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2008

Mois de mai

Les Echos du 21 Mai

 

BANDE SAHELIENNE ET TRAFIC D’ARMES

Des cadres maliens impliqués ?

Selon un article paru lundi dans le quotidien algérois, Al Watan, et intitulé, « Les bandes frontalières, source de puissance des groupes armés », notre pays serait un bon fournisseur des trafiquants de tout acabit.

El Watan donne quelques exemples, dont celui d’Abderrazak El Para, celui-là même qui avait enlevé en Algérie fin 2003 début 2004 et détenu au nord du Mali 32 touristes allemands. Selon notre confrère, il a reçu pour leur libération 5 millions d’euros.

« Avec ce butin et la liberté d’action dont il bénéficiait au nord du Mali, il achète d’importantes quantités d’armes auprès de ses habituels fournisseurs. Les révélations faites par le repenti, Oussama Abou Seif, mefti (exégète) de la phalange Tarek Ibn Ziad, (une phalange créée par El Para pour le rapt) le confirment. La première partie de l’armement est achetée, au nord du Mali, par Abderrazak El Para, en personne. Il s’agit d’une dizaine de pistolets mitrailleurs kalachnikovs (PM/AK) coréens, sous emballage auprès d’un haut responsable de l’administration du Nord du Mali, au prix de 1000 euros la pièce et 22 autres PM/AK russes pliantes, une mitrailleuse et une Korinov, (auprès des tribus maliennes) pour l’équivalent de 450 000 DA (Ndrl : dinar algérien).

A Gao, c’est auprès d’un négociant d’armes de nationalité algéro-malienne que Abou Zeid va acheter en deux tranches, 15 PM/AK chinois et russes, 1 mortier de 82 mm, 20 000 cartouches, 10 roquettes pour RPG7 et une caisse de grenades offensives. Deux autres cargaisons lui sont livrées par la suite par un autre marchand d’armes de Tombouctou, composées de 2 RPG2 avec 20 roquettes, 2 fusils mitrailleurs, 12 PM/AK chinois et irakiens, 1 Korinov, un lot de munitions, puis 25 roquettes pour RPG2, 11 000 cartouches, 2 pistolets automatiques Tokarev et 4000 cartouches pour mitrailleuse. Auprès d’autres négociants d’armes, une soixantaine de Kalachnikovs a été achetée. 11 Toyota Station et un camion de type Man ont été également acquis à Kidal, ainsi qu’une vingtaine d’appareils téléphoniques Thuraya ».

Les précisions sont claires, et avec tout ce dont nous disposons dans le domaine du renseignement, difficile de faire croire qu’on ne soit au courant de rien.

Alexis Kalambry

 

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KASSOUM DENON, DG DE L’ORS

« Je crois en l’Initiative riz »

A l’Office riz Ségou (ORS), l’optimisme est certain, le terrain étant déblayé pour l’atteinte des 60 000 tonnes, quota fixé à la zone ORS. A l’issue d’une tournée de cinq jours sur le terrain le directeur général de l’ORS, Kassoum Dénon, a bien voulu se prononcer sur « l’Initiative riz » du Premier ministre en laquelle il croit et qui serait l’occasion d’amélioration des conditions de vie et de travail des producteurs en particulier, et de source de devises pour le pays. Interview.

Les Echos : Croyez-vous sincèrement en la réussite de « l’Initiative riz » ?

Kassim Dénon : Moi, sincèrement parlant, j’y crois. Je crois en la faisabilité de « l’Initiative riz ». Dans un pays, il faut, à un moment donné, avoir des ambitions. Il y a un retraité qui nous a dit à Dioro que quand il quittait l’Office du Niger en 1962, les superficies de l’Office du Niger n’ont pas été évaluées. Cela veut dire quelque part qu’il y avait une léthargie. Si aujourd’hui, le gouvernement en place face à la crise mondiale prend cette décision politique, cette décision volontariste, moi j’y crois sincèrement parce que je suis dans le secteur depuis bientôt 30 ans. J’ai fait tous les paliers de l’agriculture et aujourd’hui, je suis à un niveau où je peux, en jetant un regard rétrospectif, réussir. Je crois aujourd’hui que si les gens s’y mettent on peut même dépasser les 1,6 millions tonnes.

Nous ne le souhaitons pas, mais même si on ne les a pas cette année, nous avons trois avantages, sinon quatre. D’abord, « l’Initiative riz » a l’avantage de mettre tout le monde en mouvement. Deuxièmement, elle a l’avantage d’être une prise de conscience collective. Troisième chose, si on y va et qu’on n’y arrive pas, nous pourrions au moins identifier les goulots d’étranglement et les traiter conséquemment d’ici l’année prochaine. Ce qui veut dire qu’à très court terme, nous sommes en mesure de réaliser cet objectif. C’est pourquoi, moi j’y crois et comme vous l’avez vu, j’ai fait le tour avec les producteurs. Les producteurs croient et peuvent faire mieux que ça si toutes les mesures d’accompagnement qui sont énoncées arrivent à être réalisées de la part du gouvernement en termes d’appui.

Les Echos : Est-ce à dire que l’Office riz Ségou serait en mesure d’honorer le quota qui lui a été attribué, c’est-à-dire les 60 000 tonnes ?

K. D. : L’Office riz Ségou serait en mesure d’honorer le quota qui lui a été attribué. Nous-mêmes projetions 30 000 hectares cette année, mais nos rendements oscillaient entre 1,8 et 1,9 tonne. Moi, je pense que nous pouvons valablement l’atteindre. Il s’agit maintenant de mener un encadrement de proximité, d’échanger avec les producteurs, de changer même d’attitude au regard de moyens qui vont être mis en œuvre. Les 60 000 tonnes, nous, nous sommes en mesure de les atteindre.

Les Echos : Les producteurs sont-ils disposés à vous accompagner dans le parcours à la lumière des contacts que vous avez eus avec eux durant la tournée ?

K. D. : Les producteurs sont prêts. Certains ont même pris l’engagement d’aller au-delà du quota qu’on leur demande, à condition que les engrais, les semences et la commercialisation soient suffisamment organisés. Nous avons l’avantage que les producteurs ont l’habitude de la riziculture, ils sont déjà rompus à cette technique. Je pense qu’ils sont en mesure si les mesures d’accompagnement sont là et qui est un encadrement, une bonne organisation, d’aller au-delà des tonnages qu’on leur a demandés.

Les Echos : Selon vous quelles sont les difficultés de nature à compromettre la concrétisation de « l’Initiative riz » ?

K. D. : Les difficultés aujourd’hui qui peuvent être de nature à ne pas nous permettre d’atteindre les objectifs, il y a le problème des casiers à insécurité hydraulique comme Tamani et Farako dont le riz est produit avec l’effet combiné de la pluviométrie et de la crue du fleuve. Une fois que la crue ou la pluviométrie n’est pas au rendez-vous, cela peut défavorablement jouer sur le niveau des rendements. Si cela était, nous ne le souhaitons pas, ce sera un facteur exogène indépendant de notre volonté. Nous pensons que même si cela arrivait, à la faveur des grands travaux qui sont en train d’être réalisés en l’occurence la réhabilitation de ces casiers, les contraintes peuvent être minimisées. Nous avons beaucoup insisté sur le respect strict du calendrier agricole. Et nous allons prendre des mesures énergiques pour amener les producteurs à son respect.

Les Echos : Quelle sera désormais l’incidence de cette « Initiative » sur la riziculture au Mali ?

K. D.  : « L’Initiative riz » au Mali est une chance que nous devons saisir parce que comme je l’ai dit aux paysans, si ce n’est l’or, le Mali n’a pas de ressources. Aujourd’hui, le coton est en perte de vitesse, le Mali n’a pas de pétrole, le Mali achète tout à l’extérieur qu’il s’agisse du ciment ou du fer. Même pour le riz, si on ne faisait pas attention, on allait l’acheter à l’étranger. J’ai eu l’avantage d’aller représenter le ministère de l’Agriculture avec le directeur de la Cellule de planification et de statistiques (CPS) à Stamboul l’an dernier à la 42e session de la FAO sur la production des céréales. Ce problème y a été posé. Il nous a été dit que le problème de déficit céréalier va indibutablement se poser parce que l’Australie, l’Argentine, l’Asie et les Etats-Unis, qui sont les grands producteurs de blé et des grands producteurs du riz, ont converti un quart de leurs productions en biocarburant et que cela devrait avoir une incidence sur la satisfaction des besoins en céréales. Je savais déjà personnellement après être rentré de mission que ce problème allait venir. Mais puisque, je suis loin des centres de décision, nous avons eu à rendre compte à qui de droit.

« L’Initiative riz » reste néanmoins une chance pour le Mali parce que le potentiel dont nous disposons n’est comparable qu’au potentiel de l’Egypte où j’ai fait un stage de 6 mois de spécialisation en vulgarisation. Je sais que ce pays dispose des potentialités, mais en matière d’irrigation, nous avons beaucoup plus de facilités que l’Egypte. Avec toutes les plaines inondables que nous avons ici, nous pouvons tirer beaucoup de profits. Je pense que l’occasion est donnée aux Maliens de prendre non seulement le F CFA des voisins comme ressources et amener l’euro ou le yen des autres.

Les Echos : Peut-on d’ores et déjà dire qu’avec « l’Initiative riz », on peut s’attendre à une amélioration des conditions de vie des paysans ?

K. D. : Ça fait 20 ans que je suis dans le système de riziculture irriguée. J’ai participé à toutes sortes de colloques au niveau national et international, mais je dis aujourd’hui aux paysans que c’est la première fois depuis que je suis dans l’agriculture que l’Etat subventionne le riz. Avant les producteurs venaient nous voir pour dire qu’ils ont pris des crédits, mais qu’ils ont des difficultés à écouler leurs produits.

Mais aujourd’hui, il n’y a pas de problème, le riz sera acheté. Je pense que c’est le tour maintenant des riziculteurs de s’enrichir. Si « l’Initiative riz » était poursuivie avec tout l’engagement politique, toute la détermination des producteurs et des autorités politiques, cela va améliorer notablement les conditions de vie des producteurs surtout des riziculteurs.

Les Echos : Au cours de la tournée, il a été beaucoup question de la redevance eau et de la sous-traitance des parcelles. Qu’avez-vous à dire sur ces deux points ?

K. D. : Au niveau de la redevance eau, je me réjouis du fait que nous sommes à 95,80 % de taux de recouvrement. Cela veut dire que ce problème est complètement maîtrisé à l’ORS. Et ce sont les paysans mêmes qui récupèrent la redevance pour aller la reverser au niveau des caisses de l’Office riz. Mais, il m’a fallu au moins 10 ans de sensibilisation, de brutalité, d’explications et de conviction. Aujourd’hui, la question qui se pose, c’est qu’il y a une mauvaise répartition des parcelles.

Il y a des gens qui disposaient de 20 hectares tandis qu’il y a des paysans qui n’ont que 2 ou 3 hectares. Il y a des gens qui ont travaillé ici à l’Office riz Ségou et qu’ils ne sont plus là, mais disposent de plus de 22 ha, 30 ha qui sont exploités à leur compte. Je dis que je mettrais fin à cela. Les producteurs sont d’accord, ils ont dit que j’ai même tardé. Ce n’est pas facile, mais nous allons nous y engager. Nous avons fait la lutte pour assainir le remboursement de la redevance, nous allons faire la lutte également pour assainir l’exploitation des producteurs.

Les producteurs sont convaincus qu’il faut cette mesure énergique et nous allons y arriver. J’ai déjà dit qu’avec « l’Initiative riz », on ne plus se permettre de s’accrocher à 20 hectares et qu’on ne peut pas sortir le rendement exempté. Cela n’est pas possible, car ce n’est pas équitable. C’est un message fort que nous avons lancé. La décision a été prise devant les élus locaux, devant l’administration et j’ose espérer de l’appui des uns et des autres pour arriver à ce changement de comportement pour au moins rendre l’exploitation équitable.

Les Echos : Quelle image gardez-vous des producteurs aux termes de votre tournée de sensibilisation ?

K. D. : Vraiment, je garde de très bonnes images des producteurs. Je suis resté ici pendant plus de 10 ans, je me suis rendu compte aujourd’hui que tout ce que nous avons déployé comme efforts de sensibilisation et de vulgarisation est perçu. C’est vrai, il y a quelques angoisses qu’on peut constater ça et là, parce que chaque fois qu’il s’agit de retirer une parcelle à un paysan, c’est à ce moment qu’il se met dans tous ses états. Il faut le gérer ainsi. Sinon, aujourd’hui, je suis très confiant. Je suis très réconforté quelles que soient les petites craintes de certains.

Je me suis rendu compte que les efforts ont porté fruit parce que vous avez vu, sur tout le long du trajet, que les producteurs ont fait des améliorations de système. Ça veut dire qu’ils commencent à comprendre.

Propos recueillis, à Ségou, par

Mohamed Daou

(envoyé spécial)

 

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APRES L’AGRESSION DE DJIBONDING DEMBELE

Le Snesup en grève de 15 jours

Dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, Pr. Djibonding Dembélé a été grièvement blessé suite à l’agression d’un groupe d’étudiants qui seraient « mécontents des résultats ». La scène s’est passée au moment même où il quittait l’enceinte de la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP).

Même si la victime est dans « un état de plus en plus rassurant », à en croire le secrétaire général du Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup), Dr. Abdou Mallé, les enseignants, qui avaient décrété, il y a quelques mois une grève illimitée pour que leur sécurité soit garantie dans une atmosphère de hooliganisme, ne décolèrent plus. Ils disent manifester leur ras-le-bol aux Maliens, y compris les plus hautes autorités du pays. Une correspondance a d’ailleurs été envoyée au Premier ministre Modibo Sidibé dans ce sens, a affirmé Dr. Mallé.

Lors d’une assemblée générale hier dans l’amphithéâtre de l’Ecole nationale d’ingénieurs (ENI), qui avait fait le plein, les enseignants du supérieur ont, à l’unisson, condamné le hooliganisme dont a été victime leur collègue syndicaliste. Pour se faire entendre et exiger que toute la lumière soit faite sur le cas Djibonding Dembélé, ils ont décrété une grève de 15 jours, ce qui paralysera, une fois de plus, l’Université de Bamako. « Si au bout de cette cessation de travail, les responsables de cet acte barbare ne sont pas identifiés, arrêtés et traduits en justice, nous observerons une grève illimitée », a prévenu Dr. Abdou Mallé.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

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SANTE PUBLIQUE

Des vents d’espoir sur le noma

(dossier réalisé par Zufo Alexis Dembélé, Genève/Suisse)

Le 22 mai, c’est la Journée mondiale du noma, une maladie sévissant encore dans les pays pauvres. Quand on n’en meurt pas, ses séquelles sont là, terrifiantes. Et pourtant, il suffirait de peu, de si peu pour éradiquer le noma, maladie de la malnutrition.

« Quand on entend son nom pour la première fois, on ne sait pas de quoi il s’agit. Quand on en entend la description, on n’arrive pas à y croire. Et quand on le voit de ses propres yeux, on ne peut plus jamais être le même qu’avant » . Bertrand Picard a de la pudeur. Beaucoup de pudeur pour ce scientifique suisse, descendant d’une longue lignée d’inventeurs.

Explorateur d’espaces et d’inconnus comme ses arrières grands-parents, il se fait aujourd’hui, à travers la lutte contre le noma - car justement, c’est de ce nom et de cette description qu’il s’agit - explorateur d’humanités. Non pas seul. Mais avec beaucoup d’autres, en association, en inconnus, en organisation. Peu de gens se rappellent peut-être encore de ce 21 mars 1999. A 6 h TU, Bertrand Picard et l’Américain Brian Jones posent leur engin volant, le Britling Orbiter 3 dans le désert égyptien. Et ce, au bout de trois semaines d’une expédition désormais historique. Ils viennent d’accomplir l’un des exploits les plus marquants de la fin du XXe siècle : le 1er tour de la terre en ballon sans escale.

Du coup, ils signent aussi, avec sept records du monde, le vol le plus long en distance et en durée de toute l’histoire de l’aviation. L’exploit a fait grand bruit dans les médias occidentaux et particulièrement sur les montagnes suisses. Mais sans doute passé inaperçu sous les tropiques en Afrique. Et pourtant. A leur retour, nos deux héros décident de dédier leur aventure aux enfants du monde et de consacrer les retombées de leur succès à la lutte contre des souffrances et des maladies oubliées.

C’est ainsi que naît en 1999 la Fondation « Winds of Hope », (les Vents de l’espoir). Une fois créée, la Fondation s’efforce d’identifier des causes susceptibles d’être soutenues. La rencontre de Bertrand Piccard avec une jeune malade du noma soignée en Suisse est déterminante. Cette vision d’horreur convainc les co-fondateurs qui trouvent là la première cause à défendre : le noma, symbole des maladies méconnues qui peuvent être combattues efficacement avec peu de moyens.

Dans le livre de bord, nos explorateurs écrivaient déjà : « Il est difficile de comprendre pourquoi nous, là-haut, avons tant de chance. Durant ces trois semaines de vol dans l’atmosphère feutrée de notre capsule, il n’y a eu aucune trêve dans la souffrance de beaucoup d’habitants de cette planète, que nous avons observée pourtant avec tant d’émerveillement. Nous pouvons certainement faire quelque chose pour soulager un peu de cette misère, et c’est à cela que devrait servir la notoriété vers laquelle nous nous dirigeons ».

En mars 2003, la Fédération No-noma voit le jour sous l’impulsion de la Fondation Winds of Hope. Réunissant une trentaine d’ONG européennes, africaines et américaines actives en Afrique, elle constitue une force de lutte supplémentaire. Après avoir permis le lancement de 6 programmes nationaux de lutte contre le noma en Afrique, la Fondation se fixe trois nouvelles priorités pour 2007-2010. D’abord, une récolte de fonds permettant d’étendre les programmes nationaux à un nouveau pays chaque année. Ensuite, l’intensification d’une campagne d'information à l'échelle mondiale qui culmine avec une journée mondiale de lutte contre le noma le 22 mai 2008. Enfin, le rassemblement de données actualisées et fiables sur cette maladie.

Au-delà des actions concrètes menées sur le terrain Bertrand Piccard et Brian Jones utilisent leur notoriété pour mobiliser l’action internationale contre le noma. Dans ce cadre, Winds of Hope mène des actions qui visent à tisser des liens étroits avec les autorités politiques et sanitaires des pays dans lesquels elle s’est engagée, ainsi qu’avec les coordinateurs et formateurs de chaque programme national. Son partenariat avec l’OMS/AFRO a permis de mener des actions concrètes, avec un encadrement technique dont l’impact direct sur le destin est apprécié des populations entières.

Grâce à la confiance de ses donateurs et sponsors, un total d’un million et demi de francs suisses (plus de 650 millions de F CFA) a été utilisé pour les activités de terrain entre 2000 et 2006, mais deux millions doivent encore être trouvés pour terminer le programme. La prévention étant la priorité. Le nombre d’enfants sauvés à ce jour reste difficilement chiffrable. Force est de constater cependant, une augmentation du nombre de cas détectés suffisamment tôt pour être guéris, dans les régions où les programmes nationaux sont en cours d’exécution.

Agir par la prévention, la réparation

Le noma est une pathologie infectieuse qui touche les enfants en bas âge à cause du manque d’hygiène et de la malnutrition. Au départ buccale, cette gangrène ravage les tissus et détruit progressivement le visage. Lorsque l'enfant survit, il est défiguré : un trou béant dévore la moitié du visage. Selon Dr. Charlotte Faty Ndiaye, conseiller régional Afrique à l’OMS : « On dénombre chaque année, 140 000 nouveaux cas. Malheureusement, le taux de mortalité atteint 80 %. Cette réalité n’est pas toujours connue ».

Le noma est une maladie qui ne laisse pas seulement des cicatrices indélébiles sur le visage de ses petites victimes. Il incruste aussi ses séquelles dans l’esprit de ceux qui la croisent. Comme le souligne encore Dr. Ndiaye : « Ce mal creuse la souffrance dans les villages et les familles surtout lorsqu’on sait que dans les pays en voie de développement, l'accès aux soins présente bien des difficultés ». Trente-trois pays africains ont notifié à l’OMS des cas de noma ou de ses séquelles qui handicapent sévèrement les malades.

On compterait plusieurs dizaines de milliers de cas en Afrique subtropicale (24 000 en Côte d’Ivoire, 7000 au Bénin, 11 000 au Ghana, etc.). Il s’agit d’agir sur le terrain. Par la prévention, mais aussi la réparation. En janvier 2008, l’association française « Au fil de la vie » lançait à Bamako, sa deuxième opération chirurgicale concernant 60 malades du noma. Jadis considérés comme des victimes de la sorcellerie, les enfants atteints du noma étaient cachés et leurs familles indexées par la société. La mission chirurgicale permet de soulager bien des douleurs. Mais aussi réparer.

On commence à bien connaître les facteurs favorisants : ce sont la malnutrition, les problèmes d’hygiène, le manque de vaccination et les fièvres récurrentes. La maladie peut se déclencher à la suite d’une rougeole ou d’un paludisme. Son évolution peut aller très vite. Au départ, il s’agit d’une simple gingivite qui pourrait être soignée avec des bains de bouche et des antibiotiques. Mais à ce stade, la maladie ne se voit presque pas. En trois semaines, on passe de la gingivite à la perte des tissus mous. Très vite, une odeur nauséabonde se dégage de la bouche de l’enfant qui ne veut plus manger. Cinq à six jours après se forme un œdème. Un peu plus tard, une plaque noirâtre apparaît et les tissus pourrissent. Quand la maman se rend compte que quelque chose ne va pas, la maladie est déjà installée.

Dans les faits, 80 à 90 % des enfants décèdent avant d’avoir pu recevoir des soins. Les séquelles sont nombreuses. Les plus simples sont la perte d’une lèvre, d’une narine... Une séquelle courante est le blocage de la mâchoire. L’enfant ne peut plus se nourrir ni parler. Il en est réduit à manger en aspirant la nourriture entre ses dents. Au bout d’un moment, il y a parfois des améliorations et des cicatrisations naturelles. Mais les conséquences sont aussi sociales.

L e travail de sensibilisation est donc primordial. Il commence d’ailleurs à porter ses fruits. Grâce à un micro-programme passé plusieurs fois sur l’ORTM, beaucoup de gens se rendent compte aujourd’hui que le noma est une maladie comme une autre. Pas le « mauvais œil » que certains croyaient. Pour Marie-France, beaucoup reste à faire. L’espoir est présent : « Nous faisons tout un travail sur le terrain pour aller chercher et identifier les malades. Nous avons ainsi passé soixante jours dans la région de Tombouctou... Les résultats sont encourageants. Les comportements changent et les cas sont moins graves qu’avant ».

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MARIE-FRANCE BLANCHART, ASSOCIATION AU FIL DE LA VIE

« Le noma est une maladie évitable »

Marie-France a piloté en janvier 2008, l’opération « 60 enfants du noma » (Les Echos (15 janvier 2008), lancée à la maternité de Hamdallaye et poursuivie avec les équipes de l’hôpital Gabriel Touré. Elle revient pour nos lecteurs sur le travail de terrain mené par AFV et surtout sur son développement dans les années à venir.

Les Echos : Vos priorités et votre méthode de travail ?

Marie-France Blanchard : D’abord, la prévention par des missions de sensibilisation communautaire. Il y a une équipe avec un coordonnateur malien. Elle travaille bien sûr avec la direction nationale de la santé. Et les structures qui la composent : CSCOM, relais communautaires, chefs de village… La maladie n’est ni une sorcellerie ni une fatalité. Elle peut être évitée. A condition de la prendre en charge à temps. Nos missions se passent soit dans les écoles, soit sur les places des villages. Nous projetons un film de l’OMS ou une pièce de théâtre dont on a fait le scénario, qui est un cas d’espèce dans un village où il y a un enfant qui a le noma. C’est très ludique et ça passe très bien. Puis nous faisons des démonstrations avec de grandes mâchoires où l’on montre la santé bucco-dentaire. La malnutrition et le manque d’hygiène bucco-dentaire sont les deux facteurs favorisants du noma. C’est lors de ces missions de sensibilisation que nous sont indiqués des cas de séquelles de noma.

Les Echos : Des « survivants » donc ?

M.-F. B. : Ils sont répertoriés à l’issue de la mission de sensibilisation. Avec, photos et relevés d’identité à l’appui afin d’en proposer pour les missions d’opérations chirurgicales comme ce fut le cas en janvier à l’hôpital Gabriel Touré dans le service du professeur Agali Mohamed. Ces opérations redonneront un visage aux victimes pour qu’elles ne soient plus ni exclues, ni repoussées par les autres par cause de peur. Pour ce faire, « Au fil de la vie » travaille en collaboration avec « Les Enfants du noma », une association de chirurgiens français et « Ensemble pour eux », une troisième association composée d’infirmières suisses et qui se chargent de post-opération. Disons aussi que « Au fil de la vie » organise la maison d’accueil.

Les Echos : Quelle est votre stratégie contre la malnutrition ?

M.-F. B. : En fait, toutes les études révèlent qu’elle est la principale cause du noma. Nous avons décidé dans le cadre de notre développement, d’y répondre par la distribution de spiruline , dont cent grammes de poudre seulement permettent de sortir un enfant de malnutrition en lui redonnant toutes ses défenses immunitaires. Dans la plupart des cas au Mali, les enfants n’ont pas faim, mais on leur bourre le ventre et il n’y pas forcément toutes les vitamines, pas tous les éléments nécessaires à leur bonne évolution. La spiruline fait remonter toutes les défenses immunitaires. Cette spiruline n’est cultivable que dans les pays chauds et demande peu d’eau.

Les Echos  : Concrètement ?

M.-F. B. : Nous nous sommes rapprochés d’un groupe scientifique suisse, Antena Technology, spécialisé depuis vingt ans dans la spiruline . Nous créons à Mopti, une ferme de production de spiruline . Cela permet aussi de créer localement une activité pérenne pour 12 à 15 emplois dans un but humanitaire. La ferme, dans sa première phase, va avoir 1200 m2 de bassin, soit une production de plus de deux tonnes par an. Et comme il faut cent grammes pour un enfant, cela permettrait de sortir 24 000 enfants par an de malnutrition.

Les Echos : Vos perspectives dans les prochaines années ?

M.-F. B. : Mettre en route une deuxième équipe de sensibilisation sur le terrain. Cela représente un investissement conséquent avec un bon budget de fonctionnement. Puisque nous faisons 120 jours de sensibilisation par an, nos capacités s’en trouveront doublées. On pourra alors couvrir d’autres régions - comme Kayes - en plus de Tombouctou, Gao et Mopti.

Propos recueillis par

Zufo Alexis Dembélé,

Genève (Suisse)

 

Qu’est-ce que la spiruline ?

C’est une micro-algue (cyanobactérie) qui existe dans la nature depuis des siècles et dont on redécouvre aujourd’hui les potentialités énergétiques exceptionnelles. Sa teneur en protéines est à 70 % bien plus importante que la viande, le riz ou le soja. S'y ajoutent : acides aminés, vitamines A et B12, acide gamma-linoléique (acide gras précurseur de médiateurs intervenant dans les processus anti-inflammatoires et immunitaires) et oligo-éléments (fer, magnésium, phosphore, potassium, calcium...), le tout particulièrement bien assimilable. Cela fait de la spiruline un excellent "complément alimentaire" ainsi qu'un très bon fortifiant. Sa production est simple et s'adapte facilement aux milieux arides, avec très peu de moyens. La spiruline produite localement, à un faible prix de revient, est l'une des meilleures réponses à la malnutrition.

Contacts :

"Au fil de la vie" Immeuble Enda Tiers-monde - Rue 424 - porte 200 - BP. E2501 – Ouloufobougou, Bamako - Tél. + 223 672 88 76 - Site : http://www.aufildelavie.org

 

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BERTRAND PICARD, FEDERATION NO-NOMA

« Le noma est une maladie de misère »

Les Echos :Winds of Hope, en deux mots ?

Bernard Picard : C'est une Fondation créée par Brian Jones et moi après notre tour du monde en ballon en 1999. Cet exploit avait créé beaucoup d'attention. Nous avons pensé qu'il fallait utiliser cette attention au profit de causes comme le noma. Chaque membre de la Fédération était déjà actif dans son domaine sur son terrain. Certains dans la chirurgie, d'autres dans la sensibilisation. l'étiologie, la réinsertion, ou la prévention.

Les Echos : Et la Fédération No-noma ?

B. P. : C'est un ensemble d'associations et d'ONG qui travaillent sur différents aspects de la lutte contre le noma dans les pays africains. Winds of Hope (les Vents de l'espoir) les a réunies afin de créer des synergies, de communiquer d'une voix unique sur le noma et mener des actions sur le terrain. Notre but est d'informer, de sensibiliser, de mobiliser la communauté internationale, de lever des fonds pour la lutte contre le noma. La journée mondiale du 22 mai constitue en fait la première action directe de tous les membres de la Fédération.

Les Echos : Existe-t-il un lien particulier entre votre tour du monde en ballon et le noma ?

B. P. : Pendant le tour du monde en ballon, un fabricant de boisson aux Etats-Unis d'Amérique avait promis un million de dollars à la première équipe qui relèverait ce défi. Avec la demande de donner la moitié à une œuvre humanitaire. Quand nous l'avons réussi, nous avions cet argent à disposition pour le donner à une cause humanitaire. Plutôt que donner une fois à n'importe qui, nous avons décidé de créer notre propre association qui aurait comme but de faire des actions de prévention contre le noma. C'est ici le lien entre le ballon et mon engagement dans la lutte contre le noma, une cause alors inconnue et négligée. Car très peu de gens s'en occupaient.

Les Echos : Une maladie orpheline en quelque sorte ?

B. P. : Oui. Nous avons appris que l'OMS voulait lancer des programmes de préventions mais n'avait pas d'argent. Et nous nous sommes alliés à elle pour financer les programmes dans plusieurs pays d'Afrique. Nous avons fait un contrat de 5 ans qui a commencé par le Niger, s'est étendu au Burkina et au Mali, puis au Togo, au Bénin et au Sénégal. Le but de ces programmes est de financer la formation d'agents de santé et de tradipraticiens au niveau de chaque village des pays. Pour que dans chaque village un agent de santé soit formé pour reconnaître le noma quand il est encore temps de le soigner. Puisque quelques antibiotiques tout au début permettent d'éviter une progression épouvantable de la maladie vers la nécrose.

Les Echos : Que mettez-vous en avant pour cette journée mondiale ?

B. P. : D'abord, l'information que le noma existe, qu'elle est une maladie de la misère, et qu'il faut absolument arriver à l'éliminer par l'information, par l'éducation. En fait, c'est une manière d'être actif dans la lutte contre la pauvreté. Il faut bien savoir qu'en Europe aussi il y avait du noma jusqu'à il y a trois cent ans, c'est-à-dire à l'époque où il y avait beaucoup de misère. Le second objectif de la journée, c'est de lever des fonds pour les actions de terrains en Afrique où l'on récence aujourd'hui la majorité des cas à cause de la malnutrition.

Les Echos : Où en est la recherche scientifique sur la maladie ?

B. P. : Le Dr. Denise Baretti et son laboratoire à l'Université de Genève mènent depuis quelques années des recherches sur le noma. Dans l'ensemble de mes discussions et de mes contacts, il y a l'avis suivant : il existe une claire et évidente diminution des défenses immunitaires avec la malnutrition. Peut-être, après, il y a un agent extérieur ou même pas. Certaines bactéries de la bouche, avec la diminution des défenses immunitaires, et le manque d'hygiène ou des petites blessures des gingivites peuvent attaquer le visage. On n'a pas encore réussi à prouver si c'est une bactérie ou un virus comme le facteur déclencheur.

Les Echos : Existe-t-il une estimation des cas aujourd'hui ?

B. P. : Selon les chiffres fournis par l'OMS, il y aurait cent mille cas par année en Afrique. Actuellement, de nouvelles estimations sont en cours. Et il sera intéressant de voir si elles diminuent ou augmentent.

Les Echos : Si finalement l'inévitable se produit, des réparations chirurgicales ont lieu.

B. P. : Tout à fait. De même que des actions qui sont menées au niveau de la recherche, de l'étiologique ou de la sensibilisation dans les villages et de la prévention, certains membres de la fédération travaillent dans le domaine des réparations chirurgicales. Soit en Afrique ou par transfert des cas en Europe. Comme par exemple à l'hôpital de Genève. Où ils sont opérés par des spécialistes. Mais, souvent, il y a aussi des missions chirurgicales, suisses, françaises, allemandes, danoises ou hollandaises qui vont dans les pays où nous intervenons pour effectuer cette chirurgie réparatrice. Celle-ci est toujours suivie d'actions de réinsertion sociale.

Les Echos : Quelles perspectives envisagez-vous pour votreFondation et la Fédération No-noma ?

B. P. : Chaque année, nous réalisons des levées de fonds auprès des donateurs du public, du privé ou des entreprises. Ces apports inestimables permettent de soutenir les actions de prévention que nous menons dans six pays d'Afrique. Il faudrait certainement les étendre à beaucoup d'autres pays de ce continent si fragilisé par le contexte mondial. L'OMS, de son côté, pose les cadres politiques et techniques. Et nous finançons les actions identifiées et programmées. Je vais souvent sur place pour contrôler et voir si cela correspond à la volonté des donateurs. Mon but est de poursuivre les interventions grâce à la formation des agents de soins, avoir de ces réunions où il y a cinquante agents de soins venant de cinquante villages, un formateur qui leur apprend qu'est-ce que c'est que le noma, comment le prévenir, comment le détecter, comment le soigner. Le plus tôt possible.

 

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