Les Echos du 30 Decembre
BIRAMA B. SIDIBE, NOUVEAU VICE-PRESIDENT DE LA BID
« Il faut que l’aide soit efficace et efficiente »
Après 24 ans à la Banque africaine de développement (Bad), notre compatriote Birama Boubacar Sidibé, vient d’être sélectionné par un panel d’éminentes personnalités pour tenir les rênes des opérations de la Banque islamique de développement (Bid). En sa qualité de nouveau vice-président en charge des opérations de l’institution M. Sidibé de par son expérience, sa carrière est loin d’être en terrain inconnu. Avant même sa prise de fonction officielle,, il a sa feuille de route en tête bâtie autour de l’efficacité de l’aide destinée à soutenir les efforts de développement. Dans l’interview ci-dessous, il se prononce sur l’état de santé de l’institution, ses domaines d’intervention, la corruption et l’éducation et estime que les Etats africains ont plus que jamais besoin de soutien dans les domaines de l’éducation, la santé, l’agriculture… pour tenir le coup. Entretien.
Les Echos : Pouvez-vous nous présenter brièvement la Bid ?
Birama Boubacar Sidibé : La Bid est une banque multilatérale de développement à l’instar de la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque asiatique de développement. C’est la même catégorie d’instrument de coopération. Comme telle, elle intervient dans ses pays membres pour le financement du développement. Ces pays sont au nombre de 56, dont 26 situés en Afrique. Elle est l’une des premières institutions de développement. Son capital est de 30 milliards de droits de tirages spéciaux. Et son capital émis est de 15 milliards, le capital souscrit 13 milliards et environ 3 milliards libérés. La caractéristique de la Bid est qu’elle réunit les pays membres de l’OCI, mais apporte également son appui aux communautés musulmanes des pays non membres. Elle a un programme de près d’environ 5 milliards de dollars par an. Elle finance et co-finance les projets classiques, l’assistance technique, les opérations d’urgence… Son siège est à Djedda en Arabie saoudite.
Les Echos : Quels sont les domaines d’intervention de la Bid ?
B. B. S. : C’est vraiment un partenaire important. Au 1er janvier 2008, la Bid a financé 87 interventions pour un montant total d’environ 530 millions de dollars rien qu’au Mali. Les domaines prioritaires de la Bid, outre le commerce et le secteur privé, concernent les infrastructures, l’éducation, la santé et l’agriculture. Championne de la sécurité alimentaire, la Bid est l’une des premières institutions à parler de ce concept.
Les Echos : Selon vous, quel est l’état de santé de l’institution ?
B. B. S. : Quelle que soit l’institution lorsqu’on veut se faire une idée de sa santé économique, l’on regarde sa cote de crédit déterminée par les agences internationales de notation. Eh bien, la Bid a reçu la note de crédit la plus élevée par les agences de crédit soit le triple A, ce qui démontre la qualité de sa signature et sa santé financière.
Les Echos :Comment avez-vous accueilli votre nomination au poste de vice-président de la Bid ?
B. B. S. : J’ai été sélectionné par la Bid grâce à un panel d’éminentes personnalités qui ont été mises à contribution pour rechercher un cadre africain compétent pour tenir les rênes des opérations de la Bid. Les autorités ont accueilli et soutenu cette sélection avec bonheur. Donc, pour moi, au-delà de ma personne, c’est un honneur pour le Mali. C’est tout à fait un honneur pour ma modeste de personne de porter le drapeau du Mali. Aujourd’hui, ils sont nombreux les cadres maliens qui occupent des fonctions très importantes dans les institutions internationales. Je veux citer Hamadoun Touré, secrétaire exécutif de l’UIT, Michel Sidibé, récemment nommé secrétaire exécutif de l’Onusida et quelques autres. Aussi j’ai apprécié les encouragements et le soutien du président de la République.
Les Echos :Vous attendiez vous à cette nomination ?
B. B. S. : Ça été une surprise pour moi parce que je n’ai pas fait acte de candidature. Ils ont fait des recherches par référence. C’est le panel qui m’a contacté. Bien sûr, ça n’est pas la première fois qu’on me demande de venir occuper des postes. Il s’agira pour moi, à travers cette nouvelle fonction, de servir les pays membres de la Bid, l’Afrique et, bien entendu, le Mali.
Les Echos :Que comptez-vous entreprendre en termes d’investissements pour l’Afrique en général et au Mali en particulier ?
B. B. S. : Les défis communs à tous les gouvernements, à toutes les institutions, c’est faire en sorte que l’aide se traduise par des effets concrets. C’est le plus grand défi. Que l’argent qui arrive touche la population cible. A ce titre, il faut que l’aide soit efficace et efficiente. C’est vraiment un mot d’ordre qui est très important pour moi. Au-delà des grands discours, il faut qu’on parvienne à évaluer l’aide au financement pour soutenir les efforts de développement. A part ce cadre général, je pense sincèrement que l’Afrique manque cruellement d’infrastructures. C’est la raison pour laquelle il faut plus de routes, d’eau, etc. L’infrastructure est un catalyseur de développement économique privé, public. Il faut aussi des ressources humaines de qualité à l’image du Japon, de l’Inde. Ce sont là des ingrédients de développement économique pour atténuer la pauvreté et contribuer à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Tout cela dans le cadre du dialogue avec les gouvernements.
Les Echos :Quelle dynamique comptez-vous insuffler aux priorités de la Bid ?
B. B. S. : De par ma carrière pour avoir passé 24 ans à la Bad, j’ai beaucoup d’expérience dans le domaine des opérations. Je pourrais facilement intégrer la vision de la Bid et en être le vecteur privilégié, le catalyseur pour l’opérationnalisation de cette vision. Je m’emploierai à renforcer la coopération dans les domaines prioritaires de la Bid ; à savoir : le commerce, les infrastructures, la santé, l’éducation, l’agriculture pour contribuer au développement et atténuer le fardeau de la pauvreté. Nul doute, nos pays ont besoin du financement de ces programmes. Les pays ont cruellement besoin de soutien dans les domaines pré cités.
Les Echos :Y a-t-il des motifs de satisfaction dans la collaboration entre la Bid et les pays dans lesquels intervient-elle ?
B. B. S. : Au regard des chiffres, c’est satisfaisant même s’il est vrai que la question doit être posée aux autorités. Mais si j’en juge par les projets financés, je pense que oui. Même s’il y a matière à amélioration, l’on s’attellera à cela.
Les Echos :Avec la récession économique actuelle, la Bid connaît t-elle des difficultés ?
B. B. S. : C’est difficile à dire. Je n’ai qu’une vision externe pour le moment de la Bid. Mais, à mon humble avis, la crise économique internationale ne doit pas affecter l’institution puisque la charia n’autorise pas le loyer de l’argent. Néanmoins, l’on vend les biens et les services sous forme de produits conformes à la doctrine musulmane, qui prohibe les taux d’intérêt. Mais, favorise le partage de bénéfice proportionnellement à la contribution de chaque investisseur. Beaucoup de banques aujourd’hui sont en train de se convertir au financement islamique. Je suis optimiste à long terme pour l’Afrique. L’on passera certainement par une phase difficile, mais je suis optimiste pour l’avenir de l’humanité.
Les Echos :Que vous inspire la tenue récente des Etats généraux sur la corruption et le Forum national sur l’éducation dans votre pays ?
B. B. S. : A mon avis, la corruption est la forme d’injustice la plus grave. C’est la pire des catastrophes qui peut arriver à un pays émergent. Ce n’est pas le riche qui souffre. C’est toujours le pauvre qui en fait les frais. Pourra-t-on éradiquer le fléau ? Je n’en sais pas trop. Je pense que le problème peut se résoudre non pas par une approche répressive, mais de façon culturelle.
Cela dit, franchement, je ne voudrais pas insister sur l’importance de l’éducation et de la formation. Nos pays doivent investir massivement dans l’éducation pas forcément et uniquement académique mais dans la formation professionnelle. Je sais que notre système éducatif a des problèmes, mais nous devons beaucoup investir dans la formation structurante.
Propos recueillis par
Mohamed Daou
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RETRO 2008 SUR LA CHAINE « AFRICABLE »
Les coups d’Etat en Afrique au peigne fin
Pour faire la rétrospective de l’actualité africaine de l’année 2008, Africable a organisé un débat samedi dernier sur différentes thématiques. Le thème sur la récurrence des coups d’Etat a ravi la vedette.
Africable, la chaîne de télé privée, a innové en organisant une rétrospective de l’actualité du continent et du monde en faisant appel à une expertise aussi riche que variée. Le plateau était composé de politiques, de journalistes, d’économistes, de chercheurs et de consultants. Ils avaient à débattre de la problématique de la gouvernance en Afrique avec le spectre des coups d’Etat, de la gouvernance démocratique et justice, de l’Afrique et la crise alimentaire et sécuritaire, de l’Afrique dans la géopolitique internationale et de l’élection d’Obama, « un Noir à la Maison Blanche ».
Par le fait de l’actualité brûlante avec le coup d’Etat survenu en Guinée le 23 décembre après la mort du général Lansana Conté, le thème sur la gouvernance démocratique faisant cas du spectre des coups d’Etat, a dominé les débats. Le sujet a été abordé souvent avec passion mais dans la courtoisie parce que chaque intervenant avait sa conception et sa vision du phénomène et chacun tenait à dire sa part de vérité.
Le décor faisait apparaître les deux présentateurs (Sékou Tangara et Kolsia Ngarsoun) en face d’invités qui se faisaient face en groupe de cinq personnes. Rien ne les opposait a priori, mais dans les discussions il y avait ceux qui étaient pour l’avènement de l’ordre kaki en Guinée et tous les cas similaires en Afrique du fait de la panne des institutions et ceux qui se gardaient de faire « l’apologie des coups d’Etat ».
Modou Ndiaye Fada, ancien ministre et vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal, a estimé qu’il faut aider la junte militaire guinéenne. Pour lui « un pays qui n’a pas pu organiser les élections législatives dans les délais ne peut pas tenir une présidentielle en 60 jours ». Il a ainsi fait allusion à l’illégitimité de l’Assemblée nationale guinéenne en dépassement de mandat et dont le président ne pouvait être le dauphin constitutionnel du chef de l’Etat.
Il a indiqué que l’arrivée du jeune capitaine Moussa Dadis Camara a été même saluée par la population en liesse. Baba Dagamaïssa, journaliste et ancien conseiller en communication à la Primature, a corroboré les propos de son devancier. « Il n’y avait pas d’Etat, un président moribond en comas plusieurs fois, un président de l’Assemblée qui a fini son mandat. Il n’y a pas eu de coup d'Etat et tous les coups d'Etat ne sont pas mauvais », a-t-il indiqué.
Son confrère Serge Daniel, correspondant de RFI à Bamako, a reconnu qu’ « un coup d’Etat n’est jamais une bonne chose », ajoutant qu’il n’y avait pas d’Etat en Guinée. Il est resté réservé sur le délai de deux ans donné par les militaires pour organiser des élections. Ayant déjà travaillé dans ce pays comme correspondant, il pense que ces jeunes militaires sont de l’ère Conté.
Hamidou Konaté, directeur de la coopérative Jamana, s’est dit de nature contre les putschs. Mais il a estimé que les coups d’Etat sont la résultante de quelques facteurs de mauvaise gouvernance. « Il peut y avoir un coup d’Etat dans tous les pays africains où l’on peut organiser des élections 10 fois et les gagner avec le phénomène des changements constitutionnels ». Me Mamadou Ismaïl Konaté, avocat à la Cour, en a déduit que « l’Afrique est malade de ses institutions ».
« Quand on va sur la base des principes, les coups d’Etat ne sont pas bons. Mais quand les votes et ceux qui en sont issus font l’objet de contestations et de coups d’Etat, cela donne à réfléchir. L’Afrique est malade de ses institutions. C’est le cas en Guinée, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Mali. Il faut régler le problème institutionnel » .
Mohamed Ben Omar, ministre nigérien de la Communication, s’est insurgé contre ce qu’il appelle « l’apologie des coups d’Etat ». « Il n’y aurait pas d’excuses contre les coups d’Etat. Il va falloir se donner les moyens au niveau du Conseil de sécurité de l’Union africaine pour qu’il n’y ait plus de coup d’Etat. Il faut mettre les garde-fous pour la postérité. Les militaires ne sont pas faits pour diriger un Etat », a-t-il dit.
Adam Thiam, ancien conseiller à la communication du président de la Commission de l’UA a pour sa part affirmé qu’il existe une charte constitutionnelle de l’UA qui condamne les coups d’Etat. Il a jugé que c’est un procès en sorcellerie que de dire qu’on ne pouvait tenir des élections en 60 jours en Guinée. « On ne peut pas régler les problèmes en parlant de péremption des institutions. Si on continue sur cette lancée, il y aura 11 coups d’Etat en Afrique en 2009 », a-t-il dit. Abdoulaye Niang, directeur du bureau sous-régional de la Commission économique a conclu que « l’Afrique a des institutions qu’elle mérite ».
Abdrahamane Dicko
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AFFAIRE SAFIATOU TOGOLA
L’interpellateur charge la Brigade des mœurs
L’auteur de l’interpellation du ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile sur la disparition de Safiatou Togola, estime que la Brigade des mœurs aurait dû garder le profil bas, après que la fille eut été retrouvée au lieu de se livrer à une publicité autour d’une affaire dans laquelle elle ne semble pas tout à fait innocente.
S’il y a un sujet qui a ravi la vedette à l’Espace d’interpellation démocratique (EID), édition 2008, c’est bien la disparition de la jeune fille Safiatou Togola, dans les locaux de la Brigade des mœurs courant janvier 2008.
Sur la question, Nouhoum Sanogo, administrateur des biens, n’a pas cherché midi à quatorze heures pour interpeller le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile qui a solennellement promis que ses services compétents mettront tout en œuvre pour retrouver la fille. Naturellement, la réaction de l’intéressé se comprenait d’autant plus que c’est sa sœur répondant au nom de Fatoumata Sanogo qui est venue de Koutiala avec la fille, pour l’aider à trouver un travail d’aide-ménagère à Bamako. C’était courant janvier 2008.
« Dès leur arrivée ma fille du nom de Penda embaucha Safiatou et l’amena à son domicile conjugal. Le lendemain, Safiatou sortit seule pour regagner notre maison. Malheureusement, ne connaissant pas la ville, elle s’est égarée. Après plus d’une semaine de recherche, nous sommes arrivés à la localiser, un homme, qui l’avait retrouvée, finit par l’amener à la Brigade des mœurs » , précise Nouhoum Sanogo, dans une correspondance adressée le 11 avril 2008 au commissaire de la Brigade des mœurs.
Depuis, M. Sanogo multipliait les contacts comme en témoignent ses nombreuses correspondances adressées au directeur national de la police à qui il a demandé d’user de son influence auprès de ses services pour l’aider à retrouver Safiatou Togola.
Quelques jours après l’EID, les autorités de la Brigade des mœurs ont annoncé par voie de presse que Safiatou Togola a été retrouvée et que contrairement aux arguments développés par l’interpellateur à l’EID, elles ne sont impliquées ni de près ni de loin dans la disparition de la fille. « La fille n’a pas été vendue et elle avait plus de 18 ans. Donc, sa garde ne relevait pas de nous après son passage dans nos locaux lorsqu’elle a été retrouvée », ont expliqué les autorités de la Brigade.
Mais, cette sortie des autorités de la Brigade de mœurs a mis mal à l’aise Nouhoum Sanogo qui s’est vu dans l’obligation d’apporter des précisions. « En aucun moment, je n’ai dit que la fille a été vendue et je n’ai jamais dit qu’elle a 13 ans », dément l’interpellateur.
A bout de nerf, il explique que c’est une inspectrice de la Brigade des mœurs, Rokia Traoré, qui a informé sa sœur que la fille « se trouve bien ici et que seulement elle l’avait placée dans une famille par l’intermédiaire de sa sœur qui avait voyagé et devrait revenir vers le 10 février 2008. Et que dès que cette dernière serait de retour, elle remettrait la fille à notre disposition et depuis rien. Personnellement, j’ai effectué deux visites à la Brigade de mœurs courant mars, le seul langage que Rokia m’a tenu est : on la retrouvera ».
Cette déclaration, selon lui, en dit long sur la responsabilité de la Brigade des mœurs. Fort de cet argument, il signe et persiste que la Brigade sait quelque chose de la disparition de sa nièce Safiatou Togola. « Sinon, comment comprendre qu’en un laps de temps après la sortie du ministre suite à mon interpellation que la fille ait été retrouvée. Si ce n’est pas du montage », proteste-t-il.
Mieux, il estime que la protection de l’homme est un devoir sacré et qu’il appartient en priorité aux forces de sécurité d’assister ceux qui sont en détresse. Or, dit-il, dans cette affaire, « l’homme est considéré comme moins que rien ». Il dit ne pas comprendre comment un enfant égaré qu’on conduit à la police à l’effet de retrouver les siens, est plus tard déclaré porté disparu.
Nouhoum Sanogo s’est dit outré par la publicité faite par la Brigade de mœurs dans cette affaire douloureuse. Tout porte à croire que l’interpellation aurait servi à quelque chose car, Safiatou Togola a été retrouvée saine et sauve et devrait regagner son Koutiala natal.
Mohamed Daou
Acceuil