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2008

Mois de Mars

Les Echos du 19 mars

 

JOURNEES PORTES OUVERTES DE L’AME

Les migrants et les refoulés interpellent l’Etat

Refuser de signer les accords bilatéraux de réadmission avec l’Etat français ouvrant la voie à des quotas d’immigration choisie et amplifiant les expulsions des travailleurs sans papiers, exiger des consulats maliens de cesser de délivrer des laissez-passer qui facilitent l’expulsion des Maliens… sont quelques appels que l’Association malienne des expulsés (AME) a lancés à l’issue de ses journées portes ouvertes les 15 et 16 mars derniers. « Le Mali ne doit pas s’agenouiller devant le gouvernement de Sarkozy ».

L’Association malienne des expulsés (AME) et son Collectif de soutien ont organisé les 15 et 16 mars des journées portes ouvertes au Centre Djoliba de Bamako. Ces journées ont enregistré la participation des partenaires européens notamment une délégation de la Confédération générale des travailleurs de France (CGT). Elles ont été l’occasion, pour les travailleurs migrants et refoulés, de passer au peigne fin toutes les questions relatives à l’immigration, de dénoncer les textes jugés racistes et dangereux que M. Sarkozy est en train d’instaurer contre « ses camarades immigrés » puisque lui-même est fils d’un immigré hongrois. L’AME a terminé les journées par un fort appel qu’elle a lancé à l’Etat malien.

Dénonçant les lois sur l’immigration qui ne cessent de se durcir avec le renforcement de la répression et la mise en place de la coopération dans la gestion des flux migratoires et l’externalisation du contrôle des frontières européens, l’AME s’est élevée contre la mise en application du programme de La Haye en 2004 (l’externalisation des contrôles aux frontières) qui a aussi renforcé la répression contre les migrants en Europe.

« Ce programme transforme les pays de transit en gendarmes de l’Europe : c’est une véritable guerre contre les migrants » , ont fait valoir les conférenciers. La directive « retour » de l’UE, qui sera votée en mai, prévoit la possibilité d’une détention des personnes en situation irrégulière de 18 mois et une interdiction du territoire européen de 5 ans pour les sans papiers qui ont été expulsés, ont-ils ajouté.

Révélations

L’UE, selon l’AME, et plus spécifiquement la France pour mieux faire passer leurs politiques d’immigration se servent des besoins financiers pour les investissements dans les pays africains « alors que ces fonds ne suffisent même pas aux besoins de nos pays ». Ces financements, censés accompagner les projets de développement, sont en réalité utilisés pour les flux migratoires. « Dix millions d’euros issus du Fonds européen de développement financent le futur Centre pour l’information et la gestion de l’émigration malienne, qui sera chargé de lutter contre l’immigration et d’en contrôler les flux ».

Pour l’AME, dès aujourd’hui, les droits des Maliens de l’extérieur risquent d’être totalement bafoués avec les accords de réadmission que l’Etat français veut imposer à l’Etat malien. « Certes l’Etat français fait de fortes pressions sur l’Etat malien comme sur tous les Etats africains pour qu’il signe cet accord, mais notre gouvernement doit résister notamment lors de la 8e réunion du Comité franco-malien qui se tient présentement. Nous devons résister. Le Mali ne doit pas s’agenouiller ».

C’est pourquoi à l’issue des journées, un appel a été lancé et qui interpelle les autorités maliennes à ouvrir grandement les yeux pour ne pas tomber dans les filets de l’erreur qui peut être suicidaire pour notre pays. L’AME exige de l’Etat malien d’exiger la régularisation de tous les travailleurs sans papiers, la restitution des biens des expulsés « et qu’ils puissent bénéficier de leurs droits au regard des cotisations versées ».

L’Association que dirige Ousmane Diarra somme l’Etat du Mali de refuser la collaboration avec l’agence Frontex créée pour la gestion « externalisée » des frontières européens mais également de créer un comité mixte comprenant des représentants du gouvernement et des expulsés afin d’évaluer les préjudices subis.

Les journées, selon le président de l’AME, ont été un succès qui sera pérennisé.

Amadou Sidibé

 

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RETRAIT DU PERMIS D’EXPLOITATION DE L’OR MALIEN

Soixante onze sociétés minières mises à la touche

Pour non-respect des clauses d’engagement, le gouvernement malien vient de retirer à 71 sociétés minières leurs permis d’exploitation.

La nouvelle est tombée en fin de semaine dernière. Plus de 70 sociétés minières ont été frappées d’interdiction d’activités par le gouvernement qui ne semble pas dire son dernier mot car, il s’apprête à étendre la mesure à plusieurs autres sociétés opérant dans le secteur de la recherche et de l’exploitation de l’or.

Si l’on en croit l’Agence de presse africaine qui rapporte la nouvelle, le retrait de ces 71 permis de recherche octroyés à des sociétés découle du non-respect des clauses d’engagement ; raison pour laquelle ils ont été annulés pour un total de 222 conventions d’établissement en cours de validité.

Mais pourquoi la direction nationale de la géologie et des mines qui est l’autorité de tutelle a attendu tout ce temps pour sévir à un moment où la campagne « Publiez ce que vous payez » bat son plein ? Peut-elle dire aujourd’hui, en toute transparence, ce que l’or rapporte à l’économie malienne ? Dans quelles conditions ces permis d’exploitation ont été passés ? Des questions auxquelles nous n’aurons peut-être jamais de réponse.

Toujours est-il que l’or demeure le 1er produit d’exportation au Mali. Pourtant, le pays n’engrange que 20 % des retombées du « métal jaune ». Une situation qui s’explique par le fait que le pays ne peut pas faire la recherche encore moins l’exploitation. Il est obligé de faire appel aux expertises des pays comme l’Afrique du Sud. A ce rythme, le pays ne récolte que des poussières.

En 2006, l’or a rapporté à l’économie malienne une contribution de 116 milliards de F CFA. Le Mali est officiellement le 3e exportateur d’or en Afrique après l’Afrique du Sud et le Ghana. Une position enviable certes, mais qui n’a jusque-là pas amélioré les conditions de vie des Maliens. Devant cette situation regrettable, la société civile est récemment montée au créneau pour exiger plus de transparence dans les ressources tirées de l’or.

Dans le même ordre d’idée, une enquête menée par la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) indique que l’or du Mali profite plus aux compagnies minières qu’aux communautés et à l’Etat. Le constat dressé par le rapport intitulé « Mali, l’exploitation minière et le droit commun », est que le cours de l’or se porte bien sur le marché international. Dans le même temps, les pays producteurs au sud du Sahara ne gagnent que des broutilles.

Selon les enquêteurs de la FIDH, l’or est le symbole aveuglant d’une richesse nationale qui ne profite pas aux Maliens en ce sens que 94 % de l’or est exporté. Pis, l’Etat n’a aucun moyen de contrôle physique de la production et de la qualité de l’or ni d’un moyen pouvant mesurer l’impact de la pollution environnementale.

Près de 40 autres conventions d'établissement sont en instance de signature, a révélé le gouvernement malien soulignant toutefois que seules six sociétés minières étaient actuellement en activité, dont deux en phase de développement.

Les projections officielles tablent sur une production de 46,013 tonnes en 2008 pour une réalisation de 52,753 tonnes en 2007 et un niveau record de 58,382 tonnes deux années auparavant.

Mohamed Daou

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MURMURES

« Bè bi babolo », l’injure présidentielle

Un discours d’ATT n’a autant suscité de polémiques que celui prononcé en langue nationale bamanan, le 8 mars 2008. Chacun y va de son interprétation pour disséquer ce que ATT voulait dire en affirmant « an bè ba babolo ». Si cette assertion est pour certains un aveu « d’impuissance et de démission » de la part du premier magistrat du pays, un exégète de la langue bamanan, d’un grin de retraités de Bagadadji, voit plus grave. Selon lui, « ATT a insulté les mères des Maliens ». Le puriste en bamanan explique qu’il se dit couramment en bamanan : « ni muso niana a den bè barika » (une femme soumise mettra au monde de vaillants enfants). Toujours selon lui, « ceux qui sont au sommet de l’Etat et qui affirment que bè bi babolo pensent que les citoyens lambda paient l’insoumission ou l’infidélité de leurs mères ». Il demande alors des excuses publiques à ATT.

 

« BE BI BABOLO ! »

Que faut-il d'autre ?

Comme le disait ce chansonnier ivoirien : Tu n'as pas dit que tu peux ? Il faut « peux » on va voir ! Maintenant on a vu : « Bè bi babolo ! » E si kéï !

Et pourtant nous avons prévenu à la veille de la mise en place de la plate-forme pour la démocratie et le progrès.

Que faut-il d’autre après cette sortie du brillantissime président de la République du Mali ? Où est le Mali dans l'agenda des hauts responsables politiques et des patriotes ? Pourquoi se complaisent-ils dans la gestion de la médiocrité que nous vivons depuis l'arrivée de l'indépendant président, qui s'est révélé être le véritable fossoyeur de la classe politique ? Quand est-ce qu’ils vont se ressaisir ?

A l'ADJ, à travers le Manifeste pour la démocratie, nous avons toujours eu le souci permanent de sortir le pays de la gestion des affaires publiques par l'informel. En tant que sentinelle d'alerte, l'ADJ se veut aiguillon des partis politiques pour les inciter à s'assumer et assumer le pouvoir d'Etat.

Quand nous avons appelé à la constitution d'un Front pour la démocratie, on a confiné le FDR dans l'opposition. Soit ! Bien que l'objectif de l'ADJ était autre et concernait tous les partis politiques, particulièrement ceux issus du combat pour la démocratie dans notre pays.

Que se passe-t-il aujourd'hui ? Après le constat de recul sans précédent de la démocratie malienne, maintenant s'affirme encore plus la gestion de l'Etat par la seule volonté d'un homme !

Que faut-il d’autre pour convaincre les partis politiques de se ressaisir, de sortir de ce piège grotesque qui leur a été tendu, d'arrêter l'affaissement des partis et la fragilisation des institutions de la République par la volonté de domination d'un homme : l'indépendant président !

Encore une fois nous lançons cet appel : peuple du Mali, ta démocratie acquise au prix de tant de sacrifices (sang, assassinats, larmes, exils, privations de toutes sortes) va à vau-l'eau. Réveille-toi encore qu'il est temps !

Moamdaks

(ADJ)

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Brèves de Gao

Infanticide : un médecin, un boucher et une élève…

Auteurs d’un odieux crime d’infanticide, un médecin, une élève et un apprenti boucher séjournent présentement à la Maison d’arrêt de Gao. C’est le lundi 10 mars aux environs de 18 h que les résidents des alentours du Stade municipal Kassé Kéita ont fait la découverte macabre du corps sans vie d’un bébé. Un médecin de l’hôpital régional de Gao, contrairement à la loi et à la déontologie de son métier, a fait avorter F. T., une élève âgée de 19 ans. Selon les témoignages recueillis, F. T. était pratiquement à terme. « La fille était à 7 mois de grossesse, les avortements sont courants ici à Gao. La police et les autorités sanitaires de la région doivent davantage travailler de concert pour lutter contre le phénomène », a révélé un animateur de Radio Nataa. L’auteur de la grossesse, M. K., un apprenti boucher aurait joué un rôle important dans l’affaire. Les trois auteurs de ce forfait sont écroués en entendant leur jugement au cours duquel, espèrent les Gaois, une sanction exemplaire leur sera infligée.

Politique : la reconstitution de l’Adéma en questions

L’actualité politique à Gao est dominée par la reconstitution de l’Adéma le parti majoritaire dans la tourmente suite à l’exclusion pour « indiscipline » de certains militants de taille. Dans la Cité des Askia comme sur le plan national d’ailleurs, il est question aujourd’hui du retour des exclus d’hier qui bénéficient de la confiance de la majorité des militants. L’ancien député Arboncana Boubèye Maïga et d’autres caciques au nombre desquels certains conseillers municipaux exclus du parti en novembre 2007, restent populaires. Arboncana Boubèye Maïga que nous avons rencontré sur place révèle que le parti conditionne leur retour à la rédaction d’une « lettre d’excuse » qu’ils doivent adresser au parti. « Nous n’allons pas nous plier à cette exigence. Nous sommes et demeurerons toujours militants de l’Adéma. Aujourd’hui c’est le parti qui a besoin de nous, donc ceux qui nous ont exclus doivent bien réfléchir pour bien agir », a-t-il conseillé.

Vol de bétails : un phénomène récurrent

Kader Touré, journaliste-animateur, très populaire dans la Cité des Askia indique que le vol de bétails devient à Gao une casse-tête chinois hypothéquant du coup la paix en pourrissant les rapports sociaux. Au cours de leur mission de restitution des résultats des sessions parlementaires, les élus de la 7e région, selon M. Touré qui a pris part à cette mission, ont été interpellés par les éleveurs. « Si les députés sont réellement à l’Assemblée nationale pour nous, ils doivent prendre au sérieux nos difficultés. Nous n’avons rien à faire avec les résultats de sessions parlementaires qui n’abordent nulle part nos vrais problèmes », a regretté Mohamed Sahalia, éleveur de bovin à Labbezanga.

Enseignement : pour améliorer le niveau des élèves

Le ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique, Amadou Touré, a lui-même reconnu au cours d’une conférence de presse que « le niveau des élèves et étudiants est exécrable ». Consciente de cette réalité, une association des ressortissants de Gao dénommée Amma (qui signifie Dieu en dogon) s’est attaquée à la problématique en organisant des cours de rattrapage et de mise à niveau à l’intention des élèves de la 6e et de la 9e année de la Commune urbaine de Gao. Ainsi, les samedis matins, les jeudis et mercredis soirs, les élèves de la Cité des Askia prennent d’assaut les établissement scolaires donnant l’impression des jours ordinaires où les cours sont dispensés normalement. Le représentant d’Amma à Gao a informé que 12 millions de F CFA sont prévus pour l’organisation des cours de mise à niveau des élèves, une action qui vise à les préparer pour de meilleurs résultats au CEP et au DEF.

Rassemblées par Amadou Waïgalo

(envoyé spécial)

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MINISTERE DE LA JUSTICE

Préavis de grève

La violation des conventions, des textes, des protocoles d’accord, la prise en otage du corps des surveillants des services pénitentiaires et de l’éducation surveillée… sont à l’origine du préavis de grève des 2 et 3 avril de la section syndicale du ministère de la Justice.

Dans une correspondance déposée à notre rédaction et signée de son secrétaire général, avec ampliation au ministre du Travail et de la Fonction publique, à l’UNTM, au Syndicat national des travailleurs des administrations d’Etat (Syntade), la section syndicale du ministère de la Justice décide d’observer une grève les 2 et 3 avril prochains. Cette cessation de travail des surveillants de prison, des financiers, des secrétaires, des chauffeurs, des courtiers, des plantons sera reconduite quinze jours plus tard au cas où la section n’obtiendrait pas satisfaction.

Le communiqué fait état de la « mauvaise foi » de la direction nationale de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée face à la relecture du statut particulier des fonctionnaires, du cadre de la surveillance des services pénitentiaires et de l’éducation surveillée, le non-octroi de l’indemnité spéciale de la surveillance et de prime de responsabilité, l’ostracisme dont sont victimes les fonctionnaires du cadre de la surveillance des services pénitentiaires et l’éducation surveillée.

« Le syndicat, poursuit le communiqué, dénonce la violation des conventions 87-98/OIT relatives à la liberté syndicale et la protection du droit syndical » . Les travailleurs revendiquent également l’application des différents protocoles d’accord signés (23 juin 2003, 25 mars 2005, 13 mai 2006) sur les points suivants : la dotation annuelle des surveillants en tenue de travail et bi-annuelle en paquetage complet, l’équipement des maisons d’arrêt des capitales régionales et de Bamako en matériel informatique, l’électrification des maisons d’arrêt.

Le redéploiement exclusif en intégralité des surveillants de prison par l’application correcte du statut des surveillants de prison, l’octroi de la prime de risque et des heures supplémentaires aux chauffeurs, de moyens logistiques et financiers au niveau des sections de la direction administrative et financière font également partie des revendications du syndicat.

Selon un membre du bureau syndical, après le dépôt du préavis de grève le 13 mars, le syndicat a reçu le lendemain une correspondance du ministre de la Fonction publique demandant la mémoire en défense des futurs grévistes et la mise en place d’une commission de conciliation. Ces actions sont-elles les débuts d’un déblocage ? En tout cas le syndicat se dit décidé à se faire entendre. « Nous sommes déterminés à nous faire entendre cette fois ci », affirme notre interlocuteur.

Amadou Sidibé

 

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NOUVELLE

Petite histoire des “Peut Tout Faire”, parfois aussi appelés partenaires techniques et financiers.

Je m’appelle Mamadou et j’ai 28 ans ; j’ai quitté depuis trois jours mon village avec la pinasse de Suleyman et nous avons descendu le fleuve jusqu’à la capitale où nous sommes arrivés dans l’après-midi. Cette nuit, mon cousin doit repartir et prendre la mer dans la même embarcation pour tenter de rejoindre un pays du Nord ; il prépare ce voyage depuis longtemps et a trouvé un étranger qui s’est engagé à lui servir de guide. Ils seront quinze pour faire la traversée et ils veulent tenter d’aborder les côtes européennes.

Moi, j’ai décidé de rester à la capitale car je veux m’y installer dans l’espoir d’y trouver un emploi. J’ai laissé Aminata à Garampa et c’est elle qui va cultiver mon champ, éduquer nos trois enfants et s’occuper du troupeau car, comme tous les galagas, notre activité d’élevage concerne exclusivement les moutons dont nous tissons la laine pour en vendre les produits aux touristes ainsi qu’aux habitants du village ; j’ai pris cette décision parce que cela fait plusieurs mois que mon cousin Moussa m’invite à venir le rejoindre à Niossolo.

Moussa est devenu quelqu’un d’important depuis qu’il est le chauffeur d’un « Peut Tout Faire » même s’il n’a pas encore son permis de conduire ; il pense donc que nous n’avons plus rien à faire dans les champs et qu’il vaut mieux migrer vers la capitale puisque c’est là que l’argent circule.

Il paraît que les « Peut Tout Faire » appartiennent à une très puissante ethnie du Nord (mais il paraît qu’il commence à y en avoir aussi au sud même s’ils vivent d’une façon très différente) ; ils ont décidé de s’installer dans certains pays africains parce qu’ils trouvent qu’ils sont bien gouvernés et qu’ils méritent donc d’être aidés financièrement mais nos chefs nous ont promis de ne jamais gouverner à la manière d’un toubab. En tout cas, ce qui est intéressant pour nous c’est que les membres de cette ethnie sont tous des chefs toubabs et que leurs gouvernements leur donnent beaucoup d’argent à dépenser chez nous.

D’après Moussa, ils n’ont qu’une chose en tête c’est de construire des écoles et des centres de santé parce qu’ils pensent que ce sera la base de notre développement ; ils disent que c’est seulement quand nous serons tous en bonne santé et bien instruits qu’ils pourront nous aider dans de bonnes conditions à obtenir un emploi et à gagner normalement notre vie mais je me demande s’il ne serait pas possible de tout faire en même temps.

Les « Peut Tout Faire » du Nord sont certainement très intelligents parce qu’ils savent déjà de quoi nous avons besoin même lorsqu’ils ne connaissent rien de notre mode de vie ou de notre environnement. Ils donnent donc beaucoup d’argent à nos chefs, essaient de nous montrer comment ils pensent que nous devrions le dépenser, mais préfèrent quand même surveiller directement l’usage qui en est fait.

A Garampa, ils ont, par exemple, déjà fait construire le puits et l’école ainsi qu’une grande église ; Ibrahim, le chef de village a dit qu’il valait mieux ne pas s’opposer à cette construction même s’il n’y a jamais eu de catholiques au village parce qu’il pense qu’on pourra toujours transformer ce bâtiment en mosquée lorsque les toubabs seront partis ; il faudra peut-être la garder parce qu’elle est tout de même belle. De toute façon, Ibrahim nous a appris qu’il ne fallait jamais dire non à quelqu’un qui vient pour nous aider ; il a sûrement raison.

Depuis mon arrivée à Niossolo, je ne savais pas très bien de quelle manière orienter ma vie ; avant de quitter mon village, je me préparais à faire des études pour être enseignant mais Moussa m’a prévenu que ca coûte très cher et qu’en plus, les professeurs sont mal payés. Il me conseille donc de m’installer comme commerçant ou encore de me présenter à la Banque des pauvres car ils ont toujours besoin de quelqu’un au bureau pour faire le thé, ouvrir la porte pour le patron, distribuer les journaux ou faire des courses ; pour faire ce travail, je n’ai même pas besoin de savoir lire et écrire et je gagnerai mieux ma vie que dans l’enseignement.

J’ai finalement eu la chance d’être recruté par Puissant, un « Peut Tout Faire » qui m’a tout de suite inspiré confiance, à cause de son nom évidemment ; après m’avoir posé beaucoup de questions sur ma vie personnelle, il m’a proposé d’être son secrétaire personnel. Je suis très content de cette situation parce que je suis certain que mes proches et mes amis vont maintenant me considérer avec le plus grand respect.

Grâce à mon patron Alain, je suis capable de reconnaître les membres de l’ethnie des « Peut Tout Faire » ; il s’agit essentiellement d’hommes dont le costume traditionnel est très sobre : veste et pantalon noirs qu’ils portent avec une cravate (mais c’est aussi souvent le cas de la chemise) dont la couleur doit être le plus sombre possible probablement parce qu’ils veulent se distinguer des couleurs vives de nos boubous. Ils préfèrent sans doute aussi s’habiller afin de se sentir comme s’ils étaient restés dans leur capitale parce que la climatisation de leurs bureaux et de leurs voitures doit leur donner l’illusion qu’ils n’en sont jamais partis.

Chez eux, très peu de femmes occupent des postes importants mais comme les hommes elles s’habillent de façon très discrète. En tout cas, au bureau, ils préfèrent garder tout le pouvoir pour eux et elles exercent souvent des emplois subalternes ; par contre, à la maison, c’est tout le contraire ; j’ai l’exemple à la maison, d’Audrey, la femme d’Alain, qui commande tout comme une vraie divinité domestique.

Il y a deux autres ethnies de toubabs qui sont souvent proches l’une de l’autre car elles concernent fréquemment le même type de personnes ; l’une s’appelle les babascool. Ils font tout comme nous : costume, coiffure et ils viennent même souvent habiter en brousse dans des maisons identiques aux nôtres mais ils repartent en général aussi vite qu’ils sont venus car, s’agissant de touristes venant du Nord et incapables de s’habituer à notre mode de vie, ils finissent presque toujours par tomber sérieusement malades.

L’autre ethnie s’appelle les « On Naît Grands ». Ils vivent ici, ont aussi beaucoup d’argent, roulent très vite dans de grosses voitures et ont également reçu la mission de sauver l’Afrique ; ils ne se rendent pas compte que leurs 4x4 font beaucoup de dégâts et que, spécialisés dans l’humanitaire, ils pourraient se montrer un peu plus modestes et respectueux des sociétés qu’ils croient aider ; Alain m’a même expliqué que de nombreux jeunes toubabs se passionnent pour ce nouveau métier inventé spécialement par les gens du Nord en vue de venir en aide à notre continent.

En fait, personne ne se rend compte que tout le monde naît petit et que ici comme ailleurs chacun progresse à son rythme.

En général, les « On Naît Grands » sont moins bien habillés que les « Peut Tout Faire », dont ils nous recommandent de ne surtout pas suivre tous les conseils parce que nous ne sommes plus des enfants et devons être capables de prendre durablement notre développement en main ; ils s’efforcent d’être proches de nous et s’installent même parfois directement dans nos villages ruraux. Ils ont aussi leurs propres chefs mais on ne les voit pas souvent car ils ont beaucoup de réunions et ne parviennent que rarement à s’éloigner de la capitale ou alors pour faire retraite.

Alain, qui est très gentil avec moi, m’a confié une nouvelle mission qui me passionne ; je suis maintenant chargé de découper les articles de journaux. Je m’occupe des journaux africains et français, parmi lesquels c’est « la Vie du Monde » qui m’intéresse le plus car les grands chefs des « Peut Tout Faire » et des « On Naît Grands » y expriment souvent leur doctrine et donnent aussi des conseils très utiles aux Africains sur la meilleure façon de gouverner un pays et d’organiser la vie des gens.

Depuis que je suis arrivé à Niossolo, je constate que tout le monde veut venir vivre à la capitale et abandonner le travail des champs pour gagner plus d’argent et faire un travail moins pénible ; sachant où je travaille, de nombreux habitants de Garampa m’appellent donc pour me demander s’ils peuvent suivre le même chemin que moi et savoir si j’accepterais de les aider.

Les « Peut Tout Faire » pensent de toute façon que leur aide financière doit plutôt servir à accompagner le mouvement de cette évolution sociale plutôt que de le combattre même si son effet sur notre développement est loin d’être purement positif.

J’ai ainsi appris qu’il valait mieux travailler dans le secteur informel (c’est-à-dire en fait sans payer de taxes et d’impôts et sans bénéficier d’une protection sociale ce qui ne change pas beaucoup de la vie rurale ; au moins, à la campagne, la solidarité familiale et villageoise nous vient en aide en cas de nécessité) mais il vaudrait peut-être mieux dire le secteur africain puisque le secteur formel ne concerne que les toubabs qui sont quasiment les seuls à payer des impôts.

Même si elle nous appauvrit, nous éloigne de la vie agricole et de nos racines rurales et qu’elle nous oblige à vivre encore plus inconfortablement qu’à la campagne, il paraît que la vie en ville est positive parce qu’elle favorise, à terme, le développement économique de notre pays ; mais, pour que l’urbanisation exerce ces effets bénéfiques, il faut que les campagnards comme nous travaillent de façon informelle parce que la productivité y serait plus grande. Je me demande quand même ce que vont produire nos champs s’il y a de moins en moins de bras pour les cultiver. En plus, il n’y a jamais eu d’enfants de la rue à Garampa.

En fait si je comprends bien, plus nous serons nombreux à la ville, moins nous serons pauvres et moins nous aurons à manger parce que nos campagnes seront moins productives ; nous devrons alors importer notre alimentation.

Je me demande, en fait, si les « Peut Tout Faire » ne seraient pas de vrais philosophes puisqu’ils savent qu’il est impossible de lutter contre les tendances de la société telles que la désertification rurale ou la place croissante prise par l’informel et qu’il vaut peut-être mieux les accompagner. Les « Peut Tout Faire » reconnaissent donc que nos sociétés ne peuvent pas connaître une évolution identique à celle de l’Occident.

J’espère être capable de mettre en pratique un jour tous ces conseils mais je ne suis pas certain d’y parvenir car même si je fais totalement confiance aux « Peut Tout Faire », j’ai en général beaucoup de mal à comprendre tout ce qu’ils racontent. J’ai donc demandé des conseils sur tout cela à Puissant pour savoir si je devais demander à Aminata, sa sœur Mariam et mon frère Ousmane de venir me rejoindre à Niossolo ; il m’a dit que dans l’informel, il faut presque toujours attendre très longtemps avant de ne plus être pauvre mais qu’il faut l’accepter parce que si la ville s’agrandit, la vie deviendra alors peut-être un peu moins difficile pour nous.

Puissant m’a aussi dit que j’avais, de toute façon, beaucoup de chance de travailler pour lui parce que je suis bien payé et que, dans ces conditions, ce n’est pas très grave de ne pas être productif. Il m’a aidé à trouver une chambre pour me loger. Bien qu’étant à la ville, nous avons réussi à recréer un esprit de communauté villageoise et j’ai un ou deux amis de Garampa qui n’habitent pas très loin de chez moi ; nous regardons ensemble les matchs de foot dans la cour et nous allons acheter les condiments juste à côté.

Au bureau, mon patron vient d’embaucher une femme de ménage chinoise car il pense que l’installation des Chinois dans notre pays est durable bien qu’ils n’aient pas de culture à imposer et ne viennent ni pour nous coloniser ni pour nous évangéliser ; nous avons donc intérêt à bien les connaître. En plus, ils sont très résistants, arrivent à travailler encore plus longtemps que nous et sont habitués à se contenter de très peu de choses pour vivre.

Je me demande donc si je ne vais pas proposer à Bù Ing shí de devenir ma deuxième femme parce que les Chinois sont les rois de l’informel et de la vie urbaine ; en plus, son prénom (qui veut dire Blanche) me porterait sûrement bonheur. Même si Puissant ne veut pas l’admettre, je suis certain qu’une telle union lui ferait plaisir parce qu’elle irait tout-à-fait dans le sens de ses idées ; j’ai de toute façon compris qu’il fallait toujours essayer de faire plaisir à son patron.

En lisant le journal il y a quelques jours, j’ai appris que l’ethnie des bailleurs multilatéraux avait déclaré la guerre aux bilatéraux parce que le Fonds Grand Tatare dispute au Fonds des Sables Golfiques le financement du projet de l’aéroport de Barabo.

La « Vie du Monde » annonce aujourd’hui que, en s’alliant aux « On Naît Grands », les bilatéraux sont finalement sortis vainqueurs de ce conflit ; nous regretterons bien sur nos anciens amis mais je suis convaincu que, de toute façon, les nouveaux grands maîtres de l’aide internationale feront le maximum pour que nous les aimions et que nous leur fassions confiance.

Ils ne vont d’ailleurs certainement pas tarder à nous proposer de nouveaux emprunts pour financer la construction du troisième palais présidentiel ou pour nous aider à reconstituer la flotte de la compagnie aérienne nationale. Même si ces projets seront sans doute très coûteux, il paraît que cette forte augmentation de notre endettement ne nous fait courir aucun risque parce que comme d’habitude nous n’aurons jamais à payer quoi que ce soit.

Didier Veller

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BASKET-BALL

Le basket malien séduit l’ex-sélectionneur des Bleus

L'expert français, ancien directeur technique national et sélectionneur de l’équipe de France, Pierre Dao, a été séduit par l’évolution de la balle au panier dans notre pays. Après avoir dirigé des équipes africaines dont la Côte d’Ivoire en 1984 et suivi l'évolution du basket africain au cours des deux dernières décennies, le technicien français, en visite dans notre pays, a animé la semaine dernière une conférence de presse en collaboration avec la Fédération malienne de basket-ball.

De nombreux sujets ont été abordés par Pierre Dao qui était entouré des personnalités dont le chargé de mission du ministre de la Jeunesse et des Sports, Moussa Bolly, le président de la Fédération malienne de basket Abdallah Haïdara, et la secrétaire générale de la FMBB, Salamata Maïga dite « Bébé ».

Pour rappel, Pierre Dao a déjà fait ses preuves dans la discipline sur le continent à travers l’initiative qui visait la création d’un centre de formation de jeunes basketteurs au Sénégal dénommé « Top 50 ». Il avait alors recruté de jeunes joueurs.

Membre de Fiba-Afrique, directeur Afrique Basket+ et directeur des opérations sportives à la Ligue nationale de basket de France, c’est à ce titre que l'expert français avait, à la demande de la FMBB sous la houlette d’Hamane Niang, promis de mettre son expérience au service de notre balle au panier, et de venir dans notre pays.

« Cette visite est la suite du sacre du Mali au dernier championnat d’Afrique des nations féminin de Dakar. Vous êtes un pays de sport, j’ai vu des joueurs à l’entraînement, j’ai rencontré des techniciens de la discipline. En regardant les équipes du Djoliba, de la Commune III, du Réal et de l’AS Police, j’ai vu un basket qui n’était pas à 100 % de son potentiel, pas une volonté systématique de marquer les paniers faciles. Il faut une transition offensive. Et enfin il y a un déchet énorme au niveau des lancés franc » , a cependant jugé Pierre Dao.

Un DTN en vue

Le technicien français, qui est un grand connaisseur du basket africain pour avoir séjourné dans plusieurs pays du continent, n'a pas tari d'éloges pour le Mali qui « est l'un des rares pays d'Afrique à avoir élaboré un vrai projet de développement du basket notamment la politique des conférences ». « La formation à la base est le seul chemin pour réussir », dira l'expert français.

Il est vrai que les infrastructures manquent au Mali et Pierre Dao estime que l'absence d’une salle digne de nom ne reflète pas la valeur de notre basket. Mais, soulignera le technicien français, les équipes maliennes ont encore quelques problèmes qui peuvent être résumés ainsi : le manque de précision, de rigueur, de formation d’entraîneurs et d’éducateurs. « Je ferai une concertation avec le bureau fédéral, avec en mire un poste de DTN. Le DTN est la clé du basket », a analysé Pierre Dao.

Le président de la FMBB, Abdallah Haïdara, a salué la visite du technicien français tout en insistant sur les avantages que notre basket peut tirer de lui. « Nous avons appris beaucoup de choses avec Pierre Dao et nous sommes sûrs que notre basket tirera profit de ses conseils », dira-t-il avant que l’expert français n’annonce le prochain perfectionnement des cadres de notre balle au panier. Toutes choses qui traduisent la bonne santé de la coopération sportive entre le Mali et la France.

Boubacar Diakité Sarr

 

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