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2008

Mois de Décembre

Les Echos du 18 Decembre

 

LE PDG DE GGB SUR L’ORTM

Bakoré « hara-ki… riz » le Premier ministre

En donnant la parole lundi soir au PDG de Grand grenier du bonheur (GGB), Bakoré Sylla qui a épinglé « l’Initiative riz », l’ORTM a offert aux adversaires du Premier ministre le fouet pour le flageller sur « l’Initiative riz ».

Au moment où le Premier ministre Modibo Sidibé, l’artisan de « l’Initiative riz », bouclait une tournée en zone Office du Niger et à San, le richissime opérateur céréalier, Bakoré Sylla a profité de l’occasion pour saborder ses actions. Dans l’édition de 20 h de lundi soir de la télévision nationale, heure de grande audience, il a déclaré que le « riz malien n’est pas compétitif ».

Bakoré sait certainement de quoi il parle lorsqu’il affirme que le riz local est vendu à 325 F CFA le kg sans compter les frais de transport alors que le riz importé est cédé à 200 F CFA dans toute la sous-région. Ce qui fait que les grossistes ne peuvent pas commercialiser notre riz. Ce faisant, Bakoré, réputé n’avoir pas sa langue dans sa poche, jette le doute sur les réussites de « l’Initiative riz » dont l’objectif est de rendre le Mali autosuffisant tout en lui permettant d’écouler l’excédent dans les pays voisins.

La récente tournée du Premier ministre, la deuxième du genre qu’il effectuait dans les zones rizicoles depuis le début des récoltes, visait surtout à sensibiliser les paysans à ne pas brader leurs productions.

Juste Ciel

Bakoré Sylla, qui ne voit certainement pas d’un bon œil l’action du PM, s’autorise à lui mettre les bâtons dans les roues. L’opérateur économique, autoproclamé président des importateurs de céréales et qui est l’un de ceux qui bénéficient de toutes les faveurs de l’Office des produits agricoles du Mali (Opam) et du Commissariat à la sécurité alimentaire pour faire prospérer ses affaires, a le don de dire tout haut ce que certains disent tout bas.

Mais pour une fois, par ses déclarations qui tombent comme une pierre dans le jardin rizicole des plus hautes autorités du pays, Bakoré Sylla sonne plutôt l’alerte. Les responsables de la chaîne nationale, dont les actions ne cessent d’être vantées par les mêmes autorités ont, selon nos sources, été vigoureusement rappelés à l’ordre.

En 2005, en plein péril acridien, Bakoré Sylla s’en était donné à cœur joie plastronnant sur les antennes de l’ORTM pour dire que « foli tè djouladeniw ye, djoulabaw dé bé fo ». Traduction : « les commerçants détaillants ne sont pas à féliciter pour les efforts consentis dans l’approvisionnement du pays en céréales, tout le mérite revient aux grands commerçants ». Comme lui évidemment.

Ces propos à l’emporte-pièce lui avaient valu d’être interdit de micro à l’ORTM. Mais, « l’habitude étant une seconde nature », ne vient-il pas de livrer en pâture un système dont il ne cesse de profiter au détriment des plus humbles ? Les voies du Seigneur sont vraiment insondables.

Abdrahamane Dicko

 

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ALMANSOUR AG MAHMOUD, ASSISTANT DE RECHERCHE

« Je suis candidat à la présidentielle de 2012 »

Pour la première fois dans l’Histoire du Mali, un Touareg s’apprête à briguer la magistrature suprême en 2012. A 37 ans, Almansour Ag Mahmoud, qui veut être utile à son pays en accomplissant au plus haut niveau son devoir de génération, estime que sa déclaration d’intention n’est guère prématurée car, pour lui, 2012 se prépare aujourd’hui. C’est pourquoi il a mis en branle ses réseaux, ce qui pourrait aboutir à la création d’un parti dont il se garde de révéler le nom pour plus d’efficacité. L’enfant de Raz-el-ma s’est confié à nous.

Les Echos : Qui est au juste Almansour Ag Mahmoud ?

Almansour Ag Mahmoud  : Je suis né le 9 juillet 1971 à Raz-el-ma, cercle de Goundam, région de Tombouctou. J’ai fait mes études entre Raz-el-ma et Bamako.

Les Echos : Pouvez-vous nous parler de votre parcours politique ?

A. A. M. : Je n’ai pas tout à fait un parcours politique. Je n’ai pas fait la politique ouvertement. Je m’étais toujours intéressé à cette question de loin. Cela revient à dire que je suis l’évolution politique du pays mais aussi celle internationale. Cependant, je ne me suis jamais présenté comme candidat aux élections législatives ou communales.

Les Echos : Qu’est-ce qui vous pousse alors à faire une déclaration d’intention à l’élection présidentielle de 2012 ?

A. A. M. : Naturellement, c’est un rêve que j’ai. Depuis mon enfance j’ai nourri cette ambition pour deux raisons essentielles : j’aime le Mali avant tout et j’ai vraiment envie de le servir loyalement et dignement. Fondamentalement, je veux laisser quelque chose pour le Mali. Le patriotisme est ma motivation principale. La vie n’aura de sens pour moi si je ne laisse pas un héritage à mon pays.

Les Echos : Ne pensez-vous pas que votre déclaration d’intention constitue une candidature prématurée puisqu’on est en 2008 ?

A. A. M. : J’ai fait une déclaration d’intention certes, mais elle n’est pas prématurée. Il faut reconnaître que la magistrature suprême n’est pas quelque chose que l’on construit aussi facilement. Les stratégies sont différentes. Ma déclaration d’intention je l’ai déjà faite de bouche à oreille, ensuite j’ai voulu cette interview dans vos colonnes. Bien sûr que je vais informer d’autres journaux mais ce sera un peu plus tard.

Les Echos : Seriez-vous sous les couleurs d’un parti politique, de la société civile ou vous seriez-vous un candidat indépendant tout court en 2012 ?

A. A. M. : Je serais candidat mais pas sous la bannière d’un parti politique. Je serais soit indépendant ou je verrais en fonction de mes stratégies les opportunités qui s’offrent à moi. En réalité, j’ai l’intention d’avoir mon propre parti. S’il est plus avantageux pour moi de former le parti avant 2012, je le ferais, mais s’il est plus avantageux d’être indépendant, je le serais. J’ai beaucoup de respect pour les partis politiques, mais ce qui compte pour moi c’est de voir comment atteindre le but.

Les Echos : Quelles sont les stratégies que vous comptez développer pour peaufiner votre candidature à l’élection présidentielle de 2012 ?

A. A. M. : Il s’agit à la fois pour moi de rassembler les gens et avoir un canevas précis. Il y a des moments où les partis politiques favorisent l’avènement d’un homme à la présidence. Il y a des moments aussi où il est plus facile pour un candidat d’y arriver indépendant.

Les Echos : Des contacts sont-ils déjà noués pour ce faire ?

A. A. M. : Bien sûr que j’ai des contacts avec des amis. J’ai des amitiés partout : au sud, à l’ouest, à l’est, au nord, au centre du pays. Tous mes amis d’ailleurs le savent. Les contacts continuent. J’ai des amis et des soutiens aussi.

Les Echos : Que comptez-vous faire concrètement pour donner un sens et un contenu à votre déclaration d’intention dans les prochains jours ?

A. A. M. : Pas dans les prochains jours. Peut-être dans les tout prochains mois. Je verrais d’abord si le parti politique est plus avantageux pour moi et que j’arrive à le faire rapidement, là je ferais une présentation devant l’opinion nationale par l’intermédiaire de la presse. Je ferais passer des idées en premier lieu. A ce moment-là, le peuple sera libre de choisir la direction qui lui convient. Et il est clair que si les Maliens voient un programme adéquat, des intentions bien mesurées et patriotiques, ils doivent aller vers cela.

Les Echos : Autour de quoi sera bâti votre programme ?

A. A. M. : Mon programme n’est pas totalement achevé. Mais, il sera basé sur l’unité et la cohésion dans le pays. Il sera aussi articulé autour du développement des infrastructures routières. C’est ce qui va faire du peuple un tout. Qu’il s’agisse de l’éducation, de la santé, de l’énergie… le programme tiendra compte de toutes les questions d’intérêt national.

Les Echos : S’il vous arrivait de créer un parti politique, quel sera le nom de votre formation ?

A. A. M. : Je ne vous dirais pas tout de suite le nom. Mais si je dois créer un parti politique, ce sera un parti d’abord bien implanté dans le pays et un parti ouvert. Il faut s’ouvrir aux autres nations. Donc, il sera d’abord un parti malien, enraciné dans le Mali, dans la tradition et qui respire l’air du monde. Je dis par exemple : « le rêve africain est la lumière du village planétaire ». Cela compte deux choses importantes : le premier facteur d’abord est qu’il ne faut pas sous-estimer les capacités de l’Afrique et du Mali en particulier dans le monde. Le second facteur, c’est que nous sommes aujourd’hui dans le monde qui forme un tout. Donc, si je dois faire un parti politique, c’est un parti qui sera très inclusif en rassemblement et respectueux des valeurs universelles.

Les Echos : Si ATT se présente à un troisième mandat, allez-vous maintenir votre candidature ?

A. A. M. : Je la maintiendrais. Ma candidature n’a pas de relation avec une personne quelconque. Elle est inspirée de mes propres possibilités, de mes propres moyens, de mes propres potentialités, de mes propres chances, de mes opportunités et de mon moral. Il n’y a aucune relation entre ma candidature et une quelconque personne. Si de par le passé, je ne me suis pas présenté c’est parce que je n’avais pas l’âge d’abord.

Les Echos : Y a-t-il des chances qui s’offrent à vous ?

A. A. M. : J’ai des chances parce que je connais très bien le Mali. Je connais le Mali du Nord, je connais le Mali du Sud. De l’Est aussi bien que de l’Ouest et du Centre. J’ai été éduqué dans ce pays et j’ai appris toutes les cultures maliennes : touareg, sonrhaï, bambara. Ça c’est déjà un atout. Je suis connecté sur toutes les communautés du pays.

Les Echos : Vous avez suivi les Etats généraux sur la corruption, le Forum national sur l’éducation… Qu’en pensez-vous ?

A. A. M. : Ce sont des pas en avant. Mais il y a aussi d’autres pas à marquer pour l’avenir. Moi je ne m’arrêterais pas là. Je vais jusqu’à éradiquer totalement la corruption dans notre pays et de façon pacifique en sensibilisant et en enseignant à chaque individu son devoir vis-à-vis de la nation, ramener la discipline dans les écoles.

Les Echos : Pensez-vous qu’il est possible de trouver une solution définitive à la crise du Nord.

A. A. M. : La solution existe. Je crois qu’elle se trouve surtout dans la communication à travers les médias. Sous Alpha Oumar Konaré et sous ATT des efforts ont été consentis. Mais, nous ne devons pas perdre de vue que le Sahara est très grand. Cela est un autre problème parce que les endroits qui sont vides sont vraiment propices au développement du banditisme.

Les Echos : Dans votre vision, quel choix et quelle place comptez-vous faire aux jeunes et aux femmes ?

A. A. M. : La force de la nation repose sur les jeunes. A ce titre, la place principale leur revient parce qu’on ne peut rien faire sans eux. Il faut reconnaître aussi que la femme souffre partout. Pourtant, elle a de lourdes tâches. Elle s’occupe du foyer, des champs, de l’entretien de la maison. Il faut vraiment faire en sorte que les femmes soient soutenues pour qu’elles puissent avoir plus de droits. Le Mali a toujours été une nation très forte et très équilibrée.

Propos recueillis par

Mohamed Daou

 

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LE DEPUTE MAIRE D’EVRY, M. VALLS, DECORE PAR LE MALI

« J’inscris mes actions dans la régularisation des sans papiers »

Le député maire d’Evry, Manuel Valls, décoré chevalier de l’ordre national du Mali s’engage à accompagner notre pays dans le développement et œuvrer pour la régularisation de nos compatriotes vivant en France.

Le député maire d’Evry, Manuel Valls, accompagné d’une forte délégation de l’agglomération d’Evry (dont le maire adjoint d’origine malienne, Mme Sissoko Ami Kéita), a été fait chevalier de l’Ordre national du Mali à titre étranger. Sa décoration lui a été remise au cours d’une cérémonie festive par le ministre de l’Artisanat et du Tourisme, Ndiaye Bah, le mardi 16 décembre à son département.

La ville d’Evry en France abrite chaque année, depuis 5 ans, une semaine d’exposition-vente de produits artisanaux maliens en marge de la fête de l’artisanat, du tourisme et de la culture du Mali à Paris. La médaille, aux dires du ministre Ndiaye Bah, « vise à magnifier l’élan de coopération décentralisée, fruit d’un partenariat entre la mairie d’Evry, l’Association de Maliens d’Evry et le département de l’Artisanat et du Tourisme ».

D’ailleurs, les artisans du Mali présents à la cérémonie trouvent leur compte dans cette coopération puisque les foires constituent un cadre de promotion et d’écoulement de leurs œuvres. Selon un bilan fourni par le ministre, les artisans ont fait une recette d’environ 62 824 871 F CFA à la 5e édition de la semaine commerciale d’Evry au mois d’octobre 2008.

Un ami

La décoration de Manuel Valls est la reconnaissance de son accompagnement des Maliens d’Evry et de son engagement aux côtés des nôtres à vaincre la pauvreté par la vente des produits artisanaux. « C’est la première fois qu’on me décore dans ma vie d’homme compte tenu de mon jeune âge. En France, les députés en fonction n’ont pas droit à la Légion d’honneur, à la décoration », a affirmé M. Valls, âgé de 46 ans.

Au cours du point de presse qui a suivi, l’élu du Parti socialiste (PS) et très proche de l’ancienne candidate à la présidentielle française Ségolène Royal, a fait part de son intérêt à travailler avec notre pays dans le cadre du co-développement. Il a profité de son séjour pour passer la journée du lundi 15 décembre à Kayes, jumelée à l’agglomération d’Evry depuis 1970 et dont il préside les destinées depuis mars 2008. Il a aussi signé un accord-cadre sur l’assainissement avec la mairie du district de Bamako.

Evry qui est une ville cosmopolite avec 60 origines et toutes les grandes religions monothéistes, abrite un nombre important de Maliens. Ce qui a fait dire à M. Valls que « la capitale du Mali n’est pas que Montreuil, mais c’est aussi Evry ». Il s’est engagé à aider nos compatriotes dans leur régularisation.

« Mon travail de maire et de député est très lié à la régularisation des sans papiers. Il y a eu beaucoup d’actes des syndicats, des politiques et de la société civile pour que ces Maliens qui travaillent, paient des impôts et des loyers soient régularisés » , a-t-il affirmé. Et de préciser : « J'inscris mes actions de maire et de député dans la régularisation des sans papiers ». La cérémonie s’est déroulée en présence du 1 er vice-président de l’Assemblée nationale Assarid Ag Imbarcaoune accompagné de quelques collègues.

Abdrahamane Dicko

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LAMINE SOW, CINEASTE

« Le film Aminata bientôt sur les écrans de Africable »

Lamine Sow, un jeune Sénégalais s’apprête à sortir un film de 18 épisodes sur le vécu d’une fille appelée Aminata. En co-production avec Africable, le film sera bientôt sur le petit écran. De passage à Bamako, nous l’avons rencontré pour qu’il nous parle du film. Interview.

Les Echos : D’où vous vient l’idée de tourner un film ?

Lamine Sow : L’idée m'est venue il y a trois ans quand j'ai écrit le scénario. J’ai été très occupé dans mes projets humanitaires (un film sur la pauvreté), une émission de téléréalité (talent caché) et les folies de bijou donc au final, Aminata n'est pas mon premier coup.

Les Echos : Pouvez-vous nous donner le synopsis sinon le résumé de ce feuilleton, le nombre d'épisodes ?

L. S. : Aminata est une jeune fille de 20 ans, très pauvre, très belle et très ambitieuse. Elle essaye de tout faire pour réussir. Elle préfère l'argent à l'amour. Le concept est une réalité dans notre société du moins en Afrique en général. La première saison comporte 18 épisodes. Les acteurs sont hétéroclites, il y a une majorité de Sénégalais, il y a aussi des Français, des Italiens. Je compte diversifier les acteurs dans les saisons à venir avec notamment des acteurs des pays de la sous-région. Les scènes se déroulent à Dakar et sur la petite cote à Saly, qui est une station balnéaire.

Les Echos : Quel genre de partenariat qui vous lie à Africable ?

L. S. : Je suis en co-production avec Africable dans le cadre du film.

Les Echos : Comment vous êtes venu dans le téléfilm ? Avez-vous un profil de cinéaste ou d'artiste ?

L. S. : Les deux. J'aime être acteur, parolier, scénariste, j'aime l'art en général. Mon plus grand rêve c'est de faire une exposition de photos.

Les Echos : Est-ce que le tournage est terminé et quand est-ce que les téléspectateurs d'Africable verront le nouveau produit ?

L. S. : Oui la première saison est terminée. Pour la diffusion, ce sera pour bientôt.

Les Echos : Pensez-vous le vendre à d'autres chaînes ou est-ce une exclusivité Africable ?

L. S. : Non ! On pense faire la distribution dans les pays francophones comme la série est tournée en français.

Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

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Humeur

Madoff et Cie

Le capitalisme triomphant avait endossé les habits de l’arrogance avec la chute du mur de Berlin. « Plus jamais, proclamaient les condottières du libéralisme intégral, le centralisme d’Etat démocratique ou non, ne relèverait la tête ».

Le citoyen lambda en était réduit à se faire et à se confier à des capitaines d’industrie qu’il ne connaissait pas, qu’il n’avait aucune chance de rencontrer un jour mais qui régissait ses biens, donc sa vie. Avec le détachement souverain qui faisait de chaque épargnant juste un numéro. Juste une pulsion électronique parmi les centaines de millions anonymes.

L’homme, l’individu avec un corps et une âme, avec des sentiments, avec des peurs et des angoisses, avec des joies et des espérances ne devrait pas exister, ne pouvait plus exister.

Et tout le château de sable, (la grande illusion) s’écroule avec la révélation d’arnaques, d’escroqueries, de gabegies. Avec tout l’équilibre factice du monde libéral qui s’effondre. Entraînant des centaines de faillites mais aussi des centaines de millions de détresse.

Les cavaliers de l’Apocalypse chevauchent de concert sur les espoirs déçus et les tragédies à venir.

George Bush ou le magic puppet » depuis toujours chantre des vertus de libre marché et homme-sandwich des oligarchies financières vient d’avouer qu’il n’avait plus confiance dans le libéralisme intégral. Trop tard pour un tel aveu. Un crime de plus contre l’Humanité. Et nous dans ce maelström ?

Souvenez-vous : les tsumani font plus de ravages sur la côte, dans la périphérie, qu’au centre en phénomène.

B. M.

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HISTOIRE CANADIENNE

La corde du pendu

Comment trancher, devant une cour, des questions qui relèvent à la fois de la vie personnelle, des choix intimes, de la morale et de la compassion.

Il vient de se passer, au Québec, un événement qui fera désormais jurisprudence ou, à défaut, restera marqué dans les annales de l’institution judiciaire canadienne. Un jury de 12 personnes a déclaré « non coupable », au terme d’un procès chargé en émotion, un jeune accusé de 24 ans, Stéphane Dufour.

M. Dufour était poursuivi par le procureur de la reine, pour avoir aidé son oncle Chantal Maltais (c’est bien un homme malgré le prénom qui prête à confusion) à se suicider. Pour bien comprendre l’histoire, commençons par le commencement, comme le dirait mon cher prof de biologie-chimie de Bla, Yô Diarra.

En juin 2006, Chantal Maltais se dit au bout du rouleau, incapable de continuer à endurer les douleurs atroces que lui causent sa poliomyélite et autres maladies arthritiques. Il avait demandé, à plusieurs reprises, à des membres de sa famille, de l’aider à mourir « dans la dignité », avant qu’il ne soit un légume. Refus catégorique des personnes sollicitées. Puis, il s’ouvre à son neveu Stéphane Dufour, en dernier ressort. Il sait que Stéphane est un jeune garçon attardé, au QI très faible.

En fait, ce dernier est immature au point qu’il se laisse facilement embobiner par ses connaissances et proches. L’oncle est reconnu comme manipulateur, colérique, sournois et surtout, incapable d’accepter qu’on lui refuse un service. Il ordonne donc à son neveu de lui préparer une potence dans son placard, en l’occurrence une laisse pour chien. M. Dufour s’exécute et quitte l’appartement sans se douter des intentions de son oncle.

Le lendemain, quand l’accusé vient prendre des nouvelles de son parent, il voit, à travers la porte entrouverte, un corps qui pend. Terrifié, il fait demi-tour et va chercher sa mère, la sœur de Chantal Maltais. C’est elle qui entre dans la maison et découvre le corps. Elle appelle la police et le bureau du coroner qui, après constat, conclut à un suicide. Fin du premier épisode.

Cependant, Stéphane Dufour, mentalement pas mûr, n’a pas conscience de ce qui s’est passé et raconte, de la manière la plus innocente, l’histoire à un autre oncle qui se précipite, comme un délateur, à la police pour rapporter les dires de son naïf neveu. Stéphane Dufour est convoqué au poste. Il n’exige pas la présence d’un avocat et confirme les propos du mouchard. Il est arrêté et accusé de meurtre non prémédité, ce qu’on qualifie ici de « meurtre au second degré ». L’affaire fait tout un bruit à Alma, région distante d’environ 400 km de Montréal. Les médias et l’opinion publique s’emballent.

Pour les uns, il s’agit d’une « assistance au suicide » sinon « d’euthanasie » selon les extrémistes ; pour les autres, nous avons affaire à une simple affaire de compassion. L’avocat de Dufour, lui, défend la thèse de la manipulation de son client par un oncle autoritaire et égoïste. L’accusé risque la prison à vie ou un maximum de 14 ans avant libération conditionnelle. Par le passé, les tribunaux canadiens ont systématiquement reconnu coupables les personnes impliquées dans ce genre d’affaires, directement ou indirectement. Mais, cette fois, on sent que la population, la vox populi, est du côté de Stéphane Dufour.

La semaine dernière donc, à la fin du procès, le juge a donné aux douze jurés des directives claires : ils ne sont pas là pour réécrire la loi, seulement pour décider, à la lumière des faits, preuves et témoignages présentés, si l’accusé est coupable du crime qui lui est reproché. La défense a mis l’accent sur la faible capacité intellectuelle de son client, ne se privant pas, au passage, de s’épancher largement dans les médias, histoire de s’attirer le maximum de faveur populaire. Après quatre jours de délibération, le jury, souverain, a décidé que Stéphane Dufour n’était coupable de rien du tout. Point barre !

Il n’y a eu aucune réaction de sa part à l’énoncé du verdict. Sa famille, toutefois, a fondu en larmes, soulagée. Le directeur des poursuites criminelles a refusé de commenter le verdict, se contentant de dire qu’il envisage de faire appel même si ses chances de succès sont quasiment nulles.

Dans les médias cependant, c’est la folie furieuse. Deux camps aux positions bien tranchées s’affrontent dans des échanges où se mêlent morale, émotion, droit, religion et même… apocalypse.

Dans le premier camp, celui des « pro-vie », on s’inquiète des conséquences de cette décision qui, selon un zélé prédicateur est un permis de tuer : « Désormais, chaque fois que vous aurez dans votre famille, un malade, un vieillard inutile, un sidéen ou simplement un empêcheur de dormir tranquille, vous pourrez le tuer en invoquant la compassion ou la douleur insupportable que provoque son cas. Nous nous acheminons vers une société qui ne tolère plus la vieillesse, la maladie, la souffrance… » de conclure notre futurologue en extase.

Dans ce même camp, un pasteur en quête de gloire inonde les tribunes libres de son message moralisateur : « Seul Dieu donne la vie et Lui seul peut la prendre ! » (Entre parenthèses : ce pasteur milite dans un groupuscule extrémiste qui réclame le rétablissement de la peine de mort, abolie en 1976 au Canada).

Dans le camp opposé, les arguments ne manquent pas non plus : « Quand une personne souffre de manière intolérable et inhumaine et réclame le droit de mourir, il est indécent, voire criminelle de le lui interdire », entend-on le plus souvent. « Il n’est pas normal de poursuivre en justice des gens qui aiment leurs proches et les aident à ne plus souffrir… En Belgique ou en Suisse, l’aide au suicide est d’ailleurs légale ».

Quant au gouvernement du Canada, sa position est claire : ni l’euthanasie ni l’aide au suicide ne seront légalisées, et il n’y aura aucune exception. Les poursuites seront systématiques chaque fois qu’un cas similaire se posera.

La société canadienne, elle, restera encore longtemps divisée et fatalement, avec le vieillissement de la population et les maladies handicapantes et douloureuses qui se multiplient, le débat reviendra dans les médias, comme une récurrence éternelle. Au fond, on se pose une question plus profonde : Comment arrive-t-on à préférer la mort à la vie ? Il me semble que lorsqu’on en arrive à cette extrémité, la question n’est plus juridique ou morale, elle devient simplement humaine.

Quel genre de monde sommes-nous en train de fabriquer au point où l’on discute, sur la place publique, de la nécessité de solliciter la mort ou pas ? Sommes-nous franchement arrivés à ce point de désincarnation et d’insensibilité qui nous autorise, autour d’un thé ou d’un café, à discuter des arguments pour ou contre la mort de quelqu’un ? Est-ce, de manière involontaire, ce qu’a voulu expliquer réellement Darwin dans sa théorie sur la sélection naturelle : Seuls les plus forts survivent ?

Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

 

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