Cooperative culturelle ; Cooperative multimédia
Jamana Contact
Imprimer
 

 

 

2008

Mois de juin

Les Echos du 20 Juin

 

OUMAR BALLA TOURE, DG OMATHO

« Le tourisme a rapporté 110 milliards de F CFA en 2007 »

Avec les nombreuses routes inaugurées depuis plus de 10 ans, le tourisme malien a de beaux jours devant lui et serait en passe de ravir la vedette aux pays de la sous-région. Dans l’interview ci-dessous, le directeur général de l’Office malien du tourisme et de l’hôtellerie (Omatho), Oumar Balla Touré démontre, chiffres à l’appui, la part prise par le tourisme et l’hôtellerie dans la réduction de la pauvreté. Tout en se prononçant sur les grandes rencontres prévues, il en appelle à la clairvoyance de la presse qui devra appuyer le Mali en proposant à l’opinion des informations saines.

Les Echos : Il se dit que le tourisme est un moyen de lutte contre la pauvreté. Comment cela se traduit-il au Mali ?

Oumar Balla Touré : Compte tenu de sa spécificité, le tourisme est l’activité la mieux placée pour lutter contre la pauvreté. L’activité touristique a la faculté de se transporter sur les lieux où réside la pauvreté, notamment dans le milieu rural qui est le lieu de prédilection de la pauvreté. Un cas concret : une usine de chaussures est mieux en zone urbaine parce que le marché est là. Par contre, une petite unité hôtelière marchera en zone rurale. L’industrie touristique emploie le plus grand nombre de jeunes et de femmes qui sont des cibles potentielles de pauvreté. Cette industrie emploie du personnel qualifié et non qualifié.

Les Echos :Comment se porte le tourisme malien ?

O. B. T. : Le tourisme malien, depuis 2002, a connu une expansion exponentielle tant au niveau de sa contribution aux ressources publiques, donc à l’économie nationale qu’à la création d’emplois. Pour vous donner une idée, les recettes du tourisme ont évolué en 2001 de 64,648 milliards de F CFA à 110 milliards de F CFA en 2007. Le nombre d’emplois est passé de 8208 à 17 100 en 2007. Le nombre d’hôtels a été porté de 134 à 439 et les chambres de 2816 à 6012. Le nombre de visiteurs entrés par l’aéroport de Bamako Sénou en 2007 se chiffre à 221 328 personnes contre 94 300 en 2001.

Les Echos :Quelles sont les perspectives touristiques du Mali ?

O. B. T. : Les perspectives touristiques au Mali sont bonnes à telle enseigne que pour la première fois dans l’histoire de notre pays, la Banque mondiale a consenti de grands efforts pour accompagner le secteur à travers le Projet d’appui à la croissance (Pac). Ce projet porte sur le renforcement des ressources humaines et la croissance accélérée.

Ses domaines d’intervention sont la formation dans les secteurs public et privé, les travaux d’aménagement et de réhabilitation des sites et monuments au pays Dogon, à Mopti et à Djenné ; la construction du Musée des balafons et la réhabilitation des pans du Tata à Sikasso, la réhabilitation des 7 vestibules de Biton Mamari Coulibaly à Ségou, la construction d’une dizaine de campements communautaires au bénéfice des communautés locales le long des circuits touristiques au carrefour de Djenné, à Médine (Kayes) à Bambara Maoudé sur l’axe Douentza Bambara Maoudé, à Gossi, à Ansongo, à Ménaka et Anderaboucane.

Le projet prend en compte la confection de supports de promotion touristique (DVD, CD-Rom, les dépliants, cartes de villes et sites touristiques). Le Pac intervient aussi dans l’accompagnement pour la participation aux salons professionnels du tourisme en France, en Allemagne, en Espagne, en Chine, au Canada, aux USA ainsi que l’organisation d’Eductours, de voyages de presse. Un accompagnement est fait en direction des festivals culturels et touristiques (Essakane à Tombouctou, Essouk à Kidal, Tamadesh à Abderaboucane, festival sur le Niger à Ségou et Sons et lumières à Kayes).

Les Echos :Qu’est-ce vous envisagez au juste pour le tourisme malien ?

O. B. T. : A terme, nous voulons faire du Mali la première destination touristique de l’Afrique occidentale. Cela est d’autant plus possible que le problème d’accessibilité de sites et villes touristiques est quasi résolu grâce aux travaux de désenclavement menés sur les routes nationales et secondaires par les plus hautes autorités du pays depuis dix ans. Les activités de promotion et l’adhésion d’un secteur privé dynamique sont d’un appoint considérable.

Les Echos :Quel est votre agenda en cette année 2008 ?

O. B. T. : Le ministère de l’Artisanat et du Tourisme a deux événements majeurs cette année. Le Salon international du tourisme de Bamako (Sitour) est prévu du 17 au 19 octobre 2008 au Centre international de conférences de Bamako. Notre pays abritera le 1er Forum international sur le tourisme solidaire (Fits) en Afrique du 20 au 22 octobre 2008. Entre ces deux événements est prévue l’organisation d’un Educatour qui va englober les tours opérators français, allemand, canadiens et la presse spécialisée du tourisme de ces différents pays. Je lance une invite à tous les Maliens, singulièrement au monde de la presse nationale à nous accompagner par des informations saines.

Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

Acceuil


AFRICTALENTS MALI-2008

Le rendez-vous de l’emploi ouvre ses portes

La 3e édition du salon de l’emploi « AfricTalents Mali » a débuté hier au CICB sous la présidence du Premier ministre Modibo Sidibé, qui avait à ses côtés le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, les représentants de la Banque mondiale et du BIT.

« AfricTalents Mali » s’est fixé comme credo la réduction du chômage des jeunes en les mettant en contact avec des entreprises renommées, qui pourraient les recruter par la suite. Elle entend aussi aider les jeunes étudiants à faire des formations qui répondent le mieux aux besoins du marché local.

Si le salon a enregistré des centaines de participation et permis à un peu plus de 100 jeunes diplômés sans emploi d’obtenir leur insertion dans le monde professionnel, cette année, il ambitionne plus avec le recrutement de 500 jeunes par des entreprises participant au salon.

Le Premier ministre Modibo Sidibé s’est félicité du fait que le salon entre en harmonie avec les objectifs que se sont fixés les autorités en matière d’emploi. Après avoir énuméré la création de l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (Apej) et le Fonds national pour l’emploi des jeunes (Fnej) comme efforts du gouvernement visant à mieux répondre à la problématique de l’emploi des jeunes, le chef du gouvernement dira que la lutte contre le chômage nécessite une synergie d’actions à tous les niveaux.

« Eradiquer le chômage est une œuvre certes difficile, mais honorable. Sa résolution est un combat de longue haleine qui appelle à des solutions nécessitant l’implication de chacun et de tous, pouvoirs publics, organisations de la société civile et secteur privé » , a ajouté le chef du gouvernement.

Didier Acouetey, président d’Afric Search et 1er responsable du salon, a réitéré que « le chômage n’est pas une fatalité. L’avenir peut être rose ». Tout en affichant confiance, M. Acouetey a invité les jeunes à saisir cette chance à eux offerte. Le Premier ministre a ensuite visité les stands des entreprises et structures étatiques chargées de l’emploi.

Le salon ferme ses portes ce vendredi.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

[haut]

Acceuil


AVOIRS DES ELUS MUNICIPAUX

Insuffisants à cause de la vie chère

Si des citoyens font une bataille acharnée pour être élus maires, il n’en demeure pas moins que la rémunération du poste n’est pas juteuse à cause des textes mais aussi de la faiblesse des ressources des communes.

La nouvelle loi portant statut des élus des collectivités territoriales, adoptée en août 2006, augmente les primes accordées aux conseillers. Elle indique que les maires et leurs adjoints, les présidents et les vice-présidents des conseils de cercle et du district de Bamako et des assemblées régionales reçoivent en plus une prime de fonction. Les maires, présidents des conseils de cercle et des assemblées régionales ont droit à une indemnité de représentation.

Les taux des indemnités de session et de déplacement et des primes de fonction sont fixés par arrêté du ministre chargé des Collectivités territoriales. Les taux des indemnités de représentation sont fixés par décret pris en conseil des ministres. Le texte précise aussi que les indemnités accordées aux élus des collectivités ne peuvent être assimilées à des salaires ou autres formes de rémunération et sont, par conséquent, exemptes d'impôts et de taxes. La fixation des différents taux est faite selon les localités (Commune de Bamako et autres).

Ainsi dans le district de Bamako, la prime de représentativité pour le maire et adjoints est fixée 75 000 F CFA par mois. Pour les primes de sessions les conseillers touchent 7 500 F CFA/jour « les sessions budgétaires ne pouvant dépasser 10 jours ».

Les adjoints, aux dires de Ibrahima Djoné, 1er adjoint au maire de la Commune V, ne sont pas concernés par la prime de représentation. L’indemnité de déplacement dépend de la durée du séjour et de la distance.

Les indemnités de session et les primes de fonction sont supportées par le budget de la collectivité. Les indemnités de représentation sont supportées pour le budget national. Les élus ont aussi droit à des stages de formation et de perfectionnement.

La plupart des conseillers municipaux rencontrés affirment que le taux de 7 500 F CFA par jour de session pendant 5 ou 6 jours, est insuffisant à « cause de la vie chère » et « qu’il faut augmenter les indemnités de session ». L’augmentation demandée s’explique par le fait qu’être conseiller est, pour certains, un emploi d’un genre nouveau.

Le maire est protégé par les textes contre les menaces, outrages, injures ou diffamations dans l'exercice de ses fonction. Toutefois, il a aussi des devoirs, pour la plupart éthiques. Ainsi, les élus des collectivités sont tenus d'exercer leur fonction avec « assiduité, intégrité, objectivité et impartialité ».

Il leur est interdit de solliciter ou de recevoir directement ou par personnes interposées, des dons, gratifications ou avantages quelconque dans l'exercice de leur fonction. Ils doivent s'abstenir, d'utiliser pour leur intérêt personnel ou celui de leurs proches toutes informations à caractère confidentiel dont ils ont connaissance en raison de leurs fonctions.

Amadou Sidibé

 

Manque de ressources

La plupart des mairies n’ont pas les moyens pour faire face à leurs dépenses. Cette situation est occasionnée par le non transfert des ressources et même de certaines compétences. Se prononçant sur l’état des lieux de la décentralisation, un élu affirme que la décentralisation sans transfert de ressources véritables est vouée à l’échec. « C’est ce qui se passe malheureusement au Mali ». L’aide minime que l’Etat apporte, à ses dires, ne prend même pas le 1/10 des problèmes d’une mairie ou du moins sa commune.

« La décentralisation au Mali qui a créé les communes n’a pas répondu aux attentes des populations. L’administration déconcentrée a montré ses limites, l’Etat central aussi » . Pour lui, la décentralisation, « c’est le fait que des hommes et des femmes qui vont prendre en charge un forage qui a coûté entre 5 et 10 millions, décident de donner 5 F CFA pour un seau, 10 F CFA pour une barrique d’eau, 100 CFA, 200 FCFA pour pouvoir réparer le forage s’il tombe en panne parce que, par leurs simples moyens, ils ne sont en mesure de payer 5 millions de crédits. C’est ça la décentralisation ».

A. S.

[haut]

Acceuil


ELUS MUNICIPAUX

Le désamour entre les maires et leur base

Les maires sont généralement élus en fanfare, mais, très souvent, cela tourne quelque temps après au fiasco. Ils se retrouvent au centre de la controverse, voire accusés de tous les péchés d’Israël. Il est rare de voir un maire se succéder à lui-même. Le foncier demeure la principale pomme de discorde.

« Monsieur le maire : vendeur de parcelles, arnaqueur, destructeur de nos biens publics, voleur… » , sont quelques uns des commentaires sur les maires dans la Cité. L’opus du groupe de rap « Tata Pound » intitulé « Monsieur le maire » et fredonné par bon nombre de jeunes résume toute la mauvaise perception que les citoyens ont de leurs élus municipaux. Le fossé est donc grand entre la liesse populaire accompagnant l’élection d’un maire et la désaffection de sa personne peu après sa prise de fonction.

« Nous avons voté et mobilisé les gens pour M. X afin qu’il réduise nos problèmes une fois maire. S’il ne peut rien faire pour nous, qu’il s’en aille » , clament des jeunes. En effet, la liste de demandes sociales sur la table d’un maire, couplée avec les promesses électorales, fait qu’il se retrouve avec une marge de manœuvre drastiquement réduite en cas de non satisfaction de ces dernières. Surtout que l’on continue d’entretenir l’idée que le maire est capable de tout dans sa commune pour peu qu’il le veuille.

« Monsieur le maire, nous allons voter pour vous à condition que vous grattiez notre terrain de football et nous offriez des ballons et autres jeux de maillots » . Tels sont en substance les demandes de groupes de jeunes. Si enthousiastes qu’ils sont avec l’élection de monsieur le maire, synonyme de réalisation de leurs vœux, les jeunes perdent patience et finissent par traiter leur élu municipal majestueusement porté au firmament de « menteur et de démagogue ».

Selon Ibrahima Dioné, ancien maire de la Commune V (1992-1997), « il va de soi qu’un élu qui promet des choses à son électorat se rend impopulaire. Et ça devient pire si les considérations politiques entrent dans la danse ».

Les parcelles de la discorde

Parmi tous les problèmes auxquels les maires sont confrontés, ceux relatifs au foncier sont les plus courants. M. Dioné pense que cela est dû au fait qu’autrefois les maires n’avaient pas beaucoup d’emprise sur les parcelles contrairement à maintenant où ils disposent de pouvoirs réels sur les attributions de terres. C’est pourquoi, aujourd’hui, à en croire des détenteurs de parcelles, il n’est pas rare de voir des parcelles qui ont plusieurs propriétaires légaux. D’où les litiges fonciers qui n’en finissent plus.

« Quand un maire vend une parcelle à plusieurs particuliers en même temps, il sème la zizanie et se livre à la vindicte populaire. Le gros du problème est que finalement la mairie n’arrive pas à rendre un verdict équitable entre les différents protagonistes. Comment voulez-vous qu’un tel maire soit aimé ? » se demande M. Sangaré dont le titre foncier est aujourd’hui dans un imbroglio.

Les parcelles suscitent aussi le désamour entre les maires et leur base quand il s’agit de lotissement ou de recasement de certaines zones et de leur quartier. Difficile de dire que ces opérations se déroulent normalement dans la mesure où l’on rencontre des rues loties tordues avec des déviations sciemment faites en vue d’arranger un proche ou semblable. Tout récemment, lors de la démolition des maisons illicitement construites à Missabougou et Yirimadio, il a fallu toute une armada de forces de l’ordre pour contrecarrer la furia populaire.

« Nous avons élu M. Dagnon pour qu’il nous défende, mais s’il nous livre en nous dépossédant de nos parcelles et en nous foutant dehors au clair de la lune, il verra s’il sera encore maire. Il est parmi nos ennemis maintenant » , répétaient, les larmes aux yeux, des déguerpis. Ibrahima Dioné pense que « les opérations de déguerpissement s’avèrent violentes si elles ne sont pas faites en conformité avec les normes et surtout si le maire lui-même s’offre des parcelles sur le site ».

C’est pourquoi, a-t-il ajouté, la « transparence et la communication » doivent être de mise pour éviter toute contestation. A défaut de celles-ci, à ses dires, le maire devient un « ennemi public » et sa côte chute infailliblement. Il est donc évident qu’en fin de mandat qu’il soit délaissé par ses ex-fans.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

[haut]

Acceuil


LES MAIRES

Des maillons de la gouvernance

Officiers d’état civil, officiers de police judiciaire et ordonnateurs de budget, les maires sans être systématiquement les représentants de l’Etat constituent néanmoins des maillons importants de la gouvernance .

Les textes régissant la décentralisation dans notre pays donnent la liberté d’administration aux collectivités. A ce titre, le maire est perçu comme un président d’organe et non le représentant direct de l’Etat. Il est donc le président de l’organe d’administration d’une collectivité. Cet organe d’administration est le conseil municipal.

« Nous n’avons pas de statut particulier. Le maire est officier d’état-civil, il est officier de police judiciaire et ordonnateur de budget. Le maire est le président d’organe d’administration d’une collectivité et non le représentant systématique de l’Etat. Cependant, il est un maillon de la gouvernance » , explique la maire de la Commune I, Mme Konté Fatoumata Doumbia. Au Mali, la taille du conseil communal est de 11 à 45 conseillers municipaux.

Aux dires de Mme Konté, à Bamako, hormis les communes II et III, toutes les autres communes ont 45 conseillers communaux. « Le nombre des conseillers est fonction de la taille de la population », ajoute-t-elle. L’une des caractéristiques du principe d’administration d’une collectivité par le maire découle du fait qu’il peut déléguer ses pouvoirs à ses adjoints qui sont élus dans les mêmes conditions que lui.

Cette délégation de pouvoirs se fait à plusieurs niveaux. Il peut les déléguer au 1er adjoint qui est chargé des finances, de l’économie et de la mobilisation des ressources, au 2e adjoint, qui s’occupe des questions domaniales et foncières, au 3e adjoint, qui a en charge l’environnement et l’assainissement, au 4e adjoint, qui est chargé de l’état-civil et du recensement, et au 5e adjoint, qui traite des questions liées à l’éducation, à la santé et à la jeunesse.

Une fois mis en place, le conseil communal, avec à sa tête le maire, est placé sous l’autorité d’une tutelle. Il s’agit du gouverneur pour le district et du préfet pour les autres communes. Et cela, aux dires de Mme Konté Fatoumata Doumbia, « pour donner une force probante aux actes et attester leur légalité ».

Plusieurs chapeaux

Le maire d’une collectivité dispose à la fois de plusieurs titres. Il est d’abord et avant tout officier de police judiciaire. A ce titre, il peut réquisitionner la police à chaque fois que l’ordre public est troublé puisqu’il est le premier responsable chargé de veiller à la quiétude des populations. Toutefois, précise, la maire de la Commune I, « en cas de délit grave, le maire s’adresse directement au procureur de la République ».

Le maire est aussi officier d’état-civil c'est-à-dire, qu’il a la latitude de délivrer des actes d’état-civil (actes de mariage, de naissance et de décès). Et en dernier ressort, le maire est ordonnateur de budget, ce qui veut dire qu’il est le seul comptable et premier responsable du budget. Ce principe connaît pourtant des limites. « Dans l’ordonnancement juridique, le maire est lié au budget. Il ne doit pas l’outrepasser. Le maire exécute les délibérations du conseil communal. Il n’a pas la latitude de les changer », indique notre interlocutrice.

Si les députés sont couverts par l’immunité parlementaire, ce qui fait d’eux des « intouchables » pendant leur mandat sauf cas de flagrant délit, il n’en est pas de même pour les maires qui peuvent être poursuivis, arrêtés et jugés pour des infractions.

Mohamed Daou

 

Des ressources limitées

Les ressources d’une commune sont constituées d’impôts, de taxe de développement local (TDRL), de patentes, de prestations d’état-civil, de célébrations de mariages, les marchés et les installations économiques. Selon Mamadou Camara, comptable administratif de la mairie de la Commune I, le service des impôts de la Commune est chargé du recouvrement des patentes (impôts) auprès des détaillants. « Les 40 % de la patente sont versés au niveau de la mairie ».

Mobilisée par le maire, 80 % de la TDRL sont versés au budget communal et les 20 % sont repartis entre l’ANICT et la mairie du district. Si l’on en croit M. Camara, les occupants des marchés payent une redevance journalière de 50 F CFA pendant que les détenteurs des installations économiques sur le domaine public s’acquittent mensuellement de 1500 F CFA.

« Les ressources mobilisées sont maigres. Or, si la Commune se suffit à elle-même financièrement, elle peut faire de gros investissements » , déplore le comptable administratif. Néanmoins, dit-il, les ressources mobilisées parviennent bon an mal an à couvrir les dépenses de fonctionnement de la municipalité et à payer les salaires des agents.

M. D.

[haut]

Acceuil


 

EPILOGUE

La vie troubles des maires

Dans nos sociétés antérieures à la pénétration coloniale, la seule autorité reconnue dans les campagnes était celle des chefs de village ou des chefs de territoire lorsque le lignage était grand et couvrait plusieurs villages. Mais qu’il s’agisse du chef de village ou du chef de territoire, on avait affaire à un pouvoir hérité et non élu qui se transmettait pratiquement de père en fils, de génération en génération.

Généralement, c’étaient les premiers occupants du sol qui exerçaient ce droit dont étaient exclus les hommes de caste et les étrangers, de même que les femmes même quand elles appartenaient aux familles fondatrices. En fait d’autorité élue, dans le Soudan Niger, on ne connaît que le seul cas de Biton à Ségou aux 17e et 18e siècles et cette expérience ne fut plus renouvelée par la suite, ni sous les Ngolossi, les successeurs de Biton, ni sous les Toucouleurs, les tombeurs de ceux-ci.

L’élection chez nous (et presque partout en Afrique) est une nouveauté apportée par la colonisation de même que les structures administratives et les autorités élues qui les gèrent. Dans beaucoup de nos formations politiques pré-coloniales, la division administrative ne fut pas nette et laissait entrevoir grossomodo des chefs-lieux de province, des gros villages et des villages ordinaires. Les autorités villageoises relevaient du droit traditionnel (coutume) alors que celles à la tête des provinces étaient choisies et gérées par le pouvoir central selon des critères définis par la seule cour du fama.

L’administration coloniale mit du temps à organiser des élections dans les colonies et il fallait attendre après 1945 pour la voir se décider à le faire. Les premières autorités élues furent les députés suivis peu après, sous la IVe République, par les maires et les conseillers municipaux, mais ceux-ci ne furent vraiment nombreux et influents qu’après l’adoption de la Loi d’autonomie Gaston Deferre de 1956.

L’embryon d’administration civile dont nous avons hérité de la colonisation française date de cette époque-là parce dans la période antérieure c’était une administration de type militaire qui était en place. Les premiers conseillers municipaux, à l’image de feu Modibo Kéita, maire de Bamako dans les années 1950, furent des fonctionnaires compétents et consciencieux issus des partis politiques en lutte pour l’émancipation politique.

Jusqu’à l’indépendance en 1960, ces élus s’acquittèrent de leur tâche avec honneur et dignité ; en tout cas de nombreux témoignages se font en leur faveur en ce qui concerne la qualité des services rendus. Sous la Ire République, les maires étaient des cadres de l’US-RDA au militantisme reconnu. L’idéologie officielle du parti était absolument tournée contre la corruption, l’absentéisme et les autres comportements négatifs.

De façon générale, l’atmosphère politique générale décourageait ceux-ci et les fonctionnaires qui se rendaient responsables de malversation par exemple se voyaient brutalement rappelés à l’ordre ou sévèrement sanctionnés. Très généralement, les agents de l’Etat se contentaient de leur salaire et évitaient de prendre des pourboires et de monnayer leurs services.

Toutefois dans les coins de brousse où les chefs d’arrondissement (sous-préfets maintenant) faisaient office d’officiers de police judiciaire, il y avait des abus et les citoyens, les ruraux, n’étaient pas toujours accueillis avec la courtoisie nécessaire. Il faut aussi rappeler que dans ce laps de temps, on a peu voté et la plupart des maires qui ont commencé dans les années 1956 sont restés en place jusqu’en 1968.

A partir de 1968, les maires et le personnel des mairies ont commencé à changer de comportement. Ceux d’entre eux qui se montrèrent favorables aux militaires furent maintenus, mais tous les récalcitrants furent enlevés et remplacés par des gens nommés. Il en fut ainsi jusqu’à la période du parti unique constitutionnel où les individus qui n’avaient pas été élus ont rempli les fonctions de maire et ont fait du n’importe quoi dans les mairies. Ces fonctionnaires de l’Etat, avec des salaires irrégulièrement payés et insuffisants, n’eurent de choix que de vendre et trafiquer des parcelles et des plantations qui ne relevaient pas toutes de leur ressort.

On semblait admettre que ce n’était que justice dans la mesure où tout le monde cherchait à s’enrichir et que les maires n’avaient d’opportunité que celle-là pour réussir. Leur impunité commença ainsi en l’absence de tout texte leur ménageant une quelconque immunité.

Ils se mirent donc à vendre pour le compte de la municipalité d’abord, pour leur propre compte ensuite. Dans le même temps est devenu payant tout ce qui sortait de la mairie : pièces d’état-civil, patentes, titres de propriété et autres actes administratifs. Peu à peu, la mairie est devenue la foire et les maires des hommes d’affaires et des marchands ayant leurs géomètres et leurs techniciens des services de l’urbanisme.

Les événements de mars 1991 accentuèrent cette tendance avec la création des communes urbaines et des communes rurales venues au monde dans la précipitation et sans les moyens matériels et financiers de se prendre en charge et fonctionner correctement. Dans les communes urbaines, les partis politiques ont envoyé dans les mairies leurs militants désœuvrés sans compétence réelle, dont on se demande ce qu’ils vont y faire, mais qui s’en tirent bien à en juger par leur train de vie.

Les trois quarts des mairies sont exténués par des problèmes de salaire du personnel, de locaux et même de fonctionnement. Les maires ayant plus ou moins acheté les voix des citoyens pour se faire élire, n’hésitent plus à s’adonner à des activités répréhensibles comme le trafic des pièces d’état-civil, des parcelles, de même que la célébration illégale, mais à titre très onéreux, de mariage par procuration.

Depuis la IIe République, ils ont fini de vendre les parcelles autour de Bamako, mais certains font encore des pieds et des mains pour en vendre, quitte à aller dans le lit des cours d’eau ou sur le flanc des collines.

La fonction d’officier d’état-civil qui, jadis n’était pas loin d’être une tâche honorifique, est devenue au fils des ans et des régimes politiques, un poste à millions à partir duquel il est désormais possible de préparer son avenir et celui de la tribu descendue de soi. Le problème, c’est que l’autorité politique est au courant de toutes ces magouilles, mais ne fait rien pour les arrêter.

Facoh Donki Diarra

 

[haut]

Acceuil


Du nouveau aux éditions jamana

Les noces viciées du Nonmon

Prix 4000f cfa

 

 

Droit et pratique du droit au Mali

Prix:7500f cfa

 

 

Les pièges du destin

Prix:4000f cfa

Le mouvement mondial des femmes

Prix:4500f cfa

[haut]

acceuil

Dans ce site web vous trouverez :
OpeneNRICH

 

 




 
Les fondateurs
:: JAMANA : Coopérative Culturelle Multimédia AV. Cheick Zayed - Porte 2694 - Hamdalaye Bamako Mali ::
Tél. 00(223) 229 62 89 - Fax : 00 (223) 229 76 39 - http://www.jamana.org