Pour conjurer la crise scolaire et universitaire dans notre pays, le Rassemblement pour le Mali (RPM) a engagé un large débat dont le but est de mettre l’école sur les rails. Tous les acteurs semblent convaincus de la pertinence de la thérapie de choc proposée .
L’école malienne, depuis plus d’une décennie, connaît de sérieuses difficultés avec les grèves à répétition d’enseignants ou d’élèves. Pis, la crise a atteint son paroxysme avec la violence physique devenue un moyen d’expression et de revendication dans l’espace scolaire. Cette crise scolaire est aggravée par le manque d’infrastructures, d’équipements des établissements scolaires.
Toutes choses qui entravent le développement de notre école, naguère réputée pour la qualité de sa formation, et l’apaisement de l’espace scolaire. C’est pour trouver des solutions idoines à la crise scolaire que le Rassemblement pour le Mali (RPM) a initié samedi un débat, qui a regroupé tous les acteurs de l’école autour du thème : « La situation scolaire et universitaire au Mali ».
« La crise scolaire est une crise de notre société et nous interpelle tous », a indiqué dans son discours introductif le président du RPM, Ibrahim Boubacar Kéita pour qui, la crise scolaire n’est plus l’affaire du seul gouvernement ni d’un parti politique.
Pour le conférencier, Moussa Coumaré, professeur d’enseignement secondaire, « l’école malienne est aux abois et l’année scolaire 2007-2008 risque d’être une année blanche ». A l’en croire, la Loi d’orientation de l’éducation ainsi que le Prodec sont des solutions pour sortir l’école malienne du gouffre dans lequel elle s’enfonce, mais, regrette-t-il, « le Prodec n’est pas appliqué comme il devait l’être ».
Cet avis a été partagé par le ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique, Pr. Amadou Touré. Selon lui, « l’Université du Mali compte 65 000 étudiants, un effectif destiné à quatre universités et non une université ». Et d’ajouter que « le ratio élèves/maîtres est disproportionné dans les salles de classe dans tous les cycles d’enseignement ».
Aux termes des débats, les anciens ministres de l’Education nationale, les anciens dirigeants de l’Association des élèves et étudiants du Mali, (qui ont témoigné sur leur expérience), les promoteurs d’écoles privées et de medersas, les syndicats d’enseignants, des représentants des structures et départements de l’Education et la société civile ont jeté les bases d’une future collaboration pour remettre l’école sur les rails.
RENTREE SOLENNELLE DU BARREAU
ATT brille par son absence
La rentrée solennelle du barreau du Mali et de la conférence de stage ont eu lieu vendredi et samedi derniers en présence de représentants de barreaux étrangers et d’autres invités de marque. Le chef de l’Etat, qui devait présider la cérémonie officielle au CICB, a « faussé compagnie aux avocats à la dernière minute ». La rectification de sa « bourde » à la rentrée des cours et tribunaux en 2007 est-elle remise à plus tard ?
« Mon discours a été conçu avec l’idée que le président de la République serait là » , dixit le bâtonnier, Seydou Ibrahim Maïga avant que le ministre de la Justice, garde des Sceaux ne précise que le chef de l’Etat n’a pu effectuer le déplacement « pour raison de calendrier ». S’il y a un homme que les uns et les autres s’attendaient à voir, c’est bien sûr le chef suprême de la magistrature, celui-là même qui avait affirmé lors de la rentrée des cours et tribunaux en novembre dernier qu’il n’y a que le menu fretin qui boit la tasse alors que les gros caïmans circulent impunément.
Bon nombre de citoyens présents à la rentrée du barreau pensaient que le président de la République allait réparer cette « bourde ». Grands défenseurs du « droit au service du justiciable », les avocats n’en attendaient pas certainement moins. Las ! Amadou Toumani Touré n’y était pas, mais pourra tout de même prendre en compte les préoccupations des avocats.
En son nom, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Maharafa Traoré, a déclaré que les autorités sont bien conscientes du rôle du barreau dans l’établissement d’un Etat de droit. C’est pourquoi, a-t-il promis, l’Etat sera toujours aux côtés du barreau, notamment pour la construction de la Maison de l’avocat à Bolé. Le ministre de la Justice s’est félicité de « l’unité et la confraternité » qui existent au sein du barreau, ce qui traduit sa maturité.
De la confraternité, il en a été question dans l’intervention du bâtonnier du Mali. Seydou Ibrahim Maïga a eu une pensée émue pour les pionniers de l’Ordre des avocats du Mali et certains de ses membres, dont le rôle a été déterminant dans l’avènement d’un Mali démocratique et dans la « consolidation et le rayonnement » de l’Ordre. A certains de ceux-ci des distinctions ont été décernées. Parmi les récipiendaires, il y a Mes Tiémoko Diatigui Diarra, Hassan Sèye, Touré Aïda Niaré (paix à leurs âmes), Boubacar Sidibé (ancien ministre de la Justice) et Mamadou Dia.
Le bâtonnier n’a pas occulté les difficultés à « caractère existentiel » auxquelles l’Ordre fait face. La problématique du marché avec la concentration de 300 avocats à Bamako est au 1er rang de celles-ci. La conséquence est que la « fonction d’avocat a du mal à nourrir son homme ». Et « cette situation est d’autant plus exacerbée par la prolifération des agents judiciaires de toutes sortes qui, profitant des dysfonctionnements de l’appareil judiciaire, interfèrent dans les dossiers », a regretté Me Maïga.
« Avocat aujourd’hui, rebut demain ? »
Malgré l’aide du gouvernement et les multiples efforts du barreau, les avocats doivent faire face aux défis de la formation, particulièrement les plus jeunes, et surtout de la protection sociale. Car, selon le bâtonnier, le corps n’a ni de couverture maladie, ni d’assurance invalidité retraite, « avocat aujourd’hui, rebut demain ? ».
Nul ne doute que la corruption est un phénomène désormais ancré dans les pratiques au Mali. Pour preuve, le Vérificateur général a débusqué plus d’une centaine de milliards de nos francs détournés des caisses de l’Etat. Union de professionnels de droit, le barreau se sent directement concerné par le phénomène. Ce qui a motivé, dans le cadre de la rentrée, l’organisation d’un colloque sur la « justice pénale face à la délinquance économique et financière ».
L’Ordre des avocats entendait ainsi ouvrir un patchwork d’échanges entre décideurs politiques, l’administration publique, les bailleurs de fonds et la famille judiciaire sur le « mal du siècle ». En dépit du fait que les fossoyeurs de l’Etat circulent impunément dans la cité, le ministre Traoré ne s’est pas empêché de dire que la lutte contre la corruption est un combat du Programme de développement économique et social (PDES) du président de la République, la réalisation duquel est tributaire d’un budget assaini.
Le bâtonnier du Niger, Me Coulibaly, lors d’un déjeuner de presse jeudi, a laissé entendre que le colloque permettrait de faire l’état des lieux et de voir si la justice est à même de répondre efficacement à la délinquance financière, sans oublier de faire des propositions. Toutes choses qui, à l’en croire, s’avèrent utiles d’autant plus que « le phénomène ruine nos économies ».
A noter que cette rentrée a été marquée par une soirée gala et un match de football entre les avocats et l’Association des journalistes sportifs du Mali.
Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)
Dans les coulisses
Me Touré Aïda Niaré dans les esprits
Le barreau se souvient toujours de Me Touré Aïda Niaré, cette avocate qui a succombé en juillet 2007 après avoir avalé un morceau de cola. Ses anciens collègues sont toujours sous le choc de sa disparition. Lors de la cérémonie de la rentrée solennelle, Me Mauricette B. Diallo, « amie inséparable » de la défunte, n’a pu retenir ses larmes en prononçant le nom de Me Aïda Niaré. Celle qui voyait Aïda assister à cette rentrée a dû céder sa place à un de ses confrères pour la suite.
Un colloque sur la peine de mort
L’abolition de la peine de mort a fortement agité l’opinion depuis son annonce par le président de la République lors de son adresse à la nation le 22 septembre 2007. Résolument impliqué dans les débats nationaux et œuvrant activement pour la consolidation de notre jeune démocratie, le barreau ambitionne d’organiser, à Bamako au mois de juin prochain, un colloque international sur la peine de mort. Ce sera en partenariat avec la Conférence internationale des barreaux et l’association « ensemble contre la peine de mort ».
Moussa Kaka se porte bien
Lors d’un déjeuner de presse du barreau jeudi, Me Coulibaly, bâtonnier du Niger et non moins défenseur renommé de journalistes opprimés dont Moussa Kaka, a déclaré que son client va bien et que son moral est au beau fixe. Loin d’abdiquer et plutôt confiant, Me Coulibaly a informé que bientôt commencera une campagne de presse contre des députés et des ministres pour violation de la présomption d’innocence du journaliste arbitrairement emprisonné.
Pics à Daba Diawara et siens
« Nous suivons non sans inquiétude le travail confié à un expert, mué ensuite en collège d’experts pour réfléchir sur notre démocratie » , a informé le bâtonnier du Mali. Comme pour montrer que nos compatriotes suivent de près la mission confiée au Comité de réflexion sur le processus démocratique au Mali, Me Seydou Ibrahim Maïga ajoutera que « c’est au bout de l’ancienne corde que l’on tisse la nouvelle ». Le Comité devra alors s’inspirer du passé.
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LIBERATION DES VOIES PUBLIQUES EN COMMUNE V
Des déguerpis crient à la discrimination
Quel deal y aurait-il entre la mairie de la Commune V et des propriétaires de kiosques qui, malgré l’opération de libéralisation des trottoirs, s’entêtent à les occuper ? C’est cet état de choses que certains interprètent comme un « déguerpissement sélectif ».
L’opération de déguerpissement de l’avenue « Martin Luther King », en Commune V, a permis la libération des trottoirs. Des occupants des abords immédiats de l’axe (propriétaires de kiosques, vendeuses, étalagistes, magasins, points de ventes de carburants… bref tous les débrouillards à la recherche du pain quotidien) ont été déguerpis sans ménagement.
Des propriétaires de commerce qui avaient érigé des hangars pour se protéger du soleil, de la pluie… ont été sommés de démonter leurs installations ou à défaut de faire un toit sans support (accroché directement au mur du magasin). Les radicaux qui ne voulaient pas obtempérer ont vu leurs kiosques démolis avec tout le contenu par un bulldozer appuyé par des éléments des forces de l’ordre. Ceci a fini par se transformer en une bataille rangée entre les forces de l’ordre et des jeunes du quartier.
Si l’opération, selon le maire Fané, s’inscrit dans le cadre de la libéralisation des trottoirs et abords des marchés, prônée par le gouverneur du district, il n’en demeure pas moins qu’elle a laissé beaucoup de citoyens sur leur faim. Beaucoup pensent qu’elle n’a pas été faite dans les règles de l’art.
En parcourant l’avenue à partir de Torokorobougou, jusqu’au niveau du lycée Massa Makan Diabaté, à Baco-Djicoroni, on se rend compte que ce que les gens affirment n’est que pure vérité. Des hangars que cette même mairie a démolis devant certains magasins restent toujours visibles en des endroits. Il s’agit notamment des ateliers de couture, boulangeries, pâtisseries, quincailleries. Les cas les plus flagrants et frappants sont ceux de la boulangerie-pâtisserie « Madougou » (Baco-Djicoroni), du salon de couture « Yaressy Couture » (Torokobougou) où sont érigés des hangars qui occupent une bonne partie du trottoir avec des terrasses aménagés. Ces espaces appartiendraient à des commerçants qui n’hésitent pas à mettre la main à la poche en pareille circonstance, apprend-on. La pâtisserie « Madougou » serait la propriété d’un transitaire qui aurait ses entrées à la mairie.
Incompréhensions et colère
« Nous ne comprenons pas l’attitude du maire de la Commune V, Demba Fané et son équipe, qui ont fait déguerpir des gens à leur bon vouloir. Sinon comment comprendre qu’on fasse dégager les hangars des uns et laisser ceux des autres. Ils ne sont pas plus Maliens que nous. La mesure doit être appliquée à tous les occupants. Nous attendons qu’ils le fassent aussi, faute de quoi nous nous assumerons » , protestent des propriétaires d’établissements qui demandent l’implication du gouverneur du district de Bamako, initiateur de l’opération.
A la mairie, l’on se réjouit de la réussite de la libération des voies. La manière importe peu, selon un conseiller municipal. « Ils savaient qu’ils étaient dans l’illégalité. Malgré nos sensibilisations, nos communiqués, ils sont restés et nous ne pouvons qu’appliquer les textes », se défend un élu, qui a requis l’anonymat. « Vous savez, on a toujours quelque chose à dire dans ces genres de situation. La mairie va continuer avec son nettoyage sans regarder le visage de qui que ce soit », ajoute-t-il.
Réunis en association, des jeunes « victimes » de la mesure s’insurgent contre les déclarations de la mairie qui, à leurs yeux, ne sont que boniments. « S’ils se défendent ainsi, nous attendons voir. Nous prenons à témoin les plus hautes autorités de tout ce qui peut arriver si justice n’est pas faite », menace un des jeunes visiblement en colère.
Samedi dernier, les déguerpis du marché de Baco-Djicoroni devaient se réunir pour dégager une position commune sur le marché. Déjà, la veille, des femmes s’étaient catégoriquement opposées à la vente de leurs espaces par la mairie à certains commerçants. Si les choses ne se font pas dans la transparence cette opération de démolition de kiosques et hangars en Commune V risque de tourner au vinaigre. Le ton avait été donné par des jeunes qui avaient menacé de s’attaquer au domicile du maire Demba Fané. Le gouvernorat, initiateur de l’opération, est plus que jamais interpellé sur l’attitude discriminatoire des mairies qui risquent de saper la bonne réussite de l’action de salubrité publique.
Amadou Sidibé
Des partis condamnent
L’opération de déguerpissement entamée par le gouvernorat et exécutée par les mairies n’est pas vue d’un bon œil par des responsables de partis politiques. Un membre d’un parti majoritaire fustige l’attitude des autorités sur ce qu’il appelle l’opération « d’aggravation de la pauvreté et du chômage ».
A ses dires, le moment est mal choisi. Son argumentaire : le pays est confronté à une situation financière difficile. « Des familles n’arrivent pas à se nourrir. Des jeunes chômeurs et des chefs de famille se débrouillent sur ces voies pour avoir le pain quotidien », martèle-t-il. Et d’ajouter que la libéralisation des voies devait être accompagnée de mesures sociales pour atténuer la conjoncture. « Si on les fait dégager, qu’est-ce qu’ils vont devenir ? », se demande-t-il.
A. S.
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