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2008

Mois de Fevrier

Les Echos du 06 Fevrier 2008

 

SOMMET DE L’UNION AFRICAINE

Alpha Oumar Konaré se retire

Pourfendeur des coups d’Etat, des génocides et des violations des droits de l’Homme qui ont encore cours en Afrique, Alpha Oumar Konaré, ci-devant président de la Commission de l’Union africaine, aura été ces quatre dernières années la vraie « voix » du continent.

C’est le Gabonais Jean Ping qui succède à notre compatriote Alpha Oumar Konaré à la tête de la Commission de l’Union africaine. C’est ainsi que l’a décidé le sommet de l’Union africaine qui s’est déroulé à Addis-Abeba du 31 janvier au 3 février 2008. Cette décision fait suite à la volonté d’Alpha Oumar Konaré de ne pas briguer un deuxième mandat. Et d’œuvrer par d’autres moyens à l’unité du continent africain.

A la fin de son second mandat à la tête de notre pays en 2002, Alpha avait souhaité diriger la nouvelle organisation panafricaine créée sur les cendres de l’OUA. Pas parce qu’il n’avait rien à faire ou que le « chômage » lui pesait. Mais par conviction. En effet, il voulait continuer à l’échelle du continent son combat pour l’intégration africaine et comptait impulser une nouvelle dynamique à une démarche unitaire qui tardait à dépasser les slogans. Ses anciens pairs qui l’ont investi des charges de président de la Commission savaient qu’il en était capable malgré sa liberté de ton et de mouvement difficilement maîtrisables à leurs yeux.

C’est que son pedigree plaidait largement en sa faveur. Les dix ans qu’il a passés à la tête du Mali, l’un des rares pays africains à avoir inscrit dans sa Constitution sa volonté de céder tout ou partie de son territoire pour réaliser l’unité africaine, ont permis à Alpha Oumar Konaré de concrétiser l’espoir pour les peuples africains de lendemains meilleurs. Démocrate, élu démocratiquement, Alpha a prouvé que la démocratie n’était pas un luxe pour l’Afrique. C’est un chemin certes nouveau, certes difficile mais que c’était le seul à prendre pour lancer les jalons d’une Afrique en marche, d’une Afrique qui se bat, d’une Afrique qui ose.

Décomplexé et parfaitement conscient des espoirs qu’il soulevait, Alpha ne s’est jamais détourné des problèmes que rencontraient d’autres pays africains sur leur chemin pour une démocratisation des mœurs politiques. A ce titre, il ne s’est jamais privé de dénoncer les tentatives de coup d’Etat ou les coups d’Etat perpétrés contre des chefs d’Etat. Une fois à la tête de la Cédéao et de l’Uémoa, il est allé au-delà des simples dénonciations pour bouter hors du pouvoir ceux qui l’ont pris par la force en renversant des régimes démocratiquement élus.

Il en est ainsi de la Sierra Leone. Quand le président Ahmed Tejane Kaba a été victime d’un coup d’Etat, Alpha a obtenu de la Cédéao une intervention militaire contre les putschistes et le retour d’Ahmed Tejane Kaba dans ses fonctions de président de la République. Ce fut une première sur le continent.

Pour le Niger, après le coup d’Etat de Baré Maïnassara, il n’a pas été suivi dans sa volonté de mettre les putschistes en quarantaine à défaut de les renvoyer dans les casernes, ce malgré ses mises en garde sur les surenchères qu’une telle situation de complaisance pouvait engendrer. Quand Maïnassara a été assassiné, rares étaient ceux qui lui avaient donné tort dans son analyse et dans sa fermeté face au régime. A tel point que le nouveau régime de Wanké a été obligé, sous la double pression interne et externe, d’organiser rapidement des élections pour remettre le pouvoir aux civils.

En Côte d’Ivoire, il a été l’un des rares hommes politiques africains à percevoir les dérives qui pouvaient naître malgré le caractère « libérateur » du putsch. Il agaçait jusqu’aux politiciens ivoiriens qui ne comprenaient pas son acharnement à dénoncer les militaires quand eux pensaient avoir trouvé leur bonheur. Hélas ! L’histoire lui a donné raison. Et quand il y a eu la rencontre de réconciliation nationale entre tous les acteurs ivoiriens, il a été invité pour y prendre la parole. Le discours qu’il y a tenu a fait pleurer plus d’un dans la salle par son lyrisme, sa sincérité et sa justesse.

Alpha agaçait quelque peu ses pairs africains par son côté donneur de leçon. Mais les peuples africains suivaient ce qui se passaient dans notre pays et appréciaient les efforts de ce président atypique, qui ne mâchait pas ses mots, quel que soit son interlocuteur (les prises de bec avec le président français Jacques Chirac étaient encore fraîches dans les mémoires). C’est pour cela que quand il a été choisi, grâce à la diplomatie de notre pays, Alpha représentait aux yeux de très nombreux Africains celui par qui les choses allaient bouger dans le bon sens pour l’Afrique.

Mais personne n’était dupe, à commencer par Alpha qui comprend que le fait de passer de l’OUA à l’UA ne gommait pas les pesanteurs encore moins les résistances de la part notamment des chefs d’Etat. Tout au long de son mandat, il a été confronté à un problème de leadership. De la part de ses anciens pairs qui ont tenté de l’étouffer pour ne garder dans sa fonction que les tâches de secrétaire ; ensuite de la part des autres commissaires qui voyaient en lui leur alter ego.

Malgré tout, Alpha a pu manœuvrer pour s’octroyer des marges et offrir à l’Afrique une voix. L’heure n’est pas venue de dresser son bilan. Mais on peut citer l’institution des rencontres Afrique-Europe, Chine-Afrique, l’ouverture de représentations diplomatiques au nom du continent aux Etats-Unis, en Europe pour mieux marquer la présence de l’Afrique, l’intervention de l’UA dans les conflits et les drames qui frappent les Africains.

C’est vrai qu’il n’a pas pu tout faire notamment davantage d’implication des pays Africains dans la résolution de leurs problèmes, notamment le payement régulier des cotisations mais il compte, avant de rendre le tablier, obtenir des chefs d’Etat qu’ils acceptent les réformes pour rendre la Commission de l’Union africaine plus opérationnelle.

Le successeur d’Alpha a été désigné sans les réformes souhaitées. Il est donc logique qu’il soit confronté aux mêmes blocages. Même si Jean Ping semble être plus accommodant, la réalité pourrait le rattraper.

TBM

 

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ALPHA OUMAR KONARE

Un homme de conviction au service de l’intégration africaine

Finalement, c’est le Gabonais Jean Ping qui a été élu pour succéder à Alpha Oumar Konaré à la présidence de la Commission de l’Union africaine. Un vrai challenge que de succéder à un homme déterminé et engagé comme Alpha Oumar Konaré. Malgré les adversités de toutes sortes, l’ancien chef de l’Etat est parvenu à baliser les voies de la réalisation de l’intégration africaine. Et son héritage, aussi bien au Mali qu’à l’UA, sera un lourd fardeau pour ces successeurs.
Un homme de conviction ! Alpha Oumar Konaré l’a été pendant ses deux mandats à la tête du Mali et de l’Union africaine. Mûri par un combat politique très tôt engagé, ce leader-né ne cède jamais sur les valeurs morales et démocratiques. On comprend alors qu’il ait pu diriger le Mali pendant dix ans et dans un environnement politique qui ne lui a jamais été acquis.

On comprend aussi qu’il ait pu et su se maintenir à la présidence de la Commission de l’Union africaine malgré les nombreux sabotages et de nombreuses campagnes de déstabilisation de certains « dinosaures » africains furieux de ne pas pouvoir l’influencer dans leurs intérêts. Ce qui fait que son héritage sera lourd à porter pour son successeur. En effet, malgré les nombreux obstacles et les coups bas de certains chefs d’Etat, l’ancien président malien a réussi à mettre l’intégration africaine sur les rails.

Mieux, avec Alpha, le sort de l’Afrique n’a jamais été décidé dans son dos. « Quitte à réjouir les uns et à agacer les autres, Alpha Oumar Konaré à la tête de la Commission de l'Union africaine n'a pas varié d'un iota sur ses convictions et l'amour certain qu'il porte à l'Afrique, à la paix uni­verselle et au respect des droits de l'Homme, préa­lables à tout progrès », écrivait à juste titre un confrère.

A la tête de l'Union africaine depuis le 10 juillet 2003, Alpha Oumar Konaré a été réellement la puissante « locomotive » dont l’union avait besoin pour entamer sa marche vers l’intégration économique et politique. Et pourtant, jugé souvent intransigeant sur ses principes, il ne bénéficiait pas d’un préjugé favorable. Même s’il a été précédé à Addis-Abeba par son image de démocrate et de panafricaniste convaincu, d’homme de principe qui ne recule devant aucun sacrifice pour défendre ses convictions démocratiques.

Faisant fi des réserves géopolitiques ou même des intérêts particuliers de certains présidents africains, on l'a ainsi vu actif sur tous les théâtres d'opération au Darfour, en Côte d’Ivoire, à la conférence des intellectuels d'Afrique... Il a courageusement condamné le tripatouillage constitutionnel au Togo après la mort d’Eyadema. On l'a aussi entendu demander avec force une « stra­tégie d'influence de l'Afrique » pour l'obtention de sièges afri­cains au Conseil de sécurité des Nations unies, etc. La liste de ses actions démocrates et panafricaines est loin d’être exhaustive.

A sa nomination en juillet 2003, AOK accédait à une fonction inédite dans le concert panafricain. Une responsabilité à laquelle il a efficacement donné un contenu. Et pourtant, la mission d’Alpha n’a pas été du tout aisée. Il dérangeait bien de dirigeants africains jusqu’ici habitués à la servitude des secrétaires généraux de la défunte OUA.

Contredit par Olusegun Obasanjo sur le dossier de la succession dynastique au Togo, combattu par les chefs d’Etat d’Afrique centrale à propos du coup d’Etat de François Bozizé en Centrafrique, critiqué par ceux d’Afrique de l’Ouest pour son refus de reconnaître le nouveau pouvoir en Mauritanie, Konaré s’est rapidement retrouvé isolé sur tous les dossiers tendant à faire évoluer le processus démocratique et l’Etat de droit en Afrique.


Une vision éclairée de la démocratie

Son schématisme, son angélisme… ont certes joué un rôle dans ce malentendu. Mais, avait-il tort de prôner la limitation des mandats présidentiels ? Avait-il tort de vouloir bannir toute tentative de modification des constitutions en ce sens ? Bien sûr que non puisque cela ramène les Etats africains chaque fois à la case départ. Et conscient de sa responsabilité vis-à-vis de la jeunesse africaine et des futures générations d’Africains, AOK a refusé de servir de faire-valoir. Fidèle à son engagement, il a toujours soutenu et affirmé ses convictions sur la scène interna­tionale et devant les chefs d'Etat africains.

Les coups d'Etat, les mercenaires... il a touché à tous les sujets. Tout ceci réjouit les uns, agace les autres, mais confirme que le président de la Commission de l'UA entendait être sur tous les fronts, sans perdre de sa verve et en affichant ses convictions de démocrate, pour donner une chance à l’Afrique de réellement décoller. « Battons-nous comme nous l'avons fait pour mettre un terme à l'esclavage et à l'apartheid. C'est cette lutte qui nous per­mettra de gagner la bataille du développement », martelait-il lors d’une de ses nombreuses interviews. Il avait, dans le même ordre d'idées, plaidé pour « une autre Afrique qui compte sur elle-même et rompt avec l'assistanat ».

Une vision éclairée qui correspond au rêve de nous, jeunes Africains, « d'une Afrique forte qui discute en toute sou­veraineté avec les autres pays ». Pour l’un des pionniers du Mouvement démocratique au Mali, « l’Afrique doit définitivement dire non aux conflits et aux guerres, non aux coups d’Etat contre lesquels nous devons prôner la tolérance zéro. Pour ce faire, nous devons veiller à ce que partout la légalité se pare de légitimité. Si ce n’était le cas, nous ouvririons la voie à une épidémie de coups d’Etat, de révolutions de palais, de manipulations constitutionnelles ».

Une perle rare dans la mare aux crocodiles

Contrairement à beaucoup de chefs d’Etat africains, on ne peut nier à Alpha Oumar Konaré la sincérité de son engagement en faveur de la démocratie, qu’il a contribué avec d’autres, à instaurer au Mali. Une expérience qui lui permet de dire et redire sa conviction que les peuples d’Afrique sont mûrs pour celle-ci et qu’elle passe notamment par la libération totale de l’expression, et donc des médias.

« La liberté de la presse conditionne toutes les libertés, ici et ailleurs. La liberté de la presse crée les conditions d’une plus grande transparence, d’un plus grand contrôle des pouvoirs politiques et administratifs et d’une plus grande participation de la population » , disait-il dans un entretien avec le journaliste français, Bernard Cattanéo. Une liberté dont les confrères régulièrement abusent sans pour autant être inquiétés.

Comme l’écrivait ce confrère, en si peu de temps, «  Alpha Oumar Konaré aura au moins réussi à donner un visage et un verbe à cette présidence de Commission dont on sait par ailleurs les moyens d’action pour l’instant réduits ». Ce qui n’est pas surprenant de la part d’un panafricaniste pour qui « l’Afrique est notre pays, l’Afrique est notre patrie, l’Afrique est notre devenir à tous ». Et, qui plus est, convaincu que l’avenir de l’Afrique passe par l’intégration.

Mais, il est souhaitable qu’Alpha marque une pause pour mettre de l’ordre dans la Ruche, qu’il s’implique dans la réconciliation des différentes tendances de l’Adéma. Aujourd’hui, le renforcement de la démocratie nécessite des partis politiques forts. Et l’Adéma devra conduire à la renaissance de la classe politique malienne si toutes les « Abeilles » revenaient dans la Ruche. Et personne ne peut mieux conduire une telle mission qu’Alpha Oumar Konaré !

Alphaly

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Rupture et continuité

Après un mandat bien rempli, après avoir secoué le cocotier et montré que tout est possible en Afrique, Alpha Oumar Konaré passe la main à l’Union africaine. Ironie de l’histoire, il se bat pour partir là ou les autres se battent pour rester, là où les autres ne voulaient pas le lâcher.

Et pourtant, tout n’a pas été rose pour lui ! Le président a eu à se battre d’abord contre ses mandants, qui voulaient juste un commis. L’homme n’a jamais voulu ce rôle, car, militant à jamais, il ne se battait pas pour un strapontin, mais bien pour un idéal.

Il a été incompris. Il a été attaqué, désavoué. On lui a cherché des poux dans les cheveux, mais, il ne s’est jamais départi de ses principes. L’histoire, et les faits ont toujours fini par lui donner raison sur les grands dossiers.

A l’Union africaine comme partout où il est passé, il a été l’homme des ruptures. Jamais de pré-requis, de statu quo ante. Continuité dans la rupture, hors du conformisme. Tout un programme, toute une philosophie.

Avec une maîtrise jamais prise à défaut des dossiers brûlants, tant du point de vue politique qu’économique, Alpha Oumar Konaré, à la tête de l’Union africaine, a été une fierté pour le Mali. Il nous console (oh maigre consolation !) du présent médiocre, d’un ATT dénué de toute autre dimension et n’ayant d’ami que Narcisse.

Ils sont nombreux ses combats, ses jurisprudences et les patates chaudes qu’on lui a lancés. Ils sont légion ses prises de position qui sont restées mémorables car, contre vents et marées, contre tout le monde, pour finir par avoir raison.

Alpha est une fierté pour le Mali. Contrairement à ATT qui acquiesce « ce que Wade a dit », il a son opinion et il fait toujours, de toutes les questions, une mise en perspective.

Kipling, définissant « L’Homme » idéal disait qu’il s’agit de celui qui peut « sans jamais être moral ni pédant », « rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front », « conserver (son) courage et (sa) tête quand tous les autres les perdront ».

Vivement le retour du militant !

Alexis Kalambry

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ALHPA OUMAR KONARE

Credo pour l’Afrique

L’ancien président de la Commission de l’Union africaine, parti de son propre gré de la tête de l’organisation panafricaine, est connu pour être un homme de conviction .

On peut ne pas partager ses convictions, sa façon d’aborder certaines situations ou tout simplement aduler l’être. Mais au regard de ses prises de position sur des questions brûlantes de l’heure, sa foi en un continent uni et prospère, sans guerre ni confit fratricide, Alpha Oumar Konaré, l’ancien président de la République du Mali et de la Commission de l’Union africaine force l’administration. Il croit en lui-même, en ses idées et en tout ce qu’il entreprend.

Dans son propre pays où il a été le premier président démocratiquement élu en 1992, AOK comme aiment l’appeler ses fans, s’est toujours employé à consolider notre jeune démocratie. L’un de ses soucis était de passer ses deux mandats à la tête de l’Etat et de remettre le flambeau à son successeur. Il aimait dire à ce propos que le pouvoir est comme une course de relais. Celui qui se trouve à la tête de la course doit pouvoir transmettre le relais à temps.

Pendant son mandat, à la tête de l’organe exécutif de l’UA, Alpha Oumar Konaré a été vu sur tous les fronts et a donné son avis sur toutes les questions concernant l’Afrique. Il s’est même attiré l’inimitié de certains chefs d’Etats africains dont ses propos dérangeaient à certains niveaux. Parlant de son franc-parler, le président gabonais, El hadj Omar Bongo Ondimba disait un jour sur un média international « c’est un garçon très intelligent et courageux, mais il parle beaucoup… » .

Le Darfour, l’un des coins chauds de l’Afrique et même du globe à cause de la guerre ethnique ayant engendré des milliers de morts et de déplacés de guerre, a été l’un des combats de l’ancien président de la Commission de l’UA. Il a, en maintes occasions, alerté la communauté internationale sur les risques de génocide. Il a demandé d’y envoyer une troupe africaine de maintien de la paix. Il s’était personnellement rendu sur le terrain pour constater les dégâts de visu.

Déçu mais pas désespéré

Sans désespérer de l’Afrique, Alpha semble déçu de l’institution qui doit contribuer à l’avènement de l’union de l’Afrique. D’abord, il a été mis à la tête d’un organe sans les moyens nécessaires et sans trop de marge de manœuvre. Les rebellions comme c’est le cas au Tchad et les conflits ethniques au Kenya, ont fini par faire comprendre à Alpha que l’UA « est un gros machin », comme le général l’avait dit à la fin des années 1950 à propos des Nations unies.

« La crise au Tchad est un échec pour la Commission de l’UA parce qu’on a vu cette situation évoluer depuis plusieurs mois maintenant. Mais le dossier n’a pas été pris en charge » , affirmait M. Konaré, le 4 février dernier au micro de notre confrère Laurent Correau de RFI, à l’issue du 10e sommet de l’UA à Addis-Abeba (Ethiopie). Dans le même registre, il faisait montrer son scepticisme sur la crise kenyane. En faisant la somme des deux situations, le président Konaré pose le diagnostic sans complaisance de l’échec de l’organisation panafricaine. Il a en appelé d’ailleurs à un sursaut des Africains face à de telles situations.

Même gagné par la déception, AOK garde encore toutes ses convictions de panafricaniste. Au cours du même entretien avec le journaliste de RFI, il a affirmé qu’il ne sera jamais un ancien militant et qu’il continuera de se battre. Du fond du cœur, il a souhaité à son successeur beaucoup plus de moyens .

Abdrahamane Dicko

 

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ALPHA OUMAR KONARE

Retour au bercail d’un panafricaniste

Alpha Oumar Konaré a mis le Mali sur orbite avec des avancées significatives indéniables tant sur le plan démocratique que matériel avant de mettre son savoir-faire au service de l’Afrique à travers le « bébé » Union africaine. Partout où il est passé dans le cadre de sa présidence de la Commission de l’UA, l’homme aura séduit par son engagement pour la cause panafricaine, son franc parler et les idéaux démocratiques qu’il n’a cessé de défendre. En quittant la Commission de l’UA, il laisse derrière lui une grande responsabilité difficile à assumer.

L’ancien président de la République Alpha Oumar Konaré vient d’être remplacé à la tête de la Commission de l’Union africaine par le Gabonais Jean Ping. Il tourne ainsi le dos à l’institution après quatre années de bons et loyaux services et surtout l’avoir conduite sur les fonts baptismaux quand il dirigeait le Mali. « Vous aviez un bon président, qui est concret dans ses actes, éloquent… » Telle est en substance l’allégation de certains camarades d’études au Maroc en début 2003 à propos de l’illustre intellectuel, soit quelques mois seulement après qu’Alpha eût passé le témoin à Amadou Toumani Touré.

Ce qui nous a le plus marqué est l’affirmation de ce jeune étudiant guinéen à Rabat à la même époque : « Vraiment, moi je souhaite un homme comme Konaré à la tête de la Guinée-Conakry. Si nous avions Konaré comme président, nous nous serions développé et l’on ne parlerait plus de misère en Guinée. Regardez ce qu’il a fait du Mali ». Mais, il était impossible d’imaginer la joie de notre cher camarade, qui allait voir son rêve se réaliser à travers le « plébiscite » de Konaré par ses pairs à la tête de la Commission de l’UA.

Immenses étaient donc les attentes des Africains vis-à-vis du 1er président de la Commission de l’UA sur un continent déchiré par les guerres, miné par la pauvreté, la dictature… Dès son premier discours en septembre 2003, Alpha Oumar Konaré a invité ses anciens pairs africains à transcender les discours et les vœux pour non seulement faire de l’Union africaine une réalité mais surtout pour assurer au continent et à ses descendants un développement sans faille.

Ce qui passait, avait-t-il poursuivi, par le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques, la paix sans oublier l’engagement de tous les acteurs pour la cause panafricaine. Et c’est à ce « devoir » de sortir l’Afrique de l’ornière qu’il s’est attelé pendant son mandat, en dépit des adversités, des conflits d’intérêt et des actes peu honorables de certains chefs d’Etat africains, certainement jaloux de le voir traduire en actes les vœux des peuples africains.

Des actes concrets

C’est ainsi que le 1er président démocratiquement élu du Mali a d’abord posé les jalons de l’administration de la structure qu’il dirigeait avant de parvenir, entre autres, à l’institution des rencontres Afrique-Europe, Chine-Afrique, l’ouverture de représentations diplomatiques au nom du continent aux Etats-Unis, en Europe dans le but d’ancrer la présence de l’Afrique.

Il faut aussi retenir ses interventions devant le G8 où il a « valablement défendu » les préoccupations des Africains. Il a toujours dit non à la violence et condamné fermement les drames et les conflits qui minent le continent. Il a inlassablement œuvré pour des solutions de sortie de crise démocratiques. Du Darfour au Kenya en passant par la Somalie, le Togo, la Guinée, la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone, la RDC, le Tchad… l’homme a marqué de son empreinte tous les théâtres de violences en Afrique.

Cependant, tout n’a pas été rose tant Alpha a buté au « manque de volonté » des acteurs indispensables que sont les chefs d’Etat, qui ne sont pas « réellement résolus » à apporter les réformes nécessaires à la Commission et à aller au-delà de leurs divergences et de leurs propres intérêts pour le bonheur de leurs peuples.

Les chefs d’Etat n’avaient-ils pas voulu qu’il renouvelle son bail à la tête de la Commission de l’UA ? En effet, il a reçu toutes les félicitations de ces derniers. En retour, il a une fois de plus dénoncé certaines pratiques qui perdurent en Afrique et d’avertir les leaders africains que « le président de la Commission doit avoir une réelle autorité pour mener un vrai travail d'équipe et asseoir une meilleure gouvernance ».

En tout cas, son successeur Jean Ping est averti de ses acquis et doit savoir qu’il a certainement un lourd fardeau à porter.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

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ALPHA OUMAR KONARE

Le visionnaire

Tous ceux qui ont approché et connu Alpha Oumar Konaré, retiennent de lui une qualité, l’ancien président de la République du Mali est un visionnaire .

Héritant d’une administration corrompue, une économie à terre, un tissu social en lambeaux, des institutions inexistantes, Alpha Oumar Konaré a réussi entre 1992 à 2002 à poser des actes qui ont fait la fierté du peuple malien. Un travail de titan qui a touché tous les domaines : politique, économie, éducation, santé, culture… Bref tout ce qui concerne le développement du pays.

Homme au destin exceptionnel, Alpha Oumar Konaré est passé par un labyrinthe qui le mène à l’enseignement, au journalisme, au militantisme engagé contre l’injustice sociale, aux éditions avant de s’affirmer avec un projet de société sous la bannière de l’Adéma/PASJ, le parti qui le propulse à la tête du Mali.

N’étant jamais à court d’idées, panafricaniste convaincu et auteur d’une dizaine d’ouvrages, M. Konaré, titulaire d’un doctorat en archéologie de l’Université de Varsovie, a toujours nourri une ambition pour le Mali, son pays, et l’Afrique.

Adepte du président Modibo Kéita, l’étudiant, puis professeur stagiaire à Bamako, le futur président du Mali démocratique s’inspirait de la vision de Modibo Kéita. Dès les années 1960, Alpha Oumar Konaré a été « subjugué » par les idées du père de l’indépendance malienne, pour qui il a, pendant ses dix ans au pouvoir, érigé un imposant mémorial à Bamako.

Tenace et même téméraire à la limite, Alpha Oumar Konaré au début de son premier quinquennat a pu calmer les ardeurs des politiciens véreux qui n’avaient d’autres objectifs que de lui rendre la tâche difficile. Deux Premiers ministres ont abandonné le bateau Mali dans les vagues entre 1992 et 1994.

Contre vents et marées, il conduit avec une main de maître à terme son mandat qui sera renouvelé en 1997. Alpha ne se représentera pas à la présidentielle de 2002, respectant en cela les termes de la Constitution limitant à deux le nombre de mandats à la magistrature suprême.

Il aura été l’artisan de la IIIe République. La multiplication des centres de santé, des lycées et autres écoles communautaires, la construction des routes, l’embellissement de nos villes par l’érection de monuments et jardins publics, la construction de logements sociaux, la modernisation de l’administration… sont autant d’actes que le visionnaire a posés pour le bonheur des populations.

Ephémère ministre de 1978 à 1980 sous la IIe République, il a aussi assumé pendant deux ans (1999-2000) les fonctions de président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa).

Son passage à la tête de l’Union africaine fut l’occasion pour le Nord et le Sud de mesurer la dimension panafricaniste de l’homme. N’ayant pu avoir les coudées franches pour exécuter son programme et partager sa vision sur le continent, Alpha a décidé de céder son fauteuil à un autre Africain pour le bonheur de l’Afrique.

Idrissa Sako

 

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Le bilan d’Alpha à l’UA au crible

Dans son pays, le bilan de l’ancien président du Mali à la tête de la Commission de l’Union africaine est jugé différemment. A sa décharge d’aucuns estiment que le président Alpha Oumar Konaré n’a pas eu les mains libres. L’homme de la rue donne son avis.

Chérif Kader Maïga (ingénieur)  :

« Je ne veux pas me prononcer sur le bilan d’Apha Oumar Konaré sans que je sache exactement quelles étaient les missions à lui assignées. C’est en fonction de ça que je peux le juger. Maintenant sur la base de ses interventions sur les médias, je dis que l’homme, quoi qu’on dise, est un panafricaniste convaincu. Voyez-vous, il s’est toujours prononcé sur les grandes questions de l’heure : les conflits, les manquements de Sarko à l’Afrique, les APE, les Etats-Unis d’Afrique… En un mot, je dirai qu’il n’a pas sa « langue dans la poche ». D’aucuns le prenaient pour un utopiste sur la question de l’alimentation du budget de l’institution. Certains chefs d’Etat sont allés jusqu’à dire qu’Alpha ne doit pas se prendre pour le président de l’Afrique ».

Oumar Bah (enseignant)  :

« Au Mali, les gens prennent Alpha comme un homme à double face. Une fois élu à la tête de la Commission de l’UA, il n’a eu qu’une seule ambition : le développement de l’Afrique par les Africains. Je pense qu’il a travaillé durant tout son mandat à baliser le terrain et à même proposer des pistes à ses anciens pairs. L’homme a été présent sur tous les fronts, nonobstant les sabotages de certaines de ses actions par certains chefs d’Etat. Un président de la sous-région a voulu le discréditer mais, convaincu de ses idéaux, il s’en est sorti. Ceux-là qui l’ont poussé à la sortie ne réussiront pas avec le nouveau président de la Commission. Jean Ping ne pourra pousser un pion en faveur de l’Afrique. On le verra bien ».

Salif Sidibé (étudiant)  :

« Pour juger le bilan d’Alpha je pense qu’il faut rappeler un peu l’histoire. Au moment où les pays africains prenaient leurs indépendances, certains présidents ont prôné les Etats-Unis d’Afrique. Il s’agit de Kwame Nkrumah, Modibo Kéita, Senghor… Alpha est un fruit de ses grands panafricanistes. Maintenant, dire que le bilan d’Alpha est positif ou négatif ne doit pas se poser. Quel est ce chef d’Etat ou cette personnalité qui peut réellement émettre son avis sur les dossiers les brûlants. Sachant bien que l’Afrique n’a pas la dépendance pour se prendre en charge, il a dit haut et fort, ce que les autres disent tout bas. Durant tout son mandat, je pense qu’on ne l’a pas laissé travailler. Il n’a pas eu les mains libres. Et c’est dommage pour l’Afrique ».

Propos recueillis par

Amadou Sidibé

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