Les Echos du 04 août 2009
SENEGAL
Maliens de Dakar : une image ternie par la mendicité
Grâce à Malamine Koné, l’image ternie du Malien par la mendicité à Dakar (Sénégal) a trouvé le brillant d’un vernis qui donne envie d’être Malien même si dans les rues de Dakar, on peut croiser à chaque coin, un indigent guidé par une petite fille ou un petit garçon qu’il soit Malien ou non.
Le médecin Mamadou Danioko avait honte à chaque fois qu’il se trouvait en compagnie d’un ami ou d’un collègue de constater que la main qui se tendait à la vitre de son véhicule était celle d’un gamin malien.
« Je me rendais compte parce que dans les yeux de l’autre je lisais ‘‘encore un mendiant malien, il n’y a qu’eux pour faire ça à Dakar’’, une phrase qui résonne dans la tête tout le temps ».
Mais le médecin, qui officie dans le plus grand centre hospitalier du Sénégal, l’hôpital Dantec de Dakar, ne devait pas être aussi à l’aise de voir que ces jeunes enfants sont victimes d’accidents de la route, imprudents sur la voie publique, slalomant entre les voitures ou quand ils sont malades, puisqu’ils dorment au coin de la rue toute l’année qu’il pleuve ou qu’il vente.
Dr. Danioko approche les services de l’ambassade qui lui répondent que « c’est une situation qui relève de la société civile ». Alors, avec ses amis, il crée l’Association malienne pour la fraternité et l’action (Amfa) contacte l’Unicef qui prend en charge les cas sociaux et l’oriente vers l’Office des migrations internationales (OMI). A cet organisme onusien, l’Amfa demande de l’aider pour envoyer les jeunes enfants au pays. L’appui de l’OMI a été obtenu sur la base d’un retour volontaire.
Une étude est lancée avec le concours du ministère sénégalais chargé de la Famille, de la Femme et de l’Enfant pour identifier à l’occasion de rondes nocturnes les lieux de regroupement de la cohorte de gamins abandonnés eux-mêmes dans les rues des quartiers populaires de la ville comme Grand Yoff, Colobane ou Pikine.
« C’est là que nous avons découvert que plus de 90 % de ces enfants mendiants dans les rues de Dakar ont fui l’école coranique pour des raisons et d’autres et sont arrivés par train du Mali. La gare de Dakar étant presque impossible à violer à cause de sa conception (une seule entrée et sortie), ils ne pouvaient alors retourner même s’ils en avaient le désir et étaient ainsi pris au piège » , explique Dr. Danioko.
Le cœur sur la main
La seconde phase consistait à sensibiliser cette population pour la conscientiser au retour au pays. En un mois, de mars à avril 2006, 69 gosses sont ainsi rapatriés au Mali auprès de leur famille. Ils étaient pris en charge dans un centre de transit qui leur procurait des soins, les nourrissait, les habillait décemment afin qu’ils soient dans des conditions plus agréables avant leur retour par avion.
Malheureusement, cette opération est brutalement interrompue suite au vol de matériel dans le centre de formation où séjournaient les enfants. « Nous avons eu la détestable surprise de voir que les enfants ont cassé les vitres et volé la quasi-totalité du matériel de formation (machines à coudre, tissus et autres articles de mercerie) et même du matériel informatique de l’administration. Nous étions dépités », déclare, un trémolo dans la voix, ce grand médecin au grand cœur.
Il regardait ainsi tout ce matériel exposé dans la cour de l’ambassade du Mali à Dakar en ce jour de fête et de mobilisation pour accueillir Malamine Koné, un Malien au grand cœur qui n’a pas hésité un seul instant à l’appel de l’Association des femmes de l’Afrique de l’Ouest. Cette association avait décidé de le distinguer lors de son grand rassemblement annuel pour tout ce qu’il fait sur le plan social un peu partout en Afrique en faveur des femmes, des enfants et des plus vulnérables.
Dr. Mamadou Danioko, confie qu’en ce jour il est fier d’être Malien, tout comme les 150 000 autres Maliens recensés dans la Commune de Dakar. « J’ai envie de crier à tous ceux qui me regardaient avec des yeux ronds, à chaque fois qu’un enfant mendiant s’approchait de nous pour demander une pièce pour la charité, que l’honneur du Malien est aujourd’hui lavé proprement. J’ajoute même volontiers que tous les dons faits ici au Sénégal par M. Koné sont la monnaie que nous Maliens nous rendons à la société ».
L’image ternie du Malien par la mendicité a trouvé en cette occasion de générosité immense le brillant d’un vernis qui donne envie d’être Malien même si dans les rues de Dakar, on peut croiser à chaque coin, un indigent guidé par une petite fille ou un petit garçon qu’il soit Malien ou non.
Oussouf Diagola
(envoyé spécial à Dakar)
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LES COMMERÇANTS DETAILLANTS EN SIT-IN DEMAIN
Yérénangoré assigne ses locataires en justice
Le dialogue de sourd continue entre Dionké Yernangoré et ses locataires des immeubles Peyrissac I, II, II, U-Negoce et l’ex-Jigissème pour l’augmentation de 50 à 200 % des baux. Dionké Yérénangoré a porté l’affaire devant le Tribunal de commerce. Avant de répondre à la justice, les commerçants font un sit-in demain.
Le lundi 3 août, les locataires des immeubles Peyrissac I, II, III, U-Negoce et l’ex-Jigissèmé appartenant à Dionké Yernangoré dit Babou Yara étaient en assemblée générale pour la quatrième fois à l’appel des différentes associations de commerçants détaillants à propos de la majoration des frais de location de 100 à 200 %.
Des magasins payés à 65 000 F CFA ont été augmentés à 200 000 F CFA, d’autres sont passés de 108 390 à 300 000 F CFA ou de 74 480 à 200 000 F CFA. Interrogé à l’époque, M. Yernangoré a répondu qu’il n’avait pas procédé à des réajustements de frais de location depuis plus de 10 ans.
Environ 800 personnes ont assisté tôt hier matin à la rencontre. Les représentants d’associations de commerçants détaillants d’autres marchés de Bamako étaient de la partie. L’assemblée générale avait pour but d’expliquer la tournure prise par les événements.
Les pourparlers avec le propriétaire des lieux visant à surseoir à l’augmentation des loyers se sont soldés par un échec. Dionké a décidé de passer à la vitesse supérieure. Il a distribué, le lundi 28 juillet, par voie d’huissier des assignations au Tribunal du commerce de Bamako. Celui-ci doit statuer sur l’affaire les 6 et 27 août 2009.
Le Syndicat national des commerçants détaillants du Mali (Synacodem) avait exploré plusieurs voies pour que leur partenaire reconsidère sa décision de majoration qu’ils disent ne pas pouvoir supporter en ces temps difficiles. Sur instruction de la Primature, deux conseillers techniques du ministère des Investissements, de l’Industrie et du Commerce ont écouté les deux parties.
Le Conseil national du patronat du Mali, (Cnom), le Groupement des commerçants et un collectif des imams du Grand marché ont également offert leurs bons offices. En vain. Pour montrer leur bonne foi, le Synacodéme a rassemblé plus de 24,8 millions de F CFA le 22 juin 2009, d’arriérés de location consécutifs au refus de la société immobilière d’encaisser des loyers non majorés.
L’assemblée générale a décidé d’organiser demain, à la Place du souvenir, un sit-in et a invité les commerçants à venir massivement les 6 et 27 août au tribunal du commerce.
Flash-back . Au mois d’octobre 2008, les associations de commerçants détaillants se plaignant de la crise économique, qui a fait péricliter leurs affaires, adressent une lettre à Dionké Yernangoré pour une diminution des frais de location.
En réponse à leurs doléances, les 700 commerçants ont reçu une lettre de propositions de majoration de l’agence immobilière chargée de la gestion des magasins situés dans les cours de Peryssac I, II, III, U-Negoce et l’ancien Jiguissèmé, propriétés privées de Dionké Yernangoré qui les a rachetés à l’Etat malien.
Le 29 avril 2009, les deux associations ont tenu leur première assemblée générale. Le but était d’adopter une position commune sur les propositions d’augmentation de Babou Yara et inciter leurs membres à s’acquitter des arriérés de location estimés à plus de 6 mois chez certains.
Le 24 juin, les responsables des associations de commerçants détaillants et leurs militants se sont retrouvés pour faire le point des négociations avec Dionké qui a accepté de ramener ses prétentions à 40 % d’augmentation pour les boutiques situées à l’intérieur des cours et 50 % pour celles faisant face à la rue tout en faisant savoir à ses interlocuteurs que c’est l’ultime concession qu’il vient de faire.
Les responsables tout en rendant compte de leur démarche ont fait une contre-proposition devant leurs membres ramenant les taux de location à 15 % d’augmentation pour l’ensemble des magasins. L’assemblée générale a unanimement rejeté les offres de M. Yarénangoré (40 % et 50 %) et les 15 % de leur bureau.
Dans les débats, certains ont proposé de refuser de se plier aux diktats de Dionké à leur faire payer des prix prohibitifs pour des immeubles en décrépitude. D’autres se sont plaints des tôles de leur magasin qui suintent de l’eau pendant l’hivernage.
Abdrahamane Dicko
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BRUITS SOURDS
Panafricaine des femmes : ATT et Lobbo absents
Le vendredi 31 juillet 2009, la Panafricaine des femmes a été commémorée. En la circonstance, le président de la République ou son épouse avait habitué leurs sœurs à fêter avec elles l’événement en prenant part aux manifestations. Mais, cette année, ni le président ATT ni son épouse, Mme Touré Lobbo Traoré, n’a répondu à l’appel. Ils ont tous deux brillé par leur absence.
Pour le cas d’ATT, l’on peut comprendre qu’il soit allé à Ségou pour l’inauguration d’une nouvelle minoterie après Dougabougou où il avait procédé le même jour à la pose de la première pierre d’une nouvelle sucrerie. Mais, pour Mme Touré, l’on ignore les motifs réels ou cachés. A-t-elle voyagé ou refusé d’honorer de sa présence l’événement. Dans tous les cas, le couple présidentiel, abonné à des fêtes et autres cérémonies, n’avait pas habitué les femmes du Mali à cela. Est-ce à dire que puisqu’il n’y a plus d’élection en vue que le couple présidentiel ne se donne plus la peine de séduire un électorat.
Sotelma : ATT et Mariam Flantié se contredisent
Le président de la République s’est prononcé samedi sur la privatisation de la Sotelma. Selon lui, l’opération s’est bien déroulée dans l’ensemble et d’ajouter cependant : « Je dis aux Coulibaly que l’argent n’est pas d’abord dans les caisses du Mali ». Or, 24 h auparavant, c'est-à-dire le 31 juillet 2009, le ministre de la Communication, Mme Diarra Mariam Flantié Diallo, annonçait au cours du 1er conseil d’administration de la société que le chèque de 180 milliards de F CFA, représentant le prix de cession de l’entreprise, a été versé dans les comptes de la BCEAO.
D’ailleurs, les primes des 610 partants ont été payées vendredi sur les 180 milliards de F CFA qu’ATT prétendait que le Mali n’avait pas perçu. Cette sortie de part et d’autre du chef de l’Etat et son ministre de la Communication ne peut que semer la confusion dans les esprits. Dans cette affaire, de deux choses l’une : ou bien le président de la République est mal informé ou prend des Maliens pour des oies sauvages ou bien c’est le ministre qui ne maîtrise pas la situation.
Contrôle à Alcatel : la DRCC menacée de sanction
Aujourd’hui, c’est le branle-bas à la direction régionale du commerce et de la concurrence (DRCC). Les agents de cette structure ont la peur au ventre. Motif : jouant plus ou moins le même rôle que les impôts, la DRCC a envoyé une mission la semaine dernière à Alcatel (entreprise française de télécommunications). A l’issue du contrôle, la mission a constaté des irrégularités et a décidé de fermer la représentation Alcatel.
Une heure après, l’entreprise a rouvert. Ce qu’il faut savoir, c’est que la représentation Alcatel au Mali est dirigée par le beau-frère du Premier ministre. Ils ont fait des pressions pour que l’entreprise soit rouverte. Ce qui a été fait immédiatement. Selon nos informations, il semble qu’il a été décidé de sanctionner non pas seulement les agents qui étaient en opération mais tous les agents de la DRCC et de les muter parce qu’ils ont touché à beau-frère national.
M’Bewani : le Végal aura ses 50 h en 2011
La question de l’octroi de parcelles a refait surface la semaine dernière au cours de la conférence de presse que le Vérificateur Général avait animée à la faveur de la présentation de son 4e rapport annuel à la presse. L’info selon laquelle le Végal dispose des parcelles à l’Office du Niger avait fait le tour de la capitale. Et pour la première fois, lorsque la question lui a été posée, Sidi Sosso Diarra, a décidé d’en parler. « Je suis un Malien comme d’autres. Il ne m’est pas interdit de demander des champs à cultiver. J’avais fait une demande de 100 hectares et l’aménagement d’un hectare coûte entre un et 3 millions de F CFA. C’est pour cette raison que le PDG de l’Office du Niger m’a demandé de me limiter à 50 h. J’ai fait l’étude de terrain qui m’a coûté plus d’un million de F CFA. Je suis au niveau de l’étude environnementale. Les 50 h sont situés à M’Bewani. Et sachez bien que je n’ai pas d’abord les parcelles en question et le canal d’irrigation n’arrivera dans mon champ que dans un an et demi. Ce qui va coïncider avec la fin de mon mandat. Et je ne suis pas le seul demandeur : il y a des ministres et des directeurs nationaux qui sont dans le lot », a répondu Sidi Sosso Diarra.
Le Végal ironise « Le Sphinx »
Au cours de la même conférence de presse le 28 juillet 2009, Sidi Sosso Diarra n’est pas allé par le dos de la cuillère pour égratigner notre confrère « Le Sphinx », auteur de la question relative aux parcelles du Végal à M’bewani, ses dépenses téléphoniques avec des chiffres à l’appui. En réponse, le conférencier dira qu’il regrette de ne pas avoir M. Dramé dans son staff. « Vous auriez dû faire des études en expertise comptable parce que de la manière dont vous parliez des chiffres, prouve que vous n’avez rien à envier à un expert-comptable. Je regrette de ne pas vous avoir dans mon équipe ». A priori, il voulait montrer à l’intéressé qu’il maîtrise son sujet. Mais derrière cette façon de s’adresser du Végal à notre confrère, se cachait bien une ironie qui ne dit pas son nom. Avant de soutenir le contraire des questions soulevées par le confrère.
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