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2008

Mois de Janvier

Les Echos du 11 Janvier 2008

 

« 1008-LOGEMENTS » DE YIRIMADIO

Les huissiers aux trousses des mauvais payeurs

Des bénéficiaires des « 1008-Logements » sociaux de Yirimadio, croyant avoir reçu un cadeau du président ATT, ne dorment plus que d’un œil. Des huissiers sont constitués pour les faire payer les arriérés de location dus à l’Office malien de l’habitat (OMH). Ils ont jusqu’au 31 janvier 2008 pour se mettre à jour, dernier délai de rigueur.

L’opération recouvrement des arriérés enclenchée par l’OMH concerne environ 200 bénéficiaires des « 1008-Logements » qui sont en retard de « dix mois et plus ». Ensuite seront touchés ceux qui accusent 9 mois d’arriérés ainsi de suite. La campagne de recouvrement devrait commencer depuis mars 2007, à la veille des élections présidentielle et législatives. Mais des pressions politico-administratives avaient finalement pris le dessus. L’argument qui a présidé à son report était que le contexte politique ne s’y prêtait pas. La plupart des bénéficiaires retardataires étant des proches du pouvoir ou militants du Mouvement citoyen.

De report en report, la décision de régulariser la situation des locataires mauvais payeurs a été prise lors du dernier conseil d’administration de l’OMH à la mi-décembre 2007. L’action de réclamation de dettes engagée par un pool d’huissiers concerne dans un premier temps les « 1008-Logements » de Yirimadio. Elle s’étendra plus tard au reste des sites de Bamako et des régions.

Au déclenchement de l’opération, les conciliabules et les interventions ont fusé de toutes parts. Certains bénéficiaires ayant reçu directement des maisons du président de la République ou de son épouse avaient pensé qu’il s’agissait d’un cadeau tombé du ciel parce que très souvent, dit-on, leurs « bienfaiteurs » ne se donnaient pas la peine de leur expliquer le processus. Chacun de son côté a activé son réseau de relation visant à faire intercéder en sa faveur les plus hauts responsables du pays. Mais en vain.

Prorogation

Les logements sociaux sont sous la clause du contrat de location-vente. Celle-ci stipule que le locataire doit payer mensuellement à la banque les frais de location et que les retards ne doivent pas excéder trois mois. Des retardataires de bonne foi accusent leur banque de n’avoir pas fait son travail de prélèvement automatique des loyers sur leur compte à l’échéance prévue. D’autres soutiennent qu’ils sont trop souvent absents du pays ou qu’ils sont des Maliens de l’étranger, ce qui, selon eux, pose des difficultés de transfert d’argent.

Les nombreuses interventions ont fait qu’un délai de grâce d’un mois a été accordé à ceux qui ne se sont pas encore mis à jour. L’échéancier initialement fixé au 31 décembre 2007 a été prorogé au 31 janvier 2008. Après cette date, l’OMH, la structure technique chargée du suivi et du contrôle du programme des logements sociaux et qui a déjà lancé les poursuites, se verra dans l’obligation de transmettre le dossier à la justice.

Des bénéficiaires qui semblent conscients qu’il n’y a plus d’autre issue que de payer leurs dettes se bousculent aux guichets de la Banque de l’habitat du Mali (BHM), qui abrite les comptes des bénéficiaires des logements sociaux. Cette opération, on l’espère, va rehausser le taux de recouvrement de l’OMH.

Abdrahamane Dicko

 

L’OMH débouté

Une des clauses du contrat de location-vente interdit la sous-location des maisons ou leur non-occupation pendant un certain délai. Des bénéficiaires qui ont violé cette disposition ont été assignés en justice courant 2007 par l’OMH. Mais, le verdict a été défavorable à l’OMH, la justice ayant jugé la plainte en expulsion « d’excès de pouvoir ».

A. D.

 

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PROLIFERATION DES PRESSOIRS A KOUTIALA

L'ex-ministre Thiam sur la sellette

Des agréments de la mort, c’est ce que l'ancien ministre de la Promotion des investissements, des Petites et moyennes entreprises, Ousmane Thiam, a délivré à une centaine de pressoirs de Koutiala les autorisant à produire de l'huile impropre à la consommation. Il est interpellé par les associations de consommateurs

Dans les localités de Koutiala, San et Sikasso, la direction nationale des industries a dénombré plus de 250 industries locales de production d'huile. La seule ville de Koutiala en compterait une centaine sans compter les nombreux pressoirs installés dans les arrières-cours.

Après enquête, il a été révélé que la plupart des pressoirs recensés avaient reçu des agréments en bonne et due forme délivrés par le "défunt" ministère de la Promotion des investissements, des Petites et moyennes entreprises de Ousmane Thiam.

"Il n'y a eu aucun contrôle, pas de suivi, rien. L'objectif de ce ministre était de gonfler son palmarès pour faire croire au président de la République qu'il a pu créer tel nombre d'entreprises ou de micro-entreprises en un temps record. Pour lui, l'essentiel était de faire un peu de profit, faire employer 2 ou 3 personnes. Pour le reste, la qualité de l'huile produite, la santé des consommateurs importaientpeu", dénonce, sous le sceau de l’anonymat, un ex-cadre de ce ministère qui s'est dit toujours opposé à l'ouverture de ces pressoirs.

Selon lui, ces machines à huile sale ont plus d'inconvénients que d'avantages car elles nuisent à la santé des populations sur tous les plans. "Les pressoirs que nous avons visités sont tous des vieilles machines et souvent de fabrication artisanale. Si tu assistes à la production d'huile, la manière dont ces gens pressent les graines de coton pour en extraire de l'huile, tu n'en consommeras pas. D’ailleurs, rares sont ceux d'entre eux qui consomment leur production", révèle-t-il.

Les députés interpellés

Pis, ajoute notre interlocuteur, "les pressoirs ont violé le contenu de l'agrément qui les autorisait à produire seulement de l'huile brute qui devait être raffinée par des grandes industries de la place disposant du matériel adéquat de raffinage. Au lieu de cela, ils déversent sur le marché cette huile brute impropre à la consommation. Les autorités sont au courant de cela, personne ne lève le petit doigt".

C'est justement cet état de fait que dénoncent les associations de défense de consommateurs. En effet, l'Ascoma a rendu publics la semaine dernière les résultats d'une étude qui montre que l'huile brute des pressoirs contient du gossypol, une substance hautement cancérigène et qui rend stérile l'homme.

"Voilà des choses qu'on devait d'abord étudier avant de donner l'agrément à ces pressoirs. On devait mettre également en place un mécanisme de suivi et de contrôle de ces unités locales et leurs productions. C'est vrai qu'il faut développer l'industrie mais pas au prix de la vie des consommateurs. Nous invitons le gouvernement à revoir tout cela pour le bonheur du pays car c'est de notre vie qu'il s'agit" , insiste Dr. Sangaré de l'Association malienne des consommateurs.

Son confrère du Regroupement pour la défense des consommateurs (Redecoma) Badou Samounou a, quant à lui, interpellé les élus de la nation à s'intéresser à ce problème. Car, dira-t-il, c'est grâce à un rapport des parlementaires burkinabés que ces pressoirs ont été démantelés et interdits au Faso.

Comme si tout était permis au Mali, des opérateurs économiques avec la complicité de certaines autorités ont fait venir ces mêmes machines au Mali pour non seulement produire de l'huile cancérigène mais aussi pour concurrencer les vraies unités industrielles de production d'huile.

Sidiki Y. Dembélé

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AFFAIRE DE SAMAYA

L’épilogue ?

Enfin, Georges Francis, un aventurier libanais, qui se prévalait de ses « relations » et de sa capacité à user des passe-droits, a été expulsé des biens de l’Eglise qu’il avait confisqués avec la bénédiction de certains Maliens, hommes de droit ou préposés au cadastre.

Après une intervention politique du chef de l’Etat, Georges Francis a été expulsé. Il avait fait main basse sur le Centre de formation des prêtres à Samaya, la résidence et l’Eglise maronite qu’il avait transformées en hôtel, le jardin d’enfants « Les Cèdres » en chambres de passe…

A l’origine de ce problème, un litige foncier créé de toutes pièces, entre l’Eglise catholique et un Libanais Georges Francis, neveu du père défunt Youssouf Joseph Francis (Libanais également).

Flash back. En 1969, à la demande de l’archevêque Mgr Luc Sangaré, l’Eglise maronite, église catholique, mais de rite orientale, envoyait au Mali le père.

Le père Youssouf Joseph Francis avait la charge des Libanais de cette obédience. Pour la réussite de sa mission, sa congrégation a acquis des biens, comme la résidence, « Les Cèdres » et Samaya. D’ailleurs, les originaux des documents étaient déposés au siège de la Congrégation avec une lettre de l’intéressé reconnaissant n’être propriétaire de rien.

Sous le régime CMLN Tiécoro Bagayogo qui soupçonnait « l’homme de Dieu » d’agir de façon pas très catholique, l’avait expulsé du Mali. Les faits lui ont donné raison par la suite, puisqu’un « neveu » du prêtre débarquera avec un baluchon, se fera héberger à la Mission libanaise, avant de faire expulser tout le monde avec une lettre de son oncle (qui mourra et sera enterré prêtre), « célibataire retraité ».

La justice divine vient de rattraper Georges. Et il n’aura pas fini de payer. L’Eglise vient d’être remise dans ses droits. Au-delà du comportement de Georges, ce qui est à déplorer, c’est surtout le délabrement moral avancé de certaines institutions maliennes.

Alexis Kalambry

 

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PERSISTANCE DE LA RETENTION DES NOTES

La passivité de l’Etat étalée au grand jour

Malgré la levée de la rétention des notes par le Snesup, certains enseignants font de la résistance. Tant et si bien que la proclamation des résultats académiques dans certaines facultés de l’Université de Bamako s’en trouve affectée.

Le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup) avait décidé de retenir ses notes tant qu’il n’aurait pas un terrain d’entente avec le gouvernement sur ses points de doléances. La situation a connu une issue favorable avec la satisfaction de certaines revendications du Snesup, qui a aussitôt invité ses militants à travers un communiqué, à rendre automatiquement leurs notes.

Cependant, face à l’inaction des autorités compétentes, certains enseignants ne l’entendent toujours pas de cette oreille. Et ce sont les étudiants qui en sont les grandes victimes, car leurs résultats ne sont pas publiés avec toutes les notes incluses.

Il y a quelques semaines, le secrétaire principal de la Faculté des sciences et techniques (Fast), Oumar Doumbia, nous informait qu’au niveau de certaines classes, les notes des matières aussi importantes que l’informatique n’avaient pas été prises en compte dans la délibération.

« Le professeur est parti en France avec les notes qu’il n’a données à personne. L’administration a donc décidé de publier les résultats sans les notes de l’informatique » , avait-il dit. Dans cette Faculté, le taux de réussite a été acceptable dans l’ensemble, aux dires du secrétaire principal. Mais, peut-être, il aurait été encore plus acceptable si l’informatique avait été prise en compte. Toutefois, en tant que discipline incontournable dans le monde contemporain, l’informatique ne doit pas être reléguée au second plan, ne serait-ce que pour l’intérêt des étudiants.

Cette situation est passée, et maintenant c’est le tour de la FSJP de prendre sa dose. « En dépit des tractations, des communiqués radiodiffusés et des démarches engagées par un huissier, des professeurs n’ont pas voulu remettre leurs notes », a déclaré Pr. Harouna Dembélé, doyen de la FSJP. Il fait ainsi référence à ses « détracteurs » qui ont refusé de rendre leurs notes et qui remettent toujours en cause sa légitimité. A la différence de la Fast, le jury de la FSJP a décidé d’attribuer la note de 10 à tous les étudiants dans les matières dont il n’a pas obtenu les notes. Est-ce à dire que tous les étudiants méritent la moyenne de 10 sur 20 ?

C’est vrai que la FSJP est frappée par de vives contestations autour du poste de doyen. « Pourquoi les autorités n’interviennent pas une bonne fois pour toutes pour départager les deux camps opposés dans cette Faculté en mettant chacun à sa vraie place » ? C’est la question que se posent des observateurs. Une question bien justifiée, car ce sont les étudiants qui sont pénalisés en fin de compte, avec des moyennes qui ne reflètent forcément pas leur niveau. Ce qui a pour conséquence leur humiliation et leur manque de performance sur le marché du travail.

Dans les cas des deux facultés, nous nous demandons si l’Etat, en tant qu’employeur des enseignants, a fait des efforts visant à faire appliquer les lois en l’occurrence après le compromis entre lui et le Snesup.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

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SIAKA DIAKITE, SG DE L’UNTM

« Les privatisations ont été un échec »

Le secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), Siaka Diakité, qui exige de l’Etat un bilan de la privatisation, a un jugement négatif du processus enclenché jusque-là dans notre pays.

Dans son cahier de négociation de juillet 2007, l’UNTM demandait au gouvernement de lui dresser un bilan de la privation. Ce point n’a pas été satisfait dans le protocole d’accord UNTM-gouvernement-CNPM du 18 juillet 2007. Selon Siakia Diakité, « l’Etat a été incapable de fournir un bilan ».

Le patron du principal syndicat malien, qui a enclenché hier à la CMDT une vaste concertation sur la privatisation et qui doit le conduire dans d’autres sociétés comme la Sotelma et même à l’Huicoma (déjà privatisée), a jugé bon de prendre les devants. Sa centrale se battra pour ne pas livrer pieds et mains liés les travailleurs des sociétés qui sont encore sur la liste de privatisation. Siaka Diakité compte, d’ores et déjà, établir son propre bilan si l’Etat, par peur, refuse de le faire.

Le bilan pour lui signifie que l’Etat fasse le point des sociétés et entreprises d’Etat ouvertes aux capitaux étrangers, montrer à quoi ont servi les sommes perçues dans la croissance économique et surtout si les travailleurs déflatés ont eu leur compte.

Parlant de la réussite ou non de la privatisation, le patron de la Bourse du travail ne va pas par mille chemins. « Toutes les privatisations ont été un échec dans notre pays », juge-t-il. Il estime que les différentes opérations menées n’ont pas contribué à sauvegarder le tissu industriel avec comme conséquences, la transformation de notre Mali en une société de consommation. Toujours, selon Siaka Diakité, une autre conséquence cruciale pour notre pays est que des centaines de milliers de travailleurs sont jetés à la rue sans lendemain.

Abdrahamane Dicko

 

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EPILOGUE

La mort lente des sociétés et entreprises d’Etat

La proclamation de l’indépendance politique du Mali en septembre 1960 fut accompagnée, quelques années plus tard, par de nombreuses sociétés et entreprises d’Etat (SEE) appelées à prendre la place et à remplacer les maisons et les sociétés commerciales coloniales rentrées en métropole.

Dans l’esprit des dirigeants de l’époque, qui avaient mené le combat pour l’indépendance, l’affirmation de celle-ci était inconcevable sans la maîtrise de certaines marques ou domaines de souveraineté comme l’armée, la monnaie nationale, la création de sociétés et entreprises d’Etat pour mettre le pays au travail et satisfaire les besoins fondamentaux des populations. De plus, les tendances socialistes du gouvernement de l’US-RDA l’empêchaient de reproduire le modèle capitaliste en vigueur dans la plupart des pays limitrophes : Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, etc.

Les sociétés et entreprises d’Etat, créées entre 1960 et 1965, le furent sur le modèle de celles qui existaient en ex-URSS et dans certains pays d’Europe de l’Est communiste. Le 29 novembre 1960, fut créée la Régie du chemin de fer du Mali (RCFM) pour l’exploitation de la ligne de Dakar-Niger. Elle fut suivie par beaucoup d’autres : Sonatam (tabac et allumettes), Sonarem (Société nationale de recherche et d’exploitation minière), PPM (Pharmacie populaire du Mali), la Somiex, la Comatex, les Abattoirs frigorifiques, etc.

En gros des sociétés et entreprises d’Etat couvrirent presque tous les domaines de l’activité économique du pays et cela, dans le but d’assurer au pays son indépendance vis-à-vis de l’extérieur et principalement de l’ancienne puissance colonisatrice. Mais les dirigeants de l’US-RDA, n’ayant pas le choix parce que la plupart des cadres nationaux étaient de formation française, donc capitaliste, les confièrent à des responsables dont tous n’étaient pas honnêtes et intègres.

Non seulement leur moralité était douteuse mais également beaucoup, sans le dire, étaient opposés à l’orientation politique prise par le régime. Au bout de quelques années de fonctionnement, il apparut que leur gestion n’était pas saine et que beaucoup de directeurs, de responsables de ces sociétés s’enrichissaient aux dépens de leur unité, ce que dénoncèrent les dirigeants politiques de cette époque, mais en vain.

Malgré la mauvaise gestion, qui était le fait des cadres de la petite bourgeoisie nationale, elles ne disparurent pas complètement du paysage économique et continuèrent à exister jusqu’en 1968 et même au-delà de la crise économique dont l’un des signaux forts fut la dévaluation du franc malien en 1967 (de 50 % sa valeur) conduisant au coup d’Etat militaire de novembre 1968 et, au pouvoir, les militaires, conseillés par des experts occidentaux (Français pour la plupart), entreprirent de défaire tout ce que l’US-RDA, sur le plan économique, avait réalisé.

S’ils ne purent supprimer immédiatement le franc malien et ordonner le retour au F CFA (ils le firent finalement en 1985), par contre, ils mirent au point de nettoyer le pays des sociétés et entreprises d’Etat, soit en les privatisant, soit en les liquidant purement et simplement et revenir à l’économie de marché. Mais ils avaient trop simplifié les choses puisque les SEE occupaient presque toute la totalité de l’espace économique et faisaient travailler une population nombreuse. Il n’y avait pas en 1970 par exemple un seul secteur d’activité qui échappait à ces sociétés.

La Pharmacie populaire du Mali (PPM) et la Somiex étaient implantées dans toutes les régions. Il en allait de même pour l’Opam (Office des produits agricoles du Mali). La région de Ségou était économiquement tenue par la Comatex tandis que la ville de Koulikoro l’était par la Sepom (ancêtre de Huicoma) et la CMN (ancêtre de la Comanav).

Une fois déclarés les objectifs du CMLN (puis de l’UDPM) et des commerçants qui les soutenaient et même les poussaient, les travailleurs, à travers leurs syndicats, se dressèrent et organisèrent la résistance. L’Etat militaire dut revoir ses prétentions à la baisse parce que des privatisations hâtives pouvaient mettre beaucoup de travailleurs au chômage (et donc dans la rue) et augmenter les risques de soulèvements populaires pouvant se transformer en émeutes urbaines. Ceci explique que l’on ait attendu les années 1980 pour décréter le libéralisme économique avec dans le même train la volonté affichée de promouvoir le secteur privé quasi inexistant jusque-là dans certains domaines dont l’industrie.

Il faut aussi souligner que l’un des obstacles majeurs à la privatisation fut la non-disponibilité de repreneurs sérieux et capables de conduire l’opération jusqu’à son terme, en payant aux travailleurs licenciés leurs droits. On envisagera alors des solutions du milieu comme la transformation de certaines sociétés d’Etat en sociétés mixtes ouvertes au capital privé (sous l’UDPM) pendant que d’autres disparaissaient pour le bon, laissant dans le désespoir leurs salariés.

Dans cette période, la Librairie populaire du Mali, devenue Librairie nouvelle SA ferma ses portes au bout de moins de 10 ans d’existence. La Socima (Cimenterie de Diamou) connut le même sort et depuis sa fermeture le Mali vit des importations de ciment du Sénégal, du Togo et d’autre pays encore de la sous-région.

L’avènement de la démocratie en 1991 avec à la clé l’adoption du libéralisme économique intégral accéléra le processus de désintégration des SEE. Toutes celles qui étaient en instance de privatisation le furent, le plus souvent dans des conditions déplorables ou furent tout simplement liquidés sous prétexte qu’elles coûtaient cher à l’Etat et n’étaient pas rentables. En regardant leur parcours, on peut dire qu’autant le CMLN et l’UDPM furent le cimetière des SEE, autant la IIIe République leur fournit des fossoyeurs zélés.

Dans tous les cas, elles ont été la fierté du peuple malien à un moment donné de son histoire et ont été pour cela qualifiées d’acquis du peuple. Mais mal gérées par des cadres véreux et peu soucieux de leur essor pour diverses raisons y compris celles de l’idéologie, elles n’ont pu briller longtemps dans le firmament de l’économie de ce pays.

Facoh Donki Diarra

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 PRIVATISATION DU CHEMIN DE FER

ATT et Ousmane Issoufi Maïga mis en cause

Après avoir travaillé pendant 32 ans à la Régie du chemin de fer du Mali, Mahamadou Kanté, âgé aujourd’hui de 58 ans, a été licencié le 30 septembre 2003. Six ans après, son amertume est toujours à son comble et il pointe un doigt accusateur sur le président de la République et Ousmane Issoufi Maïga, ministre des Transports à l’époque, accusés d’avoir bradé ce patrimoine national.

De l’école au Chemin de fer et du Chemin de fer à la rue : voici résumée la vie du sexagénaire Mahamadou Kanté. Licencié avec 617 autres agents à la suite de la concession du Chemin de fer en 2003, M. Kanté n’est pas prêt d’oublier ce jour fatidique du 30 septembre 2003. « Nous sommes partis au service ce jour-là, on nous a sorti une liste sur laquelle nos noms figuraient. Nous étions licenciés. Ce n’était vraiment pas honnête », se souvient-il. Commence alors pour ce vieux cheminot expérimenté une vie d’infortunes.

Marié à deux femmes et père de 12 enfants, il tente difficilement de joindre les deux bouts, surtout qu’il est à la retraite. « Tous nos droits n’ont pas été acquittés. Je vis très difficilement, il faut payer les fournitures, l’habillement, les médicaments avec la pension. Heureusement que mes épouses ont été compréhensives, elles ont pris mon licenciement avec philosophie. Certains agents ont vu leurs épouses plier bagages pour de bon », dit-il.

A l’origine de ce drame, M. Kanté pointe un doigt accusateur sur le président de la République, l’ex-Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga qui était à l’époque le ministre de l’Equipement et des Transports et la direction générale de la Régie.

Ré-nationalisation

Selon lui, « ils ont tout simplement bazardé le Chemin de fer du Mali. ATT a été trompé et mal informé et il n’a voulu rien savoir. Les ministres de Transports, Ousmane Issoufi et Abdoulaye Koïta qui ont bouclé le dossier ne connaissent rien du chemin de fer. Et ils n’ont pas voulu prendre les avis des cheminots de renom comme les Cheick Diombana, Cheick Kéita ou Cheick Doumbia ».

Aujourd’hui, dit-il, les faits ont donné raison aux cheminots déflatés. « ATT est allé payer des trains à 13 milliards de F CFA alors qu’il fallait seulement 5 milliards de F CFA pour redresser la société en son temps. C’est trop tard maintenant, de Diboli à Koulikoro, ils ont licencié tout le monde et fermé 37 gares. Pis, ils ont transporté tous nos matériels au Sénégal. On est en train de tuer les pauvres tous les jours et l’on parle de lutte contre la pauvreté. On ne reconnaît même plus le Chemin de fer », affirme-t-il la gorge nouée.

Mahamadou Kanté verse sa bile sur le nouveau repreneur, Transrail. « Cette société n’a pas besoin du Mali, elle ne veut que ses intérêts, ses sous. Et au lieu de recruter des anciens cheminots comme prévu, elle prend des novices étrangers qui remplissent leur poche et partent. De l’égoïsme pur et simple ».

Pour ce vieux cheminot, le salut du Chemin de fer du Mali passe par sa ré-nationalisation. « Le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire ont tous récupéré les licenciés de leur chemin de fer. Pourquoi pas le Mali ? », s’interroge-t-il.

Sidiki Y. Dembélé

 

 

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