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2008

Mois de mai

Les Echos du 16 Mai

 

MODIBO DIALLO, DIRECTEUR DU MEMORIAL MODIBO KEITA

« L’Histoire rendra au président Modibo ce qu’on lui doit »

Il y a 31 ans disparaissait Modibo Kéita dans des conditions non encore élucidées. A la veille de ce 16 mai 2008, Modibo Diallo, directeur du Mémorial qui porte le nom du 1er président du Mali, s’est confié aux Echos. Il revient, entre autres, sur les valeurs défendues par l’homme, le Mémorial, la réclamation des funérailles nationales par l’US-RDA et les supposés manuscrits que le président Modibo aurait laissés. Entretien.

Les Echos :Qu’est-ce que le Mémorial Modibo Kéita ?

Modibo Diallo : Le Mémorial Modibo Kéita est un centre à multiples dimensions avec des monuments, un statut, un espace muséal pour les expositions. Tout cela est dédié au président Modibo Kéita et à tous ceux qui ont accompli leur devoir de génération. C’est le premier président de la République du Mali, et avant cela il a été l’un des pionniers de la lutte contre le colonialisme. Et même après l’indépendance, il a lutté pour la dignité, la souveraineté de ce pays, donc un grand homme du Mali et de l’unité africaine.

Les Echos :Quel symbolique peut-on retenir de Modibo Kéita ?

M. D. : Tout le monde est unanime à dire que Modibo est un homme de devoir, un homme intelligent qui a dédié toute sa vie à la cause de son pays et de son peuple. Je crois que tous ses engagements et ses multiples facettes découlent de là. C’est quelqu’un qui a compris son devoir de génération qui était de lutter pour la dignité, la souveraineté et le développement de son pays. C’est un homme qui a su porter très haut le flambeau du devoir.

Les Echos :Est-ce à dire que vous partagez personnellement les idéaux défendus par le président Modibo Kéita ?

M. D. : Je ne vois pas quel Malien pourrait ne pas être partisan de la lutte contre le colonialisme. Je ne vois pas quel Malien ne soutiendrait pas le développement économique de ce pays. Je ne vois pas quel Malien peut ne pas être pour l’affirmation de la place du Mali sur la scène internationale dans le concert des nations. Ça c’est l’essentiel. Les voies qui y mènent sont multiples et tout le monde ne peut pas s’accorder sur ces chemins là. Le plus important est le combat et ce combat, Modibo y a cru et l’a mené à sa façon.

Les Echos :Pensez-vous que les valeurs défendues par Modibo Kéita perdurent chez nous ?

M. D. : Ce sont des valeurs universelles valables dans le temps et dans l’espace. Je l’ai dit, Modibo est un homme de devoir, un homme qui a toujours accompli à la perfection ses devoirs. Que ce soit ailleurs ou à l’école où il a toujours été premier, intelligent. D’ailleurs, quand il sortait de l’Ecole William Ponty, on a dit instituteur d’élite. Ces valeurs sont valables pour tout le monde. Que les gens ne les observent pas est autre chose. De nos jours, on a l’impression de n’avoir que des droits, qu’on réclame sans se soucier des devoirs qui peuvent nous fonder à revendiquer ces droits. Modibo a accompli ses devoirs. Si nous parvenons à faire observer à tout le monde son devoir, on aura fait un grand pas.

Les Echos :Quel est l’intérêt de rappeler le combat de Modibo Kéita ?

M. D. : L’intérêt est que ça permet aux uns et aux autres de se souvenir de ses œuvres et valeurs pour s’en approprier. C’est un homme qui s’est toujours soucié du sort des siens, que ce soit ses camarades à l’école ou ses concitoyens. Je voulais vous dire une anecdote sur l’ancien président du Dahomey à l’époque, Emile Derlin Zinzou de la même promotion que Modibo Kéita et Hamani Diory, ancien président du Niger à l’Ecole William Ponty. Le 1er avril 1936, Zinzou est allé se baigner à la mer à Goré où il a eu des difficultés. Il a appelé au secours. Puisqu’il était turbulent, ses camarades ont répondu : Emille, aujourd’hui c’est le 1er avril, tu n’auras personne. Il n’y a point de poisson d’avril. C’est Modibo qui a compris qu’Emile n’était pas en train de rigoler, mais qu’il était en difficulté, au sérieux. Il a plongé et est allé sauver Emile Derlin Zinzou. L’anecdote en dit long sur la personne de l’homme. La vie de Modibo a toujours été ainsi.

Les Echos :Le Mémorial n’a pas de mausolée. Allez-vous vous battre pour en avoir ?

M. D. : C’est un choix. Lorsque le Mémorial a été créé, le choix consistait à ne pas en faire un mausolée. Personnellement, je ne vois pas ce que ça peut ajouter. Je pense que Modibo repose parmi les siens, ses frères, ses sœurs et ses parents. Il est bien là-bas. La décision de faire du Mémorial un mausolée appartient aux autorités dont il relève. Tout compte fait, je pense que le mausolée ne change rien dans les missions du Mémorial, qui consistent à honorer le président Modibo Kéita et, à travers lui, tous ses compagnons soudanais et africains.

Les Echos :  Il y a un auteur qui a récemment révélé que Modibo a laissé des cartons de manuscrits et de documents pour le peuple. Le Mémorial cherchera-t-il à les récupérer ?

M. D. : Si on en parle, c’est que quelque chose de ce genre a dû exister. Mais personne ne peut dire où ça se trouve. Même avant que le capitaine Soungalo Samaké ne l’écrive dans son livre, je savais qu’il y avait des cartons contenant des cahiers d’écolier qui constituaient des manuscrits. La question qui se pose est de savoir que sont devenus ces cartons à son arrestation. Si Soungalo l’a dit, c’est qu’il en sait quelque chose. Je ne connais personne qui puisse dire que ça est là. Peut-être que c’est dans les mains des services secrets. Soit les gens ne le savent pas ou ceux qui le savent se taisent. Je n’ai pas moi-même cessé d’enquêter pour savoir où c’est. Dans tous les cas, le temps fera son travail, de la manière dont les rochers finissent par affleurer par le travail de l’érosion, ces manuscrits finiront par affleurer par l’intermédiaire de bonnes volontés qui finiront par les remettre à qui de droit. Ainsi, la postérité prendra connaissance de ce que les autres ont fait et de ce que Modibo a réalisé. L’Histoire rend toujours à chacun ce qu’on lui doit.

Les Echos :L’US-RDA réclamait des funérailles nationales pour Modibo Kéita. Quelle est votre position par rapport à cela ?

M. D. : Je suis un peu mal placé. C’est Modibo Diallo le citoyen qui parle. Je suis convaincu qu’on ne pourra plus organiser de manifestation plus grandiose que celle spontanément organisée le jour de son enterrement. Si on le fait aujourd’hui, ce sera pour des invitations et chacun viendra parce que l’autorité l’a invité. Cependant, le jour de l’inhumation de Modibo, tous ceux qui sont allés ont été courageux et savaient à quoi ils s’exposaient. Beaucoup ont fait six mois de prison pour s’être simplement rendus aux funérailles. C’était des dizaines et des dizaines de milliers de personnes. Certains étaient au cimetière pendant que d’autres étaient encore devant la famille du défunt. Les citoyens ont donc bravé l’autorité pour rendre hommage à Modibo. Je ne sais pas si aujourd’hui on peut mobiliser autant de personnes. L’Etat ne peut pas faire de plus grand. Moi, je m’en tiens au 17 mai 1977 parce que c’était la réponse des Maliens, du plus anonyme aux plus connus, à la tentative de réduire Modibo à un simple instituteur.

Propos recueillis par

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

 

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MARCHE DIBIDA

La mairie condamnée à payer 100 millions de F CFA

Le Tribunal de première instance de la Commune III vient de condamner la mairie de la Commune III du district au paiement de 100 millions de F CFA pour réparation de préjudices causés et 5 millions F CFA de dommages intérêts à l’Association des commerçants détaillants des rues Pointcarré et Mage du marché Dibida.

L’affaire remonte au mois de novembre dernier. Le mercredi 22 novembre 2007 la marie de la Commune III, à l’aide de Bulldozer, rase nuitamment des kiosques de vente de pièces détachées, de véhicules, de téléphones, de moteurs électriques, situés aux alentours du Centre Djoliba au marché Dibida. Les pertes sont estimées à plusieurs millions F CFA.

L’Association des commerçants détaillants des rues Pointcarré et Mage du marché Dibida (ACDMADE) est une association légalement constituée qui a son récépissé délivré par le gouverneur. Ils occupent depuis 1992 des kiosques au Dibida pour exercer leurs activités commerciales et professionnelles. Ils s’acquittent des droits d’installation et des taxes d’exploitation conformément aux clauses insérées dans les autorisations d’installation. C’est à ses adhérents qu’appartiennent les kiosques démolis par la mairie.

Flash-back. En septembre 2007, la mairie de la Commune III adresse une correspondance aux occupants des kiosques leur demandant de libérer les lieux avant le 18 octobre 2007. N’entendant pas les choses de cette oreille et convaincue que force doit rester à la loi, l’Association, après moult tractations, assigne en justice la marie. Dans sa requête en date du 9 octobre 2007, l’Association, par ses conseils, sollicite un délai de grâce de 6 mois dans l’exécution de la lettre de congé à elle donnée par la mairie.

Le Tribunal de la Commune III lors de son audience du 15 octobre 2007 ordonne à la mairie de cesser de troubler les commerçants détaillants du marché Dibida dans l’exercice de leurs activités commerciales et professionnelles, jusqu’à décision définitive d’expulsion du Tribunal de commerce. En outre, il proroge de 6 mois la lettre de congé de la mairie. Le jugement ayant été rendu, l’Association est rentrée en possession de la grosse. Elle envoie la grosse à la mairie de la Commune III et à la mairie du district.

Casses contre décision de justice

La mairie en violation de toutes dispositions, foulant aux pieds la décision de justice de la Commune III, met en exécution sa décision de déguerpissement. Pis, la casse intervient au moment où les deux parties sont en pourparlers. Le 26 septembre 2007, l’Association a fait ces propositions au 5e adjoint au maire. Elles se résumaient à 5 points : création d’une commission des anciens occupants, recensement des anciens occupants, détermination de la durée des travaux, accords d’un délai minimal de 6 mois, lieux de recasement des déguerpis et détermination des conditions de location des nouveaux équipements marchands.

Consciente que la mairie a outrepassé ses prérogatives, les avocats de l’Association l’assignent pour non-respect de la décision de justice. Le 24 avril dernier le verdict est tombé : la mairie est condamnée au paiement de 100 millions de F CFA pour réparation de préjudices causés et 5 millions F CFA de dommages intérêts à l’ACDMADE.

Six mois après le déguerpissement, le site a été octroyé à un particulier qui l’a transformé en kiosques. L’Association démarche la mairie sur les critères d’occupation des kiosques et éventuellement pour les occuper. La caution à payer est entre 4 et 4,5 millions de F CFA. Somme jugée trop élevée pour l’Association qui estime que le maire Abdel Kader Sidibé lors de son passage à la télé avait bel et bien dit que la caution à payer pour les futurs kiosques serait comprise entre 500 000 et 1 million de F CFA.

Malgré tout, l’Association insiste, car elle apprend que c’est parce qu’elle a assigné la mairie que les kiosques ne seront pas mis à sa disposition, ce qu’elle qualifie de discrimination de la part des autorités municipales. Aujourd’hui, elle prend à témoin les autorités sur l’attitude d’Abdel Kader Sidibé et de ses collaborateurs.

Amadou Sidibé

 

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RECONNAISSANCE DU MERITE

Sept « trésors humains vivants »

Désormais notre pays a dans son agenda culturel, des personnes au rang de « trésors humains vivants ». Il s’agit d’hommes et de femmes qui ont passé toute leur vie à la valorisation du patrimoine culturel national. Ces personnes ont reçu des attestations des autorités à l’issue de l’atelier national de validation des termes de référence de l’inventaire général du patrimoine du Mali, tenu du 13 au 14 mai 2008.

Rencontre du donner et du recevoir, l’atelier national de validation des termes de référence de l’inventaire général du patrimoine du Mali a permis aux participants de mieux envisager l’inventaire général du patrimoine culturel national.

Deux jours durant, les hommes de culture ont balisé non seulement le chemin de l’identification du patrimoine culturel dans toutes ses variantes, mais aussi indiqué clairement les voies et les moyens pour le financement d’une telle activité.

Aux termes de l’atelier, le département de la Culture a fait de 7 personnes des « trésors humains vivants ». Ils bénéficient ainsi de la reconnaissance nationale pour services rendus pour la valorisation du patrimoine. Il s’agit de Mariam Bagayoko, Mohamed Sory Bamba (le précurseur du n’ko), Kondji Konaté, Békaye Niaré, l’association « les Barey Ton », spécialisée dans la construction des maisons en terre, le « Yerkoy Hou Tchen Koy Yo », Diango dite Oumou Koné.

« Je vous encourage à transmettre vos savoirs qui constituent dans chacun des cas l’expression d’un aspect particulier de notre patrimoine » , a dit le ministre de l’Artisanat et du Tourisme, Ndiaye Bah. Chacun des récipiendaires a reçu la somme de 100 000 F CFA et une attestation de reconnaissance des mains des ministres de la Culture, de l’Artisanat, de l’Emploi, de l’Education de base et de l’ancien Premier ministre Modibo Kéita.

Emue, l’artiste Mariam Bagayoko a néanmoins fait part de ses sentiments. « Je ne peux que féliciter les autorités qui ont pensé à nous de notre vivant. Je crois que cette reconnaissance n’est que le mérite d’un travail ». Mariam, manifestement usée par le poids des ans, n’a pas manqué de prodiguer de sages conseils à ses cadets : « Soyez des exemples ! Faites en sorte d’être les porte-drapeaux du Mali partout où vous irez ! »

Certains membres de « les Barey Ton » ont aussi salué l’initiative du département de la Culture. Et de regretter que « le plus souvent on ne reconnaît le travail des gens qu’après leur décès ».

Amadou Sidibé

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EPILOGUE

Les calculs du début de l’hivernage

Le Mali est un pays essentiellement rural où plus de 80 % de la population vit de l’agriculture qui est pratiquée aussi bien dans les campagnes que dans les villes, mais plus massivement cependant dans les zones rurales que dans les zones urbaines.

Cette population agricole pratique une agriculture de subsistance orientée principalement vers la satisfaction des besoins familiaux. Mais quand il se dégage des surplus (ce qui est rare), ceux-ci sont écoulés sur les marchés locaux pour le paiement de l’impôt, des taxes et les divers frais sociaux (mariage, baptême, circoncision, etc). Il s’agit d’une forme d’agriculture traditionnelle spécialisée surtout dans la production des céréales sèches (mil, sorgho, fonio), des tubercules dans les zones du Sud et récemment le riz dans le delta du Niger et en zone Office.

L’agriculture, longtemps au Mali, est restée au stade traditionnel avec l’utilisation quasi-exclusive de moyens rudimentaires comme la houe (daba) et les autres outils aratoires produits par les forgerons des villages. Le fait qu’elle se fait à la main en diminue évidemment le rendement et la rend très aléatoire parce qu’il suffit que la pluviométrie soit un peu trop abondante pour que les paysans soient débordés par les mauvaises herbes et que de ce fait les champs soient abandonnés.

En tant que pays sahélo-soudanais, le Mali ne connaît qu’une seule saison pluvieuse appelée hivernage et qui s’étale sur 3 ou 4 mois (généralement de juin à septembre). L’agriculture est fortement dépendante de la pluviométrie dans la mesure où, c’est seulement en hivernage que toutes les activités agricoles se déploient. Lorsque la pluviométrie est bonne ou moyenne, on peut espérer sur de bonnes récoltes ; dans le cas contraire, c’est au mieux la famine et au pire la catastrophe comme ce fut le cas dans les années 1975-1976.

Bien que le pays soit traversé par deux grands fleuves, le Niger et le Sénégal, les cultures irriguées ont mis du temps à s’y introduire et ne le seront effectivement que sous la colonisation dans l’entre-deux-guerres. Les engins mécaniques, dont principalement la charrue datent tous de cette période. La colonisation étant venue avec d’autres objectifs agricoles, c’est-à-dire le développement à grande échelle des cultures de rente (coton, arachide, etc.), ces nouvelles cultures (qui demandaient de nouvelles méthodes) ont été introduites de force, d’où l’utilisation progressive de la culture attelée. Celle-ci mit du temps à s’implanter parce que les paysans soudanais, d’une part, ne voulaient pas abandonner les cultures vivrières au profit des cultures industrielles et, d’autre part, les nouvelles méthodes présentées par les colons leur inspiraient moins de confiance que les anciennes.

L’introduction des cultures de rente amena des changements notables dans la pratique agricole dans la mesure où la mécanisation et l’utilisation massive des engrais (chimiques surtout) permirent d’augmenter les rendements et même de faire des prévisions. Dans l’agriculture traditionnelle, celles-ci étaient impossibles parce que tout se faisait selon les schémas anciens et au rythme de l’hivernage. Les engrais étaient peu utilisés, car les champs étaient exploités suivant un système de rotation qui permettait au paysan de laisser le champ devenu infertile pour un autre mis en jachère 2 ou 3 ans auparavant.

L’agriculture traditionnelle ignore pratiquement la notion de campagne agricole alors que celle-ci est la base même de l’agriculture moderne axée sur la grande productivité. On peut dire que cette notion est venue avec l’introduction des cultures de rente quand les productions agricoles ont commencé à être pesées et vendues à des prix fixés en fonction du poids et de la qualité.

Pour plus de rendement, les colons commencèrent par mettre les paysans qui acceptaient de se consacrer aux cultures dans de très bonnes conditions pour leur permettre de bien produire. Ces méthodes modernes de gestion de l’agriculture sont restées chez nous et sont encore utilisées dans la production des cultures de rente à la CMDT et à l’OHVN et non dans la culture des céréales sèches qui suivent encore les voies traditionnelles de l’exploitation des sols (avec toutefois un peu plus de mécanisation maintenant).

En prévision de campagne, les sociétés chargées d’exploiter les cultures industrielles accordent à leurs paysans intrants agricoles, semences et engrais - et souvent même des moyens financiers - afin que l’hivernage se passe bien. De cette manière, à partir des moyens mis en œuvre en début de l’hivernage, il est possible aux experts de dire approximativement quelles quantités de coton et d’arachide seront produites à la fin de l’hivernage. Cette pratique est absente dans l’agriculture traditionnelle où les seuls moyens mis à la disposition du paysan sont ses moyens personnels dérisoires (daba, charrue, bœufs).

En dépit de l’apparente prospérité des producteurs de rente, il se dit que le développement de celles-ci a appauvri la paysannerie de ce pays à cause de nombreux crédits que ceux-ci doivent payer aux banques et aux sociétés cotonnières. De plus, l’argent obtenu dans le coton ou dans l’arachide ne peut pas servir à acheter suffisamment de céréales vivrières pour les besoins alimentaires des familles.

Facoh Donki Diarra

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DANIEL S. KELEMA, DIRECTEUR ADJOINT DE L’AGRICULTURE

« Nous mettons en œuvre l’Initiative riz »

La campagne agricole 2008-2009, qui prévoit 4,95 millions de tonnes de céréales (dont 1,6 million de tonne de riz), semble bien cernée au niveau de la direction nationale de l’agriculture. Daniel Siméon Kéléma, le directeur national adjoint, promet un hivernage pluvieux et sans criquet. Entretien.

Les Echos : Quelle philosophie y a-t-il derrière la campagne agricole au Mali ?

Daniel Siméon Kéléma : Notre philosophie, c’est l’intensification des cultures, l’utilisation optimale des intrants notamment les semences, les engrais afin d’augmenter le niveau des rendements et des productions agricoles. Nous avons aussi comme philosophie une approche filière permettant de suivre tous les acteurs impliqués dans les secteurs agricoles. De concert avec les autres services du département de l’Agriculture comme la protection des végétaux, nous mettons en place un dispositif de veille afin de protéger les cultures des prédateurs. Avec le génie rural, nous prenons des dispositions pour l’aménagement de certaines superficies à mettre en valeur à la prochaine saison. L’apport de la recherche agronomique est inestimable pour la prise en compte des préoccupations des producteurs. Toutes ces actions se déroulent en synergie avec les organisations paysannes pour la bonne exécution du plan de campagne.

Les Echos : Quelles sont les mesures pratiques que vous avez prises pour la réussite de la campagne agricole à venir ?

D. S. K. : Nous impliquons tous les acteurs au niveau de la planification et de façon participative à l’élaboration du plan de campagne. Les rôles de chacun et les objectifs recherchés sont clairement définis à l’avance à ce niveau. Nous conjuguons les efforts avec les partenaires techniques et financiers, les ONG qui évoluent sur le terrain. Ce travail collégial nous permet de réussir les résultats escomptés sur le terrain.

Les Echos :A ce jour, les zones agricoles sont-elles bien approvisionnées en intrants agricoles ?

D. S. K. : L’approvisionnement des zones en intrants est en cours. Depuis la campagne derrière, les producteurs ont été approvisionnés en semences. Ils font la sélection massale et certains utilisent des variétés améliorées. Là aussi des dispositions sont en cours pour approvisionner les uns et les autres. Par rapport aux engrais, les groupements paysans ont déjà lancé leurs appels d’offres surtout dans les zones rizicoles. Au niveau du département, des mesures sont en train d’être prises afin que la semence Nérica puisse être disponible auprès des producteurs dans les meilleurs délais.

Les Echos :Comment se passe votre accompagnement de « l’Initiative riz » du Premier ministre ?

D. S. K. : Nous n’accompagnons pas « l’Initiative riz » mais nous la mettons en œuvre. Nous faisons partie des acteurs clé de cette mise en œuvre et nous sommes conscients de notre rôle sur le terrain. Dans le cadre de l’initiative, il est prévu 36 motopompes, 70 motoculteurs pour les régions de Mopti, Gao et Tombouctou. Il est aussi prévu 100 décortiqueuses et 100 batteuses à riz, 5 mini-rizeries pour la zone de l’Office du Niger et 200 motos pour les agents d’encadrements de base. Le département vient de recruter 102 agents de base qui vont appuyer les agents sur le terrain pour la mise en œuvre de « l’Initiative riz ». Ils vont bientôt être regroupés et repartis dans les différentes zones.

L’encadrement joue le rôle d’interface entre les producteurs et les fournisseurs d’intrants. Nous ne voyons pas seulement le côté production de 1,6 million de tonnes de riz, mais notre souci demeure l’aboutissement de ce mécanisme du point de vue commercialisation, transformation et de recouvrement de crédit et leur gestion au niveau des organisations paysannes. La remontée de l’information est aussi une question importante pour nous dans la mesure où les décideurs doivent être informés de l’évolution du programme de l’initiative sur le terrain. Nous avons conçu des outils dans ce sens pour mener à bien le suivi et l’évaluation au niveau local, régional et national.

Les Echos :Chaque année le ministère de l’Agriculture, par ses services techniques comme le vôtre, se fixe un objectif en tonnes de céréales à atteindre. Quel est l’objectif fixé pour la campagne agricole 2008-2009 ?

D. S. K : Pour ce qui est de la production de céréales, l’objectif global est de 4,95 millions de tonnes toutes céréales confondues. Dans ce tonnage, il faut compter avec le 1,6 million de tonnes de « l’Initiative riz ». Le maïs va porter sur 859 000 t, 183 millions de tonnes de mil, le sorgho 1 million de tonnes, le fonio, 3705 t et le blé/orge 13 000 t. La campagne ne se limitant pas aux céréales, il y a d’autres productions comme le coton : 462 000 t, la canne à sucre 350 000 t, l’arachide 348 000 t, le tournesol 50 000 t, le niébé 165 000, la pomme de terre 104 t et autres tubercules (manioc, patate et igname) 424 000 t.

Les Echos :Vous travaillez en synergie avec des services comme la protection des végétaux, la météo, entre autres. Etes-vous sûrs d’un hivernage pluvieux et sans criquets ?

D. S. K. : La météo nous a assuré de quantités importantes de pluie qui seront enregistrées cette année. Il y a le programme pluie provoquée que nous gérons ensemble de façon étroite. Ce qui nous permet d’intervenir rapidement et efficacement dans les zones déficitaires en pluie. Par ailleurs, nous n’avons reçu pour le moment aucune alerte pour ce qui est des menaces de criquets ni de nos collègues de la protection des végétaux ni d’autres organismes internationaux. Sinon en 2004, depuis les mois de mars-avril, on avait déjà des indices du péril acridien.

Les Echos :« L’Initiative riz » peut-elle être une alternative au déficit alimentaire au Mali et la condition de l’amélioration des revenus des citoyens ?

D. S. K. : Bien sûr que ce serait d’un grand avantage pour les consommateurs aussi bien que les producteurs. En produisant en quantité, le consommateur sera à l’abri de la spéculation des prix. Les opérateurs économiques qui ont l’habitude d’acheter du riz à l’extérieur avec tout ce que cela comporte comme fuite de capitaux pourront l’avoir à portée de mains à moindre coût. Si l’Etat arrive à exporter jusqu’à 100 000 tonnes de riz, ce serait un plus pour la balance commerciale du pays. L’effet conjugué de la subvention et de la productivité avec l’augmentation du niveau de rendement à l’hectare permettra de passer de 300 000 à 500 000 F CFA à l’ha. Le Mali sera à l’abri des importations.

En guise de mot de la fin, j’invite les Maliennes et les Maliens à rester unis dans la prière puisque nous avons un système de production dépendant du climat. Chacun des acteurs concernés doit mettre du sien pour que cette « Initiative riz », qui est une partie intégrante de notre plan de campagne 2008-2009, soit une réussite.

Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

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CAMPAGNE AGRICOLE AU MALI

Ces recettes qui affament le pays

Ces dernières années, les citoyens, particulièrement les paysans, ne gardent que de mauvais souvenirs des campagnes agricoles, car les miettes issues des périodes de culture sont loin d’assurer l’autosuffisance alimentaire dans un pays où tout a tendance à être hors de portée des populations. « L’Initiative riz » pourra-t-elle changer la donne ? Rien n’est sûr.

A l’orée de la campagne agricole, tous les yeux sont braqués sur les paysans, ces « détenteurs de l’âme » des Maliens. La question qui taraude les esprits est de savoir si la campagne à venir serait le remake des précédentes années ou s’il y aurait un changement inespéré.

L’interrogation est d’autant plus pertinente que malgré les potentialités dont dispose le Mali, les productions restent en deçà du seuil de l’acceptable, c'est-à-dire un niveau de production qui permette aux uns et aux autres de s’offrir les céréales à moindre coût.

Le président d’un pays voisin a dit une fois que « si l’Office du Niger est bien exploité, il peut servir de grenier à toute la sous-région ouest-africaine ». Il avait été sans doute séduit par les possibilités de ce « joyau » mais qui ne sont pas mises à profit.

Que diraient alors les Maliens ? Eux qui vivent dans l’Office du Niger, mais qui remuent ciel et terre pour accéder aux céréales. Les consommateurs seraient dans un autre état qu’actuellement si l’Office comblait vraiment leurs attentes.

Les récoltes locales n’arrivant pas à satisfaire la demande locale et à répondre aux souhaits des consommateurs, les céréales étrangères inondent naturellement le pays avec leurs corollaires de prix inaccessibles. Et ce n’est pas tout le monde qui peut se servir, faute d’argent mais surtout parce qu’il y a encore quelques années, c’était « l’accès libre ». Pis, la création du Commissariat à la sécurité alimentaire, pour fructifier les acquis des cultures n’a toujours pas permis de voir le bout du tunnel, le problème paraissant à la fois structurel et technique.

Les plans de campagne agricole qui, selon le directeur national adjoint de l’agriculture, sont orientés d’abord dans le sens de l’autosuffisance alimentaire, ne correspondent pas aux besoins du monde rural ou sont appliqués à d’autres fins. Le chemin inéluctable semble être la mécanisation comme le soutiennent d’ailleurs les paysans.

Chute continue ?

« Nous ne pouvons pas espérer grand de nos cultures car nous sommes toujours au niveau primitif. Notre agriculture doit être mécanisée pour faire de bonnes récoltes. Et ce ne sont pas quelques engins offerts par le chef de l’Etat à quelques paysans qui pourront changer la donne » , vitupère un paysan. Et les croissances agricoles attendues ne sont pas atteintes tant les facteurs y concourant ne sont pas réunis.

Quoi faire alors ? Pour se « donner bonne conscience », le gouvernement, pour la campagne agricole 2008- 2009, a sorti de son chapeau magique « l’Initiative riz » qui est censée mettre fin au calvaire des Maliens. Et toutes les forces vives de la nation sont mobilisées pour la réussite de l’opération. Elle suscite cependant du scepticisme chez bon nombre de citoyens. Pour plusieurs causes.

Jusqu’à présent, les intrants agricoles qui sont primordiaux et auxquels les paysans devaient avoir accès sont des plus attendus. Le président de la République l’a même publiquement déploré tout en promettant que les mangeurs d’intrants seront punis. Après l’arrivée des intrants, commencera alors le casse-tête chinois pour en avoir. « Ce n’est pas tous les paysans qui peuvent se procurer d’intrants et les efforts de l’Etat visant à nous en donner à moindre coût ne se ressentent pas. Les intrants constituent une affaire juteuse pour certains », regrette un autre paysan.

En raison de l’absence d’un système d’irrigation agricole en dépit des nombreuses sources d’eau au Mali, « l’Initiative riz » court le risque de la rareté des pluies. Et les pluies provoquées ne se sont pas avérées une véritable solution palliative. S’il n’y a pas assez de pluies, les récoltes seront sérieusement affectées, or rien ne rassure que la période hivernale sera abondante. En la matière, les services météorologiques se refusent à tout commentaire.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

 

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