Cooperative culturelle ; Cooperative multimédia
Jamana Contact
Imprimer
 

 

 

2008

Mois de Mars

Les Echos du 14 mars

 

ABDOUL KARIM CAMARA « CABRAL »

Le militantisme exemplaire

Il y a bientôt 28 ans (17 mars 1980) que le militant engagé pour la cause du Mali et de l’école en particulier, Abdoul Karim Camara dit Cabral, a été assassiné. L’homme aura marqué de son empreinte le front scolaire en tant que leader estudiantin et donné du fil à retordre aux autorités militaires de l’époque pour l’avènement d’un Mali libre et démocratique. Les Maliens ne peuvent que regretter la perte de cet « homme de devoir ».

« Cabral le téméraire » , « Cabral le patriote », « Cabral l’audacieux »… ainsi le qualifiaient ses camarades de lutte. Abdoul Karim Camara dit Cabral, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’aura pas failli à sa mission et répondait toujours présent là où ses compagnons l’attendaient. Pourtant, il avait hérité d’une Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM) ciblée comme l’un des ennemis jurés du pouvoir tyrannique de l’Union démocratique du peuple malien (UDPM). Le contexte n’était donc guère propice au militantisme avec le durcissement du ton par le régime de GMT.

Les années 1977-1980 avaient été émaillées de rudes représailles par l’impressionnant dispositif répressif du régime militaire. Car les étudiants n’avaient pas arrêté de contester les décisions « impopulaires » du pouvoir sanguinaire comme, par exemple, la conditionnalité de l’accès à toutes les écoles supérieures à un concours direct et à un concours professionnel ouvert aux bacheliers de l’année en cours et aux travailleurs remplissant les conditions requises. La distribution des bourses pour l’extérieur intervenait aussi dans le même cadre.

C’est dans ces conditions où personne n’osait lutter à visage découvert contre le régime de Moussa Traoré que le jeune Cabral a décidé de combattre l'inégalité et l'injustice qui régnaient dans le monde scolaire et estudiantin malien, jusqu’à son arrestation le 16 mars 1980. Il voulait donc atteindre des objectifs que le « courage suicidaire » de son prédécesseur Tiébilé Dramé n’avait pas permis de concrétiser. Cabral, selon de nombreux témoignages, était épris de paix et de justice et voulait même, au prix de sa vie, instaurer les meilleures conditions d'études au Mali. Les revendications du mouvement scolaire qu'il dirigeait concernaient les bourses, la régionalisation des lycées ; la suppression de la 10e commune…

« Un miroir »

La réalisation de ses ambitions passait d’abord par l’instauration du dialogue auquel l’UDPM s’était refusée. Certes, Cabral n’a pas vécu assez pour voir l’avènement de la démocratie au Mali, mais il y a grandement participé à travers ses idéaux et son comportement incitatif. Il est tout un symbole pour non seulement ses compagnons, mais aussi pour le peuple malien tout entier. Emblème de la liberté et du bien-être social, il l’est. L’Amical des anciens militants et sympathisants de l’UNEEM (Amsuneem), qui regroupe ses compagnons de lutte et qui a été créé en 1991 après la chute du régime autocratique, est un creuset démocratique puisant dans les idéaux des martyrs de la lutte héroïque, à commencer par Cabral, le « reflet » de toute une génération.

Tout en soulignant l’éternité de la pensée de Cabral, le secrétaire général de l'Amsuneem, Cheick Mohamed Thiam rappelle couramment l'idéal pour lequel Cabral s'était battu. « Consciencieux, travailleur, fuyant la vaine publicité, Cabral était le miroir où chacun de nous allait vérifier la justesse de son opinion. Si le culte de la personnalité est couramment perçu comme une marque de faiblesse, il n'en est rien dans le cas particulier où les idées pour lesquelles notre camarade fut assassiné sont immortelles », affirme-t-il. Un autre compagnon du leader emblématique témoigne que Cabral est « un homme qui a fait don de sa vie pour qu'aujourd'hui soit ».

En tout cas, les Maliens sont reconnaissants de ses œuvres prémonitoires d’un Mali démocratique. Et ils ont toujours au travers de la gorge son assassinat et la polémique pendante sur le lieu de sa sépulture. Nos compatriotes ne ménagent aucun effort pour rendre hommage, tous les 17 mars, au combattant martyr.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

 

 

Acceuil


CE QUE J’EN SAIS

Péril sur l’héritage

17 mars 1980-17 mars 2008 ! Voilà 28 ans qu’un espoir de la nation malienne, notamment de sa jeunesse, était brisé à travers l’assassinat d’Abdoul Karim Camara dit Cabral. Bientôt donc trois décennies de deuil sans qu’on sache réellement dans quelles conditions notre camarade a été prématurément et sauvagement arraché à la vie. Depuis l’avènement de la démocratie, un système pour lequel Cabral s’est sacrifié, cet anniversaire est traditionnellement célébré par ses amis, la société civile et surtout les plus hautes autorités maliennes.

N’est-ce pas que Cabral mérite plus qu’un simple sacrifice à la tradition, qu’un simple « hommage de la nation ». Une nation amnésique au point d’oublier que personne ne sait encore dans quelles conditions le héros célébré est mort. Et qu’on ne sait même pas s’il repose réellement à l’endroit supposé l’être ? Ce qui est sûr, c’est que Cabral a été torturé ! Il a subi des tortures que peu de tortionnaires osent infliger même à un ennemi pris en flagrant délit de complot. Des témoins de ce crime vivent toujours en toute impunité.

Ennemi ? Cabral l’était pour le régime dictatorial et tyrannique de Moussa Traoré. Il l’était parce qu’il avait réussi à éveiller les consciences par rapport au drame vécu par le peuple. Il l’était parce qu’il était parvenu à ébranler un régime qui se croyait intouchable et invincible à cause de la terreur qu’il faisait régner sur ses opposants. Un pouvoir craint à cause de Kidal et de Taoudenit ! N’empêche que beaucoup de gens ont préféré mourir au fond de ces trous perdus que de courber l’échine et taire leurs opinions ou renier leurs convictions.

Le leader estudiantin, toujours populaire dans l’opinion publique, est mort il y a 28 ans dans des circonstances très douloureuses. Un assassinat célébré comme un repère dans la quête démocratique du peuple malien, surtout de sa jeunesse. Ce crime est l’un des fondements du 26 mars 1991 dont les élèves et étudiants ont été les fantassins. Comme le disait Cheick Mohamed Thiam dit Mamoutou (le secrétaire général de l'Amsuneem), il y a deux ans, « ce lundi 17 mars 1980 qui fut pour toute la jeunesse de l'époque et plus particulièrement pour sa frange estudiantine, une cruelle journée ».

Des bourreaux réhabilités

Mais, il est inadmissible que même la démocratie n’ait pas encore réussi à faire justice à Abdoul Karim et à sa famille. Il est vrai qu’un monument Cabral a été édifié à un important carrefour de Bamako (Lafiabougou Tabacoro, Commune IV du district), mais ce leader charismatique s’est battu pour la liberté et la justice.

Et le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre, la meilleure reconnaissance qu’il attendrait de ce peuple, c’est que ces assassins répondent de leur crime. Une promesse non tenue des autorités de la IIIe République qui s'étaient engagées auprès de la famille de Cabral et de l'Amsuneem à faire toute la lumière sur les circonstances de la mort du leader estudiantin.

Pis, ce sont les bourreaux d'hier qui ont profité de l’impunité et du laxisme des démocrates pour réussir à se faire passer pour des victimes et obtiennent même, à notre corps défendant, une réhabilitation qui interpelle tous les démocrates de ce pays. Surtout qu’au même moment les martyrs, tous ceux qui ont pendant plus de 20 ans subi leur dictature et leur humiliation sont, eux, traités comme des « marginaux », des « nostalgiques » ou des « aigris sociaux ».

Malheureusement, il ne faut pas s’attendre à mieux car même certains « amis » de Cabral manifestent des signes de lassitude dans la surveillance du temple dont les fondations ont été solidement posées par Cabral. Certainement vaincus par l’usure et fatigués d’être écartés de la gestion politique, ils ont baissé la garde en faisant allégeance au pouvoir au détriment de la cohésion dont leur organisation l’Amsuneem a besoin pour continuer sa lutte. Et certainement le secret espoir de se faire enfin une place au soleil. Ne serait-ce que pour avoir une retraite tranquille.

« Aujourd’hui, l’association qui représente dans l’opinion publique les idéaux du leader estudiantin, assassiné par la soldatesque du pouvoir de la pensée unique, semble tourner le dos à cette vocation. Elle donne de plus en plus l’image d’un club d’amis qui veille plutôt sur les intérêts personnels de ses membres, au détriment de l’action pour laquelle Cabral est mort » , écrivait un confrère en début d’année.

Et la réalité ne lui donne pas totalement tort car de nombreux « amis » se sont rués aujourd’hui dans les allées du pouvoir. « L’Amsuneem gardera le temple pour protéger les acquis de la révolution du 26 mars afin qu'on ne s'empresse pas de mettre une croix sur cette page exaltante de notre histoire », promettait son secrétaire général, Cheick Mohamed Thiam, à l’occasion du 27e anniversaire de l’assassinat de celui qui demeure toujours l’idole de la jeunesse malienne.

Avec la manifestation des appétits politiques dans ses rangs, l’association pourra-t-elle relever ce défi ? Une certitude : l’héritage de Cabral est plus que jamais en péril !

Alphaly

[haut]

Acceuil


CABRAL ET LES ECHOS

Même combat

Pour ses camarades de lutte ainsi que pour ceux qui l’ont côtoyé, Abdoul Karim Camara dit Cabral, avait comme motivation d’avoir pour les élèves et étudiants du Mali plus de justice sociale pour de meilleures conditions d’études. C’est dans ce combat de justice sociale que le leader estudiantin est mort dans des conditions atroces non encore élucidées le 17 mars 1980.

En créant le journal « Les Echos » le 17 mars 1989, les fondateurs de la Coopérative Jamana avaient le souci d’immortaliser Cabral mais aussi de s’identifier au combat de l’illustre disparu. Selon le directeur général de Jamana, Hamidou Konaté, « Les Echos, partageant les idéaux de Cabral dès sa naissance, a toujours été un journal de combat pour les causes justes ».

Certains membres de Jamana ont eu la chance d’être le compagnon de Cabral en tant que militants de l’UNEEM ou en tant que maîtres d’école. Ce qui constitue un autre lien fort entre le premier journal indépendant du Mali et les idéaux de Cabral. Tous ceux qui étaient animés par le même idéal ont apporté leur pierre à l’édification de ce journal, source de liberté et de démocratie. « Des gens de tous les bords politiques ou même ceux qui n’avaient aucune coloration politique mais qui étaient unis pour les mêmes aspirations se sont retrouvés à la création des « Echos », témoigne Hamidou Konaté.

« Les Echos » ne s’est jamais départi de cette philosophie de quête de justice sociale et de démocratie pour le peuple et de servir de tribune pour les sans voix. C’est ainsi que les fondateurs du journal ont activement participé à la création de l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH), en 1989 et l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) qui a succédé à l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM) en octobre 1990.

Autres faits marquants : « Les Echos » a pris une part active dans l’avènement des mouvements et associations démocratiques dont certains se sont transformés en partis politiques comme l’Adéma association et le Cnid association. Le journal a soutenu leur combat jusqu’à la chute du régime du général Moussa Traoré, le 26 mars 1991.

Certains membres fondateurs des Echos étaient des animateurs des mêmes mouvements et associations démocratiques. Une complicité que certaines personnes tentent d’exploiter en classant le journal de partisan ou proche de l’Adéma/PASJ dont le premier président, Alpha Oumar Konaré et premier président du Mali démocratiquement élu fut le premier directeur de Jamana et directeur de publication du journal « Les Echos ».

La réalité est pourtant autre, puisque « Les Echos » à cheval sur sa devise écrite en une « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrais jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire (une citation de Voltaire) », n’a jamais fait de cadeau à l’Adéma. Le désamour était tel que, certains ténors de ce parti sabordaient la ligne éditoriale du journal qu’ils classaient aux rangs des organes de presse qui n'aiment pas leur parti.

Quoi qu’on dise et quoi que cela puisse lui coûter, « Les Echos » restera collé à son principe de combat pour les causes justes.

Abdrahamane Dicko

[haut]

Acceuil


ABDOUL KARIM CAMARA

Qui était au juste Cabral ?

Abdoul Karim Camara dit Cabral est né le 2 juillet 1955. Il a été le dernier secrétaire général de l'Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM). Nos démarches auprès de certains interlocuteurs pour en savoir plus sur la vie d’Abdoul Karim Camara ayant été vaines, nous nous sommes rabattus sur les témoignages du Dr. Modibo Bah Koné du BC/Amsuneem Bamako. Voici son témoignage.

« Extraordinairement réaliste, plein de maturité et de courage pour son âge et sa situation personnelle (nous étions en dernière année de l'EN Sup et chacun d'entre nous rêvait légitimement à ses premiers salaires de jeune fonctionnaire intégré automatiquement dans la fonction publique), je me souviendrai toujours de ce 15 janvier 1980, au balcon de notre chambre d'internat à l'EN Sup... au cours du nième « repli tactique » de l'UNEEM qu'il ne dirigeait pas encore, après la fameuse marche sur l'état-major le 17 décembre 1979.

Nous causions sur les incorporations forcées de responsables de l'UNEEM, d'autres s'étant constitués prisonniers sous les drapeaux spontanément à l'appel des autorités malgré le fait que le bureau de coordination n'a jamais accepté de prendre une telle décision. Il me disait : Koné, il faut approfondir l'analyse sur la stratégie, le régime a été tellement secoué, est tellement aux abois que la prochaine fois c'est la mort pour nous si on nous arrêtait. Ainsi cela nous poussait au recentrage des débats au sein de l'ADEENSUP que Cabral voulait toujours bien voir jouer son rôle de pivot de l'UNEEM.

C'est donc conscient de toutes les menaces précises et dangereuses qui pesaient sur les responsables que Cabral a pris la tête du bureau de coordination au cours du congrès de février, tenu dans la clandestinité. Hélas ! Cabral devait disparaître un mois jour pour jour... 28 ans après, je reste sous le coup de ce courage, que lui-même ne considérait jamais suicidaire : puisque les camarades me font confiance, j'irai jusqu'au bout, disait-il.

Cabral fut un révolutionnaire modéré et modeste, contre toute forme de « jusqu'au-boutisme », très équilibré, toujours prompt à jouer le rôle de conciliateur dans les débats. Il souhaitait toujours partager ses points de vue n'essayant jamais d'imposer ses convictions aux autres. Pourtant nous sentions bien en classe qu'il n'était pas tout à fait un étudiant comme les autres.

Déjà Voronov, notre professeur de sociologie, coopérant soviétique, l'appelait « homme politique de la classe ». Il gardait toute sa modestie, même quand il « séchait » les cours et les exposés (à cause des réunions ou conférences). Il prêtait nos cahiers, recopiait tout ce qui avait pu être fait en son absence. Toujours sympathique et plein de respect pour tout le monde surtout pour les professeurs qui, très tôt, avaient décelé dans ses travaux la conviction et le sérieux.

Déjà en 1977-78, au cours d'histoire des idéologies de feu Bernard Cissoko, l'exposé du groupe de travail de Cabral (de Noumoutié Bagayoko, un autre de nos camarades intègres, mort de la façon que l'on sait...) a été retenu et distribué à toute la classe, un thème qui portait déjà sur « l'image de la femme malienne ».

Un modèle toute d’actualité

Même en aparté, Cabral défendait les femmes qui, a l'en croire, devraient s'instruire, s'instruire toujours pour se libérer véritablement et s'assumer économiquement et socialement.

C'est un devoir militant de dire réellement ce que fut Cabral, ce n'était pas un mythe abstrait, c'était un garçon concret qui nous faisait la morale, à qui nous ne connaissions pas de petite fiancée ou copine mais qui défendait farouchement les femmes ; qui refusait la cigarette et l'alcool malgré toutes les tentations des ouvertures, fermetures de foyers et autres soirées fumeuses des campus de lycéens et d'étudiants.

A chaque fois, Cabral nous remettait les cartes d'invitation à ces soirées dansantes et bien arrosées à l'époque, préférant lui-même rester dans la chambre à l'EN Sup à écouter la musique de l'Ensemble instrumental national ou d'un Kouyaté Sory Kandian.

Pour Abdoul Karim, et il nous le disait chaque fois, un militant c'est quelqu'un qui est sérieux et travailleur en classe. Comme quoi, il ne suffit pas d'être révolutionnaire au-dehors, il faut l'être d'abord et surtout au-dedans. Aucun d'entre nous ne peut nier cela, Cabral a vécu sa conviction même dans les comportements les plus élémentaires. Pourtant beaucoup de militants n'arrivent pas à se libérer encore de ces petites aliénations quotidiennes.

Cabral avait pu se libérer de tout cela. Cela pourrait paraître assez naïf aujourd'hui mais Cabral estimait que nous devrions même nous habiller en révolutionnaires avec la chéchia (d'Amilcar Cabral). Le combat de Cabral était donc un combat de tous les jours pour le sérieux, pour le travail, pour l'effort, pour la promotion de la femme pour la dignité et le nationalisme, contre le tabac, contre l'alcool, contre la vie facile.

Cela, le peuple et la jeunesse du Mali doivent savoir que ce ne fut pas une légende, mais une vie qui s'est réellement illustrée de cette façon et cette vie doit retrouver toute sa lumière pour nous éclairer, maintenant que les modèles importés ont fait la preuve de leur carence, maintenant que les masses déboussolées ne croient plus en rien car tous les combats ont été récupérés par des élites malhonnêtes. Maintenant ou jamais.

Nul d'entre nous n'aura besoin un jour de chanter ou de magnifier Cabral car le mythe repose sur la vérité et a rejoint l'actualité, car notre jeunesse aujourd'hui a besoin de références, de modèles de vie, d'un héros qui soit proche d'elle et qui l'interpelle constamment pour qu'elle se ressaisisse. Espérons que le monument dédié à sa mémoire à Lafiabougou soit une leçon de vie et que Cabral vive éternellement dans notre conscience révolutionnaire, car comme le dit le poète, « on a assassiné l'homme, mais on ne peut pas tuer l'idée ».

Propos recueillis par

Denis Koné

 

[haut]

Acceuil


 

MODIBO DIALLO, COMPAGNON DE LUTTE DE CABRAL

« Cabral croyait en tout ce qu’il faisait »

Dans l’entretien qui suit, Modibo Diallo, directeur du Mémorial Modibo Kéita et ancien compagnon de lutte de Abdoul Karim Camara dit Cabral, assassiné en 1980 suite une grève d’étudiant, témoigne que le leader estudiantin était un homme de conviction qui croyait en tout ce qu’il faisait .

Les Echos : Dans quelles circonstances avez-vous connu Cabral ?

Modibo Diallo : On s’est connu à l’Ecole normale supérieure en 1977 dans le cadre des activités culturelles. A l’époque, j’étais le secrétaire aux activités culturelles. C’est lors du montage d’une pièce de théâtre de la troupe où il y avait Dramé, Samba Lamine Sow, Moussa Makan Camara, King Sokoura, etc. que j’ai personnellement côtoyé Cabral. Il a été un des militants le plus engagés et assidus aux activités. En 1978, nous avons milité ensemble au sein du bureau de l’Association des étudiants de l’Ecole normale supérieure (ADEENSUP). Moi j’étais le secrétaire général et lui le secrétaire administratif. Ensuite au niveau de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM) où j’occupais le poste de SG et lui de secrétaire à l’information. Alors comme on était du même établissement, il était devenu mon plus proche collaborateur.

Les Echos : Que retenez vous de lui ?

M. D. : Cabral était un type très engagé. Il croyait en ce qu’il faisait. Il croyait en la justesse de ses convictions. C’était un homme honnête qui ne calculait et ne reculait pas. Il avait un avantage, je dirais même un don : l’éloquence, c’était un très bon orateur. Il faut aussi dire qu’il était un brillant étudiant car à l’époque, on ne pouvait pas devenir leader au sein de l’UNEEM sans être un étudiant modèle.

Les Echos : Quand on l’arrêtait en 1980, vous étiez en France, ce fut un choc pour vous non ?

M. D. : Le choc était d’autant plus terrible qu’inattendu. Vu son engagement, son arrestation ne m’a pas surpris, c’était une éventualité, car l’environnement socio-politique s’y prêtait, mais je ne m’attendais pas à la façon dont on l’a tué. Je ne peux pas traduire ici avec les mots ce que j’ai ressenti comme choc. Son assassinat a renforcé mon ardeur à poursuivre le combat dans lequel nous étions engagés.

Les Echos : 28 ans après sa mort, un flou total règne autour de la localisation de sa tombe…

M. D. : Pendant combien d’années, en tout cas de 1980 à 1991, on ne savait pas qu’on allait connaître l’emplacement exact de la tombe de Cabral. Mais en 91, nous apprenions qu’il repose dans le cimetière de Lafiabougou. C’est, semble-t-il, un soldat que je ne sais comment a identifié la tombe… De toute façon, la vérité finit par triompher un jour. Si la tombe qu’on nous a montrée n’est pas la vraie, on le saura un jour.

Propos recueillis par

Idrissa Sako

 

[haut]

Acceuil


 

SIAKA DIAKITE, SECRETAIRE GENERAL DE L’UNTM

« Nous attendons l’Etat de pied ferme »

Dans une interview qu’il nous a accordée, le secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) fait le point sur la cherté de la vie, les privatisations, les lenteurs du pouvoir pour mettre en application certaines décisions.

Les Echos : L’actualité est à la hausse des prix des produits de première nécessité, et le président de la République a annoncé à l’occasion du 8 mars la hausse prochaine du prix du riz, quel commentaire en faites-vous ?

Siaka Diakité  : Comme vous, nous avons tous entendu le 8 mars le chef de l’Etat annoncer la hausse du prix du riz dans les prochains jours. Sans faire beaucoup de commentaires là-dessus, je dirais effectivement que c’était un non sujet sur lequel l’UNTM n’a pas trop de commentaires parce qu’ayant déjà posé des actes, ayant déjà fait des propositions concrètes. Nous attendions l’exécution des recommandations et orientations, qui, si elles sont exécutées avec responsabilité, montrent que ces propos sont un non-lieu pour nous.

Les Echos : Suite au Forum national initié par l’UNTM autour des questions des produits de consommation, une commission a été mise en place. De quel pouvoir dispose-t-elle et peut-elle empêcher la hausse des prix ?

S. D.  : Si vous vous en souvenez, le 18 juillet 2007, un protocole d’accord entre l’UNTM, le patronat et le gouvernement du Mali avait été signé et avait pris une disposition pour permettre aux Maliens avec leurs revenus de se ravitailler correctement sur le marché. C’est dans le cadre de l’exécution de ce protocole d’accord et sur la demande de l’UNTM qu’un forum avait été organisé qui, entre autres, a prévu des recommandations et des résolutions. La commission de suivi qui devait être mise en place immédiatement après le forum a vu le jour l’autre jour. Mais il n’est jamais trop tard, cela n’est qu’une commission de suivi qui n’a pour objectif que d’assurer l’exécution correcte des conclusions et recommandations issues du forum. Aujourd’hui, il ne faudrait pas qu’on se trompe de combat et d’orientation. Ce qui est urgent, ce sont les résolutions et recommandations issues du forum. En réalité, la commission de suivi n’avait pas pour mission d’arrêter la flambée des prix, mais si elle exécute les recommandations et les orientations issues du forum en des temps « T » déterminés, on pourrait circonscrire la situation qu’on est en train de vivre. La preuve, le forum a retenu la mise en place d’un Conseil national des prix au plus tard fin mars. Mais avant la mise en place de ce Conseil national des prix, le gouvernement s’est engagé à prendre les dispositions, sur la demande du forum, à ce que les prix restent stagnants d’ici la mise en place du Conseil qui aura pour objectif non seulement l’information générale sur les prix, la maîtrise des prix sur le marché et le respect du principe d’égalité et d’équité de tous ceux qui ravitaillent le marché avec un suivi régulier du système. C’est en cela que nous avons pensé que si ces mesures sont prises on en sortirait.

Les Echos : Parallèlement à la hausse généralisée des prix, le pouvoir d’achat des Maliens s’amenuise jour après jour, que compte faire l’UNTM ?

S. D.  : J’entends souvent les gens dire que les revenus du Malien s’amenuisent de plus en plus. La réalité, si on fait le bilan des acquis de l’UNTM par rapport à l’amélioration des conditions de vie, cela n’a pas daté d’aujourd’hui. En revenant en arrière même il y a d’autres personnes qui s’amusent, tels les hommes politiques, à s’approprier ou à ne pas citer nommément ce que nous avons posé comme actes. Pour que les gens soient à niveau, on a prolongé l’âge de la retraite d’abord pour les fonctionnaires, on a révisé le statut général de la fonction publique, on a révisé le code de prévention sociale, nous avons acquis des augmentations de salaires, nous avons diminué l’impôt sur le traitement et salaires. Toutes choses cumulées aujourd’hui, nous pouvons nous taper la poitrine en Afrique avec des acquis qu’on a pu faire pour qu’il y ait un plus sur le revenu des salariés. Nous avons posé suffisamment d’actes là-dessus, mais nous constatons simplement une irresponsabilité des décideurs politiques à prendre des mesures qui les concernent dans le cadre de l’exercice de leurs missions ; qui font à ce que seulement la non-application des dispositions et recommandations issues du forum amenuise les revenus. Sinon l’UNTM a posé pleins d’actes aujourd’hui pour que les travailleurs maliens aient un niveau élevé de vie.

Les Echos : On a vu qu’au Cameroun et au Burkina Faso par exemple, il y a eu des contestations et des violences par rapport à la cherté de la vie, pensez-vous que la même chose risque d’arriver dans notre pays ?

S. D. : Les pays ont des réalités diverses. Les associations et les organisations qui ont pour mission de se faire entendre dans de pareilles situations n’ont pas les mêmes stratégies de gestion. Dans la philosophie pédagogique de l’UNTM, nous disons « nous avons la force, nous avons la capacité, nous avons les moyens de faire pression ». En ce qui nous concerne, ici à l’UNTM nous l’avons dégagé en bureau exécutif : quel est l’acte qu’il faudrait poser pour faire pression pour que les prix baissent ? Ces pays qui ont été cités, peut-être à part le Cameroun où il y a eu une augmentation des salaires et les blocages des prix à la frontière au Burkina Faso, je ne pense pas qu’aujourd’hui la sortie de la masse ait pu gérer et régler le problème de façon durable. Ce que nous cherchons ce n’est pas des actions éphémères mais la recherche de solutions durables par rapport à cette flambée des prix, toutes choses qui n’excluent pas l’utilisation de l’arme syndicale quand nous sentirons la mauvaise volonté manifeste à ce qu’on arrive à ce consensus de la recherche de solutions durables pour le pays. Pour le moment, nous sommes en train de faire pression à ce que des dispositions soient prises pour l’application des recommandations issues du forum. Eventuellement ça n’exclut pas, dans le temps, sur constat de la non-prise des décisions politiques à ce que nous agissions.

Les Echos : On vous a vu faire le tour de certaines sociétés et entreprises qui ont en commun d’être dédiées à la privatisation ou qui sont déjà privatisées, quels sont les enseignements que vous avez tirés ? Avez-vous déjà établi le bilan des privatisations ?

S. D.  : Les questionnements, les interrogations et les exclamations, nous les entendons : « mais qu’est-ce que l’UNTM veut, en entrant dans les entreprises pour les visiter alors que en tant que syndicat elle n’est qu’un simple appareil de revendication ». Nous disons non. Si nous faisons du syndicalisme d’abord parce que nous participons à ce que les actes pris entre les syndicats et l’administration existent. Un constat : dans notre pays on ne dit pas la vérité, les emplois se perdent, les licenciements nous les constatons, les entreprises se ferment. Quand nous avons demandé depuis plus de trois ans à ce que l’Etat nous fasse le bilan des privatisations des entreprises, nous n’avions rien reçu jusqu’à l’heure où l’on vous parle. C’est pourquoi dans sa philosophie syndicale, en dehors de la revendication nous nous sommes intéressés à un peu de syndicalisme de développement. Allons-y dans les chantiers, dans les entreprises pour nous rendre compte des réalités, et à la synthèse en conclusion voir quelles propositions concrètes maintenant nous pouvons faire aux décideurs par rapport à la survie des travailleurs des chantiers et entreprises dans lesquels nous opérons. Comme eux ils sont incapables de nous donner un bilan sur notre demande, au bout de ces visites nous allons nous faire le bilan de ces privatisations et leur faire des propositions concrètes en fonction des réalités que nous avons découvertes. Aujourd’hui, nous avons fait la CMDT, l’Huicoma, la Sotelma, l’EDM. La semaine prochaine peut être ce sera l’Office du Niger, la Comatex et Sukala. Et nous allons nous arrêter à mi-parcours pour évaluer ce que nous avons constaté et en proposer des recommandations et des orientations.

Les Echos : Le président de la République ATT a indexé les institutions de Bretton Woods par rapport aux privatisations qui écrasent les pays. Les privatisations sont-elles un mal nécessaire ? Quelles alternatives aux privatisations ?

S. D.  : La privatisation n’est jamais un mal nécessaire pour un pays. Tout pays voudrait que les entreprises soient nationales parce que non seulement c’est des sources de devises pour les Etats mais c’est des sources de création et de maintien des enfants. Toutes choses qui luttent contre la pauvreté, nous ne pouvons pas dire aujourd’hui que privatiser pourrait être un mal nécessaire pour nos pays sous-développés qui ne disposent pas de grandes ressources. Mais accuser les institutions de Bretton Woods comme étant coupables des privatisations, je pense qu’honnêtement nous devrons dire et avouer que ces entreprises ont été privatisées tout simplement du fait d’une certaine mauvaise gestion dont les Etats sont coupables ; parce que je parle tout simplement d’une petite histoire, la loi 81-110 pour les sociétés et entreprises d’Etat où l’Etat sortait. Quel est le comportement de l’Etat par rapport aux entreprises nationales ? Par rapport aux bénéfices créés, les entreprises ne percevaient même pas la moitié des bénéfices produits et c’est l’Etat qui s’accaparait de la moitié des bénéfices créés par les entreprises pour son budget de fonctionnement. Donc qui a tué, qui a mal géré ? Donc il faudrait le dire très clairement pour ne pas accuser. Les institutions de Bretton Woods ne peuvent pas imposer une politique à un Etat dit souverain et qui est véritablement souverain. Nous devons nous accuser d’abord de notre façon de faire. Je ne peux pas me hasarder à donner de l’argent à celui qui, au finish, ne l’utilisera pas à bon escient donc je vais lui faire un diktat, premier élément ; le deuxième élément c’est qu’il faut le dire très clairement, c’est que nos cadres qui participent aux négociations avec ces institutions de Bretton Woods ne sont pas à la hauteur des dispositions et des mesures à prendre en fonction des réalités et de l’état d’indépendance et de souveraineté de nos espaces. Il faut le corriger parce que n’est pas négociateur qui le voudrait. Des béni oui oui qui vont aller discuter et que les débats se font alors qu’ils sont souvent dans les cafés. Nous le disons parce que nous avons fait le constat. Voilà une des plaies, accuser gratuitement les institutions de Bretton Woods, c’est détourner la population de la réalité vivante de la méthode de gestion de nos Etats.

Les Echos : L’actualité c’est également l’école qui ne marche pas. Quelles solutions concrètes envisagez-vous quand on sait que tout a été tenté ?

S. D.  : Pour le moment nous sommes en train de réfléchir parce que nous avons senti qu’il faut notre implication, nous avons notre mot à dire étant un élément de l’Etat malien. Nous n’avons pas fini de mûrir ce que nous voulons proposer par rapport à l’école. Au moment opportun on vous le fera parvenir, mais il est essentiel aujourd’hui que toutes les couches de la nation, chacun de son côté puisse faire des propositions de sortie de cette situation pour le développement de l’Etat parce que c’est cette jeunesse qui est le futur. Il faut que chacun s’y intéresse. Nous en réfléchissons au moment opportun les mesures et les orientations que nous allons proposer seront diffusées.

Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko et Akhimy Maiga

[haut]

Acceuil


 

CRISE AU DJOLIBA-AC 

La tête de Karounga Kéita mise à prix

Le Djoliba, actuel leader du championnat national de Ligue 1 et représentant malien à la Coupe de la Confédération africaine de football (Caf) est sur des charbons ardents. La tête de l’inamovible président Karounga Kéita dit Kéké est mise à prix.

Rien ne va plus dans la maison rouge. Le malaise qui frappe présentement le Djoliba a pour origine, de sources proches de Hérèmakono, « l’affaire Kéké » ou encore « affaire anciens joueurs du club/Karounga Kéita ». Les supporters et les anciens joueurs (Mocké Diané, Bréhima Traoré, Sadio Cissé, etc.) se plaignent de la gestion opaque du club et s’inquiètent pour son avenir immédiat.

Interrogé sur cette crise que traverse le club, le président Karounga Kéita a répondu qu’il a le soutien de la majorité des supporters et dirigeants du Djoliba. « Je n’ai aucun problème, les supporters et les joueurs en activité sont avec moi, et l’on travaille », a indiqué Kéké. Et d’ajouter qu’il a reçu les anciens joueurs pour une discussion les yeux dans les yeux. « Ils sont venus me voir et demander la relecture des textes, mais il y a des sous-marins qui s’agitent autour. Sinon je n’ai aucun problème », précise Karounga. Malgré tout, la crise est la patente, avec notamment « l’affaire Adama Tamboura » et le départ en catimini de certains joueurs à l’étranger et que le conseil d’administration du club n’arrive pas à expliquer. « On savait malgré toutes ces affaires qu’il n’allait pas démissionner. C’est quel président ça », fulmine un supporter sur l’opiniâtreté de Karounga Kéita à s’accrocher à son poste.

Cette saison, les supporters et les anciens joueurs souhaitent voir le club évoluer d’une autre manière « Nous voulons à tout prix être champion ou faire un bon parcours en Coupe CAF. Nous cherchons à motiver tout le monde », affirme un supporter qui souhaite le départ de Kéké de la direction du club.

Karounga Kéita est également désavoué par les anciens joueurs du club. «  Le président emblématique, ancien joueur et entraîneur du club, n’est plus l’homme de la situation. Il ne peut plus diriger le Djoliba. Kéké est aujourd’hui un homme saturé. Il n’aime pas qu’on lui dise la vérité et lorsque vous y parvenez, il passe par tous les moyens pour vous virez du conseil d’administration ou du comité du club », révèle un membre du conseil d’administration.

Plusieurs dirigeants, ajoute-t-on, ont appris à leurs dépens cette « méthode dictatoriale » du président Karounga, notamment ceux qui lui ont dit droit dans les yeux qu’il ne se « justifiait » pas sur les transferts des joueurs, partis monnayer leurs talents dans le Golf et au Maghreb et de la gestion du club en général. « Comment peut-on comprendre que l’entretien du gazon et les deux poteaux du terrain d’entraînement peut coûter une quinzaine de millions et que cet argent proviendrait du montant du transfert de Tamboura ? », s’interrogent des supporters du Djoliba qui doutent de la transparence dans la gestion du club.

Quoi qu’il en soit, les supporters et les anciens joueurs du club ont exprimé ouvertement aux présidents d’honneur et au conseil d’administration leur souhait de voir Kéké se retirer dans l’intérêt du club.

Affaire à suivre.

Boubacar Diakité Sarr

[haut]

Acceuil


Du nouveau aux éditions jamana

Un para à Koulouba

Prix:3000f cfa

Droit et pratique du droit au Mali

Prix:7500f cfa

 

 

Les pièges du destin

Prix:4000f cfa

Le mouvement mondial des femmes

Prix:4500f cfa

[haut]

acceuil

Dans ce site web vous trouverez :
OpeneNRICH

 

 




 
Les fondateurs
:: JAMANA : Coopérative Culturelle Multimédia AV. Cheick Zayed - Porte 2694 - Hamdalaye Bamako Mali ::
Tél. 00(223) 229 62 89 - Fax : 00 (223) 229 76 39 - http://www.jamana.org