnaliste de Bordeaux qui a donné le ton, mais des voix se sont élevées en son temps pour dénoncer la supercherie en faisant des mises en garde. Pour beaucoup de personnes l’enjeu, c’est l’article 30 de la Constitution qui stipule que : « Nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs ».
Pour nous, l’enjeu est la tenue même du referendum, qui ne saurait intervenir sans que le peuple malien soit directement éclairé sur la portée de son vote. Il constituera un piège si les électeurs sont induits à croire qu’ils vont simplement entériner quelques principes généraux, alors que les suffrages ainsi captés vont servir à légitimer tout ensemble les débordements futurs et les carences actuelles, au préjudice des intérêts nationaux.
Le referendum consacrera sans aucun doute l’avènement de la IVe République, c’est-à-dire une nouvelle Constitution, or l’un des grands principes du droit notamment : l’article 2 du code civil stipule que : « La loi ne dispose que pour l’avenir, elle n’a point d’effet rétroactif », c'est-à-dire la nouvelle loi ne revient pas sur le passé, elle s’applique pour l’avenir.
Nous avons des jurisprudences dans ce sens dans des pays comme le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, le Togo, etc. Nous assistons actuellement au démantèlement de la Constitution nigérienne au motif fallacieux de l’accomplissement de l’œuvre inachevée, comme si les bas-fonds de l’Histoire ne sont pas remplis d’hommes qui se croyaient indispensables.
Le Mali n’est pas à l’abri d’un tel revirement de situation, notamment avec le PDES qui court, Tandja lui aussi avait promis et juré de s’en aller à la fin de son second mandat. Comparaison n’est certes pas raison, Tandja n’est pas ATT, mais qu’adviendra-t-il s’il y a revirement pour motif de continuer l’accomplissement du PDES qui tarde à améliorer le quotidien difficile de l’ensemble des Maliens.
Telle est bien la menace dont l’opinion publique doit être consciente. Cette menace n’est pas lointaine et théorique : elle est ouverte, certaine et proche.
Aujourd’hui, face à cette situation d’un Mali, ni autorité, ni idée, ni message, ni visage, où la politique de « diviser pour régner » est la règle, il est temps que nous jeunes, nous nous ressaisissions et que nous empruntions la seule voie qui doit mener à la victoire : la démocratie (alternance démocratique, le changement).
La vie politique ne doit plus être marquée, pour nous, par la démagogie, une diarrhée verbale incoercible et la prolifération de structures n’ayant aucune base sociale ou idéologique. La jeunesse doit savoir où elle va, qu’elle va être son rôle, il n’y a pas de défi que la jeunesse ne soit pas capable de relever si on lui montre un chemin de justice et d’espoir, c’est ce chemin que nous devons tracer ensemble.
Nous devons être une jeunesse d’innovation, porteuse des espoirs de son temps, qui comprend les contraintes liées à la mondialisation et qui ne renoncerait pas à les repousser. Nous voulons autant que d’autres que le Mali se fasse, qu’il conduise son destin de grande nation, mais nous disons non à un Mali vassale, non à un Mali qui démissionne aujourd’hui pour s’effacer demain.
Puisqu’il s’agit du Mali, de son indépendance, de son devenir et de l’avenir, puisqu’il s’agit de notre patrie, de sa cohésion et de sa volonté, nous ne transigerons pas. Nous lutterons de toutes nos forces pour qu’après tant de sacrifices, tant d’épreuves et d’exemples, notre génération ne signe pas dans l’ignorance, le déclin de la démocratie et de sa stabilité.
Comme toujours quand il s’agit de l’abaissement du Mali, les apatrides sont à l’œuvre avec leurs voix rassurantes, Maliens ne l’écoutez pas, c’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort. Mais comme pour toujours quand il s’agit de l’honneur du Mali, partout des hommes vont se lever pour combattre les partisans du renoncement et les auxiliaires de la décadence.
Avec gravité et résolution, nous vous appelons à un nouveau combat, celui du Mali de demain et de toujours. Debout sur le champ de l’honneur et de la dignité, unis et déterminés, nous allons triompher !
Dieu, bénisse, le Mali !
Mariko Bakary
(MJDPS, France)
Acceuil
ENQUETES SUR LES TRACASSERIES ROUTIERES
La police malienne mise en accusation
Sur le tronçon malien du corridor inter-Etats, le corps le plus incriminé est la police, suivie de la douane, de la gendarmerie et des agents de perception de la taxe sur la surcharge.
L’Observatoire des pratiques anormales (Opa), qui fait de la lutte contre les tracasseries routières, l’un de ses principaux objectifs, publie chaque trimestre un rapport sur les trois corridors pilotes que sont Tema-Ouagadougou, Ouagadougou-Bamako et Lomé-Ouagadougou. Il vient de publier son 1er rapport trimestriel 2009, 7e du genre. Ce rapport consacre un nouveau trimestre de collecte d’informations et de données sur les pratiques nuisibles des forces de l’ordre au transport et aux transits routiers sur les axes inter-Etats.
En parcourant le document dont nous vous proposions un avant-goût dans notre parution du mercredi 5 août 2009, il apparaît que la circulation sur les axes routiers inter-Etats semble renouer avec d’anciennes mauvaises pratiques à travers l’apparition de nouvelles perceptions illicites. En cela, le Mali occupe la tête de peloton en dépit d’une légère baisse de 11 %. Les données analysées dans le rapport ont été, comme à l’accoutumée, collectées au Burkina, au Ghana et au Togo par les points focaux de ces pays. Au Mali, elles ont été collectées par le contre enquêteur du Trade Hub.
Au-delà des prélèvements illicites et des temps d’arrêt sur les trois corridors suivis par l’Opa, le rapport s’intéresse également au nombre de points de contrôle par corridor et fait une classification du corps des agents décriés. Nous notons dans le document que le corridor Ouagadougou-Bamako a la plus forte densité de barrières, soit 29 arrêts par voyage avec un ratio de trois arrêts aux 100 km pour le 1er trimestre 2009.
Cette situation, commente le rapport, est imputable à la partie malienne du fait du nombre élevé de barrières sur son tronçon qui, à lui seul, enregistre 20 barrières par voyage contre 9 du côté burkinabé. Le corridor Lomé-Ouagadougou a enregistré ce trimestre le nombre le moins élevé de barrières avec 23 arrêts par voyage, soit deux arrêts aux 100 km.
Pour ce qui est des contrôles sur les territoires burkinabé et ghanéen, la douane arrive en tête, suivie de la police. Au Mali, c’est la police qui arrive en tête, suivent la gendarmerie, la douane et les agents de contrôle de la charge à l’essieu. Par contre, sur le territoire du Burkina, c’est la douane qui est incriminée devant la police et la gendarmerie.
Le retard induit par les contrôles est prouvé par la contre enquête et se décline par ordre de grandeur comme suit en minutes par voyage : Tema-Ouagadougou, long de 1057 km : 244 minutes, soit 23 minutes de retard aux 100 km, Bamako-Ouagadougou, long de 920 km : 185 minutes, soit 20 minutes de retard aux 100 km, et Lomé-Ouagadougou, long de 1020 km : 78 minutes, soit 8 minutes de retard aux 100 km. En rapprochant le 1er semestre de 2008 au 1er trimestre de 2009, l’on note une nette augmentation du nombre total des contrôles de 13 % sur l’ensemble des corridors. Cela serait dû, selon le rapport, à l’apparition de nouvelles formes de perceptions illicites
Comme on le voit, les résultats d’enquêtes sur les pratiques anormales sur les corridors suivis par l’Opa, menées au cours de la période du 1er janvier au 31 mars 2009, font apparaître un bilan toujours critique. Le niveau des tracasseries n’a pas substantiellement baissé et semble évoluer en dents-de-scie.
Mohamed Daou
Acceuil
LOGEMENTS SOCIAUX
Double attribution aux beau-fils et fils…
Après le scandale de 4 maisons attribuées à une dame et à trois de ses enfants, deux autres cas d’attribution indue éclaboussent les acteurs des logements sociaux.
Dans une précédente parution, nous faisions cas de l’attribution de quatre maisons à une dame pour ses enfants. La dame comptant sur ses appuis avait menacé de représailles la Commission d’attribution qui a décidé de lui retirer trois des logements. Ses menaces n’ont plus servi à rien puisque les maisons indûment attribuées lui ont été retirées quelques jours après.
Deux situations identiques viennent de se passer et concernent le beau-fils et le fils d’un responsable de la Commission d’attribution des logements sociaux. Dans son précédent rapport, le BVG avait constaté une double attribution de logements. La lumière a été faite sur son propriétaire qui n’était autre qu’un des beaux-fils d’un responsable de la commission.
Le beau-fils avait bénéficié d'un premier logement de type F3 B n°7, Ifa-Baco à Sébénicoro au programme des « 320 logements sociaux », sur la liste des Maliens de l’extérieur. Il a refusé d’y loger jugeant que le bâtiment n’était pas conforme à son goût à cause de son étroitesse.
Malgré tout, il n’a pas restitué les clés et la maison est restée sous sa garde. Dans le programme suivant, une autre plus grande lui a été attribuée à Tabacoro (la maison 163 F4 D) sur la liste des non salariés. Il s’est du coup retrouvé propriétaire de deux logements, puisque même avec la nouvelle attribution, l’ancienne n’avait pas fait l’objet d'annulation au niveau de la commission.
En plus du beau-fils, le fils a été servi de la même manière. Etudiant aux Etats-Unis, le quidam a bénéficié d’un logement de type F3 dans le programme « des 1325 logements » de 2007. Une fois revenu à Bamako, il a rejeté l’offre, qui ne lui plaisait pas. Il en veut un plus grand et a été gratifié à son tour d’une bâtisse plus spacieuse de type F4 sans renoncer à l’ancienne.
Abdrahamane Dicko
Acceuil