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2008

Mois de juillet

Les Echos du 18 Juillet

 

MOUSTIQUAIRES IMPREGNEES

Magouille, spéculation et tromperie

Les moustiquaires imprégnées d’insecticide destinées à la population malienne seraient confisquées et vendues par des responsables de la santé.

L’hivernage est la période propice à la multiplication des cas de paludisme, due à la prolifération des moustiques. Les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans en souffrent beaucoup.

Pour atténuer les impacts négatifs du paludisme, des partenaires techniques et financiers (PTF), à travers le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) ne cessent de faire de gestes forts pour les communautés par la mise à disposition de médicament (CTA), la distribution gratuite des moustiquaires imprégnées…, l’objectif étant de réduire le taux de mortalité des enfants de 0 à 5ans.

Au Mali, la gratuité des moustiquaires imprégnées pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans découle précisément de la volonté des autorités, car le paludisme est la première cause de morbidité et de mortalité.

Selon le système local d’information sanitaire de 2005 du ministère de la Santé, il est aujourd’hui établi que les femmes enceintes courent 4 fois plus de risque de souffrir de complications du paludisme que celles qui ne sont pas enceintes. C’est pourquoi la stratégie de distribution gratuite des moustiquaires imprégnées au sein des structures publiques de santé du niveau périphérique a été initiée par le PNLP pour faire reculer cette maladie.

Malgré les efforts déployés par l’Etat et ses partenaires, force est de constater qu’aujourd’hui des individus mal intentionnés et mus par l’appât du gain facile, n’ont trouvé mieux que de voler ou vendre ces moustiquaires à prix d’or aux populations à qui elles devaient être données gratuitement.

Vendues à 3000 F CFA au noir

Apparemment, la distribution gratuite ne se fait qu’à moitié, le reste serait confisqué et vendu. Tant et si bien que nombreuses sont les femmes en état de grossesse sans moustiquaire. Or, la femme enceinte doit bénéficier d’une moustiquaire imprégnée dès sa première consultation prénatale.

Selon une source qui a requis l’anonymat, « c’est par carence et à par pur matérialisme des responsables de la santé que ces moustiquaires sont vendues à 3000 F CFA à des gens vulnérables et démunis. Tout ce que je sais, c’est que les 80 % de la population sont corrompues à commencer par les décideurs. Cette corruption serait de plus en plus ancrée dans nos mœurs ».

Il faut dire que la corruption qui gangrène l'économie malienne depuis des années a connu un coup d'accélérateur au cours des trois dernières années et elle est plus fréquente aujourd’hui dans le domaine de la santé.

L’objectif de la distribution gratuite des moustiquaires imprégnées d’insecticide est d’assurer la couverture d’au moins 80 % des femmes enceintes et des enfants de moins de 5 ans.

Normalement, la distribution dans les structures sanitaires se fait avec l’implication de plusieurs partenaires. Lorsqu’une femme se présente à la pharmacie avec sa fiche personnelle qui inclut la mention moustiquaire imprégnée d’insecticide (MII), elle doit, sans délai, être servie.

C’est ce que dit le règlement, mais la réalité est malheureusement autre dans ce pays qui est en passe de battre tous les records de mal gouvernance.

Assitan Haïdara

(stagiaire )

 

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LETTRE OUVERTE AUX MINISTRES DE LA CULTURE ET DE LA JEUNESSE

SOS pour Bintou !

Permettez-moi de me passer des formules de politesse sans pour autant être discourtois à vos endroits et cela au regard de l’urgence de la cause qui motive la présente.

« Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ? Mon bras qu'avec respect tout (Bourem) admire, Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire, Tant de fois affermi le trône de son roi, Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ? Ô cruel souvenir de ma gloire passée ! Oeuvre de tant de jours en un jour effacée ! » (acte 1, scène 4, Le Cid, Pierre Corneille) .

Ainsi aurait pu s’écrier l’héroïne de ma lettre. Il n’en est rien.

Elle est lucide car elle parle de son drame et de sa vie avec la minutie de celui qui présente une invention. Non comme celui qui se morfond et voyant dans les autres la cause de son malheur, Bintou garde un air à requinquer un agonisant. Quel exemple !

Elle est brave car elle a surmonté son handicap et donné le sourire à un mari, à des enfants et à des amis. Quand d’un handicap de moindre degré, certains ont honte, elle s’en affiche avec volonté prenant ce qui lui était arrivé avec la philosophie qui est propre à ceux que Dieu a aimé. Quelle leçon !

Elle est croyante car rien à ses yeux ne puisse arriver à l’homme qui ne soit la volonté du Tout-Puissant. Elle n’est cependant pas défaitiste car elle se bat comme ceux qui savent que la vie s’accommode de combat. Quelle bravoure !

Elle, c’est Bintou. Bintou Abdoussalam Maïga, mieux ; c’est Mme Koné, cette dame au cœur beau, à l’esprit généreux et à l’exemple de courage et de patriotisme unique. Qui est en fait Bintou ? Sa modestie et sa foi profonde en Dieu ne lui ont pas concédé de vendre son histoire à l’autel des escobarderies.

Bintou était une jeune fille qui comme toutes ses amies avait une folle passion pour le théâtre ; le théâtre étant une des plus belles vitrines pour un jeune de ces époques de Biennale. Elle est parvenue à se faire sélectionner pour son talent et sa détermination. Et la voilà au bout de ses rêves d’évoluer sur les planchers.

Après des semaines de répétition, elle quitte Bourem avec la troupe et tout l’encadrement technique pour Gao où devrait se tenir la Semaine régionale en prélude à la Biennale.

Pleins de volonté, et résolus à faire une bonne compétition, jeunes et cadres de Bourem étaient en route pour Gao. Arrivé à Berra à 5 km de Gao et au moment où ils s’apprêtaient à fêter leur entrée dans la ville, le véhicule transportant la troupe fit un accident. Bilan : 5 filles mortes sur le coup, l’apprenti mort et plusieurs blessés dont Bintou Abdoussalam qui a perdu un bras.

Accident tragique, cet événement a durement affligé toute la population de Gao, voire du Mali. 5 jeunes filles toutes naïves imbues de la passion du théâtre venaient d’être arrachées à leurs amis et familles sans oublier l’apprenti, c’était le dimanche 16 mars 1986.

Cet événement qui venait d’endeuiller la population de Gao et le monde des arts a été marquant dans la vie de Bintou. En plus d’avoir perdu des amies, un rêve de jeune fille, elle perdit un bras ; condamné à vivre ainsi cette infirmité pour le restant de ses jours.

La troupe de Bourem ne participera pas au rendez-vous de Gao pour lequel un sacrifice si élevé venait à être fait. Bintou ne réalisera pas son rêve si caressé, tué dans l’œuf par un événement que nul n’a pu prévoir et que personne non plus n’aurait pu empêcher. Allah Akbar ! Les voies du Seigneur sont impénétrables.

Manchot, Bintou porte son handicap avec philosophie, persuadée que Dieu fait ce qu’il veut pour et à qui il veut. Caractère n’aurait été plus fort. Aucune initiative à la hauteur du drame n’était prise pour réconforter celle qui était devenue aux yeux des amis et compagnons un martyr du théâtre. Cette indifférence criarde n’a pas découragé Bintou de renouer avec le théâtre, la passion ayant pris le pas sur toutes les autres considérations.

En 1990, Bintou se présente devant le public ému de la voir gesticuler avec un seul bras alors que les autres usaient de leurs deux. Un public était tout aussi ému que ravi de la voir accompagner les autres acteurs des différents numéros de la troupe de Bourem.

Que Bintou reste infirme à vie ; c’est la volonté de Dieu mais « pauvre », nous y sommes interpellés.

Mariée et mère de 5 enfants dont trois en vie, Bintou vit ce drame, ce jour malheureux comme le souvenir d’une époque qui ne reviendra jamais. Résolue à vivre son infirmité, Bintou fait le bonheur des siens à Diago (Kati) dans l’indifférence des autorités et de Bourem, du Mali et de ceux qui l’ont côtoyé.

Je lance alors un appel à vous MM. les ministres pour que Bintou Abdoussalam soit immortalisée car dans l’histoire des biennales, on ne peut effacer le drame de Bintou. Les hommages n’effacent certes pas l’histoire, mais ils permettent de l’assumer.

Même si vous ne connaissiez pas Bintou auparavant, vous la connaissez désormais. Alpha Maïga a levé le lièvre sur les ondes de l’ORTM, mais le combat pour la réhabilitation de Bintou ne sera plus désormais le sien exclusivement car il y a de ces cas qui appellent à tous. Et le cas de Bintou en est un.

Vous l’avez écouté tout comme moi, mais plus que moi, vous êtes interpellés. Plus que moi qui n’ai que ma plume pour alerter, vous, vous avez les moyens de réhabiliter Bintou au nom de toute la jeunesse du Mali et offrir à celle-là, la joie de la reconnaissance officielle de son sacrifice. « Aux grands hommes, la nation est reconnaissante », Bintou n’en est pas moins.

C’est un devoir pressant aux autorités de la culture et de la jeunesse de prendre des initiatives pour rendre hommage à Bintou pendant qu’il est encore temps. La vie n’étant pas un océan, encore que l’océan lui-même a une embouchure, il est d’une urgence avérée de donner à Bintou le réconfort dont ceux qui ont mérité du pays, ont droit. Une médaille nationale, un prix à son nom, que sais-je encore ; rien n’est de trop pour élever Bintou au rang des icônes comme Nana Teréban, Veloré, Tara Boré, Sira Mori Diabaté, Taggasa Welet, Aoua Kéita, Mariam Travelé, Aïssata Amiridjé, Fado de Bagoundjé…

Avec la forte conviction que la présente aurait été utile à nous rappeler tous à un devoir et à nous permettre de nous racheter encore qu’il est temps, je vous souhaite bonne lecture. Martin Luther King nous apprend que : « Il vient un temps où le silence est trahison ».

Gardons-nous alors de laisser trop longtemps obtus les orifices de notre sensibilité. Le Malien, c’est aussi celui qui répond à son appel opportunément.

Moussa Cissé

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PRIVATISATION DE LA CMDT

Le syndicat cotonnier déclare la guerre à l’Adéma

Au vu des tractations qui seraient en cours au sein de l’hémicycle et qui devraient accélérer la privatisation de la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT), le Syndicat de la filière coton pointe un doigt accusateur sur l’Adéma à qui elle déclare la guerre. « Œil pour œil, dent pour dent », décrète-t-il.

« Malgré toutes les informations et tous les éclaircissements que notre syndicat a fournis à travers nos conférences de presse et nos émissions radio pour mieux édifier les populations et les élus du peuple sur les conséquences de la privatisation de la CMDT, nous constatons malheureusement que rien ne semble arrêter les autorités dans leur entêtement à vouloir liquider la CMDT.

Tous les moyens sont bons pour liquider la CMDT. Et c’est l’Adéma qui devra donner le coup de grâce. En effet, nous sommes au courant de toutes les manœuvres qui se transmettent dans l’hémicycle pour aboutir à cette fin : la désinformation, le mensonge, la corruption, etc.

Et quand le président de l’Assemblée nationale, l’honorable Dioncounda Traoré, persiste à clamer haut et fort que la CMDT a été mal gérée, il devrait en avoir honte. Car de l’avènement de la IIIe République à nos jours c’est l’Adéma qui a géré le département de l’Agriculture dont relève la CMDT. Et ce sont les gouvernements Adéma et les Premiers ministres Adéma qui l’ont géré pendant une décennie. Donc s’il y a eu mauvaise gestion à la CMDT, l’Adéma en est totalement responsable, pour avoir failli à ses responsabilités, pour avoir été incapable d’imposer la bonne gestion.

Et en tant que président de l’AN, l’honorable Dioncounda Traoré avait la latitude de commettre toute mission de contrôle et de vérification à la CMDT. Mais qu’est-ce qu’il a entrepris dans ce sens ? Absolument rien.

Il faut éviter d’affirmer des choses dont on a pas la preuve absolue. Donc c’est l’Adéma qui veut abattre la CMDT. Et désormais nous déclarons la guerre à l’Adéma. Nous allons mobiliser tous les travailleurs, tous les producteurs, tous les opérateurs et toutes les populations des zones cotonnières contre l’Adéma.

Œil pour œil, dent pour dent.

Que l’on privatise la CMDT ou non, ce sera désormais l’Adéma contre les populations des zones cotonnières. Car c’est de l’Adéma qui reste leur principal ennemi ».

Bamako, le 17 juillet 2008

Le secrétaire général

Z. Diawara

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EPILOGUE

Les chefs du sport

Dans beaucoup de pays actuellement, le développement des activités sportives occupe une place tellement importante au sein des politiques gouvernementales qu’on a le sentiment parfois que ce secteur préoccupe plus les autorités que les problèmes sociaux.

De par le monde, chaque gouvernement qui se forme accorde une place de premier choix au département des Sports soit individuellement soit cumulativement avec d’autres matières comme les Loisirs, la Culture ou l’Artisanat qui apparaissent dans ce cas comme les parents pauvres du sport.

Pourtant dans nos sociétés traditionnelles, hier comme aujourd’hui (mais de moins en moins maintenant), le sport mobilisait peu ; on peut même dire que c’était une activité secondaire pratiquée par des marginaux que l’on croyait destinés à un avenir incertain.

Cette situation est pratiquement inversée de nos jours où le sport est devenu un métier noble qui fait mieux vivre que l’agriculture, les activités manuelles et même certains emplois de la fonction publique. En raison de son importance dans la société d’aujourd’hui, les pouvoirs publics, non seulement mobilisent en sa faveur des moyens matériels et financiers colossaux, mais en outre essayent de mettre en place des structures permettant de faciliter son exercice.

De 1960 à ce jour, au Mali, chaque gouvernement nommé comporte un département ministériel chargé des Sports avec des démembrements dans les régions et les cercles. L’Etat malien ayant été jusqu’en 1996 un Etat centralisé très fort, les structures sportives sont allées du centre vers les régions et des régions aux cercles avec des fonctionnaires de l’Etat à chaque niveau.

Ce mode de gestion étatique comporte l’avantage de permettre une mobilisation rapide des sportifs en cas de compétition, mais présente les inconvénients de la bureaucratie avec toutes les lourdeurs que ce type d’organisation génère, sans compter les résultats médiocres inhérents au système.

C’est dire que l’Etat malien, jusqu’à une période récente, a géré seul le sport avec les résultats que l’on sait. Chaque grande discipline sportive fut érigée en fédération conduite par un président (football, basket-ball, boxe, volley-ball, rugby, etc). Mais, vu l’engouement que suscite le football et la passion que cette discipline déchaîne, celui-ci se présente comme le sport le plus populaire, suivi par le basket et les autres.

Dès 1960, trois grands clubs de football que le colonisateur a laissés sur place en s’en allant dominent l’environnement footbalistique national. Leurs joueurs et leurs dirigeants sont les plus connus de ce pays même si certains n’ont pas fait de bons résultats. Il faut noter d’ailleurs que beaucoup de ces dirigeants, parmi les premiers, furent d’anciens sportifs dont certains eurent des médailles lors des compétitions internationales et beaucoup d’autres des techniciens formés en URSS au temps de ce régime.

Dans les régions et les cercles, les animateurs des structures sportives furent des fonctionnaires de l’Etat percevant un salaire, mais pas obligés d’innover. Si bien que pendant longtemps ce fut la capitale qui se distinguait dans le domaine du sport alors que l’intérieur du pays était dans la léthargie. Le résultat fut que de 1960 à aujourd’hui, très peu de champions sortirent de nos régions et de nos cercles.

Mais dans presque toutes ces fédérations, la gestion financière n’est pas claire par manque de contrôle et dans un tel climat, pour peu que les responsables soient véreux, il leur est loisible de faire ce qu’ils veulent avec les sous de la structure. Il est d’ailleurs arrivé à certains de ne pas s’en priver sans qu’on crie au scandale ou au vol. Même au niveau des clubs, la transparence n’est pas garantie malgré l’existence parfois d’un comité de gestion.

A partir de 1991, le sport commença à se libéraliser et des clubs différents de ceux qui existaient avant virent le jour. La nouveauté, c’est que ceux-ci sont gérés par des acteurs modernes souvent issus des écoles de gestion et de marketing alors qu’ultérieurement c’était la navigation à vue.

De plus en plus, on se sépare des structures officielles nationales pour aller vers les structures privées dans tous les domaines sportifs avec un esprit nouveau, vu que le sport est devenu une source d’enrichissement qui demande d’année en année plus de professionnalisation.

Les méthodes nouvelles de gestion et de marketing sont maintenant appliquées au sport pour plus de résultats et de bénéfice et aux responsables sportifs on demande, en plus de la compétence, de la transparence, de la clairvoyance et du réalisme.

Un poste de direction, même en sport, peut apporter à son titulaire considération et aisance pourvu que sa gestion soit transparente et saine. Mais dès lors qu’il s’écarte de ce chemin et s’oriente vers une gestion en plan incliné vers sa place, commencent alors les mauvais résultats et la déception des supporters et sympathisants.

Facoh Donki Diarra

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CE QUE J’EN SAIS

Priorité aux qualités managériales

Dirigeant sportif ! Voilà une fonction très convoitée eu égard à l’importance que le sport ne cesse d’avoir dans notre environnement socio-politique et économique. Aujourd’hui, cette soif de diriger est l’un des plus grands maux du sport malien à cause des conflits d’intérêts égoïstes.

Mais, il n’est pas donné à tout le monde de diriger. C’est un art ! En dehors de toute formation professionnelle, certaines personnes développent des dispositions naturelles pour diriger : ce sont des leaders naturels. Mais, grâce à une bonne formation ou même à l’expérience du terrain, d’autres parviennent aussi à se forger une carrure de dirigeant.

Même si le sport est un domaine assez complexe, le dirigeant sportif n’est pas forcément différent des autres. En réalité, l’administration du sport fait de plus en plus appel à des notions de gestion d’entreprise. Le sport professionnel est un secteur d’activité en pleine évolution dans un environnement socio-économique et juridique de plus en plus complexe.

La prise en compte de cette complexité nécessite la présence, auprès des groupements sportifs professionnels de spécialistes capables d’avoir le recul suffisant pour manager les politiques sportives des grands clubs professionnels. D’où toute la complexité de la notion de dirigeant sportif. Et pour mieux cerner tous ces contours, de nombreuses universités européennes développent de plus en plus des modules du management sportif.

C’est pour vous dire que le dirigeant sportif est avant tout un bon manager. On parle plutôt du manager, surtout dans le milieu pro. Diriger un club fait aujourd’hui obligatoirement appel à des notions de management. Située à l’interface du sportif et de l’administratif, la fonction de manager général nécessite une pluri-compétence : une expérience importante du haut niveau sportif, une maîtrise des concepts et des techniques juridiques, managériales et économiques appliquées au sport professionnel.

Un bon dirigeant sportif doit se montrer autoritaire, mais aussi savoir travailler en équipe : il doit être un leader et non un champion ! Le champion court tout seul alors que le leader court et gagne avec toute son équipe. En France, il y a quelques années, on valorisait les patrons très médiatisés qui couraient souvent pour eux-mêmes. Mais, sur le long terme, ce sont ceux qui savent travailler avec leurs équipes qui réussissent.

A la lumière de ces qualités et valeurs, il est difficile de trouver un bon dirigeant sportif dans le contexte sportif malien. Toutefois, il y a des références qui ont laissé leurs empreintes indélébiles. Dans leur façon de gérer, ils se sont imposés comme de vrais managers et non de simples dirigeants. Sans aucune démagogie de notre part, il s’agit de Habib Sissoko et Hamane Niang.

Le premier avait réussi à tirer le judo malien de l’ornière en planifiant et en multipliant les compétitions à tous les niveaux. Mieux, il avait réussi à travers le Club des amis du judo à donner une assise financière solide aux actions de l’équipe fédérale qu’il dirigeait. Et les résultats ne se sont pas fait attendre. Pendant près de cinq ans (1999 à 2004), le judo a été la vraie locomotive du sport malien. Un statut qu’il a aujourd’hui abandonné au basket et au taekwondo. Mais, Habib est en train de réussir la même prouesse avec le Comité national olympique et sportif du Mali (CNOSM) qu’il manage depuis 2000.

Le basket-ball malien n’a jamais été aussi bien managé que quand Hamane Niang (aujourd’hui ministre de la Jeunesse et des Sports) a présidé la Fédération. Cet homme a avant tout compris que ce n’est pas l’argent qui est primordial dans la gestion sportive, mais les idées et la synergie d’action d’une équipe d’hommes et de femmes qui partagent la même passion : servir une discipline pour qui ils sont dévoués corps et âme ! Une équipe qui n’a pas peur des défis et qui ne se dit jamais : « C’est inutile de prendre telle initiative parce que nous nous n’aurons jamais les moyens de la mettre en œuvre ».

Le mérite de M. Niang a aussi été d’avoir planifié ses ambitions pour le basket sur le court, le moyen et le long termes à travers des initiatives comme les conférences. En bon manager, il n’a pas perdu son temps à courir derrière les sponsors, mais les résultats. C’est cela aussi une différence fondamentale entre le simple dirigeant et le manager sportif qui sait que quand les résultats sont bons et constants, les sponsors vont se bousculer. C’est à cela qu’on assiste aujourd’hui avec le basket.

Le président de la Fédération malienne de tennis, Mohamed Traoré, aurait pu transformer ce duo de managers en trio. Il avait réussi le plus difficile : élaborer et valider un plan de développement à la base du tennis sur le long terme. Mais, il a eu plus de difficultés à le mettre en œuvre. Certainement, parce que certains membres influents de son team de management n’ont pas la même perception que lui, car pressés de parvenir à des résultats fragiles pour se faire un nom.

Toutefois, le tennis se distingue par sa constance dans l’organisation de certaines compétitions comme le Prize Money et le championnat national. Ce qui signifie que cette discipline est dirigée par un homme qui a des qualités managériales qu’il doit seulement capitaliser en faisant d’abord partager ses ambitions par tous. Avec le Djoliba, Karounga Kéita avait bien amorcé la rupture avec l’amateurisme en initiant une politique de management très ambitieux avec Hèrèmakono.

Malheureusement, il est vite retombé dans les vicissitudes de la gestion au quotidien. Tout comme Salif Kéita avec le Centre qui porte son nom. Le marché des transferts est assez juteux. Mais, on ne peut pas bâtir la politique de développement d’un club sur cette seule manne financière qui suscite plus d’appétits individuels que d’ambitions de performances sportives.

Dans le domaine du sport, le mauvais dirigeant est celui qui croise les bras en entendant que tout lui tombe du ciel, de l’Etat dans le contexte malien. C’est malheureux d’attendre les responsables de la Fédération malienne d’athlétisme dire publiquement qu’ils ne parviennent pas à organiser des meetings, faute de soutien du département de tutelle.

Ils ignorent simplement qu’en la matière, l’Etat ne fait que du portage et son apport est juste un complément, non une manne vitale. Et le département des Sports appuie les disciplines en fonction de leur priorité de développement. Souvent, il faut se regarder en face pour se dire certaines vérités.

Quelle est la raison d’être d’une fédération dont les dirigeants ne sont pas capables d’élaborer une politique de marketing pour mobiliser 5 millions nécessaires à l’organisation d’un meeting ?

Alphaly

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KAROUNGA KEITA, PRESIDENT DU DAC

« Un bon dirigeant est un penseur de l’action »

Il a gravi tous les échelons du Djoliba AC en tant que joueur, entraîneur et dirigeant. Aujourd’hui 1er vice-président de Malifoot, Karounga Kéita nous parle de son secret, juge son mandat et estime qu’en dépit de gros moyens consentis, l’Etat doit intervenir auprès des entreprises dans la survie des clubs. Entretien.

Les Echos : Depuis quand êtes-vous à la tête du Djoliba et quel est le secret de cette longévité ?

Karounga Kéita : Je suis président du Djoliba depuis février 1990.Je n’ai jamais demandé à être président. Et je crois qu’on m’a réélu quatre fois de suite sans que je pose ma candidature. Cela veut dire qu’il y a une certaine confiance entre la grande masse des supporters et la direction du club. Nous n’avons pas le sentiment que nous ne sommes pas d’accord avec les supporters. D’ailleurs nous sommes en parfaite symbiose avec eux. Je pense que c’est ce qui explique la quiétude et puis il y a aussi les résultats qui sont là. Le Djoliba est un club bien connu sur le plan africain, qui réalise régulièrement des performances sur le plan national. Et je pense que c’est ce qui explique cette longévité, cette stabilité.

Les Echos : Qu’est-ce qu’un bon dirigeant, selon vous ?

K. K. : C’est d’abord et avant tout un penseur de l’action. Un penseur de l’action, c’est quelqu’un qui conçoit quelque chose et qui le réalise. Un penseur de l’action est différent de ce qu’on appelle un penseur de la théorie. Par exemple Mao Zedong qui a fait la Chine était un penseur de l’action. Il a conçu quelque chose, il l’a réalisée. Un bon dirigeant, c’est quelqu’un qui conçoit quelque chose et qui le réalise. Mais pas quelqu’un qui passe son temps à écrire, à faire des discours.

Les Echos : Avez-vous un projet de développement du Djoliba ?

K. K. : J’ai toujours eu un projet pour le développement du Djoliba. D’abord j’ai été joueur du Djoliba, je suis un membre fondateur du club. Et le club nous l’avons créé en août 1960 dans le salon du président Tiéba Coulibaly (paix à son âme). Nous lui avons donné le nom Djoliba et après je suis parti en France pendant dix ans pour mes études. Je suis revenu avec un doctorat d’Etat en droit, mais en même temps j’ai été joueur professionnel aux Girondins de Bordeaux et de retour au Mali j’ai été entraîneur du Djoliba pendant 18 ans. Maintenant je suis président depuis bientôt 18 ans aussi.

Les Echos :Qu’est-ce qui explique, selon vous, une certaine instabilité au sein des clubs ?

K. K. : Vous me dites qu’il y a souvent une instabilité dans les clubs. Il vaut mieux demander à ceux qui amènent cette instabilité et la raison de leurs mouvements, de leurs actes, de leurs déclarations. Et ce dont je suis sûr, c’est qu’il faut la stabilité pour faire des réalisations, et également travailler tranquillement. Maintenant au sein du Djoliba, nous savons qu’il y aura toujours quelques détracteurs, mais ce dont nous sommes sûrs également nous avons la confiance de 90 ou 95 % des supporters du club, et nous travaillons tranquillement.

Les Echos : Le sponsoring des clubs maliens pose problème, qu’en dites-vous ?

K. K. : C’est un phénomène que je regrette personnellement. Au Mali il n’y a pas ce que j’appelle la culture du sponsoring. Les clubs ne sont pas aidés. Je sais que l’Etat fait beaucoup pour les équipes nationales et dans la sous-région c’est un des pays qui a le plus d’infrastructures, qui aide le plus les équipes nationales mais je souhaiterais également que les autorités sans nous donner de l’argent interviennent au niveau des entreprises pour sponsoriser les clubs. C’est ce qui se passe en Côte d’Ivoire, au Burkina, etc. En tout cas, les clubs maliens sont les plus démunis s’agissant de l’apport des sponsors.

Au Djoliba, ce qui nous sauve plus ou moins, ce sont les transferts que nous arrivons à réaliser de temps en temps mais là aussi c’est mal perçu. On dit de façon un peu irréfléchie que le président du Djoliba vend des joueurs. Mais ce n’est pas le président du Djoliba qui vend les joueurs. Ce sont les autres clubs étrangers qui viennent acheter les joueurs du Djoliba et ce qu’on ne dit pas suffisamment.

En début de saison, nous avons acheté des joueurs pour à peu près 90 millions de F CFA. Donc pour revenir à la question, les clubs sont obligés même s’ils le ne veulent pas de vendre leurs joueurs pour un peu survivre. Et d’ailleurs au nom de ce que j’appelle la liberté de circuler instituer par la Fifa, lorsqu’un joueur est demandé, nous sommes obligés de le céder.

Les Echos : Avez-vous d’autres appréhensions dans votre rôle de dirigeant de club ?

K. K. : Je ne me considère pas comme un modèle, donc je n’ai pas de leçons à donner aux autres dirigeants de clubs, je souhaite tout simplement, en tout cas au niveau de mon pays, que les clubs soient aidés par les sponsors parce que le Mali a beaucoup de joueurs de talents. Malheureusement, les clubs n’ont pas les moyens de faire la formation des entraîneurs, d’avoir des centres de formation, car c’est de là qu’on peut vraiment construire un grand football.

Propos recueillis par

Boubacar Diakité Sarr

 

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