Les Echos du 13 Decembre
Dossier
LUTTE CONTRE LE SIDA AU MALI
Le oui… mais
Au Mali, la prévalence du Sida est en train de baisser considérablement grâce à la politique volontariste des autorités engagées à faciliter l'accès au traitement. En quelques années, notre pays est devenu une référence en matière de lutte contre le VIH/Sida.
C’est en 1985 que le premier cas de Syndrome d’immunodéficience acquise (Sida) a été signalé dans notre pays. En 2001, on dénombrait 121 malades de Sida sous ARV. En 2008, ils sont 77 % de personnes infectées à être sous ARV, dont des enfants qui ont bénéficié d'une trithérapie et d'un traitement régulier.
En 2006, le taux de prévalence selon l’enquête démographique et de santé (EDS-IV) était de 1,7 %. A la fin de l'année 2007, on comptait 130 000 personnes infectées, soit un taux de 1,3 %. Cette performance s'explique par le fait que notre pays a su mobiliser et prendre des mesures pour engager une lutte sans merci contre le fléau. A ce jour, le Mali compte 45 sites de traitement et plus d'une centaine de sites de prévention de la transmission mère-enfant. A cela, il faut ajouter les textes portant protection des personnes vivant avec le virus de la maladie.
Depuis 2004, les médicaments antirétroviraux sont gratuits. Et depuis, la progression de la lutte contre le Sida a été remarquable. Le suivi biologique des patients sous ARV est mis en place par le Secrétariat exécutif du Haut conseil national de lutte conte le Sida (SE/HCNLS) en partenariat avec le ministère de la Santé et le Réseau malien des personnes vivant avec le VIH. Ce qui prouve que en quelques années, le Mali a engrangé des résultats remarquables en matière de lutte contre la maladie.
Toutefois, ces résultats ne doivent pas cacher l'ampleur des défis à relever. Pour Malick Sène qui s’exprimait il y a quelques jours lors d’une de ses sorties en prélude au lancement de la campagne de cette année, les questions qui restent à résoudre sont celles de la continuation et de l'accompagnement de la décentralisation à travers l'accès des malades aux médicaments 1re, 2e et pourquoi pas de 3e ligne.
Malgré les tendances encourageantes, notamment le recul de la maladie, il convient de ne pas baisser la garde. « La lutte contre la pandémie du Sida, qui constitue une menace grave pour le développement, est un devoir de génération. Aujourd’hui, il est admis que les efforts doivent surtout porter sur la prévention. A cet effet, des programmes et stratégies de lutte contre le fléau, sont mis en oeuvre dans nos pays avec le soutien précieux des partenaires techniques et financiers. Il faut dire que la maîtrise de cette pandémie à l'échelle planétaire, est une exigence de développement. Ceux qui ont le plus de moyens, c'est-à-dire, les pays du Nord, doivent accompagner ceux du Sud », souligne le secrétaire exécutif du Haut conseil national de lutte contre le Sida (HCNLS), Malick Sène.
Leadership avéré
Comme il a été recommandé à Dakar d’axer la lutte contre le VIH sur la prévention, l’institution de M. Sène en a fait sa stratégie de prévention. « Si l'urgence était d'accorder les soins à tous les malades, le plus important reste la prévention ».
Aussi pour le ministre de la Santé, Oumar Ibrahima Touré, la lutte contre le mal passe par la prévention dans le cadre d'une réponse complète. « La prévention rend le coût du traitement plus abordable et plus efficace. L'association de la prévention et du traitement a le meilleur impact sur la propagation du virus ».
Dans la lutte contre le VIH, notre pays a le soutien des partenaires techniques et financiers. Les campagnes d'information à travers plusieurs supports de communication, l’information à travers les langues nationales afin de toucher le maximum de femmes et de jeunes, la sensibilisation ainsi que la forte mobilisation de la communauté entière ont abouti aux brillants résultats enregistrés en matière de lutte contre la pandémie. Mobiliser et rester vigilant : tel est l’appel du président ATT qui pense que le combat n'est pas encore gagné. « Pour le gagner, il nous faudra encore remporter quelques batailles ».
Cependant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Si rien n’est fait pour maîtriser le mal, d’ici à l’horizon 2010, selon les spécialistes, près de 500 000 personnes pourraient être infectées par le VIH, l’espérance de vie va baisser de 6 ans et 25 % des lits d’hôpitaux seront occupés par les malades du Sida.
Pour les activités du HNCLS, l’Etat a alloué un budget de 1 milliard de F CFA, qui passera à 2,5 milliards de F CFA en 2009. La Banque mondiale (BM) avait donné 25 millions de dollars pour les 5 premières années. Et le Mali a demandé 180 millions de dollars à la BM pour 2009-2014.
Amadou Sidibé
Acceuil
CENTRE NIABER D’ASE-MALI
Prendre en charge des enfants affectés
L’Association pour la sauvegarde de l’enfance (Ase-Mali) a depuis octobre 2001, ouvert un centre d’accueil appelé Centre Niaber qui prend en charge des enfants dont les parents sont malades du Sida ou décédés du Sida.
A l’ACI-2000 en Commune IV, sur la route qui quitte la Clinique Pasteur à quelques encablures du siège du Mouvement citoyen, se dresse dans un immeuble de couleur jaune, le Centre Niaber de l’Association pour la sauvegarde de l’enfance (Ase-Mali). Là, une soixantaine d’enfants dont les parents sont malades du Sida ou décédés du Sida vivent. Le Centre est bien équipé pour les besoins des enfants.
En 1993, Ase-Mali a vu le jour à la suite de sa 1re activité intitulée concours du plus beau bébé dans le district de Bamako qui consistait à promouvoir l’hygiène et la santé des nourrissons et à accentuer la fréquentation des CSCOM par les mères. Heurtés par les conditions de vie des enfants (abandons, infanticides, abus sexuels et physiques, multiples formes de violences), les membres fondateurs ont décidé de créer le 1er centre d’accueil SOS-Mères et bébés à Hamdallaye ACI-2000 qui, par la suite, a pris le nom de Centre Niaber.
« Nous avons tout de suite pensé à la nécessité de créer ce Centre en 2001 pour la prise en charge des enfants dont les parents sont malades du Sida ou sont décédés du Sida et pour les jeunes mères dépourvues de ressources quand nous nous sommes rendus compte qu’à peine âgées de 14 ans, elles ne pouvaient pas assumer les frais d’accouchement, tentent l’infanticide ou l’abandon » , a fait savoir Mme Dembélé Maly Bibi Sangho, la présidente d’Ase-Mali.
Le Centre Niaber vise la promotion d’une meilleure qualité de vie pour les enfants sur tous les plans, l’accueil, l’entretien, la récupération nutritionnelle et le suivi sanitaire des orphelins, des enfants abandonnés, déshérités et en situation difficile. Pour accomplir ces missions, un personnel travaille 24 heures sur 24. Mme Coulibaly Fatoumata Coulibaly, la gouvernante du Centre dit : « Une dizaine de personnes travaillent ensemble dans la journée. Et cinq autres surveillent dans la nuit ».
Notre pays a besoin de plus de centres d’accueil et d’hébergement comme le Centre Niaber d’Ase-Mali, de plus de structures de prises en charge des enfants, mais surtout, de plus de cœurs engagés pour sauver les enfants affectés par le Sida. Car, malgré son engagement aux côtés des enfants, le Centre Niaber est confronté au manque de moyens.
Sidiki Doumbia
Depuis les Etats-Unis…
Malgré sa volonté de sauver des enfants en détresse, le Centre Niaber ne pourrait se perpétuer que s’il est financé par des partenaires. L’un de ses partenaires financiers est Mariam Diallo, une jeune Malienne, âgée de 25 ans, vivant aux Etats-Unis. Chaque année, elle collecte des fonds aux Etats-Unis pour le Centre. Samedi dernier, elle a fait un don d’une valeur de plus de 1000 dollars américains au Centre. Elle dira que « je suis là pour un mois et demi. Je vais passer ce temps avec les enfants du Centre. J’aime les enfants ». Pour Mme Dembélé Maly Bibi Sangho, la présidente d’Ase-Mali, « Mariam Diallo n’est pas comme les autres ambassadeurs d’Ase-Mali. A travers elle, nous avons eu beaucoup de partenaires aux Etats-Unis. En plus des dons qu’elle nous fait couramment, elle passe toutes ses vacances avec nous malgré son jeune âge ».
S. D.
Acceuil
ACCES GRATUIT AUX ARV
4800 malades bénéficiaires au Césac
Si l’année 2001 a marqué le début de l’Initiative malienne d’accès aux anti-rétroviraux avec 3 sites à Bamako et 109 personnes seulement sous traitement, aujourd’hui, avec la mise en œuvre de la politique de la gratuité de soins, le nombre de sites de traitement atteint 49, repartis d’une manière décentralisée.
Si l’AZT était le seul anti-rétroviral disponible en ce temps et coûtait malheureusement cher, c’est-à-dire environ 300 000 F CFA par malade et par mois, depuis 2004, l’accès aux médicaments ARV est devenu gratuit pour toutes les personnes vivant avec le VIH/Sida grâce à l’engagement personnel du président de la République.
Se classant ainsi parmi les pays africains les plus avancés en matière de prise en charge des PVVIH, le Mali, en décembre 2007, a pu mettre sous ARV 16 509 patients sur une prévision de 15 000. Aujourd’hui, le Centre d’écoute, de soins, d’animation et de conseils (Césac) qui est une structure communautaire de prise en charge des personnes vivant avec le VIH/Sida, a pu mettre sous traitement ARV 4800 malades.
Selon le coordonnateur du Césac, Dr. Mamadou Cissé, « ce traitement anti-rétroviral est un traitement à vie ». Dr. Cissé a par ailleurs précisé que les médicaments ARV sont différents des autres, car ils sont dosés séparément sous forme de comprimés. Les ARV sont pris 3 fois par jour ou matin/soir.
« La bonne prise du médicament est l’observance, c'est-à-dire respecter la durée et le temps de la prise des comprimés pour que le médicament atteigne son objectif » , a-t-il ajouté.
Comme l’a si bien dit notre interlocuteur, les médicaments ARV visent deux objectifs majeurs. Il s’agit de la diminution de la charge virale et la restauration du système immunitaire, c'est-à-dire la charge de défense. Ces objectifs contribuent à ce que les gens ne tombent pas malades et qu’ils restent bien compétitifs.
Assitan Haïdara
Acceuil